Les Faucheurs d’enfants: 2ème partie, Sébastien Métivier et Wilton Lubin


Au cours de la soirée du 1er novembre 1984, quelques heures seulement après que Maurice Viens se soit évaporé dans la nature, on rapportait les disparitions de deux autres garçons, dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve.  Il s’agissait de Wilton Lubin[1], un haïtien de 12 ans, et son ami Sébastien Métivier, 8 ans.  Lubin habitait au 1445 Desjardins.  Il était le fils de Pélissier Lubin et de Rose-Mélanie, une femme de 52 ans.

Des amis les auraient aperçus dans le secteur du Stade olympique, ce qui n’était pas impossible puisque la police de la CUM[2] révéla que Lubin avait des copains dans le secteur du métro McGill.  Toujours selon André Cédilot, Lubin et Métivier seraient partis ce soir-là à la chasse aux voyous puisque la veille les deux amis s’étaient fait voler leurs friandises récoltées dans le cadre de la fête de l’Halloween.  Toutefois, selon une autre version (La Presse), les deux garçons devaient se rendre ensemble à leur cours de bricolage.  On les aurait aperçus devant la porte, mais ils ne sont jamais entrés.

Ce qui est sûr, c’est que Métivier et Lubin se sont littéralement évaporés ce soir-là, portant à trois le nombre d’enlèvements d’enfants à survenir le même jour.  C’était du jamais vu au Québec.

Martha Gagnon, qui couvrait aussi l’affaire Maurice Viens, écrira dans La Presse que Wilton Lubin était un enfant chétif et anémique, ce qui l’obligeait à suivre une médication.

Il s’écoulerait un mois avant que cette affaire connaisse quelques développements. Dans son livre de 2013, le chroniqueur judiciaire Claude Poirier écrivait que « les policiers déclenchent tout de suite d’importantes recherches et ne négligent aucune piste.  Tous les terrains vagues de l’est de Montréal sont ratissés, tous les édifices abandonnés du quartier sont fouillés et des affiches sont placardées d’un bout à l’autre de la ville.  Mais les recherches ne donnent rien »[3].

Le 2 décembre 1984, Pierre Bessette, un homme de 29 ans[4], se rendit à l’Île Charron vers 7h15, à l’extrémité sud-ouest, pour observer les canards.  C’est là qu’il aperçut un corps humain flottant à la surface de l’eau.  Bessette s’approcha prudemment.  Au bout d’un instant, il constata qu’il s’agissait d’un enfant.  Sans tarder, il fit demi-tour pour alerter la police.

À 7h30, le détective André Emery reçut l’appel du sergent Landry.  C’est en compagnie de ce dernier qu’il se rendit sur les lieux, où il arriva à 7h35, pour y rencontrer les constables Drolet (1126) et Lapointe (1242).  Emery rencontra ensuite Bessette pour lui poser quelques questions et prendre ses coordonnées avant de le laisser aller.  Il paraissait évident que l’homme n’avait rien à voir avec ce qui avait déjà l’apparence d’un meurtre.

Il était 7h40 lorsque le détective Emery descendit sur la berge pour voir le corps de plus près.  Dès lors, il estima que ce garçon devait être âgé entre 10 et 13 ans.  Il mesurait cinq pieds et avait les cheveux noirs courts.  Il portait encore ses vêtements, soit un coupe-vent en nylon bleu marin avec rayures bleues pâles, une chemise marine et beige, un jeans bleu, une espadrille, des bas blancs et une chaîne couleur or autour de son cou.  Le cadavre se trouvait à environ quatre pieds de la rive, sur le dos, la tête pointant vers l’ouest.  « Les pieds semblait [sic] accroché[s] au fond de l’eau dans les roches », écrivit Emery dans son rapport.

screenhunter_203-sep-11-21-05C’est au moment de retirer le corps de l’eau que les policiers constatèrent la présence d’une lacération au cou s’étendant sur une longueur de plusieurs pouces.  Dès 8h15, ceux-ci faisaient un lien probable avec les disparitions du 1er novembre.  D’ailleurs, la description des vêtements correspondait à celle de Wilton Lubin.  La seule chose qui ne collait pas était la couleur de la peau.  Toutefois, on sera en mesure de comprendre rapidement que cette blancheur cutanée s’expliquait par une perte de pigmentation dû à une longue exposition dans l’eau.

À 8h30, Emery contacta le Dre Sourour pour lui transmettre ces faits, et celle-ci lui conseilla de protéger les mains de la victime et de toucher le moins possible au corps.  On notera aussi dans le rapport d’Emery que le constable Parisien (1165) prit des photos de la scène avant que le corps soit emporté.  Par la suite, les enquêteurs s’investirent à fouiller les lieux dans l’espoir de trouver d’autres indices.

Vers 11h00, le constable Galarneau trouvait sur la rive ouest, à mi-chemin entre le point où se trouvait le cadavre et l’épave d’un bateau incendié, sur le sol, une espadrille droite de marque Puma.  Celle-ci correspondait à la chaussure manquante de Lubin.

En après-midi, l’identification du corps fut officialisée par son demi-frère, Camille Fist[5], habitant lui aussi au 1445 Desjardins à Montréal.  L’autopsie fut pratiquée par le Dr Claude Pothel, qui en arriva à la conclusion que Lubin avait été étranglé à mains nues puisqu’il y avait eu fracture de l’os hyoïde et du cartilage thyroïde du larynx.  Le pathologiste nota également une fracture de la mâchoire inférieure gauche.  L’enfant avait été poignardé dans la poitrine, au point où la 8ème côte était sectionnée.  Bien sûr, la même arme semblait avoir servi à lui trancher la gorge.

Le coroner Maurice C. Laniel écrivit dans son rapport qu’une « enquête publique ne serait d’aucune utilité en ce moment », étant donné que les policiers ne détenaient aucun suspect sérieux dans cette affaire.  Or, il n’y aura jamais d’enquête de coroner proprement dite, du moins pas comme on les faisait avant la nouvelle loi sur les coroners de 1986.

Quant au corps de Sébastien Métivier, il ne sera jamais retrouvé.

En se basant sur le fait qu’il y eut trois enlèvements d’enfants le même jour, il devient pratiquement impensable de croire que Métivier n’ait pas été assassiné au même titre que les deux autres.  Malheureusement, le fait de n’avoir jamais retrouvé son corps priva les enquêteurs de certaines informations.  Le tueur s’y était-il pris autrement avec Métivier qu’avec Lubin?  Pouvait-il y avoir des liens entre ce cas et celui de Maurice Viens au niveau du mode opératoire ou de la signature?

À première vue, exception faite de ces trois enlèvements en un jour, rien ne nous permet de relier les deux dossiers, exception faite, peut-être, qu’une seule espadrille fut retrouvée aux pieds de Viens et Lubin.  Là encore, c’est terriblement mince.  Les victimes auraient très bien pu perdre une chaussure en se débattant par exemple.

Viens a été torturé et battu avec un objet contondant, tandis que Lubin a été poignardé en plus d’être étranglé à mains nues.

Malheureusement, il faudra attendre un autre crime horrible pour y voir une similitude troublante et commencer à établir des liens.

(la semaine prochaine : 3ème partie, Denis Roux-Bergevin)

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[1] Wilton est né le 22 mars 1972.  Ses parents étaient Pélissier Lubin et R. M. Fils.  Son père est mort quatre ans plus tard, à Montréal-Nord, le 2 octobre 1988.

[2] Communauté Urbaine de Montréal.  Aujourd’hui, SPVM (Sécurité Publique de la Ville de Montréal).

[3] Bernard Tétrault, Claude Poirier, 10-04, 2013, p. 116.

[4] Il est né le 30 octobre 1955.

[5] Celui-ci est né le 29 septembre 1954.

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