Les Faucheurs d’enfants: 3ème partie, Denis Roux-Bergevin

denis-roux-bergevin-5-ans         Denis Roux-Bergevin, un bambin de 5 ans, habitait au 2038 de Villiers à Montréal.  Le 5 juin 1985, il disparaissait de chez lui. Il portait des jeans, un caleçon jaune à bordure brune, des souliers couleur tan et des bas verts.  Il avait les cheveux bruns, mesurait 41 pouces (104 cm) et pesait environ 34 livres.  Il portait la cicatrice d’une blessure ancienne au front, à la base de la racine des cheveux.

Le 8 juin 1985, trois jours après sa disparition, son corps était retrouvé à Brossard au bord de l’autoroute des Cantons de l’Est, vers 10h00.

À la demande du coroner Maurice Laniel, l’autopsie fut réalisée le jour même par le Dre Sourour, celle-là même qui avait travaillé sur l’affaire Maurice Viens.  Celle-ci demanda à l’agent Gilles Prud’homme de la Sûreté du Québec de prendre 43 photos couleur du petit cadavre, selon différents angles bien sûr.  Les premières constatations permirent de comprendre que les pantalons et le sous-vêtement étaient descendus et enroulés autour des chevilles, ce qui, à première vue, n’était pas sans rappeler le cas de Maurice Viens.

Les rigidités cadavériques avaient disparues mais les lividités « sont visibles en antérieur du corps », écrira-t-elle.  La pathologiste nota également des magots d’insectes dans les cheveux et sur l’abdomen, une macération de la peau à l’intérieur de la main gauche et des « éraflures cutanées d’apparence post mortem au niveau du thorax et du bras gauche, sur la hanche gauche, sur les deux [illisible] et à l’intérieur du bras et de l’avant-bras droits : à noter que ces régions portent particulièrement les évidences de lividités du corps »

Outre des éraflures au front, des abrasions cutanées sur le joue gauche, une hémorragie pétéchiale de la paupière droite, et une hémorragie notable sous-conjonctivale de l’œil droit, il y avait aussi des contusions au niveau du cuir chevelu « en arrière de l’oreille droite, toute la partie pariéto-occipitale droite avec éraflures cutanées, la région occipitale au-dessus de la nuque et jusqu’en arrière de l’oreille gauche ».

Au cou, la victime portait d’autres ecchymoses « linéaires, transversales, parallèles entre elles sur le côté droit du cou, sous le niveau du [sic] mandibule[1] et plus bas au niveau du milieu du cou, à droite, au nombre de deux bien définies.  Sur le côté gauche, deux éraflures transversales vers la nuque, à la partie supérieure du cou et une troisième éraflure située sous les deux premières ».

Là où ces détails deviennent véritablement intéressants, c’est au moment de préciser les blessures retrouvées au niveau du torse.  Le Dre Sourour les décrivait ainsi :

  • Contusions et plages d’hématomes visibles au niveau des deux fesses, particulièrement à droite, s’étendant dans la partie supérieure, aux dos des cuisses.
  • On note aussi quelques marques linéaires, ecchymotiques, ressortant des plages contusionnées visibles au niveau de la hanche droite, au dos.
  • À la pratique de crevées au niveau des fesses et au dos des cuisses, il est confirmé qu’il s’agit bien d’hématomes dans les tissus cutanés et les tissus adipeux sous-cutanés, résultant d’impacts à ce niveau du corps à l’aide d’un objet contondant.

À la région lombaire se trouvaient aussi « des abrasions éraflures de la peau et des marques ecchymotiques linéaires minces.  Au niveau de la partie supérieure, au dos, encore des ecchymoses et contusions avec des effusions sanguines sous-jacentes dans les tissus cutanés, confirmant qu’il s’agit bien de lésions vitales causées par impacts à l’aide d’objet contondant ».

Ainsi, on constate une similitude évidente avec le meurtre de Maurice Viens.  Les deux bambins avaient tous deux été frappés à de multiples reprises au dos, aux fesses et derrière les cuisses avec un objet contondant, comme si on avait voulu leur administrer une très violente « fessée ».  Plus tard, on se demandera d’ailleurs si cette « fessée de la mort » ne serait pas la signature de l’assassin!

Par contre, il y avait une nette différence entre Maurice et Denis.  Au niveau de l’anus de ce dernier, on nota des éraflures et des fissures superficielles « dans la muqueuse de la région anale ».  La pathologiste semble avoir refusé de se prononcer clairement pour confirmer ou non si la victime avait été sodomisée.

Dans son arrière-gorge on retrouva des substances gastriques, alors que l’estomac contenait 100 cm³ d’une « bouillie beige, résidu d’aliments digérés ».  Loin de moi l’intention de jouer les experts, mais on comprend assez facilement que par ce détail le meurtre serait survenu dans les premières heures de l’enlèvement, comme c’est souvent le cas.

La conclusion du Dre Sourour fut la suivante : « les constatations de l’autopsie pratiquée sur le corps d’un dénommé Denis Roux-Bergevin me permettent de conclure que la cause de son décès est attribuable à des lésions cérébrales graves avec fractures du crâne résultant d’impacts violents à la tête à l’aide d’un objet contondant.  À noter aussi sur le corps des impacts par objet contondant au niveau du visage, des fesses, des cuisses et au dos; ainsi que des traces de manipulations au niveau du cou et probablement au niveau de l’anus ».

Le 10 juin, le chimiste Pierre Picotte reçut du Dre Teresa Sourour « divers prélèvements biologiques » pour des fins d’analyses.  Les résultats toxicologiques s’avérèrent négatifs.

Toutefois, on préleva aussi deux échantillons de sang liquide, un morceau de coton taché de sang, des vêtements, des cheveux, un sac de plastique contenant un prélèvement fait dans la bouche de la victime et un autre au niveau de l’anus.  Aucune tache de sperme ne put être détectée sur les vêtements et aucun spermatozoïde parmi les prélèvements.

Comme dans les trois premiers cas que nous avons vus plus haut, l’enquête stagna, tandis que les parents des victimes ne savaient plus où donner de la tête.

En octobre 1987, un homme de 24 ans mentalement retardé serait passé aux aveux.  L’affaire demeura nébuleuse, et ne connut apparemment aucun développement.  Comme dans plusieurs causes médiatisées – on le vit présentement dans l’affaire Cédrika Provencher – il est fréquent de rencontrer différentes rumeurs auxquelles se raccrochent de nombreuses personnes.  Le public, impatient, cherche souvent ses propres réponses.

En 2014, dans le documentaire Novembre 84, Nicole Roux, la mère du petit Denis Roux-Bergevin, raconta les doutes qu’elle entretenait toujours envers l’un de ses frères, récemment décédé.  En fait, elle alla jusqu’à déclarer que « j’avais les preuves à 99,9% que c’était lui ».  Elle ne manquait pas non plus de critiquer vertement le travail policier, sans toutefois nous en convaincre vraiment puisqu’on n’y apporte aucun argument solide.  Par exemple, le fait que les enquêteurs ne tiennent pas systématiquement les familles au courant de toutes les démarches de leur enquête est loin d’être une preuve d’incompétence.  Leur travail est d’abord d’élucider un meurtre, et quand il n’y a aucun suspect satisfaisant dans les parages, tout le monde devient douteux à leurs yeux.

Quant aux autres reproches, ils peuvent s’expliquer de différentes façons sans nécessairement sauter trop rapidement à des conclusions.

Puis, en 2016, sur les ondes du réseau TVA, Nicole Roux se rangeait soudainement derrière l’idée que les policiers se faisaient apparemment depuis 1993, et selon laquelle le meurtrier de Denis était un dénommé Jean-Baptiste Duchesneau.  Est-ce que les fameux prélèvements emballés lors de l’autopsie de 1985 avaient fournis un match parfait avec l’ADN de Duchesneau?  Y avait-il autre chose pour convaincre cette mère de faire volte-face?

Malheureusement, le public eut très peu d’informations puisque la police ne fit aucune conférence de presse sur le sujet.  Aurait-on pu savoir, par exemple, si les similitudes entre les autopsies de Viens et Roux-Bergevin signifiaient que Duchesneau était aussi l’auteur des meurtres de 1984?

Duchesneau serait-il le fameux Faucheur d’enfants à qui on pourrait attribuer tous les meurtres non résolus de cette époque?

Avant d’en arriver là, il nous faudra d’abord revenir sur les circonstances de deux autres meurtres.

Consultez le rapport du coroner: enquete_denisrouxbergevin

(la semaine prochaine : 4ème partie, Pascal Poulin et Marie-Ève Larivière)

[1] Mandibule est un nom féminin.

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6 thoughts on “Les Faucheurs d’enfants: 3ème partie, Denis Roux-Bergevin

  1. Jean-Baptiste Duchesneau ce SADIQUE sauvage cruel…: Si les autorités ne lui ‘avaient pas juste donné..un maigre <> maximum de seulement dix ans ou moins en prison lorsqu’il avait fait la même chose à la petite Sylvie de 7 ans à Québec (Ancienne-Lorette) en la tuant de manière si sadique et démente avec un marteau en 1974, il ne s’en serait pas retourné à Montréal pour REFAIRE de plus bel la même chose et reproduire le même comportement envers tant d’autres enfants morts de la même si SAUVAGE et CRUELLE manière du début des années ’80 jusqu’à son suicide en prison la toute veille de son interrogatoire au sujet des meurtres d’enfants qu’il avait commis.

    Ce sont les JUGES que l’on devrait poursuivre pour une telle irresponsabilité et négligence de laisser ressortir de dangereux psychopathes si déments et sadiques dans noes où se promènent tant d’enfants. ET CROYEZ-MOI, ça se fait encore aujourd’hui, les juges n’ont pas encore appris. Prenez juste les sentences bonbon donnés au JOKER de Québec et au malade sauvage qui a presque réussi à tuer avec un marteau Karine Lucas. Ou comme ce tueur au marteau de Laval.Ces gens doivent rester emprisonnés à vie.Et le tueur de Jenique Dalcourt est aussi libre à cause que les juges le couvrent.

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  2. Merci de l info même si c est pas drôle a lire et même pénible faut toujours rappeler que la devise des coroner est dans le sens de  » les mort parle et enseigne au vivant » j ai lui cela dans le volume autopsie d un meurtre de la Dame Jeannine ( le nom de famille m échappe) ??????? morte en 1968 au texas et auquel cela a pris beaucoup d année avant de faire condamné son mari d époque et cela grace a des coroners et enquêteurs chevronnés

    Aimé par 1 personne

    1. En effet, Daniel, c’est une lecture quelque peu difficile mais nécessaire pour présenter et transmettre tous les détails au public, ce que ne font pas tous les auteurs, malheureusement. Certains se sont montrés opportunistes et sans effort d’objectivité. Je crois en l’intelligence de mon lectorat et ainsi je me dois d’être transparent et de leur donner tous les documents relatifs à une affaire, dans ce cas-ci celle des enfants assassinés au cours des années 1980.

      Merci de vos commentaires. Bonne journée.

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