True Crime, volume 1 les prototypes


51ifdiiluzl-_sx195_PLOQUIN, Frédéric et al. True Crime, volume 1 les prototypes. Paris, Ring, 2016, 282 p., ISBN 979-10-91447-44-7

            Il fallait y penser.  Et ce sont nos cousins Français qui ont eu l’idée : celle de réunir les plus grands spécialistes des faits judiciaires dans un seul livre.  Ces amoureux et experts des causes criminelles, qui se surnomment eux-mêmes les faits-diversiers, comme le dit si bien Frédéric Ploquin dans une courte intro, sont célèbres.  Leur réputation n’a peut-être pas encore capté l’attention du québécois moyen, mais pour ceux et celles qui s’intéressent au milieu judiciaire sans s’imposer de limites géographiques, on aura compris qu’un tel panel ne passe pas inaperçu.  J’ai d’ailleurs le privilège de compter certains d’entre eux parmi mes « amis » Facebook.

            Frédéric Ploquin, auteur et premier spécialiste du grand banditisme, ouvre la machine avec un texte direct qui nous plonge au cœur de l’action entourant l’enlèvement du baron Édouard Empain en 1978.  Cette rocambolesque aventure devient pour lui l’occasion de revenir brièvement sur quelques autres affaires de kidnapping qui ont marqués la France à une certaine époque, dont celle de Lelièvre par Jacques Mesrine.

            Dans le second chapitre, Anne-Sophie Martin nous propose, le temps de quelques pages, de revivre au 19ème siècle.  On y explore les frasques de la veuve Gras, cette manipulatrice qui ne souhaitait qu’une chose : se faire vivre par ses amants.  Comme on peut s’y attendre, ces relations compliquées finirent par conduire à un drame.  La veuve se transforme en une vitrioleuse, poussant un de ses amants à jeter du vitriole au visage d’un autre, ce qui le dévisagera en permanence.  Qu’elle ait été la première ou non à utiliser cette technique, son crime laissa de profondes traces dans les annales criminelles françaises, voir mondiales.  Il y a quelques années à peine, les faits divers québécois nous apprenaient cette incroyable histoire où Tanya St-Arnauld fut défigurée à l’acide par un copain possessif et jaloux.  Comme quoi le crime n’a pas de frontière.

            Laurent Obertone, journaliste et auteur, nous rappelle ensuite les faits entourant les actes répréhensibles du célèbre Unabomber, ce tueur en série qui sévissait principalement à l’aide de bombes qu’il expédiait à certains membres de l’élite universitaire.  C’est seulement après son arrestation, dénoncé par son frère, que la population en saura un peu plus à propos de sa haine envers la technologie, puis la société en général.  On le décrit ici comme possiblement le plus intelligent des tueurs en série américains.  Toutefois, on souligne aussi le rapprochement que les détectives ont déjà tenté de faire entre Kaczynski (Unabomber) et le tout aussi célèbre tueur du Zodiac.  En dépit de similitudes frappantes entre les deux personnages, il n’existe actuellement aucune preuve pouvant établir que l’homme se cache aussi derrière cet autre personnage mythique du crime.

            Puis enfin nous arrive la percutante Frédérique Lantiéri, que j’ai admiré tant de fois à la barre de la série documentaire Faites entrer l’accusé.  Elle nous présente une histoire plutôt singulière, celle de la première fois où la justice française décida de croire aux témoignages d’enfants maltraités.  Un récit touchant mais qui fut également enseveli sous le poids de la honte.  Avant de nous quitter, Lantiéri souligne qu’il a fallu un siècle pour redécouvrir ce dossier.

            On passe ensuite à Stéphane Bourgoin, celui que le réseau CNN a qualifié de plus grand spécialiste des tueurs en série au monde.  Ce dernier nous raconte une autre première du crime, celle de Blaise Ferrage qui a sévi dans le dernier quart du 18ème siècle.  Bourgoin profite ensuite de l’occasion pour revenir sur des points qu’il défend depuis longtemps, comme par exemple le fait de vouloir sensibiliser les Français à reconnaître que le phénomène des tueurs en série n’est pas réservé aux Américains.  Il est mondial.  Il nous en donne plusieurs exemples en revenant brièvement sur des tueurs célèbres comme Gilles de Rais, Émile Louis et j’en passe.

            Sur la scène apparaît ensuite Dominique Rizet, spécialiste de la police judiciaire que j’ai également découvert sur Faites entrer l’accusé.  Tout au long de quelques dizaines de pages, il nous résume l’affaire Van Gelovan.  Ce tueur aura principalement laissé sa trace dans l’Histoire pour avoir sauvagement tué deux fillettes de 10 ans en 1991.  Autre dossier choc.

            Michel Mary, reporter rattaché au Nouveau Détective, dont le nom n’est plus à faire, a décidé de nous évoquer l’histoire du prolifique tueur de vieilles dames, Thierry Paulin.  Mary l’a lui-même croisé à l’époque de son arrestation.  Même si on connait l’histoire de ce tueur en série, on la redécouvre constamment puisqu’on a peine à croire qu’il ait pu commettre toutes ces atrocités.  Le SIDA finira par l’emporter avant la tenue de son procès.

            Alain Bauer, criminologue doublé d’un spécialiste dans les affaires du renseignement et du terrorisme, nous dépeint l’évolution récente et rapide de ce type de crime qui inquiète maintenant toute la planète.  Pour ce faire, il a choisi de mettre la violente histoire de Khaled Kelkal à l’avant-plan de sa présentation.

            Finalement, c’est le commissaire et historien Charles Diaz qui ferme la marche en revenant sur le légendaire Pierrot le Fou, ce braqueur qui a laissé sa marque en France juste après la Seconde Guerre.

            Ce premier volet de True Crime n’est que le début de l’aventure.  C’est du moins ce qu’on nous laisse penser en précisant que les volumes suivant paraîtront tous les six mois.  Le second vient d’ailleurs de faire son apparition sur le marché.  J’ai donc du retard à rattraper.  Quels seront ces autres sujets traités par nos passionnés collègues d’outre-mer?

            À la fin, Frédéric Ploquin nous laisse avec ce clin d’œil : « merci enfin aux lecteurs qui nous suivront et dont beaucoup savent, comme nous, que ces faits que l’on dit « divers » charrient tous les mystères de nos âmes ».

            En effet, si les faits divers sont boudés par une majorité d’intellectuels ou ceux qui croient l’être, les faits judiciaires nous en apprennent beaucoup sur ce qu’est l’être humain.  Car il n’y a pas que le meilleur qui soit formateur.  Il y a aussi le pire.

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