France Alain: les témoignages de Boulanger et Perron

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Intersection des rues Belmont et Chapdelaine, à Ste-Foy (Québec), là où France Alain fut sauvagement abattue en octobre 1982.

         On se rappellera que dans l’article précédent consacré à cette affaire, on avait vu le témoignage de Céline Doyle, une étudiante habitant le même immeuble que France Alain en 1982.  Après avoir entendu certains bruits, Céline avait fini par suivre deux femmes dans la rue.  Celles-ci venaient de faire la triste découverte.

         Au moment d’être appelé à témoigner à l’enquête du coroner le 12 mars 1986, Monique Boulanger était âgée de 31 ans.  Sous les questions de Me Pierre Parrot, on comprit rapidement que le soir du drame, le 25 octobre 1982, Monique marchait sur la rue Chapdelaine en compagnie de son amie Christiane Perron.  À cette époque, Monique demeurait sur la rue Jean-Durant.  Elle se rappela la présence de deux trottoirs longeant les bords de la rue Chapdelaine.  En fait, il n’y avait que devant le cimetière Belmont, situé juste en face du croisement fatal, qu’il était absent.

         Juste avant que le drame n’éclate, les deux marcheuses déambulaient du côté nord, donc à l’opposé du cimetière.

  • À un certain moment donné, lui demanda Me Parrot, est-ce que votre attention a été attirée particulièrement par un bruit?
  • J’ai entendu, moi, je pensais que c’était ce qu’on appelle en anglais un back fire. J’ai entendu ça quand j’étais à peu près, vis-à-vis la rue Myrand et Chapdelaine.  Je m’en allais à ce moment-là en direction de Nérée-Tremblay.  Je m’en allais vers Belmont.
  • Aviez-vous traversé Myrand à ce moment-là?
  • À ma souvenance, oui.
  • Est-ce que vous avez jeté un coup d’œil après avoir entendu ce bruit-là? Qu’est-ce que vous faites?
  • Après avoir entendu le coup, j’ai levé les yeux et j’ai vu une voiture très loin. Alors, c’est pour ça que j’ai pensé que c’était un back fire.
  • La voiture était, par rapport à vous, rendue à quel endroit à peu près?
  • Elle était dépassée Belmont, à ma souvenance.

Le témoin ajoutera que la voiture s’était rapidement éloignée en direction de l’intersection de Mackay et Chapdelaine, de sorte qu’elle fut incapable de l’identifier.  Elle ajoutera aussi un autre élément digne de mention.

  • C’était pendant la semaine de lecture à l’université, dit-elle. Habituellement, il y a beaucoup de gens qui circulent et puis à ce moment-là, cette semaine-là, il y avait pratiquement personne.  C’est une rue où c’était très noir à cette époque-là.

Étant donné qu’elle avait cru à un back fire, Monique ne s’était pas pressée et avait poursuivi normalement sa marche tout en bavardant avec Christiane.  D’ailleurs, durant un instant, les deux femmes ne croisèrent personne sur le trottoir.

Lorsqu’on lui demanda des précisions quant à l’heure où ce bruit avait été produit, Monique se montra plutôt vague en situant la chose entre 19h00 et 20h00.

  • Est-ce qu’il y avait une circulation automobile dense ce soir-là?
  • Pas du tout.
  • Qu’est-ce qui se passe par la suite?
  • Quand on est arrivé au coin de Chapdelaine et Belmont, on a continué un petit peu à marcher sur … au début du trottoir et j’ai aperçu, sur le trottoir, un sac avec une pinte de lait, des verres et puis un sac de biscuits et j’ai dit à ma copine : « Fais attention, il y a des choses sur le trottoir ». Et en la poussant pour …, parce qu’on était quasiment rendues sur ces objets-là, … en la poussant, je me suis retournée et j’ai aperçu le corps.
  • Est-ce que la personne vous a paru encore vivante?
  • Elle ne m’apparaissait pas vivante quand je l’ai vue.
  • Êtes-vous demeurée un petit bout de temps auprès d’elle?
  • Moi, je me suis approchée près d’elle.  Je me suis penchée, ma compagne est allée chercher du secours.  Moi, je suis restée avec elle.  Je lui ai parlé.
  • Est-ce qu’elle vous répondait?
  • Elle gémissait.
  • Est-ce qu’elle a pu balbutier quelques mots?
  • Pas du tout.

Selon Monique, les policiers arrivèrent sur les lieux en moins de 5 minutes.  Elle se souvenait parfaitement de l’aide que Céline Doyle était venu leur offrir au milieu de cette cohue.  L’une des trois femmes s’était finalement chargée de mettre instinctivement une couverture sur le corps de la victime avant l’arrivée des services d’urgence.

Me Parrot voulut obtenir plus de détails quant à la mystérieuse voiture, mais Monique précisa seulement que celle-ci s’était éloignée à une vitesse tout à fait normale.

Me Lawrence Corriveau, l’avocat de Benoît Proulx, exerça son droit de contre-interroger le témoin mais son intervention fut plutôt brève et sans toutefois apporter quoi que ce soit de nouveau.

Comme il était facile de s’en douter, on appela ensuite Christiane Perron, 33 ans, technicienne en assistance sociale.  Évidemment, elle confirma son rôle déjà présenté par sa copine.

  • Quand on est revenue de notre marche, dit-elle, on était sur notre retour. C’est plus ma compagne Monique qui l’a entendu puis qui m’a fait remarquer : « l’as-tu entendu? ».  Parce qu’on jasait, puis j’étais prise par la conversation qu’on avait.
  • À ce moment-là, est-ce que vous avez observé s’il y avait plusieurs personnes qui circulaient sur la rue ou sur le trottoir?
  • En fait, ce qu’on a remarqué c’est que c’était très tranquille.  C’était sombre, puis il y avait … en tout cas, on n’a vu personne.  C’était vraiment calme.

À son tour, elle confirmera la présente de la pinte de lait et des articles d’épicerie au sol, ces objets ayant été les premiers à attirer leur attention.

  • Nous, on a pensé que c’est un accident de voiture puis que la personne, peut-être, s’était sauvée. Parce que le corps était étendu puis on pensait même que c’était un enfant, à voir, à première vue, comme ça.  Ça fait qu’à ce moment-là, Monique est restée près du corps puis moi je me suis dépêchée.  Fallait que je bouge, de toute façon.  C’était énervant.  Ça fait qu’alors je me suis dépêchée d’aller dans un bloc-appartements puis j’ai sonné à la première porte où il y avait quelqu’un pour téléphoner à la police.

En utilisant les photos déposées en preuve, Christiane indiqua l’endroit exact à l’intersection des rues Belmont et Chapdelaine où gisait le corps.  À ce moment-là, comme nous le verrons plus tard, France Alain était toujours en vie.

  • Qu’est-ce qui a attiré votre attention?, lui demanda Me Parrot. C’est davantage le sac d’épicerie?
  • Oui, c’est ça. Oui, parce que j’ai failli marcher dessus.  Puis c’est là qu’on a vu le corps étendu, parce que, après ça, il n’y a rien qui a attiré notre attention.
  • Madame Perron, est-ce que vous êtes en mesure de nous dire quelle heure pouvait-il être au moment où vous observez qu’il y a une personne qui est étendue sur l’herbe?
  • Entre 19h00, 20h00, 20h15.  Parce qu’on a pris une marche à peu près de trois quarts d’heure, une heure.  C’est au retour de notre marche.

Tout comme sa compagne, elle se souvenait que les policiers, après l’appel d’urgence, avaient mis environ 5 minutes à arriver sur les lieux.  À son tour, elle souligna combien ce quartier était sombre à la tombée de la nuit.  Contrairement à Monique, cependant, elle dira n’avoir noté aucun son provenant de la victime.  Celle-ci lui paraissait déjà morte.

Puisque Me Corriveau déclara n’avoir aucune question pour le témoin, Christiane put quitter la salle.

La présence de cette voiture, qui ne sera jamais identifiée, sera l’un des points mystérieux de l’enquête.  Puisque Monique avait cru en la production d’un back-fire, cela paraissait logique d’y associer le sombre véhicule.  Évidemment, on apprendra plus tard que ce bruit ne pouvait être que celui du coup de feu fatal, que devenait la voiture dans tout cela?  Pouvait-il s’agir d’un hit and run?  D’un tireur se trouvant à bord d’une voiture pour fuir plus rapidement les lieux?

Si on doit en croire cette théorie, comment expliquer que ces témoins ont vu la voiture s’éloigner à une vitesse tout à fait normale?

En fait, la question est de savoir si on doit absolument intégrer ce véhicule au scénario du meurtre?

 

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One thought on “France Alain: les témoignages de Boulanger et Perron

  1. Je crois que si la voiture est partie à vitesse ..normale, ç’est peut-être pour ne pas éveiller aucun soupçon justement… De partir en trombe aurait pu éveiller plus de soupçon et d’attention, comme il n’y avait aucune circulation, aucune autre voiture voir signe de vie,etc…, le tueur a peut-être préféré partir ..normalement sans alerter personne.

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