L’affaire Dumont, vies brisées

609024-gf         Il y a quelques années, c’est à la défunte librairie Clément Morin que mes doigts se sont retrouvés à feuilleter brièvement ce livre.  Mon choix s’était finalement arrêté sur un autre volume, non sans qu’un certain regret s’installe.  Au cours de la période des Fêtes, je me suis dit qu’il fallait en retrouver un exemplaire pour satisfaire enfin ma curiosité.

         Avant d’entamer ma lecture, la dernière fois que j’avais entendu parler de cette histoire c’était à l’émission Denis Lévesque sur les ondes de TVA.  Et ça remontait, là aussi, à quelques années.  La sortie du film L’affaire Dumont, du célèbre cinéaste Podz, avait redonné espoir à Michel Dumont, cet homme injustement accusé et condamné pour un viol qu’il n’a pas commis.

         Mais voilà!  Il s’est alors produit une chose regrettable : on a soudainement refait son procès dans un studio de télévision.  Je crois me souvenir que Danielle Lechasseur, cette femme qui avait faussement accusé Dumont de l’avoir violé, revenait une fois de plus sur sa parole, telle une véritable girouette.  Si Dumont a vécu l’enfer carcéral c’est principalement en raison de cette accusation.  Plus tard, cependant, Mme Lechasseur avait avoué son erreur après avoir croisé son véritable agresseur dans un commerce.  Et maintenant, devant les projecteurs, elle reprenait sa première version.  Comme si ce n’était pas suffisant, l’ex-conjointe de Dumont profita aussi de son heure de gloire devant l’animateur Denis Lévesque en prétendant avoir menti au procès, et cela à la demande de Dumont.  Tout ceci pour le couvrir, bien sûr.

         On pourrait alors se demander « à quoi bon? », puisqu’il a tout de même été condamné!

         Comment juger de la pertinence et surtout de la crédibilité de ces témoins qui n’apparaissent pas sous serment ni dans un cadre légal, mais plutôt au profit d’un spectacle télé?  Comment ne pas savoir si leur réelle motivation n’est justement pas un désir de profiter de l’attention de tous, de « souffrir en public », ou même d’avoir la chance de rencontrer une vedette du petit écran?

         En droits, ces témoignages n’ont aucune crédibilité et encore moins une quelconque valeur juridique.  L’avocat de Dumont a même spécifié à cette époque que le dossier de son client était clos depuis son acquittement officiel de 2001.  Le reste n’est qu’un « show de boucane ».  La valeur des témoignages sous serment récoltés dans un cadre officiel comme celui d’un procès, une chose que Me Clément Fortin défend vigoureusement – et je lui emboîte volontiers le pas – est trop importante pour refaire un procès improvisé devant quelques caméras.  Peut-être est-il intéressant pour une certaine partie de la population, mais c’est loin d’être honnête.

         Certes, il n’est pas impossible qu’un témoin puisse mentir sous serment, mais ses paroles sont enregistrées dans un cadre légal et de façon permanente.  Cela devient de la preuve.  On peut ensuite la consulter, la faire revivre et la comparer avec d’autres déclarations ou d’autres preuves.

         Malheureusement, la dernière image que plusieurs personnes garderont de cette affaire sera justement cette bisbille étalée sur la place publique.

         Pour l’avoir suivi sommairement à travers les années, l’affaire Dumont m’a toujours tracassé pour une raison bien simple : le soi-disant crime reposait sur la parole d’une seule personne.  Or, les causes criminelles construites sur un seul témoin oculaire sont beaucoup plus fragiles que celles bénéficiant d’une preuve circonstancielle solide.  Contrairement à une certaine croyance populaire, la preuve circonstancielle est plus fréquente et plus fiable qu’on peut le croire.  Les juges en discutent régulièrement dans les directives qu’ils adressent aux jurés lors de procès pour meurtre.

         Bien sûr, me direz-vous, difficile de compter sur plus d’un témoin dans une cause de viol, mais depuis que cette femme est revenue plus d’une fois sur sa déclaration, n’est-elle pas en train de prouver son affabulation?

         Je sais.  Mon billet devait porter sur le compte rendu du livre de François Gignac.  Toutefois, sa plume, qui se noie dans les fautes enfantines en plus de colporter un style si peu intéressant qu’il en devient ennuyeux, m’a orienté davantage vers un petit survol du souvenir que l’on garde de cette triste histoire.  Parce que ça pourrait arriver à n’importe lequel d’entre nous.

         Malheureusement, il faut bien le dire, l’affaire Dumont ne jouit toujours pas d’un livre digne de ce nom.

         Malgré tout, cet ouvrage nous plonge dans l’enfance assez peu enviable de Michel Dumont, qui fut maltraité et surtout mal-aimé par ses parents.  On lui fait croire qu’il a été adopté, ce qui n’a rien pour le sécuriser.  On le bat.  On se moque de lui.  Bref, j’ai cru un instant que je relisais mon propre livre sur L’affaire Aurore Gagnon.

Décidément, Michel n’a pas connu un très bon départ dans la vie.  Il aurait eu toutes les raisons du monde de se rebeller, de vouloir obtenir « réparation » de manière violente, et pourtant.  Il se développera plutôt comme un citoyen effacé.

         Au moment du lancement de son film, en 2012, Podz a expliqué qu’il avait voulu montrer aux cinéphiles à quel point cette histoire pouvait arriver à n’importe qui.  Il suffirait pratiquement des hallucinations d’un témoin pour nous pointer du doigt – parce que cette personne a soudainement décidé que nous devenions le bouc émissaire de ses malheurs – de convaincre quelques policiers en mal de résolution de crime, et hop!  L’affaire est dans le sac!

         En dépit d’un système judiciaire rodé, l’affaire Dumont est là pour nous rappeler que ces histoires d’horreur peuvent survenir.  Car l’injustice fait aussi partie du système judiciaire.

         Selon un proverbe, on juge une société à la façon qu’elle a de traiter ses personnes âgées ou ses enfants.  Peut-être devrait-on aussi la juger selon la manière qu’elle traite les injustices.  Je comprends l’attitude des juristes ou leur crainte d’admettre leurs erreurs, car cela minerait la confiance du public.  Mais il y a pire, comme de garder le silence devant l’évidence.

         Si la qualité du film de Podz a racheté la lacune du livre, sans doute devra-t-on se souvenir de Michel Dumont comme d’une éternelle victime.  Et, ne l’oublions pas, ce mot englobe aussi ses proches.

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One thought on “L’affaire Dumont, vies brisées

  1. Cette histoire la a exister a cause des biens des choses, comme exemple le travail de la police sur cette affaire, le procureur de la couronne, il;s y en as beaucoup dde cas semblalbes que l on doit pas appeler erreur judiciaire mais erreur pratiquement volontaire du a de l incompétence de biens des gens

    Aimé par 1 personne

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