Mom Boucher


momOUELLETTE, Guy, et LESTER, Normand.  MOM.  Montréal : Les Intouchables, 2005, 268 p.

            L’auteur principal de cet ouvrage est un ancien policier spécialisé dans le crime organisé qui a fini par se transformer en politicien.  Le second a ses habitudes auprès des histoires de crimes, des polars et autres récits frôlant parfois le conspirationnisme.

            L’avant-propos souligne que la principale motivation de Guy Ouellette à présenter ce livre était de dépeindre Maurice « Mom » Boucher sous son véritable jour, en opposition à l’image qu’on lui avait donné dans les médias.  Si les plus jeunes se rappellent à peine d’avoir entendu son nom, on se souviendra que dans les années 1990 Boucher était pratiquement devenu une légende vivante du crime.

            Maurice Boucher est né le 21 juin 1953 à Causapscal, en Gaspésie.  Il y avait à peine quelques jours, trois chasseurs américains disparaissaient en Gaspésie.  Et on connaît l’impact que cette affaire eut plus tard avec la condamnation de Wilbert Coffin.  C’est aussi à cette époque que Marguerite Ruest Pitre devenait la dernière femme pendue dans l’histoire du Canada.  Elle aussi avait des origines gaspésiennes.  Bref!

            Devant un père alcoolique, Maurice Boucher apprendra à détester les règles et à développer une indifférence totale face au comportement du paternel.  En dépit de cette carapace, il sombre dans le crime.  Les premières évaluations psychologiques présentées dans le livre ne sont guère encourageantes.  De trafiquant de drogue, il se transforme en braqueur.  Il réalisera d’ailleurs un vol de façon plutôt maladroite, digne des frères Dalton.

            En 1982, lorsque Guy Ouellette apprend son existence pour la première fois, Boucher porte déjà son célèbre surnom en plus de frayer avec les motards criminalisés de Montréal.  Pour les auteurs, c’est l’occasion d’exposer aux lecteurs les inquiétantes règles des motards SS.

            Certes, on ne pouvait passer au côté de la fameuse tuerie de Lennoxville ou, si vous préférez, l’épisode des fameux sacs de couchage.  Cette tuerie faillit décimer complètement l’organisation des Hells Angels.  C’est peut-être ce qui explique pourquoi Maurice Boucher a pu passer entre les mailles du filet puisqu’à cette époque il purgeait une peine pour agression sexuelle armée contre une jeune fille.  Au passage, Ouellette profite de l’occasion pour blâmer l’attitude policière de cette époque, à savoir qu’on laissait aller les choses en croyant que cette bande n’arriverait pas à se reconstruire.  Et pourtant, on connait la suite.  Les Hells Angels sont revenus en force.

            Boucher retrouva sa liberté en 1986.  L’année suivante, il devenait officiellement un Hells Angels à part entière.

            En 1991, ce fut au moment où des policiers procédèrent à une vérification routière de plusieurs motards que Ouellette croisa Boucher pour la toute première fois.  Ce dernier s’amusait déjà à faire des pitreries devant les caméras de télévision.  « Boucher prend de la place, mais il ne me pas [sic] fait grande impression », écrit l’ancien policier.  Toutefois, le personnage en menait déjà large à cette époque, au point de laisser entendre qu’il aspirait à gravir les échelons de la hiérarchie criminelle.

            En 1993, Boucher s’associa avec Raynald Desjardins, le célèbre criminel québécois affilié au clan Rizzuto, pour une imposante importation de drogue en sol canadien.  Au terme d’une opération menée par la GRC, Desjardins sera arrêté et condamné à une peine de 15 ans, tandis que Boucher ne sera pas ennuyé.  Est-ce une autre erreur?  Un manque de collaboration entre les corps policiers?

            Quoi qu’il en soit, Ouellette souligne que si la GRC avait arrêté Boucher à cette époque, nous n’aurions sans doute pas connu, à partir de l’année suivante, ce qu’on appelle encore aujourd’hui la guerre des motards (1994-2002).

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Acte de mariage des parents de Maurice Boucher.  Le mariage a eu lieu en Gaspésie, le 19 février 1953.

            Officiellement, cette guerre éclata en 1994 avec le meurtre de Pierre Daoust, qui ne sera jamais clairement élucidé.  En juillet de la même année, le conflit prit rapidement de l’ampleur lors des funérailles d’un Hells, Jean-Louis Duhaime.  La cérémonie, qui se déroula à Trois-Rivières, se transforma en cirque.  La police municipale trifluvienne perdit complètement le contrôle au profit des motards, et tout cela donna au public l’impression que ces rebelles étaient plus puissants que les représentants de l’ordre.  Ce sera donc une énorme prise de conscience pour toute la province.

            Les meurtres et attentats à la bombe se poursuivirent.  On se rappelle encore de cette époque où les gens, même dans le privé, n’osaient pas prononcer le moindre mot contre les motards.  D’autres allaient plus loin en expliquant, sur une pointe d’admiration, que ces hommes-là ne s’en prenaient qu’à eux-mêmes, comme si on devait considérer leur présence comme un cadeau de la société.  Ce discours s’avéra rapidement désuet lorsqu’un garçon de 11 ans, Daniel Desrochers, fut tué lors de l’explosion d’un véhicule piégé au cours de l’été 1995.

            En plus de cette mort injuste, l’approche du référendum poussa le gouvernement provincial à réagir.  On assistera alors à la formation de l’escouade Carcajou, dont l’un des principaux éléments sera justement Guy Ouellette.  Car les motards savaient profiter de plusieurs situations, dont l’affaiblissement ou le ralentissement policier en raison de la Commission Poitras et l’affaire Matticks.  Mais tout cela n’entrava en rien la montée en puissance de Mom Boucher, qui se souciait de son image publique, au point où il souhaita obtenir le contrôle d’une partie des médias.  Pour ce faire, il utilisera Gaétan Rivest, un ancien policier devenu un proche des Hells, ainsi que sa relation avec le controversé chroniqueur Claude Poirier.

            À ce sujet, Ouellette donne d’ailleurs l’impression de remettre le pendule à l’heure : « Dans les mois qui suivent, Gaétan Rivest devient un collaborateur régulier de l’émission d’André Arthur à CKVL, où il discute avec Claude Poirier de questions touchant la Sûreté du Québec.  Poirier autant qu’Arthur enragent de voir que la SQ n’a jamais voulu que je réponde à leurs questions dans le cadre de leur émission radiophonique journalière.  Ils répliquent à notre mutisme par le dénigrement.  Ils s’en prennent souvent à moi à cette époque ».

            Pas très étonnant de la part d’Arthur, qui a aussi déblatéré des inepties à l’époque du procès de Benoît Proulx à Québec, au début des années 1990.  Quant à Poirier, on connaît son histoire d’amour avec les mauvais garçons depuis son aventure maintes fois répétée avec Richard Blass.

            Ce que reproche Ouellette à ce genre de comportement médiatique, c’est qu’on a ainsi permis à un chef criminel reconnu d’utiliser les médias pour créer la confusion.

            Comme on peut s’en douter, il est impossible de parler de ce chef des motards sans mentionner les meurtres des deux gardiens de prison.  Selon Ouellette, c’est en partant de l’idée de vouloir immuniser son groupe que lui vint l’idée de s’en prendre à des représentants de l’ordre.  Son intention de départ était de viser des gardiens de prison mais aussi des policiers, des juges et des procureurs.  « Le chef Nomads mise, d’une part, sur le fait qu’il est impossible pour la Couronne de négocier avec quiconque s’attaque au système de justice.  Il est assuré, d’autre part, que jamais le tueur d’un gardien de prison, d’un policier, d’un juge ou d’un procureur de la Couronne ne parlera.  Il est convaincu que le tueur se fera lui-même tuer en prison par des gardiens furieux ou encore qu’il fera ses 25 ans en isolement, « dans le trou ».  De cette façon, Boucher pense avoir trouvé la parade absolue pour se protéger contre le système : le priver de délateurs »[1].

            Pour cette mission, Boucher arrête son choix sur un jeune criminel qui ambitionne de devenir Hells Angels : Stéphane « Godasse » Gagné.  Le 26 juin 1997, c’est avec un complice que Gagné prend en chasse un véhicule conduit par un gardien de prison.  En fait, les deux tueurs se sont contentés de voir la présence d’un écusson à l’épaule gauche du conducteur.  Sur la route, Gagné ouvre le feu alors qu’il est à la hauteur du véhicule.  Agrippé à son complice, qui conduit une moto, il prend la fuite à toute vitesse.  C’est seulement le lendemain que Gagné apprendra de la bouche de Mom Boucher que sa victime était une femme.  « C’est beau mon Godasse », lui lança Boucher.  « C’est pas grave si elle avait des totons ».

La victime se nommait Diane Lavigne.

            Au début de septembre, ce sera au tour d’un autre gardien de prison, Pierre Rondeau, à tomber sous les balles.  Au départ, les enquêteurs ne se doutaient pas que les deux crimes puissent être reliés, et encore moins que cela fasse partie d’une stratégie tordue des motards.  Ouellette nous explique ensuite comment on a pu, en quelques semaines seulement, identifier Gagné comme étant l’assassin.  Celui-ci, se sentant abandonné par les avocats des motards, prendra la décision de passer à table.  Il raconte tout.  Le 18 décembre 1997, un mandat d’arrestation fut émis contre Mom Boucher.  Lors de son interrogatoire, celui-ci restera solide et muet.  Il ne craquera pas.

            Par mesures de précautions, la justice prit la décision de l’enfermer à la prison des femmes Tanguay, que Ouellette finira par visiter en l’absence de Boucher, alors occupé à une comparution.  De cette visite, l’ancien policier retiendra : « mon attention est attirée par un téléphone public.  Je note que, gravés dans le bois, se trouvent le nom et le numéro de téléphone du journaliste Claude Poirier avec qui il est en relation depuis des années.  Boucher a une grande confiance en Claude Poirier et il l’appelle régulièrement pour discuter d’affaires policières et judiciaires alors qu’on a des écoutes judiciairement autorisées sur les téléphones qu’utilise Boucher.  Maurice Boucher apprécie particulièrement les critiques féroces de Claude Poirier à l’endroit de la police et l’encourage dans ce sens »[2].

            Malheureusement, Godasse Gagné ne fit pas le poids devant Me Jacques Larochelle, qui avait déjà défendu Denis Lortie, le tireur fou qui s’en était pris à l’Assemblée Nationale en 1984.  Selon Ouellette, il semble qu’on doive également attribuer une partie du blâme au juge Boilard en ce qui concerne l’issue du premier procès.  Le juge aurait erré en droit en utilisant plusieurs fois l’expression « témoin taré » pour désigner Stéphane Gagné.  Évidemment, c’est là un manque total d’objectivité.

Et comme si ce n’était pas suffisant, des motards s’infiltrèrent dans le prétoire pour intimider les jurés en les fixant constamment du regard.

            Plusieurs se souviennent encore de la sortie triomphante de Boucher du palais de justice de Montréal après son acquittement.  Et voici comment Ouellette nous rappelle la scène : « plusieurs gestes obscènes sont dirigés vers les policiers pendant la sortie des motards du Palais de justice.  Les reportages des télévisions et des journaux montrent Boucher descendant l’escalier mobile avec le photographe Michel Tremblay qui a eu droit à certaines exclusivités médiatiques dans le passé et qui en aura plusieurs autre dans l’avenir, autant de la part des Hells Angels que des Rock Machine-Bandidos.  Tout souriant, le journaliste Claude Poirier discute avec les motards présents sur le trottoir de la rue Saint-Antoine devant le Palais »[3].

            Cet acquittement fut un choc pour le Québec.  Encore une fois, il donnait l’impression que ces criminels organisés étaient intouchables.  Le soir même, Boucher célébrera sa victoire en assistant au combat de boxe entre Dave Hilton et Stéphane Ouellet au Centre Bell.  D’ailleurs, Guy Ouellette profite de l’occasion pour nous laisser entendre que le combat revanche entre ces deux boxeurs québécois aurait pu être arrangé par les motards, ce qui n’est pas une réelle surprise dans un sport qui a toujours entretenu une aura malsaine : « Je me souviens d’un combat revanche, fin mai 1999, entre Dave Hilton et Stéphane Ouellet.  Un membre influent des Hells Angels, Louis Melou Roy, m’avoue alors avoir « misé un gros paquet d’argent CONTRE son boxeur favori ».  En faisant mes recherches usuelles dans l’enceinte du Centre Bell, afin de localiser les motards venus assister au combat, je croise Roy et sa compagne à un comptoir de restauration rapide du 3ème étage.  Je localise aussi plusieurs autres membres du chapitre Sherbrooke dans une « loge corporative » du 5ème étage.  On se souvient qu’Hilton a terrassé Ouellet à 2 min 48 du troisième round.  L’histoire ne dit pas quels ont été les gains de Melou Roy ce soir-là, et je n’ai jamais pu lui en reparler avant sa disparition mystérieuse en juin 2000 »[4].

            Tandis que Boucher se la coule douce en voyageant à travers le monde, certains représentants de l’ordre refusèrent de laisser tomber les bras.  Ce fut le cas de Guy Ouellette, mais aussi de la courageuse procureur France Charbonneau, qui se retrouvera plus tard à la tête de la fameuse Commission Charbonneau.  Les auteurs ne se gênent pas pour souligner sa grande contribution au succès qui allait suivre.  C’est grâce à son travail acharné que la Cour d’appel ordonnera finalement la tenue d’un second procès.

            Il n’en reste pas moins que durant cette liberté, Mom Boucher continuait d’attirer l’attention.  Sa célébrité s’amplifiait sans cesse.  Il y aura plusieurs moments cruciaux durant cette période, mais on retiendra principalement l’attentat contre le journaliste Michel Auger, le mariage de René Charlebois – auquel les motards avaient invités les artistes Ginette Reno et Jean-Pierre Ferland – ainsi que la fameuse trêve avec Fred Faucher, un événement encore couvert par Claude Poirier.

            Et cette fois, ce sera la déchéance du chef des motards.  Le procès est rondement mené par Me France Charbonneau, qui non seulement résiste aux attaques de Me Larochelle mais lui offre quelques répliques intelligentes.  Stéphane « Godasse » Gagné est aussi mieux préparé, et ses dires seront mieux corroborés.  La loi antigang a fait en sorte d’apporter plusieurs améliorations, dont une meilleure protection pour les jurés.  Finalement, justice est rendue.  Maurice « Mom » Boucher est reconnu coupable.

            Guy Ouellette nous rappelle que le combat contre les motards criminalisés est une affaire de tous les jours.  Toutefois, il semble ironique de relire ce dernier extrait apparaissant dans les derniers paragraphes du livre : « On peut penser que, comme beaucoup de membres Hells Angels condamnés à perpétuité avant lui, Mom Boucher deviendra, avec le temps, un prisonnier comme les autres.  Sa notoriété s’estompera.  Qui se rappellera encore de lui à sa libération vers l’âge de 70 ans en 2023? »[5].

[1] P. 134.

[2] P. 173.

[3] P. 179.

[4] P. 180, les lettres en italique et en majuscule sont des auteurs du livre.

[5] P. 254.

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One thought on “Mom Boucher

  1. hahahahhahhahahha des proches de familles de rappelles des funérailles de Jean louis Duhaime a St Paulin les motards fermait les rangs et faisait la circulation sur la route 349 de louiseville st paulin un vrai bon SHOW d incompétence de police hahaha Gaétan Rivest c est pas lui le célèbre policier enquêteur dans l affaire claire lortie ???? le gars mort dans le congélateur ??? il fallu juste un peu de technique de jugements que même un stagiaire du barreau ( je ne veut pas les discréditer ) mais un tout petit rien la faisait acquitter a cause de l incompétence ???? Mum en DÉDANS doit avoir perdu sa bataille ??? car il, lui contrairement aux autres , il s était attaquer au système judiciARE , police , juge, couronne , gardien de détention et bien cela fallais y penser car depuis ces événements le code criminel canadien a été modifier ( grace a surtout Gilles Duceppe le Bocquiste qui a fesser fort la dessus ) l avantage de ce monde est toujours de passer inapercu, rester discret afin d avoir la sympathie des gens pour qu ils disent se sont de bonnes personnes : car pres de chez moi il y avait salle de spectacles et des gens disait des motards se sont de bonnes personnes j ai jaser avec et on as eu du fun et il m ont payer une BIERE hahhahaha)

    merci pour vos articles

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