L’affaire St-Louis: chapitre 2


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Parade d’identification organisée peu après la mort de Michel Prince.  Marcel St-Louis, qui sera accusé du meurtre, est au centre de la photo.

         À l’arrivée de la police, on ne put que constater le résultat du drame.  Le corps de Michel Prince gisait toujours dans la neige, sur le terrain d’Arthur Ally.

         Au cours de la première partie de la poursuite, André Prince, qui prenait alors place dans la voiture de son père, avait réussi à voir et surtout à mémoriser le numéro d’immatriculation du véhicule suspect.  Grâce à cette précieuse information, quelques minutes plus tard, la Sûreté du Québec connaissait le nom du propriétaire, ainsi que le modèle et la marque.  Il s’agissait d’un Vauxhall de modèle Envoy.

         Ce fut donc sans grande déduction que les agents Yvon Lemire et Douglas Lyons furent envoyés devant la résidence correspondant au propriétaire de l’automobile, à Drummondville.  Ils y montèrent la garde.  Peu de temps après, l’Envoy passa sous leur nez, ralentit et entra dans la cour.  Le mystérieux conducteur descendit.  Dès qu’il aperçut les deux constables venir vers lui, il se précipita dans la maison.  Lemire et Lyons l’y rattrapèrent sans difficulté.

         Le prévenu s’appelait Marcel St-Louis et était âgé de 25 ans[1].  Les deux agents trouvèrent en possession une carabine semi-automatique de calibre .22.  Toutefois, en le conduisant au poste, on découvrit que St-Louis n’avait aucun antécédent judiciaire.  Il était blanc comme neige.

         Le lendemain, samedi 23 novembre, tandis que Le Nouvelliste répandait la nouvelle à travers la Mauricie, on fit défiler Marcel St-Louis dans une parade d’identification, de laquelle la police prit quelques clichés photographiques.  Les frères de la victime purent ainsi identifier le suspect.  Le Nouvelliste, qui plaçait l’incident vers 19h00, mentionna que la mère de la victime était « en proie à un violent choc nerveux », sans oublier que le père, ainsi que Ginette, l’épouse de Michel, étaient eux aussi très affectés par la conclusion de cette poursuite automobile.

         Marcel St-Louis avait vu le jour le 14 janvier 1943.  Il résidait au 19 de la rue Montcalm, à Drummondville.  Sa profession fut mentionnée comme journalier, œuvrant dans le domaine du déneigement.  Il n’avait aucune condamnation antérieure et possédait un niveau de scolarité équivalant à la 7ème année.

         Le lundi 25 novembre, un policier de la Sûreté du Québec se rendit au garage de Drummondville où on entreposait la voiture de Marcel St-Louis afin d’en prendre quelques photos montrant certains dommages.  Un trou situé dans la partie droite du pare-brise évoquait clairement le passage d’un projectile d’arme à feu.  De plus, la vitre de la portière arrière droite de la petite berline avait littéralement volée en éclats.  Les pneus ne semblaient toutefois pas abîmés.

         En ce même lundi, Le Nouvelliste expliquait que le suspect, « s’étant enfui avec la caisse de l’épicerie Prince, St-Louis aurait cherché à semer ses poursuivants en se dirigeant dans le 7ème rang de St-Léonard, pour parvenir à un cul-de-sac, et être coincé par le véhicule de Michel Prince qui lui barrait la route, et c’est alors que des coups de feu furent tirés entre St-Louis et Michel Prince, qui fut abattu dans la cour de M. Henri [Arthur] Allie à St-Célestin »[2].

         Après avoir raconté brièvement l’arrestation et la présence de la carabine de calibre .22, le quotidien de Trois-Rivières ajoutait que « le présumé auteur de ce meurtre avait demeuré, autrefois, sur la rue William près du rond-point de la route Trans-canadienne, mais demeurait depuis quelques mois dans la municipalité de Drummondville-Sud »[3].

         Sans donner de date, on précisait que Marcel St-Louis comparaîtrait bientôt à l’enquête du coroner.

         Déjà, on entendait l’écho des policiers qui déconseillaient aux citoyens de se faire justice eux-mêmes.


[1] Marcel St-Louis est né le 14 janvier 1943.

[2] « L’assassinat de Michel Prince, de Saint-Léonard d’Aston, jeune homme de 25 ans détenu comme témoin important », Le Nouvelliste, 25 novembre 1968, p. 1.

[3] Ibid.

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