Ce 21 janvier 1975


 

necro gargantua

Né en 1945 à Montréal, Richard Blass aura été un des criminels québécois les plus notoires. Avant de mourir à 29 ans, criblé de 27 balles après une spectaculaire chasse à l’homme, il aura fait en tout 21 victimes. Quelques-unes étaient issues du milieu de la pègre tandis que plusieurs autres auront été au cœur d’un sombre concours de circonstances.

Au cours de sa carrière criminelle, Richard Blass s’est évadé trois fois de prison. C’est durant sa toute dernière évasion qu’il commettra un crime sans précédent, soit l’incendie du bar-salon Chez Gargantua, au 1369 rue Beaubien, le 21 janvier 1975. Sans vouloir remâcher son procès, ni tomber dans un ton fleur bleue, cet article ne finira pas sur une musique d’ascenseur au pied de la tombe de Blass, appelé aussi « le chat ». Je veux me pencher un peu de l’autre côté.

Ce 21 janvier 1975, Richard Blass avait des comptes à rendre au bar Gargantua. Un peu passé minuit, il a tué par balle le gérant de l’établissement, Réjean Fortin, un ancien policier. Il a ensuite contraint les témoins de la scène à s’entasser dans un petit réduit servant à entreposer de l’alcool. Il a bloqué la porte avec un juke-box et a mis le feu. Certains spéculeront même qu’il aurait pris le temps de boire une bière, histoire de s’assurer que les flammes soient bien prises avant de quitter. En tout, il a fait 13 victimes. À l’exception de Fortin, ils seraient tous morts par asphyxie.

On m’a dit que peu d’encre a coulé sur ces dites victimes. En vérifiant les archives, j’ai bien vu qu’il était difficile en effet d’en savoir sur elles. Avec les mots-clés de l’événement, on a plutôt droit à un sempiternel flot d’articles sur la carrière de Blass. Une liste des victimes est toutefois sortie dans les journaux, mais elle a dû être corrigée plusieurs fois car il y a eu des erreurs. Après identifications, visites à la morgue et une enquête coroner plutôt controversée, la liste est devenue plus claire.

  • Réjean Fortin, le gérant du bar, ancien policier de 44 ans.
  • Claire Fortin, épouse de Réjean, était venue au bar pour jaser d’un éventuel voyage de couple en Europe.  Elle avait aussi 44 ans.
  • Gaétan Caron était un futur marié avec une carrière prometteuse comme dessinateur industriel, sportif et amateur de musique. Il n’était jamais allé au Gargantua avant ce soir-là.  Il avait 23 ans.
  • Pierre LeSiège, un ami de Gaétan. Un costaud de 6’2 qui travaillait à la brasserie Molson et qui était aussi membre des Chevaliers de Colomb.  Il était à l’aube de ses 23 ans.
  • Yves Pigeon était un chauffeur de taxi qui aurait conduit des clients à la porte du bar.  Certains diront qu’il était entré dans le bar pour changer un billet de 50 dollars; d’autres diront qu’il avait besoin d’utiliser les toilettes.  Or, dans certains articles, on nous dit qu’il aurait été obligé d’entrer dans le bar en tant que témoin à éliminer.  Sa voiture a été trouvée encore en marche sur la rue Beaubien.  Il était père de 4 enfants.  Il avait 42 ans.
  • Serge Trudeau venait de gagner aux courses à chevaux et voulait fêter.  Il avait 25 ans.
  • Augustin Carbonneau avait 32 ans.
  • Pierre Lamarche aurait été touché d’une balle, qui aurait effleuré son abdomen. On dit que ce serait la balle qui a tué Fortin qui aurait également atteint Pierre mais on a déjà avancé que ce dernier aurait voulu forcer la porte du réduit et qu’il aurait reçu la balle que Blass aurait tirée pour les décourager de tenter de sortir.  Il avait 29 ans.
  • Jacques Lamarche était le frère de Pierre.  Il avait 30 ans.
  • Juliette Manseau, agée de 17 ans, est la plus jeune des victimes.
  • Kenneth Devouges était connu comme étant un petit fraudeur.  Il était aussi le petit ami de Juliette.
  • Denise Lauzé, une employée du bar, était âgée de 21 ans.
  • Ghislain Brière était un chauffeur d’autobus et le petit ami de Denise.  Il avait 23 ans.

Un article de La Presse, le lendemain des événements, faisait état de la douleur et de la consternation dans trois familles des victimes.  On se désole d’avoir appris la mort de certaines victimes à la radio.  Au retour de la Sûreté du Québec, le père de Pierre LeSiège disait aux journalistes qu’il pouvait bien parler de la peine de mort de façon théorique avant ce drame, mais qu’une fois plongé dans ce cauchemar, il considérait la chose d’une autre façon.  Pour lui, seule la pendaison pouvait punir un monstre comme celui qui avait fait ce massacre la nuit d’avant.  Il faut dire qu’après ce sinistre événement, le débat sur la peine de mort avait été ravivé dans les médias.  M. LeSiège avait eu la lourde tâche d’identifier son fils parmi les 13 victimes empilées à la morgue.  Sa femme, quant à elle, a appris la nouvelle à la radio, en tricotant.  Pierre était son bébé.  Le plus jeune d’une famille de quatre enfants.

Chez les Caron, c’est sa sœur Micheline qui s’est prononcée, assise dans la chambre de son frère.  Elle parlait de lui avec tendresse.  Elle disait que son frère était un homme vaillant, un gars en or.  Le dimanche d’avant, ils avaient écouté ensemble de la musique dans son nouveau système de son.  Il allait se « mettre la corde au cou » prochainement.  Il voulait sortir un peu et essayer le Gargantua…

Untitled

Chez les Lamarche, La Presse était accueillie avec un peu plus d’amertume et de désarroi. Le père des deux frères avait communiqué avec le journal pour crier sa révolte. Toutefois, il n’a pas reçu les journalistes car des membres de la famille avaient décidé de confier l’affaire à un avocat. Joint au téléphone, le père éploré avait seulement pris la peine de dire que ses deux fils n’avaient jamais mis les pieds dans ce bar avant ce soir-là.

Une fois ces victimes trouvées, je pouvais commencer mes recherches.  Même avec les archives, rien ne sortait ou presque avec ces noms.  J’ai toutefois pu sortir leur nécrologie avec La Presse.  Du moins, neuf personnes sur treize…

Ces petits encarts allaient peut-être me frayer un chemin vers les familles.

Parmi les quatre familles que j’ai pu retracer sur les réseaux sociaux, j’ai reçu un témoignage d’Elizabeth qui était la jeune épouse de Jacques Lamarche.  Elle a gentiment accepté de me livrer son témoignage.

Elizabeth et Jacques s’étaient rencontrés dans une fête.  Ils se sont mariés en septembre 1973.  Ils étaient donc époux depuis seulement un an et demi lorsque le drame a eu lieu. Elle a appris la mort de son mari quand la police est venue la rencontrer au travail.  Le soir même, elle a vu la nouvelle au journal télévisé de 18h00 et son père l’a appelée.

Une violente onde de choc.

Elizabeth était enceinte de 3 mois.  La nouvelle a été si brutale qu’elle a failli perdre son bébé, au point d’être hospitalisée un bref moment.  Cette angoisse était aussi décuplée puisque du même coup, son beau-frère Pierre a été tué, décimant en une seule nuit la famille Lamarche.

Elle dit avoir ressenti une lourde perte qui l’a carrément étourdie pendant un long moment.  Elle était surtout triste de savoir que Jacques ne connaîtrait jamais sa fille. Sans compter qu’il faut un jour expliquer à cette enfant les conditions d’une noirceur innommable qui font qu’elle n’aura jamais connu son père.  Bien sûr, elle ira visiter sa tombe, mais rien ne pourra changer ce triste destin.

Beaucoup d’années se sont écoulées depuis ce soir de janvier 1975.  Elizabeth a poursuivi son chemin dans cette vie qui pouvait finalement avoir son lot de bonheur.  Mais elle n’oublie pas.  Cette perte est tatouée dans son subconscient pour lui rappeler ponctuellement ce chemin ardu qu’elle a dû traverser.  Elle est contente que ces années de douleur soient derrière elle mais elle pense souvent avec tristesse à ce nombre de personnes affectées par la perte des frères Lamarche, même si on ne parle pourtant que de deux victimes sur treize personnes.  La famille, les amis…  Pour chaque victime, il faut penser au rayon de dommages que crée le violent impact de ce drame.

Elizabeth a côtoyé la famille Lamarche durant la petite enfance de sa fille mais ensuite, les chemins ont cessé de se croiser.  Elle a maintenant 66 ans.  Elle est devenue une grand-mère et elle profite de sa retraite bien méritée.  Elle a réalisé qu’après la tristesse, le bonheur se trouve quelque part et la vie continue.

J’ai écrit à Kristian Gravenor du blogue Coolopolis puisqu’il s’est lui aussi penché sur l’affaire Gargantua et il m’a rappelée que les victimes ne s’arrêtent pas juste à ces 13 personnes, mais aussi à la famille Blass.  À cette mère qui voulait garder l’anonymat mais qui pouvait monter aux barricades pour ses fils qu’elle aimait inconditionnellement, même s’ils l’ont certainement fait vieillir avant son temps.  Je n’ai pas eu le temps de me pencher là-dessus (peut -être aussi que ça me dépassait) mais cette femme aurait mis fin à ses jours quelques années après ce tumulte.

Richard avait aussi un fils de 9 ans lors de ces événements.  Peut-être que mon feeling n’est pas bon mais j’ai l’impression que le soir du 21 janvier 1975, il n’a pas été bordé par son père.

À suivre, du moins…  Peut-être.


La Presse , 22 janvier 1975 http://www.banq.qc.ca/HighlightPdfWithJavascript/HighlightPdfWithJavascript?pdf=http%3A%2F%2Fcollections.banq.qc.ca%2Fretrieve%2F5904941&page=1#navpanes=0&search=%22chevalier%20colomb%20siege%22
Nécrologie, La Presse, janvier 1975
Publicités

5 thoughts on “Ce 21 janvier 1975

  1. Comment ne pas se rappeler cet événement même après toutes ces années…
    Chose certaine un événement comme celui-là entraîne forcément des dommages collatéraux importants dont les répercussions peuvent être multiples autant chez les conjoints, conjointes que la descendance. Cela sans vraiment connaître réellement dans quel milieu (au sens large) les victimes et familles concernées gravitaient. Si le public se rappelle encore de l’incendie aujourd’hui après toutes ces années il est facile d’imaginer que les familles elles n’ont rien oublié et ont tenté de survivre à l’événement. Il est facile de comprendre aussi que les familles aient préféré pour une raison ou une autre vivre loin des caméras et journalistes d’où certaines difficultés à retracer des informations. Ces gens accepteraient-ils d’en parler aujourd’hui? Cela j’en suis moins certaine…C’est très délicat…

    En supposant que l’on parte avec l’intention de savoir comment on retrouve son équilibre après avoir connu une telle tragédie, comment on parvient à poursuivre sa vie, quelle séquelle on en garde, l’exemple de la tuerie à la Polytechnique nous a offert tout un échantillonnage de séquelles temporaires et permanentes allant même dans certains cas jusqu’à l’option d’une triste finalité. Même en ignorant les antécédents familiaux, sociaux, la véritable raison pour laquelle toutes ces victimes se sont retrouvées là ce soir-là, sincèrement et personnellement je n’irais pas vers  »les survivants » car si l’entourage a préféré vivre le tout dans l’intimité et quasi dans l’anonymat à l’époque je respecterais leur choix. Je pense qu’il y a des limites à ne pas franchir et cela de manière générale.

    Un avion qui s’écrase en plein vol sans être détourné oui c’est une tragédie mais l’on s’entend que l’on ne parle pas d’un même type de tragédie quand on fait référence à ce qui s’est passé ce soir-là dans le bar…La résultante est la même mais les éléments sont très différents. Pour avoir oeuvré dans un milieu où j’étais régulièrement confrontée à des gens qui vivaient des drames incroyables, je puis vous dire que cela demande énormément de doigté, de délicatesse, de perspicacité et de respect car c’est la personne touchée par l’événement qui impose les limites et c’est à toi de décoder par ton écoute, ton empathie jusqu’où tu peux aller sans la blesser tout en respectant son rythme et son choix.

    Il ne faut pas non plus conclure parce qu’un événement s’est produit x années auparavant que le temps a fait son oeuvre et que l’émotion a diminué d’intensité. Il ne faut jamais prendre cela pour acquis.

    Si j’étais vous, je me demanderais qu’est-ce qui motiverait ma démarche? Serait-elle d’intérêt général ou davantage personnel? Puisque l’on parle de victimes collatérales leurs expériences, les moyens utilisés pour s’en sortir pourraient-ils être utiles et présenter de nouvelles avenues pour aider les gens qui se retrouveraient plus ou moins dans la même situation qu’elles? Après y avoir réfléchi et répondu à ces quelques questions, là je prendrais une décision. Si vous décidez de poursuivre dans votre démarche, il est certain qu’il y a énormément de travail à faire et de recherches à compléter parce qu’il vous faudra utiliser un certain cheminement avant d’en arriver à votre objectif. Il vous faudra savoir sous angle vous allez aborder les gens. C’est aussi tout cela qu’il faut voir avant de les rencontrer. C’est pour cela que je vous écris que c’est très délicat. Personnellement c’est ce que j’en pense. Ceci dit sans méchanceté aucune mais le choix vous appartient!

    J'aime

    1. C’est un commentaire pertinent auquel je vais vous répondre. Il serait en effet peu pertinent de recueillir les témoignages de victimes méconnues pour n’importe quelle tragédie. La raison pour laquelle je l’ai fait avec les victimes de l’incendie du Gargantua, c’est que c’est un événement qui a été très médiatisé, qui a été cité dans plusieurs livres québécois, qui a fait l’objet de maintes émissions/documentaires télévisés et que pourtant, on ne sait pas qui sont ces victimes. La Polytechnique n’est presque jamais citée sans que défile la liste des victimes. Je trouvais cela donc curieux. Et comme Richard Blass fait partie de l’histoire judiciaire, il y avait, selon mes recherches, un bout manquant au niveau historique avec cet événement.

      Ensuite, à savoir si cela s’inscrit dans une démarche d’intérêt personnel, je vous dirais que oui et non. Mon premier travail est dans la relation d’aide depuis des années, et non dans l’écriture ou la recherche. C’est donc dans une certaine « zone de confort » que je m’adresse aux familles des victimes, et non dans un but de sensationnalisme. Je mets en effet de longs gants blancs car il est vrai que c’est délicat. Si la victime ne veut pas être dérangée, je ne dérange pas. Mais si elle veut parler, je l’écoute et je l’en remercie. Elizabeth s’est livrée à moi et m’a remercié de mon texte.

      Il est vrai que ces événements datent et que les victimes méritent peut-être d’être laissées tranquille après ces années de difficultés. Mais en même temps, c’est parfois dans ces moments qu’elles veulent en parler, la blessure étant moins vive et le recul offrant parfois l’aplomb nécessaire pour s’ouvrir.

      Ma démarche est simplement de démontrer les dommages de ces événements sous un aspect moins théorique. Les mères victimes de drames familiaux comme la très connue Isabelle Gaston sont en croisades depuis des années pour faire valoir quelque chose qui n’est pas encore réglé, soit le fait d’être reconnue comme victime d’acte criminel lorsqu’on perd un enfant ou une personne proche de manière violente. C’est pour ça que certaines victimes préfèrent parler. Et si une victime dit que le temps à fait son œuvre et que la tristesse a diminué, il faut le respecter car c’est son parcours, et non quelque chose que je prends pour acquis.

      Mais merci pour ce commentaire car cela me permet toutefois une introspection et un regard extérieur sur ce délicat sujet.

      Annie

      Aimé par 1 personne

    2. Je comprends votre point de vue mais je demeure sur ma position.
      Je ne suis pas certaine qu’il faille vraiment creuser de ce côté. Il est possible qu’il y a anguille sous roche mais pour cela, personnellement je fouillerais davantage du côté de Blass et ses relations d’abord pour m’en convaincre car lui c’est connu qu’il avait passé trouble. Ensuite je fouillerais encore et encore pour connaître les raisons pour lesquelles on a si peu à dire ou à lire sur les victimes.Il se peut que tout bonnement ce ne soit que parce que l’on a tout simplement rien trouvé qui sortait de l’ordinaire ou que techniquement les recherches étaient limitées et finalement ensuite vérifier l’existence de quelconque lien avec certains milieux. Déjà là on se retrouve avec certaines avenues.
      Oui effectivement il y a une zone  »secrète » mais il faut vérifier les éléments précédemment cités avant de se faire une idée. Il faut bien dépoussiérer le tout il va s’en dire. Quand cela est éclairé, vous vous retrouvez avec une meilleure connaissance du dossier, peut-être même avec un certain profil des victimes et potentiellement peut-être aussi une petite idée du profil de l’entourage.

      Vous pouvez vous retrouver avec au moins 3 grands types d’entourage différents oublions les sous-catégories. Cela en ayant uniquement 3 causes qui pourraientt jouer sur le manque d’information concernant les victimes. Partons de là.

      Groupe A:
      La personne bien ordinaire que rien ne permet de la démarquer dans une foule. Qui a sa petite routine métro, boulot, dodo. Une personne qui traverse sa vie sans faire de vague, aucun casier judiciaire ni passé troublé. Un monsieur tout le monde. Il y a de fortes chances que les gens qui l’entourent soient sensiblement du même tempérament. Si la personne cherche à se faire oublier il serait étonnant que ses fréquentations soient du type à aimer se faire remarquer. Si l’on s’en tient à la logique et que l’on oublie le genre  »tordu » évidemment. Toujours selon le même  »pattern » l’entourage en principe est du genre à ne pas étaler ses émotions, sa vie sur la place publique. C’est en  »famille » que les choses se disent.

      Groupe B::
      Le type qui se trouvait là tout simplement par hasard ce soir-là. A passé devant le bar et A décidé d’y entrer tout simplement. Bien que curieux à prime abord c’est quand même une possibilité. Un type qui a un cercle d’amis très restreint souvent rattachés au travai. ou à peu prèsl. Une personne qui provient de l’extérieur sans famille carrément ou du moins sans lien familial qui habiterait à Montréal ou même au Québec. Cela peut paraître étrange mais cela aussi fait partie d’une possibilité.Très peu d’information sur la victime forcément ainsi que sur l’entourage.

      Groupe C:

      Le type du tempérament un peu plus obscure avec un entourage disons un peu moins  »chaleureux » dont les fréquentations sont  »douteuses ». Il est fort possible que l’entourage ne soit pas  »reposant » et peut-être même que son entourage immédiat  » marche sur des oeufs » sans obligatoirement approuver sa façon vivre et ses relations. Les médias le plus loin possible…

      Vous avez 3 contextes différents vous aurez donc à adapter 3 attitudes différentes au niveau des contacts.
      Cela à condition que vous ayez un minimum de connaissances sur les victimes pour établir un certain profil, retracer la famille du B et que vous ayez franchi le perron de la maison du groupe C.Ce qui est loin d’être certain et même à cela quelque chose me dit que ce ne sera pas trop loquace de ce côté.

      On ne cherche pas le responsable, on le connaît. À mon avis il faut utiliser la technique inverse et commencer par recueillir de l’information non pas uniquement dans les notes de cour mais aller consulter les gens qui ont touché à cette enquête, qui ont suivi le dossier de très près, les convaincre d’accepter de vous en parler pour obtenir le maximum de renseignements et riche de tout cela ensuite il sera possible en toute connaissance de cause d’aller vers les potentielles victimes collatérales.

      Quand je dis que c’est délicat, je ne fais référence uniquement à votre façon d’approcher les gens mais aussi à la façon dont l’entourage peut recevoir votre demande et les impacts que bien malgré vous votre démarche peut susciter. On s’entend toutes les deux que face à un tel événement, il peut être souhaitable voire même recommandé de consulter mais si certains ont été confortables avec cette option, d’autres selon leur tempérament, leur philosophie de vie ou simplement mieux  »outillés » en ont moins ressenti la nécessité

      Finalement un 3e type de clientèle celui qui a préféré vivre la situation sans consulter parce qu’une thérapie demandait pour ce genre de personne de  »dépasser ses limites ». Peu importe l’étiquette qu’on y appose  »courage »  »force morale » ou autre qui nous viendrait à l’esprit, c’était trop pour elle. Elle a préféré enfouir au plus profond d’elle-même tout ce qui se rattachait à la tragédie espérant l’oublier. Ajouter à cela le contexte des années 70 qui est un aspect non négligeable où encore à cette époque dépression et folie pour bien des gens c’était du pareil au même. On sait vous et moi le bien-fondé d’une thérapie, on sait aussi que les séquelles pour ce genre de personne peuvent aller de temporaires et permanentes et que le temps ne parviendra jamais à effacer ce qu’il en reste. C’est l’onde de choc que cela peut provoquer à votre insu et cela même si la personne refuse systématiquement une rencontre.C’est là que c’est délicat car ces gens sont fragilisés.

      Ajouter à cela que l’événement s’est produit il y a 40 ans, excluant la jeune de 17 ans, l’âge des victimes variait entre 20 ans et 42 ans. Si les victimes n’ont pas vieilli l’entourage lui oui. Que la conjointe de 66 ans ait pu aborder le sujet disons avec une certaine aisance cela peut se comprendre mais si en supposant que l’entourage est encore de ce monde et en relative bonne santé, vous serez confrontée à des gens autour de 75 ans et facilement plus, Là on n’est pas dans la même dimension, la même perception cela aussi devient un élément plus qu’important dont il faut tenir compte dans votre démarche. Même si pour vous le 10 ans de différence correspond plus à un chiffre dans la réalité il y a un monde qui sépare ces 2 créneaux d’âge comparable j’oserais dire à pratiquement une génération entre les 2. Différence toute aussi importante entre 75 et 85 ans ou même 80 ans. C’est à tout cela que je pense quand je dis que c’est délicat. Cela mérite qu’on y prêt attention 2 fois plutôt qu’une. Je ne mets pas en doute vos habiletés interpersonnelles mais j’y vois davantage l’impact que cela peut avoir sur ces gens arrivés à cette étape de leur vie. C’est à eux que je pense d’abord et avant tout. Pour certains ils auront perdu qui un ami, qui un père, qui un enfant ou un conjoint.. Ils ont passé leur vie avec ce poids au fond d’eux-mêmes essayant de s’habituer à l’absence sans jamais y parvenir réellement. Je trouve cela très délicat de leur faire revivre la situation parce que dans les faits c’est cela que la rencontre engendrera…Je ne suis pas certaine que ce soit la bonne chose à faire ni que ce soit essentiel. Personnellement je procèderais différemment..

      N’allez pas penser que je favorise le mutisme dans tous les contextes mais on s’entend que dans ce présent cas il n’est pas question de viol, d’inceste ni de maltraitance. Cas sur lesquels je suis intransigeante, l’agresseur doit être dénoncé et la victime préservée et protégée. Là on est ailleurs…

      Quant à l’exemple d’Isabelle Gaston, permettez que j’aie certaines réserves à son endroit et non envers la cause.Ce qui est très distinctif Je planche sur ce dossier depuis letout début et je le suis toujours d’où mes réserves.
      Oui je suis en faveur de la présence d’un porte-parole si ce dernier peut faire évoluer la situation, changer des choses bref faire avancer la cause là n’est pas la question. Vous serez d’accord avec moi que le choix du porte-parole est tout aussi important que la cause elle-même. Que c’est la cause qui doit être mise en avant-plan et non le porte-parole. Finalement s’assurer que la personne choisie pour occuper ce rôle soit représentative, intègre mais aussi et surtout partage fondamentalement et entièrement le même objectif visé pour la cause. Il ne faut négliger aucun de ces aspects. Aucun…

      J'aime

    3. Écoutez, je respecte votre opinion. Vous trouvez ma démarche délicate mais vos données sur les groupes d’âges, bien que peut-être documentées dans un domaine que vous exercez, sont pour moi aussi subjectives. La connaissance des victimes selon différents groupes que vous m’amenez dépasse probablement le niveau dans lequel mes intentions pour cet article se positionnent. En tout modestie, cela me perd un peu. Je voulais simplement apporter une part dans l’histoire du Gargantua avec les victimes, 42 ans plus tard, et ce, en tout respect des gens que j’ai contacté. Et je compte continuer.
      Merci pour vos commentaires!

      Aimé par 1 personne

Commentaires fermés