Du nouveau dans l’affaire Huard

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Première photo de Florence Green à être publiée.  Florence a accepté de quitter l’Angleterre en 1945 pour venir s’installer avec son mari, Lionel Huard, au Québec.  Peu après, elle devait cependant mourir dans des circonstances qui demeurent étranges.  (photo: gracieuseté de Julie Woollaston)

            Cette semaine, c’est une lectrice de l’Angleterre qui nous permet d’en apprendre davantage sur un dossier traité l’an dernier.  Revenons d’abord sur les faits entourant l’affaire Huard.

Le 24 avril 2016, Historiquement Logique publiait un article afin de résumer ce dossier criminel qui demeure un mystère peu connu de notre patrimoine historique et judiciaire.  Pour mieux comprendre ce qui suit, je vous invite d’ailleurs à le lire ou le relire en consultant le lien suivant : https://historiquementlogique.com/2016/04/24/laffaire-huard-meurtre-non-resolu-ou-mort-accidentelle/

Un vétéran de la Seconde Guerre Mondiale qui revient au pays avec une jeune épouse d’origine anglaise, c’est déjà peu banal.  Qu’il l’emmène ensuite vivre dans un taudis d’une région aussi isolée que L’Anse-aux-Bouleaux, près de Baie-Trinité sur la Côte Nord, c’est encore moins banal.

            Le comble, c’est le jour où, le 9 mai 1948, Lionel Huard décide d’aller faire une balade en canot avec sa tendre moitié.  Le soleil brille de tous ses feux mais la journée est très venteuse.  De cette balade, Lionel devait en revenir seul.  La première enquête de coroner, qui examinera le corps de Florence Mary Green, cette épouse ramenée du Royaume Uni, déterminera qu’il s’agit d’un malheureux accident.  C’est d’ailleurs ce qu’affirmait Lionel.

Toutefois, un détective du nom de Bouchard mettra son nez dans l’affaire.  En interrogeant une voisine, Mariette Tremblay, il découvre que cette jeune femme avait une liaison avec Huard.  C’est du moins ce qu’elle prétend.  Avec un mobile en poche, la justice se mit en branle et une seconde enquête de coroner fut mise sur pied.  La conclusion s’avéra différente.  Cette fois, on parlait de meurtre.

            Un premier procès tenu à La Malbaie condamnera Lionel Huard à la pendaison, mais un second l’acquittera complètement.  Mariette Tremblay avait apparemment imaginé sa liaison.

Ces deux verdicts laissent à l’Histoire deux possibilités diamétralement opposées pour expliquer la mort de Florence Green.  Dans un premier temps, selon les coroners, on passa de l’accident au meurtre.  Puis, la justice fit le contraire, passant du meurtre pour revenir à l’accident.  Officiellement, on est tenu de respecter le dernier verdict, mais force est d’admettre qu’il subsistera toujours une grande part de mystère sur cette affaire.

            Pour mon article d’avril 2016, j’avais réussi à retracer Lionel Huard, décédé le 3 mars 1980 à Montréal.  Il s’était remarié avec une certaine Jeannine Courtemanche en 1964.

            Mais voilà que cette semaine j’eus l’agréable surprise de recevoir un courriel de Julie Woollaston, qui se dit être la petite-fille de Florence Green.  Il faut comprendre que Florence, avant de venir s’installer au Québec avec Huard, avait déjà eu un fils en Angleterre, le père de Julie.  Or, celle-ci a trouvé mon article sur le Web.  Sans pouvoir le traduire, elle me demandait gentiment de lui en faire un résumé, ce que je fis en répondant à son courriel.  Au passage, je profitai de l’occasion pour lui demander si, par hasard, elle possédait des photos de Florence.  Car, soulignons-le, le dossier judiciaire ne comporte souvent aucune photo.  Ce qui est malheureux quand on veut aussi redonner la parole aux victimes.

            Quelle ne fut pas ma surprise lorsque dans son courriel suivant elle m’envoya quelques photos, dont celle qui accompagne le présent article.  On découvre alors que Florence était une très jolie jeune femme qui a certainement éprouvé une grande passion pour accepter de suivre son Lionel dans ce taudis de la région de Baie Trinité.

            Ce que me raconte ensuite Julie Woollaston, c’est que son père, toujours vivant, ne garde aucun souvenir de sa mère car celle-ci avait quitté trop tôt.  Il n’était alors qu’un très jeune enfant.  Toutefois, on apprend que Florence serait née à Thornaby-on-Tees en 1922.  Elle avait trois frères et trois sœurs.  Tous ses frères se sont battus au cours de la Seconde Guerre Mondiale, dont deux à Dunkerque.

C’est en 1942 que Florence donna naissance à un fils, le père de Julie.  On imagine qu’elle fit la rencontre de Lionel Huard peu de temps après puisqu’elle l’aurait épousé en 1943 à l’église St Patrick de Thornaby[1].  Le couple eut ensuite deux filles : Eileen Huard en 1944 et Pauline Huard en 1945.  Peu après, la petite famille, sans doute heureuse que la guerre se termine enfin, quitta l’Angleterre à partir des quais de Liverpool pour venir s’établir sur la Côte Nord, au Québec.

            Muni de ces nouvelles informations, il m’a ensuite été possible de retracer le fait que Pauline Huard a épousé Réal Dubois en 1977.  Selon le registre de l’état civil, on y voit que Lionel y est inscrit comme témoin.  Florence Green est inscrite comme mère de la mariée, mais on y indique bien qu’elle est décédée.  Selon cet acte, toutefois, elle serait née le 9 septembre 1925 en Angleterre.

Pauline est également née en Angleterre, le 12 août 1945.  À l’Époque du mariage, Réal Dubois habitait au 3752 rue Masson à Montréal, alors que Lionel Huard résidait au 3660 rue Masson.  Peut-on imaginer que si Pauline habitait encore avec son père elle serait tombée amoureuse d’un voisin?

Les recherches se poursuivent, car le père de Julie Woollaston aimerait bien pouvoir retracer ses deux demi-sœurs.  Si vous pouvez nous aider à retracer Pauline et Eileen Huard, écrivez-moi en privé au courriel suivant : eric.veillette@hotmail.ca

Un merci tout spécial à Julie Woollaston, sans qui cet article n’aurait pas été possible.

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L’acte de mariage de Pauline Huard, la fille de Lionel Huard et de Florence Green.

[1] Pour voir des photos de l’église St Patrick de Thornaby, je vous invite à consulter le lien suivant : http://www.flickriver.com/photos/bolckow/sets/72157632434563656/

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L’affaire St-Louis: chapitre 15

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Le corps de Michel Prince, la victime.

         Au cours de l’après-midi du 4 février 1969, la Couronne, par l’entremise du procureur Me Maurice Laniel, annonça sa preuve close dans l’affaire St-Louis.  Me Gérald Grégoire dira alors être prêt à présenter la défense de son client.  Pour ce faire, il appela un premier témoin en la personne de Denis Prémont, 31 ans.  Ce dernier était caporal à la Sûreté du Québec.

  • Monsieur Prémont, vous êtes attachés à l’escouade des homicides pour la division de Montréal?, commença Me Grégoire.
  • Oui, Votre Seigneurie.
  • À ce titre-là, avez-vous été appelé à faire une enquête concernant la mort de M. prince?
  • Oui, Votre Seigneurie.
  • Et est-ce que vous avez pris connaissance de tous les documents qui ont été fournis au cours de cette enquête-là?
  • Oui, Votre Seigneurie.
  • Est-ce que vous avez fait des recherches concernant un révolver qui a été produit à l’enquête comme exhibit P-8?
  • Oui, Votre Seigneurie.
  • Alors, c’est cette arme-là?
  • Oui, Votre Seigneurie.
  • Il a été établi appartenir à qui, selon votre enquête?
  • À Michel Prince.
  • À Michel prince. Est-ce que vous avez fait vos recherches à savoir si un permis de port d’arme avait été émis?
  • J’ai fait mes recherches en ce sens-là, oui.
  • Et est-ce que vous avez trouvé un permis de port d’arme?
  • Il n’y a aucun permis de port d’arme pour cet[te] arme-là.
  • Pour cet[te] arme-là. Au nom de Michel Prince?
  • C’est ça.
  • C’est tout, merci.

Évidemment, comme la défense avait eu le droit de contre-interroger les témoins présentés par la Couronne, l’inverse était également vrai.  Me Maurice Laniel s’approcha donc du caporal afin de lui soumettre ses questions.

  • Est-ce qu’il y a quelque chose de particulier quand à cet[te] arme-là, que vous pouvez remarquer?
  • Ça, c’est une arme qui est faite à la main, c’est une arme « home made » qui est faite avec … un morceau de carabine qu’ils ont coupée et puis qui a été forgée par … par quelqu’un. C’est tout fait à la main.
  • Est-ce que c’est facile de tirer avec cette arme-là?
  • Si c’est facile de tirer avec cette arme-là? Bien, un coup que la balle est dedans, c’est assez facile.
  • Est-ce que vous pouvez tirer vers le haut avec cette arme-là?
  • Si on peut tirer par le haut?
  • Oui?
  • Là, je n’ai pas fait d’expérience avec l’arme, je ne peux pas dire si elle tire où l’on vise, ou en haut ou en bas.
  • C’est justement. Vous n’avez pas fait d’expérience?
  • Je n’ai pas fait d’expérience, je ne peux pas le dire.
  • Merci.

La suite des choses risquait de devenir très intéressante.  La défense avait décidé qu’il était nécessaire de faire témoigner l’accusé.  Ainsi, Me Grégoire appela à la barre son tout dernier témoin : Marcel St-Louis.

 

L’affaire St-Louis: chapitre 14

marcel-st-louis         En ce 4 février 1969 se poursuivait le procès de Marcel St-Louis, accusé du meurtre de Michel Prince survenu à la suite d’un braquage commis dans la région de Saint-Célestin.  Puisque la Couronne en avait terminé avec les témoins de la famille Prince, on appela à la barre le policier Douglas Lyons de la Sûreté du Québec basé à Drummondville.

  • Constable Douglas, l’interrogea Me Maurice Laniel de la Couronne, dans l’exercice de vos fonctions est-ce que vous avez eu à faire une surveillance de l’information qu’on vous a donnée le ou vers le 22 novembre 1968?
  • Oui.
  • Sans répéter l’information que vous avez eue, voulez-vous nous donner le rapport de votre enquête ou la suite de votre surveillance que vous avez exercée?
  • On était placé au coin de la Transcanadienne puis l’intersection du Boulevard St-Joseph.
  • Qu’est-ce que vous faisiez à ce moment-là?
  • On nous avait demandé de surveiller une petite automobile bleue Vauxhall.
  • Est-ce que vous aviez le numéro de licence?
  • Oui.
  • Est-ce que vous avez vu ce véhicule un moment donné?
  • Oui.
  • Qu’est-ce que vous avez fait à la suite de l’avoir vu?
  • On est allé à la poursuite et on l’a arrêté sur la rue Williams.
  • Combien de personnes y avait-il à l’intérieur du véhicule?
  • Une personne.
  • Est-ce que vous reconnaissez cette personne dans la Cour ici?
  • Oui, monsieur.
  • Où est-il?
  • (le témoin indique l’accusé)
  • Vous indiquez l’accusé assis?
  • Près du constable.
  • En arrière de vous, près du constable.
  • Oui.
  • Je vous exhibe … deux photographies produites comme exhibit P-6, voulez-vous nous dire si vous reconnaissez ces photographies?
  • Oui c’est l’automobile en question.
  • Que vous avez?
  • Que j’ai suivie.
  • Et que vous avez arrêté un moment donné?
  • Oui.
  • Est-ce que vous avez arrêté l’individu qui conduisait l’automobile bleue?
  • Oui monsieur.
  • Qu’est-ce que vous en avez fait par la suite?
  • On l’a amené au poste.
  • Est-ce que vous avez fait quelque chose au poste?
  • On l’a gardé sous surveillance.
  • Est-ce que vous l’avez fouillé?
  • Oui.
  • Est-ce que vous avez trouvé quelque chose?
  • Oui on a trouvé de l’argent.
  • Vous avez trouvé de l’argent mais à part de l’argent?
  • Il faudrait que je consulte mon rapport.
  • Ce sont des notes que vous avez prises vous-mêmes?, demanda le juge.
  • C’est mon rapport que j’ai rédigé après l’arrestation.
  • Évidemment, continua le juge, je vous préviens que vous devez raconter seulement ce que vous avez constaté. Ne rapportez rien, aucune déclaration.
  • Alors, reprit Me Laniel, qu’est-ce que vous avez trouvé?
  • Ce que j’ai trouvé, j’ai trouvé les objets qu’il y avait dans ses poches. Possédait un dépliant avec papiers divers.  Un porte-monnaie contenant $108.81.
  • Est-ce que vous reconnaissez ce que je vous exhibe là?
  • Oui, c’est un porte-monnaie en cuir.
  • Qu’est-ce que ça représente?
  • Le portefeuille à Monsieur St-Louis.
  • Voulez-vous le produire comme exhibit P-10?
  • Oui.
  • Quand vous avez trouvé ce portefeuille qu’est-ce que vous avez fait avec?
  • Je l’ai déposé dans l’enveloppe.
  • Je vous exhibe l’enveloppe, est-ce que vous identifiez cette enveloppe-là?
  • C’est moi qui l’ai remplie.
  • C’est vous qui l’avez remplie?
  • Oui.
  • Et est-ce que vous avez mis quelque chose dans l’enveloppe?
  • Oui monsieur. J’ai mis le portefeuille et ce qui est marqué dessus avec l’enveloppe.
  • Voulez-vous produire l’enveloppe comme exhibit P-11?
  • Oui.
  • Est-ce qu’il y avait de l’argent dans le portefeuille?
  • Oui, dans le portefeuille il y avait $108.80.
  • Maintenant est-ce qu’il avait d’autres choses dans ses poches?
  • Oui il avait de l’argent à part.
  • À part de l’argent?
  • À part de l’argent qu’il y avait dans le portefeuille il y avait de l’argent « loose » dans ses poches.
  • Est-ce qu’il y avait d’autres choses?
  • Oui il y avait des balles de calibre .22. Trente-cinq (35) balles « looses » dans ses poches.
  • Je vous exhibe une enveloppe est-ce que vous reconnaissez cette enveloppe?
  • Oui.
  • Comment le reconnaissez-vous?
  • C’est moi qui a écrit j’ai ma signature.
  • C’est votre signature?
  • Puis les trente-cinq (35) balles que j’ai trouvées dans ses poches.  Je les ai placées dedans.
  • Vous les avez placées dedans?
  • Oui.
  • Alors voulez-vous produire trente-cinq (35) balles et l’enveloppe comme exhibit P-12?
  • Oui.
  • Quand vous avez arrêté le véhicule, est-ce que le conducteur est débarqué du véhicule?
  • Oui.
  • Est-ce qu’il avait quelque chose dans les mains?
  • Il avait sa carabine.
  • Il avait sa carabine. Je vous exhibe l’exhibit P-9, est-ce que vous reconnaissez cette carabine?
  • Oui.
  • C’est cette carabine là qu’il avait dans les mains lorsqu’il est débarqué de la voiture?
  • Oui.
  • Est-ce qu’il y avait quelque chose dans la carabine?
  • Oui il y avait des balles. Pour vérifier s’il y avait des balles j’ai ouvert et puis il y en a une qui est sortie, elle est restée coincée il a fallu que je l’enlève avec un crayon puis il y en a une autre qui est arrivée coincée.  J’en ai enlevé deux (2) puis il y en avait encore dedans.  Je les ai placées les deux (2) balles dans une petite enveloppe.
  • Je vous exhibe l’enveloppe contenant deux (2) balles, est-ce que vous pouvez identifier cette enveloppe?
  • C’est ma signature.
  • Par votre signature?
  • Oui.
  • Alors voulez-vous produire cette enveloppe contenant deux (2) balles comme exhibit P-13?
  • Oui.
  • Je vous exhibe une enveloppe ici voulez-vous l’examiner et nous dire si vous reconnaissez cette enveloppe?
  • Oui ça c’est l’argent « loose » que j’ai trouvé dans ses poches.
  • Dans les poches de Monsieur St-Louis?
  • Oui.
  • Quel est le montant?
  • Cinquante-neuf dollars et vingt ($59.20).
  • Cinquante-neuf dollars et vingt ($50.20)/sic/ en quelle dénominations?
  • En plus, c’est de l’argent dur, un rouleau d’argent.
  • Alors voulez-vous produire cette enveloppe et son contenu comme exhibit P-14?
  • Oui.
  • Quelle heure était-il quand vous l’avez arrêté?
  • L’heure il était vingt heures et trente (20h30).

Ce fut ensuite à Me Gérald Grégoire, l’avocat assurant la défense de l’accusé St-Louis, qui se leva pour contre-interroger le policier Lyons.

  • Monsieur Lyons, vous êtes dans la police depuis longtemps, pour la Sûreté Provinciale?
  • Pour la Sûreté Municipale.
  • De Drummondville?
  • Oui.
  • Vous dites que vous avez extrait deux (2) balles et qu’il y en avait d’autres dedans.
  • Oui.
  • Connaissez-vous assez ces armes-là pour dire quel calibre elle est?
  • C’est une .22.
  • Une .22?
  • Oui.
  • Est-ce que c’est une .22 automatique ou semi-automatique?
  • C’est semi-automatique.
  • Et à votre connaissance combien ça peut contenir de balles?
  • Je ne le sais pas.
  • Vous ne le savez pas?
  • Non.
  • Alors est-ce que vous connaissez le fonctionnement d’une semi-automatique?
  • Non, monsieur. Je suis pas expert en arme à feu.
  • Quand vous l’avez arrêté Monsieur St-Louis où était-il à ce moment-là?
  • Il était dans la cour chez son père sur la rue William.
  • Dans la ville de Drummondville?
  • Dans la ville de Drummondville.
  • À l’intérieur de la maison ou à l’extérieur?
  • À l’intérieur de la maison. Je suis allé le chercher à l’intérieur.
  • Est-ce qu’il a fait de la résistance quand vous êtes allé le chercher?
  • Non monsieur.
  • Il n’y a pas eu de violence?
  • Non c’était plutôt les nerfs.
  • Il n’y a pas eu de violence, rien de ça?
  • Non.
  • Il vous a cédé la carabine puis il vous a suivi?
  • Oui monsieur.

Lorsque Me Grégoire reprit sa place et que le témoin fut remercié, le regarda l’horloge.  Il était 12h20.  Il ajourna alors la Cour pour permettre à tous d’aller casser la croûte.  Les audiences allaient reprendre dès 14h00.

Saint-Tite, une mentalité désuète?

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Gravure du 19e siècle paru dans L’Opinion Publique.

         Dernièrement, le débat sur l’utilisation questionnable des chevaux, que ce soit dans les rues du Vieux Québec ou du Vieux Montréal, ou dans les rodéos, est revenu à la surface.  Devant l’image d’un cheval mort étendu sur le bitume, difficile de ne pas réagir.

         Normalement, je commente assez peu l’actualité – phénomène trop éphémère et rarement approfondie – mais lorsque René Nolet, directeur général de Tourisme Maurice, a lancé devant les caméras il y a plusieurs jours que les montréalais ne connaissaient rien au traitement des chevaux de rodéo, faisant suite aux critiques concernant la mort d’un cheval survenue lors d’un événement organisé par les promoteurs du Festival Western de Saint-Tite en sol montréalais, une question m’est aussitôt venue à l’esprit.  Qu’est-ce que Nolet connait de plus que les Montréalais à propos des rodéos?

           Quand on pense aux sommes en jeux dans un festival aussi rentable que celui de Saint-Tite, difficile de voir dans un tel commentaire une objectivité exemplaire.  Encore une fois, un regard historique peut sans doute nous apporter quelques questions.

         Certains le savent, avant de fonder mon blogue Historiquement Logique, j’ai étudié durant une vingtaine d’années l’histoire de la Conquête de l’ouest américaine.  Cela ne fait pas de moi un expert à l’abri des erreurs, mais disons que je sais depuis longtemps que le Far West ne fut pas aussi romantique qu’on le dépeint dans les films.

         Est-ce que André Nolet a eu raison de traiter les montréalais d’ignares?

Si je n’ai pas de réponse définitive à cette question, je vous invite à revenir à ce dicton : dans le doute, il est préférable de s’abstenir.

Je m’explique.

Supposons un instant qu’on vous présente une pilule miracle en vous disant qu’elle peut vous nourrir pour une nuit mais, d’autre part, qu’elle risque de vous tuer.  Or, dans le doute on s’abstient.  Il devrait en aller de même lorsqu’on tente de prêter nos émotions humaines aux animaux.  D’après ce que nous en savons, personne n’a encore pu se glisser dans le cerveau d’un cheval, ni parler son langage pour lui demander son avis quant aux travaux qu’on leur demande dans les quartiers historiques ou dans les arènes de spectacles.  Dans le doute de savoir ce que ressentent véritablement ces chevaux, ne devrait-on pas s’abstenir?  C’est-à-dire prendre d’abord pour acquis que ces démonstrations mercantiles ne sont pas pour eux?  Après tout, un excès de soins attentionnés n’a jamais fait de tort à personne.

Historiquement parlant, il faudrait aussi rappeler à André Nolet que les rodéos sont nés à la fin d’une époque révolue et au cours de laquelle le dressage des chevaux laissait sérieusement à désirer.  Pour les « casser » on les frappait et on les attachait jusqu’à épuisement.  Les chevaux destinés à tirer les diligences avaient une espérance de vie d’environ 4 ans.  On était loin des méthodes douces de Monty Roberts et de ces autres dresseurs qui « murmurent à l’oreille des chevaux ».

         Si les rodéos s’inspirent de méthodes de dressage ou de compétition arriérés, alors pourquoi continuer d’en faire des spectacles?  Pourquoi, surtout, les spectateurs paient-ils pour assister à ces démonstrations archaïques?

Mea culpa, j’ai moi-même assisté à des rodéos à l’époque de mon « trip » western.  En fait, sur les trois ou quatre rodéos auxquels j’ai assisté, j’ai vu mourir un cheval et un taureau.  Pas étonnant que le commentaire de Denis Coderre, qui affirmait que le décès d’un seul cheval par tranche de 50 ans était une chose tout à fait normale, me fasse sourire.

Alors donc, oui, il faudrait donner raison à Nolet : le shérif de Montréal n’y connaît rien.

Toujours sous l’aspect historique de la chose, je ne peux m’empêcher de souligner qu’en plus de n’avoir aucun passé historique en matière de Far West, la Ville de Saint-Tite a fait sa renommée en reconstituant ces spectacles d’une autre époque.  Quand on y pense, ça semble ridicule.  À l’inverse, que penserait-on par exemple du festival de la galette à Bagdad ou du sucre d’érable à Dubaï?

  Une reconstitution fort réaliste puisque les rodéos n’ont pratiquement pas évolué depuis plus d’un siècle.  Les blessures sont réelles et les décès aussi.  Et je ne parle pas ici des cow-boys.

Mais alors, pourquoi ne pas faire des reconstitutions réalistes pour les amateurs de Moyen Âge?  Pourquoi ne pas refaire des combats de chevaliers avec de véritables épées plutôt que de passer pour tes enfants avec leurs glaives en styromousse ?  Si on doit présenter des reconstitutions réalistes comme les rodéos pour attirer les foules, alors pourquoi ne pas rétablir les combats de gladiateurs?

Parce que ce serait dangereux?  Selon cette logique, faudrait-il comprendre que ce n’est pas si grave d’organiser une reconstitution de rodéo parce qu’elle est surtout dangereuse pour les animaux?

 Évidemment, on peut nous servir l’argument selon lequel les cow-boys prennent aussi des risques, c’est-à-dire que l’humain accepte sa part de danger.  Mais lui, lorsqu’il est blessé, il a droit à une ambulance, des traitements pour sauver ses fractures, de la physio, etc.  Le cheval, quant à lui, sera euthanasié dès la première fracture.  Chow bye, mon cher!  Merci pour tes services et demain on t’aura oublié!

L’affaire St-Louis: chapitre 13

André Prince4 février 1969

Le procès de Marcel St-Louis se poursuivit en ce 4 février 1969 avec le témoignage d’André Prince, qui avait comparu un peu plus tôt.  Rappelons que St-Louis était accusé du meurtre de Michel Prince, qui l’avait pris en chasse après que St-Louis ait braqué le commerce de la famille Prince.  Graduellement, la défense venait de mettre en lumière que le meurtre de Prince ne semblait pas prémédité, et même qu’il pourrait être le résultat d’un acte de légitime défense.

Qu’est-ce que la Couronne espérait en rappelant le jeune André Prince dans la boîte des témoins?  Était-il encore temps pour Me Maurice Laniel de renverser la vapeur?

  • Monsieur Prince, commença Me Lanielle, procureur de la Couronne, hier dans votre témoignage je crois que vous avez dit qu’à la suite des deux coups tirés par le conducteur du véhicule bleu, vous l’avez vu avancer vers vous?
  • Oui, répondit André Prince.
  • Est-ce que vous pouviez distinguer ce qu’il avait dans les mains à ce moment-là?
  • Je voyais un canon pointé vers moi.
  • Vous voyiez un canon pointé vers vous. Un canon de quoi?
  • De carabine.
  • Est-ce que vous pouviez distinguer suffisamment pour savoir que c’était une carabine?
  • Oui je voyais.
  • Je vous exhibe une arme ici est-ce que vous pourriez nous dire si vous reconnaissez cette arme?
  • Je ne peux pas dire que c’est celle-là qu’il avait mais ça lui ressemblait, le canon en tout cas.
  • À ce que vous voyiez à ce moment-là?
  • Oui.
  • Ça ressemblait. Voulez-vous la produire comme exhibit P-9?
  • Oui.

Lentement, Me Gérald Grégoire s’approcha du témoin pour lui soumettre quelques questions.

  • Monsieur Prince, dans la poursuite, tant dans le rang 7 qu’à l’arrivée du village, est-ce la première occasion que vous avez vu que le chauffeur avait une arme?
  • Pardon?
  • Où est-ce la première fois que vous avez vu le chauffeur qui avait ce qui semble être une carabine?
  • Je l’ai vu seulement sur la 34.
  • Sur la 34, c’est la première fois que vous l’avez vu.
  • Oui.
  • Dans le rang 7, vous n’avez pas vu qu’il avait une arme?
  • Non.

Voilà qui n’aidait en rien  la cause de la Couronne, puisque la défense était en train de démontrer l’intention criminelle n’était pas imputable à l’accusé mais bien à ses poursuivants.  Décidément, l’issue de ce procès risquait de surprendre.  Marcel St-Louis était-il un tueur ou plutôt un braqueur qui avait agis en légitime défense?