Casa Loma: le témoignage de Jos Di Maulo (1/3)


ScreenHunter_307 Aug. 27 14.33         Le nom de ce club mythique évoque non seulement l’une des plus inoubliables tueries de Montréal mais aussi un triple meurtre indissociable du crime organisé.  En dépit de l’ampleur du drame et des procédures judiciaires qui en découlèrent, le triple meurtre du Casa Loma, que Daniel Proulx qualifiait de « boîte de nuit la plus connue et la plus fréquentée de Montréal », demeure un mystère complet.  Officiellement, ces trois meurtres n’ont jamais été résolus.

         Dans la nuit du 12 mars 1971, trois hommes étaient sauvagement assassinés au Casa Loma, rue Se-Catherine Est, à Montréal.  Dans sa parution du 13 mars, La Presse soulignait que « la police a révélé, hier soir, les noms des trois individus qui ont été assassinés, dans la nuit de jeudi à vendredi, au Casa Loma Café, 94 est, rue Ste-Catherine.  Il s’agit de Jean-Claude Rioux, 27 ans, Jacques Verrier, 35 ans et André Vaillancourt, 36 ans.  Les deux premiers étaient clients de l’établissement, tandis que le troisième était un employé.  Ils étaient tous trois de Montréal.  Ce n’est pas avant-hier que la police a pu établir l’identité des victimes.  Elles portaient sur elles de nombreuses pièces d’identité.  Les empreintes ont été prélevées sur les corps.  On a ensuite procédé à des comparaisons avec d’autres empreintes contenues dans plusieurs casiers judiciaires.  Les trois individus avaient donc des antécédents judiciaires.  Selon la police, ils n’étaient pas considérés comme membres de la pègre proprement dite ».

         L’auteur Pierre De Champlain, spécialisé dans l’histoire du crime organisé, précise cependant qu’en dépit de leurs casiers judiciaires les trois victimes « n’avaient aucun lien avec le crime organisé comme tel »[1].  Selon lui, c’est Verrier qui était visé.  Vaillancourt aurait été tué parce qu’il se serait interposé dès les premiers coups de feu.

         C’est vers 5h00 du matin que des policiers, passant par-là, constatèrent que la vitrine de la porte d’entrée était fracassée.  En pénétrant à l’intérieur, ils découvrirent le drame.  Trois cadavres gisaient dans le club.  Selon le rapport d’incident de la police, c’est vers 5h20 que le drame a été découvert.  C’est le constable Caron (matricule 1939) qui fut le premier à constater la vitrine fracassée.  Il patrouillait à bord de la voiture 4-26.  Aussitôt, il demanda des renforts aux constables Forget et Lecavallier, qui se trouvaient dans la voiture 4-1.

         Daniel Proulx décrira l’établissement ainsi : « l’endroit compte trois salles : une discothèque, à l’étage, la grande salle de spectacles et un bar appelé « Le Jacques-Antonin », situé tout près de l’entrée principale.  Les policiers y passent donc d’abord, ils n’iront pas plus loin.  Ils y trouvent les cadavres de trois hommes : deux d’entre eux ont été abattus de balles à la tête, le troisième a eu la gorge tranchée… »[2].

         Toujours selon Proulx, Vaillancourt était le gérant et barman du Jacques-Antonin.  Son corps aurait été retrouvé derrière le bar.  L’ami de ce dernier, Jacques Verrier, « s’est écroulé au pied de son tabouret ».  Quant à lui, Jean-Claude « Ti-Caille » Rioux avait été égorgé.  Il était l’amant de la danseuse nue Paulette Gingras.  C’est probablement pour elle qu’il venait au Casa Loma cette nuit-là, sans plus.  Il aurait donc été l’innocente victime d’un règlement de compte qui ne le concernait pas.

         « Quelques jours plus tard, la police arrête Julio Ciamarro, 28 ans, gérant du Ceaser’s Palace, rue Hutchinson, Joseph Tozzi, 45 ans, et Jean-Marc Morin, 32 ans.  Un autre suspect est recherché.  Il s’agit de Jos Di Maulo, 28 ans, homme de confiance et proche de Vincenzo et de Frank Cotroni »[3].  Mais voilà que Di Maulo semble avoir pris la fuite vers la Floride, ce qui n’aide pas sa cause puisque la justice a toujours vu les fuyards comme des suspects sérieux.

         Mais que s’est-il donc produit exactement?  Quelle est la chaîne des événements?

         Pierre De Champlain explique que l’enquête policière permit de reconstituer les faits, mais lui-même reste prudent.  Toutefois, il écrira que « tout indique que les assassins ont fait irruption dans ce bar vers les 4h30 du matin.  Jos Di Maulo, Julio Ciamarro et Joseph Tozzi y étaient déjà attablés en compagnie de Jean-Claude Rioux et de Marcel Laurin.  Outre ces personnes, il y avait encore quelques employés qui s’affairaient à nettoyer le club avant de partir ».

         Selon La Presse la fusillade aurait éclaté vers 5h00.  Personne n’a ensuite contacté la police.  On se souviendra que c’est le constable Caron qui a sonné l’alerte une vingtaine de minutes plus tard en remarquant la porte d’entrée endommagée.  Quant au mobile du crime, La Presse poursuivait que « la police ignore toujours les circonstances qui ont entouré cette fusillade.  Un client et un employé auraient assisté à la tuerie.  Cependant, la police se refuse à confirmer l’existence de ces deux témoins.  Un gardien a été interrogé.  Il a raconté avoir entendu un bris de vitre, mais aucune détonation ».

         Selon Proulx, Verrier devait 500$ à Morin, qui s’était déplacé pour aller discuter avec lui au bar.  Le ton monta.  On échangea des mots peu élogieux et la fusillade éclata.

         Selon les archives de l’enquête du coroner, préservées à Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ Montréal), Vaillancourt « a été atteinte [sic] d’un projectile d’arme à feu […] ».  La cause du décès fut attribuable à une « hémorragie externe massive avec section du tronc cérébrale par passage d’un projectile d’arme à feu (bout touchant) ».  L’autopsie a été réalisée par le Dr Louis-Raymond Trudeau.  Celui-ci décrira son corps comme celui d’un homme de 200 livres mesurant 5 pieds et 6 pouces.  Il notera aussi une « petite plaie superficielle sous la lèvre inférieure à gauche ».  Quant aux plaies reliées aux projectiles d’arme à feu, il écrira ceci : « à la joue gauche, on note la présence d’une plaie de 0.5 cm de diamètre qui est entourée d’une collerette d’essuyage et d’un halo de noir de fumée, ainsi que de quelques petits points de brûlures.  Ce qui traduit le passage d’un projectile d’arme à feu tiré à bout touchant ou presque.  Cette plaie est située à 3 cm de la commissure gauche des lèvres, à 4 cm du nez et à 5 cm en-dessous des paupières ».

         Outre une ecchymose importante à la paupière droite causée par les dégâts à l’intérieur du crâne, la plaie de sortie, qui avait un diamètre de 1,5 à 2 cm et dont le contour était irrégulier, se situait à 10 cm derrière l’oreille droite.  Bien sûr, c’est à cette blessure que le Dr Trudeau attribuait le décès[4].

         Quant à Jacques Verrier, qui habitait au 6375 Papineau appartement 2, le Dr André Brosseau déterminera que « la victime a été atteinte d’un projectile d’arme à feu […] », ce qui a causé une « hémorragie massive par section des artères vertébrales; fracture de l’os maxillaire inférieur; fracture de l’atlas; le tout causé par le passage d’un projectile d’arme à feu tiré à bout touchant »[5].

         Finalement, il est vrai de dire que Rioux a passé un mauvais quart d’heure, puisque le Dr Trudeau attribuera sa mort à une « hémorragie externe massive par section de la carotide et de la jugulaire gauche par instrument tranchant et piquant avec inondation des bronches et de la trachée par du sang ».  Au moment de sa mort, Rioux habitait au 473 St-André[6].

         Le 29 mars 1971, au moment de clore son enquête, le coroner Laurin Lapointe déclara Jean-Marc Morin criminellement responsable des meurtres de Rioux et de Verrier.  « Dans le cas de Rioux », dit-il, « il a été question au cours de cette enquête du témoin, monsieur Jos Di Maulo.  C’est un témoin que j’aimerais entendre ».

         Probablement sous les bons conseils de ses avocats, Di Maulo rentra de Floride et se rendit aux autorités.  Comme si son souhait s’était soudainement réalisé, Di Maulo, 28 ans, se rendit aux policiers de Montréal au matin du 5 avril 1971.  Quelques heures plus tard, on le conduisait devant le coroner afin qu’il réponde aux questions.  D’abord interrogé par le greffier, il déclina son adresse comme le 9192 Meunier, à Montréal.  En dépit de la présence de gros ténors du barreau dans la salle, ce fut à Me Fernand Côté de s’avancer vers lui pour lui soumettre ses questions.  Je vous offre ici l’occasion de vous laisser imprégner d’une bonne partie de ce témoignage et d’en tirer vous-mêmes vos conclusions.

  • Monsieur Di Maulo, commença Me Côté, le 12 mars 1971, quelle était votre occupation?
  • Le 12 mars 1971?, répliqua Di Maulo.
  • Oui?
  • Je ne me rappelle pas exactement quelle journée c’était le 12 mars … le 12 mars… Quelle était mon occupation le 12 mars?
  • Le 12 mars, monsieur, c’était un vendredi, intervint le coroner.
  • Depuis combien de temps étiez-vous gérant?, reprit Me Côté.
  • Depuis combien de temps?
  • Oui?
  • Ça fait des années.
  • Ça ne me dit pas combien ça fait de temps, ça. Je vous demande combien de temps, depuis combien de temps que vous êtes gérant.  Ça fait un an, deux ans, six ans?
  • Donnez-moi une seconde ou deux. Je vais vous dire exactement.  Environ cinq ans, à peu près.
  • Vous étiez gérant à quel endroit?
  • Au Pamplemousse.
  • C’est situé à quelle place, ça? Quelle adresse?
  • 94 Ste-Catherine.
  • Et ce club-là, quelle sorte de club est-ce? Est-ce une discothèque?
  • Oui, c’est une discothèque.
  • Et c’est situé en haut, au premier étage, au deuxième étage?
  • Au deuxième étage.
  • Maintenant, voulez-vous avoir l’obligeance de nous dire, Monsieur Di Maulo, ce qui se trouve au premier étage?
  • Qu’est-ce qui se trouve au premier étage?
  • Oui?
  • Un cabaret.
  • Un cabaret qui s’appelle comment?
  • Le Casa Loma?
  • Et tout près, à proximité du Casa Loma, est-ce qu’il y a une autre entreprise du même genre?
  • Tout près du Casa Loma?
  • Oui, dans le même bloc, vous connaissez le cocktail lounge, à côté?
  • Dans le même bloc ou dans le même établissement?
  • Dans le même établissement?
  • Dans le même établissement, oui. Il y a un cocktail lounge en bas.
  • Qui s’appelle comment?
  • Jacques-Antonin.

ScreenHunter_581 Apr. 02 13.41Le fait que le témoin répliquait par d’autres questions n’est pas sans rappeler ces vieilles stratégies que l’on a vues chez d’autres mafiosi appelés à comparaître, que ce soit devant la CECO ou la Commission Charbonneau.  Cette technique, on le devine, laisse le temps au témoin de formuler prudemment ses réponses, en plus de faire perdre patience aux procureurs qui ont souvent une bonne idée de ce qui s’est passé mais qui se doivent pourtant de le faire ressortir publiquement en preuve.  Voilà la tâche qui attendait Me Fernand Côté, qui se devait d’affronter des ténors comme Me Sidney Leithman et Me Léo-René Maranda.

  • Vous êtes gérant du Casa Loma … du Pamplemousse depuis 5 ans à peu près?, reprit Me Côté.
  • Oui.
  • Est-ce que vous êtes l’unique gérant de cette entreprise-là?
  • Il y avait un assistant qui s’appelait Ghislain.
  • Qui était votre assistant à vous?
  • Qui s’occupait des waiters [serveurs].
  • Est-ce qu’il y avait dans le même édifice, dans la même entreprise, d’autres gérants que vous?
  • Dans l’établissement au complet?
  • Oui?
  • Comme gérant … je ne dirais pas comme gérant mais il y avait comme un administrateur.
  • Qui s’appelait comment?
  • Monsieur Tozzi.
  • Savez-vous son prénom?
  • Joseph Tozzi.

Selon Pierre De Champlain[7], Joseph « Jos » Tozzi était lui aussi un membre établi du clan Cotroni.  La propriété de la maison incendiée de Cotroni avait même été transférée au nom de Tozzi au cours des années 1960.

         Selon Di Maulo, Tozzi s’occupait donc du bureau, de l’alcool et des choses usuelles dans l’établissement.

  • Est-ce que je me trompe si je dis que monsieur Tozzi se trouvait à être votre supérieur?
  • D’une façon, oui.
  • Est-ce que je dois comprendre que vous receviez des ordres, des conseils, des recommandations de sa part?
  • Des ordres, je ne dirais pas que je recevais des ordres.  Il me conseillait, oui.  Pas des ordres.
  • Et vous connaissiez monsieur Tozzi depuis combien de temps?
  • Ça fait plusieurs années.
  • À peu près?
  • 7 ans, 8 ans, 9 ans peut-être.
  • Et vous travailliez avec lui depuis son entrée comme administrateur au Casa Loma?
  • Oui.

Pour un homme qui disait travailler sur place depuis « des années », Di Maulo dira pourtant que « je crois que c’était André Vaillancourt » le gérant du Casa Loma.

  • Et monsieur Vaillancourt devait s’occuper de l’ensemble du Casa Loma, reprit Me Côté. Est-ce qu’il s’occupait également du cocktail lounge que vous avez mentionné tout à l’heure?
  • Je crois que oui, parce que le cocktail lounge, je crois que ça va ensemble avec le Casa Loma, en bas.
  • Et monsieur Vaillancourt était là depuis combien de temps?
  • Exact, je ne peux pas vous dire. Je ne m’en souviens pas.
  • À peu près?
  • Peut-être deux mois, je ne le sais pas. Une affaire comme ça, trois mois, je ne me souviens pas au juste.
  • Et monsieur Vaillancourt, vous le connaissiez depuis combien de temps?
  • Ça fait plusieurs années, André.
  • Et monsieur Ciamaro, vous le connaissez?
  • Oui.
  • Monsieur Jules Ciamaro?
  • Oui.
  • Quelle était sa fonction à lui à ce moment-là, savez-vous ce qu’il faisait?
  • Je crois qu’il travaillait au Ceaser’s Palace.
  • Vous croyez ou vous êtes sûr?
  • Sûr … Je sais qu’il travaillait là.
  • Alors, si vous le savez, dite « je sais qu’il travaillait là »?
  • Je sais qu’il travaillait là.
  • Comme gérant?
  • C’est supposé, oui.
  • Et monsieur Ciamaro, vous le connaissiez depuis quand?
  • Ça fait plusieurs années lui aussi.
  • Est-ce que je me trompe si je dis que vous étiez vous-même, monsieur Tozzi, monsieur Ciamaro et monsieur Vaillancourt, des amis de longue date?
  • D’assez longue date avec Tozzi et Ciamaro. Avec André Vaillancourt, on était amis mais je n’étais pas autant ami avec [lui] qu’avec Jules et Jos.
  • Mais vous connaissiez très bien, quand même, monsieur Vaillancourt?
  • Oui, j’allais dans des tournois de golf avec lui et puis des choses comme ça.

C’est alors que le procureur Côté amena le témoin à la nuit du 12 mars.  Di Maulo reconnut y avoir vu Tozzi et Ciamaro vers 3h15 ou 3h30 de la nuit, plus précisément au cocktail lounge.

  • Aviez-vous fini de travailler à ce moment-là?
  • J’arrivais au Casa Loma, je n’étais pas là.
  • Vous arriviez de l’extérieur?
  • Oui.
  • Vers 3h00?
  • 3h20, 3h30. Exactement, je ne le sais pas.
  • Et vous veniez de quel endroit?
  • Je venais de George’s Place.
  • Et lorsque vous êtes arrivé, qui était présent dans le cocktail lounge? Est-ce que messieurs Tozzi et Ciamaro étaient arrivés ou s’ils sont arrivés après vous?
  • Ils étaient déjà là.
  • Maintenant, pouvez-vous nous dire si les deux personnes étaient seules ou si quelqu’un d’autre était avec eux?
  • Non, moi je les ai vus seuls.
  • Vous êtes-vous assis à leur table?
  • Oui, j’étais assis à leur table.
  • Dès l’entrée?
  • Oui, j’ai resté une fraction de seconde debout et je m’étais assis. J’ai dit : « Allo, comment ça va? ».  Je me suis assis et on a commencé à discuter.
  • À quelle table étiez-vous?
  • À la table en entrant, sur le côté gauche, en entrant.

Est-ce qu’il pouvait être étrange qu’un homme puisse débarquer dans un tel endroit après 3h00 de la nuit?  C’est ce point que Me Côté voulut faire ressortir.  Et encore une fois, le témoin donna l’impression qu’il cherchait à gagner du temps.

  • Maintenant, fit Me Côté, les établissements … le Pamplemousse par exemple, termine ses opérations à quelle heure?
  • À quelle heure il termine?
  • Oui?
  • À quelle heure fermez-vous normalement?
  • Ce soir-là ou la semaine?
  • La semaine … disons, ce soir-là?
  • La semaine c’était fermé, si je me rappelle bien, cette affaire-là.
  • C’était fermé?
  • Oui.
  • Et ce soir-là, fermé également?
  • C’était un vendredi ça, un jeudi. Je ne peux pas me rappeler quel soir c’était.  Je ne me rappelle pas si c’était un jeudi ou un vendredi.

Le témoin dira que le Pamplemousse était fermé du lundi au jeudi et rouvrait pour les soirs du vendredi, samedi et dimanche.  Toutefois, il parvenait toujours à contourner la réelle question à propos de l’heure de fermeture.

  • Et quand vous dites qu’il est fermé, voulez-vous dire que personne ne peut se rendre là?
  • Ah non! Ah non!  Moi, je montais là.  J’ai un bureau en haut.  Il y a un gardien de nuit qui monte en haut…
  • Le gardien de nuit s’appelle comment?
  • Michel.
  • Michel qui?
  • Distolo.
  • Moi, ce que je veux dire, c’est que personne du public peut aller là?
  • Je ne le sais pas. Si la porte était ouverte …
  • Mais enfin, il n’y a pas de spectacle, il n’y a pas de …
  • Ça ne fait rien, ça. Il n’y a pas de monde qui monte là mais la porte reste souvent ouverte en bas.
  • Voulez-vous dire la porte du Casa Loma?
  • La porte pour monter au deuxième étage.
  • Alors, de toute façon, ce soir-là vous n’êtes pas allé travailler? Vous n’êtes pas allé au club?
  • J’y ai été de bonne heure, dans la soirée. J’y ai été de bonne heure au Casa Loma et après j’ai parti.
  • Le Casa Loma même, à quelle heure ferme-t-il ses portes?
  • Le Casa Loma même?
  • Oui?
  • Normalement, ça devrait fermer à 3h00, 3h30, jusqu’à temps que les clients sortent.
  • Et le cocktail lounge?
  • Le cocktail lounge, ça arrive souvent que les gens prennent des consommations là.
  • Mais, normalement, ça doit fermer à quelle heure?
  • Ça devrait être fermé à 3h30, un coup que le public est sorti.
  • On tolérait que ça continue pendant quelque temps?
  • Tolérait … ce n’est pas moi qui le tolérais, c’est quelqu’un qui était là qui le tolérait.
  • Je n’ai pas dit, monsieur, que c’était vous. J’ai dit « on tolérait »?
  • On tolérait.
  • La preuve, c’est que vous êtes entré?
  • Je suppose que oui, qu’ils toléraient, vu qu’il y avait des clients là, c’est parce qu’il y avait quelqu’un qui tolérait.
  • Et il y avait beaucoup de personnes quand vous êtes arrivé?
  • Ah! Il y avait une table là, une autre là, il y avait du monde au bar, dix, douze personnes au moins, quelque chose comme ça.
  • Monsieur Vaillancourt, quand vous êtes arrivé, qu’est-ce qu’il faisait?
  • Qu’est-ce qu’il faisait?
  • Oui, à quel endroit se trouvait-il?
  • Je pense qu’il était assis en arrière du bar, au moment que moi je l’ai aperçu il était assis en arrière du bar.
  • Il travaillait là?
  • Je ne sais pas s’il travaillait. Je sais qu’il était assis en arrière du bar.
  • Est-ce qu’il est resté longtemps. Est-ce qu’il est resté là tout le temps de la période que vous êtes resté dans le club?
  • Ça se peut qu’il ait grouillé, je ne m’en souviens pas. Je n’ai pas porté attention à savoir s’il grouillait ou non.
  • Je veux savoir s’il a été derrière le bar ou bien s’il est allé à l’extérieur, s’il est allé s’asseoir avec vous autres?
  • Il était assis en arrière du bar quand moi je l’ai aperçu.
  • Et derrière le bar, est-ce qu’il y avait d’autres personnes?
  • À ma connaissance, je ne m’en souviens pas. Je sais qu’il y a eu quelqu’un en arrière du bar, je ne peux pas m’en souvenir.  On ne portait pas attention à cela.
  • Mais il y avait des personnes au bar?
  • Oui, au bar je pense qu’il y avait au moins quatre, cinq personnes d’assises au bar.
  • Maintenant, vous nous avez dit tantôt qu’il y avait quelqu’un à une table, n’est-ce pas, c’est exact, quand vous êtes arrivé?
  • Oui, il y avait Julio et puis …
  • Mais il n’y avait pas une autre table où il y avait des personnes?
  • Il y avait une table ou deux où il y avait du monde encore dans le lounge.
  • Combien de personnes autour d’une de ces tables-là?
  • Il y avait une table où il y avait au moins quatre, cinq personnes et puis il y avait une autre table où je pense, peut-être, il y avait deux personnes en arrière de nous autres. Nous autres, on était à gauche et à la table à côté de nous autres je pense qu’il y avait deux autres personnes.
  • Le long du mur, n’est-ce pas?
  • Oui.
  • Maintenant, ces personnes-là qui étaient à cette table, que vous venez de désigner est-ce que vous les connaissiez?
  • Oui.
  • Qui était-ce?
  • Pour le moment, je ne suis pas prêt à les révéler parce que d’une façon ou de l’autre je crois qu’on va porter la plainte de meurtre contre nous autres, ça fait que pour le moment je ne suis pas prêt …
  • Ne présumez pas, monsieur, intervint le coroner. Ne présumez pas, répondez aux questions que l’on vous a posées.  Qui était là?
  • Je ne suis pas prêt à répondre pour le moment.

Est-ce que de mystérieux tueurs, comme semblait le laisser entendre la version de Daniel Proulx, auraient pu exécuter ce « contrat »?  Après tout, Jos Di Maulo était-il aussi immaculé qu’il le prétendait?  Que s’était-il réellement produit à l’intérieur du Casa Loma?

Le travail des enquêteurs et des experts en techniques judiciaires avaient permis de développer une certaine théorie sur le déroulement du drame, mais Me Fernand Côté savait aussi qu’il avait devant lui l’homme tout désigné pour lui détailler les faits.  Il savait que Di Maulo avait tout vu.  Restait à savoir s’il arriverait à lui tirer quelques vers du nez!


[1] Pierre De Champlain, Histoire du crime organisé à Montréal de 1900 à 1980, Éditions de l’Homme, 2014, p. 298-299.

[2] Daniel Proulx, Les grands procès du Québec, 1996, Stanké, p. 243.

[3] Pierre De Champlain, op. cit.

[4] Selon le registre de l’état civil, Vaillancourt serait né le 20 novembre 1935 et sa mère était une certaine F. Gauthier.

[5] Selon le registre de l’état civil, Verrier serait né le 23 août 1937.  Sa mère est listée sous le nom de Y. Vézineau.

[6] Toujours selon le registre de l’état civil, Rioux est né le 28 septembre 1943.  Le nom de fille de sa mère était Beaulieu.

[7] Pierre De Champlain, Histoire du crime organisé à Montréal de 1900 à 1980, p. 208.

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