Casa Loma: le témoignage de Jos Di Maulo (2/3)


ScreenHunter_145 Aug. 08 21.39Me Fernand Côté ne pouvait évidemment pas en rester là après que son témoin, Jos Di Maulo, ait refusé d’identifier des hommes qui se trouvaient également sur les lieux.  Pourquoi ce refus?

  • Vous voulez dire que vous ne voulez pas dévoiler les noms des personnes qui étaient assises à l’autre table derrière vous autres?
  • C’est cela. Pas pour le moment.
  • Y a-t-il une raison particulière pour laquelle vous ne voulez pas …?
  • C’est parce que j’ai entendu dire par mon représentant que, d’une façon ou de l’autre, la police va nous mettre la charge de meurtre pareil.
  • Mais en quoi cela peut-il vous empêcher de donner les noms des deux ou trois personnes qui étaient assises là?
  • C’est-tu nécessaire pour moi qu’il faut que je le dise?
  • Oui, oui, s’empressa de répliquer le coroner. Vous n’avez pas le choix.  Répondez aux questions, on vous pose une question.  Répondez-y!

Le but d’une enquête de coroner n’était pas de condamner mais d’éclaircir les circonstances d’un ou plusieurs décès de nature suspecte.  Bien souvent, d’ailleurs, les personnes impliquées dans des meurtres parlaient plus librement devant un coroner alors que durant leur procès ils respectaient un silence de carpe.  Ce sera d’ailleurs le cas de Di Maulo, d’où l’importance de prendre le temps de revivre ici son témoignage à l’enquête de coroner.

  • Il faut que je révèle les noms qui étaient là?, s’étonna Di Maulo.
  • De préférence, reprit Me Côté.
  • On n’a pas le droit d’attendre à l’enquête préliminaire?
  • Monsieur, reprit encore le coroner Lapointe, vous êtes devant le coroner actuellement. Il n’y a pas de charge qui a été portée contre vous.  Alors, il vous faut répondre aux questions que l’on vous pose.  Vous ne devez rien présumer.
  • Marcel Laurin, cracha enfin Di Maulo.
  • Avez-vous son adresse?, questionna Me Côté.
  • Non.
  • Savez-vous à peu près où il demeure?
  • Non, je ne le sais pas.
  • Est-ce que c’est un habitué du club?
  • Il venait assez souvent.
  • Quand vous êtes arrivé, est-ce qu’il était déjà assis là?
  • Oui, ils étaient assis là.
  • Vous le connaissez depuis longtemps ce monsieur-là, monsieur Laurin?
  • Assez longtemps.
  • Ça veut dire combien de temps?
  • Peut-être une quinzaine d’années.
  • Et il y avait une autre personne ou d’autres personnes à côté?
  • Oui, il y avait peut-être encore trois, quatre personnes à la table avec lui.
  • Qui était avec lui?
  • Leurs noms, je ne les connais pas. Je pourrais les identifier en voyant leurs visages.
  • Vous les avez vus souvent ces personnes-là?
  • Il y en a un ou deux autres que j’ai vus assez souvent.

Le procureur lui montra ensuite un plan de l’intérieur de l’établissement afin d’apporter quelques précisions.  Puisque ce plan n’a pas été conservé dans le dossier judiciaire, nous passerons plus rapidement sur ce point.  Retenons seulement que l’exercice permis d’établir que la table où Di Maulo disait s’être installé à son arrivée était située à gauche, juste après l’entrée.

Quant à la table identifiée sous le numéro 8, et qui était renversée, Di Maulo affirmera que c’est là que Laurin était installé cette nuit-là.  Puis le procureur Côté revint à la table no. 2, où étaient placés les mystérieux personnages qui n’avaient toujours pas été identifiés.

  • Est-ce que c’était des personnes de sexe masculin?
  • On ne porte pas attention quand on rentre [sic] quelque part pour voir s’il y a une ou deux personnes d’assises là, mais je sais qu’il y avait du monde là.
  • Mais enfin, si vous vous souvenez, est-ce que c’était deux mâles?
  • Oui, oui, c’était des gars. Il n’y avait pas de femme là.
  • Il n’y avait pas de femme et vous dites qu’il y en avait probablement deux?
  • Oui.

Di Maulo dira aussi que, selon lui, il y avait quatre ou cinq personnes au bar.  Parmi elles, il reconnut la présence de Jacques Verrier.

  • Vous le connaissiez depuis longtemps ce monsieur-là?
  • Je n’étais pas près de lui, je le connaissais comme « bonjour », « allô », « ça va bien? ».
  • Vous le voyiez souvent?
  • Non, je ne le voyais pas souvent.
  • Est-ce que c’était un habitué du club?
  • Je crois que Verrier venait assez souvent au club.
  • Est-ce que je me trompe si j’affirme que c’est un de vos amis, peut-être pas aussi intime que …
  • Non, ce n’était pas un de mes amis personnels.   C’était un type qui est venu au cabaret, on se connaissait comme ça, on se rencontrait, je l’ai vu de longue date comme ça.  On se voyait d’un bord à l’autre.  « Bonjour », « allô », pas plus.

Parmi les autres personnes au bar, le témoin identifia ensuite un certain « Lezou ».

  • Est-ce que vous connaissiez monsieur Lezou depuis longtemps?
  • Assez longue date, oui.
  • C’était un ami ou bien …?
  • Oui, il était assez ami avec moi.
  • Ami avec les autres également qui étaient avec vous, à votre connaissance?
  • Peut-être pas autant avec eux autres que moi. Moi, je pense que je le connaissais depuis plus longtemps qu’eux autres.

Étrangement, bien qu’il admit que ce « Lezou » était son ami et qu’il le connaissait depuis longtemps, il ne donnera jamais sa réelle identité.  Quant aux autres clients accoudés au bar, il sera incapable de les identifier

         Sachant qu’une bonne partie de la preuve reposait sur le témoignage de la danseuse nue Paulette Gingras, Me Côté tenta ensuite de lui faire reconnaître, à tout le moins, la présence de femmes dans le bar.

  • Est-ce qu’il y avait des femmes dans le cocktail lounge?
  • Oui, j’ai remarqué qu’il y avait des femmes.
  • Combien de femmes à peu près?
  • Je ne le sais pas, je sais que j’ai remarqué une blonde qui se promenait.
  • Est-ce que vous connaissez Mlle Colette [sic] Gingras?
  • De nom, non.
  • De vue?
  • De vue, peut-être que oui. De nom, je ne le sais pas.
  • Une personne qui travaillait chez vous?
  • Le nom ça ne me dit rien.
  • Une danseuse apparemment qui travaillait chez vous au Casa Loma?
  • Bien, comme je vous dis, si je la vois peut-être que je vais dire que je la connais, mais le nom ne me dit rien.

Est-ce que le témoin ignorait réellement le nom de la danseuse ou s’il jouait sur les mots devant l’erreur de prénom que Me Côté venait de faire en soumettant sa question?

  • Monsieur Jean-Claude Rioux, est-ce que ça vous dit quelque chose?
  • Du tout.
  • Vous n’aviez jamais vu ce monsieur-là?
  • Non.
  • Est-ce qu’il y avait au bar quelqu’un que vous ne connaissiez pas de nom mais que vous aviez déjà vu, à part Verrier et Lezou?
  • Que j’avais déjà vu et que je ne connaissais pas de nom?
  • Que vous ne pourriez pas qualifier par leur nom par exemple?
  • À ma connaissance, je ne me rappelle pas. Je ne peux pas me rappeler.  Ça, ce sont les seules personnes que je peux me rappeler.
  • Maintenant, monsieur Yvon Métras, est-ce que …?
  • Ça se peut qu’il était là, je n’ai pas remarqué.
  • Le connaissez-vous?
  • Si je le connais?
  • Oui?
  • De nom, non.
  • Le buzzboy?
  • Si vous me montrez ce que c’est, peut-être que je pourrais vous dire « oui, c’est lui, je le connais ».
  • Mais ce n’est pas nous autres qui travaillaient au Casa Loma, monsieur Di Maulo?
  • Ce n’est pas nous autres qui allaient là à tous les soirs?
  • Je vous réponds aux questions, monsieur, je vous dis que si vous me montrez la personne, peut-être que je vais pouvoir l’identifier, vous dire que c’est lui mais de nom, je ne le connais pas.
  • Alors, il y avait monsieur Verrier, monsieur Lezou. Monsieur Verrier, par rapport au bar, était situé à quel endroit quand vous êtes entré?  Est-ce que monsieur Verrier était déjà au bar?
  • Ça se peut. Je n’ai pas remarqué cela.
  • Mais à un moment donné vous l’avez vu au bar?
  • Oui, je l’ai vu de dos. Il était accoté de dos parce que moé, de la façon qu’on était assis, eux autres étaient debout au bar, on les voyait de dos.
  • Maintenant, monsieur Verrier, est-ce qu’il était au centre du bar ou à une extrémité du bar ou à l’autre extrémité du bar?
  • Non, il était plutôt contre la porte, peut-être le centre, je ne peux pas vous dire au juste. Peut-être à trois, quatre pieds quand on entre dans le lounge.
  • Près de la porte d’entrée?
  • Oui.
  • Est-ce qu’il y avait quelqu’un qui le séparait de cette porte d’entrée ou s’il était la première personne?
  • Oui, il y avait une autre personne debout.
  • À quel endroit?
  • Juste en entrant dans le lounge, contre le bar.
  • Une personne que vous connaissiez?
  • Non, je ne le connais pas.

On comprit que, finalement, tous les clients accoudés au bar lui tournaient le dos.  Seul Vaillancourt, qui s’affairait derrière le bar, lui faisait face.  Il peut parfois paraître laborieux de discuter de ces détails mais ceux-ci servent à reconstituer les faits et, parfois, à vérifier la véracité des propos des témoins.  Dans certains cas, on arrive même à s’en servir pour les confondre en faisant apparaître certaines invraisemblances.

Une bonne partie de ce témoignage se passa à décrire physiquement les lieux et surtout l’emplacement des protagonistes.  Quant à l’homme qui discutait avec Vaillancourt, Di Maulo le décrivit comme un « gars qui était assez gros, il avait une bonne posture [corpulence?] ».  Il le dira vêtu en carreauté.

  • Est-ce que c’est possible qu’il y ait eu une autre personne entre Verrier et Lezou?, demanda Me Fernand Côté.
  • Ça se peut très bien.
  • Vous souvenez-vous avoir vu quelqu’un à cet endroit-là ou pas loin de cet endroit-là?
  • Non, je ne me souviens pas, moi, monsieur. Je n’entre pas au Casa Loma et je ne vérifie pas tous les visages qui sont là.  On entre là, nous autres, sept jours par semaine, naturel.  C’est un établissement, on est toujours là.  On n’arrive pas là et on n’envisage pas le monde qui sont assis là un par derrière l’autre.

Le procureur Côté le ramena ensuite à son entrée dans la place, que Di Maulo avait lui-même estimé vers 3h20 ou 3h30.  Dès son arrivée, il avait aussi affirmé s’être assis avec Tozzi et Ciamaro.

  • Et là, vous avez fait quoi?, questionna Me Côté. Vous avez commandé des boissons ou vous avez jasé ou qu’est-ce que vous avez fait?  Vous avez fait quoi?
  • On a jasé. Je me rappelle qu’on a jasé du golf.  On avait fait une réservation pour aller jouer dans le nord de la Caroline [du Nord], jouer au golf et que c’était exactement aujourd’hui qu’on était supposé aller jouer là, la réservation était faite pour le 7.
  • C’est le 5 aujourd’hui.
  • C’était fait pour aujourd’hui de toute façon.
  • Vous n’avez pas parlé de cela pendant deux heures?
  • On est pas mal des amateurs de golf. On a jasé de cela pendant pas mal longtemps.
  • De cette excursion que vous projetiez?
  • Oui, oui, parce que ça fait deux années que l’on y va et on aimait cela aller là.
  • Et vous avez pris des boissons alcooliques ou autres, est-ce que vous avez bu à ce moment-là?
  • Je ne me souviens pas si eux autres buvaient. Moi, j’avais un scotch.
  • Vous êtes resté là combien de temps à peu près?
  • Combien de temps?
  • Oui, à cette table-là?
  • J’ai été là, à la table de monsieur Laurin, comme je vous ai dit tout à l’heure, j’ai été voir les types qui étaient là une secousse.
  • Vous vous êtes rendu à la table de monsieur Laurin?
  • Oui.
  • Vous avez parlé avec eux?
  • Je me suis rendu là et j’ai retourné à la table avec Julio.
  • Vous êtes resté là pendant combien de temps à la table?
  • Ah! Je ne le sais pas.  Une dizaine de minutes peut-être, je ne le sais pas.  Je ne m’en souviens pas.  Je sais que j’ai acheté des billets même d’un type qui était assis à la table parce qu’il faisait un party bientôt et j’ai acheté des billets pour le party.
  • Vous avez été combien de minutes à peu près à cette table-là?
  • Une dizaine de minutes à peu près.
  • Et là, vous êtes retourné à votre table?
  • Oui.
  • À partir du moment où vous êtes entré et assis à cet endroit-là jusqu’au moment où vous êtes sorti, il a pu s’écouler combien de temps en gros, là, à peu près?
  • Comment dites-vous cela?

Jos Di Maulo maîtrisait bien la technique de la répartie, en particulier celle qui consistait à répondre à des questions par d’autres questions.  D’ailleurs, il finira par rester vague sur ce dernier point.

Après un certain temps, le procureur Fernand Côté décida de s’attaquer au vif du sujet, à savoir le moment où le drame avait éclaté.  Selon l’enquête, ainsi que le témoignage du gardien de nuit, Verrier et Vaillancourt auraient été rapidement assassinés, tandis que le meurtre de Rioux serait survenu quelques dizaines de minutes plus tard.  Pourquoi ce délai?  Avait-on essayé de le persuader de garder le silence avant de finalement changer d’avis en lui tranchant la gorge?

Pouvait-on seulement espérer que le témoin Di Maulo accepte d’entrer dans ces détails?

  • Qu’est-ce qui a fait partir tout le monde qui était là?
  • On a entendu du tirage. On a entendu des coups de feu.  Tout le monde courait d’un bord à l’autre.  On s’est sauvé.  On est tous sortis par en avant.
  • Combien de coups de feu?
  • On a entendu un premier coup de feu, après cela j’en ai entendu un autre et puis il y en a eu un autre après. On ne s’arrête plus pour remarquer combien de coups de feu arrivent à ce moment-là.
  • Alors, là, vous en avez [entendu] trois?
  • Au moins trois, oui.
  • Ces coups de feu-là, est-ce que vous savez vers qui ou vers quoi ils étaient dirigés?
  • Je sais que j’ai vu un corps tomber. Ça fait qu’ils auraient dû être dirigés vers quelqu’un.
  • Lequel corps?
  • J’ai vu le corps de Verrier tomber.
  • Verrier était à quelle distance de vous autres à peu près?
  • Il n’était pas loin. Il a tombé juste à côté de la table.
  • Et vous-même à ce moment-là, vous étiez assis à la table avec Tozzi et Ciamaro?
  • Le premier coup de feu, là, tout le monde … on s’est énervé. On s’est levé, on se levait, je ne sais pas si on était encore assis.  Je pense qu’on était après se lever et puis là on a vu un autre coup de feu et puis on a vu le corps de Verrier tomber à terre.
  • Mais quand vous avez entendu le premier, là, vous étiez assis tous les trois?
  • Oui, on était tous assis.
  • Vous-même, par rapport à Verrier, vous l’aviez devant vous ou vous l’aviez de côté à gauche ou à droite?
  • Je le voyais de dos, moi.
  • En somme, quand il est tombé, vous, vous étiez debout?
  • Oui, j’étais déjà debout quand je l’ai vu tomber à terre.
  • Et vous l’avez vu là, de pleine face?
  • J’ai vu un corps tomber, monsieur. Je ne me suis pas arrêté pour lui regarder le visage, j’ai vu le corps qui tombait.
  • Ce que je veux dire, c’est que vous étiez droit devant lui quand il est tombé, n’est-ce pas?
  • Oui.
  • Vous n’étiez pas de côté?
  • J’ai vu le corps tomber en avant de nous autres.
  • Monsieur Tozzi et monsieur Ciamaro aussi étaient debout?
  • Je ne me souviens pas. Ça se peut qu’ils étaient debout eux autres aussi.
  • Et le premier coup de feu, savez-vous vers qui il aurait été dirigé?
  • Aucune idée.
  • Vous n’en avez aucune idée?
  • Non.
  • Même présentement?
  • Non, aucune idée… présentement. Je ne le sais pas.  Je ne peux pas vous répondre en plus, même si je répondrais quelque chose qu’on entend dire …
  • Ce serait du ouï-dire?
  • Oui, c’est ça. Alors je ne peux pas me permettre de vous répondre à cela.
  • À ce moment-là, vous avez également monsieur Vaillancourt en face de vous?
  • Vaillancourt, de la manière qu’il était assis en arrière du bar quand je l’ai remarqué, au moment avant que ça arrive toutes ces choses-là, peut-être que Verrier aurait pu le cacher par secousses [moments]. Peut-être qu’il grouillait, il était assis au bar.  André Vaillancourt était assis plutôt bas, on lui voyait juste la tête qui sortait, ça fait que de la façon que c’est arrangé ça et puis lui était assis, ça fait que peut-être on lui voyait juste la tête, ça fait qu’à ce moment-là Verrier aurait pu grouiller et puis il y avait une autre personne au côté de Verrier, on ne voyait presque pas André.  On savait qu’il était assis là, qu’il faisait face au public, on lui voyait la tête mais au moment que c’est arrivé je ne regardais pas là, moi.
  • Alors, vous prétendez que le premier coup a été tiré là, Vaillancourt était encore assis?
  • Je ne le sais pas, ça se peut qu’il était encore assis.
  • Et ça se peut qu’il était debout aussi?
  • Oui.
  • Vous ne regardiez pas là quand le premier coup de feu a été tiré?
  • Non, on jasait.
  • Pendant que vous jasiez là, est-ce que vous entendiez d’autres personnes jaser aussi?
  • Ça jasait au bar, je ne le sais pas. Ils étaient après prendre un drink au bar.
  • Avez-vous entendu des conversations?
  • Non, je n’ai entendu aucune conversation. Je sais que ça jasait mais je n’ai aucune idée de quoi ça pouvait jaser.
  • Est-ce que ça parlait doucement, violemment?
  • À ma connaissance, je n’ai pas entendu personne qui parlait fort ou quelque chose comme cela, parce qu’on s’en serait aperçu. On n’était pas assez loin pour …
  • Parce que vous étiez à proximité, vous étiez à peu près à combien de pieds du bord?
  • Une affaire de peut-être quoi, quatre pieds de distance.
  • Alors, vous voyez à la suite du deuxième coup de feu, vous voyez quelqu’un qui est monsieur Verrier, tomber?
  • Oui.
  • Vous-même, à ce moment-là, qu’est-ce que vous faites?
  • On est parti à courir par en avant, je suis parti par en avant, tout le monde courrait vers la porte par en avant. Moi j’ai sorti par en avant.  Là, je ne me rappelle plus qui était en avant de moi.

Voilà qui contredisait le témoignage du gardien de nuit, qui avait affirmé sous serment que Di Maulo, Tozzi et Ciamaro étaient apparu hors du Casa Loma plus de 20 minutes après le double meurtre de Verrier et Vaillancourt.  S’il fallait en croire ce gardien, il fallait nécessairement se demander ce que les trois hommes avaient fait à l’intérieur avant de sortir.  Et comme l’enquête permettait de croire que Rioux avait été tué le dernier, d’autres questions se soulevaient d’elles-mêmes.

         Bien sûr, Di Maulo continuera de prétendre qu’il s’était enfui dès les premiers coups de feu, mais Me Fernand Côté tenait une carte dans sa manche qui risquait de démasquer une partie de son mensonge.

  • Vous avez pris votre manteau?
  • Je l’avais sur le dos, je pense.
  • Depuis 3h30 jusqu’au moment de l’incident, vous aviez votre manteau?
  • Je pense que oui, parce que mon paletot, si je me rappelle bien, je pense que je ne l’avais pas ôté pantoute.
  • C’était un manteau d’hiver cela ou un bien un trench?
  • C’était un genre de manteau en suède.

Était-ce suffisant pour douter de la parole du témoin?  Di Maulo avait-il réellement gardé son manteau depuis son arrivée vers 3h20 jusqu’à sa sortie vers 5h00, c’est-à-dire près de deux heures?

Ou alors mentait-il?  S’il était sorti avec son manteau d’hiver sur le dos c’était parce qu’il s’était attardé à l’intérieur, qu’il avait pris tout son temps?  Me Fernand Côté venait-il de le piéger?

 

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