Casa Loma: le témoignage de Jos Di Maulo (3/3)


Jos_Di_MauloLa semaine dernière, on a vu à quel point Me Frenand Côté, procureur présent lors de l’enquête du coroner Laurin Lapointe, avait tenté de coincer le témoin Jos Di Maulo en surfant sur les détails.  Mais il n’y avait toujours pas de jury pour entendre le doute qu’il venait peut-être de semer auprès de la crédibilité de Di Maulo.

Pour la suite de son témoignage, Di Maulo prétendit être sorti du Casa Loma à toute vitesse, dès les premiers coups de feu.  Il croyait que Tozzi était sorti peu de temps avant lui.  Quant à Ciamarro, il dira l’avoir aperçu près de la sortie qui donnait sur la rue Ste-Catherine.  Lorsque Me Côté lui demanda s’il avait vu d’autres personnes, il dira croire avoir vu Marcel Laurin alors qu’il se dirigeait vers le stationnement.

Bien sûr, le procureur avait de quoi douter de la parole de Di Maulo quant à savoir s’il était sorti au sein de la panique, c’est-à-dire avec tout le monde, et cela dès les premiers coups de feu.

  • Tout le monde est sorti?, demanda Me Côté.
  • Oui, faudrait passer par cette expérience-là, monsieur, pour voir ce qui se passe.
  • Mais vous ne savez pas combien de personnes sont sorties devant vous ni combien de personnes sont parties derrière vous?
  • Non, aucune idée.
  • Monsieur Lezou, lui, est sorti comment? Le savez-vous?
  • Je ne sais pas. Ça se peut qu’il ait sorti en même temps que nous autres mais je ne me rappelle pas.  Ça se peut qu’il ait été en avant de la porte lui aussi.  Tout le monde est sorti en courant.

Me Côté tenta ensuite de remettre en doute son témoignage en expliquant que l’étroitesse de cette porte ne pouvait permettre à tout le monde de sortir en même temps, mais sans grand succès.

  • Vous n’avez pas vu sortir une femme?
  • Non.
  • Une danseuse à gogo?
  • Non, je n’ai pas remarqué. Ça se peut qu’elle était dehors.  Je n’ai pas remarqué.
  • Mlle Gingras?
  • Ça se peut qu’elle était dehors. Je n’ai pas remarqué.
  • À l’intérieur, l’aviez-vous remarquée?
  • Moi, je ne l’ai pas remarquée à l’intérieur.
  • Vous n’avez pas vu de femme là?
  • Ça se peut qu’elle était là, moi je ne l’ai pas remarquée.
  • Vous nous avez dit tantôt qu’il y avait plusieurs femmes?
  • Je vous ai dit, je ne sais pas, moi, je ne peux pas la replacer.
  • Mais vous maintenez quand même qu’il y avait plusieurs femmes dans le cocktail?
  • Il y avait des femmes, oui, mais je ne sais pas qui c’était.
  • Mais vous maintenez qu’il y avait des femmes?
  • Oui, ça, je l’ai dit et je le redis.

Le témoin dira ensuite se souvenir que quelqu’un avait crié : « Vaillancourt est mort ».  C’est alors que Me Côté revint aux détails qui le situaient à l’intérieur de l’établissement avant l’éclatement de la tuerie.

  • Mais vous là, qui faisiez face à monsieur Verrier au moment des coups de feu, face à monsieur Vaillancourt aussi bien que n’ayant pas vu monsieur Vaillancourt, pouvez-vous nous dire si vous avez vu d’où venaient les coups de feu?
  • D’où venaient les coups de feu?
  • Oui?
  • Je m’imagine qu’ils venaient de quelqu’un qui n’était pas loin de là, à côté d’eux autres, ça ne pouvait venir d’en arrière du club ou bien de l’autre côté du bar parce qu’on a vu un type qui a sorti en courant, ça ne pouvait pas venir d’une autre place que là, j’imagine.
  • Vous avez vu un type sortir en courant?
  • Du lounge.
  • C’était avant vous, cela?
  • Oui.
  • Et ce monsieur-là, est-ce que vous le connaissiez?
  • Non, je ne le connais pas, moi.
  • Est-ce que c’est la personne que vous avez décrite comme ayant des bottes, tantôt?
  • Oui, c’est la personne que j’ai vue sortir du lounge.
  • En courant?
  • En courant. …Il a sorti assez vite, je n’ai pas remarqué la façon qu’il a sorti du lounge d’où on était nous autres, mais il a sorti vite.
  • Et là, vous avez présumé que c’était lui, vous avez supposé que c’était lui qui avait tiré, c’est exact?
  • On peut se l’imaginer facilement.
  • Mais pouvez-vous nous dire pourquoi vous êtes parti comme cela?
  • Pourquoi on est parti comme cela?
  • Oui?
  • Vous m’avez demandé une question tout à l’heure, monsieur, il faudrait passer peut-être par une expérience comme cela, peut-être que vous feriez la même chose.
  • Oui, mais enfin, il doit y avoir une motivation, vous aviez peur?
  • Une réaction, on ne sait pas la réaction à ce moment-là, on ne s’arrête pas à rien, on s’en va, c’est tout. On a eu cette réaction-là en tous les cas, nous autres.
  • Tout le monde?
  • Que je m’imagine. S’il y en a qui ont resté là, je ne le sais pas.
  • Pourriez-vous qualifier cela de crainte ou de peur, ce sentiment qui vous a fait en aller?
  • Je ne sais pas comment vous dire cela, c’est arrivé comme cela, on est parti.
  • Enfin, vous avez été d’abord surpris, vous ne vous attendiez pas à cela?
  • C’est pas mal surprenant pour tout le monde, je pense.
  • Et là, à la suite de cette surprise-là, vous avez décidé, enfin l’impulsion du moment, ç’a été de quitter les lieux?
  • Oui.
  • Bien que sachant que celui qui avait tiré venait juste de partir?
  • Qu’est-ce que ça peut déranger, je ne le sais pas. Si on pense à s’en aller, on s’en va.
  • Mais vous suivez celui qui a tiré sur les deux personnes?
  • Comment, on le suivait?
  • Bien, il est parti avant vous, vous nous l’avez dit tantôt?
  • On ne le suivait pas. Je ne sais pas où il était rendu ce gars-là.
  • Oui, mais vous dites que vous êtes parti immédiatement après la chute du corps de Verrier?
  • Bien, je ne sais pas ce que ç’a pris. Ç’a peut-être pris une couple de secondes, quatre, cinq secondes.  On est parti et puis je ne sais pas où il était rendu ce type-là.
  • Vous ne l’avez pas revu à l’extérieur ce type-là?
  • Non, je ne l’ai pas revu.
  • Mais vous dites qu’il ne sortait pas en courant?
  • Il a sorti vite du lounge et puis le club, de la façon qu’il est fait, je ne sais pas s’il est sorti en travers de la porte. Je ne sais pas quel côté il a pris.
  • Il y a combien de portes dans ce club-là?
  • Il y a une porte vers l’extérieur sur la rue Ste-Catherine.
  • Vous dites que vous ne l’avez pas vu sortir du lounge?
  • Oui, je l’ai vu sortir du lounge, monsieur.
  • Ah! … Vous ne l’avez pas vu sortir du club?
  • Non.
  • Est-ce que vous vous êtes occupé de Verrier vous-même?
  • En aucun moment.
  • Est-ce que vous avez essayé de savoir quelle était sa blessure ou enfin …
  • Non.
  • Vous avez entendu cependant dire par quelqu’un : « Vaillancourt est mort »?
  • Quand on a passé par-dessus le corps de Verrier, j’ai remarqué qu’il y avait du sang qui sortait par le côté, c’est la seule affaire.
  • Et en aucun temps vous avez pensé de rester près de lui pour le secourir?
  • Ma réaction n’a pas été de même.
  • Mais vous avez eu le temps quand même d’entendre quelqu’un crier : « Vaillancourt est mort »?
  • Il y a quelqu’un qui a dit cela, je ne sais pas qui peut l’avoir dit mais je l’ai entendu.
  • Et là, vous étiez à l’intérieur du lounge?
  • Non, je sortais, j’étais rendu dans le passage.
  • Et là, vous n’avez pas eu l’idée de revenir pour voir si monsieur Vaillancourt était réellement mort ou simplement blessé?
  • Non.
  • Et pourtant, c’était un de vos amis?
  • Bien oui.
  • Et pourtant, celui qui avait tiré était parti?
  • Je ne le sais pas s’il était parti, moi.
  • Bien, vous l’avez vu sortir?
  • Je l’ai vu sortir du lounge, monsieur, mais je ne sais pas s’il était sorti de l’établissement.
  • Mais dans le lounge même il n’y avait pas de danger?

Outre le fait que Jos Di Maulo aurait gardé son manteau sur le dos durant près de deux heures, Me Côté venait de soulever deux autres contradictions.  Pourquoi sortir immédiatement de l’établissement pour se retrouver dans les talons du tireur, qui venait tout juste de sortir?  Et si Verrier était son ami, pourquoi ne pas s’être inquiéter pour lui?  S’il n’a pas pris le temps de venir à son secours, n’était-ce pas parce qu’il avait largement eu le temps de le voir mourir et que, par conséquent, il était resté à l’intérieur du Casa Loma plus longtemps qu’il ne l’affirmait?

         Restait maintenant la question au sujet de ce qu’il avait fait après sa sortie dans la rue.

  • Et vous vous êtes en allé où à ce moment-là?
  • Moi, je me suis en allé au coin de St-Laurent et Ste-Catherine, et j’ai pris un taxi.
  • Seul?
  • Oui.
  • Pour vous en aller où?
  • À la maison.
  • La sortie du Casa Loma, à ce moment-là, dans quel état était-elle?
  • Je n’ai pas remarqué.
  • Vous n’avez rien remarqué de spécial?
  • Non.
  • Qui a ouvert la porte?
  • La porte était ouverte quand je suis parti.
  • La porte était ouverte?
  • Oui.
  • Est-ce que quelqu’un était déjà sorti?
  • Il a fallu qu’il y ait quelqu’un qui a sorti en avant de moi.
  • Oui, puisque Tozzi est sorti avant vous?
  • Oui, c’est cela.
  • Alors, vous n’avez pas remarqué que la vitre était brisée?
  • Non.
  • Je parle de la vitre de la porte?
  • Non, ça se peut qu’elle était brisée. Je n’ai pas remarqué.
  • Et le lendemain, vous êtes revenu au travail?
  • Non, je n’ai pas été travaillé le lendemain.
  • Pourquoi?
  • Parce qu’on était fermé.
  • Qui vous avait dit que c’était fermé?
  • Pardon?
  • Qui vous avait dit que c’était fermé?
  • Qui?
  • Qui?
  • Moi, c’était monsieur Marleau qui m’a informé.
  • Qui est monsieur Marleau?
  • Le gérant de jour du Casa Loma, en bas.
  • Il vous a appelé chez vous?
  • Oui.
  • Vous êtes arrivé chez vous vers quelle heure ce matin-là?
  • Je ne me souviens pas. Peut-être, je ne sais pas, 5h00, 5h30.  Je ne sais pas.
  • Là, vous avez appelé la police?
  • Non, je n’ai pas appelé mais je me suis adonné que j’ai parlé avec monsieur Allard je ne sais pas, peut-être deux heures après.
  • Le matin?
  • Oui, le même matin.
  • C’est lui qui vous a appelé?
  • Non, non. C’est moi qui ai appelé au Casa Loma.  Je me suis adonné à appeler au Casa Loma pur une autre raison et puis j’ai demandé de parler à monsieur Allard.
  • Quelle était la raison?
  • La raison était que je venais d’avoir un téléphone à la maison par ma belle-mère qui venait d’appeler ma femme, qui demandait des nouvelles sur moi parce qu’elle avait compris au radio que le gérant du Casa Loma s’était fait tuer. Alors, à ce moment-là … ma femme est cardiaque, elle était bien nerveuse, ça fait que j’ai pris le téléphone, j’ai appelé ma belle-sœur pour avertir ma famille que ce n’était pas moi, qu’il n’y avait rien d’arrivé à moi.  Quand j’ai appelé ma belle-sœur, ma belle-sœur m’apprend à moi que mon frère était parti au Casa Loma et puis c’est à ce moment-là que j’ai appelé au Casa Loma et que j’ai demandé à parler à monsieur Allard.

Le coroner Lapointe lui demanda alors de préciser l’heure de cet appel.  Di Maulo l’estimera entre 8h30 et 9h00.  Au passage, on entendra Me Fernand Côté expliquer qu’Allard était aussi un témoin dans cette cause.  Mais puisque son importance était moindre, on ne l’entendit pas ce jour-là.

Finalement, Di Maulo expliquera qu’en appelant Allard c’était pour lui demander « s’il pouvait me rendre un service, de regarder si mon frère était en avant de la porte et de lui demander s’il pouvait s’en aller à la maison, que j’étais à la maison, moi, qu’il n’y avait pas de danger ».  Allard lui aurait répondu qu’il vérifierait et lui ferait le message.

Di Maulo ajoutera être demeuré chez lui durant toute la journée.  Le surlendemain, il prétendit avoir appris aux nouvelles qu’il y avait eu une troisième victime, et qu’Allard ne lui avait fait aucune mention de ce détail.

Par ses questions, Me Côté lui fit admettre qu’il était parti le dimanche suivant pour son « voyage ».  Peu après, Me Sidney Leithman annonça n’avoir aucune question pour son client.

Avant de conclure son enquête, le coroner se tourna une dernière fois vers Di Maulo pour quelques précisions.

  • Connaissez-vous un nommé Tiny[1]?
  • Oui.
  • L’avez-vous vu ce soir-là, ce matin-là?
  • Ce matin-là, moi je ne l’ai pas vu.
  • Pas du tout?
  • Non, je l’ai vu de bonne heure dans la veillée mais sur le matin je ne l’ai pas vu. Je ne me souviens pas l’avoir vu.
  • Vous ne lui auriez pas parlé un peu avant les événements?
  • Non.
  • Quelle était sa fonction?
  • À monsieur Tiny?
  • Oui?
  • Gardien de nuit.
  • Est-ce que ça lui arrivait d’ouvrir les portes pour laisser sortir les clients?
  • Je crois que oui. Ça aurait dû arriver souvent.
  • Ce soir-là, est-ce que c’est arrivé?
  • Je n’ai pas remarqué.
  • Auriez-vous vu une des serveuses?
  • Une des serveuses dans le lounge?
  • Oui, oui, dans le bar?
  • À ma connaissance, je ne m’en souviens pas. Ça se peut très bien qu’elle était là, je ne m’en souviens pas.  Le visage, je ne l’ai pas remarqué.  Ça se peut très bien qu’elle était là.
  • L’auriez-vous vue au bar à un certain moment?
  • La serveuse?
  • Oui?
  • J’ai remarqué qu’il y avait une fille au bar mais je ne sais pas si c’était la serveuse qui était là.
  • Vous l’avez vu quand? Longtemps avant les coups de feu?
  • Ah! Oui. Avant, oui.
  • Et au moment des coups de feu?
  • Au moment des coups de feu, je ne me rappelle plus si elle était là.
  • Lui auriez-vous parlé à ce moment-là, immédiatement après?
  • Non, moi je n’ai pas parlé à aucune femme qui était là, qui pouvait être là, excusez-moi.
  • Il y a combien de sorties au club?
  • Il y en a rien qu’une. Il y a deux portes en avant mais il y en a rien qu’une pour sortir qui pouvait être ouverte ce soir-là pour sortir, pour aller à l’extérieur.
  • Il n’y avait pas d’autres portes qui donnent à l’extérieur?
  • Oui, il y en a une dans le lounge.
  • Qui donne où?
  • Sur la rue Ste-Catherine.
  • Est-ce qu’il y a des portes qui donnent ailleurs que sur la rue Ste-Catherine?
  • Ah! Oui, par en arrière, il y a des portes que l’on peut sortir, des exits que l’on peut sortir par en arrière du club.
  • Qui donne où, sur quelle rue?
  • Il y en a une qui donne sur le côté ouest. Il y en a une qui donne sur le côté est, excusez-moi le nom des rues je ne les sais pas.  Je ne les sais pas par cœur.
  • Est-ce que vous empruntez ces portes-là des fois pour sortir?
  • Ça, ce sont des portes qui s’ouvrent dans la soirée quand le public est là et se ferment après que le public est parti, est sorti.
  • Qui ferme ces portes-là?
  • Je ne le sais pas. Ça doit être le monsieur Tiny en question qui les ferme, des fois c’est les buzzboys qui les ferment, des fois le gardien de nuit.
  • Le buzzboy, l’avez-vous vu ce soir-là?
  • Je l’ai vu en arrière du bar.
  • Quand?
  • Dans la soirée, pendant qu’on était là.
  • Oui, je comprends mais à quel moment, avant les coups de feu ou après?
  • Avant les événements.
  • Et après?
  • Je l’ai aperçu je crois qu’il a passé avec une caisse de bière si je me souviens bien, avec quelque chose dans les mains.
  • Combien de temps avant les coups de feu?
  • Bien, au juste, je ne le sais pas. Peut-être une demi-heure avant.

Ainsi se termina le témoignage de Jos Di Maulo.  Le lendemain, La Presse souligna : « hier après-midi, au terme d’une longue enquête du coroner, ponctuée de quatre ajournements, le coroner Laurin Lapointe a rendu un verdict de « doute » à l’endroit de Di Maulo, Ciamarro et Tozzi, dans le meurtre de Jean-Louis Rioux qui, selon les témoignages déjà entendus à l’enquête, aurait été tué quelque 20 ou 25 minutes après les deux autres victimes, soit André Vaillancourt et Jacques Verrier.  Me Lapointe a déclaré au moment de rendre son verdict que les témoignages entendus laissaient planer un doute qu’il n’appartenait pas au coroner de mettre de côté.  Il a ajouté que les trois témoins étaient responsables à un degré qu’il n’est pas de son ressort d’apprécier, en ce qui touche le meurtre de Rioux.  […].  Le teint bazané, à la suite de petites vacances en Floride, Di Maulo a confirmé dans son témoignage, les dépositions antérieures de Julio Ciamarro et de Joseph Tozzi, concernant le meurtre de Rioux.  Di Maulo a révélé avoir quitté précipitamment l’établissement après avoir entendu trois coups de feu.  Il a dit avoir vu le corps de Verrier, près de lui, sur le plancher et avoir vu du sang.  […]  Le témoignage de Di Maulo vient en contradiction avec ceux enregistrés précédemment par le gardien de nuit de l’établissement, qui a affirmé que Di Maulo, Ciamarro et Tozzi ont quitté les lieux par la porte arrière, longtemps après le double meurtre de Verrier et Vaillancourt ».

Me Sidney Leithman 02
Me Sidney Leithman sera assassiné en 1991.  Son meurtre n’a jamais été résolu jusqu’à maintenant.

         Le 13 septembre 1971, le procès de Di Maulo, Tozzi et Ciamarro s’ouvrit pour le meurtre de Rioux.  Me Fernand Côté, qui avait interrogé Di Maulo lors de l’enquête du coroner, représenta la Couronne.  Encore une fois, il dut faire face aux ténors du barreau de l’époque : Raymond Daoust, Léo-René Maranda et Sidney Leithman.  La défense s’attaqua à la compétence des policiers de l’Identité judiciaire en matière de prise d’empreintes digitales.  Or, Me Daoust avait utilisé cette même technique quelques mois auparavant seulement, lors du procès de Jacques Mesrine à Montmagny.  Puisqu’il avait obtenu l’acquittement du truand français, sans doute espérait-il que sa stratégie puisse miner encore une fois la crédibilité des enquêteurs.

         Mais la défense perdit son pari et Me Fernand Côté obtint un verdict de culpabilité.  Toutefois, si la défense avait perdu une bataille, elle était loin de s’avouer vaincu avant la fin de la guerre.

         Lors du procès de Morin, le témoin vedette Paulette Gingras changea soudainement d’idée et accusa Rioux d’avoir tué Vaillancourt.  Plutôt commode que d’accuser les morts.

Plus tard, elle avouera avoir été achetée par l’accusé, mais le mal était fait.  Di Maulo, Tozzi et Ciamarro auront droit à un second procès, au terme duquel ils seront acquittés.  Ainsi donc, d’un point de vue officiel, le triple meurtre de Vaillancourt, Verrier et Rioux restera à jamais une affaire non résolue.

         Le mystère n’allait cependant pas s’arrêter là.

         Le 13 mai 1991, Me Sidney Leithman fut assassiné alors qu’il se trouvait au volant de sa voiture décapotable à l’intersection des rues Rockland et Jean-Talon à Mont-Royal.  Il fut atteint de quatre projectiles de calibre .45 au cou et à la tête.  Leithman était connu pour avoir défendu plusieurs membres du crime organisé, dont Frank Cotroni et un membre des Hells Angels.  Officiellement, son meurtre n’a toujours pas été résolu.  Dans son dernier livre, Pierre De Champlain consacre plusieurs pages aux détails concernant cet assassinat[2].

         C’est en Floride, le 28 janvier 2012, que s’éteignit Me Léo-René Maranda.  Il était âgé de 79 ans.  On le connaît aujourd’hui pour avoir défendu des fripouilles de notre passé judiciaire tels que Lucien Rivard, Vincent Cotroni et Monica La Mitraille.

Par un soir de novembre 2012, vers 21h15, l’épouse de Jos Di Maulo, qui est aussi la sœur du célèbre Raynald Desjardins, rentra à sa résidence de Blainville, rue Brainvillier.  En descendant de son véhicule, elle eut le malheur d’apercevoir le corps de son mari étendu par terre, dans la cour, face à son Cadillac Escalade.  L’assassin, qui n’a toujours pas été identifié, aurait utilisé une arme munie d’un silencieux.  Di Maulo avait 70 ans.  Selon la presse, il aurait payé de sa vie son manque de loyauté envers la famille Rizzuto.


Médiagraphie

Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ).  Montréal, enquête du coroner sur les décès de André Vaillancourt, Jacques Verrier et Jean-Claude Rioux, 12 mars 1971.

De Champlain, Pierre.  Histoire du crime organisé à Montréal de 1900 à 1980.  Éditions de l’Homme, 2014, 502 p.

De Champlain, Pierre.  Histoire du crime organisé à Montréal 2, de 1980 à 2000.  Édition de l’Homme, Montréal, 2017, 400 p.

Proulx, Daniel.  Les grands procès du Québec.  Stanké, Montréal, 1996, 261 p.


[1] Selon Daniel Proulx, op. cit., il s’agissait de Gordon « Tiny » Bull, qu’il qualifiait de « concierge », p. 244.

[2] Pierre De Champlain, Histoire du crime organisé à Montréal 2, de 1980 à 2000, 2017, p. 304-311.

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