Amazon, le gros méchant loup!


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(image: Pixabay)

Dans son plus récent éditorial, la directrice de la revue Les Libraires, Dominique Lemieux, souligne le goût amer que laisse l’image d’excès propagée par la compagnie en ligne Amazon.

On le sait, l’entreprise qu’elle surnomme le « champion des excès » continue de prendre de l’expansion.  Après avoir fait sa renommée en ligne, le voilà qu’il investit dans des magasins physiques, bien réels.  Faits intéressants, elle souligne que chez Amazon « les statistiques conditionnent les titres mis de l’avant.  Les livres les plus aimés par les utilisateurs de la plateforme se dressent à l’accueil des boutiques.  Il s’agit d’une stratégie de grande surface – que le meilleur prémâché, que le succès assuré.  Ceci dit, il y a d’excellents livres dans ces magasins.  Mais ne cherchez pas les livres plus marginaux, oubliez la découverte.  Le succès des nouveaux venus est quasi impossible, la prise de risque des éditeurs n’est pas la bienvenue, les classiques sont souvent relégués aux oubliettes ».

Elle rappelle ensuite que le but d’Amazon est le profit mercantile, comme si nous ne le savions pas.  Et lorsque son éditorial critique les habitudes d’achat de Philippe Lamarre, d’Urbania, elle tente de culpabiliser les consommateurs.

Mais pourquoi devrions-nous nous sentir coupable d’acheter chez un géant comme Amazon?  Je comprends aisément que la revue Les Libraires encourage les libraires indépendants et la relève littéraire – j’essaie moi-même de faire ma part en essayant d’acheter le plus possible auprès de l’Exèdre (Trois-Rivières) – mais je ne pense pas qu’une telle critique puisse changer quoi que ce soit.

Je possède mon compte chez Amazon depuis une quinzaine d’années.  Il est vrai de dire qu’au début il était possible d’y dénicher de nombreux livres pour des prix très avantageux.  Par exemple, il m’est régulièrement arrivé d’en commander dont le prix était inférieur aux coûts de transport.  Ces prix ont augmenté, c’est vrai, mais il est toujours possible de trouver des titres que l’on ne retrouve pas ailleurs, ou très peu.  Il suffit de chercher un peu.

Et jusqu’à quel point Amazon contribue-t-il à la propagation de la lecture ou à l’accessibilité?  S’est-on sérieusement questionné à ce propos?

En reprochant une vitrine dont l’accent est tourné vers les nouveautés, c’est là s’arrêter à une majorité de consommateurs qui, de toute façon, achète des livres uniquement parce qu’ils sont populaires, qu’un proche leur a recommandé, et ainsi de suite.  Très peu d’entre eux feront des recherches approfondies pour tenter réellement de découvrir des titres ou des sujets qui leur sont nouveaux ou qui risquent de bouleverser leur confort.

Personnellement, je n’ai jamais commandé de livre nouveau chez Amazon.  Voilà un discours qui rate sa cible, du moins dans mon cas.

Pointer du doigt les lecteurs qui se tournent vers un aussi gros vendeur, est-ce à dire qu’il faudrait aussi critiquer les gens qui ont peu de moyens et qui magasinent chez Wal-Mart pour les bas prix?  Faudrait-il les forcer à se ruiner pour éviter de dépenser dans une entreprise qui encourage les fabriques peu consciencieuses?

En tant qu’auteur, je dois également souligner qu’Amazon me permet de vendre mes propres ouvrages en ligne, comme plusieurs autres d’ailleurs.  Car si la loi québécoise sur le livre oblige les libraires à garder en boutique les nouveautés pour une période de seulement 4 mois, il faut bien que les auteurs se débrouillent autrement pour donner un second souffle à leurs œuvres qui, souvent, méritent d’attirer l’attention du lectorat.  Nous n’avons pas tous les moyens de certains auteurs qui investissent des sommes impressionnantes rien que pour connaître le succès avec une œuvre peu enrichissante.

De plus, n’oublions pas qu’Amazon n’est qu’un vendeur.  Ce n’est pas lui qui a le pouvoir d’éditer des manuscrits et ainsi de décider ce que vous pourrez lire ou non.  C’est surtout sur ce point qu’il faudrait davantage se questionner.

Tout cela me rappelle les campagnes électorales haineuses qui se concentrent à attaquer l’adversaire plutôt que de parler de son propre programme.  Laissons Amazon faire son travail, et faisons le nôtre!

 

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