L’importance des archives dans l’interprétation des procès


            Avez-vous déjà critiqué un livre sans l’avoir lu ou un film sans l’avoir vu?  Ce serait littéralement illogique, n’est-ce pas?  Alors, pourquoi le fait-on pour les procès criminels?

Pour ceux et celles qui ont lu mes livres, consacrés à des procès célèbres, tout comme ceux de Me Clément Fortin d’ailleurs, vous êtes déjà sensibilisés à l’importance de consulter le dossier judiciaire quand vient le temps de reconstituer ou d’interpréter une cause, que celle-ci appartienne à l’histoire ou à l’actualité récente.

Lorsque survient un procès criminel, peu d’entre nous ont l’occasion ou le temps nécessaire d’assister à un procès.  Nous devons alors nous en remettre aux comptes rendus journalistiques.  Mais ceux-ci, sans vouloir dénigrer la qualité du travail des journalistes, ne peuvent retransmettre tous les détails des témoignages et encore moins nous donner la chance de bien s’imprégner de la cause.  Me Clément Fortin l’a démontré récemment avec son livre sur l’affaire Guy Turcotte, et je l’ai aussi fait dans L’affaire Blanche Garneau.  C’est un exercice long et minutieux, mais la plupart du temps ça change tout.

Après le traitement journalistique, qui n’arrive visiblement pas à contrer les ragots, l’actualité se désintéresse de ces causes et laisse ainsi la population seule avec ses croyances et interprétations.  Celles-ci, comme dans le cas de Blanche Garneau, prennent parfois des proportions gigantesques, au point de fausser gravement l’histoire et le souvenir que nous gardons de certaines affaires.

Ces ragots s’incrustent; s’enracinent.  Il est difficile ensuite de les combattre et surtout de les défaire.  Comment dire à une vieille dame que le verdict rendu contre Marie-Anne Houde en 1920 était juste et que cela défait la croyance qu’elle entretenait depuis tant d’années?  Comment dire à un conspirationniste convaincu que le verdict de culpabilité rendu à l’endroit de Wilbert Coffin était, lui aussi, justifié?

Récemment, on a appris que Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) faisait face à des coupures.  Ce que beaucoup de personnes ignorent, c’est que la mission de BAnQ est la diffusion, et cela à des coûts plus qu’abordables.  En fait, la plupart des services sont gratuits.  Donc, aucune excuse pour le chercheur, mis à part la loi du moindre effort.

Non seulement BAnQ offre un accès incroyable à tous les usagers, incluant les plus démunis en leur offrant une chance de s’instruire librement et gratuitement, mais établissement public est aussi le détenteur et le protecteur de nos archives, incluant bien sûr les procès criminels.  Sans cette diffusion, la publication de mes livres, incluant même l’existence d’Historiquement Logique, serait impossible.

Replongeons-nous un instant à l’époque d’un procès quelconque.  Au moment où les choses se déroulent, les documents se créent.  Les détectives accumulent les preuves, qu’elles soient matérielles, circonstancielles ou intangibles.  On interroge les témoins, on « monte » le dossier.  Lorsque des accusations sont officiellement déposées, l’affaire devient soudainement publique et c’est le système judiciaire qui s’enclenche.  Le procès criminel immortalise ce que les témoins révèlent – et ce dans les moindres mots – incluant les lapsus, les erreurs, les trous de mémoires et les détails importants.  On a souvent critiqué à tort le système contradictoire des procès, à savoir qu’on donne le droit de parole à la Couronne et à la Défense.  Mais il s’agit d’un système démocratique important et essentiel.  Jusqu’à preuve du contraire, c’est le meilleur que nous ayons.

Dans la vie de tous les jours, prenons pour exemple une personne qui vous dit du mal d’une autre.  Il est possible que, lorsque vous entendrez l’opinion d’une tierce personne, votre idée se transforme.  Pourquoi cela?  Parce qu’il est important, avant de rendre une décision éclairée, d’entendre et surtout d’étudier la preuve des deux côtés.  Ce n’est pas que de favoriser les criminels que de les considérer innocent jusqu’à preuve du contraire.  C’est aussi donner une chance au coureur et d’éviter aussi les injustices.

Ce qu’on appelle la preuve, c’est ce qui est légalement accepté par un juge lors d’un procès.  Cela inclus, bien sûr, des preuves matériels mais aussi de natures différentes, comme les témoignages entendus lors de ce même procès.  Ainsi, les transcriptions sténographiques, qu’elles soient en format papier comme à une certaine époque ou en format audio comme c’est le cas aujourd’hui, sont considérés comme de la preuve.  Par exemple, si la cause devait se rendre en Cour d’appel, ce sont ces mêmes documents, c’est-à-dire la totalité des documents de procédure du procès, qui sera réétudiée par les juges de la Cour d’appel.  C’est donc dire à quel point les dossiers judiciaires, en particulier les témoignages, sont essentiels à la compréhension d’une affaire criminelle.

Une fois la cause terminée, ce dossier dort dans les voûtes des palais de justice un certain nombre d’années avant d’être déposés dans les voûtes de BAnQ.  Ainsi, vous comprendrez maintenant l’importance de consulter ces dossiers archivés pour reconstituer une histoire de notre passé judiciaire.  C’est là « la preuve » irréfutable contenant les détails permettant de vous rapprocher le plus possible de la vérité.  Aussi divertissantes soient-elles, évitons de nous en remettre aux œuvres culturelles pour juger convenablement d’une affaire criminelle.  Même après des années, cela reste du devoir de la justice et donc d’une étude objective et minutieuse.

Vous comprendrez maintenant la surprise que j’ai eu de constater qu’aucun auteur n’avait tenu compte du dossier judiciaire de Marie-Anne Houde en près de 100 ans.  Me Clément Fortin a permis aussi de rétablir des faits dans tous les procès qu’il a étudiés et présentés dans ses livres.  Cela lui a même permis de déterminer que le procès de Jacques Mesrine était une « fraude judiciaire ».  Quant à moi, j’ai récidivé avec L’affaire Blanche Garneau pour en arriver, encore une fois, à la même conclusion.

Nous en revenons donc à l’importance que BAnQ a en tant que gardien de notre mémoire.

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One thought on “L’importance des archives dans l’interprétation des procès

  1. oui vous avez raison avant de commenter etc etc il vaut toujours mieux de consulter les ouvrages d époque c est a dire les vraie notes ou transcriptions sténographique,, moi je me suis longtemps amuser a parler de l affaire Coffin et tout les gens d une certaine âge disaient qu il était innocent MAIS en leur demandant s il avait lu quelque chose du proces , la réponse est NON alors ?????

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