L’actualité fausse l’Histoire


            Parmi les valeurs que défend Historiquement Logique, on retrouve évidemment la revalorisation des archives. Récemment, l’actualité nous a prouvé à quel point le combat est loin d’être terminé en matière de respect de la valeur légale des archives judiciaires.

Dans le texte La dernière femme exécutée au Canada était peut-être innocente, publié le 2 février 2018 sur un site mal identifié qui semble prendre ses origines en France, on a droit à un résumé de l’affaire de Sault-au-Cochon. Le texte est bien présenté et le résumé plutôt intéressant pour les néophytes. Toutefois, l’auteur milite en faveur de l’innocence de Marguerite Ruest Pitre, ajoutant que les preuves « restent peu concluantes ».

La question est de savoir si, pour en arriver à ce commentaire, il a lu l’ensemble du dossier judiciaire.  Permettons-nous d’en douter. Le 22 octobre dernier, j’avais justement abordé la question sur HL dans l’article La dernière femme pendue au Canada était-elle innocente? J’ai même souligné l’importance d’être prudent devant ces communicateurs qui critiquent un procès sans avoir pris le temps de lire tout le dossier judiciaire. Comme je le répète souvent, cela revient à dire qu’on pourrait critiquer un livre sans l’avoir lu. C’est un manque de respect total devant un jury qui s’est investi sérieusement à étudier la preuve présentée devant lui.

Il y a aussi le texte de Lise Savary publié dans Le Journal de Montréal le 21 janvier dernier. Si elle affirme avoir confiance en notre système judiciaire, elle se permet pourtant de critiquer un procès qu’elle n’a certainement pas lu, à savoir le premier procès de Guy Turcotte, qu’elle qualifie de raté. A-t-elle lu les 7,000 pages du dossier? Ou encore le livre que Me Fortin a publié en 2017 sous le titre Guy Turcotte : ruse ou folie après avoir soigneusement étudié tous les témoignages? Ce dernier en venait à une toute autre conclusion que cette chroniqueuse.

Au passage, Savary critique aussi les procès avec jury, qui, souligne-t-elle, remontent à l’époque du Moyen Âge. Et parce qu’une pratique est ancienne elle devrait nécessairement être désuète?

Je ne pense pas. En plus d’être protégé par la constitution canadienne, le procès avec jury est une institution démocratique et honnête de permettre à qui que ce soit d’être jugé par ses pairs. Comme le souligne Me Fortin, le jury permet un détachement plus objectif vis-à-vis le juge. Il y a d’autres arguments en ce sens qui me donnent l’idée d’en faire un article sur le sujet. Nous verrons cela bientôt.

Ma modeste contribution, celle d’avoir lu plusieurs procès conservés aux archives nationales, me permet d’aller aussi dans ce sens. Par exemple, dans le procès de Marie-Anne Houde, survenu en 1920, des auteurs ont reproché au jury de l’avoir condamné à l’avance. Pourtant, à la lecture du dossier, on retrouve tous les éléments nécessaires à sa condamnation. Le jury de l’époque a donc rendu un verdict en toute connaissance de cause.

D’autres me disent : mais vous devez bien croiser des erreurs judiciaires dans vos recherches? La réponse est oui, mais peut-être pas dans le sens où on l’entend ni même selon l’idée que s’en font plusieurs personnes. Il peut y avoir des erreurs judiciaires dans le sens où le déroulement d’un procès n’a pas été parfait mais dont le verdict n’a pas nécessairement condamné un innocent. Le meilleur exemple qui m’a été donné de croiser jusqu’à maintenant est le procès intenté à Raoul Binette et William F. Palmer en 1921 pour le meurtre de Blanche Garneau. Plusieurs croient encore au complot politique dans cette affaire. Justement, l’issue du procès prouve le contraire. Car si on avait voulu des coupables à tout prix et que la justice était de connivence avec le premier ministre Taschereau, il aurait été plus facile de faire condamner Binette et Palmer afin de protéger les vrais coupables. Or, Binette et Palmer ont été acquittés.

L’erreur judiciaire dans cette affaire s’est plutôt produite au niveau des procureurs, qui n’ont pas su poser des questions pourtant essentielles. D’ailleurs, c’est avec un dossier assez pauvre qu’on a intenté une poursuite au criminel contre Binette et Palmer. Si la Couronne cherchait justement des coupables à tout prix – que ce soit pour répondre à la pression sociale ou autre – le jury a permis d’éviter une erreur judiciaire en acquittant ces deux hommes.

 

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One thought on “L’actualité fausse l’Histoire

  1. le proces juge jury on ne peut le commenter car personne ne sait le pourquoi d un acquittement ou un verdit de culpabilité. les jurés ne sont pas connues et ne peuvent commenter leur verdict apres proces que nous soyons pour ou contre le proces juge jury ….. il faut toujours penser que c est un droit même si on dit moyenâgeux c est la plus belle exemple d enlever certains pouvoirs au judiciares pour le donner au peuple c est a dire être jugé par ses pairs


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