L’affaire Boudreau: chronologie des faits (partie 2)


Dans cette affaire de meurtre à New Richmond en juillet 1953, on sait maintenant que l’histoire au départ de l’enquête est différente de celle retenue au terme du procès.  Voici donc maintenant les faits selon la défense ainsi que les témoins qui avaient accompagné Tracy Boudreau ce jour-là, soit sa tante Pearl (Cecil) MacKenzie, Janie McWhirter, Elizabeth Pitre, John Willett et John Thorburn.

Dans la journée du 23 juillet, Tracy aurait dit à deux de ses acolytes que l’agent Eustache Sirois lui aurait ordonné de quitter la région (« leave the place ») d’ici 48 heures, délai qui terminait selon lui vers minuit.  La raison pour laquelle il aurait été chassé est qu’il aurait « forgé » un chèque dans un hôtel de New Richmond, chez Reynold Fallu.  Dans son témoignage, John Thorburn avait affirmé que Boudreau lui avait dit ne pas pouvoir quitter avant 23h00 (« couldn’t leave before eleven« ).  On a donc deux versions qui disent en gros qu’il aurait eu ordre de quitter mais aussi dans un délai mystérieusement précis.  L’agent Sirois avait par la suite juré devant la cour n’avoir jamais dit cela et avoir vu Boudreau pour la dernière fois en mars 1953 relativement à un vol de bières qui avait eu lieu en décembre 1952.  Il n’en demeure pas moins curieux qu’une personne désire attendre la nuit pour partir de Matapédia vers Montréal sur le pouce.

Donc Boudreau et ses comparses s’étaient déplacés ce soir-là à plus d’un établissement, soit aux hôtels Hector Cyr et Jos Garant.  À ce dernier endroit, il y aurait eu une bagarre en raison d’un homme qui aurait incommodé le groupe.  Déjà en après-midi, Tracy avait demandé à sa tante Pearl (Cecil) de le conduire vers Matapédia en fin de soirée dans le but de quitter vers Montréal.  Vers 22h30, au bar, il a demandé à sa tante de l’emmener à New Richmond Station pour aller récupérer soi-disant de l’argent dû par Roméo Fournier chez Jacques Pardiac.

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Voiture de Cecil McKenzie, exhibit au procès, BanQ Gaspé

Elle aurait donc conduit Tracy, John Thorburn et Elizabeth Pitre dans sa Mercury Monarch 1949 vers cet endroit.  Tracy lui aurait demandé de se garer près de Pardiac et d’attendre.  N’ayant trouvé personne pour récupérer son argent, il aurait traversé les champs d’avoine et traversé les clôtures pour se rendre jusqu’à la Coopérative où il aurait commis le crime qu’on lui connait, soit de battre  à mort Edgar Audet et de voler l’argent et les chèques de la caisse.  Il aurait refait le même chemin à l’inverse pour embarquer vitement dans la voiture en demandant à sa tante de quitter rapidement parce qu’il venait de battre un homme dans la Coopérative.  Ils seraient ensuite allés chercher John Willett et Janie McWhirter chez Hector Cyr et auraient filé vers Cross-Point (Pointe-à-la-Croix).  Ensuite?  Silence radio.  Dans les témoignages, rien n’est très clair, tout est chuchotages à demi-mots sur ce qu’il venait de se passer.  Boudreau aurait simplement dit qu’Audet méritait cette raclée pour avoir témoigné contre lui et qu’il était pour faire un bon bout à l’hôpital. Rendus à Cross-Point, Boudreau aurait continué le voyage avec John Willett.  Ils auraient fait du pouce jusqu’à Trois-Pistoles et ensuite jusqu’à Sherbrooke où ils auraient dormi à l’hôtel, le soir du 24 juillet.  Dans son témoignage, Willett a dit qu’à ce moment-là, Tracy aurait vu dans les journaux que deux hommes avaient tué Edgar Audet et qu’il en aurait été soulagé.  Il aurait alors dit: « Now, I did not do it!« .  Le lendemain, ils auraient pris un autobus pour Montréal où Tracy aurait appelé le frère d’un oncle, Wilfrid Murray, un marchand de fourrures (commerce que j’ai trouvé au 1396, avenue Mont-Royal et aussi domicilié sur Bélanger, BanQ Directory, 1953) , afin d’obtenir le numéro de téléphone de sa soeur Lila et son beau-frère Roland Leblanc.  Il aurait dormi chez le couple.  Sa soeur lui aurait alors suggéré de se rendre à la police.  Il aurait plutôt fait du pouce jusqu’à North Bay dans l’espoir de se trouver du travail dans les mines…  En revenant, son frère Darcy lui aurait prêté des vêtements et remis 10.00$ pour revenir vers New Richmond.  Il aurait fait du pouce jusqu’à Matapédia et ensuite, il aurait marché jusqu’à New Richmond pour arriver vers 3h30 a.m chez Wilfrid Dubé, qui l’aurait chassé à coups de carabine en lui criant « Pousse-toi d’ici! ».  Il est donc arrivé le 2 août et a été arrêté vers 4h30 a.m.

Maintenant, j’aimerais attirer votre attention sur un article de journal paru alors qu’on

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La Presse, 28 juillet 1953, BanQ

cherchait encore deux malfaiteurs, le 28 juillet 1953.  Notre chronologie est chamboulée.  On dit ici que la tante aurait avoué avoir conduit deux hommes vers Québec et qu’elle est la tante de ces derniers.  Des erreurs dans les journaux, il y en avait beaucoup.  Toutefois, comment ne pas penser à cette rumeur de l’époque qui disait que son frère Darcy de 22 ans aurait été impliqué dans l’histoire et aurait bénéficié d’une très grande faveur pour lui éviter une grosse sentence, voire la peine de mort?  En même café paixtemps, Tracy courait pourtant le même risque, malgré son plus jeune âge.  C’est donc en cherchant à la « mitaine », jour par jour, dans tous30738618_10157323119213662_2745376166851379200_n les journaux traitant les faits divers à travers le Québec que j’ai découvert quelque chose qui m’a échappé alors que j’étudie pourtant ce cas depuis des semaines.  Pas très avantageux dans cette histoire d’être née à Montréal en 1981.  Mais pour aller au bout des choses, on y arrivera.  Or, le soir du 25 juillet, alors que Tracy a dit dans sa déclaration statutaire qu’il dormait chez sa sœur, l’affaire de New Richmond semblait se résoudre sur la une des journaux!  Un homme était appréhendé… à Montréal.  Cet homme aurait été retracé par son véhicule.  On cherchait donc quelqu’un avec une certaine précision.  Deux agents l’auraient attendu devant un Café au 330 Ste-Catherine Est et l’auraient arrêté à sa sortie (Café de la Paix, selon BanQ, Directory de 1953).  Selon les journaux, il aurait été détenu même à Québec et ce jusqu’au 2 août, avec une discrétion totale des autorités quant à l’identité de l’individu concerné.  Cet homme de 22 ans aurait déclaré lors de son arrestation: « Je sais pourquoi vous m’arrêtez!  J’arrive de Gaspé mais j’ai rien à voir là-dedans! »

presse et patrie
À gauche: La Presse 1er aôut 1953 et à droite, La Patrie, 2 août 1953, BanQ

Arrêter et détenir un individu plus d’une semaine de temps, cela semblait pourtant sérieux.  Si on émettait l’hypothèse qu’il pourrait bien s’agir du grand frère Darcy? Comment aurait-il pu prêter des vêtements et donner 10$ à son frère alors qu’il aurait été détenu à Québec du 25 juillet au 2 août, soit jusqu’au retour de Tracy en Gaspésie?  Toujours devant cette supposition, est-ce que vouloir protéger un délinquant peut faire magouiller les autorités de Montréal, en passant par Québec jusqu’à la Baie des Chaleurs?  Et pourquoi lui et non son frère?  Je cherche le gain dans cette possible machination.  J’y reviendrai peut-être.

Pour l’instant, je veux plutôt revenir sur le procès, les preuves présentées ainsi que la feuille de route de Tracy après les événements de New Richmond.  Si vous êtes encore intrigués, prenez note qu’il y aura une autre suite.

 

 

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3 commentaires sur “L’affaire Boudreau: chronologie des faits (partie 2)

    1. Dans tous les documents et témoignages de Cecil, il est écrit « Dame Cecil MacKenzie » et on s’adresse à elle au féminin. Peut-être qu’elle portait le nom et le prénom de son mari puisque c’était courant à cette époque. Merci.

      Aimé par 1 personne

    2. Après vérification, vous avez raison, Cecil était un homme, le mari de Pearl McWhirter, donc probablement le beau-frère de la mère de Tracy. C’était donc Dame Cecil mais son nom de jeune-fille était Pearl. Ce n’est pas tellement important mais c’est bien de remettre les choses telles qu’elles étaient.

      Aimé par 1 personne

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