Octobre 70: La perquisition (24)

7 novembre 1970

Raymond Bellemare était capitaine pour la Sûreté du Québec.  Le 17 octobre 1970, il avait eu l’occasion de se rendre à Saint-Hubert participer à la découverte du corps de Pierre Laporte.

  • Je me suis rendu à Saint-Hubert le 17 octobre 1970 aux environs de 23h45, plus précisément près d’un hangar identifié Wondsi [??] Aviation qui se trouve à environ un quart de mille au sud du chemin de la Savanne, tout près de l’aéroport de Saint-Hubert.
  • Et une fois rendu à cet endroit, capitaine, qu’est-ce que vous avez trouvé?, questionna Me Jean-Guy Boilard.
  • À cet endroit-là j’ai trouvé une Chevrolet 1968 immatriculée pour Québec 1970 9J-2420, cette voiture était de couleur bleue avec toit en vinyle noir. Les plaques d’immatriculation avant portaient le même numéro que la plaque d’immatriculation arrière.
  • En d’autres termes, les deux plaques minéralogiques étaient identiques?
  • Oui, absolument.
  • Alors, une fois que vous avez localisé cette automobile que vous venez de nous décrire, qu’est-ce que vous avez fait?
  • Une fois cette automobile localisée, j’ai fait appel à l’armée après inspection assez sommaire des lieux.
  • Pour quelle raison avez-vous fait appel à l’armée à ce moment-là?
  • Voici, nous étions informés que dans cette voiture il pourrait peut-être y avoir de la dynamite, qu’elle aurait pu être piégée.
  • Et suite à votre appel à l’armée est-ce que l’armée a répondu? Est-ce qu’ils se sont présentés sur les lieux où vous vous trouviez?
  • Oui, aux environs, disons, à peu près de trois quarts d’heure, une heure après.
  • Et qu’est-ce qui est arrivé à ce moment-là, capitaine?
  • À ce moment-là, nous avons forcé la porte du coffre à bagages de cette voiture en question.
  • Et à un certain moment, est-ce que cette porte de coffre à bagages s’est ouverte?
  • Oui, absolument.
  • Et une fois ouverte, qu’est-ce que vous avez fait, capitaine?
  • Une fois ouverte, j’ai examiné l’intérieur pour y apercevoir le cadavre d’une personne.
  • Maintenant, à cette époque-là, capitaine, tenant compte des connaissances que vous aviez comme officier de police, est-ce que vous avez pu reconnaître l’identité de ce cadavre?
  • Oui, j’ai reconnu l’honorable ministre du Travail monsieur Pierre Laporte.
  • Qui était dans le coffre à bagages de l’automobile que vous venez de nous décrire?
  • Oui, Votre Seigneurie.
  • Qu’est-ce que portait monsieur Laporte à ce moment-là et j’exclus immédiatement le pantalon et tout ce qui peut être au bas de la ceinture?
  • Monsieur Laporte portait un gilet ample assez loose, un gilet de lainage.
  • De quelle couleur?
  • D’une couleur … comment je pourrais m’exprimer, dans les couleurs je ne suis pas tellement bon.
  • C’était blanc, rouge ou …
  • Non, absolument pas. C’était une couleur foncée.

Le procureur lui montra le gilet déposé en preuve sous la cote 3 et le capitaine Bellemare le reconnut facilement. C’était bien le chandail que portait Laporte au moment d’être découvert dans le coffre de la Chevrolet.

On lui montra ensuite la couverture déposée sous la cote 18, ce qui fera dire au capitaine que « cette couverture ou … était en dessous du corps de monsieur Laporte dans le coffre arrière de la voiture Chevrolet 1968 9J-2420 ».

Le témoin fut aussitôt remercié et libéré de ses obligations en ce qui concernait l’enquête du coroner.

Jean-Claude Simard, agent pour la Sûreté du Québec, vint aussitôt le remplacer dans le box des témoins.  Le 19 octobre, ce dernier s’était rendu au 5630 de la rue Armstrong à Saint-Hubert pour y retourner quelques jours plus tard.

  • À cet endroit et à l’intérieur de cette maison, y avez-vous trouvé certains objets?
  • Plusieurs objets.
  • Plus particulièrement, monsieur Simard, j’aimerais vous montrer une paire de bottes qui ont été numérotées sous la cote 21 pour fins d’identification. Voulez-vous les examiner et dire à monsieur le coroner si vous les avez vues avant cet après-midi?
  • Oui, monsieur le coroner.
  • À quel endroit et à quelle date?
  • Le 22 octobre.
  • À quel endroit avez-vous vu ces bottes?
  • Au 5630 rue Armstrong à Saint-Hubert, les bottes étaient précisément dans la chambre arrière … si l’on part de l’avant de l’adresse ce serait la chambre arrière du côté gauche.
  • Je vous exhibe également une autre pièce de tissu déjà numérotée pour fins d’identification numéro 20, est-ce que vous avez vu cette pièce de tissu avant cet après-midi?
  • Oui.
  • À quel endroit?
  • À 5630 rue Armstrong.
  • À quelle date?
  • Le 21 octobre 1970.
  • À quel endroit dans la maison?
  • Cette tenture déchirée bleu et blanc avec motif est retrouvées dans le garage.
  • Je vous exhibe également une autre pièce de tissu qui cette fois-ci a été identifiée sous le numéro 19, voulez-vous l’examiner et dire à monsieur le coroner si vous l’avez vu avant cet après-midi?
  • Oui.
  • À quel endroit?
  • Au 5630 Armstrong.
  • À quelle date?
  • Le 21 octobre 1970.
  • À quel endroit dans la maison?
  • Cet exhibit a été retrouvé dans le garage.

Après ce témoignage, les procureurs demandèrent un ajournement afin de se reposer et probablement aussi d’étudier leurs dossiers. On imagine assez facilement que de nouvelles informations leur parvenaient de jour en jour.

Photos de l’intérieur de la maison de la rue Amstrong, tirées du livre de Pierre Vallières.

Le 12 novembre 1970, lorsque l’enquête du coroner Trahan reprit, Me Jacques Ducros demanda à ce que l’enquête soit reportée au 20 novembre. Encore une fois, Trahan donna son accord.

On aura cependant compris qu’avec le témoignage du policier Jean-Claude Simard on venait d’aborder certains objets trouvés lors de la perquisition de la maison de la rue Armstrong, là où Pierre Laporte avait été détenu durant une semaine. Revenons un instant sur cette perquisition.

Dans son livre publié en 1977, le felquiste Pierre Vallières a reproché aux autorités d’avoir provoqué un désordre dans la maison de la rue Armstrong lors de la perquisition. Vraiment?

La police était sur les dents depuis quelques semaines. L’armée avait été appelée en renfort. Le FLQ, en plus de poser des bombes et de piller des banques depuis 1963, avait enlevé un diplomate et un ministre. Et l’on voudrait que les policiers restent tendres au moment de perquisitionner la maison des suspects?

Ce commentaire est très présomptueux, d’autant plus que les milieux juridique et policier sont soumis au droit de réserve. Les dossiers de police et les procès intentés au FLQ sont scellés jusqu’en 2070, ce qui nous empêche de récolter la version policière et de la confronter correctement à celle de Vallières.

D’ailleurs, comme en font foi les deux photos utilisés pour le présent article et qui sont justement tirés du livre de Vallières, je me demande jusqu’à quel point les policiers sont responsables de ce désordre. S’il y avait eu saccage, les chaises et les tables n’auraient-elles pas été renversées elles aussi? A-t-on déjà oublié que l’enquête du coroner nous permet justement de comprendre que ces jeunes terroristes habitaient en commune? Qu’ils avaient loué cette maison pour leur forfait et non pour l’habiter confortablement?

De plus, comme le meurtre de Laporte a eu lieu dans cette maison, le fait qu’on devait la considérer comme une scène de crime aurait obligé les enquêteurs à procéder avec prudence.

Bref, avant d’apporter des commentaires insipides comme l’a fait Vallières, il faut tout mettre en perspectives.

 

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