Octobre 70: Colette Therrien (28)

Colette Therrien

20 novembre 1970

Colette Therrien demanda la protection de la cour, après quoi elle fut interrogée par Me Jean-Guy Boilard. Dans un premier temps, elle confirma qu’au moment des événements d’octobre elle habitait au 3720 Queen Mary.  Elle y résidait avec Francine Bélisle et son frère, Richard Therrien.  Comme nous l’avons vu plus tôt, Colette étudiait à l’Université du Québec en administration.  Je vous épargnerai ici quelques détails répétitifs et que nous avons déjà vu au cours des chapitres précédents.  Nous pourrons ainsi nous attarder aux moments plus importants de son témoignage.

Colette affirma sous serment avoir vu Francis Simard à son appartement dans la soirée du 10 octobre, ce qui nous porte quelques heures à peine après l’enlèvement de Pierre Laporte.

  • Qu’est-ce qu’il venait faire à votre appartement?, demanda Me Boilard.
  • Il venait me voir, il venait nous voir probablement parce qu’ils étaient partis depuis deux ou trois semaines aux États-Unis, puis ils nous avaient envoyé des cartes postales pendant tout le temps qu’ils avaient été partis.

Il fut ensuite précisé que Colette recevait ses cartes postales de Jacques Rose, alors que Francine en avait reçues de Francis Simard.

  • Est-ce qu’on peut dire que c’étaient vos amis?, demanda le coroner.
  • Moi, je peux dire que c’était mon ami, mais je ne peux pas parler pour Francine.
  • Et est-ce que Simard est resté longtemps le 10?, reprit me Boilard.
  • Il est demeuré à coucher dans l’appartement ce soir-là, puis le lendemain matin, moi, quand je me suis levée, c’était assez tôt, il n’était plus dans le salon.
  • Quelle conversation qui a eu lieu ce soir-là entre vous et Francis Simard?
  • Bien, premièrement, je veux dire, la télévision était ouverte. Donc, ce qui se passait à ce moment-là c’était à propos de l’enlèvement de monsieur Laporte. Je veux dire, premièrement je me suis informée du voyage aux États-Unis. J’ai demandé des nouvelles de Jacques, si j’étais pour le revoir bientôt. Puis ensuite de ça on a discuté de l’événement qui se produisait puis Francis Simard en a discuté avec nous d’une façon tout à fait normale sans accentuer quoi que ce soit, je veux dire, qui pouvait nous laisser croire qu’il pouvait avoir rapport avec cet événement.
  • Seriez-vous allée au café Campus avec Simard, Francine Bélisle et François Bélisle?
  • Je me rappelle d’y être allée mais là pour vous dire la date exacte, je ne pourrais pas.

Bien qu’elle ne se rappelait pas de la date exacte, elle se mit d’accord avec Me Boilard pour dire que cette visite au café Campus s’est effectuée entre le 10 et le 17 octobre, donc au cours de la période où Laporte était détenu sur la rue Armstrong.

Ensuite, Colette avait revu Simard au cours de la soirée du 17 octobre, c’est-à-dire pendant que les autorités retrouvaient le corps de Pierre Laporte à Saint-Hubert.

  • Est-ce qu’il était seul à ce moment-là?
  • Non.
  • Avec qui était-il?
  • Avec Jacques Rose et Paul Rose, étaient aussi dans l’appartement.

Me Boilard se permit d’ouvrir une parenthèse qui offrit à Colette la possibilité d’expliquer que Paul Rose était venu chez elle le vendredi 16 octobre alors qu’elle était encore au lit.

  • Ça a sonné, dit-elle. C’est mon frère qui a répondu puis je n’ai pas reconnu la voix. Tout de suite, donc, je me suis levée et j’ai vu que Paul était à l’appartement.  On a jasé jusqu’à une heure environ puis je suis allée me coucher parce que je devais travailler le lendemain matin.  Je me souviens de l’avoir vu ce soir-là.
  • Et est-ce que Paul Rose est resté chez vous pour passer la nuit ou qu’est-ce qui est arrivé?
  • Le matin quand je me suis levée il était couché dans le salon.
  • Et a-t-il passé la journée suivante?
  • Je ne pourrais pas certifier s’il a passé la journée mais le samedi soir quand je suis arrivée à l’appartement il était là.
  • Il était encore là?
  • Oui.
  • Ça c’est quelle date dites-vous, là, à peu près?
  • Le 16 octobre, le vendredi soir.
  • Alors, dois-je comprendre que Paul Rose aurait été chez vous à compter du 16 octobre?
  • Oui, bien, il a peut-être, il est peut-être venu avant mais moi je ne l’ai pas vu.
  • Vous, à votre connaissance, il aurait été chez vous à compter du 16 octobre et le 17 il aurait été rejoint par Francis Simard et Jacques Rose. Est-ce exact?
  • Oui.

Doit-on comprendre que Colette Therrien poussait l’audace jusqu’à laisser entendre que Paul Rose n’avait pu assassiner Pierre Laporte parce qu’il était resté à son appartement toute la journée du 17 octobre 1970?

  • Et à compter du 17, est-ce que l’on peut dire que Jacques Rose, Paul Rose et Francis Simard ont vécu continuellement à votre appartement?
  • Oui, sauf un samedi soir, le samedi soir où je suis arrivée, où j’avais vu Jacques pour la première fois quand il est revenu des États-Unis, Paul Rose était là, Francis Simard aussi puis je me souviens que Paul Rose est sorti. Quand je me suis couchée il n’était pas revenu mais le lendemain il était là quand même.

Par la suite, les trois hommes auraient vécu chez elle jusqu’au jour des premières arrestations du 6 novembre 1970.

Me Boilard reprit sa stratégie quant aux actualités diffusées dans les médias pour tenter de comprendre la vision de Colette.  Comme les autres avant elle, Colette minimisa ces effets, ajoutant que les frères Rose s’étaient comportés de façon normale devant ces actualités pourtant effrayantes.  Y avait-il un peu de mauvaise foi dans cette atténuation?

Elle admit cependant qu’entre le 17 octobre et le 6 novembre elle avait vu Paul Rose préparer des communiqués ou des lettres.  De ces documents, elle en avait livré deux.

  • À quel endroit?
  • J’en ai livré un au coin de la rue Sherbrooke et McTavish. Ensuite, j’en ai livré un à l’Université de Montréal le soir de la conférence pour les libertés civiles.

Pour ces deux livraisons, elle avoua s’être retrouvée en compagnie de François Bélisle.

  • À quel endroit avez-vous fait des photocopies?
  • À l’Université de Montréal, à la Bibliothèque du Droit puis à la Bibliothèque des sciences sociales.

Il fut question qu’au soir du 29 octobre elle devait livrer quatre communiqués à la demande de Paul Rose, entre autres au Le Devoir, un autre pour le Montréal-Matin et le dernier pour le Journal de Montréal. Toutefois, Colette était revenue à l’appartement avec les quatre documents. Le lendemain, cependant, elle les avait envoyés par la poste.

Le 27 octobre, elle avait aussi livré un autre communiqué qui contenait un passeport et des empreintes digitales pouvant servir d’authenticité.  Elle prétendit n’avoir lu aucun des communiqués.

  • Est-ce qu’à un moment donné vous avez commencé à soupçonner, disons, à défaut d’un meilleur terme, que les trois ou l’un quelconque des trois c’est-à-dire Paul Rose, Jacques Rose et Francis Simard pouvaient être impliqués dans l’affaire Laporte?
  • Je veux dire, les premiers soupçons qui me sont venus, premièrement c’est quand Paul, c’est en apprenant que parmi les deux recherchés il y avait un nommé Paul Rose, un ancien professeur. Avant ça, je n’ai jamais eu aucun doute qui ait pu …

Contrairement aux témoins précédents, Colette eut au moins l’honnêteté d’admettre qu’après l’annonce de la mort de Laporte les fugitifs lui étaient apparus nerveux.

  • Alors, qu’est-ce qui est arrivé à ce moment-là?
  • Là, Jacques, premièrement m’a demandé s’il pouvait rester chez moi. Il m’a dit que ça ne serait pas long, une ou deux semaines, le temps de trouver des vêtements et qu’il devait avoir de l’argent pour s’en aller. Je lui ai alors répondu que moi personnellement, vu que je connaissais quand même assez Jacques, que je pouvais prendre le risque de l’héberger mais que je n’étais pas la seule à vivre au 3720 Queen Mary puis que de plus je n’étais nullement intéressée à mêler mon frère à ça puis que son état de santé, peut-être que mon frère ne pourrait pas supporter une tension aussi grande. Alors j’en ai parlé, je veux dire, je ne veux pas dire que j’ai convaincu personne en fin de compte malgré que moi j’avais un motif peut-être qui était un peu plus fort qu’eux. Eux n’avaient aucune raison de vouloir les héberger chez nous.

Elle admit aussi avoir acheté à la quincaillerie Pascal de la rue Côte-des-Neiges les outils ayant servis à la fabrication de la cachette.

L’enquête devait se poursuivre avec Thérèse Venne, un témoin qui allait apporter un autre éclairage sur les déplacements de Paul Rose entre le 10 et le 17 octobre. Pendant ce temps, la police poursuivait ses recherches. Les trois fugitifs couraient toujours.

 

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Un avis sur “Octobre 70: Colette Therrien (28)

  1. l histoire de Colette Therrien a amener une autre histoire celle de ma démission et répudiation de son frêre qui avait été nommer Juge a la Cour du Québec pourtant il avait été pardonner de complicité apres le fait savoir avoir garder sa sœur et vu que le pardon neffasse pas la presse écrite mais juste le dossier de la personne des gens ont ressortie cette histoire la et aujourd hui je me repose encore la question c est quioi le PARDON CANADIEN si on est censer ne plus avoir de dossier et le juge Therrien a été obliger de démissionner pour avoir cacher des fais qui sont supposer ne plus exister ?????


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