Octobre 70: fin de course pour les fugitifs (34)

Le juge Jacques Trahan dans la cachette ayant abrité les fugitifs Francis Simard, ainsi que les frères Jacques et Paule Rose.

28 décembre 1970

C’est au matin du 28 décembre 1970 que les frères Jacques et Paul Rose, ainsi que Francis Simard, furent arrêtés à Saint-Luc, au 114 du rang Grands Prés. Cette cachette était sous surveillance policière depuis déjà plusieurs jours. Le 6 novembre, les trois fugitifs les plus recherchés au pays avaient échappés aux fouilles grâce à la cachette qu’ils avaient construite dans un placard. Cela n’avait qu’allonger l’attente de leur comparution. Maintenant, ils allaient devoir répondre de leurs actes.

Le propriétaire de la maison de Saint-Luc, Michel Viger, un vendeur d’assurances de Longueuil âgé de 30 ans, a « été forcé de dire où était le repaire après que les agents descendus dans la cave près de la fournaise eurent entendu un toussotement à travers le mur »[1]. Viger aurait déjà été détenu par les policiers en rapport avec la crise sociale.

Le lendemain, 29 décembre, la cour du coroner Jacques Trahan se réunit pour recevoir les journalistes. Trahan remercia les journalistes d’avoir suivi ses dernières recommandations. Il se dit également prêt à reprendre les travaux maintenant. Sur ordre de Me Jacques Ducros, on fit alors entrer Hélène Quesnel et Louise Verreault, toutes deux détenues en lien avec cette enquête.  Me Robert Sacchitelle représentait les intérêts de Louise Verreault. Hélène Quesnel, apparemment accompagnée de sa mère, expliqua avoir demandé les services de Me Mergler mais sans avoir eu de ses nouvelles. Me Ducros se chargea lui-même de le mettre au courant.

  • En attendant que les autres personnes qui doivent comparaître cet après-midi comparaissent, expliqua le coroner, je tiens à inviter les journalistes à se rendre à St-Luc demain après-midi à 14h30 alors que moi-même je me rendrai à cette endroit pour visiter les lieux. La seule chose que je vous demande c’est d’être fidèles au règlement que nous allons établir pour que tout se fasse dans l’ordre. Je suis assuré d’avance de votre coopération et en agissant ainsi nous pourrons travailler dans le bien-être et la paix pour le plus grand bien de la société.

On appela les témoins Robert Dupuis, Claude Larivière et Michel Viger.  Ils étaient tous détenus, eux aussi, en vertu d’un mandat du coroner.  Le juge Trahan les informa qu’ils allaient devoir se présenter aux audiences du 4 janvier 1971.

  • Monsieur le coroner, fit Me Ducros, nous avons trois nouveaux témoins, Paul Rose, Jacques Rose et François Simard. Paul Rose étant dans le box des accusés. … Est-ce que vous avez un avocat, monsieur Rose?
  • Non, j’ai un conseiller, répliqua Paul Rose.

S’ensuivit alors un échange intéressant. Après que le coroner ait demandé à ce que tout le monde ne parle pas en même temps, il s’ensuivit ceci :

  • Un instant s’il vous plaît, fit le coroner. Alors, vous êtes détenu suivant un mandat que j’ai signé…
  • Ah! Oui, par Choquette, répliqua Paul Rose.
  • Non, c’est moi-même qui l’ai signé.
  • Ha! …
  • Alors, lundi matin, vous vous présenterez devant moi pour la continuation de l’enquête dans l’affaire Laporte, de monsieur Laporte et vous pourrez être appelé comme témoin à ce moment-là. Alors, pour aujourd’hui, c’est la fin.
  • Le show est fini, répliqua Paul Rose. C’est ce que vous voulez dire?
  • Si vous voulez être poli, monsieur, on va être poli avec vous.
  • Ah! Oui.
Michel Viger

Lorsqu’on s’adressa ensuite à Francis Simard pour lui demander s’il avait un avocat, celui-ci répliqua qu’il n’en voulait pas. Quant à Jacques Rose, il répondra « non, ce n’est pas nécessaire, je n’en ai pas fait la demande ».

Me Bernard Mergler s’opposa ensuite à la détention de Clément Roy, affirmant qu’il n’avait toujours pas vu de ses yeux le mandat en vertu duquel on le détenait depuis maintenant huit jours. On le référa alors aux archives parce que ce mandat existait bel et bien.

  • Tout ce que je peux dire sur monsieur Roy, lança Me Ducros, c’est que c’est une des personnes qui a permis à trois témoins importants contre lesquels vous avez émis des mandats le 5 novembre d’échapper à la justice pendant une période de plus de huit jours, pour employer un terme …
  • C’est une affirmation un peu gratuite, rétorqua Me Mergler, vu qu’il n’y a pas d’accusation contre lui.
  • J’en ferai la preuve lundi ou mardi.
  • Alors, intervint le coroner, si vous voulez, nous allons remettre à lundi. Lundi, vous pourrez renouveler votre demande et à ce moment-là nous connaîtrons peut-être plus de faits qui pourront nous aider à rendre une décision…
  • Juste et équitable, compléta Me Mergler.
  • Comme toujours, répliqua le coroner. La séance est levée.

[1] Michel Auger, « Un toussotement a forcé Michel Viger à indiquer le repaire du trio Rose-Simard », La Presse, 29 décembre 1970.

Publicités

Postez votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.