À la mémoire de Louise Fleury

Il y a certains crimes pourtant résolus qui font parfois l’objet d’une certaine attention.  Pourquoi?  Pour plusieurs raisons.  Il arrive que ce soit pour des motifs de cheminement personnel ou pour une quête de réponses.  Après tout, ces crimes nous ont modifié collectivement et individuellement, en plus d’avoir façonné notre système judiciaire.  Plus précisément, c’est aussi en étudiant les cas résolus que l’on apprend beaucoup.  Les gens demandent souvent à quoi bon revenir sur ces tristes événements.  Les cas résolus nous permettent de lire les déclarations statutaires des accusés, de lire leur procès et donc leur témoignage, de consulter leur rapport psychiatrique, de voir parfois comment ont-ils pu demander un appel à leur sentence et avec quels motifs.  Avec notre ère numérique, on peut maintenant aller chercher un maximum d’information en quelques clics et ensuite compiler ces données pour trouver des corrélations entre différentes victimes.  Résoudre un cas non-résolu est quelque chose de rare si on pense à sa finalité.  Mais si résoudre une affaire serait d’apporter des confirmations aux familles, de trouver une information qui permet à une soeur de poursuivre son parcours ou encore à une mère de voir la chronologie des faits du meurtre de sa fille exempt d’erreur plutôt que sur une humiliante couverture de journal sur laquelle figure son corps meurtri et nu, on serait donc en mesure d’en résoudre plusieurs.  Cela dépend dans quel angle on voit les choses.

Dans le cas de Louise Fleury, c’est moi-même qui ait approché la famille.  Le meurtrier, Raymond Baird, était un conjoint violent récidiviste.  Comme il a eu plusieurs offenses du même type à son plumitif pénal, je trouvais important d’étudier son parcours.  Louise, 31 ans, a été tuée durant son sommeil le 17 février 1990.  Baird lui a tiré dessus, pratiquement à bout portant, dans le front et dans le dos.  Le fils de Louise, Claude, âgé d’à peine 12 ans, a entendu les coups de feu et s’est sauvé que partiellement vêtu pour aller trouver son grand-père qui résidait sur la même rue.  En attendant les secours, le père de Louise s’est rendu à son logement et n’a pu que constater avec effroi la gravité de ses blessures.  Elle est décédée des suites d’un traumatisme crânio-cérébral et d’une lacération au poumon gauche.  Les prélèvements toxicologiques révèlent que Louise avait ni alcool, ni drogue dans son sang.  Quant à Baird, il avait fait une tentative de suicide en se tirant dans l’abdomen mais il a survécu, sa vie étant déclarée hors de danger le soir même.

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Je me rappelle bien de cet événement car il s’était produit en face de chez nous et Claude était dans la même classe que ma grande soeur.  Je ne le connaissais pas beaucoup.  Mais j’ai toujours eu souvenir de cet habile garçon qui sautait par-dessus des clôtures Frost à une seule main et qui avait ce parfait métissage qui nous rappelle que le partage des chromosomes dans le mélange ethnique a le don d’aller chercher le plus beau de chacun des parents…

Forcément, la vie de Claude venait de prendre un autre chemin.

Dans la feuille de route de Baird, on peut constater qu’il a eu des infractions au Code criminel de 1978 jusqu’à sa dernière, en 2006.  Au niveau des archives des journaux, on peut voir dans La Presse de mai 1973 que lui et deux acolytes avaient été épinglés dans une affaire de vol de 10 000$.  Baird avait alors 18 ans.  En 1981, sa conjointe de l’époque avait porté plainte contre lui.  S’ensuit alors quelques infractions criminelles au code de la route jusqu’au meurtre de Louise en 1990.   Il a plaidé coupable et serait resté en détention jusqu’en 2002.  En 2006, à St-Hubert, il a étranglé sa conjointe mais celle-ci s’en est heureusement sortie de peu.  Au procès découlant de cette odieuse tentative de meurtre, la famille de Louise s’était présentée au Palais de Justice de Longueuil.  En 2012, à l’âge de 57 ans, il est décédé alors qu’il était en détention au pénitencier de Cowansville.  L’enquête du coroner nous indique que ce matin là, il s’est effondré sous l’oeil témoin de quelques détenus et que l’autopsie a conclu à un arrêt cardiorespiratoire en raison d’une insuffisance cardiaque.

Pour ce qui est de l’enquête du coroner de Louise et de l’information médiatique concernant son meurtre, il y a quelques pendules à mettre à l’heure.  D’abord, peu d’articles relataient les bonnes informations.  On se trompe sur l’âge de Louise, sur les circonstances qui ont emmené Baird à tuer et on parle parfois de lui comme étant le père biologique de Claude alors que ce n’était pas le cas.  Même la notice nécrologique que nous offre l’établissement de Cowansville ne contient pas la bonne année quant aux événements.  Le plus troublant est certainement l’enquête du coroner de Louise.  On expose les faits lors de l’arrivée des secours et lorsqu’il est question de Claude, on l’appelle Monsieur Claude alors qu’il allait fêter ses 12 ans deux mois plus tard.  On dit alors qu’il a été appelé par Baird chez son grand-père et qu’il lui a dit avoir tué sa mère.  Il n’est aucunement mentionné que Claude a vécu le drame à l’intérieur du logement et que Baird l’a plutôt appelé de vive voix pour lui demander de venir l’aider.  C’était un enfant qui a tout vu et tout entendu.  Dans ce cas-ci, c’est une enquête qui s’est résolue rapidement mais autrement, ce document aurait pu rester longtemps d’une grande importance puisque les informations étant habituellement exactes peuvent être lues ultérieurement par des professionnels prenant le relais.  Ces erreurs, probablement involontaires, minimisent toutefois l’impact sur l’enfant puisqu’il y a un monde entre voir, entendre ainsi que courir pour sa vie et recevoir un appel tel que mentionné.

L’histoire de Louise Fleury a causé beaucoup de dommages autours d’elle.  J’avais 8 ans et je prenais conscience de cette noirceur extrême.  Ironiquement, je me rappelle que quelques jours plus tard, il faisait un temps magnifique dehors.  Le printemps s’amenait.  J’ai pensé à Claude.  Je me disais que ça devait être insoutenable pour lui de voir les gens continuer leur train de vie, sourire parce qu’il fait beau, parler de « belle journée pour étendre » à la Maisonnée au coin de Notre-Dame.  Je ne pense pas me tromper en pensant que lui, il était encore figé à la première étape de son long deuil.  Je me disais que la vie pouvait être arrogante pas rien qu’un peu avec ses beaux atours.

Louise, repose en paix.

Spécialement, même si on ne s’est pas connu, tu es une bonne partie de la raison pourquoi j’aide d’autres familles à investiguer.

Et Claude, repose en paix toi aussi.

 

 

Sources: Enquêtes du coroner à Coroner Québec, plumitif au Palais de Justice et articles de journaux sur les ressources numériques de BAnQ.
Merci beaucoup à la famille Fleury pour sa collaboration.

 

 

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