Censure ou intérêt public?

(image: Pixabay)

Depuis quelques années, il m’arrive, bien que ce ne soit pas une majorité, de voir des commentaires à l’effet qu’on ose aborder des histoires criminelles dont le propos peut être délicat en raison de leur nature. Par exemple, on m’a parfois reproché de simplement évoquer des dossiers particulièrement violents, comme celui d’Aurore Gagnon, en soulignant qu’on devrait la laisser tranquille par « respect ».

Justement, n’est-ce pas pour une autre définition du « respect » que nous avons le devoir d’en parler?

Depuis que j’ai fondé Historiquement Logique! en 2010, je crois sincèrement que les sujets que j’ai abordés ont été traités de manière respectueuse et professionnelle. Voilà qui m’amène à penser que ces commentateurs se prononcent bien souvent sans connaître mes écrits et encore moins le dossier. Combien de fois, d’ailleurs, des personnes m’ont contacté pour me soumettre des projets ou des idées qui ne cadraient pas avec mes valeurs. Il faudrait peut-être avoir le respect, justement, de bien se renseigner au préalable.

De plus, n’oublions pas que ces affaires judiciaires sont publiques – du moins pour la plupart – parce qu’elles sont d’intérêt public. Si nous cessons d’en parler, cela reviendrait à censurer notre passé et ainsi empêcher la population de tirer des leçons constructives. Si les enquêtes de coroner sont publiques, c’est justement pour tirer des enseignements et émettre des recommandations qui ont pour but de rendre notre société plus responsable. Si nous sommes obligés de nous attacher en voiture c’est peut-être parce qu’à une certaine époque on a constaté les dégâts que cela pouvait entraîner de ne pas le faire.

Si la société s’améliore constamment, c’est justement parce qu’il est possible de remonter le temps, de consulter la documentation archivée sur un sujet donné et ainsi s’en servir pour progresser.

Imaginez un instant si notre passé juridique avait été complètement censuré. Qu’en serait-il aujourd’hui sans jurisprudence?

Sur le plan historique, le domaine judiciaire n’est certes pas le sujet favori des historiens classiques mais il fait tout de même parti de notre passé. Les archives judiciaires reflètent une partie du comportement humain. Pas le plus beau, j’en conviens. Mais censurer cette partie du passé reviendrait à fermer les yeux sur le côté sombre de l’être humain. Or, je crois que la négation n’a jamais été constructive. En tant qu’humains nous ne sommes pas parfaits et si nous entretenons le souhait de nous corriger la solution ne se situe assurément pas dans le fait de fermer les yeux sur nos erreurs.

J’en conviens aussi : le fait de parler de certains crimes n’empêche peut-être pas tout, comme on l’a vu récemment à Granby avec la petite martyre de 7 ans. Notre mémoire collective doit s’améliorer car elle a encore beaucoup de choses à réajuster.

 

 

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