Les homicides au 19e siècle dans le district judiciaire de Trois-Rivières

            En abordant l’histoire de Trois-Rivières au temps de la Nouvelle-France, Serge Bouchard mentionne que « l’île de Montréal attirait beaucoup de monde aussi, mais la violence y sévissait depuis des temps immémoriaux, au point où l’île avait la réputation très ancienne de lieu dangereux. »[1] Cette perception, que plusieurs personnes cultivent encore, ne date donc pas d’hier.

Assez tôt, donc, des crimes violents frappèrent aussi dans cette région qui porterait plus tard le nom de Mauricie, comme en fait foi le commentaire de Serge Bouchard qui relate le meurtre et le viol de Jeanne, fille aînée de Pierre Couc, un des premiers habitants de Trois-Rivières qui avait épousé une Algonquine. Le crime est survenu dans la seigneurie de Saint-François. « Les coupables étaient connus, le seigneur Crevier étant lui-même impliqué. Le crime, cependant, restera impuni. […] Les propriétaires et les aristocrates formaient une clique contre le commun qui s’ensauvageait. Aux yeux des gens distingués, la vie d’un Métis ne devait pas valoir plus que celle d’un Indien. »[2]

La première mention d’un emprisonnement à Trois-Rivières remonte à 1646. L’accusé aurait été placé dans une simple fosse. Plus tard, on confina les détenus dans une maison privée, puis dans une petite prison commune.

En 1669, François Blanche dit Langevin, un soldat de la garnison des Trois-Rivières, était condamné pour avoir tué en duel son collègue militaire de la même garnison nommé Daniel Le Maire dit Desroches. Détenu au fort de la ville, Blanche fut interrogée le 30 mai, confronté aux témoins le 13 juin et de nouveau interrogé le 14 juin. Il fut reconnu coupable et condamné à être pendu. La sentence prévoyait qu’après sa mort lui soit tranché le poing droit et qu’on l’attache à un poteau sur le Cap aux Diamants (à Québec) en plus que ses biens soient confisqués par le roi, le tiers étant envoyés « à l’hospital [sic] de cette ville. »

Un autre incident survint en 1672, au cours duquel Jacques Bertault et sa femme Gilette Baune furent accusés du meurtre de leur gendre. Leur fille, Isabelle, n’avait que 12 ans lorsqu’elle avait « épousé contre son gré LaTouche, qui en avait trente. LaTouche n’arrivait pas à faire fructifier les terres qu’il avait louées aux Trois-Rivières et son beau-père, Bertault, devait souvent combler les ressources qui manquaient au ménage en envoyant des vivres chez sa fille ou en allant la chercher pour manger chez lui. »[3]

Pendant que les rumeurs faisaient de LaTouche un buveur et un batteur de femmes, « au procès qui eut lieu à Québec, les interrogatoires démontrèrent que Bertault et sa femme avaient tué leur gendre à coups de bêche tandis que leur fille, Isabelle, assistait passivement au meurtre. Elle aida, toutefois, à traîner le corps à la rivière. »[4] Raymond Boyer laisse entendre qu’après avoir été jugés par le Conseil Souverain, les parents de la jeune veuve furent exécutés à Québec. Isabelle fut épargnée, mais on l’obligea à regarder l’horrible exécution de ses parents.

Une vingtaine d’années plus tard, en 1692, « un censitaire de la seigneurie de Champlain, Jean Joubert, ayant tué à coups de couteau un nommé Desmarets, valet du sieur de Lousignan, subit son procès aux Trois-Rivières et fut condamné à être pendu. »[5] On ignore cependant ce que le condamné est devenu, car, comme l’écrivait Boyer, « le Conseil Souverain cassa la condamnation et ordonna que l’accusé soit reconduit à Champlain, lieu du meurtre, subir de nouveau son procès devant le juge du lieu, Antoine Desrosiers, à la poursuite du procureur fiscal du seigneur, le sieur Etienne Pezard de la Touche. C’était la première condamnation à mort imposée par une justice seigneuriale autre que celle des Sulpiciens. »[6]

Il semble qu’en 1752 Trois-Rivières était déjà munie d’une prison, puisqu’un ingénieur du nom de Franquet, durant sa tournée d’inspection, écrivit que la prison de Trois-Rivières avait besoin de « réparations en toutes espèces d’ouvrages. Cependant les plus urgentes sont le rétablissement à neuf de la couverture et celle des voûtes qui sont lézardées; si mieux l’on aime pour plus de solidité les démonter et les refaire entièrement. »[7]

Toujours selon Boyer, Franquet serait repassé peu de temps après pour constater que ses recommandations avaient été respectées.

Puis, « deux jours avant la bataille des Plaines d’Abraham un procès pour tentative de meurtre fut instruit aux Trois-Rivières. »[8] Une jeune esclave panise nommée Marie aurait attaqué à coups de couteau les dames Chatelain et de Niverville et « pendant qu’on soignait les blessés, Marie monta au grenier et se pendit à une perche. L’officier Nicolas-Joseph Fleurimont de Noyelle, accompagné de quatre soldats, la trouva et coupa la corde.  Le chirurgien Charles Alavoine pratiqua une bonne saignée et Marie reprit connaissance. »[9]

Au procès, après avoir fourni comme seul mobile la haine qu’elle entretenait pour sa maîtresse et sa fille en raison du fait que celles-ci la battaient et la grondaient, Marie fut condamnée à « être battue et fustigée nue de verges par l’exécuteur de la haute justice, dans les carrefours et lieux accoutumés de cette ville; elle sera flétrie d’un fer chaud, marquée d’une fleur de lys sur l’épaule droite. »[10] Selon Boyer, elle aurait également été condamnée à quitter à tout jamais la juridiction de Trois-Rivières. Toutefois, on en appela du jugement à Montréal, car Québec était alors envahie par les Anglais, et Marie fut finalement condamnée à « la potence et que son corps, exposé pendant deux heures, soit ensuite jeté à la voirie. »[11] On ignore cependant si l’exécution s’est déroulée à Trois-Rivières.

En 1790, le gouverneur du Canada, Lord Dorchester, établissait une cour de justice à Trois-Rivières, mais il n’y avait toujours pas de palais de justice ni de prison digne de ce nom, ce qui nous porte à croire que celle décrite par Franquet, quatre décennies plus tôt, n’existait plus. Les sessions se tenaient alors dans la sacristie et une partie du couvent des Récollets, qui servait également de prison. En 1806, les habitants de Trois-Rivières réclamèrent une nouvelle construction, mais il fallut attendre le vote d’une loi en 1811 afin de pourvoir à l’érection de la nouvelle prison.

Entre temps, en 1807, on avait eu le loisir d’assister à une autre exécution, cette fois celle d’un soldat nommé Campbell ayant déserté, avec un compagnon, le 49ème régiment pour se réfugier dans une grange à Nicolet. « Un détachement de 30 ou 40 miliciens des Trois-Rivières reçut ordre de les capturer. »[12] À l’approche des soldats, Campbell tira un coup de feu, tuant Joseph-Baptiste Crevier-Deschenaux. Ce fut la débandade, nous dit Boyer, et les deux fuyards reprirent une fois de plus la clé des champs. « Quelques heures après, une escorte du régiment cantonné aux Trois-Rivières, les Fencibles, s’empara des déserteurs et le procès de Campbell ayant été fait, il mourut la corde au cou suivant les termes de la loi. »[13] Boyer ajoutait que le shérif eut du mal à trouver un bourreau.

Après quelques problèmes reliés au choix du site, les travaux pour ériger la prison de Trois-Rivières débutèrent en 1817, pour se terminer l’année suivante.[14]  Quant au palais de justice, il se dressa sur la rue Laviolette dès 1821. La ville était maintenant fin prête à entamer sa propre histoire judiciaire.

Celle qu’on surnomme aujourd’hui la Vieille prison de Trois-Rivières fut l’œuvre de François Baillargé, considéré comme un maître dans l’évolution architecturale au Québec. À l’origine, alors que la ville de Trois-Rivières comptait une population de 1 916 personnes en 1820[15], elle fut conçue pour accueillir un maximum de 40 prisonniers. À l’époque, on la situait dans un champ, à l’extérieur de la ville, mais avec le temps les constructions immobilières la rejoignirent, au point de l’encercler entièrement, ce qui fait qu’aujourd’hui, bien que fermée depuis 1986, elle est au cœur même de la ville. Au total, on y fera officiellement 7 pendaisons, dont la première se tint en 1825. La dernière aura lieu en 1934, année du 300e anniversaire de la ville.

La légende du mur du pendu

Un autochtone du nom de Noël François fut arrêté en mars 1825 pour le meurtre d’Antoine Dubuc[16], survenu dans le secteur de la rivière Bécancour. Dans sa déposition enregistrée devant le juge Thomas Coffin[17], François, de St-Pierre-les-Becquets, affirma s’être rendu deux semaines plus tôt chez un certain Chartier pour y rejoindre un Indien Abénakis du nom d’Alexander. Ensemble, ils auraient chassé durant plusieurs jours. Bien que cette déclaration ne soit pas suffisamment détaillée pour nous permettre d’apprécier véritablement les faits, l’accusé parla d’un compas qu’il aurait acheté de deux jeunes Canadiens, dont l’un était âgé d’environ 20 ans. Puis, répondant probablement à une question de l’accusation, il affirma ne jamais avoir dit au Dr Quesnel qu’il avait obtenu le compas de M. Reid et d’un autre homme dont le nom reste illisible sur le document. De plus, il mentionna une rumeur selon laquelle il avait croisé un autre autochtone nommé « Jean Bte Regis » qui portait une blessure à l’arrière d’une jambe. Étrangement, une « squaw » aurait aussi déclaré l’avoir vu suivre un Canadien dans le bois, sans toutefois qu’on puisse préciser si cette dernière parlait de François ou de Regis. Quoi qu’il en soit, l’accusé fut confiné à la prison de Trois-Rivières dans l’attente de son procès.

Lors des sessions de la Cour du Banc du Roi du Bas Canada pour le district de Trois-Rivières, en septembre 1825, Noël François se retrouva devant le juge en chef de la province du Bas Canada Jonathan Sewell[18], le juge du district de Québec James Kerr, et finalement le juge provincial du district de Trois-Rivières Pierre Bédard. Il n’est mentionné nulle part que l’accusé bénéficiait des services d’un avocat.

Une vingtaine de témoins furent entendus, dont le Dr Quesnel, ainsi que François et Isidore Dubuc, que l’on présume être des membres de la famille de la victime. Selon le dossier judiciaire, on comprend que François a agis de manière « felonieusement [sic], sauvagement, et de sa malice », tout cela, bien sûr, sous « l’instigation du démon. »[19] On peut également y lire qu’Antoine Dubuc aurait été tué le 18 mars 1825, frappé sur le côté droit de la tête par une hachette qui lui occasionna une blessure d’une longueur de quatre pouces (10 cm) par trois pouces (7,6 cm) de profondeur. Dubuc serait mort sur le coup.

Quoiqu’on ait pu dire ce jour-là devant le tribunal, Noël François fut condamné à la peine capitale pour le meurtre de Dubuc, c’est-à-dire à être pendu le 17 septembre. À l’époque, The Quebec Mercury annonça la condamnation de « Noel François (un Indien) pour meurtre, à être exécuté le samedi du 17ème courant [17 septembre 1825], et son corps donné pour dissection. »[20] Le journal avouait cependant ignorer si l’exécution avait alors été accomplie, mais dans son édition suivante, celle du 27 septembre, on confirma la nouvelle, dans une note qui aurait été écrite deux jours plus tôt et dans laquelle on raconte que « l’exécution de Noel François (un Indien), pour meurtre, eut lieu ici hier [24 septembre], après un sursis de 8 jours lui ayant été accordé : il a continué jusqu’au dernier moment de déclarer son innocence du crime pour lequel il devait payer. »[21]

Noël François aurait admis quelques crimes commis par le passé, sans toutefois mentionner le meurtre de Dubuc. Un nombre indéterminé de curieux vint assister à l’exécution, spectacle qui se déroulait en publique à cette époque. Devant eux, le condamné apparut pénitent, et aurait « exprimé lui-même être prêt à mourir, et désireux de mourir en paix avec tout homme, pardonnant ses ennemis et suppliant qu’on porte des prières à tous ceux qui l’ont écouté. »[22] Après s’être adressé aux « spectateurs », il chanta un long hymne dans une langue autochtone qui ne fut pas précisé avant de serrer quelques mains et de saluer son confesseur, le Révérend Raimbault. Finalement, il fut « instantanément projeté dans l’éternité. »[23]

Il subsiste une légende selon laquelle un autochtone aurait injustement été pendu près d el’église anglicane St-James. Cette histoire semble directement s’inspirer de l’affaire Noël François. Toutefois, ce procès ne pourra jamais être révisé puisqu’il n’y avait pas de transcriptions sténographiques à cette époque, nous privant ainsi de tous les détails de cause. À ce propos, Boyer rappelait que « le public veut toujours savoir si un condamné à mort a avoué son crime sur l’échafaud, car, malgré tous les soins déployés par l’administration de la justice, il craint chaque fois qu’une erreur n’ait été commise. »[24]

En 1826, on assista à une autre étape dans l’évolution du système judiciaire lorsque le Conseil Législatif abolit la peine de mort dans les cas de félonie. Une dizaine d’années plus tard, il ne resterait plus que trois genres de crimes pouvant conduire à l’échafaud : le meurtre, le viol et la rébellion.[25]

« À partir des années 1830, l’économie trifluvienne, stimulée par la demande croissante en bois de la part des Britanniques, doit s’adapter à une clientèle de passage : ouverture d’auberges et d’hôtels, fabrication de babioles, fabrication artisanale reliées à l’effigie des Amérindiens, etc. »[26] La comparaison est alléchante avec ces petites villes champignon du Far West, où le crime débarquait en même temps que le succès économique et l’arrivée massive des immigrants. D’ailleurs, la réflexion n’est pas nouvelle car un juge trifluvien la fera publiquement une trentaine d’années plus tard.

Les affaires se portaient plutôt bien car les Forges du Saint-Maurice embauchaient pas moins de 425 employés en 1842. « À la fin des années 1840, les choses commencent cependant à bouger. Le monopole des Forges du Saint-Maurice est aboli en 1846, ouvrant ainsi le territoire à la colonisation et, surtout, à l’exploitation forestière. […] Dès 1852, un vent d’optimisme balaie la ville. […] Dans les ateliers on fabrique des harnais, des voitures de chantier et des haches. »[27]

Meurtre à l’intérieur de la prison de Trois-Rivières

Le 25 février 1852, après le repas du soir, un dénommé Thérien s’attaquait à deux codétenus à l’intérieur de la prison commune de Trois-Rivières :

Un meurtre horrible a eu lieu mercredi dernier dans la prison des Trois-Rivières. Un nommé Thérien était détenu dans cette prison depuis le mois d’octobre, sous conviction d’avoir attenté à la vie de sa femme. Le vendredi précédent, deux autres individus du nom de Pepin [sic] et Beaudoin, pour n’avoir pas payé une amende de 25s furent aussi envoyés en prison. Ils demandèrent eux-mêmes de loger avec Thérien. Beaudoin avait eu la permission de faire des manches de hache, et pour cela on lui avait prêté une hache et quelques autres outils. Pendant que les autres entraient du bois de chauffage, mercredi soir, Thérien cacha la hache sous son lit, et quand Beaudoin remit les outils hors de la grille il crut que le gardien avait pris cette hache en son absence. Quand tout fut fermé et tranquille, Thérien se saisit de la hache, et l’enfonça au-dessous de l’épaule de Pepin en arrière. Il frappa ensuite Baudoin [sic], mais moins grièvement au bras; celui-ci parvint à se saisir de la hache pour la remettre à un des gardiens qui arrivait à son secours. – Pepin est mort quelques minutes après, et l’on espère que Beaudoin survivra. – Verdict de meurtre contre Thérien.[28]

La nouvelle fut également rapportée dans un hebdomadaire anglophone qui, sans donner de nom, précisa que la sentence purgée par Pépin et Beaudoin n’était que d’une semaine.[29] Un demi-siècle plus tard, on apporta quelques précisions supplémentaires sur l’affaire :

En 1852, le 26 février [sic], les cachots de la prison de Trois-Rivières furent aussi témoins d’une sanglante tragédie. Charles Papin [sic], Adolphe Beaudoin et un nommé Thérien étaient écroués ensemble dans la même cellule. Dans la journée, Thérien qu’on avait employé à couper du bois dans la cour de la prison, dissimula une hache sous ses habits, et dans le silence de la nuit, tombant tout à coup sur ses compagnons endormis, il tua Papin et blessa sérieusement Beaudoin. Les gardes accourus en toute hâte, réussirent à maîtriser le forcené qui fut garrotté. Le malheureux était complètement fou. Il est mort à l’asile de Beauport où les autorités l’avaient fait interner.[30]

Dans le dossier judiciaire préservé à BAnQ-TR, on apprend que le tueur s’appelait Thomas Thérien. Le lendemain de l’incident, soit le 26 février, c’est le Coroner Valère Guillet[31] qui conduisit l’enquête concernant les circonstances de la mort de Charles Pépin.  Parmi les témoins assignés on retrouvait les gardiens de prison, ou les « tourne-clé » comme on pouvait les surnommer à l’époque, Richard Lanigan et Augustin Daviau, ainsi que Richard Ginnis, le gouverneur de la prison, et Adolphe Beaudoin, ce qui laisse présumer que son état de santé lui permettait de témoigner convenablement.[32]

Le dossier permet d’apprendre que, non seulement Therrien était originaire de Sainte-Monique, dans le comté de Nicolet, mais que la hache utilisée lors du meurtre avait une valeur de « three shillings and six pence. »[33]

Thomas Therrien aurait donc frappé Charles Pépin dans la partie basse de l’omoplate gauche. La blessure est décrite comme ayant une longueur de cinq pouces et « deux pouces de profondeur. »[34] Le coroner Guillet a immortalisé une partie des témoignages dans son rapport, comme l’aurait fait un sténographe. Ainsi, on sait que le tourne-clé Richard Lanigan[35] a expliqué ceci :

je connais le prisonnier Thomas Thérien. J’étais ici la nuit dernière. Je crois qu’il n’y a eu aucune querelle entre le prisonnier et Charles Pépin hier. Je les ai enfermé[s] dans leur cellule la nuit dernière à environ 18h54. J’ai entendu le bruit dans la chambre où j’avais enfermé les trois prisonniers vers 19h10. J’ai entendu crier et appeler dans la cellule. Je suis allé près de la porte et [j’ai vu] Beaudoin blessé et Charles Pépin gisant par terre. Charles Pépin a dit quelques mots en français mais je ne les ai pas compris[36]. J’ai vu le prisonnier et il se tenait debout. Il n’avait rien dans les mains.

Le témoin Lanigan fut incapable de dire qui tenait la hache mais qu’elle lui avait été remise par Beaudoin. Ensuite, Lanigan jura qu’il n’y avait personne d’autre dans la cellule, excepté Therrien, Pépin et Beaudoin. Il fit immédiatement appeler M. Ginnis, qui à son tour demanda un médecin. Lanigan reconnut la hache comme étant un outil appartenant à cette prison depuis 14 ans et confirma que Therrien était détenu depuis octobre 1851.  Selon lui, Therrien paraissait calme et aurait même eu l’audace de demander un prêtre.  Pépin se serait finalement éteint vers 19h30, soit une vingtaine de minutes après l’agression.

Le témoin fut contre-interrogé par Therrien lui-même car « l’accusé demande au témoin s’il sait qu’il a été huit jours sans manger. »[37] Quant à sa deuxième et dernière question destinée à Lanigan, Therrien demanda : « est-il venu quelqu’un dimanche et mardi derniers me demander? » Lanigan répondit qu’il n’était venu personne ce dimanche et qu’il n’aurait laissé entrer personne, « mais les autres jours ceux qui ont demandé à le voir ont été admis. »[38]

Décrit comme un journalier de Trois-Rivières, Adolphe Beaudoin déclara être détenu « depuis sept jours. Je restais dans une même cellule avec Thomas Thérien et Charles Pépin, deux autres prisonniers. »  Selon lui, ils furent tous trois enfermé dans leur cellule vers 19h00 « pour y passer la nuit. Quand nous avons été entrés, Charles Pépin et moi, nous sommes couchés après avoir fait notre prière; et [aussitôt j’ai entendu des cris on veut me tuer et c’était la voix de Thérien qui était avec nous]. Notre chandelle était encore allumée et dans le même temps, j’ai entendu frapper un coup sur le lit [de] Charles Pépin, qui s’est mis à crier […], O monsieur, on me tue […]. »[39]

Beaudoin se serait retourné pour apercevoir Thérien, une hache à la main, qui se tournait alors vers lui et « m’a frappé en effet dans le côté droit […] ». En dépit de sa blessure qui lui fut mortelle une vingtaine de minutes plus tard, Pépin aurait trouvé la force d’aider Beaudoin à désarmer Thérien. Après avoir reçu une autre blessure au genou gauche, Beaudoin déclara au coroner Guillet que Lanigan était arrivé le premier mais que c’était à Daviau qu’il avait remis l’arme du crime.

Quant à savoir pourquoi et comment l’arme avait pu se retrouver dans la cellule, Beaudoin expliqua que deux jours plus tôt, probablement le 23 février, Daviau avait demandé qu’on lui fasse un manche de hache et :

Charles Pépin lui a dit prêtes nous en une et on te fera un manche ça nous désennuiera; il [Daviau] nous a prêté la hache et nous lui avons fait le manche.  Nous avons commencé à en ébaucher encore chacun un, c’est-à-dire Charles Pépin et moi et monsieur Ginnis, le geolier [sic], ayant besoin de la hache, nous lui avons remise et après que Mr Ginnis en a eu fini, nous l’avons demandée de nouveau à Daviau que nous la prêtée; c’était hier après-midi; ensuite nous avons entré du bois, après avoir laissé la hache où on s’en servait; après avoir entré le bois, nous n’avons pas revu la hache; c’est moi qui l’ai pas revue et je ne sais comment elle est parvenue dans notre cellule. L’accusé c’est-à-dire Thomas Thérien, était resté seul dans l’endroit où nous avons [laissé] la hache et n’[a pas] entré de bois avec nous : après avoir entré le bois, nous avons soupé et ensuite avons été enfermés dans notre cellule avec le dit Thomas Thérien. J’ai la conviction que le dit Thomas Thérien avait caché la dite hache dans sa paillasse […].[40]

Beaudoin affirma avoir appliqué ses deux mains contre la plaie de Pépin pour tenter de lui sauver la vie, mais le sang avait continué de s’échapper entre ses doigts. Le pauvre homme avait survécu une vingtaine de minutes après l’agression. Puis Thérien intervint encore avec quelques questions :

Ne m’avez-vous pas mis, vous et Charles Pépin, un morceau de viande dans mon plat avec mes patates?

Après avoir été emprisonné, ma femme m’a envoyé de la viande pour faire du bouillie, vu que j’étais malade et avait de [illisible] j’ai mis un morceau de [illisible] dans son plat, en lui disant « mange si tu veux ».

[…] vous êtes entrés dans la prison Pépin et vous, n’avez-vous pas demandé à coucher avec moi dans ma cellule?

C’est Daviau, le tourne clef, qui nous a demandé si on voulait coucher dans la même cellule et nous y avons consenti.

Après la première nuit, la femme de Charles Pépin n’était pas venue le voir?

Oui, elle est venue.

N’a-t-elle pas demandé à son mari « comment ça va » et n’avez-vous pas répondu « ça va bien vite » et n’a-t-elle pas répondu « ne le faites pas [illisible] ».

J’ai répondu « ça va bien, nous ne nous ennuyons [illisible] et notre [illisible] bien vite ».

N’avez-vous pas dit que vous vouliez m’ôter [illisible]

Nous n’avons jamais dit cela.

N’ai-je pas été huit jours sans manger?

J’ai [illisible] qu’il a été trois jours sans manger, c’est vrai je ne l’ai pas vu manger pendant trois jours de suite.

N’ai-je pas demandé à la femme de Pépin de dire au curé de venir me voir?

Oui, l’accusé lui a demandé cela.[41]

Pourquoi Thérien avait-il refusé la nourriture offerte par son codétenu? Parce qu’il craignait peut-être l’empoisonnement?

Le témoignage de Daviau permet de comprendre que Richard Ginnis lui reprochait d’avoir oublié la hache. Puis Thérien se permit encore une question.

  • Ne vous ai-je pas dit d’aller chercher le curé?, questionna Therrien.
  • L’accusé me l’a demandé hier et il m’a dit que Mr Ginnis, le geolier [sic], était obligé d’aller le chercher […].

Pour sa part, Ginnis affirma être arrivé avant que Pépin ne s’éteigne, si bien que le mourant aurait eu le temps de lui dire : « il m’a dit que c’était une affaire étrange et qu’il savait bien qu’il allait mourir du coup qu’il avait reçut [sic] de Thomas Thérien, l’accusé. »[42]

Le 2 mars 1852, Thomas Thérien passa en examen devant Joseph Édouard Turcotte et Denis Genest Leblanc. Quand on lui demanda de quelle paroisse il était originaire, sa réponse fut : « je ne puis pas vous dire dans ce temps-ci. » Et quand on lui demanda pourquoi il ne pouvait rien dire, « à cette question le dit Thomas Thérien reste muet et s’obstine à ne pas répondre nonobstant la demande qui lui est faite plusieurs fois. »[43]

Son procès s’est tenu le 13 septembre 1852. Il semble avoir été déclaré coupable et s’être mérité un aller simple vers l’asile de Beauport, où il mourut à une date qui nous est encore inconnue.

En revanche, on sait que sa victime, Charles Pépin, fut inhumé dans la paroisse trifluvienne de l’Immaculée Conception le 27 février 1852. Il était marié depuis 10 ans à Sophie Léveillé. Deux ans après le drame, celle-ci s’est remariée avec un veuf du nom de Louis Duval, toujours dans la paroisse de l’Immaculée Conception.[44]

Louis « Lizotte » Théberge

Si Thomas Therrien semble avoir échappé à la corde en raison de son état mental, il ne fallut attendre que deux ans pour assister à la deuxième pendaison organisée à la prison de Trois-Rivières.

À l’automne 1854, on parlait que « ce malheureux a été pendu vendredi aux Trois-Rivières, en expiation du meurtre qu’il avait commis sur la personne de la dame Gauthier, à Yamachiche. »[45] Ce supplicié avait pour nom Louis Théberge alias Lizotte.

Le meurtre de Mme Gauthier remontait au 3 novembre 1853. L’un des présumés complices de Théberge, Édouard Berthiaume, fit son entrée à la prison commune de Trois-Rivières le 9 décembre 1853. Selon le registre de la prison, celui-ci était originaire de Pointe-du-Lac, était âgé de 46 ans et son caractère derrière les barreaux fut classé sous la mention « pas bon. » Cet homme sans éducation mesurait 5 pieds et 10 pouces.

Il semble que Théberge se soit retrouvé en cavale puisque ce fut seulement le 20 avril 1854 qu’il fit son entrée en prison. Le registre permet de le décrire comme un homme de 28 ans aux cheveux bruns et aux yeux gris. Il devait certainement être considéré comme ayant un physique imposant parmi les autres détenus, car on le décrit comme un homme de 6 pieds. Or, une recherche sommaire dans le registre permet de voir qu’il fallut attendre des années avant de revoir un gaillard de cette taille derrière les barreaux. Quant à son caractère, on le désigna seulement comme « mauvais ».

Théberge dut subir son procès en septembre 1854 devant le juge Lafontaine. Selon une source, la preuve déposée contre lui était circonstancielle mais solide. Il s’avéra qu’au moment du meurtre il venait à peine de sortir du pénitencier pour un autre crime. En se rendant dans la région de Trois-Rivières pour travailler, il aurait entendu de la soi-disant fortune que Mme Gauthier gardait chez elle. C’est en prétextant vouloir acheter un cheval qu’il s’était rendu chez la femme. Dans sa fuite, il aurait été aperçu près de Champlain par un témoin qui l’a vu prendre un traversier avec deux revolvers et une montre sur lui. Lorsque l’employé du traversier lui expliqua son intention de ne pas faire traverser un homme armé, Théberge aurait dégainé ses deux revolvers pour le menacer. Selon les témoignages de la sœur de Théberge et du mari de celle-ci, l’accusé serait revenu de son séjour de huit jours à Trois-Rivières avec une somme estimée entre 275$ et 300$ en poche. Soupçonné, il s’était ensuite enfui dans les bois en apprenant que la police s’était lancée à ses trousses.[46]

Le 16 septembre, il était reconnu coupable et condamné à être pendu le 3 novembre, tandis que ses deux co-accusés, Édouard Berthiaume et Charles Leclerc, furent remis en liberté.

Pour le reste, Le Canadien, La Minerve et Le Pays se contentaient de reprendre le communiqué rapporté par L’Ère Nouvelle, qui se lit comme suit :

Hier notre ville a été dans un émoi tel que ses habitants n’en ont éprouvé depuis bien des années.  Une foule immense était accourue de toutes les parties du district.  Dès 10 heures du matin toutes les avenues autour de la prison étaient littéralement bloquées.  À midi sonnant le malheureux Théberge parut sur l’échafaud, pâle mais ferme.  Près de lui était le Rév. Père Aubry qui lui fit les exhortations de la mort pendant environ cinq minutes, et le coup fatal étant donné, l’homme fut lancé dans l’éternité!!  La justice humaine est restée avec un cadavre, et la justice divine a eu une âme à juger!!!

Théberge a confessé son crime avant de mourir et a demandé au peuple pardon du scandale qu’il avait causé.  Il est mort dans des sentiments chrétiens.  Que Dieu ait pitié de son âme![47]

Si on parlait de foule immense, The Montreal Witness tenta d’être plus précis en mentionnant 5 000 spectateurs.[48] Or, la population de Trois-Rivières était seulement de 4 004 en 1851 et de 5 769 en 1861.[49]  Si on en croit ces données, c’est dire à quel point les exécutions attiraient les foules. Évidemment, le style journalistique de l’époque peut faire sourire, mais notons tout de même au passage que si la prison avait été construite à l’origine à l’extérieur de la ville, sur un vaste étendu encore vacant, force est d’admettre qu’en 1854 le développement résidentiel et commercial avait déjà rejoint et même encerclé la prison en lisant que « les avenues autour de la prison étaient littéralement bloquées. »

Après un incendie qui détruisit une certaine partie du quartier commercial de Trois-Rivières en 1856[50], on assista à l’élargissement de la peine de mort pour « le meurtre, la trahison, le viol, l’empoisonnement ou blessure avec intention de commettre un meurtre, l’abus d’une fillette de moins de dix ans, la sodomie humaine ou animale, le vol avec violence et l’incendie volontaire. »[51]  Il faudrait attendre plus d’un demi-siècle avant qu’on présente à la Chambre des Communes à Ottawa le premier projet de loi visant à abolir la peine de mort au Canada.

Discours du juge Dominique Mondelet

Le 11 septembre 1860, la Cour Criminelle de Trois-Rivières s’ouvrit sous la présidence du juge Dominique Mondelet[52]. Après l’assermentation des jurés, dont le président en fut Moses E. Hart, le juge crut bon faire passer un message important à ses pairs mais aussi à toute la population puisque selon La Minerve il dira :

si la cour aime à reconnaître que l’ordre est rarement troublé dans votre société paisible et pleine de soumissions pour les lois, il faut convenir qu’avec l’augmentation de notre population, le développement de notre industrie commerciale et manufacturière et aussi l’accroissement de nos voies de communication, les moyens actuels de maintenir la paix publique, sont sur le point de devenir insuffisants dans cette ville surtout, chef lieu du district, par l’arrivée journalière et nocturne de plusieurs bateaux à vapeur et la mise en opération prochaine d’une voie ferrée qui mettra cette ville en communication directe avec toutes les parties de la province et des États-Unis; nous ne pouvons mettra cette ville en communication directe avec toutes les parties de la province et des États-Unis; nous ne pouvons nous flatter que cette localité pas plus que d’autres dans les mêmes conditions, soit exempte de la présence de ces êtres pervers et malfaisants, sur lesquels les yeux de l’autorité doivent toujours être ouverts; mais à quoi servirait cette vigilance sans les moyens de coercition indispensables pour la rendre efficace?  L’établissement d’une police sur une échelle proportionnée à nos ressources est donc une nécessité de notre état de progrès et une garantie que l’ordre en soit toujours inséparable.  C’est à vous qu’il appartient de signaler, à qui de droit, le besoin d’une semblable force, et l’on ne saurait douter que vos représentations sur ce sujet important ne soient accueillies d’une manière favorable.[53]

C’est sans doute en gardant à l’esprit l’une des causes qu’il s’apprêtait à entendre que le juge Mondelet fit cette remarque digne d’une crainte croissante attribuable à toute petite ville paisible rapidement envahi par le cosmopolitisme.

William Ezra Brainard

Le lendemain, 12 septembre, la justice se chargea de l’affaire William Ezra Brainard[54], accusé d’avoir tué sa mère en date du 26 avril 1853. Une affaire qui remontait donc à plus de 7 ans et de laquelle on comprend que Brainard se serait payé une cavale de quelques années avant que les autorités parviennent à lui mettre la main au collet. Avouant emprunter les détails des témoignages à « un journal de la localité » La Minerve n’en fut pas moins intéressée de reproduire une certaine partie de la preuve déposée en Cour, ce qui semble être une première dans l’histoire trifluvienne, en plus d’indiquer l’intérêt que le procès suscitait à l’époque.

Le premier témoin appelé fut Lorenzo Franklin Brainard[55], frère de l’accusé et fils de la victime, qui déclara :

Je demeurais à Wickham le 26 avril et je pensionnais avec ma mère ainsi que le prisonnier. Vers le soir entre 9 à 10 heures, j’arrivai à la maison pour voir mes petits enfants, le prisonnier me dit, tenant un acte à la main qu’il était faux, qu’il se vengerait. Il est entré dans un cabinet voisin et en sortit se tenant les mains derrière le dos. J’étais environ à 5 pieds de ma mère et de lui.  Au même instant qu’il tirait au pistolet[56], ma mère tomba. Aussitôt il se tourna vers moi et me déchargea un coup dans l’épaule gauche; la balle y est encore. Aussitôt une autre balle me traversa l’épaule droite; – j’ai longtemps lutté avec lui, la seconde balle a frappé sur une petite canne que je tenais à la main et sans cela elle m’aurait frappé au cœur, car la poudre m’a brûlé le visage.  En nous terrassant l’un et l’autre, il a essayé plusieurs fois de tirer encore.  J’ai envoyé mes petits enfants chez Horatio. Il est arrivé et je lui ai dit que William avait tiré sur moi et sur ma mère aussi. Avant il m’a dit qu’il voulait tuer toute la famille. Il est sorti et est rentré aussitôt, prendre son capot, et depuis je ne l’ai pas revu ni entendu parler de lui, excepté quand il a été pris. Je jure que c’est lui-même qui a tiré sur ma mère. Il a dit qu’il se vengerait, en parlant de l’acte. Je n’ai aucun doute que ma mère est morte des coups qu’il lui a tirés et qu’il l’a tuée.[57]

Lors du contre-interrogatoire, conduit par les avocats de l’accusé Bondy & McDougall, Lorenzo Brainard expliqua que « l’acte qu’il tenait en main était le contrat de la terre, qu’il voulait qui fut changé. Ma mère n’a jamais fait de testament. »[58]  Le second témoin appelé fut Charles Brainard, 13 ans, le fils de Lorenzo. Après avoir expliqué qu’il habitait chez sa grand-mère à l’époque du meurtre, il ajouta : « je ne l’ai pas vu tuer ma grande[-]mère. Le coup m’a éveillé. Je l’ai vue à terre; elle saignait; le prisonnier tenait le pistolet, il a tiré sur papa. Papa lui a parlé 2 ou 3 minutes. Il tira sur mon père la 2ème fois. Papa m’a dit d’aller chercher mon oncle Horatio et je l’ai vu ôter le pistolet des mains du prisonnier. »[59]

Tout ce que La Minerve immortalisa de ses réponses en contre-interrogatoire fut ceci : « mon père m’a dit de ne rien dire autre chose que la vérité. » Horatio Brainard[60], autre frère de l’accusé, expliqua quant à lui :

On m’a envoyé chercher chez ma mère le 26 avril 1853. J’ai entendu crier au meurtre, quand j’étais à la porte. Quand je suis arrivé mes deux frères se disputaient pour le pistolet. Le prisonnier m’a dit que Franklin avait tiré sur sa mère et tiré sur lui-même. Le sang coulait de la poitrine de mon frère Franklin. Ma mère étant à terre m’a dit que William avait tiré sur elle, sur mon frère Franklin et de prendre garde, qu’il voulait me tuer moi-même. J’ai vu le trou d’une balle au dessous du bras gauche et le trou d’une autre à l’épaule droite; il saignait. Le Docteur étant présent, ma mère m’a dit qu’elle mourrait de ses blessures et le Dr disait la même chose : elle m’a dit elle-même seule, que son William l’avait tuée. J’étais présent quand elle a donné sa déposition. Je l’ai vu assermenter par McCabe, J. P. C’est ma signature comme témoin, je la reconnais. Quand ma mère a donné sa déposition, elle était sous l’impression qu’elle allait mourir de ses blessures, elle en est morte. Je ne connais rien autre chose qui l’ait fait mourir. J’ai eu peur que ma mère fut morte avant d’avoir les voisins : – l’arme était un revolver. Je n’ai vu le prisonnier depuis cette nuit-là qu’aujourd’hui. Il y a eu des recherches de faites.[61]

Contre-interrogé, Horatio expliqua qu’en « arrachant le pistolet [des mains] du prisonnier je l’ai jeté à la porte et je ne l’ai pas revu depuis », ce qui indique vraisemblablement que William E. Brainard a pris la fuite après le drame. L’histoire ne dit cependant pas comment ni quand les autorités purent le retracer et procéder à son arrestation. Horatio ajouta ne jamais avoir pensé que son frère « fut troublé. Le prisonnier m’a dit que ma femme m’était infidèle. J’ai dit que je n’essayais pas à le faire échapper. »[62]

Après avoir dit connaître l’accusé, le juge de paix Patrick McCabe expliqua, après qu’on lui ait montré la déposition faite par la victime elle-même peu de temps avant son agonie, que « je jure que c’est mon écriture et c’est la même déposition de la mourante. Le 2 mai [1853], cette déposition a été prise; la femme se mourait. J’ai vu la femme morte, le Docteur Fowler a fait l’autopsie du cadavre devant moi. »[63]

Questionné sur l’état mental et la personnalité de Brainard, McCabe raconta que « jusqu’à l’âge de 10 ans le prisonnier a été bon garçon, mais depuis l’âge de 15 à 16 ans, il m’a paru tout différent, huit jours avant le meurtre il m’a paru fou. »[64] Dans le district judiciaire, il semble que Brainard ait été le second accusé de meurtre à plaider la folie suite à l’affaire Thomas Therrien. Avant la fin du siècle, d’autres plaidoyers de la sorte feraient leur apparition.[65]

Au témoin Thomas Brady, on lui fit dire qu’il croyait Brainard « insensé. » Puis on appela à la barre des témoins le coroner Valère Guillet. Il déclara devant la Cour que « c’est moi qui a tenu l’enquête sur le corps de la femme morte, c’est la signature du Dr Fowler qui m’est présentée au bas de sa déposition. »[66] Quant au médecin William White, qui demeurait à Durham en 1853, il expliqua avoir examiné Franklin Brainard et vu qu’il était « blessé à l’estomac par des balles, j’ai vu deux blessures. »[67] Il raconta également que la mourante était sur son lit à son arrivée et qu’elle perdait beaucoup de sang. White se dit convaincu qu’elle ne passerait pas la nuit.

John Campbell déposa à l’effet qu’il connaissait l’accusé depuis son enfance, tandis qu’Abel Follensby vint dire aux jurés avoir vu Brainard quelques jours avant le meurtre sur sa terre de Wickham où « il prit un pistolet pour tirer sur un l[i]èvre et il m’a dit alors de n’en parler à personne qu’il avait un pistolet. Ses allures m’ont paru bien changées de ce moment. »[68]

Les avocats de Brainard, Bondy et McDougall, « produisent plusieurs témoins pour prouver que le prisonnier à la barre lorsqu’il a commis l’acte dont il est aujourd’hui accusé, était dans un état complet d’insanité. Après l’audition de ces témoins et une récapitulation des faits faite par l’avocat de la Couronne, le juge donne sa charge aux jurés, qui, après une délibération de 20 minutes rapportent un verdict de culpabili[t]é. »[69]

Quant à l’attitude de Brainard, le même reporter mentionnait avoir « remarqué que durant le procès et même lorsque le verdict a été donné le prisonnier n’a donné aucun signe d’émotion. »[70]

Après qu’un silence se fut installé dans la salle d’audience du palais de justice trifluvien, le juge se dit prêt à prononcer la sentence. Lorsque le greffier lui demanda s’il avait d’abord quelque chose à dire, Brainard « fait un discours qui ne dure pas moins d’un quart d’heure. Il accuse ses frères de n’être pas de ses parents et s’efforce de faire croire que la femme qui est morte le 10 mai 1853 n’était pas sa mère; car jamais une mère n’aurait donné une telle déposition contre son fils. »[71]

Sur ce, le juge condamna William Ezra Brainard à être pendu le vendredi 26 octobre jusqu’à ce que mort s’en suive. « Le prisonnier continue à garder son sang froid et le prononcé de sa condamnation à mort ne semble lui faire éprouver aucune émotion. »[72]

Le 26 octobre 1860, quelques jours seulement avant qu’Abraham Lincoln soit élu à la présidence des États-Unis et donc à quelques mois de l’éclatement de la Guerre de Sécession, William Ezra Brainard grimpa les quelques marches conduisant à l’échafaud :

Hier après-midi, nous avons reçu la dépêche suivante, de Trois-Rivières :

« Brainard a été exécuté à 11h. cet avant midi. Il est mort dans l’endurcissement, ayant jusqu’au bout refusé les sacrements et toute consolation religieuse. Ses derniers mots ont été blasphématoires. Le corps a été remis au shériff [sic] et sera envoyé à Melbourne [en Estrie] pour y être enterré. Brainard a laissé de l’argent pour cet objet. 2,000 personnes environ ont assisté à l’exécution : la pluie tombait à torrents.[73]

C’est en 1869, deux ans après l’entrée en vigueur de la Constitution du Canada, que se déroula la dernière exécution en publique au sein de la nation, celle de Patrick J. Whelan, qui eut lieu à Ottawa. Par la suite, la loi veilla à ce que les exécutions se tiennent à l’abri des regards indiscrets, ce qui fait que dans le district de Trois-Rivières, la pendaison de Brainard fut la dernière exécution publique. Toutefois, rappelle Boyer, il y eut tout de même une dernière pendaison publique à Montréal en 1871, celle de John Lee, 26 ans, pendu pour le meurtre d’une femme.[74]

Les quatre dernières exécutions à survenir dans l’enceinte de la prison commune de Trois-Rivières se déroulèrent entre 1927 et 1934.

À l’aube du 20ème siècle

En 1871, deux scieries employaient 400 travailleurs à Trois-Rivières, mais « le haut fourneau de L’Islet ferme définitivement en 1878. Celui des Forges du Saint-Maurice, malgré de grands travaux de modernisation en 1880, s’éteint pour de bon en 1883. Seul le haut fourneau des Forges Radnor, bien approvisionné en minerai de fer et desservi par le chemin de fer des Piles, survivra jusqu’en 1910. »[75]

Le bi-hebdomadaire Le Trifluvien publia pour la première fois le 31 octobre 1888, s’affichant ouvertement comme un « journal catholique », sous-titre qui apparaît d’ailleurs en première page. Pour s’abonner à ce journal composé de quatre pages, il en coûtait annuellement 2.00$ ou 1.00$ pour six mois[76]. Le bureau de rédaction était situé à l’intersection des rues Notre-Dame et Du Platon.

« Dans les années 1890, l’industrie forestière se réveille de sa longue léthargie.  […]  Bien que les choses se mettent en place dans la dernière décennie du XIXe siècle, c’est après 1900 que le décollage industriel de Trois-Rivières a véritablement lieu. Il manquait toujours à Trois-Rivières un atout important : une source d’énergie abondante et bon marché. Elle la trouvera auprès de la Shawinigan Water and Power […]. »[77]

Une affaire de viol

Dans les archives de BAnQ-TR la première cause criminelle comportant des transcriptions sténographiques complètes[i], rédigées à la main cependant, concernait le procès de William Paquin et d’Onésime Pronovost pour le viol d’Emma Jobin, une jeune femme de 25 ans mariée à Oscar Milette, un cordonnier de Trois-Rivières.  Malgré un sujet délicat, les traces laissées par une telle cause nous éclairent sur le langage utilisé pour décrire des gestes ou des détails que l’on devine encore très tabous pour cette époque.  Il est bien connu que les victimes d’agressions sexuelles doivent faire preuve d’un courage surhumain, d’abord pour sortir de l’ombre et ensuite entamer des procédures judiciaires contre leur agresseur.  Ce serait sans doute une erreur de juger cette cause et de ses difficultés avec notre œil moderne, mais il est sans doute honnête de dire que cette victime a dû non seulement affronter les préjugés et les regards, mais aussi les questions des procureurs.

Le procès de Paquin et Pronovost se déroula le mardi 9 décembre 1890[ii].

On connait évidemment la sensibilité et la délicatesse d’une telle cause, à savoir qu’il s’agit bien souvent de la parole de la victime contre celle de son ou ses présumés agresseurs.  Et ce fut précisément le cas pour Emma Jobin.  Dès le début de son témoignage, on comprend que l’agression aurait eu lieu le 2 août précédent, jour où « j’ai parti de chez nous à huit heures [20h00] du soir pour aller acheter des bottines à mes enfants ».

Bien qu’elle demeurait sur la rue Bonaventure, ce que l’on considérerait aujourd’hui comme faisant partie du centre-ville, Emma Jobin expliquera s’être rendu à pied « en ville » avant de changer d’idée au sujet de ses achats, après quoi elle bifurqua sur la rue de la Cathédrale avant de se rendre jusqu’à « la rue des Champs », où elle rencontra un ami[iii].  Puisque Emma se dirigeait vers le domicile de sa tante Mme Johnny Cadorette, qui habitait sur la rue St-Paul, son ami se proposa de l’accompagner.  Peu après, malheureusement, ils se retrouvèrent face à trois voyous dans un endroit qui reste cependant assez mal déterminé.  Les trois agresseurs s’en prirent immédiatement à l’accompagnateur pour le rouer de coups et le mettre hors d’état de nuire.  Probablement paniqué par le sérieux de la situation, l’un des trois prit la fuite avant d’avoir pu être identifié.

Toujours selon le témoignage de la victime, c’est alors que Paquin et Pronovost l’auraient rattrapé au pas de course.

  • Était-il tard?, demanda le procureur de la Couronne.
  • Il était huit heures et demie, répondit la jeune femme.
  • Faisait-il noir?
  • La lumière électrique éclairait assez bien.

Et lorsqu’on lui demanda si elle avait un doute quant à l’identité de William Paquin, c’est avec aplomb qu’Emma donna sa réponse.

  • Non, dit-elle. Si j’avais un doute je ne serais pas venue ici aujourd’hui.
  • A-t-il joui de vous?
  • A-t-il fait l’acte du mariage?
  • Complètement?
  • A-t-il introduit son membre viril dans votre corps?
  • Vous êtes bien certaine?
  • Avez-vous consentie?
  • Il aurait bien fallu que je meurs avant de consentir.

Quand on lui demanda de détailler l’agression, elle raconta que Paquin l’avait « tiraillée et il me demandait pour faire cela, il a dit si tu ne veux pas je vais te tuer.  J’ai dit, ça ne fait rien ».

Après l’agression, elle aurait erré quelque peu en ville avant d’entendre le coup de 21h00 sur le « cadran de la Cathédrale ».  Elle mentionna un collège à proximité, ce qui pourrait laisser entendre que l’événement eut lieu près du Collège Marie-de-l’Incarnation (CMI) puisqu’il fut également question de la rue de l’Hôpital dans le témoignage.  Plus loin, cependant, l’interrogatoire remit en question le choix de son trajet, en plus de laisser entendre qu’elle se serait trompée d’agresseurs.

Malgré cela, Emma Jobin expliqua être rentrée chez elle sans toutefois dévoiler à son mari ce qui venait de se produire.  Pour oublier, elle aurait fait du ménage durant une bonne partie de la nuit pour aller porter plainte le lendemain au greffe de la paix, c’est-à-dire Laurent-Ubald-Archibald Genest, aidée d’un policier du nom de Simard.  Mais le procureur insista pour revenir encore sur certains détails.

  • Vous avez résisté?
  • Oui, c’est lui-même qui m’a jeté à terre sur le dos.
  • Avez-vous serré vos jambes?
  • Vous avez serré vos jambes ensemble?
  • Et il les a ouvertes?
  • Était-il seul ou s’ils étaient deux?
  • Il y en avait un à la fois.
  • Vous n’avez pas assez de force pour l’empêcher de faire pénétrer son corps dans le vôtre?
  • Je ne savais pas où j’étais.  Je ne pouvais plus rien faire.  J’ai demandé au Bon Dieu de me donner les forces.
  • Et vous les avez connu [intimement] tous les deux?
  • Oui, je les ai connu tous les deux.

Et le juge se mit également de la partie, laissant ainsi une trace assez peu brillante dans l’histoire des procès pour viol.

  • Avez-vous mis la main sur leurs parties?, demanda-t-il.
  • Alors, c’est pas tout votre possible?
  • J’ai tout fait pour les empêcher.

Il ressortit lors du procès, autant que nous le permet ce qui en reste de notes, que peu de temps avant la prétendue agression, Emma avait souffert d’une fausse couche et que le 2 août 1890 elle n’avait pas complètement recouvré ses forces.

Ce qui fit sans aucun doute gagner des points à la défense fut de l’entendre dire que, malgré son corps meurtri et les effets du choc, elle n’avait consulté aucun médecin pour corroborer les marques ayant pu être laissées à la suite du viol.  Au lendemain du procès, le mercredi 10 décembre 1890, on pouvait lire dans Le Trifluvien, que « le jury a rendu un verdict d’acquittement sans même sortir de son banc ».  Les douze jurés – tous des hommes à l’époque[iv] – n’avaient donc pas cru au témoignage d’Emma Jobin.

En 1892, le Canada s’offrait son premier Code criminel, qui entra en vigueur seulement en juillet de l’année suivante.  Le viol y était toujours susceptible de condamnation à mort, ainsi que le meurtre bien sûr.

En pénétrant dans le 20ème siècle, on comprend donc que la prison de Trois-Rivières possédait déjà sa propre réputation, ce qui incluait quelques légendes du crime.  Toutefois, après une existence qui s’échelonnait maintenant sur trois quarts de siècle, on la considérait aussi comme vétuste, ce qui n’empêcha cependant pas le quotidien montréalais La Patrie d’écrire en 1905 qu’elle « est spacieuse et pourvue de tout le confort moderne sous le rapport de la salubrité »[v].

Le chauffage s’effectuait toujours au bois.  Sur le plan hygiénique, les détenus, qui bénéficiaient d’un bain hebdomadaire, disposaient seulement d’un seau métallique pour déféquer et uriner, une pratique qui demeura inchangée jusqu’à la fermeture de 1986.  Donc, si La Patrie osait parler de salubrité et de modernité en 1905, il nous est sans doute permis de croire qu’on lui avait refusé un accès complet à l’établissement, à moins qu’il n’ait éprouvé aucune sensibilité pour le sujet concernant les conditions pénitentiaires.

Si cette envolée vers un siècle qui allait apporter d’impressionnantes améliorations technologiques et une certaine idée de la modernité, la question était de savoir si le milieu judiciaire démontrerait une évolution de la mentalité humaine.

À l’échelle internationale, la France accueillit 52 millions de visiteurs pour son Exposition universelle de Paris en 1900 alors que K. Landsteiner découvrait l’existence des groupes sanguins A, B, et O, une avancée qui allait servir dans le milieu de la science judiciaire.  L’année suivante, W. L. McKinley devenait le troisième président des États-Unis à tomber sous les balles alors que la première communication transatlantique fut établie grâce au code Morse.  En 1903, l’art nouveau du cinéma offrait son premier film avec scénario, un western d’une durée d’une dizaine de minutes et intitulé The Great Train Robbery, tandis que les frères Wright réalisaient le premier vol propulsé.

Peu de temps après, la Mauricie connaissait sa première véritable affaire criminelle d’importance qui allait non seulement soulever l’intérêt d’une large part de la population mais laisserait également planer un mystère pour les décennies à venir.


[1] Serge Bouchard, « Isabelle Montour », in Rencontrer Trois-Rivières 375 ans d’histoire et de culture (Trois-Rivières: Éditions d’art Le Sabord, 2009), 22‑33.

[2] Bouchard.

[3] Raymond Boyer, Les Crimes et les châtiments au Canada français du XVIIe au XXe siècle (Montréal: Le Cercle du livre de France, 1966), https://cap.banq.qc.ca/notice?id=p::usmarcdef_0000169075.

[4] Boyer.

[5] Boyer.

[6] Boyer.

[7] Boyer.

[8] Boyer.

[9] Boyer.

[10] Boyer.

[11] Boyer.

[12] Boyer.

[13] Boyer.

[14] Sur la plaque installée devant la vieille prison, consultée le 30 avril 2011, on y mentionnait que la construction s’est effectuée entre 1815 et 1819. Nous avons tout de même pris la décision de nous en tenir aux dates inscrites au dossier préservé à BAnQ-Trois-Rivières et qui contient les documents relatifs à la construction du bâtiment.

[15] René Hardy et Normand Séguin, Histoire de la Mauricie (Sainte-Foy: Les Éditions de l’IQRC, 2004).

[16] Antoine Dubuc a été inhumé le 7 avril 1825 par un prêtre du nom de Gagnon après avoir « été tué dans le bois depuis une quinzaine de jours à peu près, âgé de 48 ans ». On le disait époux de Geneviève Noël.  Cette dernière avait-elle un lien de parenté avec l’assassin de son mari? Geneviève Noël Dubuc fut inhumée le 4 septembre 1839 à St-Roch de l’Achigan. Elle était âgée de 64 ans.

[17] Jonathan Sewell, James Kerr, et Pierre Bédard, R. c. Noel François, Fonds de la Cour du banc du roi BAnQ-Trois-Rivières (Cour du banc du roi 1825).

[18] En 1829, le juge Sewell condamna à la pendaison Jean-Marie Desjardins pour simple vol. La justice avait seulement gardé l’accusation de vol en dépit du fait qu’une jeune servante de 15 ans avait été violée lors de l’introduction par effraction. Desjardins fut pendu le 31 octobre 1829. Voir Boyer, op. cit., p. 137-138.

[19] Sewell, Kerr, et Bédard, R. c. Noel François, Fonds de la Cour du banc du roi BAnQ-Trois-Rivières.

[20] The Quebec Mercury, 24 septembre 1925, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[21] « Three-Rivers, September 25 », The Quebec Mercury, 27 septembre 1825, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[22] « Three-Rivers, September 25 ».

[23] « Three-Rivers, September 25 ».

[24] Boyer, Les Crimes et les châtiments au Canada français du XVIIe au XXe siècle.

[25] Boyer.

[26] Yannick Gendron et Martine Tousignant, « Avant les moulins à papier », in Rencontrer Trois-Rivières, 375 ans d’histoire et de culture (Trois-Rivières: Éditions d’art Le Sabord, 2009), 98‑109.

[27] Benoît Gauthier, « Les transformations de l’économie trifluvienne depuis 1850 », in Rencontrer Trois-Rivières, 375 ans d’histoire et de culture (Trois-Rivières: Éditions d’art Le Sabord, 2009), 110‑21.

[28] « Un meurtre horrible […] », La Minerve, 2 mars 1852, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[29] « Three Rivers, Feb. 26 », The Montreal Witness, 1 mars 1852, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[30] « Le drame de Grande-Anse », La Patrie, 15 mars 1905, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[31] Né à Batiscan et baptisé à Trois-Rivières le 5 juillet 1796, Valère Guillet étudia au Séminaire de Nicolet avant de faire ses études de droit avec son frère Louis. Devenu notaire en 1825, il pratiqua à St-Pierre-les-Becquets durant six mois avant de se retrouver à Yamachiche, et finalement à Trois-Rivières. Il fut aussi élu député de Saint-Maurice en 1830 et réélu en 1834. Coroner du district de Trois-Rivières depuis 1836, il pratiquera jusqu’en 1879. Il s’est éteint à Trois-Rivières le 26 février 1881 à l’âge vénérable de 84 ans.

[32] R. c. Thomas Therrien, Fonds de la Cour du banc du roi/reine BAnQ-Trois-Rivières (Cour du banc de la Reine 1852).

[33] R. c. Thomas Therrien, Fonds de la Cour du banc du roi/reine BAnQ-Trois-Rivières.

[34] R. c. Thomas Therrien, Fonds de la Cour du banc du roi/reine BAnQ-Trois-Rivières.

[35] On retrouve un Richard Lanigan inhumé dans le cimetière anglican de Trois-Rivières, rue St-François-Xavier, mais la date du décès est malheureusement inconnue. On peut également y noter la présence d’un certain William Lanigan, aubergiste (1811-1898), ainsi que les deux épouses de ce dernier : Emily J. Webster (1822-1857) et Almena B. Young (1828-1898).

[36] Il semble que Lanigan ne parlait pas ou très peu français. Interrogé plus tard en français, selon les notes laissées par le coroner Guillet, il continuait de répondre en anglais.

[37] R. c. Thomas Therrien, Fonds de la Cour du banc du roi/reine BAnQ-Trois-Rivières.

[38] R. c. Thomas Therrien, Fonds de la Cour du banc du roi/reine BAnQ-Trois-Rivières.

[39] R. c. Thomas Therrien, Fonds de la Cour du banc du roi/reine BAnQ-Trois-Rivières.

[40] R. c. Thomas Therrien, Fonds de la Cour du banc du roi/reine BAnQ-Trois-Rivières.

[41] R. c. Thomas Therrien, Fonds de la Cour du banc du roi/reine BAnQ-Trois-Rivières.

[42] R. c. Thomas Therrien, Fonds de la Cour du banc du roi/reine BAnQ-Trois-Rivières.

[43] R. c. Thomas Therrien, Fonds de la Cour du banc du roi/reine BAnQ-Trois-Rivières.

[44] Dans Les monstres, les fous et les autres, 1999, Guy Grenier souligne que « la présence d’aliénés dans les prisons représentait par ailleurs un danger pour les autres détenus.  On en eut la preuve le 5 mai 1871 à la prison de Montréal.  Ce jour-là, un certain Patrick Ryan tua un codétenu du nom de John Gainer avec un marteau de tailleur de pierre ».  Mais, comme on vient de le voir, le cas de Thomas Therrien est survenu près d’une vingtaine d’années auparavant.  Notons au passage que pour les affaires judiciaires qu’il mentionne dans son ouvrage, Grenier, selon ses notes de bas de page, n’a consulté que des articles de journaux.

[45] « Exécution de Théberge », Le Canadien, 6 novembre 1854, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[46] « Theberge, the murderer », Montreal herald and daily commercial gazette, 22 septembre 1854, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[47] Cité par Le Canadien, 6 novembre 1854; Le Pays, 8 novembre 1854; La Minerve, 11 novembre 1854.  Puisque ces journaux ont tous publié le même texte, il semble que ce ne sont pas tous les reporters qui aient pris la peine de se déplacer pour venir assister à l’exécution de Théberge.  Était-ce par manque d’intérêt ou alors parce que Montréal offrait suffisamment de spectacle du même genre?  Quoiqu’il en soit, le public s’y intéressa grandement puisque The Montreal Witness parla de 5,000 personnes.

[48] « Execution – Théberge », The Montreal Witness, 8 novembre 1854, sect. The News, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[49] Hardy et Séguin, Histoire de la Mauricie.

[50] Gauthier, « Les transformations de l’économie trifluvienne depuis 1850 ».

[51] Boyer, Les Crimes et les châtiments au Canada français du XVIIe au XXe siècle.

[52] Le juge Dominique Mondelet mourut 3 ans plus tard, soit le 19 février 1863, inhumé à la cathédrale de Trois-Rivières le 24 février. On le disait alors âgé de 64 ans. Il laissait dans le deuil son épouse Mary Woolrich. Parmi les personnes présentes on note, entre autres, le coroner Valère Guillet, mais aussi le juge Charles Mondelet et un certain Arthur Mondelet de St-Casimir. Lors du recensement de 1851, Dominique Mondelet habitait à Trois-Rivières avec son épouse Mary Woolrich, ainsi que leurs enfants Caroline, Dominique et Marie Mondelet.

[53] « Cour Criminelle aux Trois-Rivières », La Minerve, 18 septembre 1860, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[54] Il existe quelques variantes pour orthographier le nom de Brainard, comme c’est d’ailleurs le cas pour une quantité impressionnantes de noms propres dans les documents anciens, d’autant plus que les documents du 19ème siècle étaient encore rédigés à la plume.  Je laisse à d’autres le soin de mener les débats pointilleux et futiles sur ces choix orthographiques et je me suis donc résigné à faire un choix dans chaque cas, comme on le verra pour de nombreux autres personnages évoqués dans le présent ouvrage.  La plupart du temps, je m’en remets au dossier judiciaire.

[55] On retrouve un Lorenzo Franklin Brainard né le 21 juillet 1831 à Drummondville.  On le disait fils de Ezra Brainard de Whickam et de Nancy [illisible].

[56] Bien que l’article parle de « pistolet » on en déduit assez facilement que l’arme utilisée par Brainard était plutôt un revolver, c’est-à-dire une arme de poing à barillet rotatif, probablement avec une capacité de six coups.  La présence d’une telle arme en sol québécois en 1853 peut surprendre, surtout quand on sait que le revolver fut breveté par Samuel Colt en 1836 et que la première arme fiable du genre à connaître une certaine commercialisation fut le Colt Walker, qui fit son apparition seulement en 1847.  Le revolver, qui n’utilisait pas encore les cartouches métalliques et dont chacune des six chambres devaient être chargées individuellement avec de la poudre, une balle sphérique et une amorce sur la cheminée (ces armes lourdes étaient surnommées cap-and ball chez les Américains), connut une large diffusion pendant la Guerre de Sécession (1861-1865).  Précisons au passage qu’à cette époque les revolvers utilisaient un mécanisme à simple action, c’est-à-dire qu’il fallait absolument actionner le marteau de l’arme avant de pouvoir appuyer sur la détente et faire feu.

[57] « Cour Criminelle aux Trois-Rivières ».

[58] « Cour Criminelle aux Trois-Rivières ».

[59] « Cour Criminelle aux Trois-Rivières ».

[60] Il s’agit probablement de Horace A. Brainard de Wickham, qui s’est marié le 22 avril 1844, à Mary Fohasbre.

[61] « Cour Criminelle aux Trois-Rivières ».

[62] « Cour Criminelle aux Trois-Rivières ».

[63] « Cour Criminelle aux Trois-Rivières ».

[64] « Cour Criminelle aux Trois-Rivières ».

[65] En 1881, on tenta de plaider, sans succès toutefois, la folie de Cléophas Lachance, accusé du meurtre d’une fillette, Odélide Désilets, à Arthabaskaville. La cause de Shortis, cependant, accusé de meurtre en 1893, allait se produire à Valleyfield. D’abord condamné à mort, sa sentence fut commuée en « une détention à vie au Pénitencier Saint-Vincent-de-Paul comme lunatique criminel. ». Voir Boyer, op. cit., p. 125-127.

[66] « Cour Criminelle aux Trois-Rivières ».

[67] « Cour Criminelle aux Trois-Rivières ».

[68] « Cour Criminelle aux Trois-Rivières ».

[69] « Cour Criminelle aux Trois-Rivières ».

[70] « Cour Criminelle aux Trois-Rivières ».

[71] « Cour Criminelle aux Trois-Rivières ».

[72] « Cour Criminelle aux Trois-Rivières ».

[73] « Exécution du Patricide Brainerd », La Minerve, 27 octobre 1860, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[74] Boyer, Les Crimes et les châtiments au Canada français du XVIIe au XXe siècle.

[75] Gauthier, « Les transformations de l’économie trifluvienne depuis 1850 ».

[76] On peut sans doute se permettre un clin d’œil historique en reproduisant ici ce texte paru dans le tout premier numéro : « Nous consacrons cette feuille à la défense et à la propagation des principes qui ont fait jusqu’ici la force et la vitalité de notre peuple. Nous voulons apporter à la cause de la religion et de la patrie le faible concours de nos travaux et de nos études, espérant que notre sincérité et notre dévouement pourront suppléer à la faiblesse de nos moyens.  La soumission complète et absolue aux enseignements de l’Église catholique, qui seule peut guider sûrement et sagement les individus, les familles et les peuples, et qui seule peut leur donner tout le bonheur possible même ici-bas; […] ».

[77] Gauthier, « Les transformations de l’économie trifluvienne depuis 1850 ».

[i] Transcriptions notées à la plume.  Malheureusement, ce ne sont pas toutes les transcriptions sténographiques qui ont été conservées ou même prises en notes à l’origine.  En raison d’une explosion sur la quantité de documents reçus aux archives à partir des années 1920, on a procédé à l’élagage de plusieurs dossiers.

[ii] Les transcriptions sont présentées à la main dans un carnet aux feuilles lignées.

[iii] Le nom de cet ami reste malheureusement difficile à déchiffrer, mais on croit y reconnaître le nom de Bouvais ou Beauvais.

[iv] Il faudra attendre en 1971 avant de voir apparaître les premières femmes dans les jurys.

[v] La Patrie, 15 mars 1905.

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