1931, 18-19 septembre – John Jarvis, gardien de nuit de 63 ans

Homicide sans discernement commis lors d’un vol – arme à feu

Montréal, edifice Castle, 1410 rue Stanley – 1 SC

Charlie Schwartz alias John Herman, 25 ans, pendu; Joseph Badetti, introuvable.

            Le meurtre du gardien de nuit John Jarvis, 63 ans, a été commis dans la nuit du vendredi 18 au samedi 19 septembre 1931 dans l’édifice Castle, au 1410 de la rue Stanley à Montréal. Jarvis était un vétéran de la guerre Sud-Africaine et de la Grande Guerre (1914-18). Au cours de cette nuit, il est monté au 8e étage, où il a poinçonné à 1h14 la clé servant à approuver ses rondes. Une minute plus tard, il était assassiné alors qu’il s’apprêtait à tourner dans un grand corridor. « L’horloge cessa de fonctionner en heurtant violemment le plancher quand Jarvis tomba », écrira La Patrie. Le même journal présumait que Jarvis aurait vu des hommes qu’il connaissait dans un bureau. Malheureusement pour lui, il a été atteint d’une balle au cou qui lui a fracassé l’épine dorsale avant d’aller se loger dans un mur.

Quelques heures plus tard, vers 5h30, c’est la femme de ménage, Mme J. Osborne du 800 rue Chatham, qui a retrouvé son corps. Quant au mobile du crime, « la théorie la plus probable est que les bandits, qui avaient préparé leurs plans de longue main, s’étaient rendus avec l’intention de s’emparer de documents concernant l’extradition de certains d’entre eux ainsi que d’autres pièces très importantes. Dérangés dans leurs plans par Jarvis, ils n’hésitèrent pas à le tuer. »[1] De plus, Jarvis « avait de nombreux ennemis parmi une certaine classe de la société, car, à plusieurs reprises, il avait lui-même expulsé certains individus suspects des nombreux bureaux consulaires qui se trouvent dans cet édifice. Il avait même été attaqué à plusieurs reprises et avait été blessé par plusieurs assaillants l’an dernier. »[2] Certains de ces hommes auraient juré de se venger.

            Les enquêteurs ont découvert des bouts de cigares et de cigarette dans un local où auraient pu se cacher les suspects. Rapidement, la police s’est mise aux trousses d’une voiture immatriculée dans l’État de New York et à bord de laquelle se trouvaient trois hommes. L’enquête du coroner, conduite par Me Lorenzo Prince, s’est ouverte au matin du lundi 21 septembre. Elle a ensuite été ajournée jusqu’à la fin du mois pour permettre aux policiers de retracer les coupables. Le 23 septembre, Jarvis a eu droit à des funérailles militaires à Lachine. Sa dépouille a ensuite été conduite au cimetière de Lakeview à Pointe-Claire. Puisque la trajectoire de la balle s’était effectuée de bas vers le haut à travers le cou de la victime, les enquêteurs croyaient que le tueur était de petite taille. Or, Jarvis mesurait 5 pieds et 11 pouces. Deux individus ont été aperçus en train de descendre un escalier extérieur vers 1h20, alors qu’on croyait que le meurtrier avait descendu par un escalier intérieur. Les enquêteurs ont poussé leurs recherches jusqu’à la frontière américaine.

            En dépit de promesses dans les journaux concernant une arrestation imminente, c’est seulement le 12 novembre 1931 que les policiers ont procédé à l’arrestation de Charles Schwartz, un tailleur âgé de 25 ans. Quant à son prétendu complice, Joseph Badetti, il courait toujours.

            Le procès de Schwartz s’est déroulé du 30 novembre au 3 décembre 1932 au palais de justice de Montréal devant le juge Louis J. Loranger. Il aura cependant droit à un deuxième procès, au cours duquel son complice Joe Badetti est parvenu à s’évader. Schwartz sera finalement pendu le 5 mai 1933 à la prison commune de Montréal.  Dans sa livraison du 5 mai 1933, La Patrie a souligné qu’il s’agissait du « premier juif pendu dans [la province de] Québec ». La veille de son exécution, Schwartz avait démontré quelques signes de révolte dans sa cellule et c’est seulement à l’arrivée d’un rabbin qu’il aurait retrouvé son calme. Il est monté sur l’échafaud à 8h00 et quelques minutes plus tard le Dr Benoît constatait son décès. Le corps a été réclamé par la parenté.

Quant à Joseph Badetti, il semble qu’il n’ait jamais été retrouvé.


[1] La Patrie, 21 septembre 1931.

[2] Ibid.