L’affaire Dupont, une saga judiciaire: l’introduction

L'affaire Dupont test 5 - couverture finale           Méconnue des nouvelles générations, l’affaire Dupont continue pourtant de faire jaser à Trois-Rivières. Après un fait divers qui remonte maintenant à plus de 44 ans, les descendants de Louis-Georges Dupont continuent de se battre en dénonçant l’injustice. Depuis un verdict datant de 1996 et une enquête policière qui prenait fin en 2011, on sent toutefois le désespoir de cette affaire. En fait, bien qu’il puisse paraître improbable qu’on assiste dans un avenir rapproché à la réouverture d’une enquête, il y avait un manque sérieux à combler. Étonnement, je serai le premier par cet ouvrage à présenter une histoire complète de ce dossier. Que l’on penche vers une version plutôt qu’une autre, il n’en demeure pas moins que cette saga méritait depuis longtemps d’être immortalisée dans notre patrimoine judiciaire québécois.

Me Clément Fortin, qui s’est fait connaître par ses docus-romans, une formule qu’il a éprouvé en présentant plusieurs affaires comme celles de Wilbert Coffin, Jacques Mesrine ou Cordélia Viau, m’a déjà proposé d’utiliser ce style afin de présenter une œuvre plus objective tout en permettant au public de se mettre dans la peau d’un juré. Bien que le mot « roman » laisse entendre une part de fiction, mon ouvrage ne verse pas dans l’imaginaire sans fondement. Sans me classer sous une quelconque bannière, je tiens à préciser que mon travail présente des faits réels dont les conversations sont des résumés améliorés des transcriptions sténographiques des audiences entendues dans cette cause. Les erreurs et autres ajouts personnels apparaîtront entre crochets [ ]. Quant aux faits qui ne peuvent être prouvés hors de tout doute raisonnable, je tâcherai de les signaler clairement, d’utiliser le conditionnel, ou alors d’en faire part dans les notes de fin. Dans la conclusion, je reviendrai sur certains points, de même que sur la prudence qu’il y a à distinguer la différence entre soupçon, rumeur et preuve judiciaire. Trop souvent le public s’y perd, mais aussi les protagonistes de cette histoire.

Le seul but de mon travail a toujours été de présenter au public une histoire complète et objective. En tant qu’auteur, ma mission principale a donc été de m’effacer, ce qui incluait toute opinion de ma part. Car c’est là, je pense, la seule façon d’aborder honnêtement un sujet aussi controversé. Ce n’est pas la première fois que je le mentionne, mais depuis longtemps mon seul employeur est l’Histoire, et par conséquent cette partie du public qui s’attend de ma part à un ouvrage honnête, transparent et objectif.

Le présent texte couvre donc principalement les événements de 1969 jusqu’à la fin de la Commission d’enquête publique de 1996. Vous aurez ensuite droit à un bref épilogue couvrant les démarches entreprises par la famille Dupont, de 1996 jusqu’au moment de conclure mon projet. Finalement, ma conclusion permettra un survol de l’ensemble de la preuve et mon point de vu sur certains aspects de l’enquête, sans pour autant vous influencer vers une option plutôt qu’une autre.

Dans l’avant-propos de L’affaire Coffin : une supercherie?, publié en 2007, Me Clément Fortin rappelait l’importance des transcriptions sténographiques et du système judiciaire en soulignant que « le processus contradictoire de notre système judiciaire facilite la recherche de la vérité. Ainsi, les faits soumis en preuve peuvent être admis, contredits, corroborés, rectifiés ou tout simplement écartés. […] Je n’ai pas jugé opportun d’interviewer les quelques survivants à ce drame, car ils ont déjà témoigné ou ont eu l’occasion de le faire sous serment et conformément aux règles de la preuve. […] J’ai été circonspect dans ma recherche sur le terrain, car je sais par expérience qu’il faut se méfier de l’information qu’on y recueille. Certains voient là l’occasion de se rendre intéressants. Appelés à témoigner sous serment et pressés de soutenir leur affirmation, le plus souvent, ils proposent une autre version ».

Le sujet est délicat, non seulement parce qu’il fait directement référence à la mort d’un policier dont ses propres collègues pourraient être impliqués, mais aussi parce qu’il sème toujours la controverse, que ce soit au sein de la population ou envers notre système judiciaire. Et c’est pourquoi j’ai opté pour une objectivité aussi parfaite que possible.

Pourquoi s’attaquer à un dossier de plus de 3,000 pages? Par simple passion de raconter une histoire, mais aussi parce que le public a le droit de savoir. Nombreux ont été les reportages écrits, télévisés ou radiodiffusés à propos de cette saga, mais jamais on a réunis tous les faits et détails dans un seul document.

C’était là un manque flagrant à notre culture historique et j’espère bien humblement avoir été à la hauteur de la tâche pour combler ce vide. C’est à vous, chers lecteurs, que revient maintenant la tâche de vous glisser dans la peau d’un juré pour forger l’opinion que vous garderez de cette aventure.

Eric Veillette 5 mai 2014 www.historiquementlogique.com


Advertisements