L’affaire Lambert (partie 3)

Nora tombe

Dans l’affaire Lambert, une aura de mystère persistante semble vouloir nous faire travailler fort.  Je pourrai au moins dire que j’ai appris.  Avec cette histoire, j’ai découvert une pelletée de nouvelles banques de données, des détours parfois avantageux et aussi des raccourcis profitables.  Voici donc nos derniers développements.

Pour ce qui est de nos demandes, nous essuyons encore les refus…  La SQ nous a informé que le dossier était depuis longtemps archivé.  Nous possédons donc déjà ce qui est public, c’est à dire l’enquête du coroner.  Nous devrons donc nous contenter de cette mince feuille.  L’hôpital de Sept-Îles nous a informé ne pas pouvoir divulguer le dossier de Nora.  Seule la raison du décès aurait pu nous être indiquée si nous ne l’avions pas sue.  La Protection de la Jeunesse nous a confirmé que les dossiers sont détruits lorsque les enfants atteignent la majorité.  Il nous reste le dossier carcéral et la possible demande de pardon avec le Centre Correctionnel Canada.  Il va sans dire que je fonde beaucoup d’espoir sur cette source d’information.  J’ai bien peur que sans celle-ci, il ne nous reste que des témoignages à obtenir pour tenter de retracer la vérité.

Dans l’éventualité où les embûches continuent de joncher notre quête, je dois décortiquer ce qu’il nous reste.  Pour trouver des témoins vivants et collaborants, il faut chercher.  J’ai donc séparé mon enquête en trois sous-enquêtes: la période de jeune adulte de Marcel lorsqu’il a été incarcéré à Bordeaux pour une histoire de faux chèques en 1963, la période du meurtre à Sept-Îles en 1977 et la période de sa libération jusqu’à son décès.

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Banque Royale du Canada, avenue Laurier, 1911, Musée McCord

Pour son incarcération, j’ai contacté la banque RBC au coin des rues Laurier et du Parc à Montréal où Marcel aurait déposé un faux chèque à l’automne 1962.  Cette institution est la même.  Je voulais du moins tenter de savoir sur quels noms (ou prête-noms) des fraudes avaient eu lieu à ce moment-là.  Le conseiller de la banque m’a rapidement et gentiment répondu que les données pour de telles dates étaient détruites mais que malgré cela, ils ont pris soin de faire plusieurs vérifications pour s’en assurer.  Dans l’affaire des faux-certificats, plusieurs indices me laissent croire que Marcel y était impliqué et aurait obtenu une clémence pour couvrir certains faits mais j’y travaille encore.  Avec la généalogie et la Gazette officielle sur BAnQ (qui me fait entre-temps découvrir un paquet de corruptions innommables), j’essaie de faire des liens et de consolider ma théorie.

J’essaie aussi de me familiariser avec l’historique familiale des Lambert.  Un soir, je suis allée discuter avec Michel et il avait étalé sur sa table de cuisine tout ce qu’il possédait dans ses souvenirs.  De son dernier dossier de la DPJ, en passant par des signets nécrologiques du début du 20e siècle jusqu’à des photos autographiées de pin-up, nous avons tout scruté.  La généalogie de Michel est faite des deux côtés.  On y découvre entre-temps des choses spéciales comme son grand-père paternel qui fut veuf à deux reprises, cette information étant cachée dans l’acte de son troisième mariage.  On a aussi découvert un possible enfant né hors-mariage.  Toutes ces trouvailles ne nous ont pas menées vers la réponse ultime mais en maîtrisant l’entourage et les faits, nous nous accordons plus de chances de déceler un détail plus important qu’en apparence.  L’avantage avec Michel, c’est qu’il est très vif et son bon jugement me permet d’échanger sans hésitation.

Pour ce qui est de la période du meurtre, j’ai fait une liste des témoins potentiels.  Certains étaient décédés, comme le gérant du bar.  J’ai toutefois réussi à retracer des gens.  D’abord la sœur de la gardienne des Lambert le soir du meurtre.  J’ai pu m’assurer de contacter la bonne personne grâce à la généalogie.  Elle a accepté de me parler.  Elle m’a confirmé que sa sœur n’avait jamais gardé à cet endroit avant le drame.  Bien évidemment, cet événement l’avait énormément troublée.  Assez pour avoir voulu partir très loin lorsqu’ils ont appris que Marcel allait obtenir sa libération.  Il a purgé une si petite sentence que la gardienne n’était même pas encore majeure.  Ce que je trouve important dans cette information, c’est qu’ils ont su que Marcel sortait de prison.  Cela m’indique donc, bien que subjectif, que cette libération n’était pas tellement un secret de polichinelle…

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Le Nouvelliste, 27 octobre 1982

Me voilà donc rendue au spectacle sadomasochiste.  Qui étaient donc Monsieur et Madame Sexe?  Il m’a fallu essayer plusieurs mots-clé sur les archives de journaux en ligne pour finalement tomber sur un article qui parle du quotidien de ce couple, les nommant aussi au passage.  Avec l’aide de mon ami Pascal Pilote, j’ai retracé Monsieur Sexe.  Je l’ai contacté via Messenger.  Très sympathique et collaborant, cet homme ayant eu une carrière peu singulière dans le spectacle hors-norme et dans les Records Guinness a accepté de m’expliquer ce qu’il a vécu ce soir-là.  Ayant fait la couverture du Allô-Police, il se rappelait vivement de cet événement.  Il m’a dit qu’il avait bel et bien fait un spectacle le soir du 24 janvier 1977.  C’est le lendemain que la police serait venue le chercher dans sa loge pour expliquer l’affaire du meurtre et l’alibi de Marcel comme quoi il avait été influencé par le show.  Le couple aurait donc été tenu de rester à Sept-Îles jusqu’à ce que les témoignages de l’enquête du coroner soient terminés.  Marcel Lambert ayant plaidé un acte de folie en raison d’un black-out et rejetant la faute sur le spectacle, ils ont dû présenter leur prestation devant le jury du coroner. Selon lui, le jury a déclaré que le spectacle n’était pas une preuve et ne pouvait pas être la cause du geste de Marcel.

J’ai aussi rejoint via courriel l’homme qui fut une des dernières familles d’accueil de Michel, un enseignant de la TÉLUQ et aussi famille d’accueil et adoptive pour la Protection de la Jeunesse. Cet homme a un parcours professionnel très impressionnant. Michel garde un bon souvenir de cet endroit. Cet enseignant a accepté d’échanger avec moi via courriel. Il ne savait pas du tout l’origine du parcours de Michel. Il en était étonné. Il se rappelle seulement ce moment émouvant où Michel a quitté de son gré pour voler de ses propres ailes, malgré lui. On apprend donc que cet homme pourtant très outillé pour aider cet adolescent n’avait pas eu l’heure juste sur le jeune qu’il hébergeait. Il m’a demandé de lui passer le bonjour et suite à mes compliments sur son parcours d’aidant naturel pour les jeunes, il m’a raconté brièvement ses multiples adoptions avec la Protection de la Jeunesse.

Michel a aussi rejoint sa tante, sœur de Nora, par téléphone.  Elle vit en Ontario.  L’enquête a soulevé des questionnements qu’il voulait discuter avec elle.  Qu’avait-elle vécu suite au meurtre?  Elle lui a dit que la famille a subi un total éloignement de Michel et Lucien.  Suite aux funérailles, elle n’a pas été capable de reprendre contact.  La famille aurait voulu s’occuper des enfants mais cela lui aurait été refusé.  Ensuite, la famille n’a pas eu de nouvelles et à cette époque, il était difficile de retracer des enfants qui se promenaient d’un foyer d’accueil à un autre.  Pourquoi ont-ils été confiés à la DPJ plutôt qu’à la famille maternelle?  On ne le sait pas.  Tout comme nous ignorons qui a pris la décision de remettre les enfants à Marcel dès sa sortie de détention.  S’il avait obtenu une clémence quelconque, peut-être que les services sociaux n’ont pas eu le choix de le remettre car légalement, il n’avait plus le statut qui lui avait valu une sentence.  Après tout, s’il plaidait la folie pour son meurtre, la dangerosité pour les enfants devait être sérieusement à considérer.  Et si ce n’est pas ce qui s’est passé, comment se fait-il que ceux qui devaient protéger nos enfants ont jugé que de les remettre à Marcel était la décision adéquate?

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Michel à Sept-Îles

J’aimerais beaucoup retracer la toute première famille d’accueil de Michel à Sept-Îles mais son nom très commun me donne du fil à retordre.  En analysant une photo de Michel en bicyclette, j’ai pu découvrir avec Google Street view que cette famille résidait probablement dans un immeuble de la rue Corossol à Sept-Îles juste derrière la rue Marsolet, lieu de résidence de Marcel et Nora avant le drame.  Les registres fonciers antérieurs trouvés avec les numéros de lots m’ont permis d’apprendre qui en étaient les propriétaires et j’y travaille encore.

Je n’espère pas trouver la réponse: je vais la trouver.  Je n’obtiendrai satisfaction que lorsque je l’aurai.  On ne cherche pas un corps, ni un meurtrier.  On cherche une information de nature publique, soit la sentence et la libération d’un individu ayant commis un acte criminel.  Ce ne sera peut-être pas des papiers légaux.  Mais ce sera une réponse pour laquelle je saurai que ça fait du sens, qu’on est devant quelque chose de plausible et évident.

J’espère sincèrement vous revenir avec une réponse assez vite.

Merci de nous suivre dans cette difficile mais belle enquête.

 

Références
Lagarde, André, Le scandale des faux-certificats, la clé du casier 5T7, Le Sieur, 1964
Généalogie: Michel Lambert et http://www.genealogiequebec.com
Allô-Police, 5 février 1977, microfilms à la grande bibliothèque, BAnQ
Registres fonciers: http://www.registrefoncier.qouv.qc.ca

 

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Le meurtre non-résolu de Suzanne Blanchard

 

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Le 9 août 1982, Suzanne Blanchard finissait sa journée de travail.  Elle œuvrait dans le milieu de la télévision et elle travaillait à ce moment-là pour la populaire publicité « Moi, je bois mon lait comme ça me plaît ».  Aux dernières nouvelles, elle prévoyait partir avec des copines pour Ogunquit.  Ses deux enfants ainsi que ceux de son conjoint, de qui elle s’était très récemment séparée, étaient en colonie de vacances, au camp Cœur-Joie. Elle avait laissé sa voiture au garage de son ancien conjoint pour qu’il puisse la réparer.  Elle aurait donc été reconduite au coin du garage en début de soirée, soit au 900, rue St-Grégoire à Montréal.  On a ensuite perdu sa trace.  Le 13 août à 11h14 du matin, son ancien conjoint a logé un appel à la police pour signaler la disparition de Suzanne.  Il a dit trouver curieux qu’elle ne soit jamais venue reprendre sa voiture réparée.  Les policiers sont allés voir à l’appartement de Suzanne sur la rue Cherrier mais n’ont rien décelé d’inhabituel, outre que les portes étaient débarrées.  Quelques heures plus tard, par cette belle journée d’été, deux plaisanciers en pédalo remarquaient un curieux objet flottant sur le Lac des Deux-Montagnes.  C’est en s’approchant qu’ils découvrirent le corps de Suzanne qui gisait. Elle se trouvait alors à 200 pieds environ de la rive, face au parc Godin à Ste-Anne-de-Bellevue.

27867499_10160047573205002_1642254114022594032_nSuzanne, 37 ans, mère de deux adolescents, avait subi une mort violente.  L’autopsie, pratiquée par le Docteur André Lauzon démontra que son corps avait séjourné dans l’eau de 2 à 3 jours.  Il lui a été difficile de déterminer la cause exacte de sa mort.  Elle avait deux plaies pénétrantes au cou de 5 et 2,5 cm de largeur.  Toutefois, ces plaies n’avaient pas la profondeur pour être mortelles.  De plus, elle avait plusieurs tours de ruban gommé beige autours du cou, par dessus ses cheveux.  Le Dr Lauzon suggère que ce ruban ait été mis en place pour freiner le saignement car ce lien n’était pas suffisamment serré pour provoquer une asphyxie.  Ses mains comportaient des plaies de défense linéaires, notamment sur le dessus de la main, suggérant la position de main sur la gorge pour empêcher l’objet tranchant/piquant d’atteindre cette fragile partie du corps.  Elle avait aussi deux grosses plaies à la tête, dont une en forme de U à l’envers.  Elle avait aussi le visage gonflé et un ecchymose à l’œil.  On l’avait frappée et tout cela de son vivant puisque le corps démontrait des signes de défense et de circulation sanguine au niveau des plaies.  L’autopsie démontre que les coups portés à la tête étaient d’un impact ne provoquant pas la mort mais certainement une perte de conscience.  Malgré toutes ces blessures, le docteur n’écarte pas la possibilité que Suzanne soit finalement décédée par noyade.  Elle portait encore ses vêtements mais on n’a jamais retrouvé son sac à main.  Des prélèvements pour tenter de vérifier si elle avait été agressée sexuellement n’ont pas pu se faire puisque le corps avait séjourné trop longtemps dans l’eau.

Au retour du camp de vacances, les enfants de Suzanne ont appris la terrible nouvelle.  Pour Marie-Claude, cela semblait irréel jusqu’à ce qu’elle voit pour la première fois, 5 ans plus tard, le visage de la dépouille de sa mère dans le Allô Police.

L’ancien conjoint a été interrogé.  Refusant le test du polygraphe, il aurait été relâché car rien ne pouvait objectivement l’incriminer dans la mort de Suzanne.

49696302_10161368123410002_4156514734541111296_nEn 2009, une lettre anonyme a été envoyée à Claude Poirier au Journal de Montréal. Comme le chroniqueur n’était pas à l’emploi du journal à ce moment-là, la lettre fût envoyée au SPVM, à l’attention des homicides non-résolus.  Celle-ci donnait des détails sur les personnes qui auraient commis le meurtre.  Les enquêteurs ont interrogé une personne d’intérêt mais cela n’a malheureusement pas pu aboutir à une arrestation.  De plus, ils n’ont pas pu trouver qui était l’auteur(e) de la missive.

En 1991, la boîte d’objets pouvant contenir des preuves biologiques a été détruite, apparemment par manque de place, ce qui complique donc la résolution de cette affaire.  Malgré tout, Marie-Claude ne baisse pas les bras et espère que d’autres approches ou encore des témoignages puissent faire avancer le cas de sa mère.  Or, cette croisade l’a emmenée à participer à des productions traitant de cas similaires à celui de Suzanne, à apprendre avec brio à faire des recherches dans les archives de journaux et à s’impliquer comme vice-présidente dans l’organisme Meurtres et Disparitions Irrésolus du Québec, une initiative de Stéphane Luce qui se spécialise dans l’affichage des victimes de meurtres ou disparitions non-résolus.

 

Références
Enquête du coroner (verdict de Roch Héroux, autopsie et rapport d’événement de la CUM), BAnQ Vieux-Montréal
Photos: Marie-Claude Blanchard et Stéphane Luce pour Meurtres et Disparitions Irrésolus du Québec.

L’affaire Lambert (partie 2)

Dans l’affaire Lambert, nous sommes toujours sans information concernant le procès.  Nous avons quelques indices, sans plus.  Michel a encore une lettre de quelques pages que Marcel avait écrit à sa mère lorsqu’il était en détention.  Outre le fait que Marcel y tient des propos décousus concernant une montre brisée qu’il veut se faire remplacer en guise de cadeau, il parle d’une lettre reçue d’Ottawa qui, visiblement, ne faisait pas son affaire.  Il demandait à sa mère de remettre le tout à Me Guy Roy, son avocat.  Était-ce une réponse à une demande de libération conditionnelle?  Peut-être.  À ce propos, Michel a déjà envoyé une demande à l’intention du Service correctionnel Canada afin d’obtenir des informations sur le dossier de son père.  Nous sommes en attente d’une réponse.

 

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À la toute fin de la lettre, la mère de Marcel avait curieusement déchiré une petite partie qui semblait contenir une note.  Madame Lambert avait d’ailleurs l’étrange habitude d’écrire de petites notes un peu partout, sur ces éléments du passé que Michel retrouve malgré le procès réduit en cendre.  Cette mère qui a vu ses enfants et son mari partir avant elle, semble n’avoir jamais cru à la culpabilité de son Marcel.  Ses petits écrits servent parfois à corriger une erreur et d’autres fois à remettre son désespoir entre les mains de Dieu.  Malgré le fait qu’elle ne semble avoir jamais voulu voir la réalité telle qu’elle l’est, ces petites notes me donnent souvent l’impression d’être un discret chemin de cailloux tracé vers une boîte de pandore : les frasques, le narcissisme et la culpabilité de Marcel.  Ce qui est curieux, c’est que son admiration pour lui n’est pas simplement due au fait qu’il est la chair de sa chair.  Elle aurait déjà dit à plusieurs reprises que la mort de Nora était la faute de Jean-Guy, son autre fils.  Ce dernier était présent le fameux soir du meurtre.  Selon le journal l’Avenir, il serait même allé chez Marcel et Nora.  En panique, il aurait demandé à la gardienne si Nora était à l’hôpital, pour repartir aussitôt.  Cette information ne provient toutefois pas de l’enquête du coroner.  Elle n’est donc pas objective.

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Marcel et ses parents, dans ses années de détention

Décédé depuis 1999, Jean-Guy est décrit par Michel comme un homme qui, malgré quelques déboires, avait la réputation d’être « bon vivant » et aimant des enfants.  Il me fera remarquer aussi que sur la plupart des photos, il semble proche de Nora et surtout des deux petits garçons.  Il va sans dire que l’hypothèse de jalousie envers Jean-Guy est une des premières que Michel a préconisé.  Qui était donc Jean-Guy?  Dans les archives de journaux, il y en avait même un ayant meurtre à son actif.  J’ai sorti son plumitif et bien qu’il soit né la même année, ce n’est pas le même Jean-Guy Lambert.  Celui qui nous intéresse a eu quelques infractions dont la plus importante est « commet une infraction quiconque, sans excuse légitime, utilise, porte, manipule, expédie, transporte ou entrepose une arme à feu, une arme prohibée, une arme à autorisation restreinte, un dispositif prohibé, des munitions ou des munitions prohibées d’une manière négligente ou sans prendre suffisamment de précautions pour la sécurité d’autrui. » (Code criminel – L.R.C. (1985), ch. C-46 (Article 86) )  Avec un des noms les plus communs du Québec, sans mariage et sans enfant, il nous est difficile de retracer le passé de Jean-Guy.

 

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Le Soleil, 10 août 1960

Encore dans notre tempête d’hypothèses, Michel m’a fait part de quelque chose qu’il n’avait pas osé me dire au départ en raison du côté insensé de l’affaire.  Il m’a raconté qu’un jour, son grand frère lui avait dit que Marcel soutenait avoir réussi à sortir de prison à cause d’une ancienne carrière de détective privé.  Il disait savoir des choses importantes sur des « gros bonnets » et que la menace que ces informations puissent sortir lui avait permis d’obtenir une libération plus rapidement. Bien sûr, je n’y croyais pas tellement non plus.  Toutefois, j’ai pris un petit moment pour mettre les mots-clés qui s’y rattachent sur les archives de journaux en ligne.  C’est là que l’affaire a pris une autre tournure.  Voilà que je trouvais une annonce classée de notre Marcel, fraichement diplômé de la Canadian Investigation, se cherchant du boulot comme détective.  Il restait encore à Québec et, bien qu’il disait avoir 18 ans, il était alors âgé d’à peine 17 ans.  Il devait probablement mentir car pour faire ce travail, à cette époque, on demandait des candidats d’au moins 18 ans.  Lorsque j’ai montré cette annonce à Michel, il a immédiatement replongé dans sa boîte de souvenirs et a trouvé une vieille coupure de journal de La Patrie de juillet 1963 ou figure Marcel dans un article ayant pour titre « Une annonce classée envoie un innocent à Bordeaux ».  Le texte raconte que Marcel avait répondu à une curieuse annonce d’un certain Brunet qui cherchait à employer des enquêteurs.  Une fois à Montréal, il aurait naïvement accepté d’aller déposer un chèque de 2 000$ à une banque pour rendre service à son employeur qui avait des obligations à l’extérieur.  Le chèque étant falsifié, Marcel aurait été arrêté plus tard et emprisonné.  La mère de Marcel avait encore une fois inscrit des petites notes.  Elle a d’ailleurs « corrigé » le 2 000$ pour écrire 5 000$…  Ce deuxième montant était en fait un salaire annuel en 1962.

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Lovell, 1962-1963, BAnQ

J’ai retrouvé l’annonce du Brunet et fait plusieurs recherches à cet effet.  Toutefois, c’était une époque ou les gens opéraient sur plusieurs « prête-noms ».  Chose curieuse : Marcel affirme, dans l’article, qu’il séjournait chez un bon ami sur la rue Cartier à Pointe-Claire lorsque les événements se sont déroulés.  Cette rue étant déjà plutôt petite, elle contenait encore moins de logis en 1962.  Quand je regarde la liste des résidents sur le Lovell, il m’est difficile de ne pas passer à côté du fait qu’un Brunet y restait.  Toutefois, même en approfondissant cette adresse jusque dans les registres fonciers historiques, je ne parviens pas à corroborer le tout avec objectivité.

C’est alors que Michel a découvert un autre indice de l’époque.  Une lettre de son avocat datant de janvier 1963 adressée à la mère de Marcel.  Dans celle-ci, l’avocat dit ne pas douter une seconde de l’innocence de Marcel, que ce dernier n’a été qu’un pion pour un faussaire déjà sous les verrous et que le tout sera porté devant le tribunal le 5 mars prochain.

Et c’était signé Me Claude Danis.

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Claude Danis, février 1956, Fonds Gabriel Desmarais, BAnQ

Claude Danis était un avocat criminaliste bien connu.  Il est d’ailleurs cité dans le livre La Filière canadienne de Jean-Pierre Charbonneau.  Il avait été l’avocat de Michel Caron, arrêté en octobre 1963 aux douanes du Texas pour trafic de drogue.  Caron était un des complices de la gang de Lucien Rivard.  Le plus singulier dans tout cela, c’est qu’en janvier 1963, Me Danis était très occupé.  Selon moi, il devait être trop occupé pour s’occuper d’un Marcel Lambert, jeune, naïf et sans argent.  Me Danis était alors affairé dans le scandale des faux-certificats.  En novembre 1962, les journaux avaient sorti cette affaire comme quoi l’organisateur de l’Union Nationale, soit André Lagarde, aurait conspiré pour faire produire des milliers de faux-certificats d’électeurs.  M. Lagarde se défendait d’être plutôt la cible d’une machination pour salir le parti de Daniel Johnson alors qu’ils étaient à l’aube des élections.

J’ai trouvé une copie usagée du livre « Le scandale des faux-certificats », écrit par André Lagarde lui-même.   Je ne ferai pas état ici de toute cette longue histoire de corruption mais je peux dire que j’ai relevé plusieurs points importants qui me laissent croire que avocat danisMarcel faisait partie de l’affaire.  Bien que je sache qu’un procès puisse être ajourné, même à plusieurs reprises, il est intéressant de voir que la date du témoignage d’un des complices dans la fabrication des certificats ayant reçu un montant de 2 500$ pour défrayer certains frais coïncide exactement avec la date qu’avait écrit Me Danis dans la lettre adressée à Madame Lambert pour le procès, soit le 5 mars 1963.  À ce sujet, à la page 117, Lagarde raconte que personne n’avait réussi à trouver la source de cet argent.  Me Danis lui aurait fait comprendre qu’il ne saura probablement jamais quelle est la provenance de ce montant.  Or, le montant du cautionnement que devait débourser chaque personne arrêtée dans cette affaire était de 5 000$.  Lagarde lui-même disait avoir eu de la difficulté à réunir cet argent pour sortir de prison.  D’ailleurs, il y a un curieux flou lorsqu’il est écrit à la page 81 qu’un dénommé André Côté qui travaillait au Café Palermo avait déposé à la banque le cautionnement d’un prévenu sous les ordres d’un complice dans l’affaire.

Est-ce que Marcel a été mêlé dans cette histoire?  Est-il vrai qu’il connaissait des informations inédites?    On y travaille encore.  Quoiqu’il en soit, il est réellement sorti rapidement de détention et c’est une réponse à cette grande irrégularité que Michel tente d’obtenir.

Dans notre suite, on parle à des gens.

Références

Brassard, Andrée, L’Avenir, 3 février 1977, vo.2 No.53, Newspapers – Google News

« Une annonce classée envoie un innocent à Bordeaux », La Patrie, 11 juillet 1963, BAnQ

http://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/1367883?docref=yez9Ux4mOa-XEle73XD1Og

Annonce classée (Brunet), La Presse, 13 septembre 1962, BAnQ

Charbonneau, Jean-Pierre, La Filière canadienne, Les Éditions de l’Homme, 1975

Lagarde, André, Le scandale des faux-certificats, la clé du casier 5T7, Le Sieur, 1964

L’affaire Lambert (partie 1)

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C’est via notre courriel que Michel est entré en contact avec nous, il y a de cela quelques mois.  Sa mère, Nora Lavallée, a été assassinée par son mari en 1977 à Sept-Îles.  Michel nous a demandé si on aimerait l’aider à chercher des réponses puisque c’est presque tout ce qu’il savait de l’événement.  Je ne me doutais pas encore que son histoire allait être de plus en plus troublante.  Un défi de taille dans lequel on plonge pour un bon bout de temps.

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Michel avec Nora 1 an avant le drame

Il avait 2 ans et son frère en avait 7.  Pratiquement orphelin, Michel sera aussi dépouillé de son grand frère car la protection de la jeunesse a placé les garçons séparément, un à Sept-Îles et l’autre à Thetford Mines.  Durant les 3 années et demi suivantes, ils ont quelques fois rendu visite à leur père en détention à Cowansville accompagnés d’intervenantes.

En 1981, Marcel Lambert était déjà libéré.  Étonnamment, il a pu immédiatement reprendre ses deux garçons et a vécu les quelques années qui lui restaient à Québec.  Durant ce temps, Michel n’a jamais su ce qui c’était réellement passé avec sa mère.  On lui a toujours dit qu’elle avait trouvé la mort dans un accident de voiture.  Son frère ainé, lui, l’a su.  On lui avait même déjà montré la troublante couverture du Allô Police de l’événement.  Mais Marcel lui avait fait promettre de ne pas le dire à son petit frère.  Alcoolique depuis déjà des années, il buvait beaucoup et depuis sa sortie de détention, il restait à la maison sans rien faire.  En 1988, quand Michel avait 13 ans, son père a eu un malaise cardiaque sous ses yeux.  C’est même lui qui avait appelé les secours.  Ce fût donc le début d’une deuxième tournée des familles d’accueil.  À 16 ans, écorché, il décide de quitter sa dernière famille d’accueil même si celle-ci était bienveillante pour lui.  Il a lâché l’école pour aller travailler.

À 22 ans, des ennuis l’ont amené à aller vivre temporairement chez sa grand-mère paternelle.  Un jour, en épluchant des souvenirs et des photos, il est tombé sur quelque chose de gros.  Un procès dont son père avait été accusé.  C’était le meurtre de sa mère.  Sa vie venait de basculer.  Il me dira même au téléphone : « Ce moment-là, vous ne pouvez pas savoir ce que ça m’a fait ».  Il a tout lu mais sur le choc, il n’a pas tout retenu.  Il se rappelle surtout des mots « négligence criminelle » et du rapport du psychiatre qui faisait état de ses troubles de la personnalité.  Quand sa grand-mère a vu qu’il avait découvert la troublante vérité, elle lui a demandé de brûler tous les papiers.  La suite n’a pas été facile non plus.  Retrouver une vie normale n’est pas de tout repos quand notre vie repose sur des mensonges.  Quand Marcel est décédé, Michel l’aimait.  Il ignorait que son propre père était la raison même d’une douloureuse enfance.

Michel avait réussi à sortir deux articles de l’époque sur les archives de BAnQ.  Le seul autre indice qu’il a eu se trouvait sur le site Coolopolis de mon ami Kristian Gravenor.  Sur un billet faisant état des meurtres survenus en 1977 (la pire année selon moi), il avait écrit que le couple revenait d’un spectacle sadomasochiste.  Je lui ai donc demandé où il avait eu cette information et il m’a dit que c’était dans le Allô Police, disponible seulement en microfilm.

C’est ainsi que mes recherches ont commencé.

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Allo Police, 8 février 1977

Les articles de journaux m’ont d’abord appris que Nora avait été tuée la nuit du 24 janvier 1977 à Sept-Îles dans la voiture du couple, près d’un dépotoir, après une soirée arrosée.  Marcel l’aurait ensuite emmenée à l’hôpital dans le coffre de la voiture.  Elle a ensuite succombé à ses blessures.  Les articles se contredisent, surtout quand on parle de l’enquête du coroner.  À certains endroits, on dit que l’homme a tué sa femme parce qu’elle ne voulait pas faire l’amour et ailleurs, on dit que le couple serait allé trop loin en voulant imiter un couple sadomasochiste qui se donnait en spectacle dans les bars.  C’est justement dans ce Allô Police du 8 février 1977 que les détails sont les plus scabreux et troublants.  Le reporter semble avoir été aux premières loges de l’enquête lors des témoignages.  Il y a des photos croquées sur le vif de tous les témoins, allant de la gardienne de 14 ans jusqu’à l’infirmière de l’hôpital en passant par le propriétaire du bar d’où revenait apparemment le couple.  On y montre aussi le couteau de prélart déposé en preuve.  On relate le témoignage de Marcel.  Celui-ci raconte des détails crus sur l’intimité du couple.  Il raconte même que sa femme était apparemment fragile puisqu’elle avait l’habitude d’aller à l’hôpital à la moindre gifle qu’il lui infligeait.  Une femme malade et nerveuse, disait-il…

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Photo Police, 5 février 1977

D’une exubérance peu commune, on dirait qu’il se donnait totalement en spectacle.

Mais le plus dérangeant de l’affaire, c’est de lire dans le reportage cette petite phrase en plein milieu du texte que le fameux spectacle n’avait pourtant pas eu lieu ce soir-là mais que Marcel s’était certes inspiré de celui-ci puisqu’il en aurait été spectateur plus tôt dans la semaine.  Dire que le show avait été une mauvaise influence pour ce couple était vendeur.  Cependant, une telle couverture de journal est difficilement pardonnable à une époque où un tel événement se vit dans la honte, surtout que ces spectacles étaient illégaux.  C’était peut-être même assez pour faire taire les proches qui ont peut-être vécu leur souffrance à l’ombre.  Toutefois, ce serait hypocrite de ma part de parler du contenu sensationnaliste du Allô Police sans mentionner  que ces mêmes qualificatifs font de ce journal un bijou hors du commun pour des enquêtes comme celle de Nora.  Les noms, les lieux et les détails qui y sont mentionnés me permettront d’aller plus loin, voir même rejoindre des gens malgré les décennies qui se sont écoulées depuis.

J’ai commandé l’enquête du coroner de Nora aux archives de Sept-Îles et celle de Marcel Lambert à Coroner Québec.  Habitué aux grandes surprises, Michel ne s’est pas caché avoir eu peur que je lui annonce que la mort de son père était un suicide.  Mais ce n’était pas le cas.  Il a bel et bien eu un malaise cardiaque malgré son jeune âge.  Quant à Nora, on peut y lire qu’elle est décédée de nombreux coups de couteau et que la mort est attribuable à une hémorragie interne par lacérations viscérales du cœur et du poumon gauche.  Le coroner Raymond Gaudreault tenait Marcel Lambert criminellement responsable de ce décès.  Le numéro du procès était indiqué donc je l’ai demandé aux archives.  Malheureusement, il n’a pas été conservé.

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Conclusion du coroner, BAnQ Sept-Îles

Sûre de mon coup, j’ai cherché au plumitif pénal pour cueillir celui de Marcel afin d’avoir les autres numéros de dossiers et les dates du procès.  Aucun plumitif.  J’ai fouillé une heure de temps.  Rien.  Était-ce parce que les infractions dataient d’avant 1980?  Possible mais curieux.  Était-ce parce qu’il ne serait pas le meurtrier et qu’il aurait été blanchi par la suite?  Et ce serait pour cette raison qu’il aurait pu récupérer ses garçons dès sa sortie de détention?  Pour le savoir, j’ai demandé aux archives de Québec s’il y avait déjà eu un procès en appel.  Si Marcel a eu une si petite sentence ou s’il y avait eu revirement dans l’histoire, il me semble qu’il aurait porté sa cause ou sa sentence en appel.  Les chances étaient bonnes puisqu’il s’agirait d’une cour d’appel et que ces dossiers sont généralement conservés.  Non seulement il n’y avait rien mais on m’a de plus confirmé que Marcel Lambert n’avait aucun plumitif.

A-t-il obtenu un pardon?  Ce serait surprenant.  Même à cette époque, cela prenait environ 7 ans au minimum pour l’obtention d’un pardon lors de crimes graves.  En 1979, les critères pour le pardon avaient été resserrés.  Si pardon il y a eu entre 1981 et 1988, ce serait plutôt scandaleux, compte-tenu de la petite peine qu’il a purgée.  J’ai demandé le rapport d’événement aux archives de la SQ.  J’ai reçu la lettre du traitement de ma requête mais je n’ai pas reçu le rapport.  Entre temps, Michel a sorti des souvenirs qu’on a pu investiguer.

Si peu de traces de cette histoire mais pourtant, certains détails nous permettront de vérifier beaucoup de choses.

Si vous êtes intrigués par la suite de notre enquête, surveillez la prochaine partie.

Sachez que nous sommes très ouverts à recevoir de l’information sur cet événement en toute confidentialité à historiquementlogique@hotmail.com.

 

Références

Allô-Police, 5 février 1977, microfilms à la grande bibliothèque, BAnQ

Photo-Police, 5 février 1977, microfilms à la grande bibliothèque, BAnQ

Brassard, Andrée, L’Avenir, 27 janvier 1977,  Newspapers – Google News

https://news.google.com/newspapers?nid=tkaPQYYpVKoC&dat=19770127&printsec=frontpage&hl=fr

Brassard, Andrée,  L’Avenir, 3 février 1977, Newspapers – Google News

https://news.google.com/newspapers?nid=tkaPQYYpVKoC&dat=19770203&printsec=frontpage&hl=fr

Enquête du coroner de Nora Lavallée, Dossier 77-3, BAnQ Sept-Îles

Enquête du coroner de Marcel Lambert, A-24546, Coroner Québec

Gravenor, Kristian, Coolopolis:

http://coolopolis.blogspot.com/2017/03/when-perversion-jealousy-and-violent.html#!/2017/03/when-perversion-jealousy-and-violent.html

Original du dossier de la Protection de la Jeunesse de Michel Lambert, conservé par lui-même

Photos de familles, conservées et partagées par Michel Lambert

 

À la mémoire de Louise Fleury

Il y a certains crimes pourtant résolus qui font parfois l’objet d’une certaine attention.  Pourquoi?  Pour plusieurs raisons.  Il arrive que ce soit pour des motifs de cheminement personnel ou pour une quête de réponses.  Après tout, ces crimes nous ont modifié collectivement et individuellement, en plus d’avoir façonné notre système judiciaire.  Plus précisément, c’est aussi en étudiant les cas résolus que l’on apprend beaucoup.  Les gens demandent souvent à quoi bon revenir sur ces tristes événements.  Les cas résolus nous permettent de lire les déclarations statutaires des accusés, de lire leur procès et donc leur témoignage, de consulter leur rapport psychiatrique, de voir parfois comment ont-ils pu demander un appel à leur sentence et avec quels motifs.  Avec notre ère numérique, on peut maintenant aller chercher un maximum d’information en quelques clics et ensuite compiler ces données pour trouver des corrélations entre différentes victimes.  Résoudre un cas non-résolu est quelque chose de rare si on pense à sa finalité.  Mais si résoudre une affaire serait d’apporter des confirmations aux familles, de trouver une information qui permet à une soeur de poursuivre son parcours ou encore à une mère de voir la chronologie des faits du meurtre de sa fille exempt d’erreur plutôt que sur une humiliante couverture de journal sur laquelle figure son corps meurtri et nu, on serait donc en mesure d’en résoudre plusieurs.  Cela dépend dans quel angle on voit les choses.

Dans le cas de Louise Fleury, c’est moi-même qui ait approché la famille.  Le meurtrier, Raymond Baird, était un conjoint violent récidiviste.  Comme il a eu plusieurs offenses du même type à son plumitif pénal, je trouvais important d’étudier son parcours.  Louise, 31 ans, a été tuée durant son sommeil le 17 février 1990.  Baird lui a tiré dessus, pratiquement à bout portant, dans le front et dans le dos.  Le fils de Louise, Claude, âgé d’à peine 12 ans, a entendu les coups de feu et s’est sauvé que partiellement vêtu pour aller trouver son grand-père qui résidait sur la même rue.  En attendant les secours, le père de Louise s’est rendu à son logement et n’a pu que constater avec effroi la gravité de ses blessures.  Elle est décédée des suites d’un traumatisme crânio-cérébral et d’une lacération au poumon gauche.  Les prélèvements toxicologiques révèlent que Louise avait ni alcool, ni drogue dans son sang.  Quant à Baird, il avait fait une tentative de suicide en se tirant dans l’abdomen mais il a survécu, sa vie étant déclarée hors de danger le soir même.

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Je me rappelle bien de cet événement car il s’était produit en face de chez nous et Claude était dans la même classe que ma grande soeur.  Je ne le connaissais pas beaucoup.  Mais j’ai toujours eu souvenir de cet habile garçon qui sautait par-dessus des clôtures Frost à une seule main et qui avait ce parfait métissage qui nous rappelle que le partage des chromosomes dans le mélange ethnique a le don d’aller chercher le plus beau de chacun des parents…

Forcément, la vie de Claude venait de prendre un autre chemin.

Dans la feuille de route de Baird, on peut constater qu’il a eu des infractions au Code criminel de 1978 jusqu’à sa dernière, en 2006.  Au niveau des archives des journaux, on peut voir dans La Presse de mai 1973 que lui et deux acolytes avaient été épinglés dans une affaire de vol de 10 000$.  Baird avait alors 18 ans.  En 1981, sa conjointe de l’époque avait porté plainte contre lui.  S’ensuit alors quelques infractions criminelles au code de la route jusqu’au meurtre de Louise en 1990.   Il a plaidé coupable et serait resté en détention jusqu’en 2002.  En 2006, à St-Hubert, il a étranglé sa conjointe mais celle-ci s’en est heureusement sortie de peu.  Au procès découlant de cette odieuse tentative de meurtre, la famille de Louise s’était présentée au Palais de Justice de Longueuil.  En 2012, à l’âge de 57 ans, il est décédé alors qu’il était en détention au pénitencier de Cowansville.  L’enquête du coroner nous indique que ce matin là, il s’est effondré sous l’oeil témoin de quelques détenus et que l’autopsie a conclu à un arrêt cardiorespiratoire en raison d’une insuffisance cardiaque.

Pour ce qui est de l’enquête du coroner de Louise et de l’information médiatique concernant son meurtre, il y a quelques pendules à mettre à l’heure.  D’abord, peu d’articles relataient les bonnes informations.  On se trompe sur l’âge de Louise, sur les circonstances qui ont emmené Baird à tuer et on parle parfois de lui comme étant le père biologique de Claude alors que ce n’était pas le cas.  Même la notice nécrologique que nous offre l’établissement de Cowansville ne contient pas la bonne année quant aux événements.  Le plus troublant est certainement l’enquête du coroner de Louise.  On expose les faits lors de l’arrivée des secours et lorsqu’il est question de Claude, on l’appelle Monsieur Claude alors qu’il allait fêter ses 12 ans deux mois plus tard.  On dit alors qu’il a été appelé par Baird chez son grand-père et qu’il lui a dit avoir tué sa mère.  Il n’est aucunement mentionné que Claude a vécu le drame à l’intérieur du logement et que Baird l’a plutôt appelé de vive voix pour lui demander de venir l’aider.  C’était un enfant qui a tout vu et tout entendu.  Dans ce cas-ci, c’est une enquête qui s’est résolue rapidement mais autrement, ce document aurait pu rester longtemps d’une grande importance puisque les informations étant habituellement exactes peuvent être lues ultérieurement par des professionnels prenant le relais.  Ces erreurs, probablement involontaires, minimisent toutefois l’impact sur l’enfant puisqu’il y a un monde entre voir, entendre ainsi que courir pour sa vie et recevoir un appel tel que mentionné.

L’histoire de Louise Fleury a causé beaucoup de dommages autours d’elle.  J’avais 8 ans et je prenais conscience de cette noirceur extrême.  Ironiquement, je me rappelle que quelques jours plus tard, il faisait un temps magnifique dehors.  Le printemps s’amenait.  J’ai pensé à Claude.  Je me disais que ça devait être insoutenable pour lui de voir les gens continuer leur train de vie, sourire parce qu’il fait beau, parler de « belle journée pour étendre » à la Maisonnée au coin de Notre-Dame.  Je ne pense pas me tromper en pensant que lui, il était encore figé à la première étape de son long deuil.  Je me disais que la vie pouvait être arrogante pas rien qu’un peu avec ses beaux atours.

Louise, repose en paix.

Spécialement, même si on ne s’est pas connu, tu es une bonne partie de la raison pourquoi j’aide d’autres familles à investiguer.

Et Claude, repose en paix toi aussi.

 

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