Mise à jour de la liste des affaires non résolues


            La nouvelle mise à jour de la liste des affaires non résolues élaborée par Historiquement Logique est maintenant disponible au format PDF sur la page Affaires non résolues du Québec.  Le nouveau format de la liste, présenté tout à fait gratuitement en PDF, sera plus convivial et plus facile à consulter, entre autre en raison de la présence d’une table des matières.

Créée le 11 juillet 2015, la page des Affaires non résolues du Québec de Historiquement Logique présentait une liste sous format de page Web dont la mise à jour s’avérait parfois laborieuse, principalement en ce qui concernait l’ajout de photos.  Désormais, cette page, beaucoup plus courte, permet de télécharger gratuitement l’édition 2018 de la liste.

Dorénavant, Historiquement Logique présentera un document complet que nous espérons pouvoir mettre à jour au moins une fois l’an.  D’ailleurs, nous travaillons déjà à l’élaboration de la version 2019.

Nous sommes conscients que les affaires de meurtres non résolus au Québec font maintenant partie d’une certaine culture et que certains chercheurs ou concepteurs de projets refusent de partager leurs informations.  Ce n’est pas notre cas.  Nous partageons avec vous les résultats de nos recherches et nous n’en tirons aucun profit.  C’est pour cette raison que tout ce que nous vous demandons en échange c’est de partager cette page.

Au nom des victimes et d’une meilleure société, ces histoires ne doivent pas être oubliées!

Merci.

 

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Octobre 70: Le mystère de la captivité (17)


Au soir du 15 octobre 1970, ces étudiants donnèrent leur appui au FLQ. (Le Devoir, 16 octobre 1970).

Jeudi, 15 octobre 1970

L’un des plus grands mystères entourant l’affaire Pierre Laporte tourne autour des détails concernant sa captivité.  Comment a-t-il été traité par ses ravisseurs?  Comment s’est-il comporté avec eux?

Voilà autant de questions qui demeurent apparemment sans réponse.  Puisque Laporte n’a pas survécu à cette épreuve, on doit se fier sur les témoignages des ravisseurs pour tenter d’en savoir plus à propos de ces sept jours de captivité.  Voilà qui n’est pas très rassurant car, comme on s’en doute, on perd beaucoup en objectivité devant de telles sources.

En 1982, Simard écrira : « il [Laporte] n’y a jamais eu de sa part des moments où il aurait crié et cherché à tout casser autour de lui.  Ça a été comme ça pendant tout le temps de sa captivité.  Il  n’a jamais eu de réaction de violence, ni verbale ni physique.  Une seule exception, lorsqu’il a essayé de « s’évader », mais ce n’est pas la même chose.  Il faut dire qu’il n’y a jamais eu non plus de violence de notre côté.  Nous avons exercé une surveillance pour qu’il ne s’échappe point.  Je sais que ça peut paraître contradictoire, mais nous avons toujours cherché à traduire cette surveillance de la façon la plus humaine possible.  Peut-être que je me donne des raisons.  Garder quelqu’un en captivité ce n’est pas humain »[1].

Simard poursuivait : « les relations entre nous et lui durant sa captivité n’ont jamais été directement agressives.  Jamais nous ne lui avons dit des choses du genre : « Lève-toé, Laporte, c’est l’heure de manger, crisse! ».  Ça n’a jamais été comme ça.  Pas par suite d’une décision que nous aurions prise ou d’un choix que nous aurions fait.  Simplement ce n’était pas notre genre.  Je pense qu’aucun de nous n’avait le goût ou était capable d’un tel comportement.  Nous n’avons jamais pensé être durs »[2].

En revanche, Simard ne dit pas comment cette relation s’est produite en réalité.  Pourquoi ne pas raconter cette partie de l’histoire si elle fut aussi romantique qu’il le laisse entendre?  Après tout, Simard et ses complices ont passé une semaine en compagnie de Pierre Laporte dans des conditions particulières.  Il devrait au moins avoir conservé quelques anecdotes!

À moins que Laporte les ait humilié, ait eu verbalement le dessus sur eux?  Certes, on peut douter des explications de Simard pour cette période, mais d’un autre côté il faut admettre que nous ne disposons que du témoignage de Bernard Lortie, qu’il livrera au cours de l’enquête du coroner, pour tenter de comprendre ce qui s’est produit cette semaine-là dans la petite maison de la rue Armstrong.

Sur le climat de cette captivité, Simard écrira encore : « jusqu’à sa tentative de fuite nous lui avons gardé les yeux bandés.  Nous avons peu conversé avec lui.  C’était seulement lorsqu’il prenait ses repas ou lorsque nous allions le voir pour lui demander s’il avait besoin de quelque chose, si tout allait bien.  Les préparatifs pour l’enlèvement et la séquestration s’étaient faits assez vite.  Nous n’avions pas pensé à faire provision de nourriture.  Nous n’avions pas eu le temps d’y penser.  Si je me rappelle bien, il ne restait que du spaghetti en boîte dans la maison.  Pierre Laporte était d’excellente humeur depuis la réponse du gouvernement.  Il nous a demandé s’il pouvait manger autre chose.  Nous lui avons répondu que c’était tout ce que nous avions et que nous n’avions pas d’argent.  Il nous a alors proposé de faire venir un repas de l’extérieur et qu’il allait payer.  Il nous a donné un vingt dollars qu’il avait sur lui.  Nous nous sommes fait livrer du poulet que nous avons tous plus ou moins dévoré »[3].

Dans la soirée du 15 octobre, après avoir forcé les médecins spécialistes à retourner au travail à l’aide d’une loi spéciale, Bourassa livrait un discours aux médias dans lequel il s’adressait directement aux ravisseurs.  « Très ferme et sans ambiguïté, cette fois, il refusait de libérer les prisonniers, sauf ceux, au nombre de cinq, qui avaient déjà fait une demande de libération conditionnelle à laquelle ils avaient droit.  Il s’engageait par ailleurs à fournir un sauf-conduit aux membres des deux cellules felquistes et à mettre un avion à leur disposition pour qu’ils puissent se rendre dans le pays de leur choix, à condition bien sûr qu’ils libèrent les otages.  Il leur donnait six heures pour prendre contact avec lui.  Six heures plus tard, le FLQ n’avait pas donné signe de vie.  Et le vendredi 16 octobre, vers trois heures du matin, l’armée commençait à se déployer dans tout le Québec »[4].

Une quarantaine d’années plus tard, William Tetley écrira : « Vallières et Gagnon ont aussi été deux acteurs clés pendant la Crise d’octobre.  Ce sont eux qui, avec Michel Chartrand et Robert Lemieux, ont persuadé pendant la Crise les étudiants universitaires et les cégépiens de débrayer, de manifester, de tenir des assemblées qui ont culminé en un grand rassemblement de 3 000 étudiants, décrocheurs, sympathisants du FLQ et jeunes membres du Parti Québécois dans la soirée du 15 octobre 1970, au centre Paul-Sauvé »[5].

Et Tetley d’ajouter à propos de cette soirée que « Les organisateurs du rassemblement avaient l’intention « d’expliquer le Manifeste felquiste », mais en l’occurrence c’est la pétition des seize « éminentes personnalités » qu’on a plutôt distribuée à la foule ».

De plus, lors de cette soirée, Vallières et Gagnon furent littéralement acclamés par la foule.


[1] Simard, op. cit., p. 50.

[2] Simard, p. 51.

[3] Simard, p. 55.

[4] Germain, op. cit., p. 155.

[5] Tetley, op. cit., p. 52.

Octobre 70: Des prisonniers politiques? (16)


Edmond Guénette, condamné à mort pour double meurtre, se trouvait sur la liste des « prisonniers politiques ».

Mercredi, 14 octobre 1970

Ce matin-là, dans La Presse, Jean-Paul Desbiens confia dans son éditorial : « personne ne peut venir à bout d’un peuple malgré lui.  La force des terroristes réside dans la complicité avec la population.  Cette complicité n’existe pas ici.  Il y aura encore des actes de terrorisme, mais le terrorisme ne prend pas racine dans notre population.  Il demeure un phénomène marginal ».

À 21h00, des personnalités très en vogue firent une conférence de presse pour demander au gouvernement de libérer les « prisonniers politiques ».  Parmi ces personnalités on retrouvait principalement René Lévesque, Jacques Parizeau, Claude Ryan et Louis Laberge, parmi les plus célèbres.  Ceux-ci se réunirent à toute hâte pour une conférence de presse au cours de laquelle ils imploraient le gouvernement provincial de négocier avec le FLQ pour la libération des « prisonniers politiques ».  Je mets ce terme entre guillemets – comme d’autres auteurs d’ailleurs – puisque plusieurs, comme William Tetley, sont en désaccord sur son utilisation.  Ce n’est pas parce qu’on s’apprêtait à parler de la Loi des mesures de guerre qu’il fallait nécessairement classer ces voyous sous la bannière injustifiée de « prisonniers politiques ».  D’ailleurs, on comptait parmi eux de véritables criminels, tels François Schirm et Edmond Guénette, tous deux condamnés à mort pour double meurtre.  On a d’ailleurs survolé leur crime lors d’un chapitre précédent.

Parmi ceux que nous connaissons le plus à travers la présente série documentaire, il y avait aussi Serge Demers, impliqué dans les homicides de Thérèse Morin et Jean Corbo en 1966.  Ces hommes-là n’étaient donc pas des enfants de chœur.

Je suis d’accord avec un auteur comme Tetley qui corrige l’utilisation du terme « prisonniers politiques » pour désigner des criminels.  En fait, le système judiciaire canadien ne fait aucune différence sur ce qui motive une personne à commettre un crime lorsque le moment vient de rendre un jugement.  Un crime est un crime.  Peu importe si un meurtre a été motivé par la vengeance, l’honneur, une crise sentimentale ou une opinion politique, ça reste un homicide.  La justice canadienne ne devait donc pas les juger comme des « prisonniers politiques », mais comme des accusés qui étaient considérés innocents jusqu’à preuve du contraire.

William Tetley a clairement dénoncé l’utilisation du terme, particulièrement parce que ces seize personnes auraient dû savoir qu’en appuyant le terrorisme c’était aussi une façon d’encourager la chute du gouvernement.  Et advenant la « réussite » de cette chute, la population aurait basculé dans une grande incertitude sociale et politique.  Tetley soulignera que « les pétitionnaires s’accordaient à ne pas exiger des terroristes qu’ils relâchent les otages, mais à exiger du gouvernement qu’il remette en liberté des terroristes emprisonnés qu’ils qualifiaient de « prisonniers politiques ».  Était-ce bien là « lancer » un appel à la démocratique? »[1].

André Ouellette

De plus, Tetley soulignait que ces seize personnes n’avaient jamais plus abordé le sujet de cette étrange pétition par la suite, préférant marteler leurs propos sur le sujet de la Loi des mesures de guerre.

Deux jours plus tôt, le 12 octobre, le gouvernement fédéral faisait entrer l’armée dans les rues d’Ottawa.  On sentait bien que cette idée s’en venait également pour Montréal, là où le FLQ avait sévi le plus intensément depuis sa création en 1963.  Et comme si ce n’était pas assez, le maire de Montréal, Jean Drapeau, contribua à entretenir l’incertitude par ses propos.  « Quelques jours plus tard, Drapeau gagnait ses élections avec 94% des voix »[2].

La SQ était littéralement débordée et, toujours selon Germain, le directeur Maurice Saint-Pierre faisait pression auprès de Bourassa pour obtenir l’intervention de l’armée.  Il est clair que la police n’y arriverait pas toute seule.  On imagine le nombre de pistes à suivre et de personnes à interroger pour tenter de découvrir le filon qui permettrait de conduire les policiers vers la cachette des deux groupes de ravisseurs.

Au matin du 14 octobre, Jean-Paul Desbiens écrivait dans La Presse ce texte prémonitoire : « Quand les terroristes seront coffrés, ils auront un procès selon les lois qui nous gouvernent.  Ils traîneront assez longtemps devant les tribunaux pour finir par avoir l’air de victimes et donner l’image de héros dans un journal aussi capitaliste que La Presse, et des avocats sans grève (à quand une grève des avocats?) mangeront les fonds amassés par un comité de bonnes âmes.  La société même que les terroristes veulent détruire est assez molle et, indivisiblement, assez généreuse, pour se payer le luxe de les juger longuement et soigneusement.  À Cuba, les mêmes hommes seraient tués à vue aussitôt qu’identifiés ».

Nous terminerons ce chapitre par la liste des criminels dont le FLQ exigeait la libération :

Pierre Boucher, 25 ans Condamné à 16 ans pour trois hold-up
Cyriaque Delisle, 25 ans Condamné à vie pour le meurtre des deux employés de l’International Firearms
Pierre Demers, 21 ans 12 ans pour hold-up
Serge Demers, 25 ans 8 ans pour attentats à la bombe et braquages
Marcel Faulkner, 25 ans 6 ans et 8 mois pour hold-up et attentats à la bombe
Marc-André Gagné, 26 ans 25 ans pour hold-up
Pierre-Paul Geoffroy, 26 ans Prison à vie pour une trentaine d’attentats à la bombe
Edmond Guénette, 26 ans Condamné à mort pour vol et double meurtre commis à l’International Firearms
Gabriel Hudon, 28 ans 12 ans pour homicide involontaire dans l’affaire du meurtre de Wilfrid O’Neil
Robert Hudon, 26 ans 8 ans pour hold-up
François Lanctôt, 21 ans (frère de Jacques Lanctôt) Accusé d’avoir planifié un enlèvement
Gérard Laquerre, 28 ans 6 ans et 8 mois pour homicide involontaire dans le meurtre de Thérèse Morin
André Lessard Accusé de hold-up, déjà condamné pour avoir pris un policier en otage en 1965
Robert Lévesque, 29 ans 7 ans pour homicide involontaire dans le meurtre de Thérèse Morin
Michel Loriot Incendie criminel
Pierre Marcil Accusé de complot visant à enlever le consul d’Israël à Montréal
Rhéal (ou Réal) Mathieu, 22 ans 9 ans pour homicide involontaire dans les affaires de meurtres de Jean Corbo et de Thérèse Morin
Claude Morency, 19 ans Accusé de possession de dynamite
André Ouellette, 31 ans 10 ans pour hold-up
André Roy, 23 ans Accusé d’avoir planifié l’enlèvement de Harrison Burgess, consul américain à Montréal
François Schirm, 38 ans Condamné à mort pour le double meurtre de 1965 à l’International Firearms
Claude Simard, 23 ans 5 ans et 10 mois pour homicide involontaire dans l’affaire du meurtre de Thérèse Morin
Réjean Tremblay, 27 ans accusé de hold-up[3]

La moyenne d’âge de ces criminels est d’environ 25,7 ans.  Devant l’énumération de leurs crimes, pour lesquels ils avaient été condamnés ou étaient en attente d’un jugement, peut-on réellement les qualifier de « prisonniers politiques »?


[1] Tetley, p. 18.

[2] Georges-Hébert Germain, op. cit., p. 154.

[3] Cette liste est tirée du livre de William Tetley, Octobre 1970, dans les coulisses de la Crise, p. 356-358.

Nouvelle mise à jour de la page Affaires non résolues


La page permanente d’Historiquement Logique intitulée Affaires non résolues du Québec, qui est l’une des plus consultées depuis 2016, changera bientôt de visage.  En raison de certaines obligations, j’ai tardé à y apporter les modifications nécessaires, ce qui explique pourquoi la dernière mise à jour remonte au 12 janvier 2017.

D’ici quelques semaines, la page se présentera sur un format moins chargé et beaucoup plus convivial.  En raison de la complexité de la mise en page, en particulier lors de l’ajout des photos des victimes, nous avons pris la décision de raccourcir cette page et de présenter la liste des affaires non résolues dans un document PDF qui sera tout à fait gratuit.  Celui-ci permettra une mise en page plus adéquate et des mises à jour plus régulières.  Le document renfermera des textes supplémentaires et beaucoup plus d’illustrations que nous en retrouvons présentement sur la page.

Évidemment, nous demeurons ouverts aux suggestions.  Il faut d’ailleurs remercier le public qui nous informe de cas de meurtres non résolus qui n’avaient pas encore été porté à notre attention.  Ceci dit, nous profitons de l’occasion pour souligner que nous n’incluons pas les disparitions, car celles-ci sont trop nombreuses et par conséquent difficiles à gérer.  Les cas suggérés doivent donc être classés officiellement comme des meurtres pour lesquels personne n’a encore été condamné par un tribunal.

En espérant que la nouvelle page vous plaira et que la liste sera de consultation plus agréable.

Merci de votre compréhension

Octobre 70: Une euphorie bien immature (15)


Mardi, 13 octobre 1970

Au matin du 13 octobre, les journaux annoncèrent la possibilité d’une ouverture dans les négociations entre le gouvernement provincial et le FLQ.  Était-ce seulement réaliste d’y croire?

Quoique par moment il est difficile de dater les faits relatés par Simard – j’en ai fait mention dans un précédent article – celui-ci écrivait en 1982 : « on nous disait, on nous laissait sous-entendre qu’il [Bourassa] acceptait de négocier.  Une personne avait été nommée pour agir comme négociateur au nom du gouvernement.  Pour nous ça a été l’euphorie.  Nous nous serrions dans les bras.  Nous avions le goût de nous embrasser.  Toute la crainte que nous avions eue en posant le geste d’enlever Pierre Laporte s’est dissipée.  Toute la peur qu’advenant un refus nous aurions été placés devant la décision pénible … inhumaine, de devoir ou simplement penser devoir poser l’autre geste… Tout ça est parti, chassé de nos têtes, de nos tripes.  Nous avions réussi »[1].

Quand il parle de « poser l’autre geste », on aura compris qu’il était question de meurtre.  C’est donc dire que l’assassinat de leur otage faisait partie des options depuis le début de leur projet, et par conséquent Simard avouait indirectement la préméditation du meurtre.  Il y avait pensé.  Avec une telle admission devant un tribunal, cela revenait à dire que le verdict d’homicide involontaire n’était plus possible.  On avait planifié le meurtre de Laporte, selon ce qui arriverait dans les négociations avec le méchant gouvernement.  Encore une fois, il s’agissait d’une autre façon de rejeter le blâme sur autrui, de fuir ses responsabilités, les conséquences de ses actes.

Bien sûr, Simard, Lortie et les frères Rose ont vite déchanté de cette fausse joie née d’apparentes négociations dont nous ne connaîtrons probablement jamais les détails.  En 1982, Simard attribuera ce mal entendu en avouant presque son inculture : « nous avions peut-être mal écouté ce qu’avait vraiment dit Robert Bourassa.  Par après, en relisant le texte de son discours, je me suis aperçu qu’au fond il n’avait rien accepté.  Mais sur le moment, avec toute la tension que nous vivions … nous pensions …  Nous voulions tellement.  Nous espérions avec tellement de force sortir du dilemme inhumain que portait, en conséquence, l’enlèvement de Pierre Laporte.  À la première occasion d’y croire, nous y avons cru.  Peut-être aussi que le langage de Robert Bourassa, le supposé langage politique, ce n’est pas le nôtre.  Nous n’y sommes pas habitués.  Une façon de parler, d’enligner des mots qui laissent sous-entendre bien des choses mais qui, en réalité, ne disent rien »[2].

Étrangement, on pourrait pratiquement affubler son livre du même commentaire puisqu’en le lisant on se demande bien souvent l’orientation qu’il souhaite se donner et surtout le réel motif d’avoir voulu écrire cet ouvrage peu révélateur et timide.

Mais pour en revenir au discours de Bourassa, Simard affirmera que Laporte l’avait entendu en même temps qu’eux.  « La radio était tout le temps ouverte », précisera Simard.  « Il pouvait l’entendre comme nous.  Ça a été l’euphorie ou le soulagement pour lui aussi.  Son moral est monté au maximum »[3].

En fait, dira Simard, Laporte se sentait tellement heureux qu’il aurait proposé à ses ravisseurs certaines solutions, leur expliquant que « en ce qui concerne les ex-employés de Lapalme, je sais comment on peut régler ça.  On va les faire engager par la Commission des accidents du travail.  À quel titre, je ne le sais pas encore, mais je sais que cela peut se faire.  Il n’y a aucun problème »[4].

C’est à ce moment que Laporte leur aurait demandé d’écrire sa seconde lettre.  Selon Simard, personne ne lui aurait dicté quoi que ce soit, sauf sur un seul point.  Laporte aurait écrit « si tous les hommes politiques sont protégés on frappera ailleurs, dans toutes les classes de la société ».  Ils lui ont fait rayer ces trois mots : « toutes les classes ».


[1] Simard, p. 52.

[2] Simard, p. 52.

[3] Simard, p. 53.

[4] Simard, p. 53.