Tous les articles par Eric Veillette

Technicien en documentation, auteur et chercheur spécialisé dans la révision et l'analyse de dossiers judiciaires.

Double meurtre de Diane Déry et Mario Corbeil: Un 2e suspect?

En 2019, après avoir consulté le dossier du coroner sur le double meurtre de Diane Déry et Mario Corbeil, une tragédie survenue en 1975 à Longueuil, j’ai publié un article sur Historiquement Logique! qui m’a valu une participation au sein du documentaire Le dernier soir, diffusé sur les ondes de Radio-Canada en janvier 2020. Dans cette affaire, le dossier du coroner mettait de l’avant le nom d’un suspect, que nous appellerons ici Philippe.

Le 14 juin 2020, un article de Nicolas Bérubé publié dans La Presse présentait un deuxième suspect. Ce dernier, surnommé Danny en raison du fait qu’il était mineur au moment des faits, était suggéré par Marc Doiron, un monteur de son de Radio-Canada. En fait, c’est en travaillant sur le documentaire Le dernier soir que Doiron s’est souvenu de Danny, qui habitait le même quartier que lui à Longueuil en 1975. En fait, Danny présente un profil intéressant qui le rend aujourd’hui intéressant comme suspect dans l’affaire du double meurtre de Diane et Mario.

Les faits

Le 20 mai 1975, Mario Corbeil, 15 ans, a reçu en cadeau de ses parents une moto Kawasaki. Le même soir, il s’est empressé d’offrir des balades à ses amis du quartier. Vers 20h15, il a pris sa dernière passagère, Diane Déry, 13 ans. Leur balade les a conduit dans un boisé situé dans le secteur de la base militaire de Saint-Hubert.

Les deux jeunes amis ne devaient jamais revenir vivants de cette promenade.

Les corps de Diane et Mario ont été découvert le lendemain matin dans le boisé. Ils avaient tous deux été abattus par des tirs de calibre .22. Ce double meurtre n’a toujours pas été élucidé.

Comme je le relatais dans mon article de 2019[1], les enquêteurs de l’époque se sont intéressés à certains jeunes des environs qui possédaient des armes de ce type. Toutefois, 45 ans plus tard, les informations contenues dans l’enquête du coroner pointaient vers un seul suspect possible, c’est-à-dire Philippe.

Ce jeune homme d’à peine 18 ans était déjà reconnu pour être un dur, en plus de tremper dans des histoires de drogue. Quelques années plus tard, au début des années 1980, il a d’ailleurs été impliqué dans le meurtre du membre d’un club de motards criminalisé. Toutefois, Philippe fut acquitté dans cette affaire.

Finalement, Philippe a été déporté en France vers la fin des années 1980. C’est là, au téléphone, que l’équipe du documentaire Le dernier soir l’a rejoint l’an dernier. Dès qu’il a compris la raison pour laquelle on cherchait à le joindre, il s’est aussitôt refermé comme une huître.

Le deuxième suspect

En juin dernier, voilà que les soupçons se tournaient vers Danny. Marc Doiron, qui habitait le secteur de l’aéroport de Saint-Hubert au moment du double meurtre de 1975, s’est souvenu que Danny, un jeune adolescent du quartier, se montrait menaçant. Il aimait apparemment faire peur à son entourage, en plus de faire preuve de négligence dans la manipulation des armes à feu.

Le plus intéressant, c’est qu’en 1976 ce jeune homme a démontré qu’il était capable d’enlever la vie à quelqu’un. L’article de Bérubé mentionnait le nom de sa victime : Ralph Edwards, 19 ans.

Or, les archives de Photo-Police nous permettent de décrire un peu mieux les circonstances de ce crime.

Le meurtre de Ralph Edwards

Le 14 mai 1976, c’est près de l’aéroport de Saint-Hubert, tout comme dans le cas de Diane et Mario, que le corps de Ralph Edwards a été retrouvé. Ce jeune homme de race noire était entré illégalement au Canada.

Rapidement, les enquêteurs ont procédé à l’arrestation d’un adolescent de 17 ans à Longueuil, alors que le troisième, Christian Lamoureux, s’est lui-même livré aux autorités le 24 mai. En fait, Edwards, Lamoureux et le fameux Danny ont commis un hold-up à Sherbrooke le 13 mai, ce qui leur avait rapporté quelques centaines de dollars. Le lendemain matin, Edwards était mort, abattu de deux décharges de calibre .410, l’une dans le dos et l’autre dans la tête. L’arme a d’ailleurs été retrouvée près du corps.

À l’époque, Pierre Schneider, qui écrivait pour Photo-Police, émettait l’hypothèse selon laquelle Edwards aurait pu être tué pour éviter de lui remettre sa part du butin.

Lors de l’enquête du coroner, Danny a expliqué dans ses mots le déroulement du crime : « Je tenais le fusil quand le coup est parti et a atteint Ralph. Il a crié mon nom en tombant à genoux. J’ai tourné la tête et j’ai tiré un autre coup de feu sur lui. J’étais devenu hystérique, je « freakais » … Puis, je l’ai frappé à coups de crosse de fusil sur la tête. »

Or, l’arme du crime possédait un mécanisme à verrou (bolt action), ce qui veut dire que le deuxième coup ne pouvait pas être accidentel puisqu’il faut une action en quatre étapes pour recharger ce type d’arme.

Selon Lamoureux, qui était alors défendu par le célèbre criminaliste Me Frank Shoofey, le meurtre de Ralph n’était pas prémédité.

Danny et Lamoureux ont été tenus criminellement responsables du meurtre par le coroner. Toutefois, Danny fut le seul contre qui la justice déposa une accusation de meurtre. Au terme de son procès, en 1977, il écopa de 9 ans de détention.

Contrairement à Philippe, Danny a été officiellement reconnu coupable d’avoir commis au moins un meurtre. Cette constatation fait-elle de lui un suspect plus intéressant dans l’affaire de Diane et Mario?

Hormis le fait que les deux scènes de crime se situaient dans le même secteur et qu’elles se sont produites à pratiquement un an de différence, rien de ce qu’on connaît à propos de ces deux incidents violents ne permet de dresser des similitudes sérieuses. Reste à savoir si les policiers possèdent des informations supplémentaires leur permettant de s’intéresser à l’un plutôt qu’à l’autre.


[1] https://historiquementlogique.com/2019/07/08/diane-dery-et-mario-corbeil-1975/