Tous les articles par Micheline Lampron

23 juin 2001

23 juin 2001, veille de la Saint-Jean-Baptiste. Une soirée qui aurait dû être sous le signe de la célébration. Malheureusement, pour Lucie Gélinas et trois amis partis de Laval pour prendre part aux festivités se déroulant à Montréal, elle s’est plutôt soldée par un drame insensé. À l’issue d’une poursuite infernale sur l’autoroute 40, au cours de laquelle les quatre occupants de la petite Hyundai ont été la cible d’un tireur fou, Lucie perdait la vie; un de ses compagnons allait demeurer paraplégique, et les deux autres garderaient des séquelles plus ou moins visibles.

Cette affaire avait beaucoup défrayé les manchettes à l’époque. Non seulement le crime commis était odieux, mais il avait été perpétré par un officier de la GRC. Jocelyn Hotte, en congé de maladie prétendument pour cause de dépression, épiait et menaçait son ex-conjointe depuis quelque temps déjà. Celle-ci avait d’ailleurs contacté le service de police à ce sujet, sans pouvoir obtenir la protection nécessaire. L’« esprit de corps » qui existe dans les métiers où la sécurité du public est censée être la priorité a-t-il empêché, en quelque sorte, les policiers de Laval de remplir leur mission de servir et protéger? Existe-t-il une omerta chez les agents de la paix qui fait fermer les yeux quand ils devraient être grand ouverts? Il est légitime de se poser la question.

Hotte aurait dit à son ancienne amie de cœur qu’elle allait « finir comme son père », lui-même tué à bout portant des décennies plus tôt… Sa funeste prédiction devait se réaliser de sa propre main.

Ce « fait divers », en termes journalistiques, est malheureusement loin d’être unique. Un article qui vient de paraître dans le journal Le Devoir dresse un portrait effarant de la violence conjugale au Québec. De 2013 à 2017 seulement, 47 femmes sont mortes des suites de la violence de leur conjoint, ex-conjoint ou « ami » intime. Par ailleurs, selon le ministère de la Sécurité publique, 136 femmes ont survécu à une tentative de meurtre au cours de la même période. Les chiffres dévoilés pour l’année 2015 par l’Institut national de santé publique du Québec ont de quoi nous faire frémir encore davantage : 15 131 victimes féminines de crimes commis dans un contexte conjugal!

Lucie, c’était ma cousine…