Conférence sur les archives judiciaires de la Mauricie à BAnQ

20161119_152316_burst01            Le 19 novembre dernier, c’est sur invitation de l’archiviste Sophie Morel, de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) à Trois-Rivières que j’ai eu la chance d’offrir une présentation PowerPoint sur les plus retentissants dossiers criminels à avoir marqué l’histoire de la Mauricie.  Mon survol se consacrait principalement aux sept meurtriers pendus dans l’enceinte de la prison de Trois-Rivières entre 1825 et 1934, ainsi que certains autres dossiers méconnus.

            Ce fut un plaisir de vulgariser ces faits historiques en plus de faire connaître ce passé judiciaire très enrichissant, en commençant par l’amérindien Noël François, qui est à l’origine de la légende du mur du pendu.  Nous avons ensuite abordé l’épouvantable crime de Thomas Therrien, commis à l’intérieur même des murs de la prison, de même que ceux de Louis Théberge et William E. Brainard.

            Le cas de Sclater en 1905, qui demeura à jamais une affaire non résolue, a rappelé des souvenirs à certaines personnes puisqu’il a fait l’objet d’un épisode de la télésérie Les grands procès au milieu des années 1990.

            Indéniablement, la simple évocation du massacre de la rue Laurier a suscité quelques réactions parmi l’assistance.  En effet, il s’agit là du plus sanglant familicide jamais commis dans toute l’histoire du Canada avec une arme blanche.  Par une nuit de décembre 1929, Andrew Day utilisa une hache pour assassiner froidement sa femme et ses sept enfants avant de tenter de s’enlever la vie en se tranchant la gorge.

            À défaut d’avoir pu assister à la présentation, je vous invite à consulter le lien YouTube suivant :

https://www.youtube.com/watch?v=T7MkTpGGAbw&t=155s

            N’hésitez pas à vous abonner à ma chaîne YouTube pour être parmi les premières personnes à recevoir les prochaines vidéos.

            Je remercie très sincèrement l’archiviste Sophie Morel pour cette idée originale, ainsi que Rodrigue Savard pour son travail remarquable à la diffusion de l’information judiciaire sur 10-04 Média.

Bon visionnement!

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Le polygraphe dit-il toujours la vérité, rien que la vérité?

sans-titre            Le polygraphe, communément surnommé le détecteur de mensonge, a défrayé la manchette ces jours-ci en raison de l’affaire Jonathan Bettez. L’homme de 36 ans, arrêté pour pornographie juvénile, est clairement visé par la population comme étant le tueur de Cédrika Provencher, cette fillette sans défense enlevée en 2007 et dont les restes furent retrouvés en décembre 2015.

À cinq reprises, Bettez aurait refusé de se soumettre au polygraphe. Lors de son arrestation, il aurait même offert aux enquêteurs de le passer sous certaines conditions. Bien que ceux-ci acceptèrent toutes ces formalités, Bettez recula, une nouvelle fois.

Légitimement, la population se demande pourquoi, puisqu’il se prétend innocent, n’accepte-t-il pas de mettre un terme à cette énigme en se soumettant au polygraphe?

Certes, ce test est inadmissible en Cour criminelle, même si du côté policier on entend certains commentaires à l’effet que cet outil d’enquête connaît une efficacité allant au-delà du 100%. Devant cette tartuferie, Me Rancourt, lors de son passage à l’émission Denis Lévesque sur les ondes de TVA, alla dans l’autre sens en qualifiant l’instrument de « fumisterie ».

Qui croire? Comment s’y retrouver?

En fait, comme c’est souvent le cas devant deux pôles, la vérité se situe probablement quelque part entre les deux. Pour tenter une incursion dans cet univers mystérieux des techniques d’enquête, je me suis plongé dans mes notes. Celles-ci m’ont immédiatement renvoyé le souvenir d’avoir vu John Galianos, l’expert québécois dans le domaine de la polygraphie, qui déclarait dans un documentaire que le détecteur de mensonge est efficace dans une proportion de 90%.

La sommité en la matière avoue donc que l’instrument n’est pas parfait puisqu’il accuserait une marge d’erreur d’au moins 10%. Et quand on se tourne vers d’autres crimes, on est en mesure de le constater plus concrètement. Par exemple, on retrouve des cas où de véritables assassins sont parvenus à déjouer l’appareil.

C’est en 1982, dans l’État américain de la Georgie, que Pam Hartley assassinait son mari. Et pourtant, elle passera le détecteur de mensonge haut la main. Pourtant, Pam était bien la meurtrière. Après une accumulation de différentes preuves, elle sera finalement arrêtée en 1996 et condamnée.

Le célèbre tueur en série Gary Ridgeway, connu également comme le Green River Killer, déjoua lui aussi le polygraphe comme si ce n’était qu’un jeu d’enfant. Le scénario se répéta avec Mark Sotka, qui tua sa petite amie parce que celle-ci refusait de se faire avorter. Le tueur en série Kendall François, ainsi que Curvin Richardson, l’assassin d’Amy Roman[1], ont aussi obtenu une note parfaite. Ce ne sont là, assurément, que quelques cas parmi tant d’autres.

Imaginons un instant que ces résultats aient été admis en preuve. Quel aurait été l’issue de ces procès?

L’aspect dramatique se situe probablement dans le fait que le détecteur de mensonge peut également faire erreur dans l’autre sens. En effet, il peut aussi mettre les innocents dans l’eau chaude. La mésaventure s’est produite avec Greg Parsons, un jeune homme arrêté pour le meurtre horrible de sa mère, commis en 1991. Il échoua le test parce que, selon lui, le policier interrogateur le mit littéralement en colère. Parsons fut jugé et condamné. Après avoir purgé 7 ans, il fut blanchi grâce à l’ADN. Le véritable coupable fut identifié et condamné. Il s’appelait Bryan Doyle. C’était un ami proche de Parsons.

Le cas de Josh Philipps est à faire frémir. Ce jeune adolescent de 14 ans tua froidement sa petite voisine de 8 ans, Maddie Clifton. Lorsque les policiers vinrent le questionner, Philips parvint à les mettre sur une fausse piste. Il leur expliqua que la fillette, alors considérée comme disparue, avait traîné chez un adulte nommé Larry Grant qui habitait avec sa vieille mère. Le passé trouble de ce dernier – il avait fréquenté une fille de 16 ans – semblait coller au profil recherché. D’ailleurs, on retrouva chez Grant des photos de jeunes filles dans des positions compromettantes. Lorsqu’il parlait de Maddie, Grant laissait même entendre qu’on l’avait déjà enterrée. Il échoua lamentablement le test du polygraphe.

Encore une fois, la machine fit fausse route. Une semaine après la disparition, le corps de la fillette fut retrouvé dans la chambre de Josh, sous son lit. Il se trouvait dans un état de décomposition avancé.

Un autre cas troublant est survenu en 2000 sur l’USS Hancock, navire sur lequel on retrouva le corps de l’officier Ratish Prasad. Le NCIS, qui fut chargé de l’enquête, découvrit que le meurtrier de Prasad avait aussi volé 100 000$ dans un coffre. La victime avait été ligotée et tuée d’une balle de calibre .38. Rapidement, John Grant devint un suspect sérieux. Non seulement il connaissait des problèmes de drogue et d’argent, mais il échoua le test du polygraphe. De plus, on retrouva chez lui une arme de poing de calibre .38 et sous sa couchette un linge taché de sang. Tous ces éléments faisaient de lui le coupable tout désigné.

Et bien non! Les analyses démontrèrent que son arme n’avait pas servie pour le meurtre et que le sang était celui de Grant. Un soir, il affirma avoir beaucoup saigné du nez. Devant ces évidences, les résultats du test polygraphique ne tenaient plus et on se résigna à le disculper complètement. Heureusement, le véritable assassin fut démasqué peu de temps après. Il s’agissait d’un autre marin du nom de Reuben Colon.

En 1984, dans une entrevue radiophonique accordée à Radio-Canada, la jeune diplômée en droit Céline Lacerte-Lamontagne présentait les résultats de sa thèse en droit criminel canadien, qui avait pour sujet le détecteur de mensonge. Je vous invite d’ailleurs à écouter l’entrevue titré Peut-on croire le détecteur de mensonge?

La jeune avocate y mentionne elle-même que l’outil n’est pas efficace à 100%, un fait qui dépendrait de la compétence du polygraphiste. Ensuite, certains problèmes physiques du sujet peuvent venir fausser les résultats, ce qui peut tromper le test. Bien que cette entrevue date de plus de trois décennies, il semble qu’il n’y ait pas eu de grandes évolutions dans le domaine.

Selon d’autres études, dit-elle, le polygraphe est inefficace, en partie par son contexte subjectif. Lacerte-Lamontagne, qui allait devenir juge en 1994 et se retrouver à la tête de la Commission qui allait confirmer le suicide du policier Louis-Georges Dupont, expliquait que ce test ne devait pas être admis en preuve. Sans doute devra-t-il demeurer longtemps là où il est, à savoir dans le coffre à outils des enquêteurs.

Lectures suggérées :

http://www.droit-inc.com/article18554-Le-detecteur-de-mensonges-cet-inconnu

https://www.erudit.org/revue/pv/2015/v13/n1/1033114ar.html

[1] Son ADN le confondra 15 ans plus tard.

Accident mortel à Champlain, 1959

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Site de l’accident, à Champlain, sur la route 138.  On constate des traces de freinage et à droite une voiture de la Sûreté provinciale.  C’est devant la pancarte à l’effigie des cabines Au Chien d’Or, précisément sur la lettre A, que s’est produite la collision mortelle.

 

Le 22 juillet 1959, un peu après 23h00, Germain Gagnon, un hôtelier de Champlain, vit sortir deux hommes de son établissement, un ontarien du nom de Wallace McNab, ainsi que Gérald Portelance. Ceux-ci montèrent tous deux à bord d’une voiture de marque De Soto avant de démarrer à toute vitesse, s’éloignant sur la route 2 (aujourd’hui nationale 138).

 

Benoît Côté, un boulanger champlainois de 44 ans, était assis sur sa galerie pour prendre un peu d’air lorsqu’il vit passer la De Soto à toute vitesse, en direction de Trois-Rivières. Plus tard, il estimera sa vitesse à 80 miles à l’heure (128 km/h). Mais aussitôt, le conducteur fut incapable de négocier une petite courbe, ce qui l’obligea à contrebraquer. Sans doute la manœuvre fut-elle trop brusque, puisque le véhicule dévia, son flanc droit ricochant violemment sur un poteau avant de l’envoyer rebondir dans la voie inverse.

Pendant ce temps, une autre voiture, une Buick Roadmaster 1956, arrivait à contre-sens. Le conducteur, Jacques Savary, un mécanicien de 22 ans résidant à St-Louis-de-France, roulait en direction de Québec avec trois passagers (Rodrigue Massicotte, Simon Thibeault et Charlemagne Lehouillier) lorsqu’il vit la manœuvre de la De Soto. Savary et ses copains avaient quant à eux quitté le restaurant Cossette.

Alors qu’il roulait à environ 80 km/h, Savary fit monter sa Buick sur le trottoir tout en freinant au maximum. En quelques secondes, son véhicule se retrouva immobilisé, vis-à-vis la pancarte Au Chien d’Or, où les touristes et autres voyageurs pouvaient louer des cabines pour la nuit. Mais sa manœuvre n’empêcha toutefois pas la De Soto de venir les heurter de plein fouet.

Aline L’Heureux, une femme de 44 ans mariée à Dominique Neault, se trouvait dans sa maison lorsqu’elle entendit trois bruits, dira-t-elle plus tard lors de l’enquête du coroner. Le premier lui fit penser à quelque chose qui heurtait un poteau, le deuxième à un fracas de verre et finalement le troisième à une collision. Sans tarder, elle sortit de sa maison pour constater qu’il y avait bien deux automobiles immobilisées sur le trottoir. Peu après, elle devait également se rendre compte que certaines pièces étaient venues fracasser deux de ses vitrines.

Alexandre Charest, 53 ans, était le propriétaire des cabines de location Au Chien d’Or. Lui aussi entendit le bruit provoqué par l’accident. En accourant sur les lieux, il constata d’abord que l’incident s’était produit sur son terrain. En s’approchant de la Buick rouge convertible, il y vit quatre jeunes garçons, tous inconscients.

  • CHUMMY!, leur cria-t-il, dans l’espoir de les éveiller.

Charest ne connaissait aucun d’entre eux mais il se sentait obligé de faire quelque chose pour leur venir en aide. Peu à peu, les quatre jeunes finirent par retrouver leurs sens, mais non sans peine. Lehouillier, par exemple, finit par ressentir certaines douleurs, même si ce n’est que plus tard qu’on lui diagnostiqua une fracture du sternum.

Du côté de la De Soto, le portrait fut moins encourageant. Le corps de Portelance, 19 ans, gisait sur la banquette avant, côté passager. Le choc produit par l’impact l’avait apparemment tué sur le coup. Plus tard, une accusation fut portée contre McNab en vertu de l’article 221 du Code criminel[1].

Le coroner Pierre Hubert ouvrit son enquête au Cap-de-la-Madeleine le 25 septembre 1959. Me Ludovic Laperrière agissait comme procureur de la Couronne tandis que Me François Nobert représentait Jacques Savary et ses passagers.

C’est en faisant témoigner Charest qu’on tenta de préciser le lieu exact de l’accident afin que les jurés du coroner comprennent bien ce qui s’était produit.

  • Est-ce que c’est dans la zone comprise entre le terrain de Laberge, qui est du côté est, près de chez Arthur Chartier, et celui du Dr Lachance?, questionna le procureur.
  • Je ne connais pas…
  • C’est à peu près dans le centre du village, de toute façon?
  • C’est supposé être dans le village, les indiques [indications] sont en dehors de mon terrain.

En faisant témoigner l’hôtelier Germain Gagnon, 43 ans, on espérait sans doute pouvoir déterminer la quantité d’alcool ingéré ce soir-là par l’accusé et la victime.

  • Est-ce qu’ils sont allés à votre établissement?, demanda Me Laperrière.
  • Oui, ils sont venus deux fois.
  • Vers quelle heure était-il, la première fois qu’ils sont allés?
  • Là, c’est bien malaisé à dire l’heure exacte.
  • Approximativement?
  • Ils peuvent être venus une fois autour de 21h00, je suppose.
  • Est-ce qu’ils y sont retournés une deuxième fois?
  • Oui, vers 23h00 ou 23h15, je ne peux pas dire au juste.
  • La première fois qu’ils y sont allés, est-ce qu’ils ont consommé quelque chose?
  • Oui, ils ont consommé chacun une petite bière.
  • La deuxième fois, est-ce qu’ils ont consommé quelque chose?
  • La deuxième fois, pareil. Chacun une bière; chacun une petite.
  • Est-ce que vous avez vu partir McNab de chez vous?
  • Bien, ce soir-là, je ne sais pas si c’est la première fois ou la deuxième fois que je l’ai vu partir. Je sais que je les ai vus partir une fois.
  • Comment est-il parti?
  • Il est parti assez vite. Ça peut partir plus tranquillement, puis ça peut partir plus vite. Ça a parti assez vite.

Laurent Boisvert, un officier de la Police provinciale âgé de 43 ans, confirma que la De Soto appartenait à Wallace McNab, d’Owen Sound, en Ontario. Il fournira également certaines précisions, comme la largeur de la route (27 pieds), la distance entre le poteau et le site de l’impact (225 pieds), et ainsi de suite.

  • Quelle est la vitesse permise à cet endroit-là?, lui demanda le procureur.
  • C’est une zone de 30 miles à l’heure.
  • Du Manoir Antic à l’endroit où est survenue la collision, est-ce qu’on est toujours dans une zone de 30 miles à l’heure?
  • Oui, monsieur.

Peu après, le coroner déclara que McNab ne voulait pas témoigner. Évidemment, pour pouvoir livrer un verdict efficace, les jurés avaient besoin de connaître l’autre côté de la médaille. Me Adélard Vallerand, l’un des jurés, demanda justement à savoir s’il était possible de déterminer précisément qui conduisait la De Soto. Tout ce qu’on put établir, c’est que la victime était allongée sur le siège avant. Apparemment, personne n’avait constaté formellement qui se trouvait derrière le volant au moment de la collision.

L’enquête préliminaire s’ouvrit le 2 octobre 1959 devant le juge Léon Girard des Sessions de la Paix. Me Laperrière occupa encore pour la Couronne, tandis que McNab était défendu par Me Pierre Houde. Cinq témoins furent entendus : Charlemagne Lehouillier, le Dr Roger Lachance, Benoît Côté, Laurent Boisvert et Jacques Savary. Le juge Girard renvoya McNab subir son procès, qui s’ouvrit le 21 décembre. Mais l’accusé brilla par son absence, si bien qu’on dut émettre un mandat pour l’obliger à comparaître, deux jours plus tard.

Mais selon ce qui reste du dossier, la plainte fut renvoyée et l’accusé libéré. Sans doute fut-on incapable de prouver hors de tout doute qu’il se trouvait bien derrière le volant, ou qu’il ait bu une quantité suffisante d’alcool pouvant nuire à ses réflexes.

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Angle de la route 138 en direction ouest (Trois-Rivières).

 

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Photo comparative prise au cours de l’été 2016, même angle que la photo précédente. (photo: Thérèse Toutant)

 

[1] Dans le Code criminel réformé de 1955, on détaille l’article 221 comme suit :

  1. 221. (1) Quiconque est criminellement négligent dans la mise en service d’un véhicule à moteur est coupable :
  2. a) d’un acte criminel et passible d’un emprisonnement de cinq ans, ou
  3. b) d’une infraction punissable sur déclaration sommaire de culpabilité.