Heydrich, l’homme clé du IIIe Reich

CALIC, Édouard. Heydrich, l’homme clé du IIIe Reich. [Paris] : Éditions Nouveau Monde, 2010. 509 p.

Édouard Calic savait de quoi il parlait.  Correspondant de guerre à Berlin, ses écrits lui valurent une arrestation et trois ans dans un camp de concentration pendant la Seconde Guerre Mondiale.  Auteur de plusieurs ouvrages sur le nazisme, il s’est éteint en 2003.

Reinhard Heydrich, surnommé Reini dans son enfance par les membres de sa famille, est un personnage célèbre mais sur lequel on manque cruellement de documents pour reconstituer minutieusement ses faits et gestes.  C’est d’ailleurs ce qui amène l’auteur à préciser, à la toute fin de son ouvrage : « en employant exclusivement les méthodes conventionnelles de la recherche historique, il est impossible d’écrire une biographie réelle et complète d’Heydrich.  En effet, quiconque s’y essaie se condamne à ne travailler qu’avec les documents partiels dont on dispose et à s’en tenir aux récits fortement teintés de subjectivité des membres de sa famille, de ses amis et de ses collaborateurs; on ne peut comprendre ainsi la vraie nature de ce « personnage satanique » et, par là même, son rôle dans des provocations orchestrées afin de tromper le peuple allemand et l’opinion internationale »[1].

En dépit d’un style qui s’adresse visiblement à un lectorat qui a des connaissances minimales sur la Deuxième Guerre Mondiale, Calic arrive à nous dépeindre un portrait sommaire de Heydrich.  Parfois on s’égare dans des généralités, mais on retiendra que son père, qui avait connu la veuve du grand compositeur Richard Wagner, a longtemps subi une rumeur qui le disait Juif.

Né le 7 mars 1904, Heydrich entra dans la marine allemande au début des années 1920.  En 1931, il est chassé de la marine avant de réapparaître quelques mois plus tard en train d’organiser le service secret du parti national-socialiste sous les ordres de Himmler.  Cette expulsion de la marine reste probablement l’un des plus grands mystères de sa biographie.

L’auteur nous convainc ensuite de son implication directes ou indirectes dans plusieurs coups montés, dont des assassinats, des enlèvements et même l’incendie qui a détruit le Reichstag, un événement qui marqua la nouvelle ère du nazisme.

Plus récemment, le nom de Heydrich est revenu hanter les cinéphiles.  En effet, le film Anthropoid, tourné en 2016, raconte les détails entourant l’assassinat de Heydrich en 1942.  En 2017, le film HHhH (traduit en français sous le titre Assassinat) relate sensiblement la même histoire mais avec quelques variantes.

Ce qu’on retiendra sans doute le plus de cet assassin de l’Histoire, c’est la conférence de Wannsee, qui s’est tenue le 20 janvier 1942 et qui avait pour but d’organiser les derniers préparatifs de la « solution finale » du « problème Juif ».

 

[1] P. 470.

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Tuxedo Kid, la beauté du diable

OUIMET, Raymond. ― Tuxedo Kid, la beauté du diable. ― Québec : Septentrion, 2018. ― 161 pages.

Cette affaire criminelle a été partiellement traitée dans les années 1990 par la série Les grands procès. Je dis bien « partiellement », parce que les concepteurs de l’émission s’étaient intéressés uniquement au procès au terme duquel Rhéal-Léo Bertrand a été acquitté au cours des années 1930 pour le meurtre de sa femme. Or, pour l’avoir cherché en vain, je peux affirmer que le dossier judiciaire de ce procès est aujourd’hui introuvable. C’est d’ailleurs ce qui a obligé les scénaristes de l’époque à se fier sur les comptes rendus des journaux, une source bien secondaire lorsqu’il est question d’un sujet aussi sérieux qu’une affaire de meurtre. C’est un fait, tout comme Raymond Ouimet, qu’ils ont malencontreusement oublié de souligner.

Certes, Raymond Ouimet a fait ses devoirs en matière de recherche. Il nous amène plusieurs faits nouveaux autour du personnage de Rhéal Léo Bertrand, aussi connu sous le pseudonyme de Tuxedo Kid parce qu’il s’était présenté au tribunal dans un chic costume de soirée. Entre autres, Ouimet explique comment le jeune séducteur et manipulateur séduisait les femmes à répétition, en plus d’avoir débuté sa carrière criminelle comme voleur de moutons.

Après avoir été acquitté du meurtre de sa première femme, il dépense rapidement l’argent de l’assurance. Fauché, il développe l’excellente idée – je suis sarcastique, évidemment – de braquer une banque. Cette attaque improvisée, au cours de laquelle il manque de tuer le gérant, lui vaudra 15 ans de prison.

Peu après sa libération, en 1948, il s’improvise médecin. On l’accusera même d’avoir pratiqué un avortement illégal. Puis il épouse une femme beaucoup plus vieille que lui. Moins de deux mois après, Dolorosa Trépanier, 55 ans, succombe dans l’incendie d’un chalet où Bertrand prétendait vouloir l’amener pour chasser. Le procès qu’on intente ensuite à Bertrand – Historiquement Logique en a fait mention en septembre 2017[1] – existe bel et bien dans les archives de Bibliothèque et Archives du Canada (BAC) à Ottawa. Je peux le confirmer puisqu’en 2016 je me trouvais dans les locaux de BAC afin de numériser la totalité du procès. Malheureusement, si Ouimet a bel et bien consulté le dossier (on le voit dans sa bibliographie) il ne réserve à ce procès qu’une vingtaine de pages.

Évidemment, il ne faut pas s’attendre à une étude très exhaustive d’un procès au sein d’un livre qui fait à peine plus de 160 pages. Cette approche minimaliste nous prive du privilège de bien nous imprégner des témoignages livrés sous serment, ce qui nous permettrait de nous faire notre propre opinion.

Non seulement on retrouve un certain ton religieux sorti tout droit d’une autre époque, mais l’auteur se permet certaines longueurs. Eh oui, c’est possible dans les petits livres. De plus, on se passerait bien de le voir donner son opinion sur l’état psychologique de Bertrand alors qu’il nous présente une étude trop brève de cette affaire.

Un livre dont la lecture fluide plaira aux lecteurs qui dévorent tout pour le plaisir de lire, mais le bouquin exhaustif qui saura exploiter le dossier judiciaire, qui compte environ 1 600 pages, reste à faire!


 

[1] https://historiquementlogique.com/2017/09/03/rheal-leo-bertrand-lamant-meurtrier/

Expertises

Lacombe, Louise-Marie. Expertises : une intrusion dans l’univers de la psychiatrie légale par l’analyse d’expertises du Dr Gilles Chamberland. Éditions Plume de pluie, 2016, 248 p.

Le sujet est audacieux, mais le résultat est excellent.

La journaliste Louise-Marie Lacombe nous donne l’opportunité de s’imprégner de quelques-unes des expertises réalisées par le Dr Gilles Chamberland, et cela dans un domaine pas toujours évident.

La première mise en situation présentée par l’auteure a su m’accrocher, au point qu’après quelques paragraphes je savais déjà que mon achat était rentabilisé. Consciente des controverses qui ont marqué le public et les causes judiciaires depuis quelques années, l’auteure démystifie plusieurs mythes. Sans défendre ni attaquer le système judiciaire, elle défait les idées préconçues sur les experts et leurs soi-disant combats devant les tribunaux, tout en passant par le fait que le fameux article 16 du Code criminel peut également servir à donner une fin heureuse à des histoires qui ont connu un début extrêmement difficile.

On nous offre ensuite de pouvoir littéralement entrer dans des dossiers. À titre d’exemple, le lecteur peut apprécier les subtilités relevées par le Dr Chamberland dans des dossiers comme ceux de Claude Larouche, Jean-Paul Gerbet, Mario Bastien, Luka Rocco Magnotta et d’autres dont les noms ont été protégés pour différentes raisons.

Toutefois, les amateurs de détails sanglants n’ont pas leur place dans ces pages car Lacombe nous offre surtout une prise de conscience et un débat d’idées sur ce que peut être la maladie mentale face au crime, mais aussi la complexité à laquelle doit faire face un expert.

Si vous faites le choix d’apprendre plutôt que de critiquer un système sans le connaître, ce livre est pour vous.

 

Les surveillants du fleuve: attention au piège!

Payette, Normand.  Les surveillants du fleuve : incursion des Allemands sur le Saint-Laurent (1937-1945).  Montréal : Société des écrivains, 2016, 463 p.

Lorsque j’ai entendu parler de ce livre, il y a quelques semaines, je me suis promis de le lire dès ma fin de session, c’est-à-dire lorsque le temps me permettrait enfin de reconnecter avec la réalité et la lecture de mon choix.  Dès le premier temps libre, je me suis donc empressé de le réserver à la bibliothèque.

J’ai déjà entendu certaines histoires à propos de ces incursions allemandes, par des rumeurs provenant d’anciens habitants de Champlain, une municipalité reconnue pour avoir hébergé un grand nombre de navigateurs.  Je voulais en savoir plus à l’aide d’un ouvrage historique et complet.  En lisant brièvement le quatrième de couverture, on devient vite impatient d’entamer cette lecture.

Toutefois, un premier doute m’a envahi en ouvrant le volume. J’y aperçus de nombreux dialogues, une tendance que l’on sait associée aux œuvres de fiction, hormis quelques exceptions.  « Est-ce un roman? », me suis alors demandé.

J’ai donc ouvert les premières pages pour découvrir ce petit avertissement : « hormis certains faits historiques, le présent récit étant une œuvre dans laquelle les noms de lieux et de personnages sont une pure fiction, toute ressemblance avec des personnes réelles (vivantes ou décédées) serait le fruit du hasard ».

Et voilà!  Dans les dents!  C’était suffisant pour m’arrêter là.  Il m’est donc impossible de critiquer le contenu de ce roman – j’aurais d’ailleurs apprécié que le mot « roman » apparaisse clairement sur la couverture, ce qui m’aurait évité un déplacement – car je ne l’ai pas lu.  Devant un ouvrage qui ne sait pas départager la fiction de la réalité, je perds tout intérêt.  Malheureusement, il n’a aucune valeur historique.

Toutefois, si vous l’avez lu et que vous voulez partager vos impressions sur son contenu, je vous invite à le faire dans la section réservée aux commentaires, ci-dessous.  Pour ma part, je voulais seulement mettre en garde ceux et celles qui, comme moi, pourraient se faire prendre au jeu que des éditeurs utilisent parfois pour créer des zones d’ombres destinées à embrouiller les lecteurs.

Je retourne donc à mes lectures suivantes.

Au nom de tous les miens

GRAY, Martin.  Au nom de tous les miens. Robert Laffont, Paris, 1971, 401 p.

J’en étais au début de mon adolescence lorsque j’ai eu la chance de voir la télésérie Au nom de tous les miens.  C’est ainsi que j’ai découvert Martin Gray, un homme, un personnage que jamais je n’oublierai.  Cette histoire est unique, dramatique, percutante et aussi pleine d’espoir.

L’homme a perdu tous les siens durant la Seconde Guerre Mondiale.  Pour tenter d’oublier, de revivre, il a fondé sa propre famille.  Malheureusement, le drame frappait à nouveau le 3 octobre 1970.  Cette fois, ce n’étaient pas les Allemands mais un feu de forêt.  À nouveau, Martin Gray perdait les siens, sa femme et ses quatre enfants.  Il voulut s’enlever la vie.  Devant autant de souffrances, comment ne pas y penser!?  Et pourtant, ce maître de la survie trouva le courage de s’accrocher, à la fois en mettant sur pied une fondation d’aide mais aussi en acceptant d’écrire ce livre qui, il ne s’en doutait pas encore, changerait des milliers de vies à travers le monde.

Quelques années plus tard, l’ado que j’étais devenu, qui se croyait solide avec son torse bombé, tomba par pur hasard sur un exemplaire du livre de Martin Gray, dans un coin perdu d’un marché aux puces.  J’ai eu l’impression que la couverture me fixait, m’attendait.  Je n’ai pas hésité.  Je l’ai acheté.  Peu importe le prix qu’on m’aurait offert, il était hors de question de le laisser là.  Ainsi, en lisant l’œuvre qui avait inspiré la télésérie, j’ai redécouvert l’histoire.  Mon torse s’est dégonflé et je me suis laissé heurter.

Lorsque les Allemands Nazis débarquent en Pologne le 1er septembre 1939, à l’aube d’une guerre terriblement sanglante et haineuse, Martin Gray n’avait que 14 ans.  « Je suis né avec la guerre », dira-t-il dès les premières lignes.  Les bombardements et l’envahisseur qui hante les rues de Varsovie dépeint le début de cette histoire.  Son père parti pour la guerre, Martin s’improvise rapidement le pilier central pour sa famille, c’est-à-dire sa mère et ses deux petits frères.  C’est lui qui arpente les rues et affronte les horreurs pour ramener un peu de nourriture vers les siens.  Déjà la haine s’installe autour de lui.  Il sera témoin de scènes atroces.  Les Allemands, qui se donnent d’abord le beau rôle en distribuant de la nourriture, humilient également les juifs.  Déjà, les opprimés sont ciblés, écartés, ridiculisés.

Malheureusement, Martin n’est pas un justicier comme dans les films d’action pour ados.  Il doit survivre et les siens dépendent de lui.  Il construit sa carapace, continue sa quête de nourriture et de survie.

Un jour, son père lui donnera un conseil qu’il n’oubliera jamais : « ne te laisse jamais prendre.  S’ils te tiennent, n’oublie jamais qu’il faut n’avoir qu’une pensée, leur échapper.  Même si tu as très peur.  Leur échapper.  Avec eux, il n’y a aucune chance.  Si tu leur échappes il y a toujours l’espoir.  N’attends jamais.  La première occasion est toujours la meilleure ».

Martin mettra ce conseil en pratique rapidement.  Arrêté par les Allemands, il fuira dès la première occasion, évitant peut-être une mort certaine.  Peu après, il sera reprit, cette fois pour balayer de la neige avec d’autres jeunes hommes.  C’est là que survient l’un des premiers moments touchants et horribles du livre.  On fait sortir des rangs dix jeunes hommes parce que quelqu’un a osé voler du hareng.  Martin Gray est l’un des dix.  Il était sur le point d’être exécuté lorsqu’un jeune homme aux cheveux roux sortit des rangs pour se dénoncer.  « L’officier aux yeux blancs a hésité, puis il a lancé son pied dans le ventre du jeune homme aux cheveux roux qui s’est plié en deux sans un cri.  L’officier a pris une pelle et il a commencé à frapper sur tout le corps et mon camarade dont je ne sais même pas le nom s’est écrasé dans la neige, les mains sur sa tête, sans un cri.  L’officier a sorti son revolver et a tiré.  Nous sommes retournés au travail sous les injures, nous étions des porcs et des salauds, criaient les soldats.  Un peu après midi, ils nous ont ramenés à Varsovie, non loin de la rue Zamenhofa, les camions se sont arrêtés et nous nous sommes tous dispersés en courant.  Ma mère et mes frères m’attendaient.  Je n’ai rien raconté, la vie était comme ça, elle tenait à un mot, elle valait moins que quelques harengs.  Nous le savions.  À quoi bon raconter? ».

Martin sera arrêté de nouveau, et de nouveau il s’évadera.  Mais cette fois il réagit vite en emmenant sa mère et ses frères ailleurs, car les Allemands veulent son père, qui se bat avec la résistance.  C’est à cette époque que naîtra en lui une idée qui allait le suivre pour le reste de sa vie.  Il précise lui-même que « j’ai pensé, ces nuits-là, qu’un jour je reconstruirais un monde à moi, une famille ».

Pour survivre, Martin compte sur sa jeunesse et son instinct.  Il comprend rapidement qu’il peut franchir les murs du ghetto en tramway, avec un peu d’audace et en soudoyant quelques gardes et soldats.  Mais l’autre côté du mur, des voyous mieux organisés le battent pour lui voler ses gains.  Martin comprend alors qu’il doit prendre le taureau par les cornes et il les affronte sur leur propre terrain, gagne leur confiance et devient leur chef.  À la tête de cette bande, il contrôle maintenant un réseau de contrebande efficace.  Il survit.  Il le fait pour les siens, pour toutes ces personnes aussi qui meurent dans les rues.

Pour cela, il sera pris, souvent.  Il sera capturé, battu et torturé, mais toujours il s’en sortira.  Puis, comme il fallait s’y attendre, la contrebande n’est plus possible.  Le tramway disparait et le ghetto se vide.  C’est l’arrivée des brigades d’extermination.  Les Juifs ne sont plus des humains.  On les considère comme des proies qui ne méritent plus de vivre, que l’on doit exterminer au même titre que la vermine.  C’est horrible.  C’est épouvantable.  Et pourtant, on ne peut s’arrêter de lire.  C’est la troisième fois que je plonge dans ces pages et à chaque fois c’est la même chose : la vie de Martin Gray, quoique triste et criante d’atrocité, nous oblige à faire comme lui, à continuer, page après page.

Comme on devait s’y attendre, aussi, le ghetto de Varsovie finit par être vidé de ses habitants.  Lorsqu’il voit sa mère et ses jeunes frères emmenés vers l’embarquement des chemins de fer, Martin n’a d’autre choix que de sortir de sa cachette et de les suivre.  Il fait de son mieux.  Avec eux, la famille Gray vivra ses derniers moments ensemble, entassés dans les trains parmi des centaines d’autres condamnés, dans les cris et la puanteur.  Lorsqu’ils descendent à Treblinka, c’est la séparation.  Les femmes et les enfants d’un côté, et les hommes de l’autre.  Martin le sait, il voit sa mère et ses frères pour la toute dernière fois alors qu’on les dirige vers les chambres à gaz.

Martin verra pratiquement tous les recoins de Treblinka, ce camp d’extermination qui le marquera au fer rouge et au sein duquel il passera à deux doigts d’y rester.  Par miracle, il parvient pourtant à s’en évader après quelques semaines.  En revenant à la civilisation, les Juifs refusent de le croire.  L’histoire paraît si énorme qu’elle est incroyable.

Après quelques péripéties supplémentaires à la campagne, il réussit à acquérir une certaine expérience militaire en se mêlant à des résistants avant de comprendre, finalement, que sa place est à Varsovie, là où il est convaincu que son père est encore vivant.  Il retourne donc dans sa ville et, contre toute attente, retrouve son père.  Ils auront la chance de se retrouver avec émotion, d’échanger, de plaisanter et de s’apprécier en tant qu’hommes.  Puis, après ce bref réconfort, son père est tué sous ses yeux pendant les combats finaux contre les Allemands.

À nouveau, Martin quitte Varsovie, comprenant cette fois que pour assouvir sa vengeance il doit rejoindre l’armée rouge.  Avec les russes, il se bat, il assouvit sa vengeance.  Mais cette même vengeance devient vite amer lorsqu’il revoit les regards des mourants et nécessiteux dans les yeux de ses ennemis.  Il aura cependant le courage de payer sa dette aux russes en se rendant jusqu’à Berlin, mais la vengeance lui parait toujours aussi amer.  Il rejoint donc un bureau américain et traverse l’Atlantique pour aller rejoindre le seul membre de sa famille encore en vie, sa grand-mère, qui habite New-York.

L’Amérique s’ouvre à lui.  Mais aussi un nouveau combat.  Il doit faire de l’argent rapidement.  Il veut vivre, vivre.  Il veut bâtir sa propre famille afin de faire revivre les siens.  Il s’égare ensuite dans le travail et les femmes, mais il progresse sans trop le savoir.  Alors qu’il est devenu riche grâce à son audace et le milieu des antiquités, il tombe enfin sur la femme de sa vie, Dina.  Avec elle, il vivra un bonheur qu’il n’a encore jamais connu.  C’est le paradis.  Après tout ce qu’il a traversé, cette récompense est drôlement méritée.

Avec Dina, il s’installera en France et avec elle fondera une famille resplendissante.  Mais, comme on le sait, le drame frappa à nouveau en 1970.  Un feu de forêt lui enlevait tout ce qu’il avait, encore une fois.

Il est de ces hommes qu’on aurait voulu rencontrer.  Non pas pour les bombarder de questions indiscrètes ou stupides, mais simplement pour leur serrer la main et croiser leur regard.  Rien de plus.  Et si une larme devait s’échapper, et bien, il faudrait la laisser cheminer.  Elle n’aurait pas été un signe de faiblesse mais de gratitude, de compréhension.

Martin Gray a reconstruis une fois de plus sa forteresse après la publication de ce livre et il s’est éteint en 2016.  Souhaitons seulement que son histoire ne soit jamais oubliée.