Tué pour avoir fait des attouchements


ScreenHunter_479 Feb. 15 13.17
Justin Veillette

Dans la soirée du vendredi 8 septembre 1972, Martial Gauthier, 27 ans, se rendit d’abord au bar Le Relais sur le boulevard Ste-Madeleine au Cap avant de se retrouver Chez Bert, où il regarda les Jeux Olympiques à la télé. Deux heures plus tard, il demanda à une serveuse de lui appeler un taxi, qui le conduisit à l’autre bout du boulevard Ste-Madeleine, au restaurant-bar Le Madelinois. Sur place, il se joignit à quelques mis, dont Jacques Leclerc.

 

Entre 0h00 et 0h30, Justin Veillette[3], un charpentier de 45 ans, mesurant à peine cinq pieds et un pouce, entra dans l’établissement. En acceptant de leur payer quelques verres, il se joignit à eux. Veillette et Gauthier se connaissaient de vue seulement, mais ce soir-là ils fraternisèrent davantage.

Vers 3h00 de la nuit, à la fermeture de l’établissement, Veillette, qui possédait une Oldsmobile 1960 immatriculée 6F-7188, offrit de reconduire Gauthier et un dénommé Claude, un soi-disant ancien militaire logeant rue Lacroix. Après avoir reconduit ce dernier, Veillette roula sur la rue St-Laurent avant de s’arrêter à la station-service Charles Turcotte située à l’intersection de St-Laurent et Fusey[4]. Après y avoir fait le plein d’essence, Veillette reprit sa route en direction de Ste-Marthe pour aller reconduire Gauthier chez lui.

Plus de trois heures plus tard, vers 6h20, la même Oldsmobile s’immobilisait aux urgences de l’hôpital Cloutier, rue Toupin. Gauthier, qui se trouvait au volant, montra au gardien la présence d’un homme étendu sur la banquette arrière, inerte. Le Dr André Trahan sortit pour venir constater le décès de l’homme au visage tuméfié. Comprenant que celui-ci avait reçu des coups violents, la police fut immédiatement contactée.

Marcel Bellefeuille et Robert Thibault, de la police municipale du Cap, arrivèrent sur les lieux pour constater que le cadavre n’avait pas été déplacé. On l’identifia rapidement comme étant celui de Justin Veillette. Le frère de ce dernier, François, l’identifiera formellement avant de l’expédier à l’Institut médico-légal de Montréal.

Les policiers se tournèrent alors vers Martial Gauthier, visiblement nerveux, qui leur raconta avoir trouvé l’homme pendant qu’il marchait dans le rang St-Malo. Il avait entendu des râlements en provenance de l’automobile. En découvrant la scène, il dira s’être glissé derrière le volant pour venir immédiatement aux urgences.

Restaurant Le Madelinois
Le restaurant Le Madelinois, situé dans la partie est du boulevard Ste-Madeleine, au Cap-de-la-Madeleine. (BANQ-Trois-Rivières)

Jean-Claude Simard de la Sûreté du Québec hérita de cette affaire qui, somme toute, progressa très rapidement. Pendant que la voiture était remisée dans le garage de la maison funéraire Garneau, Gauthier fut conduit au poste de police. Au cours de l’après-midi, sa version des faits changea. Dans des aveux couvrant deux pages, il dira que Veillette s’était arrêté dans un chemin de terre battue bordé par des pylônes électriques à Ste-Marthe et qu’il lui avait alors fait des attouchements aux parties génitales. Surpris et paniqué, Gauthier avait littéralement perdu les pédales en le frappant violemment au visage. Pour fuir les coups, Veillette s’extirpa de sa voiture par sa portière. Malheureusement pour lui, Gauthier ne s’arrêta pas là. Il le suivit en sortant lui aussi du côté conducteur pour continuer à le rouer de coups, jusqu’à ce qu’il ne bouge plus.

 

Gauthier fouilla dans ses poches pour lui prendre 20$ avant de lancer le porte-monnaie au bout de ses bras.

IMG_20150727_141631~2
L’Oldsmobile 1960 de Justin Veillette.

Le 11 septembre, le Dr Jean Hould pratiqua l’autopsie sur le corps de Veillette, qui se révéla être un homme mesurant 5 pieds et un pouce et pesant 130 livres. Il écrira dans son rapport que « les paupières supérieures sont tuméfiées », de même que les lèvres. Il n’y avait aucune fracture au niveau du crâne ni au larynx, mais trouva une quantité de 216 milligramme d’alcool dans son sang, « ce qui équivaut, dans le présent cas, à l’alcool contenu dans quelque 6 ¾ petites bières (5%) ou dans environ 10 ¼ onces d’un whiskey à 40%, ceci dans la circulation au moment du décès ».

 

Il attribua la cause de la mort à une hémorragie qui avait fini par se répandre dans les poumons parce que « son organisme ne possédait plus les phénomènes naturels de défense contre les corps étrangers, telle la toux, étaient émoussés ou absents ». La victime s’était donc étouffée dans son sang en raison de son état d’ivresse avancé.

L’enquête du coroner s’ouvrit le 19 septembre sous la présidence de Me Bertrand Lamothe. Me Pierre Houde occupait pour la Couronne tandis que Me Gilles Gauthier défendait les intérêts de Martial. À plusieurs reprises, ce dernier se plaignit de trous de mémoires car il était « sur les nerfs » après « l’incident ». Il alla jusqu’à prétendre qu’il ne se souvenait pas précisément de ce qui s’était produit.

Au restaurant Le Madelinois, Gauthier se souviendra avoir bu deux bières de marque O’Keefe et un verre de Bacardi. Veillette lui avait apparemment payé deux verres, sans qu’on précise toutefois si ces deux consommations s’ajoutaient à celles déjà prises. Après l’arrêt au garage Charles Turcotte, Gauthier expliqua s’être retrouvé seul avec Veillette, qui lui avait offert une bière. Les deux hommes auraient discuté de la construction du chalet de Gauthier et des Jeux Olympiques avant que Veillette immobilise son véhicule dans un chemin de terre battue.

  • Puis là, qu’est-ce qui s’est produit?, questionna Me Houde.
  • Bien là, … on parlait et puis là, un moment donné, il s’est approché de moi et puis il a essayé de me sauter dessus, de poigner ma verge. J’ai dit « qu’est-ce que tu fais là. Es-tu après venir fou? ».

Répétant sans cesse qu’il avait du mal à se rappeler, Gauthier dira que Veillette aurait tenté de le toucher à une deuxième reprise. C’est à ce moment précis qu’il eut le réflexe de le frapper en plein visage.

  • Vous avez donné un coup de poing sur la gueule?
  • Oui. Et puis, là, je crois qu’il a ouvert la portière de l’automobile pour sortir et puis moi, bien ça m’a mis en panique, j’étais en criss à ce moment-là, ça fait que j’ai fessé dessus à coups de poing.
  • Vous lui avez donné combien de coups de poing?
  • Je me souviens pas. J’étais dans les nerfs.
  • Il était inconscient?
  • Oui. Il râlait?
  • Pardon?
  • Il râlait. Là, je l’avais pas mal tapoché [frappé] et puis là …
  • L’avez-vous frappé pendant qu’il était à terre?
  • Je crois que oui, il me semble. Je me souviens pas.

Gauthier l’avait ensuite soulevé pour l’installer sur la banquette arrière, après quoi il s’était glissé au volant. Mais plutôt que de se rendre directement à l’hôpital, il eut l’instinct de rouler vers le chalet qu’il louait à André Doucet. Là-bas, il passa de l’eau sur le visage de sa victime, espérant sans doute le faire revenir à lui.

Gauthier omit cependant une partie importante de l’histoire. L’apparition du prochain témoin allait remédier à ce problème.

André Doucet, 30 ans, travaillait de nuit à l’entretien ménager de l’Hôtel les Cèdres, à Champlain (route 138). Celui-ci dira qu’après sa nuit de travail en compagnie de Roger Marchand, 19 ans, il était revenu à son chalet vers 6h00, au matin du 9 septembre. Deux minutes seulement après s’être ouvert une bière, Doucet et Marchand avaient vu une voiture arriver dans la cour. Rapidement, ils découvrirent que leur ami Gauthier se trouvait au volant. Marchand aurait alors fait une blague à propos de la voiture – il fit remarquer que Gauthier se serait acheté une voiture ou l’aurait volée – mais Gauthier répliqua que ce n’était pas le temps de déconner. Sur ce, il leur montra l’homme allongé sur la banquette arrière.

Gauthier remit également 126$ à Doucet en lui demandant de les garder pour son jeune fils. Doucet accepta, mais non sans lui conseiller de se rendre immédiatement à l’hôpital. L’instant d’après, Gauthier s’installait à nouveau derrière le volant de l’Oldsmobile et quitta les lieux. Pour être sûr que ce dernier tienne parole, Doucet et Marchand le suivirent en gardant leurs distances.

On connaît la suite.

Pourquoi Gauthier avait refusé de raconter sous serment l’épisode impliquant ses amis? Pour les protéger? Pour éviter de dévoiler le montant d’argent qu’il possédait au moment du crime?

L’enquête préliminaire de Gauthier s’ouvrit le 12 octobre 1972 devant le juge Jean-Marie Châteauneuf et le procès se tint en avril 1973 au palais de justice de Trois-Rivières, devant le juge Roger Laroche. Il sera reconnu coupable et condamné à perpétuité.

[1] Municipalité fusionnée à Trois-Rivières depuis 2001.

[2] Usine située à l’époque sur la rue St-Maurice à Trois-Rivières, près de l’entrée du pont Duplessis. On y fabriquait principalement des tuyaux métalliques. On y retrouve aujourd’hui l’usine GL&V.

[3] Justin Veillette habitait au 29 rue Valiquette, au Cap-de-la-Madeleine.

[4] Le garage de Charles Turcotte fut démoli en 2011 pour laisser place à un nouveau projet commercial.

Publicités

La double disparition de Gravel et Champagne


Jean Gravel
Jean Gravel

Dans la nuit du 6 au 7 juillet 1972, Jean Gravel, 24 ans, et Jean-Guy Champagne, 25 ans, travaillaient derrière le bar du cabaret Rio, situé rue Des Forges, à Trois-Rivières. Les deux jeunes y avaient été récemment embauchés[1]. Champagne mesurait 5 pieds et 11 pouces et pesait 165 livres, cheveux et yeux bruns et avec une cicatrice au menton. Gravel avait aussi les cheveux bruns, très longs, et les yeux bruns. Il pesait 140 livres et mesurait 5 pieds et 8 pouces.

À l’heure de la fermeture, vers 3h00, la situation s’envenima lorsque le serveur[2] ferma le tourne-disque. Un client se leva aussitôt pour remettre la musique en marche. Le serveur revint à la charge en lui expliquant qu’il fallait partir. Avec quatre ou cinq amis, le mystérieux client déclencha une bagarre et le serveur fut roué de coups. Plus tard interrogé par les enquêteurs, celui-ci se dira incapable d’identifier ses agresseurs.

La situation revint suffisamment à la normale pour permettre ensuite à Gravel et Champagne de faire le compte de leur caisse et de déposer le tout dans un sac de plastique qu’ils laissèrent derrière le bar. Un de leurs amis les attendait dehors pour aller manger un morceau mais la bagarre l’avait fait fuir. Vers 4h00, Gravel et Champagne sortirent du Rio. On ne devait plus jamais les revoir, ni mort ni vivant.

Un policier colla une contravention dans le pare-brise de la voiture de Champagne à 4h40, celle-ci étant illégalement stationnée près du Rio. Mais son propriétaire ne vint jamais la récupérer. L’un des deux disparus avait emporté avec lui les clés du cabaret et une somme de 200$ afin d’acheter de l’alcool pour les clients du lendemain soir, en plus d’un chèque qui ne sera jamais encaissé. L’hypothèse selon laquelle ils auraient voulu voler leur employeur fut donc écartée. De plus, Champagne avait reçu de son patron, quelques jours auparavant, un autre chèque de 90$ qui lui aussi ne laissa aucune trace par la suite.

Jean-Guy Champagne
Jean-Guy Champagne

Puisque Gravel fréquentait assidument une jeune fille d’Iberville, où il retournait chaque semaine pour voir sa famille, on avait toutes les raisons de croire qu’il s’était produit quelque chose de grave puisque celle-ci ne reçut aucune nouvelle de sa part. Étrangement, elle répondit par la suite à plusieurs appels anonymes qui demandaient où se trouvait Jean Gravel.

Armand Désaulniers, l’enquêteur en charge de cette affaire, se heurta à « une véritable conspiration du silence […] Des dizaines de témoins semblent fort bien savoir ce qui a pu arriver à Jean Gravel et Jean-Guy Champagne. D’abord, au cabaret Rio, rue Des Forges à Trois-Rivières, c’est un véritable mur de silence. Employés comme clients n’ont rien vu, ne savent rien »[3].

Selon certaines rumeurs qui persistent encore de nos jours, cette disparition cacherait un double meurtre. Mais alors, quel en serait le mobile? Gravel et Champagne n’avaient même pas été impliqués dans la bagarre qui avait précédé leur départ. Des clients peu scrupuleux seraient-ils revenus sur les lieux et, aveuglés par un désir de vengeance démesuré, auraient attaqués les mauvaises personnes?

L’article publié par Allô Police le 20 août donna du crédit à cette thèse en révélant que des jeunes bandits, des voleurs, receleurs et passeurs de drogue avaient l’habitude de fréquenter le cabaret Rio. Un ancien client m’a d’ailleurs confirmé la chose en plus de parler de certains membres de clubs de motards criminalisés de l’époque, dont les Popeyes.

Est-ce possible que les deux disparus aient trempé dans une magouille quelconque? Ou alors, auraient-ils été témoins d’une scène à laquelle il aurait mieux valu ne pas assister?

Allô Police en rajouta : « une atmosphère de terreur semble entourer cette mystérieuse affaire. Dès que quelqu’un nous parle un peu de cette affaire, il s’empresse d’ajouter qu’il ne peut en dire davantage sans risquer de connaître le même sort que Champagne et Gravel ». D’un autre côté, comme s’il se contredisait en moins de quelques lignes, le même journal disait que le Rio n’avait pourtant pas la réputation d’être un repaire de la pègre.

Encore aujourd’hui, on s’explique mal cette double disparition, d’autant plus qu’on disait ces deux jeunes sans histoire. Le mystère est d’autant plus troublant lorsqu’on lit dans ce même article que Champagne et Gravel se connaissaient à peine, ce qui aurait tendance à éliminer l’hypothèse selon laquelle on aurait pu leur en vouloir simultanément.

Mes livres dénoncent l’aspect malsain de la rumeur publique et de la mythomanie, et ce cas n’en fit pas exception puisque « des groupes de bandits se servent même de cette double disparition pour semer la terreur. On cite la disparition de Champagne et Gravel en exemple afin de s’assurer que certains témoins ne feront pas appel à la police dans telle ou telle situation ».

Mario Cardinal
Mario Cardinal

Le même article profita de l’occasion pour rappeler une autre affaire de disparition, celle de Mario Cardinal, qui habitait au 1861 rue Notre-Dame à Trois-Rivières. Cardinal était disparu depuis mai 1971. On le décrivait comme un homme pesant 158 livres, yeux et cheveux bruns. Sur le bras droit il avait un tatouage représentant un tigre.

La double disparition de Gravel et Champagne ne fut jamais résolu. Les rumeurs se sont certainement propagées au fil du temps, mais aucune ne fut suffisamment sérieuse pour permettre de résoudre cette affaire.

Les enquêteurs de la police de Trois-Rivières ont-ils obtenus d’autres éléments depuis les événements? On l’ignore.

[1] Selon Allô Police, Champagne travaillait au Rio depuis seulement deux ou trois jours.

[2] Dans l’article d’Allô Police du 20 août 1972 on le l’identifie pas.

[3] Allô Police, 20 août 1972.

L’année des doubles meurtres au Cap-de-la-Madeleine


Normand Goyette était serveur au Primo Gourmet en 1971.  En octobre, il était acquitté du double meurtre de Hayes et Roberge.
Normand Goyette était serveur au Primo Gourmet en 1971. En octobre, il était acquitté du double meurtre de Hayes et Roberge.

La ville du Cap-de-la-Madeleine, maintenant fusionnée à Trois-Rivières, n’a jamais eu la prétention de bénéficier d’un large historique criminel. Règle générale, ses habitants avaient plutôt l’impression de vivre dans une municipalité où il faisait bon vivre. Et pourtant!

Non seulement les crimes graves y étaient rares, mais c’est encore plus vrai en ce qui concerne les doubles meurtres. En ce sens, une visite dans le passé nous démontre une autre surprise de taille. Non seulement l’année de 1971 a générée un double meurtre horrible, mais à une semaine d’intervalle un second double meurtre survenait, et tout ceci dans le même secteur de la ville.

Et comme si ce n’était pas assez, j’ai découvert dans les archives que ces deux causes judiciaires ont un certain lien entre elles.

Le vendredi 16 juillet 1971, rappelons d’abord que Chantal Côté, 12 ans, et Carole Marchand, 13 ans, disparaissaient subitement alors qu’elles cueillaient des bleuets dans le secteur de la rue Pierre Boucher. Les deux copines profitaient des derniers instants qui leur restaient puisque l’expropriation en lien avec la construction d’une portion de l’autoroute 40 allait les forcer à déménager quelques semaines plus tard. (pour plus de détails sur cette affaire lire : Double meurtre crapuleux au Cap)

La preuve démontra par la suite que les deux fillettes avaient été enlevées par deux braqueurs, Michel Joly et Ludger Delarosbil. Leurs corps furent retrouvés le lendemain, samedi 17 juillet, dans le secteur Ste-Marthe-du-Cap-de-la-Madeleine.

Une semaine plus tard, le samedi 24 juillet 1971, le soir même où Ludger Delarosbil était arrêté à Montréal, un autre double meurtre marquait l’histoire judiciaire madelinoise. Sur la route 19, prolongation de la rue Thibeau conduisant vers Shawinigan, se trouvait le club Primo Gourmet. C’est là qu’une dispute éclata entre le serveur Normand Goyette et deux clients, Roger Hayes et Gérard « Pétard » Roberge. Selon les aveux de Goyette, Roberge aurait été le principal instigateur du drame en voulant boire « sur le bras » de Goyette, à qui il devait déjà plus de 50$.

De plus, certains durs à cuire de la région, possiblement des amis de Roberge, avaient mis une raclée à Goyette une semaine plus tôt, si bien que ce dernier souffrait encore d’une vive douleur à son bras droit.

Après s’être absenté dans certains bars de Trois-Rivières pour tenter d’y retrouver des amis qui auraient pu lui venir en aide, Goyette revint à son lieu de travail les mains vides. Sans plus attendre, il prit la carabine Winchester de calibre .30-30 qu’il avait acheté pour sa protection personnelle et entra au Primo Gourmet. À l’intérieur, sans le moindre avertissement, il explosa la tête de Roberge avant de répéter le scénario avec Hayes.

Le hasard fit en sorte que Normand Goyette alla déposer son arme dans le bois près du nouveau pont enjambant la rivière St-Maurice avant de s’arrêter à la première maison où il vit de la lumière. Or, il s’adonna à frapper à la porte du 31 rue Pierre Boucher, propriété de Paul Marchand, le père de Carole Marchand, assassinée la semaine précédente. Goyette se montra très poli en demandant uniquement d’utiliser le téléphone pour contacter la police. Au constable Chiasson, il révéla ce qui venait de se produire au Primo Gourmet et quelques minutes plus tard il se rendait sans faire d’histoire aux policiers municipaux du Cap.

Il n’y a pas de lien criminel à proprement dit entre ces deux affaires, mais il est tout de même étonnant que ces deux causes se soient déroulées dans le même secteur à un intervalle de quelques jours seulement, d’autant plus que Paul Marchand, déjà éprouvé par la perte de sa fille, s’est vu impliqué dans une autre histoire inoubliable. D’ailleurs, Paul Marchand fut appelé à témoigner au procès de Goyette en octobre, et la justice lui demanda de répéter l’expérience le mois suivant dans celui de Ludger Delarosbil, accusé de complicité dans le meurtre de Chantal Côté. La justice avait d’abord choisi de procéder dans ce cas, mais puisque que Delarosbil fut condamné à perpétuité en novembre il n’y eut jamais de procès pour le meurtre de Carole Marchand.