Une petite Cadie en Martinique


PetiteCadieVACHON, André-Carl.  Une petite Cadie en Martinique.  La Grande Marée, Tracadie-Sheila (Nouveau-Brunswick), 2016, ill., 137 p.

         Assimilation et déportation.  Deux mots qui rappellent durement le racisme et la haine que notre monde moderne utilitariste donne parfois l’impression de tenir sous silence.  C’est pourtant une tranche importante de notre passé.  Peu importe notre allégeance politique (j’essaie de n’en avoir aucune), les francophones de tous horizons ne devraient jamais oublier ce drame historique.

         Mais là n’est pas le but d’André-Carl Vachon, qui se contente d’un travail de mémoire et d’avancement dans le domaine historique.

         Dans une préface touchante de Vincent Huyghues-Belrose, professeur d’Histoire moderne en Martinique, le lecteur apprend que si la déportation acadienne est une tranche inoubliable de l’histoire de la francophonie, celle de ces quelques 200 personnes (129 en provenance de New York) qui aboutirent en Martinique l’est beaucoup moins.  En fait, Huyghues-Belrose explique à quel point cette portion historique avait littéralement été oubliée en Martinique.  Ce sont d’ailleurs ses découvertes dans les archives qui l’on amenées à rencontrer, en 2015, l’auteur André-Carl Vachon, qui se faisait déjà connaître pour ses avancées à propos de l’histoire acadienne.

         Je me rappelle sommairement avoir lu le livre de Bona Arsenault il y a de cela plusieurs années, mais il est toujours impressionnant et très triste de se faire rappeler qu’au total ce sont 11 000 Acadiens sur 14 000 qui ont été déportés au 18e siècle.  De ceux-ci, Vachon s’est principalement attardé à ceux et celles qui se sont retrouvées en Martinique.  Il en présente d’ailleurs un tableau fort détaillé qui servira assurément aux chercheurs et aux curieux.

         Non seulement les britanniques de l’époque ont fait preuve d’une haine gratuite envers les Acadiens, mais l’auteur déterre la possibilité d’une fraude.  Les autorités, dont le gouverneur Fénelon, auraient gonflé les chiffres quant au nombre total d’Acadiens établis en Martinique.  Et cela dans le but évident d’empocher une partie de la ration du roi versé à ces déracinés pour leur permettre de s’établir en ce nouveau pays.

         L’auteur nous dresse aussi un portrait sur ce qu’aurait pu être la vie quotidienne de ces ancêtres : « les Acadiens étaient donc des charpentiers, des tailleurs d’habits et des marchands.  Un seul Acadien travaille dans les sucreries : Joseph Martin est raffineur et économe.  Puis, un seul est dit « Laboureur de son métier », soit Louis Maillet.  Quant aux époux des Acadiennes, ils avaient des emplois très variés : commissaire de police, sergent au régiment de Médoc, armurier, fourrier d’artillerie, forgeron, ferblantier, charpentier, employé dans une poterie, tailleur de pierre, ouvrier aux travaux du roi […] »[1].

         L’ouvrage se termine par un hommage que l’auteur rend à ses ancêtres, eux-mêmes descendants d’une famille acadienne qui avait goûté au sol martiniquais.  Voilà donc un ouvrage de référence qui fait avancer l’Histoire et devrait servir à enrichir les étudiants.  Certes, un livre à ajouter à votre collection!

[1] P. 91-92.

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Exposition « Mariages d’antan »


Trousseau de baptême confectionné par Georgette Dussault et porté par Philippe Trudel lors de son baptême du 29 mai 1937.
Trousseau de baptême confectionné par Georgette Dussault et porté par Philippe Trudel lors de son baptême du 29 mai 1937.

Historiquement Logique vous invite à l’exposition Mariages d’antan dont le lancement s’effectuera le 14 juin 2015 à 10h30 à l’église de Champlain (à quelques kilomètres à l’est de Trois-Rivières, sur la route 138). Cette exposition est un hommage aux mariages et aux baptêmes d’époque. Pour ce lancement, auquel tout le public est invité, on retrouvera un défilé de mannequins qui porteront des robes de mariages originales et restaurées.

L’exposition, qui regroupera également plus d’une soixantaine de photos de mariage, des artéfacts et des trousseaux de baptême, se prolongera ensuite tout l’été à l’église de Champlain. Cette réalisation unique dans la région est le résultat du travail de Thérèse Toutant, membre de la Société historique de Champlain, qui travaille sur ce projet depuis maintenant plus d’un an.

Bienvenue à tous!

Horaire d’été : du 24 juin au 16 août 2015 de 11h30 à 16h30 à l’église de Champlain.

 

La viande halal, c’est pas banal


Quoiqu’on en dise, le sujet est controversé.  Depuis la sortie publique du Parti Québécois, les médias jonglent tant bien que mal avec le dossier de la viande halal.  Personne n’ose remettre en question les accommodements raisonnables, et pourtant!  Nombreux sont ceux qui regrettent encore les reculs du peuple québécois face aux avancées de la mondialisation.

Au cours des derniers jours, la télévision nous renvoyait d’ailleurs les avis de soi-disant experts provenant du milieu de l’abattage ou de l’agro-alimentaire.  Belle preuve d’impartialité!

François Legault, le chef de la CAQ, a d’ailleurs rappelé qu’au Québec la présence de la viande halal devrait être une exception et non la norme.

L’aspect historique de la chose est souvent négligé, mais un regard sur le passé nous permet souvent de revenir dans un cadre plus rationnel.

C’est au 7ème siècle de notre ère, à l’époque de Mahomet, que remontent les premières recommandations halal, mot qui signifie « licite ».  On s’en doute, la pratique d’égorgement à froid des bêtes d’élevage se pratiquait bien avant, mais c’est au cours de ce siècle qu’une certaine partie du monde la classa soudainement sous le sceau du sacré.

Les armes à feu apparurent six ou sept siècle plus tard, et avec elles d’autres façons d’abattre le gibier.  Le rayon d’action de l’homme en territoire de chasse s’élargissait considérablement.  Voilà une invention qui remit en perspective l’utilisation singulière de la lame, qui ne s’applique généralement qu’aux animaux d’élevage.  En effet, pour abattre un gibier en liberté il faudrait une dextérité inouïe.  Parmi les peuples dit primitifs, comme les Amérindiens, on avait compris que pour une question de survie il fallait développer des armes à plus longue portée, comme l’arc par exemple.  Pas question pour eux de développer une croyance se rapprochant de celle imposée par Mahomet.  L’important était de ramener de la nourriture pour la famille.

On serait alors en droit de se demander si une pratique halal n’est pas plutôt attribuable à certaines mœurs plutôt qu’à certaines croyances, puisqu’elle ne pouvait s’appliquer qu’à une région du monde où l’homme pratiquait déjà l’élevage depuis des générations.

On imagine aussi à quel rythme aurait pu se développer l’Occident, en particulier l’Amérique, si les colons n’avaient pu se servir de leurs armes à feu pour chasser, sous prétexte que cela ne convenait pas à un quelconque rite religieux.

Et lorsqu’on veut défendre la tradition, il faudrait sans doute rappeler que chez les sikhs le port du kirpan remonte seulement vers la fin du 17ème siècle.  C’est également à cette époque que nombre de nos ancêtres commençaient le défrichement de la Nouvelle-France.  En suivant le délire logique de certaines croyances, faudrait-il permettre à nos enfants d’aller à l’école avec leur hache à la main sous prétexte que leurs ancêtres ont traditionnellement utilisés cet outil indispensable pour leur survie?

Il existe aussi différents débats sur la viande halal et les techniques d’abattage, mais laissons cet aspect aux scientifiques.  On peut cependant détecter plusieurs opportunistes ou pseudo scientifiques qui tentent parfois de nous faire avaler bien des concepts.  Et pour ceux qui prétendent que le halal est meilleur pour la santé, faudrait-il en déduire que tous les êtres humains ayant vécus avant le 7ème siècle souffraient d’une condition physique médiocre?  Ce n’est pourtant pas ce que démontrent les recherches archéologiques.

Et après le 7ème siècle?  A-t-on enrayé le cancer pour autant?

Cette semaine, plusieurs citoyens s’offusquaient d’une vidéo sur Youtube démontrant un chien ayant été abattu d’un coup de carabine.  On monte vite aux barricades lorsqu’il s’agit de cruauté animale, mais dès qu’on mentionne l’abattage, les voix s’éteignent bien rapidement.  Pourtant, si on se porte à la défense des animaux, ne faudrait-il pas le faire pour tous les mammifères?  Sommes-nous plus attachés à un chien ou un chat simplement parce que nous pouvons en posséder un dans notre salon?

L’être humain est-il hypocrite à ce point qu’il se défile devant les conditions d’un animal qu’il a jugé correct à sa propre consommation?  Et n’y a-t-il pas un autre motif caché derrière tout cela : celui de la peur de se prononcer en défaveur d’une religion envahissante?

Après tout, il est beaucoup plus facile, par exemple, de s’en prendre aux chasseurs de phoques qu’aux abattoirs halals.

L’Islam, qui condamnait les vieilles religions polythéistes, ne répète que de vieux rituels pratiqués par des croyances anciennes et tribales : le sacrifice animal.  Étonnement, Zarathustra, inventeur du dieu unique chez les Perse au 6ème siècle avant notre ère, a fondé sa réforme, du moins en partie, sur son dégoût face aux sacrifices de ce genre.  À son époque, ces rituels sanglants étaient trop nombreux.

Assistons-nous à un malheureux retour en arrière?

L’Histoire donne parfois l’impression d’être comme la mode, c’est-à-dire cyclique.  Certaines pratiques tendent à disparaître avant de revenir au goût du jour.

L’animal ne souffre pas, nous dit-on!?  Et bien, qui sommes-nous pour nous mettre à leur place?  Un condamné à la guillotine a-t-il récemment donné son avis sur le sujet?

Bien sûr, l’homme, cet indomptable preneur qui ramène toujours tout à lui-même, en a décidé ainsi, au point de se substituer à l’animal et de décider pour lui!