Trajectoire 3: la conclusion

Revue de presse 1948-1969

            Jusqu’à maintenant, les archives et les documents officiels nous ont montré une image assez incomplète de la carrière de Louis-Georges Dupont. On a débattu d’un nombre incalculable de détails concernant l’époque de son décès, mais on en sait encore bien peu sur l’homme. Même sa famille n’a pas révélé grand-chose à propos de sa vie avant novembre 1969.

Qui était réellement Louis-Georges Dupont?

            Une revue de presse couvrant la période ayant précédée sa mort nous permettra de faire ressortir quelques faits à propos de sa carrière de constable et de détective. Par le fait même, nous nous intéresserons également à ses collègues.

1948

            Avant d’être policier, Louis-Georges Dupont aurait travaillé comme chauffeur de taxi[1]. Toutefois, sur le bulletin de son mariage avec Jeanne d’Arc Lamy, en date du 20 novembre 1948, son métier est inscrit comme « camionneur ». Louis-Georges est né le 7 mai 1924 alors que sa femme avait vu le jour le 28 mai 1923. En ce qui la concerne, on indiquait son métier comme « coiffeuse ». Leur mariage a été célébré par le curé Grégoire Leblanc.[2]

1950

            La mention la plus ancienne du nom de Louis-Georges Dupont qu’il nous ait été donné de retracer dans les pages du quotidien Le Nouvelliste remonte au 9 août 1950. En fait, son nom est mentionné au même titre que plusieurs autres – Léo Valois, Lionel Bourgelas, et Claudette Gauthier – parce qu’il assistait aux funérailles de Mme Honorat Lamy, née Édouardina Dupont[3]. Celle-ci venait de mourir à l’âge de 65 ans. Parmi les enfants qu’elle laissait dans le deuil, on retrouvait évidemment Jeanne d’Arc Lamy, épouse de Louis-Georges. Parmi les frères de la défunte, on retrouvait un « Wellie Dupont », l’oncle par alliance de Louis-Georges.[4] S’agissait-il du policier Willie Dupont?

            Lors de ces funérailles, Jeanne d’Arc était vraisemblablement enceinte de son premier enfant. Elle donnerait naissance à son premier fils (Jacques) en décembre 1950. Est-ce l’arrivée de ce nouveau bébé qui aurait poussé Louis-Georges à vouloir trouver un métier plus stable et plus payant? Quoi qu’il en soit, c’est à cette même époque qu’il a fait son entrée dans la police, d’abord comme simple constable.

1953

            Dans Le Nouvelliste du 25 avril 1953, on le retrouve comme juré dans une enquête de coroner. À première vue, on pourrait penser qu’il s’agissait d’un homonyme, mais la présence de Roland Poitras et d’Elphège Lafrance parmi les autres jurés laisse peu de place au doute. Cette enquête concernait la mort de Jean-Pierre Gendron, décédé lors d’un accident survenu le 9 mars sur le boulevard Royal. D’autres personnes avaient été blessées. « L’enquête a été tenue hier avant-midi à la morgue Rousseau et Frère sous la présidence du Dr Philippe Bellefeuille, coroner du district de Trois-Rivières. »[5] Le jury avait rendu un verdict de mort accidentelle.

1954

            À l’automne 1954, le magasin d’Henri Bourgeois, marchand de papier de la rue Saint-Antoine, a été la cible de voleurs qui « ont fracassé une vitre de la porte d’avant pour pousser le verrou et pénétrer à l’intérieur. »[6] Ceux-ci se seraient emparés d’une somme estimée à 6.00$. Au moment où l’article paraissait dans le journal, les voleurs n’avaient toujours pas été identifiés. Cependant, on y apprend que « Les constatations ont été faites par les constables Elphège Lafrance et Louis-Georges Dupont. »[7]

De plus, on laissait entendre que les mêmes voleurs avaient essayé de pénétrer dans l’établissement du Trans-Canada Shoe, où ils n’avaient toutefois pu s’infiltrer. « Le magasin de M. Bourgeois, de son côté, a été visité par les voleurs en janvier 1953 et en 1952. À chaque fois, ils n’ont pas eu plus de chance puisque le propriétaire n’y conserve pratiquement pas d’argent. »[8]

1957

            Dans Le Nouvelliste du 2 août 1957, on retrace une photo montrant Louis-Georges Dupont en compagnie de quelques-uns de ses collègues dont les noms nous sont maintenant familiers. Parmi ceux que nous connaissons le plus, notons Paul Dallaire, Fernand Thibeault, Roland Poitras et Fernand Gendron. Cette photo a été publiée dans le cadre de la réélection de Damien Houde à la présidence de l’Association des policiers et pompiers de la Cité des Trois-Rivières Inc. Le texte qui l’accompagne souligne que Dupont était assistant-trésorier de l’Association.

Figure 21. Première rangée: Paul Dallaire, Louis-Georges Dupont, Fernand Thibeault, et Roland Poitras. Derrière: Paul Landry, Damien Houde et Fernand Gendron. (Le Nouvelliste, 2 août 1957)

            Le 2 novembre de la même année, Le Nouvelliste partageait avec ses lecteurs quelques textes intéressants à propos de l’histoire policière et criminelle de Trois-Rivières. Ce fut l’occasion, par exemple, de mettre en valeur un détective comme Elmo Beaubien, qui fut un pionnier en matière d’infiltration auprès du crime organisé. Beaubien, dont la carrière avait débuté le 4 janvier 1932 avant d’être engagé à la Police provinciale le 11 octobre 1940, « connaissait parfaitement le milieu de la pègre trifluvienne, ce limier est une richesse pour notre Sûreté municipale. Le détective Beaubien au cours de ses 17 ans d’enquêtes a su se rendre utile, ce qui n’est pas peu dire. Il s’est spécialisé dans les éclaircissements de vols de tout genre. Il a réussi à diverses reprises des coups de filet qui ont eu fort de retentissement. Le détective Beaubien est un besogneux. Infiniment patient, il ne croit jamais impossible de ne pas arriver à une solution, même dans des enquêtes fort difficiles. Par son travail, manquant la plupart du temps d’un éclat sensationnel, ce limier s’est attiré la considération de ses concitoyens par sa conscience professionnelle. Et cette admiration pour sa besogne est toujours vive »[9].

            Dans les archives judiciaires, on croise d’ailleurs son nom à quelques reprises. Par exemple, il apparaît comme témoin dans des procès expéditifs, comme celui de Fernand Labrecque en 1947, qui avait été accusé d’avoir volé un corbillard d’une valeur de 6 000$. Les avocats au dossier étaient Lucien Comeau et Léon Méthot.[10] Son travail de détective l’a aussi amené à être impliqué dans la cause de Paul Bouchard[11], accusé de vol en 1948.

            Dans ce texte à saveur historique, on apprenait également que la police de Trois-Rivières avait été créée lors du conseil de ville tenu le 26 octobre 1857. Le nouveau corps policier avait alors été confié au connétable François Dasylva. Parmi les tous premiers constables à assurer la sécurité de la ville on comptait Ovide Rocheleau, Édouard Ayotte, Joseph Hill, Charles Féron et Onésime Dupont. Selon cette source, la ville comptait 55 000 habitants en 1957 alors qu’avant le grand incendie de 1908 ce chiffre était de 9 155.[12]

1958

            Le 28 février 1958, on lisait dans Le Nouvelliste : « Un répugnant personnage de Bécancour, âgé de 39 ans, est présentement détenu à la prison commune des Trois-Rivières en rapport avec une accusation de détournement de mineure. […] L’arrestation de l’individu en question a été faite par le constable Paul Dallaire à la terrasse Turcotte, vers huit heures jeudi matin, après qu’il eut été alerté par les cris de la fillette que l’homme était en train de molester. Celle-ci, âgée de 8 ans, se rendait à la classe par la rue des Ursulines lorsqu’il l’agrippa pour l’entraîner dans les marches de la Terrasse, où il se livra sur l’enfant à des touchers indécents. La chance a voulu que le constable Dallaire arrive à temps pour empêcher le triste individu de se livrer à d’autres actes plus malheureux. »[13]

Trois mois plus tard, « les limiers de la Sûreté municipale des Trois-Rivières ont finalement mis la main au collet d’un chauffard qu’on soupçonne de s’être rendu coupable d’un « hit and run » vers 8h15 du soir, le 10 mai dernier. L’automobiliste en question, un citoyen de Shawinigan demeurant au Cap-de-la-Madeleine et travaillant à Trois-Rivières aurait négligé d’arrêter après avoir accroché la voiture de M. Marcel Charrette de Louiseville, sur le pont Duplessis. C’est le détective Louis-Georges Dupont qui a eu charge de l’enquête dans cette affaire. Jeudi, M. l’inspecteur Fernand De Miffonis nous a dit que l’individu appréhendé comparaîtrait en Cour municipale, ces jours-ci, sous une inculpation de conduite dangereuse. »[14]

Au cœur de l’été 1958, Dallaire et son collègue Atale St-Onge sont intervenus dans une affaire impliquant la mort tragique en pleine rue d’une femme de 57 ans répondant au nom d’Yvonne Bédard. Le drame est survenu au coin des rues Hart et Radisson. Il semble que Dallaire et St-Onge avaient l’habitude de travailler en duo puisqu’on les retrouvait encore ensemble en décembre, cette fois dans une situation impliquant un jeune fugitif de 20 ans qui avait récemment comparu à la Cour du Bien-Être social. Le jeune fut pris en chasse à partir de la taverne Armour de la rue Laviolette par les policiers Jean Chaîné et M. Asselin du poste no. 2 et qui « se sont lancés à sa poursuite, mais le jeune homme sauta la clôture et se sauva sur la voie ferrée. Recevant un appel par radio, les agents Paul Dallaire et A. St-Onge, du poste numéro 1 ont arrêté le garçon peu après qui avait perdu ses claques dans la neige. Son identification fut facile car les souliers troués de l’individu avaient laissé des empreintes dans ses caoutchoucs. »[15]

Cet été-là, Dupont a aussi fait la manchette lorsque « Des voleurs se seraient introduits dans le restaurant Jacques, du Parc Lemire, et y auraient dérobé du bonbon et autres marchandises pour une valeur non encore déterminée. On a remarqué que l’un des panneaux barricadant les fenêtres avait été arraché. C’est par là que les intrus aurait opéré. Par ailleurs, on n’est pas encore fixé sur ce qui aurait pu être emporté par les voleurs à l’établissement de M. Marchand, un vendeur d’articles de jardin dont le magasin est situé au coin de St-Roch et Royale. On a rapporté à la police que la porte arrière avait été défoncée durant la nuit. Dans ces deux affaires, ce sont les détectives Elmo Beaubien et Louis-Georges Dupont qui ont été chargés de faire enquête. »[16]

1959

            En janvier 1959, la police de Trois-Rivières parvint à résoudre une vague de vols en procédant aux arrestations de deux individus. L’aventure débuta le 22 janvier dans la résidence de Louis-Théo Larose, au 438 rue Radisson. Ce dernier avait entendu du bruit et surpris deux hommes en train de prendre la fuite. Deux constables qui se trouvaient à proximité, Roger Giasson et Edmond Charest, ont entendu ce qui se passait et ils ont aussitôt donné la chasse aux deux individus. « Après quelques minutes de course à travers rues, ruelles et fonds de cour, le constable Roger Giasson parvenait à arrêter le premier homme, le retenant jusqu’à ce qu’il obtienne de l’aide. Pendant ce temps, le constable Edmond Charest mettait la main au collet du second malfaiteur. […] Tôt, hier matin, le détective Ls-Georges Dupont aidé du détective Jean-Marie Hubert commença l’interrogatoire des prévenus pour finalement leur faire avouer une douzaine de vols par effraction et des tentatives de vol par effraction. On présume également qu’un certain nombre d’autres vols leur sont attribuables. […] M. Jean-Marie Brunet, directeur de la police de notre ville, s’est dit très satisfait du travail de la police et des détectives. M. Brunet a loué le travail des constables qui par leur rapide réaction ont réussi à capturer les deux malfaiteurs pour les remettre entre les mains des détectives Dupont et Hubert qui ont fait de l’excellent travail pour finalement amasser suffisamment de preuves et obtenir les aveux des coupables. Il est à noter que depuis un certain temps les détectives de notre ville voient leur travail couronné de succès. Les causes non-solutionnées se font de plus en plus rares. Il est aussi à noter cette magnifique coopération qui existe entre la force constabulaire et les détectives. »[17]

            Le mois suivant, cinq commerces, dont trois stations-services, incluant celle qui évoluait sous la bannière Champlain Oil, propriété de Roger Doyon située au 1040 de La Terrière, furent victimes d’une autre vague de vol. « […] à chaque endroit les voleurs ont pénétré dans l’établissement de la même manière, en brisant une vitre. »[18] Les sommes dérobées auraient été minimes mais le vandalisme laissa des dommages considérables. « S’il s’agit de la même bande dans les cinq cas ce sera la première fois qu’un même groupe aura été aussi actif en une seule nuit. Malheureusement pour les voleurs tant d’efforts n’ont jamais été aussi peu profitables. Les détectives Elmo Beaubien et Louis-Georges Dupont de la Sûreté municipale ont été chargés de mener l’enquête. »[19]

            En juillet, des voleurs se sont « introduits subrepticement dans l’édifice de la Northern Electric, sur la rue Notre-Dame, dans la nuit de jeudi à vendredi, ils ont emporté le coffre-fort. Les voleurs auraient approché un véhicule près de l’entrée centrale. Ils se présentèrent à la porte dont ils cassèrent la serrure de sûreté. Une fois dans la pièce, ils s’emparèrent du coffre-fort qu’ils transportèrent à bras d’homme jusqu’au véhicule. […] Le vol a été découvert par les agents de la police locale qui faisaient leur ronde de nuit. Il était environ 12h40. Ils alertèrent aussitôt la Sûreté municipale qui dirigea sur les lieux les détectives Louis-Georges Dupont et Jean-Marie Hubert. Ils dirigent présentement une enquête serrée afin de découvrir les auteurs de ce forfait. »[20]

            Selon cet article, Dupont aurait été appelé très tôt dans sa carrière de détective à travailler de nuit ou du moins selon un horaire qui, évidemment, dépendait du crime.

            Le mois suivant, l’action se poursuivit lorsque « trois individus ont été arrêtés après une chasse à l’homme mouvementée, ponctuée de coups de feu sur la rue Calonne et les champs environnants dans la nuit de lundi à mardi. Un quatrième individu a réussi à échapper aux poursuites des policiers. La chasse a débuté lorsque les agents Paul Dallaire et Germain Côté, effectuant leur ronde en arrière du parc de l’Exposition, aperçurent des types qui fouillaient dans un camion stationné en bordure de la rue. À leur allure, les agents constatèrent que le camion en question n’était pas leur propriété. Ils sommèrent donc les individus de se rendre. Mais ceux-ci se gardèrent bien de répondre et prirent le bord des champs. Les policiers tentèrent alors de les rappeler à l’ordre mais comme les fuyards n’en faisaient rien, les membres de la force constabulaire tirèrent trois coups de feu dans les airs. »[21] L’un des suspects s’est rendu tout de suite, alors que les deux autres furent attrapés peu de temps après. Des pièces d’auto volées furent trouvées dans leur véhicule. « Les détectives Elmo Beaubien et Louis-Georges Dupont continuent leur enquête dans cette affaire. Ils seraient en possession de l’identité du quatrième individu et son arrestation ne tarderait pas. »[22]

            Sur la même page du quotidien, on constate que, pendant ce temps, Jean-Marie Hubert était occupé dans une enquête de fraude : un jeune homme avait tenté de remodeler des pièces de 1¢ pour les utiliser comme des 10¢ afin d’obtenir à rabais de la boisson gazeuse.[23]

            À la fin de septembre 1959, Dupont s’est vu confier l’enquête sur la mort de Roger Croteau, 32 ans, écrasé sous les roues d’un camion dans la cour de l’International Paper (CIP). « Le camion était conduit par M. Raymond Veillette, 121 rue Loranger, au Cap-de-la-Madeleine. »[24] Dupont s’est rendu sur les lieux avec le coroner, Me Ludovic Laperrière.

            Le 9 novembre 1959, un tout petit article a immortalisé le fait que « La police locale a appréhendé le conducteur d’une voiture qui avait causé un accident de circulation dans la nuit de vendredi à samedi sur la rue Lavérendrye. Ce dernier s’était sauvé après l’accident impliquant quatre voitures. Le détective Louis-Georges Dupont avait fait enquête pour en venir à l’arrestation de l’homme. Les dommages totalisaient $800. »[25]

            Dans la même parution, on lit que Dupont enquêtait également sur un vol d’une centaine de dollars commis à la Compagnie Provincial Gas située au 1125 de la rue Père-Daniel.[26]

            Le 5 décembre 1959, c’est la maison Légaré qui fut victime d’un « homme-mouche » qui aurait pénétré par le toit. Le coffre-fort ne contenait apparemment que peu d’argent. « La Sûreté a pris charge de l’affaire. Les détectives Elmo Beaubien et Louis-Georges Dupont mènent l’enquête. Des pistes découvertes dans la neige du toit étaient trop imprécises pour apporter à l’enquête quoique [sic] ce soit de tangible. On poursuit dans cette affaire. »[27]

          À quelques jours de Noël, un bandit masqué s’est présenté à la Caisse populaire Saint-Sacrement, sur la rue Wolfe, pour repartir avec une cassette contenant une somme évaluée à plus de 2 000$. Armé d’une carabine de calibre .22, il aurait menacé deux clients (Victor Dallaire et Louise Pothier) et le gérant, François Nadeau. Lorsque ce dernier s’est dirigé vers la sonnerie dans le but de déclencher l’alarme, le braqueur a tiré un coup de feu en sa direction sans toutefois l’atteindre. « La balle se logea dans le bureau personnel du gérant après avoir fracassé une vitre. »[28] Les dépositions des témoins furent ensuite enregistrées par les détectives Elmo Beaubien et Louis-Georges Dupont « qui se sont dirigés immédiatement sur les lieux pour ouvrir l’enquête. »[29]

1960

La nouvelle décennie ne semble pas avoir apporté beaucoup de répit pour les détectives trifluviens. Dès janvier, « Une quatrième école a été visitée par les voleurs au cours de la nuit de lundi. Le restaurant de l’Institut de Technologie, rue St-François, a été défoncé et une somme évaluée à $150 a été dérobée. […] Les voleurs ont pénétré dans l’édifice en brisant une fenêtre. Ils ont de plus visité l’école et un pupitre a été forcé. »[30] Cette enquête a été confiée aux détectives Elmo Beaubien et Louis-Georges Dupont.

C’est une enquête concernant un autre vol qui aurait conduit aux arrestations de suspects en lien avec le braquage commis avant la période des Fêtes. « Deux jeunes gens dans la vingtaine, des récidivistes, précédemment appréhendés pour interrogatoire, ont été définitivement écroués dans les cellules municipales, hier soir. Ils comparaîtront ce matin en Cour des Sessions de la Paix, sous une accusation de vol avec effraction. La police n’a pas voulu dévoiler leur identité. L’inspecteur-en-chef Fernand de Miffonis a révélé que le butin volé a été intégralement retrouvé par les limiers Louis-Georges Dupont et Jean-Marie Hubert. C’est ce qui a permis cet autre coup de filet sensationnel. »[31]

Le 26 février 1960, le procès de Jean-Guy Labranche s’est terminé « par l’audition des témoins Noël Alarie, Louis-Georges Dupont et Jean-Guy Richard. S. H. le juge Léon Girard rendra son jugement dans cette affaire le 3 mars. M. Noël Alarie a témoigné devant la cour que les bijoux présentés comme exhibit lui avaient été remis par Fernand Richard en échange d’une automobile. Le détective Louis-Georges Dupont vient ensuite déclarer à la cour que les bijoux présentés comme exhibits p-2 lui avaient été remis par M. Noël Alarie et les autres présentés comme exhibits p-3 et p-4 venaient de M. Bernard Ricard. »[32] C’est Me Guy Lebrun qui agissait comme avocat de la défense alors que le procureur de la Couronne était Me Ludovic Laperrière.

Wellie Dupont s’est éteint 4 mars 1960 à l’âge de 73 ans. Il habitait au 612 Saint-Roch à Trois-Rivières. On pouvait lire dans la notice nécrologique que « les funérailles auront lieu lundi le 7 courant. Le convoi funèbre partira du Salon Funéraire Rousseau & Frère 465 Des Volontaires (T.-R.) à 9h15 pour se rendre à l’église paroissiale de St-Philippe (3-R) où le service funèbre sera chanté à 9h30 et de là au cimetière St-Michel (3-r) lieu de la sépulture. »[33]

Au matin du 17 juin 1960, le corps d’une femme fut découvert dans la chambre no. 346 du Château de Blois, un célèbre hôtel de Trois-Rivières. La victime était Marguerite Vallée, 39 ans. C’est à la suite d’un appel logé auprès de la police du Cap-de-la-Madeleine que le corps aurait été découvert. La victime gisait sous le lit. « Les autorités policières de la ville-sœur demandaient de vérifier les déclarations d’un individu qui s’était présenté quelques minutes plus tôt au Monastère des Pères Oblats où il déclarait qu’il venait de commettre un meurtre au Château de Blois. On manda le Dr René Paquin qui constata la mort, laquelle remontait à sept heures environ. L’inspecteur-chef Fernand de Miffonis constata les faits et remit l’enquête au sergent Nick Anderson et à l’agent judiciaire Aimé Daigle de la Sûreté provinciale à Trois-Rivières. »[34]

Voilà qui indique qu’il était de coutume, déjà en 1960, de reléguer les enquêtes de meurtre à la Sûreté provinciale, qui deviendra quelques années plus tard la Sûreté du Québec. Une revue de presse aurait-elle pu permettre à la Commission Lacerte-Lamontagne de faire revivre ces faits et de comprendre que, finalement, les détectives municipaux de 1969 n’avaient pas contacté la SQ parce qu’ils n’avaient jamais envisagé la possibilité que la mort de Dupont puisse être un meurtre?

L’article spécifiait que « L’autopsie a été pratiquée vers 1 hre à la morgue Rousseau et Frère par le Dr Jean-Marie Roussel, médecin légiste […]. »[35] La victime aurait été étranglée. Une chasse à l’homme fut rapidement déclenchée, au point où « Un détachement de l’escouade des homicides de la police fouillait, hier et cette nuit, tous les établissements du centre de Montréal et surveillait les gares et les terminus d’autobus dans le but de retrouver Jules Huard, 22 ans. »[36] Toutefois, rien n’indique une implication plus approfondie des détectives municipaux de Trois-Rivières. Huard fut appréhendé peu de temps après et traduit en justice.

En juillet, Lucien Desfossés, un garagiste de Saint-Michel-des-Forges âgé de 48 ans, « a été victime tôt dimanche matin d’un assaut sur la personne. Transporté d’urgence à l’hôpital St-Joseph, il y est décédé vers 9 hres, hier matin. La rixe qui a causé la mort de M. Desfossés s’est produite vers 1h30 dimanche matin, à l’angle des rues Royale et St-Georges. Le témoin important de cette affaire est un certain René Laroche, 19 ans, reconnu dans les milieux de la police comme un fier à bras. Laroche a donné une version plus ou moins vraisemblable de la bagarre. Mais selon les témoins nombreux, le seul mobile qui ait pu pousser Laroche à frapper Desfossés serait qu’il a voulu donner une leçon publique à un homme en boisson. »[37]

Il ne s’agissait vraisemblablement pas d’un règlement de compte puisque Laroche aurait donné un coup de main à un commis qui souhaitait expulser Desfossés d’un restaurant. C’est ensuite que Laroche « lui administra quelques bonnes giffles [sic] en lui disant de quitter la place. »[38] Cette enquête a été confiée à Dupont. L’enquête du coroner s’est ensuite tenue à la morgue Rousseau et Frère, où Laroche fut reconnu criminellement responsable. L’audience fut conduite par Me Jules Provencher, coroner intérimaire.[39] Sur la même page du quotidien Le Nouvelliste, on apprenait que Provencher venait aussi d’être nommé juge à la Cour municipale de Trois-Rivières.[40] Il succédait à Jean-Marie Bureau, un avocat dont le nom était indissociable de causes importantes ayant marquées la région dans la première moitié du 20e siècle.[41]

Toutefois, si l’enquête sur le décès de Desfossés a débuté au salon Rousseau & Frère, l’article de Desaulniers nous apprend que la procédure s’est « poursuivit à la salle Duvernay où se tiennent les enquêtes de ce genre. »[42] Pour sa part, Laroche fut accusé d’homicide involontaire mais acquitté à la suite de son procès tenu en octobre 1960. Parmi les témoins policiers entendus lors de ce procès, on retrouve Guy Poisson, qui occupait alors la fonction de photographe pour la police. Puis un incident insolite survint dans le prétoire : « Me Laperrière en contre-interrogatoire demande au témoin [Joseph Montembeau] s’il ne témoigne pas grâce à un papier que lui a remis la police. Le témoin répond dans l’affirmative. Stupeur générale dans la Cour. « Qui vous a remis ce papier? Demande Me Laperrière. » « Le détective Dupont. » « Quand? » – « Vendredi ». Ce dernier qui agissait comme conseiller de Me Biron nie d’un geste de la tête. Plus tard, Me Biron demande au témoin de montrer le papier dont il parle. Le témoin le retire de sa poche. Le procureur le regarde et s’exclame : « Un subpoena, un subpoena, le voilà le papier de la police. Il y avait un malentendu et le public et toute la Cour se paient quelques minutes de franc rire. »[43]

Nous n’avons trouvé aucune trace démontrant que la Sûreté provinciale ait été appelée à participer à cette enquête pour homicide.

En octobre 1960, Dupont paraissait occupé puisque « Il n’a fallu au détective Louis-Georges Dupont, qu’une heure et trente minutes pour mettre un point final à une enquête sur un « hit and run » survenu vers 10h50, mercredi soir sur le pont Duplessis. »[44] Le fautif était un étudiant de Montréal qui se trouvait en congé chez ses grands-parents à Trois-Rivières. Il fut libéré sous caution peu après son arrestation. Alors qu’il se dirigeait vers le Cap-de-la-Madeleine, il avait heurté la voiture de Marcel Genès. Non seulement il avait causé 250$ de dommages mais il avait refusé de s’arrêter. Un citoyen (J. André Lesage) avait cependant noté son numéro de plaque pour le transmettre ensuite aux policiers, ce qui a grandement facilité le travail de Dupont.

1961 – Nominations de Hubert et Dupont

            Le Nouvelliste du 21 juin 1961 annonçait la nomination de Jean-Marie Hubert à la tête de l’escouade des détectives. Un rapport du directeur Jean-Marie Brunet avait convaincu le conseil de ville d’attribuer des promotions. « C’est ainsi que le détective Jean-Marie Hubert prend charge de la Sûreté municipale avec le grade de lieutenant-détective. Il sera assisté du détective Louis-Georges Dupont qui devient sergent-détective. La troisième alternative du directeur de la police, prévoit la permutation de deux agents de police qui deviennent détectives pour le moment afin de permettre un meilleur ajustement du détective Hubert dans ses nouvelles fonctions. Ce sont les agents Guy Poisson et Lawrence Buckley. Présentement, la Sûreté municipale se compose de trois détectives, MM. Elmo Beaubien, Jean-Marie Hubert et Louis-Georges Dupont. M. Guy Poisson agit comme vérificateur des archives. Dans six mois environ, deux autres agents seront permutés au poste de détectives. Les noms seront connus en temps et lieu. Dès que les deux nouveaux détectives auront intégré leur nouvelle fonction et que les cadres de la Sûreté auront été augmentés de deux autres membres, le lieutenant détective Hubert ira suivre un cours d’avancement et de perfectionnement au Canadian Police College, à Ottawa. »[45]

            Pendant cette formation, on prévoyait qu’Hubert serait remplacé par Dupont. Par la suite, ce dernier irait suivre à son tour la même formation. « Le lieutenant-détective Hubert est âgé de 31 ans et compte 11 années de service avec la police. Le sergent-détective Louis-Georges Dupont est âgé de 37 ans et compte 12 années de service. Ces deux détectives sont avec la Sûreté depuis le 3 février 1958. »[46] Par ailleurs, « la question de l’automobile du directeur de la police a été remise à plus tard, soit au moment où le poste de police No 1 aura été transporté rue Royale. »[47]

          Au lendemain de cette parution, on ajoutait que « le sort a voulu que le lieutenant-détective Jean-Marie Hubert, ne puisse se rendre à son travail au lendemain de sa nomination comme titulaire de la Sûreté municipale. Le lieutenant-détective Hubert s’est en effet foulé une cheville en jouant à la balle molle, mardi soir. Il reviendra toutefois au travail sous peu, alors qu’il dirigera le travail du personnel de la Sûreté municipale. »[48]

            Quelques jours plus tard, le même quotidien partageait dans un vox pop les commentaires de quatre hommes vis-à-vis ces nouvelles nominations. Claude Proulx[49], par exemple, a déclaré : « Je suis très satisfait des nominations qui ont été faites à la Sûreté municipale. Il était certain que M. DeMifonnis devrait partir un jour. Il a été remplacé par un jeune, M. Hubert, qui, je le crois, sera à la hauteur de la position. M. Hubert est de Trois-Rivières. Il connaît bien sa ville. Je crois qu’il ne serait pas facile de le remplacer, advenant son départ. J’approuve en outre les nominations de MM. Louis-Georges Dupont, Guy Poisson et Lawrence Buckley. »[50]

            Un chauffeur de taxi du nom de Léo Boucher partagea lui aussi son enthousiasme en ajoutant que « j’ai toutefois l’impression qu’ils ne sont pas assez nombreux pour remplir la tâche qui leur incombe. »[51]

            Le prestige de ces nominations fut rapidement suivi par le retour à la réalité. En juillet, un individu déroba des chèques de voyage à la gare du Canadien Pacifique, le tout d’une valeur estimée à 1 800$. Il n’eut cependant pas l’occasion de jouir des fruits de son crime car une dizaine de minutes plus tard il était arrêté par le détective Guy Poisson et « Jean-Marie Hubert, officier en charge de la Sûreté municipale, a remis l’enquête entre les mains de l’inspecteur Dubreuil, du Pacifique Canadien. »[52]

            Il semble qu’Hubert tentait de maintenir la forme en jouant à la balle molle car « les meilleurs joueurs des gagnants ont été Gilles Tousignant, Germain Provencher, Robert Dupont et Jean-Marie Hubert qui ont tous réussi trois coups sûrs en quatre présences au bâton […]. »[53]

            Le 20 juillet 1961, Le Nouvelliste annonçait une baisse des vols de vélo, et cela en raison de « trois comparutions en Cour du Bien-Être. L’un des jeunes coupables écopa d’un mois de prison. Comme quoi le travail effectué par le personnel de la Sûreté, sous la direction du lieutenant-détective Jean-Marie Hubert, porte fruit. »[54]

            Un mois plus tard, le quotidien annonçait à ses lecteurs qu’Hubert « est parti pour le Nouveau-Brunswick, hier, d’où il doit ramener un jeune homme accusé du vol d’une automobile appartenant à M. Tony Pilote, des Trois-Rivières. »[55]

            Le 7 septembre 1961, le corps d’une femme de 37 ans, Marguerite Pauzé, fut découvert dans une misérable cabane de la rue Michel-Bégon. Son corps fut identifié par son père à la morgue Philibert.[56] Le jour même, Albert Grenier, un entraîneur de chevaux de 49 ans, fut incarcéré au poste de police No. 1. « Il aurait déclaré avoir frappé, à l’aide d’une brique, Mme Réal Beaulieu à la suite d’une dispute qu’il aurait eue avec cette dernière vers 6h30 hier matin. […] Vers 8 heures a.m., hier, Grenier se présentait au Poste No 1 et déclarait au sergent Roland Poitras, alors en charge : « Je viens de tuer ma blonde ». Le lieutenant détective Jean-Marie Hubert accompagné du sergent-détective Louis-Georges Dupont et du détective Lawrence Buckley sitôt alerté se rendit sur les lieux du drame où il trouva une maison cadenassée. Les limiers firent alors sauter le cadenas et entrant dans la pièce, virent une femme qui beignait [sic] dans son sang mais soufflait encore faiblement. »[57]

À propos de la victime, le journaliste crut bon d’ajouter qu’elle « était depuis plus de dix ans séparée de son mari. Elle vivait dans un pitoyable réduit faisant face à la rue Michel-Bégon en compagnie de sa fillette de douze ans et de son père, M. Pierre Pauzé, un sexagénaire employé de la Consolidated Paper. […] Grenier aurait avoué au sergent détective Dupont qu’il avait frappé la femme Beaulieu avec une brique servant à retenir la porte après que son « amie » lui eut avoué qu’elle avait des relations avec son père. »[58] C’est le coroner Me Guy Lebrun qui fut chargé de l’affaire.

Encore une fois, rien n’indique que la Sûreté provinciale ait été appelé à travailler sur cette affaire. Toutefois, soulignons que ce crime était circonscrit sur le territoire trifluvien, tandis que l’affaire Huard avait impliqué une chasse à l’homme hors de la ville.

Durant l’enquête de coroner, « Le sergent Roland Poitras, 47 ans, […] raconta qu’il était de garde au poste No 1, le 7 septembre dernier, alors qu’entre 7h50 et 7h55 du matin, un homme qu’il identifia comme étant Albert Grenier se présenta en lui disant : « Arrêtez-moi, je viens de tuer ma blonde. Faites de moi ce que vous voulez. » Il rapporta que le même homme portait une chemise tachée de sang et qu’il en avait aussi sur les mains. Il appela alors le lieutenant Dupont et aux deux le témoin Grenier aurait avoué avoir tué la femme avec une brique qui servait à tenir la porte de la maison. Le lieutenant Dupont du poste No 1 vint corroborer le témoignage du sergent Poitras en ajoutant que Grenier leur avait dit qu’il avait agi ainsi après avoir surpris le père et la fille ensemble, alors qu’il les avait épiés durant un quart d’heure par une petite fenêtre. Après avoir entendu ensuite les constables Roger Morissette, Roland Dupont et A. Lafrance raconter qu’ils avaient pris en charge le témoin, qui venait de se livrer, le lieutenant-détective Louis-Georges Dupont fut appelé. […] Le détective Dupont lut une déposition faite volontairement et sans aucune pression ni menace par Albert Grenier, l’avant-midi même de l’assaut. »[59]

1962

            Une enquête conduite par Louis-Georges Dupont et Lawrence Buckley mena à la condamnation d’un jeune homme de 17 ans à 3 ans de pénitencier devant le juge Léon Girard pour deux vols. « Le prévenu a été référé à la Cour des Sessions par la Cour du Bien-Être après une enquête du détective Elmo Beaubien, concernant le vol de 24 projecteurs au C.P.R. dans la nuit du 22 au 23 janvier dernier. Pour ce vol, il a été condamné à un an de prison. Le juge l’a condamné aussi à trois ans de pénitencier pour avoir effectué un vol par effraction en octobre dernier à la mercerie Nationale alors qu’il s’était emparé des marchandises pour une valeur de $525. »[60]

Au début de mars 1962, des voleurs ont emportés le coffre-fort de l’épicier Roland Richard, du 1017 rue Amherst à Trois-Rivières et qui contenait 5 500$ ainsi que des documents importants. Le coffre a été retrouvé par un chauffeur d’autobus scolaire dans le rang Saint-Charles mais l’argent avait disparu. « Ce sont les sergents-détectives Louis-Georges Dupont et Lawrence Buckley qui enquêtent en marge de ce vol. »[61]

Au début d’avril 1962, Le Nouvelliste souligna que le détective Dupont avait « réussi à mettre la main sur la majorité de la marchandise volée à la Pharmacie de Normanville, dans la nuit de samedi à dimanche. Cette marchandise comprenant des appareils de photographie et autres choses du genre avait été déposée par les voleurs dans un casier de la gare du C.P.R., rue Champflour. Le sergent Dupont nous révélait qu’il avait retrouvé ainsi des effets évalués à environ $237 ainsi que des timbres-postes pour une valeur de $328. »[62] Le montant total de ce vol avait été estimé à 2 500$.[63]

En avril 1962, un vol fut commis à la buanderie Deluxe Nettoyeur située au 1169, rue Sainte-Marie. Le montant du vol fut estimé à $145 en argent. L’enquête fut confiée à Dupont.[64]

Le même mois, « Un vol par effraction a été perpétré dimanche, entre midi et minuit, à la maison privée de M. Jean Hébert, 1046 rue Ste-Julie […]. Le ou les malfaiteurs se sont emparés d’une somme de quelque $200 en argent, après s’être produits [sic], dans la maison en forçant la porte arrière, pendant l’absence de la famille de M. Hébert. Le sergent-détective Louis-Georges Dupont mène [l’] enquête dans cette affaire. »[65]

Le 3 août 1962, c’est un tout petit article de quelques phrases qui soulignait la participation de Dupont à une enquête concernant « deux vols perpétrés ces jours derniers pour une valeur totale de quelque $100. Dans la nuit du 30 au 31 juillet, M. Bernard Dubé, 511, rue St-Georges, dont l’auto était stationnée dans la cour du Nouvelliste, s’est fait voler 2 enjoliveurs, d’une valeur de $15 chacun. »[66]

Toujours en août 1962, un opérateur de radio a tenté de s’enlever la vie en se tranchant les veines à bord d’un cargo suédois qui mouillait dans le port de Trois-Rivières. « Transporté d’urgence à l’hôpital St-Joseph, il a reçu les premiers soins du Dr Lucien Bédard pour être ensuite placé sous bonne garde. L’opérateur en question, âgé de 42 ans, avait laissé une note à sa femme dans laquelle il disait qu’il était fatigué de la vie et qu’il voulait mourir parce qu’il avait les pieds bots. Les détectives Jean-Marie Hubert et Louis-Georges Dupont, chargés de l’enquête judiciaire, ont révélé qu’il s’était servi d’une lame de rasoir pour se couper les veines et qu’il sera remis entre les mains de l’Immigration dès qu’il sera en mesure de quitter l’hôpital. »[67]

Figure 22. Louis-Georges Dupont, à gauche, en compagnie du détective Laliberté, qui tient la carabine impliquée dans l’enquête de coroner sur la mort de Rhéo Robert en décembre 1962.

Dans la nuit du 25 au 26 décembre 1962, Paul Gauvin tua Rhéo Robert à Trois-Rivières[68] et le 28 décembre Le Nouvelliste rapportait le résultat de l’enquête du coroner qui s’est tenue à 17h00 à la « morgue Julien Philibert. »[69] La publication d’une photo prouvait la participation de Dupont à cette enquête. C’est le Dr Rosario Fontaine qui avait réalisé l’autopsie. « Le procureur de la Couronne à l’enquête du coroner, était Me Jules Biron. L’avocat de Gauvin est Me André Bureau. L’enquête était présidée par le coroner du district, Me Guy Lebrun. Quant à l’enquête préliminaire, elle a été menée par le lieutenant-détective Jean-Marie Hubert et par les sergents-détectives Louis-Georges Dupont et Guy Poisson de la Sûreté municipale. »[70]

1963 – Le meurtre de René Mongrain

            Le 2 mars 1963, vers 18h15, René Mongrain, 28 ans, sortait de l’épicerie IGA appartenant à son père et qui était située au 749 rue Williams à Trois-Rivières. Il avait dans ses mains un coffret contenant 5 000$. Mongrain avait l’habitude de faire ce trajet, qui l’amenait chez lui, à seulement une cinquantaine de pieds plus loin, là où il comptait et conservait les recettes de la journée. Le commerce familial fermait à 18h00. Malheureusement, le célibataire de 28 ans fut soudainement intercepté par une voiture qui laissa descendre un individu armé d’un revolver qui lui demanda à lui remettre son magot. « René Mongrain avait alors avec lui une somme d’argent évaluée entre $4,000 et $5,000, qui comprenait les recettes du vendredi soir et de la journée de samedi. L’assassin a abattu sa victime d’une balle au-dessus de l’œil gauche. Mais cette folle tentative a été vaine puisque le bandit solitaire a dû prendre ses jambes à son cou pour éviter d’être attrapé par des employés du magasin et d’autres personnes dont l’attention avait été attirée par les coups de feu. »[71]

            C’est le capitaine-détective Elmo Beaubien de la police municipale qui s’est investi corps et âme dans cette enquête au cours des premiers jours, mais « M. Beaubien n’a voulu rien négliger et a même demandé l’aide de la Sûreté provinciale pour activer les recherches. Deux experts de Montréal, le sergent Roland Aubuchon, de l’escouade des homicides et l’agent Guy Bolduc de l’escouade des vols à main armée sont arrivés à Trois-Rivières dimanche après-midi. L’agent-détective Pierre Roy du bureau local de la Sûreté provinciale a aussi été mandé pour se joindre aux recherches. »[72]

            Cette enquête de meurtre ramena à Trois-Rivières une célébrité du milieu médico-légal, le Dr Rosario Fontaine, fier successeur du réputé Dr Wilfrid Derome qui avait fondé le laboratoire de médecine légal à Montréal en 1914. Le Dr Fontaine était venu exercer sa profession à Trois-Rivières en 1926 dans l’affaire Lavallée, puis à nouveau dans l’affaire Andrew Day en 1929. Le Dr Fontaine a pratiqué l’autopsie de Mongrain à la morgue Philibert. Il en vint à la conclusion que Mongrain avait été tué d’une balle de calibre .38.

            Le 6 mars 1963, un article de Pierre Courteau démontrait encore à quel point les policiers de Trois-Rivières collaboraient avec la Sûreté provinciale dans ce dossier : « La grande chasse à l’homme de la Sûreté municipale, menée en collaboration avec deux experts de la Sûreté provinciale, de Montréal, […] a connu un développement très important, hier midi, lorsqu’un jeune récidiviste de 17 ans, s’est livré à la police. »[73] D’ailleurs, Dupont lui-même a participé à cette collaboration municipo-provinciale car « Les limiers de la Sûreté municipale et ceux de la Sûreté provinciale n’ont cessé de concentrer tous leurs efforts pour mener l’enquête à bonne fin. La plupart ont travaillé presque jour et nuit depuis samedi soir. Il s’agit de l’équipe de la Sûreté locale, qui se compose du capitaine-détective Elmo Beaubien, du lieutenant-détective Jean-Marie Hubert, et des sergents-détectives Louis-Georges Dupont, Fernand Thibeault, Guy Poisson, Fernand Gendron et Lawrence Buckley. »[74]

L’arme du crime fut retrouvée peu de temps après dans les eaux du fleuve par le plongeur Roland Cardinal de la police de Trois-Rivières qui agissait sous la supervision de Jean-Marie Hubert. L’enquête conduisit aux arrestations d’André Gaudet et Norman Laterreur. Le travail des détectives trifluviens fut si efficace que « Le maire J.-A. Mongrain a transmis à ses collègues du conseil lors de la dernière séance, les témoignages d’appréciation du sergent Roland Aubuchon de la PP à l’endroit des détectives de la police municipale, Jean-Marie Hubert, Louis-Georges Dupont et les autres. Le sergent Aubuchon, qui a pris part à l’enquête devant mener à l’arrestation d’André Gaudet et de Norman Laterreur, accusés du meurtre de René Mongrain, mardi matin aux Sessions, a dit avoir été impressionné par le zèle des détectives municipaux. »[75] Le même article soulignait qu’un budget de 96$ avait été accordé pour permettre au policier Roland Cardinal d’effectuer ses recherches sous-marines au quai de Sainte-Angèle, sur la rive sud du fleuve.

En avril, des vandales causèrent des dommages au hangar No 3 appartenant aux Ports Nationaux. « Les jeunes intrus ont pris des courses avec trois petits camions à levier qui se trouvaient à l’intérieur. Dans leur jeu, ils ont accroché une vingtaine de rouleaux de papier à journal et des sacs d’amiante, en plus d’endommager deux des trois petits camions […]. Toute personne ayant vu des jeunes avec un chien dans les environs du quai est priée de communiquer avec le sergent Louis-Georges Dupont, de la Sûreté municipale. »[76]

Le procès de Laterreur, qui a eu lieu du 18 au 20 décembre 1963 au palais de justice de Trois-Rivières devant le juge Roger Laroche, est intéressant en ce sens qu’il réunit des personnages que nous avons croisé au cours des chapitres précédents. Dans un premier temps, on constate que parmi les témoins appelés au procès on retrouve Normand Rouette, Jean-Marie Hubert, Paul Dallaire, Louis-Georges Dupont, et Lawrence Buckley. On y constate aussi que le rôle de Dupont dans cette affaire est bien en-dessous de l’image qu’on a parfois tenté de proposer, entre autre à l’effet qu’il était une sorte de super enquêteur à qui on confiant les enquêtes les plus croustillantes. Or, en lisant ce procès, préservé à BAnQ-Trois-Rivières, on s’aperçoit que le rôle de Dupont est tout à fait ordinaire, à l’image d’un détective qui travaille seulement en équipe avec d’autres collègues. Sans plus.

            Lors de son témoignage, le Dr Rosario Fontaine dira avoir été conduit jusqu’à la maison funéraire Philibert par le détective Hubert afin d’examiner le corps de Mongrain. Il est ensuite fascinant de l’entendre parler des faits entourant la balistique alors qu’il était question d’une arme de calibre .38, tout comme il en a été question dans l’affaire concernant le suicide de Dupont, un témoin qu’il a d’ailleurs sans doute croisé au cours de ces audiences. Le monde est petit, pourrait-on évoquer comme expression! Voici d’ailleurs un extrait de son témoignage :

  • Les données balistiques sont d’abord le nombre des rayures : 7 rayures. Les rayures sont des sillons qui sont creusés, des sillons qui existent à l’intérieur du canon de l’arme, et qui sont placés en spirale, c’est-à-dire en tire-bouchon afin de donner un mouvement de rotation aux projectiles tirés pour les empêcher de culbuter dans leur course, augmentant ainsi la portée et la précision du tir. Or, ces 7 rayures étaient de gauche à droite. C’est encore une donnée balistique. Leur largeur qui est une autre donnée balistique était, pour les rayures : 125 millièmes de pouce. Et pour la cloison : 32 millième de pouce. Et par le degré d’inclinaison des rayures, j’ai pu établir que la hauteur de la spire, c’est-à-dire la hauteur d’un tour complet était de 15 pouces, ce qui veut dire que dans une arme courte comme un revolver, il n’y a pas un tour complet.  … Et ensuite, le calibre. Le calibre, 38ème de pouce, ou 380 millièmes de pouce, n’est pas le calibre exact. Le calibre, en réalité, du Webly Scott, est de 358 à 364 millièmes de pouce, ce qui fait en réalité 36 à 36 et demi. Et il en est de même pour tous les .38, et le calibre réel est toujours plus bas que le calibre qui est indiqué sur l’arme.

On a longuement débattu en 1995 et 1996 à propos du mystérieux témoignage que Dupont avait livré en 1969 pendant la CPQ. Dans la cause Laterreur, il est possible de lire celui qu’il a rendu sous serment. En voici un extrait :

  • Monsieur Dupont, commença Me Jules Biron, le 4 mars 1963 avez-vous rencontré le prévenu dans la présente cause, l’accusé?
  • Oui, monsieur.
  • À quel endroit?
  • Chez lui, chez son père, à Ste-Angèle le Prémont.
  • À quelle heure?
  • Vers 3h30 du matin.
  • Vous étiez en compagnie de qui?
  • Du sergent-détective Roland Aubuchon de la Sûreté Provinciale, de l’agent Guy Bolduc de la Sûreté Provinciale, de l’agent Robert Lamy de la Sûreté Provinciale et du sergent-détective Lawrence Buckley de la Police Municipale de Trois-Rivières.
  • Voulez-vous dire au juste qu’est-ce qui s’est passé?
  • Ce qui s’est passé, on s’est présenté chez monsieur Laterreur, le père de Normand, dans le but d’y trouver Normand Laterreur, à qui on avait affaire, et puis on nous a ouvert la porte. Son père, je crois, nous a ouvert la porte. On est entré. On a demandé pour Normand qui, apparemment, était couché à ce moment-là, et Normand est venu. On lui a demandé de nous suivre à nos bureaux, qu’on avait des questions à lui poser. Et puis il s’est habillé. Il a embarqué avec nous autres, et on a descendu à nos bureaux, ici à Trois-Rivières.
  • Vous êtes arrivé à quelle heure au bureau à Trois-Rivières?
  • Vers 5h30, 5h45 du matin, le même matin.
  • Est-ce que vous avez arrêté le long du trajet de Ste-Angèle le Prémont à Trois-Rivières?
  • On était deux automobiles. On est arrêté entre Ste-Angèle le Prémont. On est arrêté à Louiseville pour débarquer l’agent Lamy.
  • Vous étiez deux automobiles?
  • On était deux automobiles.
  • Qui prenait place dans la première automobile?
  • Dans la première, l’automobile de la Sûreté Municipale de Trois-Rivières, c’est moi qui conduisait, et en autant que je me rappelle, j’étais accompagné du sergent-détective Buckley. Je ne me rappelle pas si c’est dans notre auto que l’agent Lamy a redescendu de Ste-Angèle le Prémont ou dans l’autre voiture, mais dans la deuxième voiture, il y avait le sergent Aubuchon et l’agent Bolduc, et puis Laterreur. On est arrêté à Louiseville, au bureau de la Sûreté Provinciale, devant la bâtisse, pour débarquer l’agent Lamy. Enfin, on a continué ici à Trois-Rivières.
  • Et à Trois-Rivières, qu’est-ce qui est advenu de l’accusé?
  • L’accusé, on l’a mis en cellule au poste de police numéro 1, sur la rue Royale.
  • Qui l’a mis en cellule?
  • … Là, c’est nous autres qui l’avons laissé au bureau. On a demandé de le placer en cellule, sous surveillance.
  • Est-ce que vous avez fait des menaces à monsieur Laterreur?
  • Non, monsieur.
  • Avez-vous fait des promesses?
  • Non, monsieur.
  • Est-ce qu’à votre connaissance le sergent Aubuchon, Buckley, Bolduc ou Lamy ont fait des menaces, des promesses, ou ont donné des coups à monsieur Laterreur?
  • Non, monsieur.[77]

Par la propre bouche de Louis-Georges Dupont, on constate que son rôle n’est pas aussi extravaguant qu’on aurait pu le croire en rapport avec une enquête de meurtre. Et Le Nouvelliste de renchérir sur la question : « Il ressort de ces témoignages que les policiers Aubuchon, Bolduc, Buckley, Dupont revenaient de Montréal où ils avaient obtenu l’adresse de Laterreur dans une maison de chambres de Montréal où il avait habité. En passant par Louiseville, le sergent détective Aubuchon manda à l’agent Lamy qui connaissait ce district de les conduire à Ste-Angèle-de-Prémont où habite le père de l’accusé. »

La routine

L’enquête déclenchée par le meurtre de René Mongrain n’avait pas pour autant stoppée les autres crimes courants. Le 28 mars 1963, on lisait dans Le Nouvelliste que Jean-Marie Hubert et Louis-Georges Dupont enquêtaient sur le vol d’un « gros malaxeur à ciment, propriété de la firme Geo. Lambert Ltée, boulevard Normand […]. La valeur approximative du malaxeur est de $700. »[78]

À la fin de juin 1963, « Un commis à la taverne Chez Paul, 1040 Ste-Cécile, s’est fait soutirer une somme de quelque $150 […]. Le lieutenant-détective Jean-Marie Hubert et le sergent-détective Louis-Georges Dupont enquêtent dans cette affaire. »[79] Parallèlement à ce crime, « Un chauffeur de taxi du Corona Taxi, rue Champflour, s’est enfui, mardi matin avec une somme de quelque $250, argent soutiré de la caisse du poste. Le propriétaire, M. Paul Lemire, a immédiatement porté plainte à la Sûreté municipale et le sergent-détective Louis-Georges Dupont a été chargé de l’enquête. Il appert que le chauffeur de taxi aurait pris la direction de la métropole. La Sûreté provinciale enquête en collaboration avec la Sûreté municipale. »[80]

Dans la même parution, et sur la même page, le quotidien de Trois-Rivières soulignait également qu’un « commis à la taverne Chez Paul, 1040 Ste-Cécile, s’est fait soutirer une somme de quelque $150 vers minuit et vingt, dans la nuit de mardi à mercredi. Le Commis, M. Rosaire Laferrière, a révélé à la police que trois clients étaient demeurés à l’intérieur après la fermeture pour finir leurs consommations. L’un d’entre eux est venu derrière le bar et l’a retenu pendant que les deux autres vidaient la caisse. Ils ont toutefois laissé les dix sous et les cinq sous. Les trois individus ont ensuite pris la fuite, en prenant soin d’avertir le commis de ne pas alerter la police. Le lieutenant-détective Jean-Marie Hubert et le sergent-détective Louis-Georges Dupont enquêtent dans cette affaire. »

En juillet, c’est un présumé faussaire du nom de Jean-Claude Verret, qui a été arrêté à l’hôtel Caumartin par les agents Jean-Guy Fontaine et André Bélisle. Encore une fois, « Le lieutenant-détective Jean-Marie Hubert et le sergent-détective Louis-Georges Dupont se sont ensuite rendus sur les lieux et ont conduit le récidiviste au poste de police où il a été écroué aux cellules jusqu’à sa comparution en Cour des Sessions ce matin. »[81]

Par ailleurs, Dupont s’est aussi chargé de l’enquête sur la mort suspecte de Philippe Bellemare, 49 ans. Toutefois, puisqu’il s’avéra que la cause du décès était naturelle, « Le coroner du district, Me Guy Lebrun, a déclaré qu’il n’y aurait pas d’enquête du coroner, étant donné les circonstances de la mort. Le sergent-détective Louis-Georges Dupont a été chargé de l’enquête judiciaire. »[82]

Au cours de la commission d’enquête de 1996, il a été question à quelques reprises des déplacements de Dupont. Par exemple, on prétendait qu’il ne s’absentait pratiquement jamais hors de la maison et encore moins de la ville. Or, à un mois de l’ouverture du procès de Laterreur, « le sergent-détective Louis-Georges Dupont s’est rendu dans la région de Joliette, hier, pour poursuivre son enquête dans cette mystérieuse affaire. »[83]

Un article étrange paru dans la section « C’est un secret de polichinelle » du Le Nouvelliste, pouvait se faire précurseur d’une affirmation qui allait apparaître quelques jours plus tard. Voici comment se lit ce paragraphe : « Un membre de la Sûreté municipale, le sergent-détective Louis-Georges Dupont, n’a pas voulu dire à Polichinelle, qu’il ne se fiait pas aux interprètes dans les causes où il est directement lié mais un de ses confrères m’a révélé que le limier étudie présentement la langue espagnole… »[84]

Jack l’Espagnol

Le 3 août 1963, sous la rubrique « C’est un secret de polichinelle », toujours dans Le Nouvelliste : « Qui peut se vanter, en toute franchise, de n’avoir jamais été victime d’une bonne plaisanterie, un jour ou l’autre? Même la police doit parfois avoir le sens de l’humour. Aussi, je m’en voudrais de passer sous silence une anecdote particulièrement savoureuse. Deux limiers de la Sûreté municipale revenaient récemment d’un voyage lorsqu’ils aperçurent une boîte en bordure de la route No 3, à Yamaska. Le conducteur, surnommé « Jack l’Espagnol » par ses confrères les détectives, a trouvé bizarre la présence de cette boîte dans un emballage encore neuf. Il a donc arrêté son véhicule pour aller vérifier et remettre, s’il y avait lieu, le paquet à son propriétaire. Le limier était loin de se douter qu’il venait de marcher dans le jeu d’un groupe de jeunes farceurs cachés non loin et qui tirèrent vers eux la boîte en question au moyen d’une corde alors même que le sergent-détective Louis-Georges Dupont se penchait pour cueillir le colis. Inutile de dire que le limier a eu une bonne frousse, comparable à la froide sensation que procure un chat de gouttière à un policier lorsqu’il lui passe entre les jambes au moment de sa ronde nocturne. Fiers d’avoir attrappé [sic] leur poisson, les jeunes plaisantins ont lancé en ricanant : « Vous reviendrez ». L’ami Dupont a accepté l’invitation. Il reprit place dans son automobile, fit demi-tour un peu plus loin et revint sur les lieux avec cet air indéchiffrable que l’on retrouve chez les détectives. Les jeunes avaient replacé leur boîte. « Vous n’en prendrez plus d’autres », de conclure triomphalement l’ami Louis-Georges, lorsqu’il brisa la boîte. »

Selon ce texte, il est intéressant de constater deux choses. D’abord que Louis-Georges ne semblait pas être un homme qui entendait à rire facilement. Et ensuite, que son surnom de Jack, connu de sa propre famille, allait probablement au-delà de ce qui a été dit dans cette affaire. Ses collègues semblaient le surnommer Jack l’Espagnol. Pourquoi?

Or, il s’avère que Jack l’Espagnol est un personnage de cinéma datant d’au moins 1946. Sur un site consacré au cinéma, on peut lire le résumé suivant à propos du film Jack l’Espagnol, le vieux Sacramento (1946) : « Depuis qu’il a été dépossédé de ses biens, Johnny Barett a une double vie. Dandy, charmeur et amateur de belles femmes aux yeux de tous, il se transforme quand les circonstances l’exigent en redoutable hors la loi masqué connu sous le nom de Jack l’espagnol. Malone, sa petite amie qui est entraîneuse au saloon apprend bientôt la vérité et le quitte. Johnny ne tarde pas à être arrêté par son ami, le shérif … »[85]

Pourquoi ses collègues lui attribuaient ce surnom? Parce qu’il avait en commun avec ce personnage les traits d’un « charmeur et amateur de belles femmes »?

Quelques jours plus tard, Dupont était occupé par une autre enquête de vol. Des pilleurs s’étaient introduits dans une maison de la rue Saint-François-Xavier pour y prendre « divers articles évalués à environ $150. […] Ils ont emporté avec eux un radio portatif, des draps, ainsi que deux livrets de banque. Dans leur hâte, ils ont laissé une sacoche contenant des bijoux sur le lit. »[86]

Peu après, Hubert et Dupont ont conclus une enquête sur un autre hit and run. « Le prévenu a préféré la prison à une amende de $50 et les frais que lui avait imposés le juge Jules Provencher […] »[87]

En septembre 1963, un crâne humain a été découvert dans une cour de la rue Michel-Bégon, ce qui amena le Dr Rosario Fontaine à travailler une fois de plus dans un dossier impliquant Dupont. En effet, « le médecin-légiste de la Sûreté provinciale, a affirmé, hier soir, après un examen, qu’il s’agissait là d’un crâne adulte dont l’existence remonte à un minimum de 50 années. […] L’hypothèse voulant que le crâne humain, coupé à sa partie frontale supérieure, soit le fruit d’un homicide, est donc éliminée définitivement. Cette explication du Dr Fontaine ferme le dossier de l’enquête judiciaire menée dans cette affaire par le lieutenant-détective Jean-Marie Hubert et le sergent-détective Louis-Georges Dupont. »[88]

            En octobre, les deux corps policiers collaborèrent à nouveau. Trois jeunes soupçonnés d’avoir volé 35 cartons de cigarettes dans le restaurant Le Paysan à Baie-Jolie, propriété de Jacques Sauvageau. « Le plus âgé des trois qui a 22 ans a été coffré par deux sergents-détectives de la Sûreté municipale de Trois-Rivières, Lawrence Buckley et Louis-Georges Dupont. Les deux autres, qui ont 21 ans chacun, ont été arrêtés par les agents Denis Prémont et René Roy de la Police provinciale du bureau de Trois-Rivières. »[89]

            Quelques jours plus tard, un hold-up a été perpétré à l’Hôtel Saint-Maurice, ce qui a rapporté 3 000$ à ses auteurs. L’opération policière a conduit les policiers de Trois-Rivières à dresser des barrages aux limites de la ville. Encore une fois, l’enquête a été confiée au duo Hubert et Dupont.[90] Le lendemain, Dupont a dû se rendre à Montréal afin de contribuer à l’évolution de cette enquête. « Deux détectives de la Sûreté municipale de Trois-Rivières se sont rendus dans la métropole, hier, pour enquêter relativement au vol à main armée de $3,000, perpétré au cours de la nuit de dimanche à lundi à l’Hôtel St-Maurice. Les sergents-détectives Louis-Georges Dupont et Fernand Thibeault avaient pour mission d’interroger un groupe de clients suspects qui a séjourné à l’Hôtel St-Maurice la semaine dernière. »[91]

            De retour à Trois-Rivières, Dupont n’a pas chômé puisqu’il dût enquêter sur les circonstances entourant la mort de J.-A. Mondor, décédé alors qu’il était au volant de sa voiture. L’homme était âgé de 58 ans. Dans cette affaire, Louis-Georges « a fait part du résultat de ses recherches au coroner, Me Guy Lebrun qui a décrété un simple cas de recherche après étude du dossier. Ce sont les agents Paul Landry et Marcel St-Onge, du poste de police No 1, qui se sont rendus sur les lieux et ont rédigé les constatations préliminaires. »[92]

1964

14 février 1964, Dupont était chargé d’enquêter sur un vol de 650$ commis à la résidence d’Yvon Lepage, au 1050 rue Sainte-Geneviève.[93] À la fin de mars, il fut amené à investiguer sur un double vol par effraction commis à la brasserie Labatt et à un commerce situé tout près, sur la rue Saint-Philippe. « Les apaches ont consommé sur place la valeur des trois quarts d’un quarante onces de scotch et la moitié d’un quarante onces de rye, sans compter trois grosses bouteilles de bière et deux petites. […] Le sergent Jean Champagne et l’agent Marcel Paquin, du poste de police No 1, ont fait les constatations préliminaires. Ils sont d’avis que la bande aurait été dérangée dans son travail par la tournée de vérification de la police. Celle-ci aurait sondé les portes de l’entrepôt alors que les bandits étaient encore à l’intérieur. […] Le lieutenant-détective Jean-Marie Hubert et le sergent-détective Louis-Georges Dupont de la Sûreté municipale mènent l’enquête dans cette affaire. »[94]

En avril 1964, Adélard Ménard, 84 ans, s’est jeté à l’eau. Son corps fut récupéré et identifié par son fils à la morgue Philibert. Le vieil homme s’est suicidé en se lançant « du garde-fou du traversier « Trois-Rivières ». »[95] La famille avait signalé la disparition trois ou quatre jours auparavant. L’enquête a été confiée à Hubert et Dupont.

Dans le même journal, on apprend qu’Hubert et Dupont avaient contribué à l’arrestation d’un suspect dans une affaire au sein de laquelle ils collaboraient avec les détectives Fernand Thibeault et Clément Massicotte. Il s’agissait d’une affaire impliquant quatre individus qui avaient quêtés sans permis, entrant ainsi en contradiction avec le code municipal.[96]

            Dans Le Nouvelliste du 10 juin, on apprenait que Dupont et Hubert avaient enquêté sur une autre affaire de corps retrouvé à l’eau, cette fois aux abords du quai de l’usine de pâtes et papiers CIP (actuel amphithéâtre). « Le corps, qui flottait entre deux eaux parmi les billots, a été repêché par le lieutenant-détective Jean-Marie Hubert et le sergent-détective Louis-Georges Dupont, assisté de M. J. R. Roy, officier de la sécurité de la CIP. Le noyé, qui était en état de décomposition avancé, serait un homme d’environ 40 à 50 ans et de grandeur moyenne. On n’a découvert aucun papier d’identité sur lui. Il portait un complet foncé bleu ou gris, une chemise de toilette finement rayée, une cravate grise, des bas bleus et des souliers genre « loafer » avec une semelle de gomme noire. »[97]

            Le 27 juin, Le Nouvelliste assura ses lecteurs que le noyé « est sur le point d’être identifié par la Sûreté municipale de notre ville. Le corps, comme on le sait, avait été envoyé à la morgue de la Sûreté provinciale, à Montréal, pour fin d’autopsie. C’est le Dr Jean-Paul Valcourt qui a pratiqué l’autopsie. Le lieutenant-détective Jean-Marie Hubert et le sergent-détective Louis-Georges Dupont croient qu’il s’agit d’un individu de la Rive-Sud, mais attendent le retour d’objets personnels avant de procéder à l’identification positive. »[98]

            Au début de juillet 1964, deux adolescents furent arrêtés par les détectives Fernand Gendron et Lawrence Buckley après avoir abandonné une voiture (Oldsmobile 1958) dans le cimetière Saint-Louis et qu’ils avaient volée sur la rue Champflour. Les deux voleurs ont finalement été arrêtés près du cimetière Saint-Michel. L’article soulignait au passage que Dupont enquêtait sur le vol de deux radios.[99] Parallèlement à ces crimes, Dupont tentait également de résoudre le vol d’un moteur de yacht d’une valeur de 125$ survenu au 350 de la rue Saint-François-Xavier.[100]

            Quelques jours plus tard, un braquage fut commis à la caisse populaire de Normanville. « Le lieutenant-détective Jean-Marie Hubert et le sergent-détective Louis-Georges Dupont, ont déclaré, hier, qu’ils possédaient de nouveaux indices en rapport avec l’identification de l’individu qui a raflé une somme de $1,500. Si l’enquête porte fruit, il n’est pas impossible qu’elle permette d’éclaircir un autre hold-up, commis le 26 juin à la caisse populaire St-Odilon du Cap-de-la-Madeleine par un bandit correspondant à peu près à la même description. »[101]

            En août, Dupont hérita d’une autre enquête de vol, celle-là impliquant un Américain (Adrien C. Edward) de l’Ohio en visite chez des parents à Trois-Rivières et à qui on avait volé des vêtements d’une valeur d’une centaine de dollars.[102]

            En novembre, Dupont travaillait sur une affaire de vols à l’étalage. Quatre personnes ont été attrapées en flagrant délit de vol au magasin J.-L. Fortin Ltée. Dupont et Hubert ont été appelés à intervenir mais Maurice Fortin, président du commerce, décida finalement de ne pas porter plainte.[103]

            Au début de décembre, Dupont écopa d’une enquête résultant de vandalisme perpétré auprès d’une douzaine de parcomètres « sur le terrain de stationnement situé en face de la salle Notre-Dame, rue Ste-Julie. Les mêmes infractions furent signalées rue Bonaventure entre Hart et Notre-Dame et rue des Casernes, près de la Terrasse Turcotte. L’agent-détective Clément Massicotte a pris charge de l’enquête », tandis que Dupont récolta une enquête concernant la disparition d’une machine à écrire appartenant aux bureaux de la compagnie Cap Isolation, située au 1229 Sainte-Julie.[104]

            Peu de temps après, André Pichette, 25 ans, avoua devant les Sessions de la Paix sa culpabilité dans quelques affaires de vol. « La première infraction dont s’est rendu coupable Pichette remonte au 14 novembre dernier. Il avait alors dérobé un radio transistor et un ouvre-boîte électrique, le tout d’une valeur de $37.65, après avoir fracassé la vitrine de façade des Ameublements Trifluviens Ltée, rue St-François-Xavier en y lançant une brique. Le plaignant a évalué à environ $150 la valeur de la vitrine. L’éclaircissement de ce premier vol est attribuable à une enquête menée par les sergents-détectives Lawrence Buckley et Louis-Georges Dupont de la Sûreté municipale. »[105]

            Par ailleurs, le même article faisait état d’un autre méfait commis par Pichette, un vol de tourne-disque et environ 180 disques 45 tours. Cette dernière enquête avait « été dirigée par le sergent-détective Guy Poisson et l’agent-détective Paul Dallaire de la Sûreté municipale. »[106]

            Juste avant Noël, Dupont était occupé à enquêter sur un vol de pneus et un autre de support pour skis. Par ailleurs, l’enquête sur un vol par effraction commis à la salle de billard de la rue Union fut confiée au sergent-détective Guy Poisson.[107]

1965

            Au début de l’année 1965, Dupont enquêta sur une affaire au cours de laquelle un habitant de Sorel s’était fait voler $200 lors de son séjour à Trois-Rivières et une autre affaire de vol commis au Colisée, où les bandits avaient pris des patins.[108]

            En juin, il enquêta sur une vague de vols et d’actes de vandalisme commis à travers la ville. « Le lieutenant-détective Jean-Marie Hubert, accompagné du détective Louis-Georges Dupont, a entrepris son enquête. »[109] Le duo enquêtait aussi sur une affaire de vol de radio sur la rue Lavérendrye. Par ailleurs, les détectives Fernand Gendron et Lawrence Buckley travaillaient sur une affaire de vol de draperie à l’hôtel Bonaventure. Ces deux derniers enquêtaient également sur une affaire de vol de caméra et d’un pistolet au 143 rue Radisson.

            En juillet, un vol échoua au 470 rue Niverville. Encore une fois, l’enquête fut confiée à Dupont. Quelques jours plus tard, Le Nouvelliste associa son nom à une petite affaire de vol de disques commis au 565 rue McDougall chez un certain Roger René. « Le détective Louis-Georges Dupont, assisté du lieutenant-détective Jean-Marie Hubert, poursuit son enquête dans cette affaire. »[110]

            Au début d’août, la routine des petits vols fit place à un drame humain qui se produisit lorsqu’un « adolescent du Cap-de-la-Madeleine, âgé de 10 à 12 ans, s’est noyé, hier avant-midi, lorsqu’il est tombé dans les eaux du St-Maurice du pont reliant l’île St-Christophe à la rue Notre-Dame dans la cité mariale. Le sergent Émile Barbeau, accompagné de son épouse, pêchait non loin du lieu de la tragédie, mais ne put rien faire pour venir en aide au malheureux, à cause des nombreux remous et du courant fort agité à cet endroit. […] Les frères Corbin ont été demandé[s] sur les lieux hier, en fin d’après-midi. Le lieutenant-détective Jean-Marie Hubert et le sergent-détective Louis-Georges Dupont de la Sûreté municipale trifluvienne ont pris charge de l’enquête. »[111]

            Dans la même parution, on apprenait que Dupont travaillait sur un vol de moteur de yacht – un autre – commis à la marina. Encore une fois, il travaillait conjointement avec Hubert sur cette affaire.[112] Et dans un troisième article, on soulignait que Dupont enquêtait sur une affaire où un jeune marin de 20 ans (Raymond Brosseau) avait été attaqué si sévèrement qu’on avait dû le conduire à l’hôpital Saint-Joseph. Ce sont les ambulanciers de la Maison Julien Philibert qui s’étaient chargés du transport, comme quoi cette dernière entreprise ne s’est pas uniquement occupée que de cadavres. Encore une fois, Hubert et Dupont ont écopés de cette enquête.[113]

            Le 24 août, Le Nouvelliste mentionna encore le nom de Dupont, cette fois pour souligner qu’il enquêtait avec Hubert sur un vol à main armée commis « chez M. Alfred Martineau, 633 rue Gingras à Trois-Rivières. »[114]

            Deux jours plus tard, on signala une vague de vandalisme composée de 11 vols, dont la plupart par effraction. « Tout le personnel de la Sûreté municipale a été mobilisé pour enquêter. Par ailleurs, lundi soir, des voleurs pénétraient par effraction dans un garage propriété de Irving Oil à 1200 De la Terrière à Trois-Rivières pour y chercher de l’argent. Rien n’aurait été pris cependant. Le sergent-détective Louis-Georges Dupont a entrepris son enquête. »

            Une dizaine de jours après que l’explosion d’un caisson causa la mort de plusieurs travailleurs sur le chantier du futur pont Laviolette, le 7 septembre 1965, Hubert et Dupont s’occupèrent de l’enquête entourant la mort d’un homme de 62 ans, Paul-Émile Chicoine, terrassé en pleine rue par une crise cardiaque alors qu’il se rendait au travail.[115]

            Quelques jours plus tard, on annonçait la comparution de Lise Giroux, 20 ans, pour « le supposé vol avec violence qui aurait été perpétré chez le Dr André Pelletier, médecin-vétérinaire, le 13 septembre dernier. La prévenue a été mise en état d’arrestation hier, par la Sûreté municipale de Trois-Rivières. Le lieutenant-détective Jean-Marie Hubert et le sergent détective Louis-Georges Dupont possède[nt] la preuve qu’à la suite de l’enquête, le tout n’est pas vrai, que la secrétaire elle-même a rédigé les supposés messages de menace et qu’enfin elle a pris l’argent que contenait un petit coffre. […] Mlle Giroux a souligné dans sa déposition écrite qu’elle travaillait chez le Dr Pelletier depuis trois semaines et que l’an dernier elle avait laissé cette position parce que son salaire n’était pas assez élevé, soit $20.00 par semaine. […] À la fin du même après-midi, elle fut interrogée par le lieutenant-détective Hubert et le sergent-détective Louis-Georges Dupont et elle soutint la même version. […] La Sûreté municipale désire souligner ici que de sévères sanctions seront prises à l’avenir dans des cas de ce genre. C’est la troisième enquête inutile menée par les limiers municipaux depuis sept mois. On se rappellera sans doute le désormais célèbre « règlement de compte sur les quais », en février, l’automobile qui plongea dans les eaux du St-Laurent, il y a quelques semaines et finalement ce supposé vol avec violence […]. Dans chaque cas, de révéler le lieutenant-détective Jean-Marie Hubert, « nous avons été dans l’obligation de mettre sur pied tout un personnel, nous avons dérangé inutilement, en fait, des gens de la plus haute compétence et à chaque occasion, ce qui est plus insultant encore, la force policière a été ridiculisée. Que la population en prenne note, car nous sévirons sévèrement à l’avenir ». »[116]

            Le 27 septembre, Michael Burman signa un article exposant les circonstances de la mort d’un enfant de 3 ans, Sylvain Pélissier, qui avait eu la tête broyée sous les roues du camion d’un laitier, « en face du 515, rue Godbout, à Trois-Rivières. Trois témoins de moins de 10 ans ont narré à la police que le petit Sylvain Pélissier se rendait chercher son camion dans la rue, lorsque la voiture de laitier l’a blessé mortellement. M. Maurice Pélissier, agent de police du poste No 1, est le père de la victime. Il demeure à 513 rue Godbout, à Trois-Rivières. »[117] Le véhicule appartenait à la Crémerie Union. « Les ambulanciers de la maison Rousseau et Frère ont d’abord conduit la petite victime à leur morgue. Elle fut ensuite transportée à la morgue Julien Philibert où le Dr Jacques Sévigny a constaté le décès dû à une fracture ouverte du crâne, à 2 heures 15. Le coroner du district, Me Pierre Garceau, a institué un simple cas de recherche après l’ouverture de l’enquête pour identification. […] Le sergent-détective Louis-Georges Dupont s’est chargé de l’enquête de la Sûreté municipale de Trois-Rivières, après que les agents Gérard Goneau et Guy Lépine, du poste de police No 2, eurent dressé le rapport des constatations d’usage. »[118]

            En octobre, le corps d’un homme a été trouvé « par M. Robert Grenier, employé travaillant sur la propriété de Mme Frank Ritchie, 693 des Ursulines, Trois-Rivières. Le corps reposait près de la voie ferrée en bordure de la Compagnie Internationale de Papier, à l’extrémité du terrain de Mme Ritchie. Le lieutenant-détective Jean-Marie Hubert et le sergent-détective Louis-Georges Dupont, de la Sûreté municipale, entreprirent aussitôt leur enquête. »[119] L’homme, que l’on croyait être Roméo Gendreault, 69 ans, serait mort d’une broncho-pneumonie. Il avait disparu lors d’un pèlerinage au Sanctuaire du Cap. Encore une fois, le cadavre fut « transporté à la morgue Julien Philibert » et « Le coroner du district trifluvien, Me Pierre Garceau, institua un simple cas de recherche. »[120]

            C’est aussi avec Hubert que Dupont a participé à une autre enquête de tentative de vol par effraction qui a mené à la comparution d’un certain Gaétan L’Heureux devant les tribunaux[121], alors que le mois suivant il enquêtait avec Lawrence Buckley sur une affaire impliquant le vol de huit robes.[122]

            En décembre, c’est encore en compagnie de Buckley qu’il eut à enquêter sur les circonstances entourant la mort de Daniel Desmarais, un enfant de 8 ans, qui « a perdu tragiquement la vie […] lorsqu’il fut heurté par une locomotive d’un convoi de passagers, sur le côté Est du tunnel Lavérendrye. Au dire de témoins de l’accident, le jeune homme jouait en bordure de la voie ferrée lorsqu’il fut happé par le mastodonte. Il fut projeté dans les airs et retomba dans la cour du garage Turcotte Auto Parts, à une trentaine de pieds plus loin. […] Le nouveau coroner du district de Trois-Rivières, Me Jean Girouard, a conclu à un simple cas de recherche. »[123]

            Par la suite, il semble que Dupont ait été passablement occupé pour la période des Fêtes. En effet, du 23 au 30 décembre 1965, son nom est cité dans au moins trois articles du Le Nouvelliste.  Dans un premier temps, on faisait état d’un vol avec violence commis « à l’épicerie de Mlle Léona Veillette, 1890 rue St-Philippe […]. »[124] La propriétaire avait été menottée, ainsi qu’une amie, avant que les voleurs prennent la fuite avec une somme estimée à $30. L’auteur anonyme de cet article précisa que les premiers policiers arrivés sur les lieux étaient Guy Gervais et Marcel Chauvette, suivis des détectives Guy Poisson et Paul Dallaire. Par la suite, l’enquête avait été confiée à Dupont et Buckley.

            Quelques jours plus tard, Dupont s’est vu confier une enquête sur le vol d’un dictaphone commis dans une voiture de la rue Bourjoly, mais aussi d’une enquête sur un vol commis chez un dénommé Alfred Veillette de la rue Saint-Georges. Dans ce dernier cas, l’individu, en état d’ivresse, avait été arrêté en flagrant délit par les policiers Marcel Chauvette et Wilfrid Piché.[125]

            Et enfin, peu avant le Jour de l’an, Dupont et Buckley avaient travaillé sur le vol d’une batterie de voiture commis dans le stationnement de l’hôpital Sainte-Marie.[126]

            En décembre 1966, un autre texte publié dans la section C’est un secret de polichinelle apporte une information inattendue : « Les patients de l’hôpital Sainte-Marie de Trois-Rivières sont traités « aux petits oignons », à cette institution qui tente de rendre le plus agréable possible le séjour des malades. Le sergent-détective Louis-Georges Dupont, de la Sûreté municipale de Trois-Rivières, en a vécu l’expérience lui-même, ayant été hospitalisé du 17 novembre au 6 décembre dernier. « Le service est parfait et l’ambiance, formidable », nous apprenait-il. »[127]

            Bien que ce texte soit d’une pauvreté certaine, il nous apprend une information qui n’a pas été présenté lors de la Commission de 1996. En effet, personne n’a mentionné qu’il avait été hospitalisé durant quelques semaines à la fin de l’année 1966.

1968

            Cette revue nous montre un aperçu global de ce que pouvait être le quotidien de Dupont dans la peau d’un détective. Non seulement il travaillait étroitement avec ses collègues, mais il n’avait pas le temps de chômer.

            Dans Le Nouvelliste du 23 juillet 1968, un article de Jean-Marc Beaudoin annonçait la découverte du corps d’un homme « noyé » et repêché dans un convoyeur de l’usine de pâtes et papiers Wayagamack. Il précisait que « Selon le sergent-détective Louis-Georges Dupont, de la Sûreté municipale, l’immersion remonterait à quelques semaines seulement, car le corps est partiellement en état de décomposition. »[128] Il est presque ironique de voir Dupont, un peu plus d’un an avant sa propre mort, se prononcer sur un élément qui causa litige dans la cause que ses enfants et sa veuve porteraient plus tard devant les tribunaux, à savoir la datation d’un décès.

Le 26 juillet 1968, Jean-Marc Beaudoin est revenu sur l’affaire du noyé, soulignant : « Après un examen du corps par le docteur Cossette, coroner du district de St-Maurice, ce dernier et le détective Dupont en ont conclu que l’individu devait être âgé d’environ 25 à 35 ans, mesurait approximativement 5 pieds et 6 pouces, pesait de 140 à 145 livres, a les cheveux bruns foncés et n’ayant aucune dent. »[129] Dupont était alors à la recherche d’un témoin et d’un canot abandonné. Beaudoin terminait son article par ces quelques phrases : « Le sergent-détective Dupont accompagné de M. Normand Rouette du service d’identité de la Sûreté municipale, se rendront à Montréal ce matin rencontrer M. Jean-Marie Russel [Roussel], directeur de l’Institut médico-légal et de la morgue, où une autopsie complète du corps est pratiquée en vue de définir les causes du décès. »[130]

Dans Le Nouvelliste du 30 novembre 1968, deux policiers, Roland Vadeboncoeur et Luc Beaudry, arrêtaient trois individus « à bord d’une vieille voiture, à proximité du pont Duplessis, quelques minutes après un cambriolage à la pharmacie Pasteur, rue Ste-Julie. »[131] Les trois suspects étaient Richard Lamare, 24 ans, Jean Gauthier, 23 ans, et Normand Coulombe, 24 ans. « Le sergent Louis-Georges Dupont et le lieutenant-détective Jean-Marie Hubert, de la Sûreté municipale de Trois-Rivières, font enquête dans cette affaire. »[132]

L’éclatement du scandale de la prostitution

            C’est le 17 décembre 1968, peu de temps après que la nouvelle ait fait sa sortie publique dans « un article d’un journal de fin de semaine publié à Montréal »[133], que le scandale éclata dans les pages du quotidien de la Mauricie. Le journaliste Jacques Ebacher souligna que c’est l’échevin Benoit Giguère qui avait amené le sujet lors de la séance du conseil de ville « Alors que l’on discutait de cet article et de la prostitution, l’échevin Léo Pidgeon a affirmé qu’il « y a un endroit en ville où à 6 hres du matin, il y a plus de monde qu’à la messe. » C’est l’échevin Fernand Colbert qui a eu les paroles les plus énergiques en parlant de la prostitution. Sans mentionner de qui il parlait, il a déclaré que pour combattre la prostitution, « il n’y a qu’un moyen, c’est de faire le ménage, qu’on les mette dehors. C’est à nous de prendre nos responsabilités. » L’échevin Giguère a tout simplement demandé « Oui, mais quand[?] ». On a alors mentionné qu’une rencontre était prévue pour le milieu du mois de janvier avec la police, mais il est fort possible que la date soit avancée. Pour sa part, l’échevin Léo Pidgeon a suggéré de « faire le ménage le plus vite possible, même avant les Fêtes si on peut le faire ». L’échevin Giguère avait découpé l’article du journal tandis que l’échevin Pidgeon avait fait polycopier le dit article. Dans cet article, on affirme que la prostitution est acceptée et bien protégée à Trois-Rivières, mais ce n’est pas l’impression qu’ont laissé les membres du conseil en prenant connaissance de la nouvelle. On ajoute dans l’article que « la prostitution avait atteint des proportions alarmantes dans cette municipalité et qu’elle jouissait d’une tolérance inouïe, tolérance qu’on ne retrouve dans aucune autre municipalité du Québec. « A ce sujet, une personne nous a dit que la situation n’est pas pire à Trois-Rivières qu’ailleurs. » »[134]

            Il ne nous a pas été possible d’identifier le journal à l’origine de la publication du scandale.[135] On pourrait toutefois douter de la crédibilité de cette information puisque la nouvelle n’a pas été reprise par les grands quotidiens ni par aucune autre source sérieuse.

            Malgré cela, le 18 décembre, Le Nouvelliste apprenait à ses lecteurs que le maire René Matteau se refusait à tout commentaire. Dans un second article sur le sujet, on lisait que « Le directeur de la police municipale, M. J.-Amédée Delage, a déclaré, hier, que la prostitution n’a jamais été tolérée à Trois-Rivières et que les détectives de la Sûreté municipale l’ont toujours combattue et qu’ils continueront de la combattre. »[136]

            En dépit de cette première déclaration, qui semble établir la position du directeur sous le signe de la négation, la suite de l’article nous apprend que Delage a nuancé ses propos. En effet, « Il a affirmé que la prostitution est un vice social qui existe depuis très longtemps à Trois-Rivières, comme il existe dans la plupart des villes de quelque importance et à différentes échelles. Il a expliqué que, malgré tous les efforts faits dans le but d’éliminer la prostitution de la société trifluvienne, ce mal existe toujours, même s’il connaît ses hauts et ses bas de mois en mois, d’année en année. Il a même révélé le fait que les différents lieux où la prostitution se pratique sont constamment surveillés. »[137]

            On soulignait également que « des policiers vêtus en civil » s’occupaient de contrôler la prostitution. C’est dire à quel point les journalistes n’étaient pas encore familiers avec le terme d’escouade de la moralité, comme ce serait le cas par la suite. Outre ces détails, le directeur Delage se plaignait d’un manque d’effectifs. « Les limiers de la Sûreté municipale sont souvent si occupés à combattre la prostitution qu’il leur faut recourir aux services de policiers qui ont instruction de se vêtir en civil et chargés de surveiller certains lieux de prostitution. »

Non seulement ce propos contredit le fait que Delage venait tout juste de minimiser le problème, mais on laissait entendre que plusieurs détectives avaient travaillé à l’escouade de la moralité. Dupont faisait-il partie du lot?

            Delage s’est servi de l’exemple de Montréal pour défendre sa position, faisant remarquer que la métropole avait mis 17 ans à reconnaître qu’elle avait un problème de prostitution. Il ajouta que les policiers de Trois-Rivières s’efforçaient d’éviter que des souteneurs montréalais viennent s’installer dans la ville de Laviolette. « Le capitaine Georges Gagnon, en charge de la Sûreté municipale, a appuyé les dires du directeur. Il a démontré que 52 prostituées venues de Montréal ont été mises aux arrêts au cours de l’année 1968 à Trois-Rivières et qu’elles ont été renvoyées dans la Métropole après avoir été traduites devant les tribunaux. »[138]

            « Le fait que 52 prostituées venues de l’extérieur aient été mises aux arrêts par les limiers prouve que ces policiers qui forment l’équipe de la Sûreté municipale font un beau travail sous la direction du capitaine George[s] Gagnon et que certaines de leurs enquêtes sont même menées avec l’intelligence et la subtilité de Sherlock Holmes. »[139]

En dépit de ce commentaire admiratif, le journaliste se reprit un peu plus loin en présentant une logique selon laquelle « Il ne faut pas oublier, non plus, que Trois-Rivières n’est qu’une ville d’un peu plus de 60,000 habitants, donc pas suffisamment populeuse pour permettre l’organisation de grands réseaux de prostitution et de call-girls, comme ceux qui existent à Montréal et à Québec. Il faut dire, aussi, que la prostitution est un vice vieux comme l’humanité et que ce vice apparaît immanquablement là où se trouvent des hommes et des femmes en assez grand nombre. Il ne sert à rien de chercher à faire disparaître complètement la prostitution; c’est chose impossible. Il suffit de faire en sorte de l’empêcher de se développer et de devenir un véritable mal social. »[140]

Le 23 décembre 1968, un article de Jean-Paul Arsenault mentionna que des individus avaient causé pour 5 000$ de dommages en plus de voler 700$ chez un distributeur de la brasserie Dow à Trois-Rivières. Le journaliste a visité la scène en compagnie des détectives Hubert et Poisson, à qui on avait confié l’enquête.

1969

            Le 20 mars 1969, Le Nouvelliste sortait une nouvelle sous le titre : « M. Gaston Vallières relève le défi : Si une enquête sur la prostitution prouve que j’ai tort, je démissionnerai. »[141]

C’est lors de son passage dans les bureaux du Le Nouvelliste que Vallières avait lancé ce défi. « Le conseiller Gaston Vallières a mis MM. Herman Thibeault et Gaston Laliberté au défi de nier publiquement ses déclarations et de le dire qu’il ne [se] passe rien d’anormal à la section des détectives, concernant la prostitution. […] On sait que MM. Thibeault et Laliberté, respectivement président et secrétaire de l’Association des policiers et pompiers de Trois-Rivières ont sommé M. Vallières de donner des noms avec preuve à l’appui des membres de la Sûreté municipale qui vivraient des fruits de la prostitution. »[142]

De plus, Vallières aurait confié au journaliste Ebacher que « malgré que je sois en convalescence et en dépit des menaces et du chantage, je continuerai à faire mon devoir jusqu’au bout. Je suis très touché de l’immense vague d’appui que je reçois de la population honnête et bien pensante. »[143]

            Cette crise provenait de la séance du conseil de ville tenue au cours de la soirée du 19 mars. La situation paraissait suffisamment importante pour parler de « réunion spéciale ».

Le 22 mars 1969, « Le conseiller Gaston Vallières a reçu huit mises en demeure d’autant de membres de la Sûreté municipale de Trois-Rivières, de [se] rétracter dans les trois jours de la signification du présent avis, les propos diffamatoires que vous avez tenus à mon endroit à maintes reprises ces jours derniers, selon les lettres envoyées sans préjudice par Me Guy Lebrun. Chaque mise en demeure est identique, à l’exception du nom qui change, selon le plaignant. »[144]

Ces plaignants étaient les sergents-détectives Fernand Thibeault, Fernand Gendron, Paul Dallaire, Lawrence Buckley, Clément Massicotte, Guy Poisson et Louis-Georges Dupont, ainsi que le lieutenant-détective Jean-Marie Hubert. Le contenu de cette mise en demeure fut publié ainsi dans Le Nouvelliste :

Monsieur,

Je reçois instruction de Monsieur (nom du plaignant), sergent à l’emploi de la cité de Trois-Rivières, de vous mettre en demeure de rétracter dans les trois jours la signification du présent avis, les propos diffamatoires que vous avez tenus à mon endroit à maintes reprises ces jours derniers.

Les dits propos ont été rapportés plus particulièrement mais non limitativement dans les éditions du 18, 19 et 20 mars dernier du quotidien Le Nouvelliste et ce en première page, et également dans la première page de l’édition du 18 mars du quotidien La Presse. Les postes de radio locaux ainsi que la télévision locale ont également accordé à vos propos, une importance de premier ordre.

Mon client se considère donc gravement lésé dans sa réputation personnelle et à défaut par vous de rétracter dans le délai ci-dessus mentionné les dits propos diffamatoires, je prendrai contre vous les procédures que la loi autorise en pareil cas.

Cet avis est final et veuillez vous gouverner en conséquence.

Bien à vous

Guy Lebrun, avocat.[145]

Les circonstances de cette réaction des détectives aux propos que Vallières avaient étalés publiquement n’ont jamais été présentées lors des enquêtes de 1995 et 1996. Pourtant, cela démontre, premièrement, que Dupont appuyait ses collègues, en plus du fait que cela rejoint les détails rapportés par plus d’un témoin à l’effet qu’il s’était senti affecté par la mauvaise réputation qu’on tentait de faire à l’image de la police.

De plus, cette situation tend à suggérer que si Dupont supportait encore ses collègues en date du 22 mars 1969, tandis que le scandale sur la prostitution était mis au jour depuis décembre 1968, qu’il n’était sans doute pas en désaccord ni en dispute avec son ami Hubert.

Il semble que Vallières ait refusé de se rétracter puisque le mois suivant la plume de Bernard Champoux stipula que les huit détectives intentaient finalement une poursuite en dommages de 120 000$ au conseiller Vallières « pour les propos présumémment diffamatoires que celui-ci aurait tenus le 17 mars dernier, à l’issue d’une séance de négociations avec l’Association des policiers et pompiers de Trois-Rivières. Les procédures ont été entamées par l’avocat Guy Lebrun du Cap-de-la-Madeleine, au nom des détectives Jean-Marie Hubert, Louis-Georges Dupont, Paul Dallaire, Clément Massicotte, Fernand Gendron, Lawrence Buckley, Fernand Thibeault et Guy Poisson. Chacun d’eux réclame $15,000 pour dommages à la réputation personnelle et professionnelle et pour indemnité résultant des humiliations subies et à subir. »[146]

            Pendant ce temps, puisque le travail policier ne s’arrêtait pas pour autant, Dupont et Poisson enquêtèrent sur des voleurs qui s’étaient servi d’explosifs pour percer un coffre-fort au Club de courses Laviolette afin de s’emparer de 39 000$. « Les limiers de la Sûreté municipale de Trois-Rivières croient que le vol a été commis par des experts dans le cambriolage des coffres-forts venus de l’extérieur. »[147]

            Champoux soulignait « que le conseiller Vallières avait manifesté sa non-confiance dans la Sûreté municipale en déclarant que la prostitution fleurissait à Trois-Rivières et qu’elle était supportée par certaines personnes de ce service. […] M. Gaston Vallières a toujours refusé de donner les noms de ceux qui auraient eu selon lui une conduite répréhensible dans la Sûreté municipale si ce n’est pour le capitaine-détective Georges Gagnon dont il attesta l’intégrité et la compétence. […] On sait maintenant la suite de toute cette histoire : le conseil de ville a adopté une résolution réclamant la tenue d’une enquête sur le service de police de Trois-Rivières à la Commission de police du Québec. La réponse à cette requête officielle est encore attendue. »[148]

            Le fait de replacer ces événements dans un ordre chronologique pourrait nous éclairer sur la possibilité que cette demande d’enquête ait été initiée afin de gérer la crise lancée par Vallières.

            La Commission d’enquête de 1996 a tenté d’établir le plus précisément possible les allers et venues de Dupont avant sa mort. Pour la part, les journaux semblent nous indiquer que, pour la période située avant le début de l’enquête de la CPQ, la dernière mention relative à son travail de détective a été publié le 27 mai 1969 pour souligner qu’il enquêtait sur un vol de vêtements réalisé au magasin Renommé de Louis Glassman, ce qui aurait rapporté à ses auteurs la somme de 25,000$.[149]

Réflexion conclusive  :

            Comme ce fut le cas pour la période de 1969 à 1995, cette autre revue de presse permet de contextualiser plusieurs points.

            Parmi les éléments les plus étonnants, on retrouve sans doute le fait que Dupont ait donné son appui à ses collègues face aux attaques publiques de Gaston Vallières. Puis on retrouve ensuite l’utilisation du surnom Jack L’Espagnol, qui n’est pas complètement étranger au fait que les membres de sa propre famille le surnommait Jack.[150]

            Évidemment, cette revue de presse ne nous permets pas de nous infiltrer dans le détail de chacune de ces enquêtes, quoiqu’il est possible de recroiser certaines informations par le fonds des coroners, mais il est peut-être permis d’entrevoir certaines lignes de pensée. Par exemple, on constate que la grande majorité des enquêtes confiées à Dupont au cours des années 1960, c’est-à-dire au cours de la période qu’il travaillait comme détective, n’ont pas été d’une importance aussi grande que certaines affirmations ont pu le laisser croire lors des témoignages entendus en 1996. Bref, il faisait tout bonnement le travail d’un détective municipal de son époque. Un point c’est tout.

            Il ne semble pas avoir été en contact avec les plus dangereux criminels de cette époque, comme cela aurait pu être le cas par exemple pour un détective évoluant dans le milieu du crime organisé, des homicides ou de la drogue. D’ailleurs, les affirmations à propos desquelles il aurait eu peur ou aurait été menacé en raison du métier qu’il exerçait n’ont rien d’extraordinaire pour le quotidien d’un détective assigné aux enquêtes criminelles. Cela nous amène d’ailleurs à voir que les enquêtes pour homicides commis à Trois-Rivières durant la période où Dupont occupait la fonction de sergent-détective ont pour la plupart été confiés à la Sûreté du Québec. On aurait même tendance à en déduire que pour des enquêtes plus complexes ou plus importantes, comme celle de Laterreur qui avait conduit à l’une des rares condamnations à mort prononcée dans le district de Trois-Rivières, la SQ s’est occupée de diriger le dossier. À chaque fois, le rôle de Dupont s’est avéré plutôt secondaire.

            Nous pouvons aussi constaté que plus d’une fois un coroner a institué un simple cas de recherche dans des histoires où la cause de décès paraissait évidente. Aurait-on fait le même choix pour la mort de Dupont, dont le suicide était tellement évident qu’une enquête policière plus poussée devenait inutile?

            Bref, il semblerait que les prétentions qui avaient tendance à faire du cas Dupont une situation unique et par conséquent étrange, continuent de s’écrouler les unes après les autres.

Les audiences de la CPQ de 1969

                Il existe vraisemblablement deux manières de voir la position du conseiller Gaston Vallières. D’un côté, il y a la réputation de celui qui a voulu « faire le ménage », et de l’autre l’homme qui a peut-être contribué à salir l’image de la police de Trois-Rivières. Rappelons-nous qu’au printemps 1969 tous les détectives du poste no. 1, y compris Louis-Georges Dupont, s’étaient réunis pour lui intenter une poursuite.

                Les transcriptions sténographiques de l’enquête de la Commission de police du Québec de 1969 ont été détruites en 1977 afin d’économiser de l’espace physique dans les voûtes des archives nationales. Cette perte nous oblige à nous tourner vers le procès-verbal et les articles de journaux afin de tenter une reconstitution qui, espérons-le, pourra nous éclairer davantage.

Mardi, 12 août 1969

                Les audiences de la CPQ se sont ouvertes le 12 août 1969 au palais de justice de Trois-Rivières. L’enquête était présidée par le juge Roger Gosselin et le commissaire Gérald Tobin. Me Raymond Boily était procureur de la CPQ. Me Gaston Gamache et Me Guy Lebrun représentaient l’Association des policiers et pompiers de Trois-Rivières. Quant à Me Jean Méthot et Me Lucien Comeau, ils défendaient les intérêts de la Corporation de la Cité de Trois-Rivières. Le rôle de la CPQ était d’enquêter sur l’organisation, la formation et l’administration du corps policier.

Figure 20. Le juge Roger Gosselin, à gauche, et le commissaire Gérard Tobin.

                Le tout premier témoin appelé fut le greffier Georges Beaumier, 56 ans. Il semble que sa présence à la barre ait principalement servi au dépôt de documents, tels des résolutions d’embauches concernant les détectives, incluant Louis-Georges Dupont. Ainsi, on présume que Dupont était sous enquête, au même titre que ses collègues.[151]

                Le directeur J. Amédée Delage fut ensuite entendu pour déposer en preuve d’autres documents, dont des rapports, et une formule « autorisant perquisition maisons de débauche ». En après-midi, un huis clos fut accordé à Me Boily et le public dut quitter la salle. Soulignons seulement au passage que les huis clos, comme le phénomène des documents manquant ou détruit, suscite souvent chez le public une réaction exagérée, à savoir d’imaginer les pires choses. Toutefois, les huis clos servent également – et probablement la plupart du temps – à protéger l’identité de certaines personnes ou des renseignements confidentiels.

                Après l’apparition du sergent Guy Poisson, le directeur Delage fut rappelé à la barre avant qu’on ajourne de 15h00 à 20h15. À partir de là, on entendit le conseiller municipal Gaston Vallières. Un autre huis clos fut prononcé, mais cette fois en obligeant Jean-Marie Hubert et Paul Dallaire à rester dans la salle pour entendre ce que l’échevin avait à dire.

                C’est le journaliste Jean-Paul Arsenault qui nous donne un aperçu de ce qui a été dit ce soir-là. Le lendemain, il écrivait que, interrogé par Me Boily, Vallières « a mis toute cette affaire en branle par ses déclarations fracassantes du mois de mars dernier, a raconté comment lui était venu la décision d’agir comme tel. D’abord a-t-il dit, des remarques m’avaient été faites par d’autres conseillers et par le public, concenant [sic] la Moralité chez nous. Puis survinrent deux comptes de dépenses présentés par les détectives de ce secteur, document parfaitement identique …$55 chacun pour un mois d’opération! »[152] Or, ces dépenses n’étaient pas détaillées, et arriva « en novembre 1968, l’éclatement de la bombe approche, une première visite est faite au domicile du conseiller Vallières. Le président de l’Association des Policiers et Pompiers de Trois-Rivières, le sergent Herman Thibeau vient y discuter de l’administration du corps de police. Son hôte, M. Vallières, lui souligne qu’il désire annoncer une enquête sur la section Moralité. Le policier lui répond que le conseil de ville est là justement pour agir … « S’il faut faire le ménage je le ferai! » lui répond le conseiller. Nous sommes encore en 1968, en novembre, mais déjà l’enquête pointe à l’horizon… »[153]

                À la fin du même mois, Vallières reçut la visite de Paul Dallaire, « qui a lui-même demandé à être entendu. Notre rencontre a durée environ une demi-heure, se souvient le conseiller. « Il m’a décrit la manière employée par ses collègues relativement aux prostituées! » Il m’a aussi dit que lui-même contrôlait les filles de joie en permettant que six, huit ou douze d’entre elles opèrent dans chaque établissement selon son importance… Que c’était là la meilleure méthode pour contrôler la prostitution! ». »[154]

Dallaire lui aurait également confié son souhait de ne plus travailler avec certains individus en particulier mais qu’il était désormais trop impliqué. Quant à sa façon de procéder avec les prostituées, Dallaire possédait leurs adresses, les suivait et « exigeait d’elles un examen médical périodique lorsqu’elles comparaissaient en Cour! ».[155]

                Vallières aurait fait sa propre petite enquête, au point de se rendre, en novembre 1968, dans trois des établissements visés. Dans le dernier, il crut avoir été reconnu. « Il faut dire qu’aux deux premiers établissements, qui n’ont pas été nommés en Cour, l’échevin était seul. Pour le troisième, inconnu lui aussi, il avait cru bon de se faire accompagner d’un copain. […] Lors de ces trois « sorties », le conseiller a constaté qu’il « pouvait » se faire du racolage à ces endroits et que les prostituées attendaient les offres. « Êtes-vous bien sûr qu’il s’agissait de prostituées? Mon copain me l’a dit, s’est souvenu M. Vallières. « L’une d’elles m’avait même demandée de lui payer une consommation… »[156]

                Pour sa part, La Presse retint de cette première journée d’enquête que le directeur Delage « ignorait totalement ce qui se passait au sein de la Sûreté municipale et que les seuls contacts qu’il avait avec son bras droit, le capitaine Georges Gagnon, se faisaient par téléphone. […] M. Delage a également déclaré que personne à la sûreté ne travaillait en fin de semaine, hormis en de rares circonstances. Donc aucune surveillance ne s’effectuait dans les clubs de nuit et dans les hôtels de la ville du vendredi soir au lundi matin. À la question du juge Gosselin : « L’escouade composée de neuf détectives est-elle efficace? », le directeur de la police a répondu : « Je l’ignore et je n’ai pas cherché à le savoir. » Une autre question fut posée : « Qui est responsable de l’escouade de la Moralité? » Réponse : « Le sergent Paul Dallaire, mais je ne sais pas depuis combien de temps, peut-être depuis 2, 3 ou 4 ans. Je l’ai rencontré en une seule occasion à la suite d’une plainte alors qu’il était chargé de contrôler les femmes de petite vertu. Notre entrevue a duré trois ou quatre minutes. Je lui ai demandé de changer sa façon de travailler auprès des prostituées. Lorsque le juge lui demanda si Dallaire avait changé sa façon de travailler par la suite, M. Delage a dit : « Je n’ai pas vérifié, ça ne m’est pas venu à l’idée. » »[157]

                Le directeur Delage aurait également admis ne jamais avoir tiré avec une arme de poing et n’avoir suivi aucune formation de perfectionnement.

Mercredi, 13 août 1969

                La seconde journée, d’audiences vit le greffier Beaumier vint déposer d’autres documents avant que Gaston Vallières soit rappelé. Ces documents mirent en preuve que que « l’établissement Jeannine Spaghetti House ne possédait aucun permis de vente d’alcool. On déposa également les permis de la Régie des Alcools accordés à Gustave Richer pour l’Hôtel des Trois-Rivières Ltée, à Antoine Vézina pour l’Hôtel Manoir Laviolette, à Albert Guimond pour l’Hôtel Bonaventure, à Pierre Pagé pour l’Hôtel St-Louis, à Joseph T. « Joe » Guay pour le Club St-Paul, à Robert Perreault pour le Miche No 1 et à Mme Yvette C. Lafond pour la Taverne St-Georges. »[158]

                Le lendemain, dans Le Nouvelliste, on rapporta quelques détails quant aux paroles lancées par Vallières devant la CPQ. Entre autres, il aurait dit : « J’ai été provoqué avant de faire ma déclaration au mois de mars ».[159] Ce fut ensuite à Me Gamache de l’interroger : « L’avocat a premièrement demandé à M. Vallières quelle origine pouvait avoir la discussion du 17 mars, celle qui devait précéder la fracassante déclaration. « Je n’en connais pas », a riposté le conseiller municipal. « Mais vous avez été provoqué par qui? l’a-t-on sommé de déposer… « Par le secrétaire de l’Association des Policiers, M. Gaston Laliberté! » »[160]

                Pour continuer le récit de cette soirée du 17 mars 1969, on rappela le conflit de travail tournant autour du fait que le contrat était expiré depuis le 31 décembre 1968. « Suite aux négociations, il fut question de prostitution à Trois-Rivières. Il fut question aussi de plaintes enregistrées par M. Vallières. Des plaintes de serveuses de restaurant à qui on demandait de monter à bord d’automobiles. Les faits se précisaient laissant présager le dénouement tout proche … Relativement aux doléances des serveuses, telles que mentionnées par le conseiller Vallières pendant l’échange verbal avec le secrétaire Laliberté de l’Association des Policiers, l’échevin a soutenu qu’il lui avait été répondu : « Oui, et quand on ne le fait pas … Ça les choque! » C’est à cet instant, de souligner le témoin Vallières que le président de l’Association, M. Herman Thibeau est intervenu pour trancher : « Au lieu de laver ce linge sale avec les journalistes, il serait préférable de siéger en comité! » La discussion allait atteindre son point culminant avec la remarque fait par le secrétaire Laliberté à l’intention du conseiller Vallières : « Il m’a dit que je ferais un bon détective dans la prostitution! » »[161]

                C’est cette réplique qui, apparemment, avait poussé Vallières à choisir l’avenue de la dénonciation en plus de déclarer que la prostitution était florissante à Trois-Rivières et qu’elle était supportée par certains membres de la police.

                Quant au témoignage de Beaumier, il aurait servi à analyser la question des permis et « de constater un état de choses qui a quelque peu surpris les représentants de la Commission de Police. L’auditoire aussi en est demeuré perplexe. M. Beaumier venait tout juste de renseigner le tribunal que chacun des documents devaient être en force « au début » de l’année. Or, pour celle en cours, six seulement des permis de cette nature sont valables : les autres, au nombre de cinq ne semblent pas avoir été renouvelés à date. Et nous en sommes au mois d’août. »[162] Sous serment, Beaumier aurait affirmé que c’était la première fois que cela se produisait.

                Parmi les pièces déposées en preuve, on retrouvait un document concernant « la taxe d’affaires pour 1968 payée par Gino Spaghetti, propriété de Pierrette Monique, et le permis de tenancier de la Taverne St-Georges située au 226 de la rue St-Georges à Trois-Rivières pour l’année 1968 ».[163]

Par la suite, il semble que le témoin le plus important de cette deuxième journée fut un dénommé Roger Dion, 50 ans, décrit comme un journalier à l’emploi de la ville. Cette fois, on obligea les détectives Paul Dallaire et Lawrence Buckley à demeurer dans la salle pour entendre ce témoignage. Selon Photo-Police, Dion « aurait assisté au cours de l’année 1966 et de l’année 1967 à la remise de pots-de-vin à deux détectives de la force constabulaire de Trois-Rivières. »

Dion raconta avoir travaillé durant plusieurs années à un kiosque de roue de fortune à laquelle on invitait les gens à effectuer des mises allant de 0.25$ à 5.00$. Dion y était considéré comme sticker, c’est-à-dire une personne qui se faisait passer pour un client afin de laisser aux autres l’impression qu’ils pouvaient gagner plus aisément. Toutefois, selon le témoignage de Dion, personne n’a jamais rien gagné autour de ce kiosque. Un client se serait même fait flouer d’une somme de 600$. En contrepartie, Dion fut incapable de fournir le nom du propriétaire du kiosque.

                Il dira avoir vu son patron remettre deux billets de 20$ en 1967 « à un autre employé du même kiosque pour aller les remettre à deux policiers qu’il identifie, et ajoute qu’au cours de l’année 1966, il a vu la même chose se produire mais il n’identifie que l’un des deux policiers à qui, au cours de 1966, de l’argent aurait été remis. »[164]

                Le lendemain, Jean-Paul Arsenault écrivait que « Le silence le plus complet s’est fait en Cour, tous n’avaient d’oreilles que pour la déposition d’un employé de la cité de Trois-Rivières, M. Roger Dion. Tous y compris le procureur de l’Association des Policiers, Me Gaston Gamache qui a immédiatement demandé le huis clos. « Le public ne doit pas savoir, d’invoquer Me Gamache, ce qui ne servirait qu’à ternir la réputation d’un tel ou d’un tel … Nous ne sommes pas au procès. » […] Le juge Roger Gosselin, président du tribunal a tranché le litige en ces termes : « Le huis clos n’est pas prononcé, mais les noms qui seront mentionnés ne devront pas être publiés par la presse… ». »[165]

                De plus, un témoin âgé de 20 ans, dont le nom ne fut pas mentionné tout de suite, est venu dire sous serment : « J’ai rencontré un détective sur la rue et lui ai remis $200 pour arranger ma cause! […] Voici ce qu’il avait à dire, du moins ce qu’il nous a été possible d’écouter avant l’imposition du huis clos à la fin de sa déposition. Il faut dire qu’au terme de son témoignage, le jeune témoin a mentionné au juge Gosselin qu’il serait « plus à l’aise » pour parler si la salle était évacuée. Ce qui fut fait à l’instant par le magistrat. »[166]

                Une plainte avait été déposée contre ce jeune homme le 9 décembre 1968 et un jugement avait été prononcé le 28 janvier 1969. Toutefois, on comprend que ce jugement était attendu pour le 28 juillet 1969. Sa rencontre avec le détective, qui se serait faite « par hasard » près du rond-point, mettait en scène le détective qui « était en auto et c’est moi qui lui a fait signe de s’arrêter, avoue le témoin condamné en janvier à $150 d’amende ou trois mois de prison pour une cause inconnue pour l’instant. La durée de la rencontre? Cinq à dix minutes, raconte le jeune homme. »[167] En fait, ce pots-de-vin était destiné à accélérer le processus de sa cause entendue devant la Cour du Bien-être social.[168]

                Le procès-verbal nous permet d’identifier ce jeune témoin comme étant Denis Blais, dont l’occupation est mentionnée comme « checker pour la voirie ». Quant au détective visé par ses propos, on y soulignait que « l’huis clos est prononcé pour la dernière partie du témoignage de Denis Blais, à l’exception de M. Hubert qui demeure présent ».[169]

Toujours selon le procès-verbal, « Mme Denise Blais, née Filion, 43 ans[170], la mère du jeune témoin, est apparue elle aussi devant la CPQ. Elle se décrivit comme une secrétaire de la Croix-Rouge habitant au 717 rue Chamflour, à Trois-Rivières. Pendant que les détectives Clément Massicotte, Fernand Thibeault, Jean-Marie Hubert, Paul Dallaire et Lawrence Buckley assistaient à son témoignage, la mère dira avoir vu dans la chambre de son fils une importante liasse d’argent.[171]

                De plus, une « ordonnance est rendu par le juge Gosselin à Norman Burns, Claude (alias Plume) Laplante et Pierre Bouchard d’être exclus de la salle des audiences pendant le déroulement de la présente enquête, de même que l’accès au palais de justice leur est fermée et il leur enjoint de ne pas tenter de parler directement ou indirectement à quelques témoins pouvant être assigné au cours de la présente enquête. À défaut de quoi ils seront passibles de mépris de Cour. Ces trois personnes durent quitter immédiatement le Palais de Justice. »

                Photo-Police n’hésita pas une seconde à mentionner que Burns, Laplante et Bouchard étaient connu « des milieux interlopes de Trois-Rivières » et qu’ils avaient quitté la salle en riant. La Presse n’a rien rapporté à propos de cet incident, mais a tout de même souligné que « le trésorier de la ville, M. Jacques Charrette, a laissé entendre que jamais de notes explicatives n’accompagnaient les comptes de dépenses des détectives affectés à la moralité. »[172]

Jeudi, 14 août 1969

                Au matin du 14 août, « Dès la reprise des procédures hier matin, Me Guy Lebrun procureur de l’Association des policiers et pompiers s’en est pris violemment à un compte-rendu diffusé par un médium d’information de notre région. Énergiquement, ne mâchant pas ses mots, l’avocat a mis le juge Roger Gosselin au courant du fait suivant : la veille, il avait entendu, au cours d’un bulletin de nouvelles télédiffusé, le speaker annoncer que des faits avaient été prouvés au cours des témoignages de la journée. Indigné, Me Lebrun a mis la Commission de Police en garde face à cet état de choses… « Rien n’a encore été prouvé, a lancé l’avocat. On témoigne, on dépose, il y aura des contre-interrogatoires : mais aucun fait n’a encore été prouvé à ce stage! » »[173] Ainsi, le juge Gosselin avait aussitôt conseillé aux journalistes de s’en tenir à ce qui était dit en Cour.

                La crédibilité de certains témoins aurait été problématique puisque Me Lebrun demanda à ce qu’on puisse consulter les dossiers judiciaires de plusieurs d’entre eux « pour démontrer la valeur des témoignages à l’intention du public… »[174] Toutefois, en se justifiant par le fait que la présente enquête n’avait pas juridiction sur ces antécédents, le juge Gosselin rejeta cette requête.

La CPQ entendit alors le témoin Irène Paquet, 26 ans, épouse d’Armand Brière. Dans le procès-verbal, on peut lire que « Messieurs Hubert et Dallaire sont présents au cours de la première partie du témoignage. Monsieur Dallaire seul est présent pour la continuation du témoignage. »[175]

Le nom d’Irène Paquet n’a pas été publié dans les journaux, mais par le procès-verbal on en déduit que c’est à elle que référait l’article de Jean-Paul Arsenault. En rapportant les paroles de la jeune femme, celui-ci écrivait : « Je sortais avec des gens pour de l’argent! C’était, hier, le témoignage d’une fille publique […]. « Je pratiquais la prostitution dans un hôtel de Trois-Rivières! Les premiers mots étaient lâchés, le reste allait être long, très long. Stupéfiant même. Pour l’information du public, comme l’avait fait remarquer Me Guy Lebrun avant le questionnaire, précisons qu’il s’agit toujours de témoignages, de dépositions et que rien n’est prouvé au stage actuel de l’enquête. […] Un certain soir, le témoin était arrivé à Trois-Rivières depuis deux semaines, elle raconte qu’un membre de la Sûreté, membres de l’escouade de la Moralité, lui a demandé ses noms, adresses et lieu d’origine. « Il m’a aussi demandé mes papiers médicaux … Je ne les avais pas! « Va passer un examen et tu me les montreras, lui aurait répondu le limier de la Moralité. »[176]

Par la suite, ce furent les autres prostituées qui l’avaient mis au courant des règles locales. Par exemple, elles ne pouvaient pas changer de lieu de travail et elles devaient se présenter pour 14h00 et rester le plus tard possible. En contre-interrogatoire, elle avait admis que c’est un employé de l’hôtel qui l’avait mis au courant des règlements et non le détective en question. « Le témoin a révélé une visite à un autre détective pour lui faire part de ses déboires. Un autre limier venait d’être mentionné en Cour. Puis revenant au premier détective, elle a dévoilé à la surprise de tout le monde : « Il m’a demandé de lui donner un petit pourcentage de mes bénéfices… Je n’avais plus « d’ami » alors … Pas question de verser quoi que ce soit quand même! La fille publique de 1967 refusait selon sa version, de partager ses gains. Huis-clos absolu! L’interrogatoire suivant nécessita encore l’expulsion de tout le monde à l’extérieur de l’enceinte de la Cour … »[177]

Après s’être absenté de Trois-Rivières durant deux mois, la jeune femme s’était vue refuser l’accès à l’établissement où elle avait l’habitude de travailler. « Il y avait là, au bar en question, selon la fille : un garçon de table et le détective. Les deux hommes se renvoyaient la balle à savoir qui « débarrerait » l’expulsée de l’hôtel. « Le détective a finalement dit qu’il essaierait de me faire entrer et est sorti à l’extérieur pour environ quinze minutes ». De retour à l’intérieur du bar, le policier aurait fait part à la demoiselle anxieuse de reprendre son « travail » : « Tu iras travailler là, demain! Elle était « débarrée ». »[178]

 Après l’heure du dîner, on demanda au public de sortir alors que les journalistes se sont vu imposer des restrictions. Ensuite, Mlle Fernande Turgeon, 45 ans, protonotaire à la Cour supérieure, produisit les déclarations sociales de J. Gustave Richer, hôtelier de l’Hôtel des Trois-Rivières; Joseph Guay du Club St-Paul; J. Antoine Vézina du Manoir Laviolette; Léon Pagé de l’Hôtel St-Louis; et Albert Guimond de l’Hôtel Bonaventure. C’est ensuite que témoigna le directeur Delage.

                En fait, Delage a dut admettre qu’il n’avait pas rencontré son état-major en 1968 et 1969. « Pour bien se situer, mentionnons que cet état-major se compose d’environ 28 policiers, c’est-à-dire du grade de sergent, en passant par ceux de lieutenant, capitaine, assistant-directeur et … directeur. »[179] Jusqu’en 1967, il expliqua que l’état-major se réunissait « à l’occasion » afin de discuter de différents points. À une certaine époque, avoua-t-il, ces rencontres s’effectuaient hebdomadairement. « On a bien essayé, de dire M. Delage, le bureau du directeur, mais la chaleur et l’exiguïté des lieux étaient insupportables. « J’ai discontinué ces réunions », a témoigné le chef de police … »[180]

                Lorsque Me Boily lui demanda de décrire une journée de travail, Delage expliqua qu’il commençait vers 7h45 en dépouillant son courrier, suivait la rédaction des réponses; vers 9h00 il recevait la visite des capitaines des trois postes de police distribués à travers la ville pour la répartition des rapports de la veille, y compris ceux de la nuit. « Et l’officier de l’escouade des motocyclettes, lui demande le commissaire Tobin, prend-il part à ces réunions? Non le renseigne le directeur. Et le capitaine Gagnon de l’escouade des détectives? Non plus! Le directeur Delage est alors sommé d’expliquer pourquoi son capitaine de la section des détectives ne prend pas part aux réunions quotidiennes, par le commissaire Tobin. « Le capitaine Gagnon, informe le chef, doit vitement prendre connaissance des plaintes le matin pour amorcer rapidement ses enquêtes. « Autrement, d’ajouter le directeur, son travail s’en trouverait trop retardé. »[181]

                Si le capitaine Gagnon devait le voir pour résoudre une situation, il pouvait se rendre à son bureau ou lui téléphoner. Delage estima le nombre de ces contacts entre lui et le capitaine Gagnon à deux ou trois fois par mois.

                On fit revenir Irène Paquet afin de produire en preuve une photo de Denise Carole, alias Denise Côté, et une autre d’une certaine Kathy. Denise Côté, 33 ans, décrivit son occupation comme « bar maid, sans emploi ». Elle habitait au 855-B de la rue Ste-Cécile et elle demanda la protection de la Cour. Peu après, Irène Brière fit la même demande.

Vendredi, 15 août 1969

                Ce matin-là, dans son article paru en première page, Arsenault écrivit que « La Commission de police ne siégera pas aujourd’hui. Les séances ont été ajournées à la semaine prochaine ».[182] Pourtant, selon le procès-verbal, quelques témoins ont été entendus. C’est sûrement une erreur, puisqu’au matin du 16 août c’est encore Arsenault qui relatait les faits de la veille, soit de la journée du 15 août.

D’après le procès-verbal, on a entendu Jean-Marie Hubert, suivi de trois policiers de Montréal. Le premier d’entre eux était Raymond Laframboise, 28 ans. La CPQ interdit aux journalistes de reproduire publiquement les noms mentionnés par celui-ci. Les deux autres policiers montréalais étaient Roland Clermont et Jacques Laurin. Selon Photo-Police, l’un des policiers de Montréal était venu enquêter au sujet d’un détective de l’escouade de la Moralité de Trois-Rivières. Ce dernier lui aurait confié qu’officiellement 37 filles de joie « travaillaient » à Trois-Rivières. Selon le système mis en place, la nouvelle fille était tolérée durant un mois, après quoi elle devait respecter les règles locales, ce qui lui permettait de poursuivre ses affaires sans le moindre problème.[183]

Sans pouvoir fournir le nom, Arsenault révéla que le policier de Montréal, qui « conduisait lui-même une enquête et s’était informé à un des membres de l’escouade trifluvienne des différentes procédures employées ici, concernant comme on s’en doute bien … la prostitution! Le témoin d’hier, qu’on nous a laissé écouter moyennant que les noms des établissements et des personnes impliquées ne soient pas dévoilés au public, a littéralement électrisé l’assistance par sa déposition. Celle-ci avait trait au contrôle des filles publiques à Trois-Rivières. Le témoin a fait part au juge Gosselin et au commissaire Tobin que les renseignements dont il avait possession lui ont été communiqués le 5 décembre 1967, lors de sa rencontre avec les limiers trifluviens. »[184]

Et, justement, quelles étaient ces révélations? Arsenault nous en donne un aperçu : « « On m’a dit…! Une fois par mois les filles étaient mises en état d’arrestation. Elles devaient alors déposer un cautionnement de cent dollars pour être immédiatement libérées sans examen médical. Elles ne comparaissaient pas à la Cour à la suite de cet « arrêt forcé » de travail. Vu qu’elles étaient absentes la journée de leur comparution, on confisquait le montant déposé et … c’est le retour au boulot. Encore une fois, la foudre s’abattait en Cour avec cette déclaration… « Il y avait une entente entre le service de Police et la Cour! … Le but du policier montréalais étant de questionner un souteneur trifluvien, il se fit conduire par un homologue trifluvien dans plusieurs établissements de notre ville. Ceci se passait le 5 décembre 1967. « Il me présentait, a témoigné l’agent de la métropole, parlant de son guide de notre corps de police, et je questionnais les personnes… » À ce moment, Mes Guy Lebrun et Gaston Gamache écoutaient on ne peut plus attentivement les propos du limier. Puis : « Celui que je questionnais regardait le détective … Sur un signe de tête de ce dernier il répondait à mes questions, sinon … Pas de réponses! » C’en était trop pour les deux procureurs de l’Association des policiers. D’un bond ils étaient sur pieds tous les deux et … « Va-on [sic] admettre ce genre de preuve dans cette enquête? Et les deux compagnons du témoin qui sont dans la salle et écoutent depuis vingt minutes », d’ajouter Me Lebrun… « Qu’en fait-on? » Derrière nous, les policiers de Trois-Rivières réagissaient eux aussi. À mi-voix certes, mais on sentait quand même leur mécontentement… Lajournement [sic] pour la journée vient mettre un terme aux débats qui s’annonçaient orageux. Mercredi prochain, le même témoin sera questionné cette fois par les avocats de l’Association des policiers… »[185]

                Il a été dit que les détectives, c’est-à-dire Dupont et ses collègues, avaient subi beaucoup de pression et que plusieurs enquêtes s’étaient accumulés pendant les audiences de la CPQ, ce qui aurait justement contribué à rehausser le niveau de stress chez Dupont. Dans Le Nouvelliste du 16 août 1969, pendant qu’Arsenault tentait de raconter les faits entourant la comparution de Jean-Marie Hubert, un article de Roger Noreau soulignait que quatre bandits avaient commis un braquage à la Caisse populaire de Sainte-Marguerite, ce qui leur avait rapporté 4 000$. Le vol a été commis vers 14h45 dans l’après-midi du 15 août, donc pendant que siégeait la CPQ. Les « quatre cagoulards qui étaient armés d’une mitraillette légère et d’une carabine tronçonnée, se sont emparés d’une somme de $4,000, après avoir ordonné à trois clients et au personnel de la Caisse, de se coucher sur le plancher. »[186] Un coup de feu a été tiré dans la serrure d’un tiroir-caisse. Parmi les clients, l’annonceur à la radio de CHLN a été « quelque peu molesté ». Les braqueurs ont ensuite pris la fuite dans une Chrysler 1968. Les policiers de la région ont été mis à contribution.

                Une voiture correspondant au signalement a été conduite au poste de police no. 1 et fouillée « par les policiers à cet endroit », sans aucun résultat. La chasse à l’homme s’est poursuivie sur la rue Des Forges, où plusieurs voitures de police, incluant celles de la Sûreté, se sont retrouvées devant le restaurant le Roi du Spaghetti. Des fouilles ont été effectuées dans les maisons et appartements situés autour du commerce. Des suspects ont ensuite été conduits au poste de police no. 1 pour y être interrogés. « Les policiers n’avaient pas encore terminé leur travail à ce moment, car une automobile qui sortait d’une entrée de cour à proximité du restaurant, a été interceptée par un détective. Cette automobile qui était conduite par une femme, a été fouillée par le détective. Ce dernier ne fut pas trop surpris de trouver dans le coffre arrière de la voiture, tout un arsenal, des cagoules et des vêtements qui répondaient à ceux de la description des présumés voleurs. »[187]

                Le seul détective dont il est fait mention dans l’article est Fernand Gendron. C’est lui qui a retrouvé les sacs d’argent dans un logement de la rue Des Forges. « En plus de l’escouade de la Sûreté de Trois-Rivières, était aussi sur les lieux un détachement de la Sûreté provinciale du Québec. »[188] L’enquête a été confiée à Gendron.

Dimanche, 17 août 1969

                Et comme si les détectives n’en avaient pas assez, un autre crime s’ajouta à la liste des enquêtes prioritaires, tandis que le lieutenant-détective Hubert était paralysé par l’enquête de la CPQ. En effet, au matin du dimanche 17 août, un homme a été tué à coups de barres de fer au 302 rue St-Paul. La victime était Arthur Saint-Ours, 42 ans, un « solide gaillard de 240 livres environ et débardeur de son métier. M. Saint-Ours était marié et père de huit enfants. »[189] Il avait été attaqué par deux hommes. Comme le voulait la procédure, et comme ce fut aussi le cas pour Dupont quelques mois plus tard, le corps de la victime a été transporté au laboratoire médico-légal de Montréal.

Figure 21. Les frères Bolduc, arrêtés pour le meurtre d’Arthur Saint-Ours. Ils sont escortés par le détective Fernand Gendron.

                Quant à l’implication des détectives, on peut lire ces précisions : « La sûreté municipale de Trois-Rivières fut ensuite avisée des événements qui venaient de se produire et le capitaine-détective Georges Gagnon se rendit sur les lieux en compagnie des sergent-détectives Fernand Gendron et Guy Poisson. Ils prirent l’enquête en mains afin de retrouver les auteurs. »[190]

                Fait intéressant, « Pendant que les détectives locaux travaillaient sur cette affaire, le capitaine-détective Gagnon fit appel à l’escouade des homicides de la Sûreté du Québec, à Montréal, pour qu’elle apporte son aide dans cette enquête. Le caporal Raymond Hébert et l’agent Jean-Noël Hains se sont rendus à Trois-Rivières pour aider les policiers municipaux dans leur travail. »[191]

                 Yves Bolduc sera reconnu coupable d’homicide involontaire. André Bolduc sera innocenté du meurtre de St-Ours mais le 16 janvier 1970 il sera retrouvé mort suite à un accident de travail lorsque « le tracteur qu’il conduisait aurait frappé un solide mur. Ayant subi une profonde entaille au front, il fut conduit à l’hôpital Saint-Joseph où un bandage fut appliqué sur la plaie béante. André Bolduc est retourné au travail, mais le 13 janvier des complications sont survenues et à nouveau il faisait son entrée à l’hôpital Saint-Joseph. Devant la gravité de la blessure, le jeune homme fut transféré, la journée même, à l’hôpital Sainte-Marie mais il décédait le 16 janvier, moins de 24 heures après son hospitalisation. »[192]

Lundi, 18 août 1969

En dépit du fait que les contre-interrogatoires n’avaient pas encore eu lieu, il semble que le directeur J.-Amédée Delage en avait assez entendu. Il écrivit une lettre au gérant de la ville Roger Lord et dans laquelle il demandait la suspension de Dallaire et Hubert pour « manquement à la discipline. »[193] Certes, il fallut attendre l’édition du mardi 19 août pour que les abonnés du quotidien local apprennent que « Le lieutenant-détective Jean-Marie Hubert et le sergent-détective Paul Dallaire ont été suspendus indéfiniment de leurs fonctions, hier, par le conseil de ville de Trois-Rivières, sur recommandation du directeur J.-Amédée Delage. Ces deux membres de la Sûreté municipale trifluvienne faisaient partie de l’escouade de la Moralité, dont l’efficacité est sérieusement mise en doute par l’enquête entreprise par la Commission de police du Québec. »[194]

Si on en croit l’article de Bernard Champoux, Delage « ne faisait qu’appliquer l’article 13 du règlement No 5 dans lequel il est statué que : « Tout membre du corps de police qui accepte ou exige, directement ou indirectement, une somme d’argent, un avantage ou des boissons alcooliques, en considération d’un exercice d’influence ou d’un acte ou d’une omission dans l’exécution de ses fonctions; qui viole les règlements du conseil ou du corps de police; ou qui désobéit aux ordres d’un supérieur, sera passible de la punition imposée aux contrevenants des règlements de la cité en plus de suspension sans salaire ou de destitution. »[195]

Selon ce règlement, doit-on en déduire que l’acceptation d’un pot-de-vin et la désobéissance à un supérieur représentaient deux fautes que l’on devait traiter sur un même pied d’égalité?

Pendant ce temps, le détective Fernand Gendron continuait de prendre les bouchers doubles puisqu’il dut s’occuper de la comparution de suspects dans l’affaire du hold-up de la Caisse populaire Sainte-Marguerite.

Mardi, 19 août 1969

                L’enquête de la CPQ reprit, entre autre avec le directeur Delage qui a dû faire face à « une première salve de questions de la part de Me Gaston Gamache […]. »[196] En revenant sur les événements du 18 août, Arsenault précisa que vers 14h30 Delage avait reçu un appel du gérant de la ville Roger Lord. « « Il m’a demandé d’agir… Il m’a dit d’agir! »

Figure 22. À l’arrière, entre les deux suspects qui comparaissaient pour le braquage de la Caisse Ste-Marguerite, on reconnaît le détective Fernand Gendron (avec la moustache), qui devait prendre les bouchers double en raison des contraintes reliées à l’enquête de la CPQ. Cette comparution a eu lieu le lundi 18 août 1969 en après-midi.

Or, « agir » selon le témoignage qu’a fait entendre le chef du corps de police, voulait dire l’envoi d’une lettre à celui qui l’enjoignait de le faire. Précisément, la lettre qui a été lue au conseil de ville à la séance de lundi. Celle qui demandait la suspension des deux détectives. Précipitamment, Me Gamache a exhibé le document au directeur et … « Avez-vous vous-même composé cette lettre?, a-t-il voulu savoir. « En partie, lui répondit, M. Delage, c’est-à-dire sauf pour les règlements énoncés! » Ce n’était pas assez pour l’avocat des policiers qui emboita : « Auriez-vous pris vous-même une telle initiative (les suspensions), s’il n’y avait pas eu de téléphone? « Non monsieur, laissa tomber clairement le directeur de police. »[197]

                Est-ce que cette réponse pourrait expliquer un conflit « personnel » entre le conseil de ville et la section des détectives, comme cela semblait être le cas depuis la guéguerre entre ces derniers et Gaston Vallières? Cette intervention hâtive de la ville expliquerait-elle aussi le fait qu’Hubert et Dallaire aient eu gain de cause par la suite?

                Quant à la relation qu’il avait avec le gérant de la ville, Delage parla de « l’organigramme de notre corps policier, qui doit être présenté au gérant avant application. Plus tard, quelques instants seulement plus tard, le directeur a laissé entendre : « C’est toujours le gérant qui est le patron du personnel! … Aussitôt, il a ajouté : « C’est mon patron! »[198]

                Ensuite, le commissaire Tobin l’interrogea sur la convention de travail et c’est alors qu’on apprit « que celle-ci est échue depuis décembre 1968 et n’a pas été renouvellée [sic]. »[199] Delage avouera aussi avoir été convoqué à seulement une des huit ou neuf assemblées de négociations concernant la convention. Le résultat de la dernière entente, Delage l’avait obtenu par le président et le secrétaire de l’Association. « « Mais voulez-vous dire par là, a remarqué le commissaire Tobin visiblement estomaqué, que si personne ne vous l’avait mentionné … En somme, c’est stupide mais c’est ça… « L’auriez-vous su? Pas de réponse… « Comme ça, d’enchaîner M. Tobin, on vous remet la convention signée et … Voici pour les deux ou trois prochaines années? « C’est ça! d’acquiescer le directeur. »[200]

                Quant à la prostitution, Delage avoua avoir été au courant dès 1967 que certains établissements servaient aux rouages du plus vieux métier du monde. Il ira jusqu’à expliquer que ce sont des membres de la Sûreté, donc des détectives, qui l’avaient informé de la situation. Il dira sous serment leur avoir demandé de procéder à des arrestations afin de mettre fin à cette situation « Mais, a-t-il ajouté, nos efforts manquaient d’effets parce que nous étions dérangés par les journaux! »[201]

                Pour sa part, Me Gamache lança que la ville ne pouvait pas se servir des témoignages rendus devant la CPQ pour suspendre ainsi ses policiers et c’est ainsi qu’il demanda la réembauche de Dallaire et Hubert. Quant à Me Jean Méthot, chef du contentieux, il lança que cette enquête ne devait pas pour autant empêcher le conseil de ville de faire son travail.

                Après un retour à la barre de Roger Dion, on a fait appel à Romuald Godin, 60 ans. Ce dernier était propriétaire d’un restaurant portant son nom. Au soir du 10 mars 1969, Godin travaillait dans son commerce lorsque deux femmes étaient entrées en criant « c’est un hold-up ». Godin avait néanmoins réussi à arracher le manteau à l’une des deux braqueuses. Après leur départ, Godin avait immédiatement téléphoné à la police, qui a procédé, le même soir, aux arrestations de deux jeunes femmes : Louise St-Pierre, 28 ans, et Claire Bourassa (née Côté), 26 ans. Selon le registre d’état civil, c’est en 1959 que cette dernière a épousé Royal Bourassa. Ce dernier était qualifié de plâtrier et elle décrite comme employée chez « Hart Shirt ». Au moment de leur mariage, ils habitaient au 751 rue Radisson. Au moment de sa comparution devant la CPQ, elle logeait au 618 des Ursulines.

Samedi, 23 août 1969

                Au matin du 23 août, Photo-Police se montra audacieux dans ses propos en publiant le titre « La prostitution était dirigée par des policiers ». Les grands quotidiens de l’époque ne semblent pas s’être risqués aussi loin sur l’échelle de la subjectivité.

Lundi, 25 août 1969

                Cet après-midi-là, Me Lucien Comeau s’absenta définitivement de la commission. Le contenu du procès-verbal ne nous permet pas d’apporter une explication quant à ce départ.

Pendant ce temps, c’est sous huis clos qu’on entendit le témoignage de Louise St-Pierre, 28 ans, l’une des deux femmes qui avaient commis le braquage au restaurant Godin. Le procès-verbal mentionne que « au cours de son témoignage, le témoin est déclaré hostile. À plusieurs reprises durant son témoignage, le témoin est averti qu’elle est sous serment et que toute fausse déclaration de sa part pourrait entraîner une plainte de parjure. »

Quoi qu’il en soit, un huis clos complet fut instauré pour la dernière partie de son témoignage. Pour l’occasion, on fit évacuer la salle, exception faite de Dallaire et Buckley.

Par la suite, le directeur Delage a été interrogé durant des heures « pour dévoiler que le personnel policier de la ville de Trois-Rivières est nettement insuffisant. « L’escouade de Moralité, deux hommes, ne pouvait pas enrayer la prostitution dans notre ville avec ce personnel restreint… Je ne l’ai jamais mentionné au conseil municipal, car c’était inutile d’en parler, on ne m’en aurait pas accordé plus! ». »[202]

Delage affirma également qu’en 1968 il avait demandé 12 hommes pour la section des enquêtes et qu’on lui en avait accordé seulement 7, uniquement pour remplacer les départs à la retraite. En 1969, il en avait demandé 14 pour en obtenir 8, encore une fois pour combler les départs. Ce fut la même chanson pour l’escouade de la Moralité, à qui Delage avait simplement dit : « Faites votre possible. » Un huis clos fut ensuite imposé pour taire les noms des personnes morales et physiques. Évidemment, ceux-ci avaient droit à l’anonymat puisqu’il n’y avait toujours pas d’accusations contre eux.

Puis Delage raconta que l’homme en charge de son escouade de la Moralité « m’a demandé deux hommes en surplus, de même qu’un camion-fantôme pour pouvoir effectuer un travail plus efficace. Pour plus de sécurité, pour une protection accrue, ce même détective aurait aussi requis les services d’un policier à ces côtés. « J’ai choisi un tel, parce qu’il était costaud, a souligné M. Delage toujours à la barre aux témoins. La situation était telle, a mentionné le directeur, que le détective requérant lui aurait dit : « Si vous ne me donnez pas cet homme supplémentaire … j’abandonne! »[203]

Mardi, 26 août 1969

                Ce matin-là, les Trifluviens ont pris leur premier café en apprenant que Dallaire et Hubert allaient bientôt retrouver leur poste au sein de la police. « Le conseiller Fernand Colbert a présenté, hier soir, un avis de motion dans le but de rescinder la résolution par laquelle les deux limiers étaient suspendus. Pour l’instant, ces derniers ne peuvent réintégrer leur poste puisque la nouvelle résolution sera soumise aux voix, lors de la prochaine séance. Il s’agit d’une simple procédure, les conseillers semblant unanimes. La mesure a été décidée après mure réflexion par les conseillers qui ont même fait appel au directeur de la police, M. J.-Amédée Delage afin de connaître sa réaction. »[204]

Cette fois, revenant sur la conversation téléphonique qu’il avait eue le 18 août avec le gérant de la ville, Delage avoua que « Je n’ai pas eu l’esprit assez présent pour lui dire que j’aimais mieux attendre la fin de l’enquête et j’ai cru que le gérant désirait la suspension des deux détectives […]. »[205]

                Delage dut admettre au maire René Matteau que le gérant Lord « ne lui avait pas forcé la main » avant d’ajouter que « « Je ne connais pas tellement les lois et c’est pourquoi ça m’a surpris de recevoir cet appel », a jouté M. Delage en précisant qu’il avait toujours eu l’impression qu’il fallait attendre la fin de l’enquête. »

                L’idée de réinstaller Hubert et Dallaire aurait pris forme « quand le conseiller Benoit Giguère a déclaré que la suspension des deux détectives était prématurée et que le conseil de ville n’avait pas le droit de se substituer à la Commission de Police. Le conseiller Fernand Colbert était aussi mécontent de la tournure des événements surtout parce que le directeur Delage avait affirmé qu’il n’aurait jamais suspendu les deux limiers, si le gérant Lord ne lui avait pas téléphoné. « On a pris une décision selon la recommandation du directeur de la police et je m’aperçois que l’on s’est trompé », a-t-il dit. »[206]

                Finalement, dans les mêmes pages du Le Nouvelliste, on annonçait la retraite de Delage pour le 1er octobre, date à laquelle Roland Poitras prendrait le relai par intérim jusqu’à la nomination du prochain directeur. « La pension versée au directeur Delage serait d’environ $5,000 par année. Le conseil municipal a consenti à la mise à la retraite du directeur de la police Delage, à la suite d’une demande formulée par ce dernier dès le 18 novembre 1968 et réitérée dans une lettre datée du 25 août. En fait, le chef Amédée Delage[207] demandait d’être mis à sa pension à partir du 12 septembre prochain, date à laquelle il aura atteint 65 ans et près de 39 ans de service au sein de la police de Trois-Rivières. Le chef de police souligne que « cette décision n’est pas subite et n’est pas prise en considération des événements présents, mais plutôt due à mon âge et à ma santé déclinante… »[208]

                Finalement, les audiences du 26 août se terminèrent par la présence de Normand Rouette, qui a affirmé qu’à la demande de Me Jean Méthot, chef du contentieux, il avait remis des photocopies de dossiers judiciaires à Gaston Vallières. Ces dossiers étaient ceux de prostituées arrêtées entre le 1er janvier 1967 et avril 1969. Or, Rouette avait occupé la fonction d’archiviste jusqu’en mai 1969. C’était donc lui le gardien des archives policières.[209]

                On avait également profité de l’occasion pour questionner Rouette sur l’accessibilité de certains dossiers, et ce dernier de répondre que « « Les documents sont accessibles […] aux autorités de la ville qui en font la demande. » Par « autorités » de la ville, le témoin a ajouté que le terme comprenait le maire, les officiers municipaux et les chefs de service. Parfois même, selon le même témoin, des ajusteurs d’assurance pouvaient obtenir des photocopies de rapports d’enquête, moyennant que ceux-ci ne comportent à cette occasion que des résumés des témoignages et aussi l’assentiment de l’officier supérieure de la Sûreté de les produire aux demandeurs … »[210] Or, la seule demande de la sorte faite depuis 1967 était celle de Méthot. Et Rouette d’ajouter que « Je n’ai pas transmis d’autres dossiers confidentiels à d’autres personnes pendant cette période. »[211]

                Ces dossiers contenaient les photos des prostituées. Rouette affirma qu’on lui avait expliqué qu’en remettant ces dossiers à Vallières cela servirait pour l’enquête de la CPQ.

                Peu après, Delage, visiblement épuisé au point où le juge Gosselin lui offrit de s’asseoir, est venu dire qu’il n’avait autorisé personnes à donner accès à ces dossiers. Me Guy Lebrun a également « suggéré que le contrat d’engagement de l’archiviste de la police trifluvienne, de même que le texte de son assermentation, soient soumis au tribunal d’enquête. À ceci, le juge Gosselin a répliqué qu’il était préférable de s’en remettre au greffier municipal, ce dernier étant en meilleure position de trouver les dits documents. »[212]

                Delage admit s’être rendu à Montréal en novembre 1968 avec « un officier de la Sûreté » pour y rencontrer un officier de la Moralité afin de « savoir si là-bas on avait quelque chose contre mon personnel! »[213] Étant donné la règle sur le ouï-dire, une objection formulée par Me Boily, Delage ne put rapporter la réponse que l’officier montréalais lui avait faite.

Mercredi, 27 août 1969

                Selon le procès-verbal, le seul témoin entendu ce jour-là fut Paul Dallaire. Comme on le sait, la destruction des notes sténographiques et la portée limitée du procès-verbal nous empêche de revisiter le détail de son témoignage, mais selon Arsenault son apparition à la barre eut l’effet d’un choc. « « Le directeur m’a dit, a sèchement déposé le sergent Paul Dallaire de la Moralité, de ne pas m’occuper s’il y avait 200 ou 300 « Filles » en ville et de me cacher pour en arrêter une au cours de ma surveillance! » Est-il besoin de commenter l’impact d’une telle affirmation de la part du témoin, sur l’auditoire présent. »[214]

                Doit-on en déduire que Dallaire a agis seulement sous les ordres du directeur Delage? Par conséquent, la situation pouvait-elle s’expliquer par l’incompétence et le laxisme? Est-ce possible d’affirmer que Dallaire faisait seulement ce qu’il pouvait?

                « Ces propos ont été prononcés, selon le détective Dallaire, pendant une entrevue à laquelle il avait été convoqué par le directeur de la police au sujet de sa façon de « travailler » la prostitution à Trois-Rivières. Le sergent Dallaire a révélé qu’antérieurement à cette entrevue, il avertissait les nouvelles prostituées de bien vouloir quitter la ville. Celles qui demeuraient? « Nous leur faisions des causes et la plupart quittaient elles aussi la ville! »[215]

                Toujours selon Dallaire, le directeur Delage avait décidé de ne plus cueillir d’information auprès des propriétaires des établissements où travaillaient les prostituées mais qu’on devrait maintenant les surveiller de l’extérieur. « Il m’avait même dit que même s’il y avait des centaines de filles, ce n’était pas de notre affaire! »[216] Dallaire aurait répondu à cela « parfait monsieur », après quoi il avait adopté une autre méthode de travail : « en se cachant sur des terrains de stationnement publics et dans des entrées de cour. « Maintenant, je me tiens dans la rue, de préciser le témoin… Mais une cause prend de cette façon, quinze jours et même trois semaines à être conclue! ». Le commissaire Gérard Tobin qui écoutait tout ceci n’a pu s’empêcher de s’écrier : « On vous a dit que ce n’était pas de votre affaire? Mais alors c’était l’affaire de qui? Des scouts? » »[217]

                Les audiences auraient ensuite déviées sur le sujet des cautionnements à la Cour municipale. C’est au soir du 27 août que la liste des prix fut déposée en preuve. Quand on lui demanda qui avait créé cette liste, Dallaire aurait répondu « que l’appellation « juge municipal » apparaissait au bas du document et qu’il existait « probablement » depuis 1693. »[218]

                On serait également revenu sur le témoignage de deux des policiers montréalais venu à Trois-Rivières le 5 décembre 1967. En rencontrant leurs confrères de la Moralité à Trois-Rivières, ces deux policiers auraient évidemment discuté de prostitution et du fait qu’il existait une certaine entente avec la Cour municipale. Cette entente permettait « la confiscation des cautionnements de $100, fournis par les prostituées, donnant à celles-ci l’avantage de ne pas revenir devant la cour. « J’ai employé le mot ENTENTE, a dit le témoin, mais ce n’est pas nécessairement celui-là qui a été dit à mon attention! » L’agent montréalais voulait faire savoir que ce terme donnait le sens de la conversation entre lui et les limiers trifluviens il y a deux ans… »[219]

                Le mystérieux policier montréalais aurait ajouté quelques précisions, selon lesquelles les prostituées étaient dirigées vers l’escouade de la Moralité par les tenanciers d’hôtels et aussi à l’effet que « je n’ai jamais dit que c’était le détective mais bien le service de police qui opérait comme tel. Venait ensuite la fameuse question des examens médicaux. Pour lesquels le premier témoin a déposé qu’ils n’étaient pas toujours effectués après les arrestations des prostituées. Plus tard, au cours du questionnaire conduit par le procureur de l’Association des Policiers, le deuxième témoin qui assistait lui aussi à la rencontre de décembre 67, a laissé entendre : « Il n’a pas été question de cartes médicales! ». »[220]

                C’est Me Gaston Gamache, en contre-interrogeant le policier montréalais, qui aurait finalement fait ressortir l’information selon laquelle ce dernier et son collègue seraient d’abord venu à Trois-Rivières en décembre 1967 dans le but de rencontrer un individu en particulier. Puis c’est en se tournant vers le juge Gosselin que le procureur des policiers aurait lancé : « Nous croyons, nous avons les informations que c’était bien « trois » individus qu’il voulait rencontrer et non pas un seul… Nous tenterons de démontrer qu’il se trompe sur toute la ligne pour sa visite à Trois-Rivières! »[221]

                Un huis clos fut ensuite imposé, ce qui empêcha les journalistes d’en dire davantage.

                C’est aussi « d’une voix forte, posée »[222] que Dallaire a ajouté que « Nous avons eu des ordres au début … De ne rien virer à l’envers! »[223] Lorsque le commissaire Tobin lui a demandé si, justement, il n’en avait pas assez de revoir toujours les mêmes prostituées, Dallaire avoua qu’il les revoyait rapidement dans les établissements après leurs arrestations. « Cet état de choses, selon le policier-témoin, est dû au fait qu’à chaque arrestation d’une prostituée, une preuve nouvelle doit être faite au cas où celle-ci nierait sa culpabilité en cour municipale. Toutefois, le limier a précisé que ceci, (la comparution) ne s’était pas produite depuis le 1er janvier 1967. En somme, toutes préfèrent être libérées moyennant un cautionnement pour voir par la suite celui-ci forfait à défaut de comparution en Cour. »[224]

                « Et la roue tourne! », comme l’a si bien souligné Arsenault. Dallaire affirma ne jamais avoir comparu en Cour pour ces causes et que c’est seulement plus tard qu’on lui apprenait que les filles n’étaient pas revenues après leur dépôt de 100$. Dallaire expliquera qu’il terminait toujours son travail tard dans la nuit et que, par conséquent, il ne pouvait être présent le matin lors des comparutions.

                Quant aux causes impliquant les souteneurs, Dallaire avoua son inefficacité en raison du fait que l’escouade « se compose de deux détectives, y compris le témoin. « On a demandé des hommes; des équipes pour les fins de semaine… Nous n’avons jamais rien obtenu! ». »[225] Il était aussi d’avis que pour effectuer un travail plus efficace il lui aurait fallu deux hommes sur le quart de jour et quatre pour celui de nuit. À une question de Tobin qui « voulut savoir si des mandats d’amener étaient émis quand elles ne se présentaient pas en Cour à la date fixée, « Après l’arrestation, si elle ne revient pas devant le tribunal et que je ne reçois pas de mandat à cet effet… Ce n’est plus de notre affaire! a laissé savoir le témoin Dallaire. « Ce n’est pas au détective mais à un procureur », est intervenu Me Guy Lebrun […], à faire émettre un tel mandat… et d’ajouter l’avocat : « On n’a pas à demander au témoin une telle question, c’est à un procureur dument mandaté à le faire! ». »[226]

                Cette question laisserait-elle croire à un manque de connaissance du travail policier de la part du commissaire Tobin?

                Interrogé sur sa formation, Dallaire dira avoir « suivi divers cours comme celui de formation policière par exemple. Un cours d’une durée de deux ans à raison de trois mois d’étude par session. »[227]

Jeudi, 28 août 1969

                Paul Dallaire fut rappelé dans la boîte et, à huis clos, continua de témoigner à propos des « cautionnements forfaits à la chaîne. La liste sans fin des dépôts payés par ceux et surtout « celles » qu’on arrêtait après enquête et dont les comparutions en Cour municipale n’avaient, dans la majorité des cas, jamais lieu … ont fait l’objet d’un nouveau questionnaire de la part du juge Gosselin. »[228] En fait, Dallaire expliqua avoir reçu l’ordre de laisser partir les prostituées de la part de son « coéquipier ». « De fait, selon la déposition du sergent Dallaire, l’ordre d’utiliser la liste des taux de cautionnements pour les diverses infractions, a été d’abord donné par un téléphone du juge municipal, à celui qui formait équipe avec lui à l’escouade de la Moralité. Ce n’est qu’à la suite de cet appel que lui, le sergent Dallaire, fut mis au courant par son confrère de se servir de la fameuse liste des différents taux. Retournant loin en arrière, le témoin Dallaire s’est souvenu que ladite liste était à sa connaissance depuis … 1951! »[229]

                Me Gamache ramena ensuite le témoin sur l’affaire du hold-up commis dans un restaurant en mars 1969. Dallaire répondit ne pas avoir revu les accusées après qu’on lui ait demander de ne pas s’en occuper « mais j’ai su qu’une cause de barbituriques avait été faite par la suite et qu’un type s’était mérité une condamnation en Cour des sessions. Quant aux filles interceptées le soir du méfait, elles devaient comparaître en cour municipale … »[230]

                Il fut également question d’une descente réalisée dans des hôtels du centre-ville de Trois-Rivières le 27 juin par des policiers montréalais. « « Deux jours auparavant, a souligné le détective Dallaire, j’ai demandé des documents pour préparer une cause à deux maisons de rendez-vous. Celui à qui j’ai fait la demande est parti en vacances et les autres sont venus par la suite! » Et finalement, le témoin a fait savoir au juge Gosselin : « Je ne suis pas en « charge » de la Moralité; j’ai été placé là certes mais je fais aussi de tout! »[231]

30 août au 2 septembre 1969

                Au matin du 30 août, Le Nouvelliste détaillait en première page l’évasion de Robert Gignac de l’Institut Leclerc, situé tout près du célèbre pénitencier St-Vincent-de-Paul dans la région de Montréal. L’homme que Jean-Marie Hubert avait admis avoir connu – sans toutefois préciser le de connaissance – avait acquis une certaine célébrité dans le milieu criminel en raison de ses liens avec Lucien Rivard. Condamné pour parjure, Gignac avait été acquitté en Cour d’appel en janvier 1968. De plus, « Il avait écopé d’une peine de trois ans de prison pour vol et recel d’auto, le 10 mars dernier par le juge Maurice Langlois, de Trois-Rivières. »[232] Le 2 septembre, le journaliste Claude Vaillancourt apporta quelques détails supplémentaires quant à cette évasion, mettant l’emphase sur le fait que Gignac et son complice avaient forcé un couple à les conduire jusqu’en Ontario.[233]

                Selon les versions présentées lors des audiences de la commission d’enquête publique de 1996, on avait tenté d’incorporer la candidature de Robert Gignac parmi les suspects. Aucune preuve n’a été présentée à l’effet que ce personnage pourrait avoir un lien quelconque avec Louis-Georges Dupont.

                Au matin du 3 septembre, Le Nouvelliste révéla que « Le lieutenant-détective Jean-Marie Hubert et le sergent détective Paul Dallaire réintègrent leurs postes au sein de la Sûreté municipale à compter d’aujourd’hui. »[234] Gaston Vallières s’est opposé à cette décision, mais « Le conseiller Benoît Giguère a ajouté que le conseil de ville avait pris une première décision sur la foi du rapport de M. Delage et des avocats de la ville. « Quant à moi, je ne veux pas les juger », a-t-il dit. Le conseiller Léo Pidgeon n’a pas aimé les propos d’un éditorialiste radiophonique qui reprochait au conseil de ville de continuellement changer ses décisions. « Ceux qui écrivent des articles de cette nature, de dire M. Pidgeon, n’ont qu’à se présenter aux élections municipales et s’il manque un siège, je leur céderai le mien ». »[235]

                Sur la même page, un article de Jean-Paul Arsenault suivait les détails des procédures judiciaires relatives au hold-up commis à la Caisse populaire de Sainte-Marguerite. Jeannine Beauchesne, propriétaire du restaurant Jeannine Spaghetti House et dont le nom avait été mentionné aux audiences de la CPQ, était accusée de complicité.[236]

3 septembre 1969

                Après un congé de quelques jours, les audiences de la CPQ reprirent et « Encore une fois, comme cela s’est produit à maintes reprises depuis le début des procédures, une déposition foudroyante a été enregistrée par la Commission de police. Une déposition du lieutenant-détective Jean-Marie Hubert, questionné à ce moment par Me Raymond Boily de la Commission. Le détective venait à peine de terminer le récit d’une entrevue qu’il avait eue avec le greffier de la Cour municipale de Trois-Rivières. Au cours de la discussion mentionnée, le policier a révélé qu’il souligna à l’attaché de Cour, que certaines plaintes déposées devant le tribunal municipal, relevaient plutôt de celui des Sessions de la Paix. Saisi de cette remarque de la part du témoin Hubert, l’officier de la Cour municipale aurait répondu, selon la version du détective : « On est mieux de les porter en Cour municipale, ça grossit les coffres de la ville… Aux Sessions de la paix, ça va à la PROVINCE! »[237] À cela, Hubert aurait répondu au greffier municipal « qu’un corps de police n’était pas une industrie ou un commerce à REVENUS! »[238]

                Selon Arsenault, le témoignage de Hubert aurait créé une réaction dans le prétoire qu’il dépeignait comme ceci : « Les commentaires sont superflus pour décrire la stupéfaction qui électrisa ceux qui étaient présents en Cour. Sans que rien ne « paraisse », tous se jetaient un regard furtif, sans doute pour s’assurer que c’était bien là, le contenu de la déposition. Ce l’était! »[239]

                Il fut également question que les vols à l’étalage d’une valeur de moins de 50$ étaient eux aussi soumis à la Cour municipale. Il semble que ces causes s’inscrivaient plutôt comme des affaires de « dommages à la propriété ». Lorsque Hubert demanda au greffier ce qui adviendrait de cela si un prévenu décidait de plaider non-coupable, puisqu’il aurait alors fallu prouver l’existence de ces dommages fictifs, on ignore la réponse car l’article d’Arsenault n’est pas clair à ce sujet.

                Quant aux cautionnements forfaits, « Hubert a souligné qu’un ordre lui avait été transmis par un officier de la Sûreté de voir à imposer un minimum de $100 pour les causes de racolage. Dans la même veine, le témoin avait aussi à décider de montants supérieurs, soit $25 pour chacune des arrestations précédentes. Une prostituée qui en était à sa sixième arrestation devait donc débourser $150 pour recouvrer sa liberté cautionnée. Or, en Cour municipale, le règlement prévoyait une amende de $40, plus des frais pour celles qui se reconnaissent coupables ou qui sont trouvées comme telles. Toutefois, les condamnations pour racolage sont rares voire inexistantes, puisque les « filles » préféraient perdre les cautionnements fournis et ne pas revenir devant la Cour deux jours après l’incarcération « momentanée ». « En 1967-68-69, je n’ai jamais été appelé à témoigner devant cette Cour! affirme le détective Hubert… » Et le commissaire Tobin d’intervenir : « Est-ce qu’elle marche cette Cour? »[240]

4 septembre 1969

                La controverse impliquant la Cour municipale s’est poursuivie le lendemain, si bien qu’au matin du 5 septembre on apprenait dans les pages du Le Nouvelliste le nom du fameux greffier : Me Jean-Jacques Lajoie. Celui-ci fut bombardé de questions. Il en ressortit que Me Jean Méthot l’avait rencontré en novembre 1968 afin de lui demander que les causes soient portées devant les Sessions de la paix. Sur ce rappel, Lajoie déclara devant la CPQ que « Je me souviens que vous étiez en faveur des Sessions, mais le juge n’était pas de votre avis! »[241]

                Quant aux falsifications des accusations de vol à l’étalage, le greffier Lajoie expliqua qu’une « accusation de vol est logée contre le ou la personne arrêtée. Le texte de cette accusation parvient en Cour municipale et … Le greffier de ce tribunal en rédige une de « dommages à la propriété ». Pourquoi cette retouche? Parce que, révèle le greffier, c’est l’usage qui nous guide; parce que le règlement municipal ne couvre pas les causes de vol et finalement, à condition que les effets dérobés n’aient pas une grande valeur et aient au préalable été remis à leur propriétaire. C’en est trop. Le commissaire Tobin fait remarquer au témoin que des personnes sont accusés d’actes qu’ils n’ont pas posés. « C’est un point de vue! » lui répond le greffier. »[242]

                Quant à la prostitution, « Nous nous sommes toujours demandé, renseigne le greffier de la Cour municipale, quel serait le meilleur remède pour résoudre le problème de la prostitution. Selon Me Lajoie, des discussions prennent souvent naissance, à savoir où porter les plaintes de racolage à Trois-Rivières, soit en Cour des Sessions ou devant le tribunal municipal. « Le juge municipal, annonce le greffier Lajoie, préférait recevoir les plaintes devant lui! » On nageait encore dans la vague. Aussi une autre question, plus précise celle-là, surgit-elle. « Qui en a décidé ainsi? Le juge répond finalement le témoin, a préféré continuer comme avant! » »[243]

                Avant la fin de son témoignage, Lajoie n’eut d’autre choix que d’admettre que cette pratique rapportait davantage aux coffres de la Cour municipale.

                Selon un rapport déposé devant la CPQ, il y aurait eu une cinquantaine de causes de délinquance juvénile au cours d’une année. « Or, pour la même année, Me Jean-Jacques Lajoie a témoigné à l’enquête sur la police hier, à l’effet que 2,000 causes environ avaient bel et bien été présentées devant cette Cour. La déposition du témoin, le greffier de ce tribunal, a donc assombri la situation à Trois-Rivières, tout en la situant cependant à sa juste valeur. […] Le sergent-détective Clément Massicotte, agent de liaison entre le corps de police de Trois-Rivières et la Cour du Bien-Être, a lui aussi fait mention de statistiques qui ne concordent pas du tout avec le rapport annuel, tel que présenté aux autorités municipales. En détail, le détective a énuméré le nombre d’arrestations de jeunes gens, jeunes filles et d’adultes au cours de la même année. La totalité de cette statistique accuse plus de 180 cas. Le rapport du directeur lui, n’affiche qu’une quinzaine de causes rattachées au tribunal du Bien-Être. M. Massicotte s’est lui-même aperçu de cette lacune auparavant, c’est-à-dire avant de témoigner hier, c’est pourquoi il s’est adressé au greffier de la Cour du Bien-Être pour obtenir les chiffres exacts de ses opérations policières. Comme l’a fait remarquer le commissaire Tobin : « Si l’on s’en tient au rapport OFFICIEL, il n’y a pas de problèmes à Trois-Rivières. » Je savais que j’en avais fait beaucoup plus, de souligner le détective Massicotte. »[244]

                Pour sa part, le lieutenant Jean Champagne de l’escouade des policiers-motards, a lui aussi témoigné à l’effet qu’il avait tenté d’obtenir de meilleurs effectifs, sans résultat. On lui avait répondu que le budget ne le permettait pas. Depuis 1954, il avait suivi plusieurs cours de perfectionnement. Son témoignage a été qualifié de « Courte mais précise déposition », si bien que « les quelques trentes [sic] minutes du témoignage de l’officier Champagne ont valu des heures de déposition à la Commission de Police du Québec. Tout y était clair, précis et dit avec aucune retenue. »[245]

                Finalement, le témoignage du capitaine Wilson Massicotte, en charge du poste de police no. 2, dira qu’il manquait lui aussi d’effectifs, surtout lorsqu’il était question de journées de maladies et de vacances. Durant certaines périodes, il ne disposait que de six hommes alors qu’il aurait dû compter sur seize. « Encore là, il en faut pour l’entretien des voitures à incendie et autres travaux du genre, les choses se compliquent, il n’en reste que deux et … Les deux officiers de service. L’écoutant attentivement, le commissaire Tobin ne semblait pas certain s’il en resterait suffisamment à la fin… Décidément, cela a d’ailleurs été mentionné à plusieurs reprises à l’enquête, le personnel fait défaut. Les différentes autorités policières le répètent sans cesse. »[246]

5 septembre 1969

                En appelant à la barre des témoins le maire René Matteau, la CPQ espérait savoir qui, du directeur Delage ou du gérant Lord, dirigeait vraiment les policiers à Trois-Rivières. « Le premier magistrat s’est empressé de renseigner que la Charte de la cité prévoyait l’autorité du gérant municipal sur le corps de police. Bref, si le conseil veut s’adresser au directeur Delage, on fait appel au gérant. De même, si le chef de police désire formuler une quelconque requête aux conseillers municipaux, c’est encore au gérant qu’il doit d’abord faire part de ses intentions. »[247]

Peut-être davantage que la prostitution, le manque d’effectifs semble avoir retenu une grande partie de l’attention de cette enquête puisque « Les demandes d’augmentation de personnel au sein du corps de police, formulées par le directeur Delage, ont été hier confirmée par le maire Matteau. En 1968, le chef de police avait fait une requête pour obtenir quinze hommes de plus. Six lui furent accordés. […] « Saviez-vous, M. le maire, s’est enquit le commissaire Tobin, que cela ne faisait que combler les vides »? « Je n’étais pas au courant », a laissé choir M. Matteau. Enchaînant, le maire informa qu’à l’étude du budget, il était devenu impérieux d’obtenir le meilleur rendement possible du corps de police, tout en observant la règle : que les dispositions prises coûtent le moins cher possible! »[248]

                À la fin de cette journée, l’enquête de la Commission de police du Québec s’ajourna jusqu’au 17 septembre.

16 septembre 1969

                À la veille de la reprise des audiences, dans le cadre d’un projet visant à fusionner les forces policières de Trois-Rivières, du Cap-de-la-Madeleine et de Trois-Rivières-Ouest, Jules Montour, maire de cette dernière municipalité, a déclaré au journaliste Fernand Gagnon : « Que la ville de Trois-Rivières règle d’abord ses propres affaires de police, qu’elle laisse se terminer l’enquête présentement en cours et nous pourrons ensuite étudier en profondeur les possibilités de la création d’une commission métropolitaine de police en vue de la fusion des effectifs policiers des trois villes-sœurs. »[249]

17 septembre 1969

Figure 23. Le conseiller municipal Aimé Lefrançois, le directeur de la police J.-Amédée Delage, et le gérant de la ville Roger Lord. Durant la majeure partie de la journée du 17 septembre 1969, c’est Lord qui s’est retrouvé dans la boîte des témoins.

La reprise des audiences fut l’occasion pour le gérant de la ville, Roger Lord, de donner sa version des faits quant à la double suspension des détectives Hubert et Dallaire. Lord témoigna une bonne partie de cette journée et dut subir « une tornade de questions autour d’une « correspondance » entre le directeur Delage et le témoin Lord, à l’issue de la première semaine de l’enquête le 18 août. »[250]

Le gérant affirma qu’il n’avait rien à voir avec cette lettre et que Delage l’avait écrite de sa propre initiative. « La narration des péripéties de cet après-midi du 18 août suivit. […] Il était environ midi, le 18 août, quand le gérant  Lord a communiqué par téléphone avec le directeur de police Delage. C’était pour le mettre à l’aise, précise le gérant. À l’aise pour une décision qui devait par la suite faire « un peu » de bruit : les suspensions! À l’appareil, M. Lord s’est informé si son interlocuteur avait entendu assez de déclarations à l’enquête sur la police pour effectuer des suspensions. Dans l’affirmative, il fit part à M. Delage que le règlement municipal No 5 lui permettait de procéder. Mais que c’était là son privilège. Le privilège du directeur pour éviter toute confusion, celle-là du moins. Le commissaire Tobin, qui suivait on ne peut plus attentivement la narration, s’informa à brûle-pourpoint : « Croyez-vous vraiment l’avoir mis à l’aise en lui téléphonant? Ne savait-il pas lui-même la teneur de ce règlement? » Non pas, c’était bel et bien pour mettre M. Delage à l’aise, de répondre le gérant municipal. Le juge Gosselin maintenant voulait des éclaircissements. Cette fois au sujet de deux autres congédiements, définitifs, ceux-là, effectués au sein du corps de police tout récemment[251]. « Avez-vous appelé le directeur dans ces deux cas, pour lui rappeler le règlement municipal? » « Pas cette fois a répondu M. Lord. De toute façon, il était midi lorsqu’il a rejoint le directeur de police pour le mettre à l’aise. Celui-ci lui a répondu qu’il examinerait la question et quelques heures plus tard une lettre était envoyée au gérant municipal, soit vers trois heures et trente. Suite à cette missive, deux membres de la Sûreté étaient suspendus puis … réinstallés! »[252]

À un certain moment du témoignage, Me Gaston Gamache lui aurait demandé « Agissez-vous comme patron de la force constabulaire? »[253] Lord aurait alors répondu qu’il ne faisait que « transmettre les ordres reçus des autorités municipales. « Je n’ai jamais donné de directives, a tranché le témoin. On en arrivait au fameux rapport Ross, préparé par les experts de cette firme en 1965, pour tous les départements de la ville de Trois-Rivières, y compris … celui de la police. […] $40,000 qu’il avait coûté ce rapport Ross. Pour en arriver à des recommandations telles que celle-ci : l’entraînement des policiers faisait défaut. »[254]

Comme l’écrivait Arsenault, les recommandations du rapport Ross n’avaient pas été respectées à une époque qui, pourtant, se voulait réformatrice. La Révolution tranquille n’a pas seulement affecté l’éducation, la nationalisation de l’électricité et la désinstitutionalisation, elle a aussi forcé le milieu policier à se renouveler. Selon Lord, le directeur Delage ne voyait pas d’un bon œil les conclusions de ce rapport Ross. « Pressé de questions par Me Gamache, le gérant municipal a exhibé une liasse de lettres qu’il avait fait parvenir au directeur de police pour l’application des recommandations de la firme Ross. De 1965 à 1967, le témoin a déposé qu’il avait beaucoup insisté pour mettre en branle ce renouveau policier. Par la suite, l’insistance s’est amoindrie : « On ne prévoyait aucun résultat! A conclu M. Lord ». »[255]

Roger Lord avoua cependant qu’il était responsable de l’efficacité des services municipaux, ce qui incluait évidemment la police. Il parla aussi d’un malaise qui s’était installé entre le directeur et son assistant (Roland Poitras), et cela depuis 1968. Les deux hommes concernés ont ensuite tout nié.

                Cette journée fut marquée par un autre rebondissement, celui créé par le témoin Roger Dion, qui avait affirmé en début d’enquête avoir été témoin qu’un détective avait touché un pot-de-vin. D’ailleurs, on se souviendra que c’est en partie sur cette déclaration que s’était basé le directeur Delage pour suspendre Dallaire et Hubert. Or, Dion revenait dans la boîte des témoins pour déclarer que « Aujourd’hui non, je ne peux pas le jurer! »[256] Voilà un autre témoin qui revenait sur sa parole. « Pour la X…e fois : « L’avez-vous vu remettre l’argent? » Finalement, très catégorique et accusant des signes de « chaleur », on entendit le témoin s’écrier : « Non … Je ne peux le jurer! » À la première séance de l’enquête, il avait vu, de ses yeux vu, tel que rapporté dans les notes sténographiques. »[257]

                Selon le procès-verbal, c’est après avoir entendu le secrétaire André Gingras et Roger Lord que le juge Roger Gosselin a ordonné aux détectives Louis-Georges Dupont, Fernand Gendron, Clément Massicotte et Fernand Thibeault de retourner à leur travail habituel puisque les enquêtes de routine s’accumulaient. On leur signala qu’on ferait appel à eux au cours de la soirée par le billet d’un message transmis par Me Gamache. Pendant ce temps, Hubert, Dallaire, Buckley et le capitaine Gagnon devaient demeurer dans le prétoire.

                Jacqueline Brunelle, née Jacqueline Gagnon et épouse de Gérard Rivard, qui a témoigné lors de la commission en 1996, passa plutôt inaperçu dans les journaux.

                Ensuite, la commission s’est ajournée de 18h00 à 20h45. C’est à cette heure-là qu’on a commencé à entendre les détectives qui n’avaient pas encore témoigné. Le premier fut Fernand Gendron, 45 ans, suivi du capitaine Georges Gagnon. C’est pendant le témoignage de celui-ci qu’on donna l’ordre « aux détectives Dupont et Massicotte d’évacuer la salle ». Ensuite, on rappela Hubert, qui fut suivi de Clément Massicotte, 46 ans. C’est seulement ensuite qu’on a entendu le témoin no. 42, Louis-Georges Dupont. Et, faut-il le mentionner, ce dernier témoignage s’est effectué sans huis clos.  On ne s’attendait donc pas à de grandes révélations.

                Les journaux ne firent aucune mention des témoignages entendus ce soir-là. Même dans La Presse, couvert par Jean-Paul Charbonneau, ne fit aucune allusion aux témoignages des détectives entendus en soirée. Cette dernière source, cependant, mentionne que Delage et Poitras avaient tout nié quant au malaise qui aurait existé entre eux, d’après les allégations du gérant Lord. Et Charbonneau d’ajouter à propos de Lord que celui-ci « a fait sourire à quelques reprises les personnes présentes dans la salle d’audience. Car, il avait le don de « patiner » au lieu de répondre aux questions posées par les membres du tribunal d’enquête. »[258]

                Après avoir abordé à son tour la volte-face de Roger Dion et l’allusion au rapport Ross, il conclut son billet par le fait que « deux dirigeants de la Fédération des policiers du Québec étaient présents à l’audience, hier, à titre d’observateurs. Il s’agit de MM. Guy Marcil et Jacques Ruel, respectivement président et directeur de la Fraternité des policiers de Montréal. »[259]

Si on calcule le nombre de témoins qui ont comparu entre 20h45 et 22h20 dans la soirée du 17 septembre, on en arrive à une moyenne de 19 minutes de présence pour chacun d’eux à la barre.

                À l’intérieur d’un autre article publié le même jour, Gaston Vallières aurait-il fait volte-face à son tour en déclarant que « ce qui presse pour le moment, c’est de redorer le blason de Trois-Rivières, de refaire sa bonne renommée et celle de son corps de police par la nomination d’un directeur compétent, à la poigne solide, qui pourra rétablir l’ordre partout où le désordre existe aujourd’hui. Telle est l’opinion qu’ont exprimée tour à tour les conseillers Fernand Goneau et Gaston Vallières en réponse au conseiller Benoît Giguère qui cherchait tout simplement à sonder les intentions des membres du conseil sur l’idée qu’il avait lancée dans le public de créer une commission métropolitaine de police en vue de la fusion des effectifs policiers des trois villes-sœurs : Trois-Rivières, Trois-Rivières Ouest et le Cap-de-la-Madeleine. »[260]

                Giguère avait aussi lancé l’idée que le prochain directeur de la police proviendrait de l’extérieur.

                Dans un autre article concernant les propos de Vallières, on lit que « Le conseiller Gaston Vallières se propose de passer « au peigne fin » tous les comptes qui seront soumis à l’approbation du conseil de ville et non seulement ceux de la Commission de l’Exposition. Faisant suite à un article publié dans Le Nouvelliste à l’effet qu’il scruterait attentivement les comptes de la dernière Exposition régionale, M. Vallières a voulu élargir son champ d’action et il a affirmé ses intentions d’être vigilant à ce sujet à tous les niveaux de l’administration municipale. »[261] Selon lui, plusieurs comptes avaient été payés sans la présence de pièces justificatives. « Le maire René Matteau a déclaré qu’il était du devoir de chaque conseiller de vérifier tous les comptes avant de les accepter. « Je ne blâme pas M. Vallières de faire de telles recherches », a-t-il ajouté. »[262]

18 septembre 1969

                Ce jour-là, la CPQ entendit le témoignage de Laurette Bisson, épouse d’Arthur Trépanier. Lors de leur mariage, célébré le 26 août 1943, Trépanier résidait à Malartic. Il était âgé de 36 ans alors que Laurette en avait seulement 17. Celle qui, selon la levée du scellé sur la deuxième partie du rapport de la CPQ, en 1996, fut la maîtresse de Jean-Marie Hubert, s’est éteinte le 17 février 2008. Selon sa notice nécrologique, qui n’est accompagnée d’aucune photo, elle utilisait encore le nom de son mari. Elle avait 82 ans.

                Jean-Paul Arsenault résuma cette journée en abordant la volte-face du jeune Denis Blais : « Des dépositions font l’effet d’une bombe en Cour. Des dépositions qui nécessiteront une autre enquête pour déterminer si oui ou non il y a eu parjure en cette avant-dernière journée des débats. »[263]

Après avoir dit sous serment avoir remis 200$ à Hubert pour que ce dernier puisse régler ses problèmes à la Cour du Bien-Être, un portier de cabaret est venu dire devant la CPQ avoir reçu 400$ de Blais. Et Arsenault d’ajouter que « l’argent fut remis, non pas au détective Hubert, comme l’avait juré précédemment Blais, mais à un des membres du trio de « conseillers ». »[264]

                C’est donc devant cette découverte que « En riant, Blais a été ramené en Cour hier soir pour jurer cette fois que sa première déposition était complètement fausse. Ce n’était pas Hubert, mais bien le portier de club et ses copains qui avaient reçu l’argent. « Tout était faux, a déclaré Blais à son apparition devant le tribunal de la Commission de police. Blais avait encore le sourire aux lèvres en désavouant complètement son premier témoignage. Le juge Gosselin et le commissaire Tobin eux, avaient autre chose … aux lèvres : « J’ordonne, a tranché le magistrat, que le procureur de la Commission fasse enquête sur la possibilité de parjures, dans cette éventualité le tout sera soumis à l’avocat de la Couronne locale et des plaintes d’extorsion seront portées! ». »[265]

                Évidemment, comme le prévoit la justice, Hubert a eu son droit de réplique. « « Il n’en a jamais été question » ont affirmé à l’enquête sur la police, les détectives Gorges [sic] Gagnon et Jean-Marie Hubert, au sujet de certaines méthodes de traiter la prostitution par nos limiers de la Sûreté trifluvienne. On se souvient sans doute que deux membres de la Moralité de Montréal ont admis devant la Commission de Police avoir reçu des précisions lors d’une visite au bureau du capitaine Gagnon en décembre 1967. Les deux policiers de la Métropole avaient rapporté aux enquêteurs de la Commission, qu’on leur avait fourni le nombre de prostituées à Trois-Rivières, le rouage du fameux système de cautionnement « éclair » relativement aux arrestations des filles de joie trifluviennes et d’une importance capitale, le fait que celles-ci étaient dirigées vers notre escouade de Moralité par des employés d’hôtel du centre-ville. Du moins, celles qui étaient toutes « fraîches » arrivées en nos murs. Il n’est rien de tel, ont témoigné tour à tour MM. Gagnon et Hubert. « Jamais de telles conversations ont eu lieu devant nous lors de la visite des agents montréalais ». Catégoriques, les deux détectives trifluviens ont toutefois admis qu’il avait certes été question de prostitution au cours de cet entretien. Pouvait-il en être autrement? La Moralité visitait en somme la Moralité, le sujet devenait tout indiqué… On parlait métier quoi! Mais des données précises comme celles mentionnées par les visiteurs, JAMAIS! Ont maintes fois répété les témoins de la Sûreté de Trois-Rivières. De dire le lieutenant Hubert : « Je leur ai surtout fait remarquer que toutes proportions gardées, Trois-Rivières était moins affectée par ce fléau que Montréal. »[266]

                Les témoignages contradictoires ne s’arrêtaient pas là, comme l’a noté Arsenault, car le témoignage d’un gérant d’hôtel est venu « jurer que jamais, à sa connaissance, des filles avaient été dirigées vers les préposées à la Moralité de Trois-Rivières. Que jamais, lui-même n’avait donné aucun ordre quel qu’il fut, concernant la façon d’opérer qu’adoptaient les prostituées. Tout ceci, en contradiction flagrante avec des dépositions antérieures soumises à la Commission de police, principalement par des filles publiques de Trois-Rivières. »[267]

                Il fut également question qu’un « garçon de table » est aussi venu dire sous serment que « Jamais une prostituée n’a reçu le conseil de se présenter à la Moralité et je n’ai moi-même jamais reçu d’instructions à ce sujet! »[268]

                Quant au témoignage de Gaston Laliberté, secrétaire de l’Association des Policiers, il est apparu à la barre des témoins afin de rétablir les faits entourant sa prise de bec avec le conseiller Vallières. « « Voici ce que je lui ai dit, est venu déposer le policier. C’était à l’issue d’une rencontre pour discuter la convention collective. Tout avait été dit… sauf! « Je voudrais bien vous voir travailler à la Moralité avec les conditions offertes à nos gars. C’était M. Laliberté qui s’adressait au conseiller Vallières. Mais telle n’était pas la déposition de M. Vallières lorsqu’il est apparu devant la Commission de Police. « Il m’a dit que je ferais un bon détective pour la prostitution… Il m’a provoqué avait souligné l’échevin au juge Gosselin. Il y avait donc eu altercation verbale, cela ne fait pas de doute. Quant à la provocation, c’est autre chose. MM. Vallières et Laliberté ne rapportent pas les mêmes propos. »[269]

                C’est aussi Le Nouvelliste qui nous apprend qu’au matin du 18 septembre les détectives Fernand Gendron et Clément Massicotte étaient occupés par l’arrestation d’un jeune homme impliqué dans une affaire de vol.[270]

19 septembre 1969

                Le 19 septembre marqua la toute dernière journée de l’enquête de la CPQ à Trois-Rivières. Comme l’écrira Arsenault, tous les conseillers municipaux avaient été invités à venir témoigner mais le seul à l’avoir fait fut Vallières.

                Ce qui soulève l’étonnement, c’est qu’avant même d’avoir pris du recul, « le juge Roger Gosselin a fait part de la toute première recommandation résultant de l’enquête. « Nous savons, a formulé le magistrat, que le conseil de ville de Trois-Rivières est sur le point de choisir un remplaçant au directeur de police, M. J-Amédée Delage qui prend sa retraite. Notre recommandation est celle d’abord [de] consulter la commission sur le sujet! » Voilà qu’après 150 témoignages, 86 heures en Cour matin, midi et souvent dans la soirée jusqu’à onze heures et quinze à une occasion entre autres, la commission de Police attaque la deuxième partie de l’enquête… Les recommandations. « Nous sommes en mesure de formuler immédiatement ce qui suit, a dit le juge Gosselin avant de rendre publique la première, que lui et le commissaire Gérard Tobin ont élaborée. »[271]

On prévoyait que le sténographe officielle Luc Lemay aurait besoin de cinq à six semaines pour compléter les documents nécessaires.

Épilogue

                En juin 1970, « Jean-Claude (Plume) Laplante et Norman Burns sont maintenant libérés d’une accusation d’extorsion pour un montant de $400. L’enquête préliminaire s’est déroulée pendant trois heures au palais de justice de Trois-Rivières, trois heures pendant lesquelles Me Pierre Houde de la Couronne a questionné le jeune Denis Blais, 20 ans, la « victime » de cette fraude. Cette extorsion qu’on reprochait au duo Laplante-Burns remonte au 15 décembre 1968 et on l’a longuement commentée lors de l’enquête sur la police de Trois-Rivières à la fin de l’été dernier : Denis Blais avait en effet d’abord impliqué un détective trifluvien dans cette affaire pour se raviser par la suite devant la Commission de police du Québec. »[272]

Figure 24. Descente policière réalisée en 1973 dans deux établissements de Trois-Rivières, dont le Manoir Laviolette.

                Comme on le sait, le 18 septembre 1969, Blais avait changé sa version pour impliquer Burns et Laplante plutôt que le détective Hubert. La crédibilité de Blais parut très chancelante. Durant cette enquête préliminaire, qui s’est déroulée devant le juge Léon Girard, Blais déclara : « Je ne me souviens pas avoir dit que j’avais donné les $400 à Plume… Je me suis trompé de gars et c’est à René Mantha que j’ai remis l’argent! Or, justement, ce René Mantha n’était pas présent en cour et demeure introuvable malgré les recherches entreprises par la police depuis des semaines. L’argent donc a été remis selon les versions du témoin Blais, à un détective trifluvien le 13 août, à Laplante le 18 septembre, et à René Mantha hier. « Où est la vérité dans tout ça? » s’est informé le juge Girard perplexe. « Je n’ai pas bonne mémoire, ce n’est pas de ma faute », lui a répliqué le témoin de vingt ans visiblement « en chaleur ». »[273]

                Me Houde a demandé à ce que le témoin soit déclaré hostile. Un autre délai fut demandé pour tenter de retrouver Mantha, mais le juge déclara que Laplante et Burns étaient libérés des accusations. Que doit-on déduire de cette situation? Que Blais n’était pas un témoin crédible et que ses allégations contre Jean-Marie Hubert étaient de la pure invention?

En février 1973, une enquête conjointe de la Sûreté du Québec et de la Commission de contrôle des permis d’alcool et de l’escouade de la Moralité de Trois-Rivières, ont forcé la fermeture de l’Hôtel Trois-Rivières et du Manoir Laviolette. De plus, Le Cabarin Inc. allait devoir se conformer aux normes fixées par le ministre du Travail avant de pouvoir rouvrir ses portes.[274] Dans un second article paru dans le même numéro du quotidien de Trois-Rivières, on apprenait que le jugement ayant permis cette razzia avait été rendu par le juge Jacques Trahan. Son document stipulait que le Manoir Laviolette louait des chambres pour de la prostitution. De plus, « les bouteilles de « fort » y étaient baptisées à l’eau avant d’être servies à la clientèle. Lors d’un raid effectué avant l’audition de la Commission à la mi-janvier, des experts avaient témoigné que sur 40 bouteilles saisies en l’occurrence, 35 avaient reçu le « baptême » comme le démontraient des expertises faites dans la métropole. – La clientèle est exploitée d’une manière flagrante, de souligner le juge Trahan et la loi est justement là pour protéger le public. »[275]

Réflexions :

                Si cette reconstitution des audiences de la CPQ nous permet, encore une fois, de mieux contextualiser l’affaire, l’un des points les plus importants concerne le témoignage de ce mystérieux policier montréalais rendu le 15 août 1969. En effet, si ce policier connaissait aussi bien les rouages de la prostitution trifluvienne, et cela depuis décembre 1967, deux questions nous viennent naturellement à l’esprit. D’abord, si le phénomène était aussi grave que l’ont prétendus certains, pourquoi n’a-t-il pas parlé plus tôt? Ensuite, on imagine mal que Dupont ait pu être à l’origine d’un témoignage plus dévastateur que celui-là. D’ailleurs, Jean-Paul Arsenault avait écrit à l’époque que la déposition de ce mystérieux policier avait « littéralement électrisé l’assistance […]. »[276]

                S’il y eut un témoignage dévastateur contre les détectives de Trois-Rivières ce fut bien celui-là, et non pas celui de Dupont, dont la teneur n’a jamais été prouvée par quoi que ce soit.  

Il apparaît nécessaire, par la reconstitution des audiences de la CPQ de 1969, de nuancer l’image qu’on retient de cette époque. Certes, on ne peut juger honnêtement le passé avec nos yeux d’aujourd’hui, d’autant plus que les transcriptions sténographiques de cette enquête ont été détruites, mais on pourrait certainement revoir à la baisse certaines exagérations qui se colportent encore de nos jours quant à la réputation non seulement de la ville mais de certains individus.

                En effet, la prostitution était-elle aussi répandue qu’on a parfois voulu le faire croire, d’autant plus que la partie 2 du rapport a permis d’identifier 43 prostituées, alors que de rares articles de journaux avaient laissé entendre un nombre pouvant aller jusqu’à 300?

                Jean-Marie Hubert était-il véritablement un policier corrompu? Des témoins ont fait de graves allégations à son endroit avant de revenir sur leurs paroles, au point de se parjurer. Au bout du compte, Hubert n’a jamais été accusé au criminel en lien avec des choses qu’on lui avait reproché en 1969 ou avant. Au bout du compte, on ne peut rien lui attribuer qui puisse entacher ses qualités de détective. La seule chose que lui reproche la partie 2 du rapport de la CPQ c’est d’avoir eu le béguin pour une prostituée et avoir vécu une relation ouverte devant sa femme. Évidemment, sur le plan social, cette situation n’était pas vue de la même façon qu’en ce moment.

                Justement, concernant la double suspension de Dallaire et Hubert, qui a fait la manchette le 18 août 1969, d’autres questions demeurent sans réponse. Pourquoi avait-on agit aussi promptement alors que l’enquête de la CPQ commençait à peine? Sentait-on l’urgence de redorer rapidement le blason du corps policier? Le blâme doit-il être attribué uniquement au directeur Delage parce qu’il n’a pas su gérer une situation de crise? Était-ce vraiment sa décision?

                Parmi les autres nuances que nous permet de dresser cette reconstitution, retenons celle où, comme le mentionne le rapport de la Commissaire Lacerte-Lamontagne, il est plutôt invraisemblable, voire impossible, que Dupont ait pu témoigner contre ses collègues. On a vu que les journalistes se sont extasiés devant des témoignages qui, en acceptant la prétention selon laquelle Dupont aurait témoigné contre ses collègues, auraient été considérés de moindre importance. Par exemple, lors du témoignage du mystérieux policier montréalais, le 15 août, on parlait d’une déposition qui a « littéralement électrisé l’assistance »[277]; on parla aussi de débats « orageux »[278]; lorsque Dallaire avait fait allusion à la présence de 200 à 300 prostituées, Arsenault avait écrit sur « l’impact d’une telle affirmation »[279]; le 3 septembre, on qualifia de « déposition foudroyante »[280] les paroles de Hubert, soulignant plus loin « la stupéfaction qui électrisa ceux qui étaient présents en Cour ».

                Devant l’emploi de tous ces qualificatifs, il nous apparaît évident que si Dupont avait livré un témoignage choc permettant d’accuser ses collègues celui-ci ne serait pas passé inaperçu. Au contraire, on a vu que des témoignages plus incriminant livré à l’endroit de Hubert et Dallaire n’ont suscité aucun intérêt pour une quelconque théorie impliquant un meurtre. En dépit de cette enquête controversée, personne n’a été assassiné.

                Un problème apparemment plus criant se situait au niveau de la Cour municipale, qui allait jusqu’à falsifier des actes d’accusation afin de pouvoir mieux garnir ses coffres. Au final, peut-être qu’une partie du témoignage livré par Denis Leclerc en 1996 faisait du sens, lorsqu’il avait servi cette avertissement selon lequel le problème se situait davantage au-delà de la police.

                En fait, le contexte de l’époque aurait plutôt contribué à ajouter du stress sur les épaules de Dupont, qui se trouvait alors déjà sous médication. D’ailleurs, y aurait-il un autre moyen d’interpréter sa crainte de témoigner devant la CPQ? Pourquoi aurait-il eu peur? Craignait-il qu’on révèle son comportement envers le capitaine Gagnon? Craignait-il un blâme? Autre chose? Après tout, n’était-il pas le meilleur ami d’Hubert?

De plus, on se demande quel impact le témoignage de Dupont aurait pu avoir parce que le mal était déjà fait avec la comparution des trois policiers de Montréal, ainsi que Dion (qui s’est cependant rétracté par la suite). Au cours de la journée du 18 septembre, Gagnon et Hubert ont eu l’occasion de répliquer aux accusations apparues par les témoignages des policiers montréalais. Encore une fois, si Dupont avait témoigné contre ses collègues, il est à penser que les répliques d’Hubert à propos de son ami et collègue n’auraient pas échappées aux journalistes. Complice dans l’amitié, Dupont craignait-il, justement, d’être questionné sur les habitudes de son ami?

Depuis la médiatisation de l’affaire Dupont, à partir de 1993, on a fait grand cas du climat entourant l’enquête de la CPQ. Certes, cette investigation a permis de faire ressortir certaines vieilles habitudes datant d’une époque incertaine, de même que des pratiques douteuses, et des relations inqualifiables avec la Ville, mais il faut également garder à l’esprit plusieurs contradictions. On a assisté aux rétractations de deux témoins, en plus d’une volte-face de la part de la ville concernant la suspension et la réinstallation de Dallaire et Hubert. La ville s’était-elle aperçue, finalement, qu’elle avait jugé trop rapidement les deux hommes? Sinon, pourquoi les avoir définitivement congédiés en janvier 1970?

                Pourquoi tant de spéculations? La CPQ elle-même est-elle à blâmer? Souffrait-elle d’un surplus de zèle qui aurait pu alimenter son désir ardent de « régler le problème de Trois-Rivières »?

                Certes, la présence à Trois-Rivières de la CPQ ne doit pas être interprétée comme une « preuve » d’une situation exceptionnelle. Il suffit d’une recherche sommaire dans les journaux pour découvrir que la CPQ avait enquêté dans la municipalité de Pincourt dès mars 1969. En octobre 1969, elle a aussi mis le nez dans les conflits entourant les policiers de Montréal.

Figure 25. Comme en témoigne cette annonce publiée dans La Presse le 28 février 1969, la CPQ a mené d’autres enquêtes dans différentes municipalités du Québec. La Ville de Trois-Rivières n’a donc pas été la seule « méchante » municipalité à une époque qui demandait un besoin d’uniformisation dans le domaine de la sécurité publique.

                Selon la description que BAnQ a fait du fonds d’archives E79 de la Commission de police du Québec, celle-ci se serait intéressée à des municipalités come Saint-Georges-de-Beauce, Montréal, Ste-Foy, Chapais, Beloeil, Baie-Comeau, Hull, Rouyn, Longueuil, Château-Richer, Lachute, et Maniwaki. C’est sans compter tous les contenants qui présentent encore des restrictions de consultation pour encore quelques décennies.

                On apprend également que la Ville de Trois-Rivières-Ouest avait fait une demande d’enquête auprès de la CPQ en 1971.[281]

Épilogue

            Il a été précisé en avant-propos que cette étude portait essentiellement sur les transcriptions sténographiques, c’est-à-dire les enquêtes tenues en 1995 et 1996, mais il est tout de même intéressant d’effectuer un bref survol de certains faits survenus entre cette époque et la nôtre.

En 1997, quelques mois après la Commission, les frères Jacques et Robert Dupont firent à nouveau la manchette, cette fois dans un bulletin de nouvelles local. En s’appuyant sur les photos des radiographies, ils continuaient d’interpréter une science qui relevait plutôt de l’avis d’experts. En fait, ils s’appuyaient sur la théorie du Dr Roh à propos du sterno-foramien. Encore une fois, ils présentèrent leur théorie selon laquelle le Dr Baden aurait trafiqué le sternum en y pratiquant lui-même un trou.[282]

En 2003, Jean-Pierre Corbin, qui se présenta comme un ancien barman de Trois-Rivières, accorda une entrevue à l’animateur Robert Pilote dans le cadre de l’émission radiophonique Omnibus. L’homme, qui avait silencieusement assisté à la majorité des audiences de la Commission d’enquête publique de 1996, promettait des révélations choques qui ne vinrent cependant jamais. Bien qu’il se refusait de les nommer, on se doutait bien que ses soupçons visaient les anciens policiers Jean-Marie Hubert et Paul Dallaire[283]. Cette prudence était bien futile puisque les deux hommes étaient décédés. Dallaire s’était éteint en 1986 et Hubert en 1998[284].

Jeudi, 22 avril 2010 – l’Assemblée nationale

            Le jeudi 22 avril 2010, la députée péquiste Noëlla Champagne, alors dans l’Opposition, prit la parole en ces termes devant l’Assemblée nationale :

  • Monsieur le Président, pour Robert et Jacques Dupont, c’est l’évidence même, leur père, l’ex-sergent-détective Louis-Georges Dupont, a bel et bien été assassiné en 1969, malgré toutes les conclusions au suicide auxquelles on a pu en arriver à l’époque et même à l’issue de la grande enquête publique tenue en 1996 sur les circonstances nébuleuses de cette mort. Voilà 40 ans que la famille refuse la thèse du suicide et se bat pour que la vérité éclate enfin. À la demande des fils de M. Dupont, je vais remettre, à l’instant même, à la ministre de la Justice et au ministre de la Sécurité publique des documents importants qui méritent un regard nouveau sur cette triste histoire. Monsieur le président, est-ce que les ministres de la Justice et de la Sécurité publique s’engagent à revoir tous les éléments de preuve entourant cette affaire et est-ce qu’ils s’engagent également à rencontrer les frères Robert et Jacques Dupont, qui sont présents dans les tribunes ce matin?
  •  Je comprends parfaitement, je comprends parfaitement, M. le président, répondit le ministre de la Sécurité publique Jacques P. Dupuis, les préoccupations, je dirais même, la détresse, à certains moments donnés, de la famille Dupont. Je n’ai aucune espèce d’objection à rencontrer ces gens-là, bien sûr. Je veux les assurer que les données qui ont été fournies par la famille… C’est un dossier évidemment qui date d’il y a plusieurs années. Il s’agit de ce genre de dossiers où peut-être, avec l’écoulement du temps, certaines nouvelles informations parviennent aux autorités policières. Je veux rassurer la famille Dupont et tous les gens qui seraient dans la même situation d’ailleurs. Lorsque, dans des dossiers qui datent d’aussi longtemps, il parvient aux policiers de nouvelles informations et … les policiers prennent ces affaires-là très au sérieux. On a vu, dans des temps récents, des enquêtes très longues aboutir en raison de nouvelles informations, et donc elles seront prises au sérieux, je les rassure. La Sûreté municipale de Trois-Rivières d’ailleurs est déjà au fait de ces informations-là. Et, je peux rassurer ces gens-là, chaque fois qu’il y a un soupçon… qu’un crime aurait pu être commis… J’emploie le conditionnel à escient, parce qu’il y a eu une première conclusion.[285]

Le président de l’Assemblée le coupa puisque son temps était écoulé.

Jeudi, 24 février 2011 – L’Assemblée  nationale

            Selon le journal des débats de l’Assemblée nationale, voici l’échange qu’eut Noëlla Champagne avec le nouveau ministre de la Sécurité publique, Robert Dutil :

  • Monsieur le Président, le 22 avril 2010, j’invitais le ministre de la Sécurité publique, Jacques Dupuis à l’époque, à revoir les éléments de la preuve entourant le décès du sergent-détective Louis-Georges Dupont, mort il y a 40 ans dans des circonstances nébuleuses. La famille refuse toujours la thèse du suicide[286] et se bat pour que la vérité éclate enfin. Près d’un an plus tard, que s’est-il passé? Rien ou à peu près rien, M. le Président. Jacques Dupuis disait en cette Chambre : « Je comprends […] les préoccupations, je dirais même, la détresse […] de la famille Dupont. […] On a vu […] des enquêtes très longues aboutir en raison de nouvelles informations, [et s’il y a des nouvelles informations,] elles seront prises au sérieux, je les assure. » Monsieur le Président, loin d’être rassurée, la famille Dupont est sans nouvelle et s’inquiète du sérieux de la démarche. Si je vous en parle aujourd’hui, c’est que l’affaire Dupont va se retrouver ce soir à une émission Enquête, à Radio-Canada. On va remuer encore l’histoire. Alors, qu’entend faire le ministre de la Sécurité publique pour prendre enfin cette affaire au sérieux?
  • Alors, monsieur le Président, répondit le ministre de la Sécurité publique Robert Dutil, effectivement, la députée a rencontré l’année dernière le ministre de la Sécurité publique d’alors, M. Jacques Dupuis, et ils se sont entretenus de cette question-là. Et M. Dupuis avait mentionné à ce moment-là qu’il ferait des efforts pour qu’une enquête soit réouverte [sic], et c’est ce qui a été fait, M. le Président. Actuellement, la Sûreté du Québec enquête sur le sujet. Elle ne veut pas faire de commentaire, à juste titre, tant et aussi longtemps que son enquête ne sera pas terminée. Nous comprenons la position de la famille, qui veut réhabiliter la mémoire de leur père. Nous le comprenons parfaitement. Nous sympathisons avec la famille dans ce dossier-là. Encore faut-il que l’enquête se fasse. Et, suite à la demande du ministre de l’année dernière, du ministre M. Dupuis, effectivement une enquête se poursuit à ce sujet-là.[287]

Il semble que les mots aient été mal choisis par la députée Champagne, puisque la famille ne cherchait plus à être « rassurée » mais à avoir absolument raison alors que la preuve déposée en 1996 avait détruit leur théorie. Et jusqu’à quel point son intervention à l’Assemblée nationale coïncidait avec la diffusion du reportage de Radio-Canada, qui allait avoir lieu le soir même?

Cette intervention à l’Assemblée nationale ne nous apprend rien, sinon que la famille Dupont était impatiente de connaître les résultats de l’enquête de la SQ. Toutefois, comme le ministre Dutil l’a expliqué, il fallait donner la chance aux enquêteurs de faire leur travail, qui d’ailleurs ne consistait pas à tenir la famille au courant de toutes leurs démarches. Sinon, ce ne serait plus une enquête sérieuse.

24 Février 2011 – Radio-Canada s’en mêle

            Le soir même de l’intervention de Mme Champagne à l’Assemblée nationale, Radio-Canada diffusait, dans le cadre de son émission Enquête, un reportage intitulé Meurtre ou mystère? Comme il a été mentionné plus haut, la présente recherche avait pour but de revoir principalement les transcriptions sténographiques afin de répondre à la question suivante : devant un verdict officiel de suicide, y a-t-il dans la preuve des éléments probants suffisant pour remettre en question ce verdict?

Notre but n’était donc pas d’étudier de manière exhaustive tous les documents produits hors cour sur cette affaire, mais nous croyons nécessaire de souligner au passage que le simple titre de ce reportage ne laissait que deux choix au spectateur : choisir la version du meurtre ou celle du mystère. Pourtant, la version officielle, le suicide, ne se retrouve pas dans ce choix. C’est pourquoi nous croyons que le public devrait se montrer prudent et se demander si un simple titre de la sorte ne comporte pas un biais destiné à entretenir le doute.

Outre cette subtilité, le reportage se basait essentiellement sur les propos de Jean-Pierre Corbin, qui continuait de laisser planer le mystère sur ses sources d’information, tout en présentant une théorie selon laquelle Dupont aurait été assassiné dans un chalet situé à Champlain. Selon lui, les 91,7 km qui demeuraient inexpliqués sur l’odomètre de la voiture de service correspondaient au trajet entre le poste de police no. 1 (2250 rue Royale), jusqu’au mystérieux chalet situé aux limites de Champlain et de Batiscan, avant de finir sur le boulevard Saint-Jean, là où Dupont avait été retrouvé le 10 novembre 1969.

Or, l’existence de ce chalet n’a jamais été prouvée ni la présence sur les lieux de la voiture de service, et cela à quel que moment que ce soit.

             Le même reportage fit une incursion au domicile de l’ancien sergent-détective Clément Massicotte, qui se faisait de plus en plus vieillissant. Avec une caméra cachée, voici comment un journaliste se présenta sur le seuil de sa porte :

  • Je veux savoir, est-ce que c’est vous qui avez trouvé la balle … dans le siège?
  • Non.
  • C’est pas vous?
  • Non.
  • C’est qui, qui l’a trouvée?
  • Je sais pas.

Sur les images, on constate que Massicotte est réticent à répondre dès que le journaliste avance sur lui, de sorte que son premier « non » aurait tout simplement pu être pour lui signaler son désaccord à ce que celui-ci pénètre chez lui. D’ailleurs, Massicotte tend devant lui une main qui semble signifier son refus de parler.

De plus, une aussi brève conversation n’est certainement pas recevable en preuve sans le témoignage sous serment des personnes impliquées. Ce reportage, peu importe la crédibilité qu’on puisse lui accorder, ne représente pas un élément de preuve.

L’enquête que le gouvernement libéral avait acceptée de rouvrir en 2010 se termina le 4 novembre 2011 par une conférence de presse donnée par la Sûreté du Québec. La député du Parti québécois Noëlla Champagne prit position pour les Dupont, mais cela ne changea rien à la conclusion de l’enquête, qui confirmait à nouveau le suicide.

18 avril 2011 – Cour du Québec

Le 18 avril 2011, quelques semaines après la diffusion du reportage à Radio-Canada, un jugement de la Cour du Québec tomba. L’appel des frères Dupont face à une décision du juge Jean Chartier de la Commission de l’accès à l’information était rejeté par le juge Pierre Labbé. À l’origine de cette demande, les Dupont souhaitaient obtenir le back time ou arriérage de salaire qui était apparemment dû à leur père suite à une entente signée le 8 novembre 1969 entre la Ville de Trois-Rivières et ses Policiers et Pompiers (paragraphe 1), la facture de la banquette neuve de la voiture (p. 2), et le constat de décès du Dr Raymond Létourneau (p. 4).

Le jugement de l’honorable Pierre Labbé contient quelques informations intéressantes. Le paragraphe 12 se lit comme suit : « Concernant les documents décrits aux paragraphes 1, 2 et 4 de la lettre du 26 avril 2007 (P-3) des appelants, le commissaire en vient à la conclusion que la preuve révèle que ces documents sont inexistants et qu’ils ont, selon toute vraisemblance, été détruits selon les prescriptions du calendrier de conservation des documents archivés de la Ville de Trois-Rivières. Dans leur inscription en appel, les appelants ne remettent pas en cause la conclusion du commissaire relative à ces documents. »

Donc, cela revient à dire, comme il en sera question dans la conclusion, que les Dupont ont parfois demandé des documents qui n’ont jamais existé ou qui n’existent plus. Que ce soit pour une soi-disant expertise de la banquette ou son remplacement, rien ne prouve que cela ait été fait. En réalité, personne ne sait ce qu’est devenue la voiture à bord de laquelle s’est suicidé Louis-Georges Dupont. Pourtant, les Dupont savaient que rien ne prouvait l’existence de ces documents. Le Dr Raymond Létourneau avait témoigné devant eux en 1996, tout comme l’enquête Yvon Lapointe pour dire qu’il n’y avait jamais eu d’expertise sur la voiture.

Dans cette requête, les Dupont avaient aussi demandé à obtenir les photographies originales de la scène de la découverte. Au paragraphe 15, le juge Labbé souligne : « Quant aux photographies, le commissaire [Jean Chartier] conclut que les photographies et les négatifs sont en possession de l’organisme. Le commissaire Chartier écarte l’argument que la Loi sur la recherche des causes et des circonstances des décès ferait obstacle à la demande, car les conditions prévues aux articles 101 et 180 de cette loi ne sont pas réunies. Selon lui, rien ne démontre que ces documents ont été envoyés au bureau du coroner. Ils sont toujours en possession de l’organisme. » Et au paragraphe suivant (16) il ajoute : « Le commissaire conclut que les photographies et les négatifs sont des documents qui contiennent des renseignements personnels et que les conditions de l’article 88.1 de la Loi doivent être remplies pour que les appelants puissent les obtenir. »

La Loi sur l’accès à l’information confère donc un caractère confidentiel à ces photos, au même titre que des documents nominatifs. Ce sont donc des documents confidentiels protégés par la loi.

De plus, les Dupont avaient émis d’autres allégations, entre autres que le juge Chartier aurait erré. À cela, le juge Labbé répondait : « L’inscription des appelants ne contient aucun détail, ni aucune référence à la preuve faite devant le commissaire Chartier qui soutiendrait leurs allégations. La lecture de la décision du commissaire ne révèle aucun manquement au devoir d’équité procédurale. » De plus, « il se peut que la preuve des appelants devant le commissaire ait été différente s’ils avaient été représentés par avocats. Cependant, ils ont choisi de ne pas être représentés. Cela ne peut constituer en soi un accroc à l’équité procédurale. La lecture de la décision révèle que le commissaire Chartier a écouté les appelants à tour de rôle. Le commissaire n’a pas commis d’excès de compétence, car le dossier ne révèle pas qu’il n’aurait pas respecté les règles de justice naturelle. […] À tout événement, le Tribunal conclut que les appelants n’ont pas démontré d’erreur de droit ou de compétence du commissaire à cet égard. »

Le juge Labbé comprit que le cœur du litige était l’article 88.1 de la Loi, c’est-à-dire que le caractère confidentiel des photos et des négatifs avait sa raison d’être. Le juge écrivit aussi que « les appelants ont affirmé qu’ils voulaient obtenir ces documents afin de les aider à élucider les circonstances de la mort de leur père. Ce but est légitime en soi, mais puisque les appelants ont fait cette demande dans le cadre de la Loi d’accès, il faut que cette demande réponde aux exigences de cette loi ». Bref, il termine par cette phrase : « Considérant les circonstances particulières de cette affaire, l’appel est rejeté sans frais. »

Qu’entendait précisément le juge par ces « circonstances particulières »? A-t-il décidé de ne charger aucun frais aux appelants parce que, encore une fois, on avait, malgré tout, pitié des descendants de Louis-Georges Dupont?

8 novembre 2011

            Dans un article de Paule Vermot-Desroches, on décrivit les réactions des frères Jacques et Robert Dupont qui ont fait une conférence de presse avec la députée Noëlla Champagne du Parti québécois afin de réagir au dernier verdict en lisse, celui de la SQ. Ceux-ci poursuivaient leur campagne de désinformation puisque « Les frères Robert et Jacques Dupont, présents à la conférence de presse, ont pour leur part déploré que de nombreux éléments de contradiction n’aient pas été retenus. Parmi eux, le fait que leur père ne portait pas les mêmes vêtements lorsqu’il a été retrouvé mort que lorsqu’il a quitté la maison le matin de sa disparition, qu’on ait décelé aucune trace de sang dans le véhicule, qu’un scellé de 160 ans ait été mis sur le dossier à l’époque, etc. »[288] Or, ces deux derniers éléments avaient été étudiés devant la Commission de 1996 et on y trouvait maintenant des explications logiques. Le fait qu’il n’y ait aucune trace de sang sur la banquette n’est plus un argument étonnant, tout comme le scellé de 160 ans sur la partie 2 du rapport de la CPQ, qui a d’ailleurs été levé. Les restrictions sur certaines archives n’est d’ailleurs pas un phénomène alarmant mais nécessaire à la protection de certaines informations confidentielles.

            Les « contradictions » semblent être le résultat du fait que les Dupont se refusaient, tout comme en 1996, à accepter les preuves déposées devant eux.

2012

            Dans Le Nouvelliste du 23 janvier 2012, Johanne Dupont écrivit dans la section Opinions, reprenant quelques idées reçues comme le fait que « les conclusions bâclées des commissions et enquêtes » alors que la preuve de cette incompétence n’a pas été faite. En décrivant le souvenir qu’elle gardait de son père elle dit : « Il était un policier exemplaire. Ça en dérangeait plusieurs. On l’a traîné dans la boue, lui faisant même une mauvaise réputation. Papa était un bon époux et un bon père pour ses enfants. Il n’était pas dépressif. Nous avons non seulement perdu notre père, mais notre mère ne s’en est jamais remise. La douleur de ce combat a fini par l’emporter en 2007. […] Nous n’avons même pas encore reçu le constat de décès de mon père. »

            Premièrement, la preuve n’a jamais été faite que la soi-disant exemplarité de Dupont « en dérangeait plusieurs ». À la lecture des transcriptions sténographiques, on ne l’a pas non plus traîné dans la boue, à moins que Johanne fasse référence à la maîtresse de Dupont qui avait témoigné en 1996. Et alors? La présence de cette maîtresse n’a-t-elle pas plutôt servi à démontrer que, après tout, il était un homme comme les autres? Nous ne croyons pas que cette situation enlève quoi que ce soit à la personnalité de Louis-Georges Dupont. Ce qui est sûr, c’est qu’il faut éviter les extrêmes : il n’était pas le pire des policiers, tout comme il n’était pas un superhéros non plus.

            Puis elle revenait sur la fameuse théorie de la deuxième plaie par balle : « Le lieutenant Michel Brunet de la SQ dit dans l’article du Nouvelliste du 5 novembre : « Il n’y a pas de trace d’une seconde balle, le tissu du veston de M. Dupont est intact au niveau de l’épaule. » C’est complètement faux, car le veston noir et l’imperméable étaient troués au haut du dos. Je les ai vus de mes propres yeux. J’en ai parlé à l’enquêteur de la SQ à l’automne 2010, lors de ma déposition. Maman et moi avons témoigné de tout ça à la Commission Céline Lacerte-Lamontagne en 1996. Ainsi que Julien Philibert qui a embaumé mon père. Il a dit qu’il avait recousu un trou dans le haut de son dos, côté épaule gauche. Et Denis Martin, photographe judiciaire de a police de Trois-Rivières, a aussi vu ce trou dans l’imperméable. »

            Or, rappelons que l’imperméable et le veston n’ont jamais été déposés en preuve. Aux dires des Dupont, l’imperméable aurait été jeté aux ordures peu de temps avant la tenue de la Commission Lacerte-Lamontagne. Pas de chance! Ce n’est donc pas une preuve. Alors, comment reprocher à M. Brunet ou aux enquêteurs de revenir à la conclusion initiale?

            En demeurant pragmatique, il faut bien souligner que les témoignages de Julien Philibert et Denis Martin ne vont pas du tout dans le sens d’une deuxième plaie par balle. Nous l’avons vu plus haut, il semble que cette idée relève d’une interprétation erronée de leurs témoignages. D’ailleurs, rappelons que Me Pierre Gagnon n’a posé aucune question à cet effet en 1996. La théorie du second tir serait donc apparue plus tard.

2014

Au printemps 2014, Jean-Pierre Corbin sortit un livre à compte d’auteur dans lequel il promettait, encore une fois, de grandes révélations. Malheureusement, le contenu de son document est tellement décousu qu’il est impossible de l’analyser convenablement. À tout le moins apprend-t-on que son mystérieux informateur était nul autre que Jean-Marie Hubert. Avant même la sortie du livre de Corbin, la SQ annonçait qu’elle ne rouvrirait pas l’enquête.

En juin 2014, Ginette Gagnon, qui avait vu si juste en 1996 en se prononçant avant même le dépôt du rapport de la juge Lacerte-Lamontagne, récidiva par un texte qu’elle intitulait simplement L’enquête inutile. Elle soulignait que « Les fils du policier décédé n’en démordent pas et réclament au nouveau gouvernement québécois la tenue d’une autre enquête, convaincus que tout ce qui s’est fait depuis 45 ans pour élucider la mort de leur père était biaisé. Si on suit le raisonnement des frères Dupont, il faudrait en déduire que la mort de leur père fait l’objet d’un incroyable cover-up à tous les niveaux depuis près d’un demi-siècle. Cette thèse du complot à grande échelle pour étouffer la vérité est impossible à croire. »[289]

Après avoir résumé les principaux événements ayant marqués l’affaire, elle suggérait les questions suivantes : « Peut-on raisonnablement penser que cet expert étranger [Dr Baden] avait un intérêt à biaiser ses conclusions? Que le ministère de la Sécurité publique de l’époque avait intérêt à cacher quelque chose? Que la commissaire Céline Lacerte Lamontagne était de mèche avec les autorités pour produire un rapport qui contredise les prétentions de la famille Dupont? »[290].

Poser ces questions, c’est aussi y répondre.

Quant au contenu du livre de Corbin, elle soulignait que Buckley aurait pu dire n’importe quoi pour se rendre intéressant. De plus, les témoins étaient tous morts, hormis Massicotte. Évidemment, il est facile de « révéler » des choses lorsqu’il ne reste plus personne de vivant pour venir vous contredire.

2015

En octobre 2015, Kathy Reichs, maintenant célèbre par ses romans, était de retour à Trois-Rivières dans le cadre de la promotion entourant son livre Macabre retour. Ce fut l’occasion pour la journaliste qui couvrit l’événement de revenir brièvement sur son passage à Trois-Rivières en 1996 dans le cadre de l’affaire Dupont, qui avait d’ailleurs inspiré son roman Un os à ronger (Bones of The Lost).[291]

Conclusion

            Au sein de tous les documents légaux étudiés, y avait-il suffisamment d’éléments probants pour remettre en question le verdict du suicide?

            Telle était notre question de recherche initiale. Par la suite, au fil des témoignages et des reconstitutions d’événements, d’autres questions sont venues se greffer aux interrogations qu’ suscité ce dossier. Par exemple, en 1996, les journalistes Jean-Marc Beaudoin et Éric Trottier sont venu soulever l’idée que le dossier Dupont pouvait s’apparenter au thème de la théorie du complot.[1]

            Par ailleurs, le verdict confirmé par la juge Lacerte-Lamontagne nous pousse à nous questionner quant au phénomène du suicide en milieu policier. Dans la présente conclusion, nous aborderons ce thème plus en détails d’après quelques études scientifiques.

            Toute enquête nécessite que la totalité des pistes soient envisagées. Cela vaut pour une enquête policière mais aussi pour une recherche documentaire, en particulier lorsqu’il s’agit d’un fait historique. On émet des hypothèses, on réfléchit, on explore des pistes, et on en élimine d’autres. Une telle recherche, toutefois, bien qu’elle permette une progression, ne peut répondre à toutes les questions.

            Dans le cas qui nous occupe, il n’y a pas eu de procès proprement dit, ni le moindre accusé. D’abord, il y a eu une requête en mandamus qui a menée à la tenue d’une commission d’enquête publique. Cette commission a effectué un travail exhaustif en prenant le temps d’entendre 72 témoins. Elle est allée jusqu’à exhumer le corps afin d’obtenir des preuves matérielles. Tout cela dans un souci de crever l’abcès. Et au terme de cette considérable récolte d’éléments, l’analyse de la preuve a conduit la juge Lacerte-Lamontagne à confirmer le verdict de 1969.

            Dans un procès pour meurtre, on présume que l’admissibilité des preuves, en raison de la présence d’un accusé, est généralement plus stricte. Or, la commission d’enquête publique a permis le dépôt d’une grande quantité de documents et de témoignages qui, normalement, n’auraient sans doute pu se rendre jusqu’à l’étape d’un procès criminel. Ainsi, nous croyons que cette commission a permis de rendre public beaucoup plus de détails. Tout le monde a pu exprimer son point de vu sous serment, y compris la famille du policier Dupont.

            Cette transparence a cependant un prix; c’est-à-dire le risque que certains de ces détails soient repris, mal interprétés ou encore utilisés pour entretenir des ragots.

            Et devant un verdict aussi ferme, pourquoi sommes-nous obligés, encore aujourd’hui, de revenir sur cette affaire?

            Comme je l’ai expérimenté dans d’autres dossiers – plus particulièrement avec Aurore Gagnon, Denise Therrien, Blanche Garneau, J.-Albert Guay, et j’en passe – il est possible de voir que les causes judiciaires, en particulier celles qui connaissent une large diffusion dans les médias, sont souvent repris par des romanciers, des dramaturges, et autres éditeurs de contenu. Quoiqu’animés par de bonnes intentions, l’angle qu’ils choisissent pour aborder ces affaires n’est pas conçu pour permettre au public de se forger une opinion aussi éclairée que celui d’un juré, par exemple. En effet, le jury rend un verdict après avoir pris le temps d’écouter toute la preuve légalement admise devant lui, et cela dans un cadre juridique stricte et éprouvé.

            La curation et le journalisme n’ont pas pour but de se baser uniquement sur les archives d’un dossier judiciaire, comme le ferait une révision légale d’une affaire criminelle, par exemple. Pensons un instant à la Commission Brossard qui, dans les années 1960, a réétudié le procès de Wilbert Coffin. Celle-ci ne s’est pas basée sur des rumeurs de corridor, mais plutôt les transcriptions sténographiques du procès entendu en première instance ainsi que sur les témoins encore vivants.

            La Commission Lacerte-Lamontagne n’avait pas de procès à réétudier, mais plutôt une collection d’éléments incluant des documents officiels, des allégations, des objets, etc. Il ne faudrait donc pas se surprendre si une affirmation apparue après 1996 soit considérée, aux yeux de la justice, comme une rumeur de corridor. D’ailleurs, le dernier verdict, celui de la SQ, est allé dans le même sens que le rapport de la juge Lacerte-Lamontagne.

Le suicide chez les policiers

            Lucie Charbonneau est bien consciente que la méthodologie d’une étude sur le sujet peut être affectée parce que « Les données concernant le suicide chez les policiers sont difficiles à obtenir en raison du désir des départements de police de protéger l’image du policier et la fermeture du milieu policier aux chercheurs extérieurs. »[2] Si des études basées sur des données américaines démontrent que le taux de suicide serait plus élevé au sein des corps policiers que celui de la population en général, elle en arrive plutôt au constat que « Nos résultats démontrent qu’entre 1986 et 1992 au Québec, il n’y a pas de raison de croire que les policiers se suicident plus souvent qu’une population équivalente au niveau de l’âge et du sexe : ils ne permettent cependant pas de déterminer si le métier de policier comporte ou non plus de risque de passage à l’acte que d’autres métiers. Il ne faudrait donc pas minimiser le phénomène du suicide dans les forces de l’ordre au Québec, d’autant plus que le nombre de suicides dépasse le nombre de morts en mission. »[3]

            Comme l’a souligné Jason Levinstein, « Si un policier pense à s’enlever la vie, pour une raison que personne ne connaîtra peut-être jamais, il a facilement le moyen de le faire. Mais si quelqu’un veut s’enlever la vie, il finit toujours par trouver le moyen de le faire. Être policier rend seulement la chose plus facile. »[4]

Dans son autobiographie, Jean-Marc Bloch, un policier français de carrière qui se démarque par son franc-parler, a livré un témoignage qui va dans le même sens : « On déplore en France presque un suicide de policier par semaine, et ces drames sont souvent dus à l’accumulation de trois facteurs : des problèmes professionnels (dans un des métiers les plus stressants qui soient) auxquels s’ajoutent des galères personnelles (comme dans tous les couples) mais aussi, exclusivité policière, la présence permanente d’une arme à feu. Là où beaucoup de gens déprimés tentent de se suicider, les flics ont les moyens de réussir à coup sûr, en passant à l’acte sans se laisser le temps d’hésiter. »[5]

Une autre étude, publiée celle-là dans le FBI Law Enforcement Bulletin, dit sensiblement la même chose : « mots law enforcement officiers carry or have access to firearms. An ongoing study of police suicides in the United States reveals that 95 percent involved the use of the officer’s service weapon. »[6] Non seulement l’arme de service est présente dans 95% des suicides de policiers, mais Violanti ajoute que « The Police firearm holds special significance for officers. It is a very potent symbol of the power of life and death. »[7] Chez le policier, l’arme de service représente un symbole important et ce n’est donc pas une surprise qu’elle se retrouve au cœur du geste ultime.

            Jusqu’à maintenant, les études se font rares en ce qui concerne les policiers québécois.[8] D’autre part, l’étude de Charbonneau permet de rejoindre un autre aspect présent dans l’affaire Dupont. En effet, elle précise que « Les départements de police pourraient être poussés à camoufler les suicides de leurs membres à cause des réactions négatives que ce phénomène suscite dans le contexte culturel nord-américain et de l’image publique qu’ils veulent protéger (Loo, 1984). Vena et al. (1986) expliquent que les données sur les causes de mortalité se basent souvent sur le rapport de police produit par le corps policier local. Le fait que ce rapport soit rédigé par un collègue du policier suicidé pourrait en influencer le contenu. »[9]

            Bien sûr, elle ne parle ni de corruption ni de dissimulation de crime, mais laisse entendre qu’il semblait être une pratique courante que l’enquête d’un policier qui s’enlève la vie soit conduite par un collègue. Faudrait-il en déduire que dans le fait que Jean-Marie Hubert a mené l’enquête sur la mort de Dupont il n’y a pas lieu d’y voir un comportement policier inadéquat?

            De plus, elle ajoute que « les circonstances entourant certains suicides permettraient de les camoufler en accidents (Loo, 1986; Vena et al., 1986). Par exemple, des incidents comme une chute d’un endroit élevé ou une blessure par balle chez quelqu’un qui manipule quotidiennement une arme à feu peuvent être interprétés comme un accident quand aucune note d’adieu n’est retrouvée. »[10] Ceci nous reporte au 8 novembre 1969, date à laquelle les médias écrits annonçaient la disparition de Dupont. Puisque sa disparition avait été médiatisée, il était devenu impossible de passer sous silence les conditions de sa mort. Ainsi, son suicide a également été médiatisé quelques jours plus tard, contrairement à la plupart des autres policiers suicidés. Est-ce que cela pourrait expliquer pourquoi le coroner Marcel Chartier aurait tenté de minimiser les conséquences de ce drame?

            Dans un article paru en 1997, on notait que le suicide avait augmenté de 10% au Québec en 1995 par rapport à 1994. « En 1995, 1 442 personnes sont décédées, ce qui équivaut à 4 suicides par jour. Une hausse attribuable non pas aux jeunes, mais aux baby-boomers de 30 à 54 ans. »[11] On y apprenait que les hommes choisissent de s’enlever la vie quatre fois plus que les femmes. Cette constatation découlait du bilan dressé par le coroner Pierre Morin sur une période allant de 1990 à 1995. Selon le Dr Christine Colin « Le suicide n’est pas un acte de courage ni de bravoure. Les gens qui se suicident sont la plupart du temps dépressifs. Certains vont jusqu’à dire que de 60 à 90% des personnes qui se suicident souffrent d’une maladie mentale. »[12]

            Dans son rapport, la juge Céline Lacerte-Lamontagne présente une reconstitution chronologique des faits qui débute en avril 1968 avec la signature du contrat notarié qui liait Dupont et Gendron dans l’achat de la propriété de la rue McDougall. Tout de suite après, elle poursuivait avec sa consultation auprès du Dr Roger Caron en décembre 1968 « pour tension nerveuse, anxiété et période d’angoisse. »[13] Or, la reconstitution par la revue de presse nous a montré que le problème de la prostitution semble avoir éclaté publiquement en décembre 1968 suite à un article publié dans un journal montréalais. Nous savons également que Dupont était fier de son poste et donc sensible à l’image que dégageait la police. Ainsi, est-il acceptable de voir dans cette médiatisation un agent stresseur qui aurait tout déclenché chez lui, au point de le pousser à consulter le médecin?

            Le tableau suivant remet dans un ordre chronologique les faits soulevés par le rapport de la juge Lacerte-Lamontagne et ceux dénichés dans la revue de presse. Les initiales RVP apparaissent pour souligner les faits puisés dans la revue de presse. Les autres proviennent du rapport de Céline Lacerte-Lamontagne :

Tableau 1. Emploi du temps et agents stresseurs accumulés avant le suicide de Louis-Georges Dupont. Les éléments émanant de la preuve par ouï-dire apparaissent en surligneur jaune.

DateÉvénements
Avril 1968Signature du contrat notarié pour l’achat avec Jacques Gendron, de la propriété de la rue McDougall.
Novembre 1968Médiatisation du sujet de la prostitution à Trois-Rivières. (RVP)
Décembre 1968Consultation auprès du Dr Roger Caron pour tension nerveuse, anxiété et période d’angoisse.
Janvier 1969Certificat médical du Dr Caron
13-15 janvier 1969Selon le registre des absences des employés de la Ville de Trois-Rivières, Dupont est en congé de « maladie ».
Mars 1969Conflit opposant les policiers de la Sûreté municipale de Trois-Rivières au conseiller Gaston Vallières. Dupont appuie ses collègues policiers dans une poursuite contre Vallières, qui, selon eux, salit la réputation de la police. (RV)
Été 1969Aucune mention d’absence au travail pour raison de maladie.
28 juillet 1969M. Dupont rencontre pour la première fois le Dr Létourneau pour des problèmes d’insécurité et d’angoisse.
12 août 1969Début des audiences de la Commission de police du Québec au palais de justice de Trois-Rivières. (RVP)
25 août 1969Retour auprès du Dr Létourneau pour des problèmes cardiaques. Mme Claudette Laroche fait part à la Commission qu’elle voit M. Dupont durant ce mois et que ce dernier lui mentionne ses craintes de témoigner à la Commission de police.
Fin août-début septembre 1969Rencontre avec M. Jean Méthot où M. Dupont accepte de s’occuper du dossier de Gérard Rivard concernant des voies de fait commis par un dénommé Martel. M. Dupont rencontre M. Rivard mais ce dernier ne veut pas porter plainte.
Août-septembre 1969La revue de presse couvrant la période des audiences de la CPQ tenues à Trois-Rivières démontre que le sujet du manque des effectifs est régulièrement revenu sur le tapis. Non seulement la police de Trois-Rivières manque d’effectifs, mais les enquêtes s’accumulent pendant la période des audiences.
16 septembre 1969Louis-Georges Dupont vend sa part dans l’immeuble de la rue McDougall à Jacques Gendron.
17 septembre 1969Dupont témoigne devant la CPQ, au même titre que ses collègues détectives.
Avant ou après l’enquête de la CPQClaude Poirier, journaliste, a une conversation avec M. Dupont et ce dernier lui demande de ne pas salir des réputations.
22 septembre 1969Dupont revoit le Dr Létourneau et tout semble bien aller.
6-17 octobre 1969Dupont est en « vacances » durant deux semaines.
6-20 octobre 1969Dupont débute ses vacances selon le registre des absences au travail.
9 octobre 1969Déprimé, Dupont rencontre le Dr Létourneau. Diagnostic : dépression situationnelle due à des problèmes d’argent; prescription de médicaments antidépresseurs.
12 octobre 1969Dupont consulte à nouveau le Dr Létourneau car il a de gros problèmes financiers; le médecin lui prescrit d’autres médicaments.
20 octobre 1969Début d’un congé de maladie de deux semaines. Selon le registre des absences des employés de la Ville de Trois-Rivières, il sera en « maladie » du 20 au 31 octobre 1969.
23 octobre 1969Dupont téléphone et demande un rendez-vous à M. Jacques Moreau, gérant de la Banque Impériale de Commerce. Dupont ne signale pas les raisons de la rencontre et à la fin, M. Moreau se demande pourquoi Dupont est venu le voir. Ses propos sont pessimistes et il ne trouve pas grand-chose de drôle.
Octobre 1969Raymonde Michaud voit Dupont. Elle est sa maîtresse. Ce dernier ne lui semble pas déprimé, il lui a déjà fait part auparavant qu’il avait de la difficulté à la maison et que ça allait mal à l’ouvrage.
1er novembre 1969Il confie à sa femme qu’il n’a pas de porte de sortie.
2 novembre 1969Sa femme le trouve triste.
3 novembre 1969Selon le rapport du capitaine Georges Gagnon, Dupont reprend le travail en lui disant qu’il va bien. Le capitaine note par ailleurs qu’il a l’air déprimé. Dupont était également en froid avec Gagnon, affirmant que le poste de capitaine des détectives lui revenait. Dupont communique également avec le Dr Létourneau pour l’aviser de son retour au travail et lui demande d’envoyer la formule d’assurance. Il mentionne à sa femme que ce n’est plus vivable au poste de police, il a besoin d’argent et il dit à sa fille Johanne qu’il est poursuivi. Claire, la sœur de Dupont, le voit également cette journée-là, elle le trouve normal mais elle ajoute que Dupont a peur que quelqu’un les suive, mais personne ne les suit.
4 novembre 1969Selon Jeanne d’Arc (1996), elle lui propose de vendre la maison et de déménager en Floride, mais Dupont répond : « Je serai toujours poursuivi, j’ai pas de porte de sortie Jeanne d’Arc, aucune. » (J.-A. Lamy, 1996). Durant cette journée, il suivait sa femme du regard en étant assis dans une chaise berçante. Elle interprétera son attitude comme de la peur (J.-A. Lamy, 1996). Toujours selon elle, il aurait également dit ce soir-là : « Jeanne d’Arc je veux pas mourir, je veux pas laisser tout seul les quatre enfants mais j’ai pas de porte de sortie pis je trouve pas l’argent. » M. Dupont avise le capitaine Gagnon qu’il prend une journée fériée. Comme il éprouve des problèmes d’argent et suivant le conseil de son épouse, il se rend chez son beau-frère Léo Valois. M. et Mme Valois confirment la présence de Dupont mais ils sont incapables de se souvenir des motifs de la visite. M. Valois mentionne, par ailleurs, que Dupont a l’air abattu. Le rapport de Jean-Marie Hubert fait référence à cette rencontre entre Léo Valois et M. Dupont où ce dernier présente un comportement bizarre. En soirée, Hélène Rheault, la bru de M. Dupont, rapporte une discussion avec M. Dupont à propos de ses besoins d’argent. Même si elle recevait beaucoup d’argent, elle ne pourrait, selon M. Dupont, être en mesure de l’aider. Par la suite, Dupont s’est attardé devant la chambre de chacun de ses enfants. Jacques Gendron rencontre également Dupont cette journée du 4 novembre et il indique que M. Dupont est malade et prend des médicaments. (Gendron n’a jamais témoigné publiquement en 1996, nous croyons que la juge a puisé cette information lors de rencontre préliminaires avec les enquêteurs de la Commission.)
5 novembre 1969Selon Johanne Dupont, il était « pressé » ce matin-là. (Pressé parce qu’il était déterminé à s’enlever la vie? Parce que son scénario était déjà tout préparé?) Et selon Jeanne d’Arc (1996) il était très triste ce matin-là. M. Dupont est pressé et anxieux de reconduire sa fille. Tout le long du trajet, il lui fait part qu’ils sont suivis, qu’ils vont la tuer, qu’elle ne doit pas sortir de la voiture. Après avoir conduit sa fille à l’école, il se rend au poste de police. Vers 8h30, sa carte n’est pas poinçonnée. M. Massicotte croise M. Dupont sans que ce dernier ne lui adresse la parole. M. Roland Milot, répartiteur, soumet que M. Dupont a un comportement normal, il a l’air fatigué mais rien d’autre. Vêtu d’un complet foncé et ayant une boîte sous le bras, M. Dupont quitte le poste en disant : « bonjour, je me reprendrai demain. » Il quitte dans la voiture de service. Mme Claire Dupont voit son frère passer en voiture; elle lui envoie la main mais il ne répond pas.
6 novembre 1969Carole Dupont, nièce de Louis-Georges, affirme le voir dans un autobus vers 7h50 ou 8h15, alors qu’il porte un costume foncé.
10 novembre 1969Le corps de Dupont est retrouvé dans la voiture de service à bord de laquelle il avait disparu.
Décembre 1969Le coroner Marcel Chartier conclut que la mort de Dupont est attribuable à un suicide.

            Les éléments qui apparaissent dans le tableau 1 pourraient certainement être considérés comme des stresseurs proximaux, comme les désigne Gilles Desjardins dans sa thèse de décembre 2014.[14] Dans l’une de ses études de cas, un détail pourrait d’ailleurs nous aider à comprendre un autre élément du dossier. Il écrit : « On note également que les véhicules pourraient avoir une importance particulière pour lui [participant 1] : il a abandonné ses études pour devenir pilote de course, les bris ou dommages sur ses véhicules semblent avoir été des déclencheurs des IDP[15], et il a tenté de se suicider dans son camion. »[16]

            Tout comme le rôle joué par l’arme de service, tel que mentionné par Violanti, est-ce que le véhicule de service que Dupont avait l’habitude d’utiliser dans le cadre de son travail revêtait lui aussi une symbolique particulière?

            Parmi les sources de stress en milieu policier, en se basant sur l’étude de Robert Loo, Pierre Payette mentionne la gestion autocratique du milieu policier, la « possibilité d’avancement limitée, crainte suscitée par le département des enquêtes internes […]. »[17] Or, ces trois éléments semblent s’appliquer au cas qui nous concerne. Bien qu’il n’en ait pas été directement question dans les témoignages et autres documents étudiés pour le présent ouvrage, il semble, effectivement, que la gestion policière soit par définition quelque peu autocratique. Les deux autres éléments sont encore plus évidents. On a vu que les possibilités d’avancement pour Dupont ont été freinées par la nomination de Georges Gagnon et qu’il ne s’en est pas caché en milieu de travail pour démontrer son insatisfaction. Ensuite, le stress apporté par l’arrivée des enquêtes internes – dans ce cas-ci la CPQ – est un fait que personne ne peut nier.

            Quant à la possibilité limitée d’avancement, la juge Lacerte-Lamontagne en venait à cette conclusion : « M. Georges Gagnon est capitaine-détective depuis janvier 1966[18]. Il a la supervision de tous les détectives dont M. Dupont. Sa nomination a suscité de vives réactions de la part de M. Dupont. Vu l’inexpérience de M. Gagnon, M. Dupont croyait que ce dernier n’aurait jamais dû obtenir ce poste. D’ailleurs, le détective a fait des démarches pour devenir le responsable des détectives mais il a échoué. Conséquemment, M. Dupont n’assiste plus aux réunions des détectives et à la distribution des dossiers; il boude en quelque sorte ce nouveau capitaine. La grande majorité des détectives ont tous constaté la frustration de M. Dupont quant à cette nomination et son retrait graduel des réunions quotidiennes. Selon M. Jean-Marie Hubert, M. Dupont en veut à M. Gagnon d’avoir pris la place, qui d’après lui, lui revient et il est hostile à son égard car il espère ce poste pour augmenter ses revenus. […] Le froid entre le capitaine Gagnon et le sergent-détective est davantage l’apanage de M. Dupont que de M. Gagnon. Aucune animosité de la part de M. Gagnon n’est décrite par les témoins. »[19]

            À ces facteurs de stress, Payette en ajoute d’autres qui font partie du travail policier, incluant les « sources de stress qui proviennent des relations avec le public, à partir de l’image que les policiers suscitent dans le grand public jusqu’aux attaques verbales, voire physiques, dont ils sont fréquemment la cible. »[20] De plus, la peur « est un sujet peu abordé par les policiers eux-mêmes, qui semblent croire que l’expression d’une telle émotion pourrait être interprétée comme un indice de faiblesse et de sensibilité superflue. »[21]

Non seulement il a été démontré que Dupont a refusé de consulter un psychiatre, mais il est aussi apparu que sa fierté pour son métier lui faisait craindre le pire quant à l’image de sa profession (Poirier, 1996). Or, Payette rapporte justement que « Constant (1984) décrit très bien comment le policier est littéralement coincé entre les attentes qu’il connaît au sujet de son image publique (efficacité, politesse, considération du citoyen, etc.) et la nécessité de rester en alerte pour parer à une éventuelle agression. […] En effet, plusieurs policiers intègrent dans leurs idéaux personnels une part de l’image et des « attentes de perfection » exprimées par le public et les autorités en ce qui a trait à leur travail. Cette caractéristique similaire, en quelque sorte, à celle d’autres intervenants sociaux (médecins, psychologues, travailleurs sociaux, travailleurs communautaires, infirmières, etc.) est une source connue et un élément essentiel d’un phénomène particulier de stress au travail : le burnout. »[22]

À ces facteurs qui conduisent aux suicides des policiers, Violanti ajoute la maladie physique. Là encore, on se souviendra que Dupont souffrait d’une hydrocèle. Cet autre élément, dont sa veuve ne semblait pas être au courant, pourrait indiquer que Dupont ne se confiait pas à elle à propos de ses problèmes. Ainsi, Jeanne d’Arc et ses enfants ignoraient probablement tout un pan de sa vie. À cela, Payette ajoute les horaires de travail particuliers et la difficulté de pouvoir partager les émotions fortes vécues au travail.[23]

            Est-ce qu’un meilleur service d’aide implanté au sein du corps policier aurait pu sauver la vie de Dupont?

            Il est toujours risqué de juger d’un fait historique avec nos yeux d’aujourd’hui. Un meilleur service d’aide aurait certainement pu contribuer à quelque chose de mieux, sans toutefois pouvoir empêcher le pire. Nous ne le saurons jamais.

            Plusieurs éléments concernant le comportement de Dupont nous viennent des deux témoignages de sa veuve, seule témoin contemporain des événements qu’elle a vécu avec lui. Or, son témoignage, particulièrement celui de 1996, est plutôt décousu. À plusieurs, reprises, elle répond à des questions par des réponses concernant d’autres questions, et ainsi de suite. Certes, son apparition devant la commissaire a été qualifié de touchante dans les médias, mais il est nécessaire d’en faire ressortir uniquement les faits. Premièrement, il faut rester conscient qu’elle a présenté beaucoup de ouï-dire lors de ce témoignage et que, par conséquent, il ne faudrait pas se surprendre si elle a ensuite été contredite sur plusieurs points.

            Par exemple, en revenant de chez son beau-frère Léo Valois le 4 novembre, où il s’était rendu pour soi-disant lui demander de l’argent parce que sa vie était en danger, Dupont aurait dit à sa femme qu’il n’avait finalement pas osé présenter sa requête à Valois parce que celui-ci venait de faire l’acquisition d’un nouveau camion. Ses paroles auraient été : « j’ai pas parlé moé, c’est pas le temps de demander de l’argent, là. »[24] Alors que sa vie était apparemment en danger, il aurait répondu que « c’est pas le temps de demander de l’argent, là »?

            Autre apparence d’illogisme dans le comportement de Dupont se situe lorsqu’il aurait dit à sa femme de ne pas envoyer les enfants à l’école parce que ceux-ci, selon lui, risquaient d’être enlevés. Il semble même s’emporter au matin du 5 novembre 1969 lorsqu’il constate que Robert et France sont déjà partis pour l’école. Il rappelle alors à sa femme sa crainte d’un enlèvement et pourtant, quelques minutes plus tard, il reconduit lui-même Johanne à l’école, l’y laissant seule avant de partir pour le travail.[25]

            Si toute la famille avait réellement été en danger, n’aurait-il pas été plus logique de garder tous leurs membres unis, sous un même toit? N’aurait-il pas été plus naturel de s’isoler physiquement et de contacter des amis ou des autorités en qui on pouvait encore avoir confiance? Au lieu de ça, Dupont semble s’être isolé virtuellement.

            Autre point : Jeanne d’Arc a affirmé s’être inquiété le 5 novembre 1969 à partir de l’heure du dîner. Hors, Dupont avait l’habitude de travailler toute la journée et d’après la revue de presse que nous avons vue pour la période de 1948 à 1969, il serait étonnant qu’il n’ait jamais manqué à son habitude de venir dîner et souper à la même heure.

            Autre incohérence : les mystérieuses voitures noires semblent avoir fait leur apparition après la disparition du 5 novembre. En admettant que ces voitures aient existées, nous avons vu qu’il y a au moins deux autres explications possibles autres que celle soulevés par la théorie du complet. En effet, il aurait tout aussi bien pu s’agir de policiers assignés à la protection des membres de la famille ou de journalistes travaillant pour un média à sensation et attendant une réaction pouvant susciter un scoop. En effet, même la famille, qui dit avoir vu ces voitures, n’ont pas contacté qui que ce soit à ce propos en 1969.

La théorie du complot

            Puisque Dupont s’est enlevé la vie, cela nous confronte automatiquement avec des questions qui demeurent sans réponse. Par exemple, pourquoi aurait-il confié à sa femme et à sa sœur sa peur de témoigner « contre » ses collègues? Pourquoi se sentait-il suivi par de mystérieuses voitures noires?

            Comme on l’a vu dans la section précédente, la séquence des événements qui auraient pu conduire à une accumulation de facteurs de stress a débuté à l’automne 1968, c’est-à-dire en même temps que l’éclatement du scandale de la prostitution à travers un journal jaune de Montréal. Par la suite, la liste des stresseurs proximaux, comme les désigne Gilles Desjardins dans sa thèse de psychologie, s’allonge avec la multiplication de ses rendez-vous avec le médecin, le conflit avec Gaston Vallières, l’arrivée de la CPQ, sa frustration de ne pas avoir obtenu le poste de capitaine des détectives, et ainsi de suite.

            Puisque la théorie de l’assassinat doit être écartée, comment expliquer qu’ilen soit venu à voir des véhicules, à se sentir suivi, à prétendre qu’il devait témoigner contre ses collègues, et qu’il devait de l’argent en échange de sa vie?

            Desjardins ouvre sa thèse par cette question : « Comment des gens peuvent-ils développer des idées délirantes et les maintenir fermement en dépit de preuves de leur fausseté? »[26] Il n’existe encore aucune façon de comprendre comment se forment les idées délirantes de persécution. La thèse de Desjardins ne nous permet pas de poser un diagnostic – et ce n’est pas notre but – mais sa lecture apporte un questionnement intéressant.

            Nous avons vu plus tôt certains éléments types des théories du complot qui pourraient s’apparenter à l’affaire Dupont, mais devant ces éléments reconnaissables on se demande encore pourquoi on adhère à ces théories. Pour tenter une explication, Mezaguer écrit que « Pour comprendre la psychologie des théories du complot, il faudrait alors élucider les raisons qui nous font adhérer à certaines thèses sans toujours prendre le soin de vérifier les postulats sur lesquels celles-ci reposent. La plus patente de ces causes, et sûrement la plus perverse, réside simplement dans notre volonté de croire. En effet, si certains croient à ce qui paraît inepte à d’autres, n’est-ce pas avant tout parce que cela leur paraît, à eux, vraisemblable, et que, d’une certaine manière, cela vient conforter ce qu’ils pensent tout bas? C’est particulièrement le cas de toutes les théories permettant à certaines haines rentrées de s’auto-valider […]. »[27]

            De la paresse intellectuelle à bien s’informer avant de porter un jugement, dont il fut question en introduction, Mezaguer souligne que « il n’y a donc pas matière à douter d’une information cautionnée par le plus grand nombre. Comme l’énonce Jean-Noël Kapferer, « la vie sociale repose sur la confiance ». Et si, en théorie, une information est présentée de manière à ce que l’on pense qu’elle est vérifiable, fort d’une habitude culturelle bien compréhensible, nous différons la possibilité qui nous est laissée de la vérifier, pensant qu’un autre maillon de la chaîne avant nous – si ce n’est déjà l’émetteur initial – a pris soin de la vérifier. Mais c’est sans compter sur la volonté de nuire de certains et de phénomènes de distorsion propres au bouche à oreille à grande échelle. Par ailleurs, il se produit le phénomène suivant : plus une rumeur traverse le corps social, plus elle est diffusée, plus elle convainc. Si, au départ, elle est surtout colportée pour son aspect ludique, à force, elle acquiert, par le nombre, de la crédibilité, et à ce moment-là, il est trop tard pour penser à la vérifier. De plus, vérifier suppose d’en avoir la capacité ou l’envie, or « l’empressement à croire exclut tout vérification ». »[28]

            Le phénomène des théories du complot n’est certainement pas à prendre à la légère, surtout quand on pense que, selon certains sondages, plus de la moitié de la population mondiale douterait de la version officielle dans l’affaire des attentats du 11 septembre 2001.[29]

            Mezaguer nous met en garde que « Le doute est donc quelque chose de sain, il est l’expression d’une certaine liberté de penser, mais surtout d’une aptitude à exercer notre esprit critique. Cependant, en philosophie, Pascal Bruckner invite l’homme occidental à se méfier de sa propre méfiance. Le scepticisme ne devrait être en effet qu’un outil, or chez beaucoup il a tendance, paradoxalement, à devenir une norme absolue, un dogme servant de « prêt à penser » résumé par la formule consacrée du « On ne nous dit pas tout ». »[30]

            Mezaguer n’hésite pas à pointer une part de responsabilité sur certains auteurs, tel un Dan Brown qui exploite à son profit le filon de la théorie du complot et ainsi « laisse planer l’idée que ses thèses ne sont pas purement littéraires et qu’elles présentent un fond de vérité. Se refusant à toute interview, il cultive ainsi une ambiguïté qui n’est pas sans ajouter du piment à la sortie de chacun de ses livres. »[31]

            Dans le domaine de la documentation, on enseigne une évidence selon laquelle – en particulier depuis l’arrivée d’Internet – le citoyen moyen a de plus en plus accès à une source inépuisable de documents, et la production de ceux-ci ne cesse de croître. Là où le citoyen devrait être beaucoup mieux renseigné que ses ancêtres, il fait aussi face, en contrepartie, à des sources dont la fiabilité est douteuse. Ainsi, il est de plus en plus difficile pour le public d’y voir clair. « De par l’essor des moyens de connaissances, l’individu a toutes les raisons de se sentir mieux armé; mais confondant ce qui est potentiellement et ce qui est en acte, il a bien souvent tendance à faire l’économie de la réflexion, comme si le savoir s’imposait de lui-même, comme chez Descartes où les vérités sont censées s’imposer sous la forme d’idées claires et distinctes. Si le savoir est plus accessible qu’il ne l’a jamais été, il requiert tout de même un effort et doit s’appuyer sur un écheveau logique. »[32]

            Ainsi, des sources que nous pensions fiables peuvent s’avérer d’une médiocrité insoupçonnée. Plus près de nous, il y a quelques années, l’incident impliquant le journaliste François Bougingo a surpris tout le monde. Mais la question qui concerne notre affaire va au-delà de ça. En effet, si une part de l’incompréhension face au verdict Lacerte-Lamontagne et toute la preuve déposée devant elle pourrait s’expliquer par la théorie du complot, on se demande alors pourquoi certains experts auraient donné leur aval à ce scénario démenti par le système judiciaire. Ces experts ont-ils été de mauvaise foi ou alors ont-ils simplement commis des erreurs?

            À ce sujet, Campion-Vincent et Renard soulignent qu’il existe des scientifiques marginaux, dont la présence ajoute à la complexité de la chose. Est-ce que les docteurs Roh et Ferris s’inscrivent dans cette veine? D’un certain côté, le Dr Roh a-t-il dupé les Dupont? Plutôt que d’admettre ses erreurs ou le fait de ne pas avoir eu accès à toutes les informations nécessaires pour élaborer son analyse, ne semble-t-il pas avoir tenté de fuir vers l’avant en sortant d’autres théories comme celle du sterno-foramien, et cela dans le seul but de sauver la face? Après tout, la question reste sans réponse. Ce qui est sûr, c’est que tout le reste de la preuve allait dans le sens contraire de ses conclusions. Il y eut les docteurs Reichs, Baden, Hould, Lauzon, Dowling, en plus des témoins non experts.

            Pour mieux nous exposer ce que sont les scientifiques marginaux, les auteurs nous présentent deux cas types, d’abord « le biologiste Jean Benveniste qui, en 1988, pensait avoir des preuves expérimentales d’une mémoire de l’eau qui validerait les théories homéopathiques, jusqu’au physicien théorique lié au Centre national de la recherche scientifique, Jean-Pierre Petit, qui a exposé dans des ouvrages de moins en moins orthodoxes ses opinions sur les extraterrestres […] ».[33] Évidemment, il est impossible d’associer les docteurs Roh et Ferris à des théories d’une telle envergure, mais cela nous montre à quel point il existe aussi une autre réalité dans le domaine scientifique. La prudence est donc de mise à tous les niveaux du domaine de la connaissance.

             Dans sa conclusion, Mezaguer en vient à se demander si la théorie du complot n’aurait pas les traits d’une certaine forme de maladie mentale. « En effet, si la théorie du complot, au même titre que d’autres mécanismes qui lui sont apparentés, remplit une fonction comparable à celle jouée dans les sociétés traditionnelles par le mythe, on est fondé à se demander si dans son expression moderne, où elle se caractérise par sa redondance, elle ne déborde pas le versant pathologique. »[34]

            Aujourd’hui, les auteurs admettent les liens entre conspirations, fausses nouvelles et désinformation.[35] Ils nous mettent également en garde sur les risques qu’il y a à encourager la propagation de ces théories ou fausses nouvelles en tentant de les réfuter.

            Au final, nous serait-il possible de déduire de toutes ces constatations que l’être humain est naturellement non rationnel et qu’il lui faudrait alors un effort mental pour le devenir?

            Or, le système judiciaire canadien est rationnel. Personne n’apprécierait se retrouver dans le box des accusés pour être jugé sans preuve, sans un scénario rationnel. Peut-être est-ce de là que provient une partie de l’incompréhension qui subsiste entre une partie de la population et le contenu des dossiers judiciaires. Bref, juge-t-on un système avant de faire l’effort de le comprendre?

            Si les auteurs scientifiques associent la désinformation aux théories du complot, voilà qui rejoint l’un des points qui a été relevé au cours de cette affaire. En 1996, la commission d’enquête a clairement expliqué ses conclusions. Depuis, elle s’est tût, pour ne laisser aux médias qu’une seule voix : celle des Dupont. Or, ceux-ci ont continué de s’adresser au public en utilisant des arguments qui n’avaient pourtant pas franchis l’épreuve de l’enquête de 1996. Leur campagne de désinformation est allé jusqu’à la commission de l’accès à l’information avec des arguments qu’ils savaient faux : ils demandaient des rapports sur la banquette alors que ce document n’existe pas. Cette analyse n’a jamais été réalisée. De plus, les comptes rendus journalistiques de la période contemporaine à la commission nous renvoie le fait qu’ils ont constamment réajusté leur théorie au fil des preuves déposées sous serment, ou alors en s’improvisant experts en essayant de débattre sur la place publique les conclusions des docteurs Reichs et Baden.

Le rôle des médias

            Après avoir révisé le dossier judiciaires de l’affaire Wilbert Coffin, Me Clément Fortin a souligné que « Si dans leurs écrits, les reporters devaient s’astreindre à des règles aussi strictes que celles que la loi impose aux juristes, des brûlots comme celui qu’a écrit Jacques Hébert ne seraient jamais publiés. Je prends pour exemple le ministère public qui ne peut présenter les faits au jury qu’en se conformant aux règles strictes de la preuve pénale. En observant ces règles, un procureur ne peut même pas tenter de faire une preuve par ouï-dire. Il se fait tout de suite opposer une objection que le juge doit maintenir. Le devoir de réserve empêche par ailleurs les juges de débattre leur jugement sur la place publique. En revanche, les auteurs de ces écrits ont pu invoquer impunément tout ce qui convenait au soutien de leur thèse. »[36]

            Fortin se questionnait à savoir comment un journaliste (Jacques Hébert) avait pu « créer » ce qu’il qualifie comme étant « la plus grande supercherie que le Québec n’a jamais connue de toute son histoire. »[37] En effet, cette idée selon laquelle Coffin aurait été victime d’une erreur judiciaire – il a été pendu pour triple meurtre au milieu des années 1950 – reste bien ancrée dans la mémoire collective alors que peu se souviennent de la Commission Brossard tenue en 1964 et qui s’est pourtant donné la peine de réviser tout le dossier. D’ailleurs, il semble que les gens qui propagent les théories du complot ne consultent que très rarement les dossiers judiciaires, voir jamais.

            En 2012, cette fois après avoir révisé le dossier du procès intenté à Jacques Mesrine pour le meurtre d’une hôtelière de Percé, Me Fortin a repris sa réflexion en mentionnant que « Jacques Hébert a poursuivi sa croisade en se moquant des conclusions de la Commission Brossard, sachant très bien que le devoir de réserve du juge Brossard l’empêchait de l’affronter sur la place publique. En 2007, soit un an avant son décès, il avait réussi à convaincre les membres du Comité permanent de la justice et des droits de la personne d’adopter une résolution demandant au Groupe de révision des condamnations criminelles d’analyser l’affaire Coffin. On y cite même Jacques Hébert, journaliste et sénateur, comme ayant mis à jour les irrégularités de la mise en accusation, de la condamnation et de l’exécution de Wilbert Coffin. On attend toujours une suite à cette démarche. »[38]

            Pour sa part, Sarah Mezaguer parle de « l’instrumentalisation de l’émotion dans laquelle excellent les médias télévisuels. »[39] Elle indique aussi que « la télévision et la radio peuvent à leur tour se montrer de parfaits relais de la rumeur. Si la déontologie interdit en principe à tout journaliste de relayer une information non vérifiée, il existe, comme nous le rappelle Jean-Noël Kapferer, différents moyens « pour dire les choses sans les dire tout en les disant! » C’est ce qu’on appelle « rumorer l’information » et cela peut consister à énoncer une information en prenant soin d’en préciser le caractère hypothétique, en employant le conditionnel, par exemple. On peut se demander si le rôle des journalistes est de relayer ce type de nouvelles, en tout cas, une chose est sûre, les médias traditionnels se l’autorisent de plus en plus volontiers. C’est qu’ils voient la montée en puissance d’un nouveau média incarnant au mieux le poids de l’inofficiel et de l’occulte : Internet. »[40]

            Si Internet a apporté de nombreux avantages, au point de transformer littéralement notre quotidien, il y a aussi un côté moins reluisant à cette médaille car « Le problème effectivement avec Internet c’est que n’importe qui peut y écrire à peu près n’importe quoi, et ce avec une facilité déconcertante. Phénomène qui inquiète les professionnels de la santé, pour ne citer qu’eux, de plus en plus de personnes fréquentent les forums de santé qui pullulent sur le Net et s’en remettent au diagnostic des autres internautes plutôt que de consulter leur médecin. »[41] Dans le domaine documentaire, peut-être pourrions-nous y ajouter le fait que les internautes préfèrent se renseigner en quelques clics plutôt que de se donner la peine d’approfondir tel ou tel sujet en lisant un ou plusieurs livres, ou encore de la littérature grise, et tout cela avant de se prononcer sur un sujet?

            De plus, la théorie du complot peut mettre les médias traditionnels dans l’embarras car « Le public a tendance à tirer la conclusion que si la télé, la presse ou la radio ne parlent pas de quelque chose c’est que, après tout, cela doit être vrai. »[42] Mais l’inverse est également vrai, c’est-à-dire d’accepter d’en parler et, directement ou non, de se faire le complice de la rumeur. Et dans certains cas contribuer à lui donner de l’importance. Peut-être même est-ce le cas ici, par le fait que Trajectoire ait accordé une certaine importance aux différentes opinions concernant le suicide de Dupont.

            Campion-Vincent et Renard offrent un exemple plus concret de ce phénomène en nous rappelant que le bogue de l’an 2000 avait bénéficié de la complicité des médias, au point où ils s’interrogent « sur les tendances catastrophiques des médias qui nous informent. »[43] Ils vont encore plus loin en soulignant que les théories du complot ont souvent atteint un niveau de médias « auquel elle n’aurait, voilà vingt ans, pas eu accès. »[44]

            En 2017, dans l’épilogue de sa révision du premier procès du cardiologue Guy Turcotte, Me Clément Fortin revenait sur les dommages laissés par des auteurs comme Jacques Hébert et Pauline Cadieux : « Par le fait déshonnête d’Hébert et de Cadieux, les affaires Coffin et Viau ternissent toujours la réputation de notre système judiciaire. »[45] Fortin attribue une part de l’entretien de ces rumeurs à l’inculture, et plus particulièrement à certaines études qui font de 50% des Québécois des illettrés.

            De plus, « Les juges n’ont pas de moyens d’empêcher les journalistes de faire des commentaires et d’émettre des opinions sur une affaire judiciaire dont ils sont saisis. Un commentaire défavorable à l’accusé bafoue ses droits à la présomption d’innocence et à un procès juste et équitable. Plus encore, il risque aussi de contaminer le jury étant donné que celui-ci n’est plus séquestré comme avant. C’est pour cette raison qu’au début d’un procès devant jury, celui qui le préside sollicite la collaboration des médias pour que l’accusé soit jugé justement et équitablement. Si vraiment le public perd confiance en notre système judiciaire, cette responsabilité doit être partagée avec les médias. L’avidité des lecteurs pour les sensations fortes pousse les médias à leur claironner des nouvelles truculentes et percutantes. Et souvent en causant des dommages irréparables à la vie privée des gens engagés dans une affaire judiciaire. »[46]

            Voilà qui nous amène vers une autre question : est-ce que les médias traditionnels sont les mieux placés pour présenter au public une reconstitution authentique et exhaustive d’une affaire judiciaire?

            Malgré cela, dans l’affaire qui nous occupe, les médias – du moins les médias écrits – ont eu un rôle de base à jouer, c’est-à-dire rapporter ce qui se passait en dehors des transcriptions sténographiques. Ainsi, par exemple, Éric Trottier a permis de mettre en scène la théorie du complot et certaines autres invraisemblances du côté des défenseurs de la théorie du meurtre.[47]

            Évidemment, les médias traditionnels ne commettent pas que des erreurs, quoiqu’il faudrait sans doute retenir qu’en utilisant des bannières jouissant d’une certaine crédibilité certains éditeurs de contenu continuent de produire des documents dont le but premier n’est peut-être pas toujours celui de bien informer le public tout en lui offrant les outils nécessaires pour lui permettre de tirer ses propres conclusions. Certes, aucune méthodologie n’est parfaite mais en matière de révision de dossiers judiciaires certaines sont nettement plus efficaces que d’autres.

            Les médias s’inquiètent eux aussi, comme le démontre la sortie en 2018 du livre Les fausses nouvelles, nouveaux visages, nouveaux défis : Comment déterminer la valeur de l’information dans les sociétés démocratiques? Les auteurs soulignent que « Les sites critiquant les médias abondent sur Internet. La gauche leur reproche leur proximité avec le grand capital et le pouvoir. En Europe, les sites dits de « réinformation », souvent proches de l’extrême droite, pullulent. Tout se mélange en un étrange salmigondis où on peine à distinguer l’information de la désinformation, les faits de l’opinion, le vrai du faux. « Abandonner les faits, écrit l’historien Timothy Snyder, c’est abandonner la liberté. Si rien n’est vrai, nul ne peut critiquer le pouvoir faute de base pour le faire. Si rien n’est vrai, tout est spectacle. » Donald Trump n’en est-il pas l’illustration ultime? »[48]

            Or, c’est le public qui se retrouve devant la difficulté de devoir faire preuve de discernement à travers cette mer d’informations.

            Concrètement, on a vu qu’un hebdomadaire à sensation comme Photo-Police a été responsable d’au moins deux affirmations exagérées et dont la source paraît non crédible. De plus, autre signe de manque de vraisemblance : ces affirmations n’ont pas été reprises par les grands quotidiens de l’époque.

            On se souviendra que le 29 novembre 1969 Photo-Police, dans un article non signé, a titré ainsi l’un de ses articles : « Le sergent détective Dupont aurait-il été forcé de se suicider? »[49] Or, l’article ne contenait aucune substance justifiant l’emploi de ce titre suggestive. Au cours de l’enquête de la CPQ, on a aussi vu que le même journal s’est risqué à associer certains noms au crime organisé, là où les autres journaux sont demeurés neutres. Cette approche tendancieuse pourrait d’ailleurs être à l’origine de certaines théories élaborées au cours des années suivantes.

            Pour le chercheur sérieux ou le lecteur avisé, une source comme Photo-Police fait assurément sourire, alors que pour d’autres elle suscite encore de l’intérêt. Rappelons que cet hebdomadaire a été fondé au cours de l’automne 1968 par le criminaliste Raymond Daoust, qualifié comme « l’avocat de la pègre », à la fois par le journaliste Pierre Schneider et le cinéaste Michel Beaudin.[50]

            Dans son autobiographie publiée en 2002, Pierre Schneider, ancien poseur de bombe pour le FLQ devenu journaliste, a d’abord considéré Me Raymond Daoust comme une sorte de père spirituel. Selon lui, « Il y avait déjà sur le marché Allô Police[51], qui avait un tirage de deux cent mille copies par semaine. Comme les nouvelles qui y étaient publiées relevaient entièrement des forces policières, Daoust avait décidé de lui opposer une tout autre version des affaires criminelles qui retenaient l’attention populaire. »[52]

            Non seulement le public se retrouvait-il avec un autre journal biaisé, mais la pratique journalistique pratiqué au sein de ce papier, que Schneider n’ose pas nommer dans son livre, laissait à désirer : « J’avais appris que notre concurrent avait un système bien établi de nombreux pots-de-vin versés en espèces aux policiers qui les appelaient pour leur signaler qu’ils se rendaient sur les lieux d’un crime important. Grâce à des contacts établis par l’entremise des policiers ripoux que j’avais rencontrés chez Paul Aubut, je réussis donc à faire la même chose pour mon journal. Le système était simple et très efficace: je laissai le numéro de mon téléavertisseur à tous les policiers susceptibles de marcher dans cette combine et, lorsque ces derniers m’appelaient pour me signaler un nouveau crime, le journal leur versait la somme de 25$. Ce qui me permettait, avec mon photographe, d’arriver sur les lieux en même temps que les enquêteurs et d’avoir accès à toute la scène de crime. »[53]

            Schneider parle également de la présence d’un curieux personnage nommé Frank-le-chien, surnom donné « à cet ex-souteneur, voleur et receleur adopté comme homme à tout faire par Raymond Daoust. […] la nuit venue, il se transformait en Arsène Lupin, écumant les beaux quartiers, éventrant des coffres-forts et mettant le grappin sur l’argent et les bijoux qu’il y trouvait. Le jour, il faisait des courses pour Raymond Daoust, vendait de la publicité pour son journal et, à l’occasion, se transformait en enquêteur privé afin de dénicher, au nom de la défense, des preuves d’innocence pour l’accusé du jour, du moins celui qui avait les moyens de se payer le « grand service ». »[54] Toujours selon Schneider, Frank-le-chien était également un homme violent.

            Or, non seulement Photo-Police éprouvait un biais de par sa position et son contenu, Schneider nous présente un portrait peu reluisant de ce qui se passait derrière la façade de ce tabloïd.

Le ouï-dire

            La meilleure vulgarisation de la règle sur le ouï-dire, nous l’avons trouvée dans Droit pénal général et pouvoirs policiers, ouvrage au sein duquel Me Lucie Martel explique : « En droit, le ouï-dire se définit non seulement par la sémantique, mais aussi, et surtout, par la règle qui en découle. Pour comprendre la règle du ouï-dire, voyons d’abord sa définition. La définition juridique est sensiblement la même que celle du dictionnaire. Le Petit Robert définit le ouï-dire comme « ce qu’on ne connaît que pour l’avoir entendu dire » et rappelle la locution « par ouï-dire, ce qui signifie « par la rumeur publique ». Ainsi, lorsqu’on dit : « J’ai ouï-dire que tu avais changé d’automobile », on n’a pas constaté personnellement le fait et on n’a pas vu non plus la nouvelle voiture. Le ouï-dire désigne tout ce qu’on apprend indirectement, parce qu’une autre personne nous l’a dit. Dans le domaine du droit, Louise Viau et Jacques Fortin appellent ouï-dire « toute communication par paroles, écrits ou gestes faite hors de la présence du tribunal et rapportée devant le tribunal par un autre que son auteur ». Un tribunal appelé à juger de la culpabilité d’une personne relativement à une accusation quelconque prend généralement connaissance des faits par des témoins qui ne peuvent rapporter au tribunal que ceux dont ils ont eu connaissance personnellement. Ils ne peuvent rapporter de ouï-dire ni de faits connus par ouï-dire. […] On peut également définir le ouï-dire comme toute narration d’un fait, devant la cour, qui n’est pas exprimé par un témoin de ce fait. »[55]

            Or, le ouï-dire a été très présent en 1995 et 1996, en particulier dans l’acceptation de plusieurs informations prises pour des faits avérés. Selon cette règle, une grande partie du témoignage de Jeanne d’Arc Lamy, mais aussi des autres membres de la famille, n’aurait normalement pas été accepté en preuve lors d’un procès criminel. Ainsi, par exemple, les paroles de son mari n’auraient jamais été admissibles en preuve. On rapportait les paroles d’un homme mort depuis 27 ans qui ne pouvait être appelé sous serment pour être interrogé et contre-interrogé. Par conséquent, la totalité des informations concernant les affirmations selon lesquelles Dupont se sentait menacé n’ont aucune valeur de preuve. Cela vaut aussi pour de nombreux autres sous-entendus.

            Comprenons que la preuve par ouï-dire traîne avec elle une crédibilité chancelante puisque la source même de ce ouï-dire n’est plus disponible pour être contre-interrogé. En effet, Louis-Georges Dupont n’était plus là pour répondre aux questions des procureurs. Qu’aurait-il dit devant la juge?

Malheureusement, nous ne le saurons jamais et ce vide informationnel ne peut être honnêtement interprété par qui que ce soit.

Débat des experts

            Le débat des experts a également occupé une grande place, au point où le résultat laissa une idée ambigüe dans l’esprit d’une partie du public. Des experts ont présenté des théories diamétralement opposées. Pourquoi?

            Évidemment, la commission d’enquête de 1996 a donné raison aux experts qui ont défendu le verdict du suicide. Parmi eux, on compte le Dr Hould, ainsi que ses collègues de l’Institut médico-légal de Montréal, mais aussi des experts indépendants comme les docteurs Dowling[56], Reichs et Baden.

            Et puisque la commission Lacerte-Lamontagne, ainsi que la SQ en 2011, confirme le verdict du suicide, il faut donc en venir à la conclusion que les expertises des docteurs Roh et Ferris, tous deux embauchés par la famille Dupont, n’ont pas été retenues. Pourquoi?

            D’abord, comme cela a été soulevé devant l’Assemblée nationale dès 1994 avant d’être étudié plus en détails en novembre 1995 et en 1996, il semble que Roh et Ferris n’aient pas eu accès à tous les éléments nécessaires pour bien apprécier l’affaire dans son ensemble, en plus de donner une opinion à partir de photos dont la qualité, semble-t-il, pouvait s’avérer discutable.

            Ensuite, le citoyen moyen a été en mesure de constater que l’avis du Dr Roh sur l’angle de tir ne faisait aucun sens, ou du moins qu’elle n’avait rien de scientifique. En effet, Roh affirmait qu’il était impossible pour un droitier de se tirer à la poitrine pour obtenir la trajectoire obtenue dans le corps de Dupont. Cette idée prenait pour acquis que le suicidé avait uniquement utilisé sa main droite. Or, et ce fut l’avis du Dr Lauzon en 1995, n’importe qui peut se suicider en utilisant les deux mains, c’est-à-dire en pressant la détente avec un ou deux pouces, et ainsi obtenir la trajectoire établie.

            À partir de là, la crédibilité du Dr Roh a perdu des plumes. Il a continué d’accumuler les erreurs en mentionnant qu’un projectile de 154 grains dans le calibre .38 était complet. Or, ce type de balle n’a jamais existé dans ce calibre. Celui qui s’en rapproche le plus est la balle de 158 grains.

            En 1996, la découverte par le Dr Baden de la perforation dans le sternum venait défaire les prétentions du Dr Roh. Ainsi, il a donné l’impression de s’ajuster en présentant la théorie de la malformation naturelle appelée sterno-foramien. Cette fois, il a été contredit par  ceux-là même qui l’avaient embauché – les membres de la famille Dupont – car ceux-ci accusaient plutôt le Dr Baden d’avoir pratiqué un trou à l’aide d’un outil quelconque. Toutefois, cette idée ne correspondait pas aux résultats obtenus par la Dr Kathy Reichs, qui avait mis en preuve le fait que ce trou avait été fait par un projectile qui se déplaçait à haute vitesse.

Hubert et Dallaire

            On a vu que la revue de presse couvrant la période de 1969 à 1995 nous a permis de mettre certains faits en perspective, comme par exemple la diabolisation qu’on a voulu faire de Paul Dallaire et Jean-Marie Hubert. Le dévoilement du rapport 2 en 1996 a permis d’aller dans le même sens. En effet, tout ce qu’on avait à leur reprocher officiellement se situe bien en deca de ce qu’on a voulu leur attribuer.

Plus tard, la revue de presse couvrant les audiences de la CPQ a démontré que cette enquête n’était pas axée uniquement sur eux ni la prostitution, comme on a pu le laisser entendre.

            L’article de Jean-Paul Arseneault paru en 1974 suscite une réflexion, en ce sens que les deux hommes, diabolisés par la population et par les fils de leur collègue suicidé, n’ont pas eu la vie facile sur le plan économique.[57] Voilà qui renvoie la contradiction selon laquelle, s’ils avaient trempé dans des réseaux illégaux lucratifs, les deux policiers déchus auraient facilement pu trouver un moyen de gagner facilement de l’argent. Au contraire, ils ont tenté de s’en sortir par des moyens honnêtes, c’est-à-dire par de petits boulots. Du moins pendant un temps, puisqu’une accusation portée contre Hubert en 1977, à l’effet qu’il aurait pu tenter de tirer profit d’une assurance automobile pourrait laisser croire qu’il était désespéré. On est bien loin de la preuve de leur connexion avec un réseau mafieux.

            Alors, la question s’impose : a-t-on exagéré la mauvaise réputation faite à l’endroit de Dallaire et Hubert, comme elle subsiste toujours dans l’esprit de plusieurs personnes?

            Tel que mentionné en introduction, le but de Trajectoire n’était pas de tenir compte du ouï-dire mais de se concentrer sur les documents légaux et par conséquent accorder de l’importance aux sources les plus crédibles. Or, tout ce que le rapport de la CPQ avait à reprocher à Hubert était d’avoir fréquenté une prostituée et d’avoir vécu avec elle une relation ouverte (sa femme avait également un amant). En 1969, on pourrait comprendre qu’une telle situation puisse choquer, mais soulignons que la CPQ ne lui a fait aucun reproche quant à la qualité de ses enquêtes.

Entre un homme infidèle et un assassin, la marge est énorme.

            On se souviendra qu’en 1996 Dupont et Hubert ont été décrits comme des amis. Même s’il n’a jamais été prouvé quoi que ce soit à l’endroit de Dupont, d’autres ont laissé clairement entendre qu’il savait ce qui se passait. Sa peur de témoigner était-elle en lien avec le dévoilement de la situation extraconjugale de son ami Hubert? Et Hubert a-t-il caché des choses pour protéger son ami, qui lui aussi avait une maîtresse?

            Certes, il semble y avoir encore toute une histoire derrière cette amitié que nous ne saurons jamais. Et là-dessus, les seules personnes qui pourraient nous informer (Dupont et Hubert) ne sont plus de ce monde.

Une enquête subjective?

            En 1996, au lendemain du témoignage du Dr Kathleen Reichs, le journaliste Éric Trottier a souligné que « les enfants Dupont ont indiqué qu’ils n’accepteront pas la thèse du suicide de leur père comme l’explication de sa mort, quels que soient les résultats d’analyses. »[58] L’enquête des enfants du policier Dupont, que l’on pourrait certainement désigner comme une contre-enquête, était donc subjective, animée d’un but précis. Or, une enquête digne de ce nom se doit de récolter objectivement des éléments, peu importe leur orientation.

            D’autres éléments ont démontré que la théorie du meurtre était biaisée, puisque « Le pathologiste Michael Baden, de New York, qui a dirigé la nouvelle autopsie avec Mme Reichs et qui doit témoigner lundi matin à ce sujet, est lui aussi l’objet de leurs attaques depuis deux semaines. Selon Robert Dupont, Baden a lui-même perforé le sternum du policier afin d’accréditer la thèse du suicide et d’aider le laboratoire de médecine légale de Montréal. »[59]

            Cette accusation a donné l’impression que la famille Dupont réajustait sa théorie selon ce qui était présenté devant eux. En effet, après avoir accusé publiquement le Dr Baden d’avoir « perforé le sternum », ils ont par la suite – ainsi que le Dr Roh – tenté de vendre l’idée de la présence d’un sterno-foramien. Or, il s’agit là de deux idées complètement opposées, incompatibles. L’une implique un geste malhonnête alors que le second s’apparente à une malformation naturelle.

            De plus, on se demande si les Dupont n’ont pas eux-mêmes, hors de la salle d’audience, voulu manipuler l’opinion publique car « Jacques, l’autre fils de Louis-Georges, a notamment pris à partie un reporter de TVA parce que celui-ci ne reflétait pas assez à son goût la position de la famille. »[60]

Corruption ou manque d’effectifs?

            Dans le chapitre consacré à la reconstitution des audiences de la CPQ de 1969, des questions intéressantes émergent. Entre autres, l’aura de corruption qui existe toujours sur cette époque ne pourrait-elle pas avoir pris quelques-unes de ses racines dans une procédure confortablement installée depuis des décennies et aussi un manque de budget? Ces deux éléments semblent ressortir de manière assez flagrante à la lecture de ce chapitre. En effet, certains témoignages ont mis en lumière le manque d’effectifs. Est-ce que cette lacune pourrait expliquer certains comportements, ou plutôt le fait que des policiers ont dû travailler avec ce qu’ils avaient, c’est-à-dire bien peu? Cette lacune pourrait-elle être à l’origine d’une certaine confusion qui, au fil des années, a exagéré l’image que nous nous faisons de cette corruption?

            Sans les transcriptions complètes de cette enquête, il est impossible d’aller dans le détail, et donc impossible de défaire totalement certaines idées reçues quant à cette époque. Par conséquent, ces idées reçues, elles aussi, ne trouvent aucun appui solide, hormis la controverse entourant Dallaire et Hubert. Encore là, nous avons vu que les faits reprochés officiellement ne sont pas à la hauteur de ce que plusieurs personnes espéraient.

            Certes, que l’on appelle cela de l’incompétence ou une façon de faire qui devait probablement rouler depuis des décennies, il est impossible, et même pervers, de juger cette époque avec nos yeux d’aujourd’hui, d’autant plus que plusieurs documents manquent. Toutefois, est-il nécessaire de le rappeler, la mouvance des années 1960 dans un cadre comme celui de la Révolution tranquille n’a rien de surprenant face à cette volonté de changement et d’amélioration. Comme nous l’avons déjà spécifié, le rôle de la CQP n’était pas de démanteler un réseau quelconque mais plutôt d’uniformiser la qualité du travail policier à travers la province. D’ailleurs, Trois-Rivières n’a pas été la seule municipalité à passer sous la loupe de cette commission.

            Ainsi, l’une des plus grandes conclusions qu’il faudrait tirer de cette étude est de nuancer l’évaluation et le jugement que l’on fait d’une époque que nous n’avons pas connue, ou que nous avons mal connue.

Le jugement St-Julien de 1995

            Revenons un instant sur ce jugement qui, apparemment, laissait entendre tant d’espoir pour la famille.

            Pour comprendre ce jugement, il est essentiel de revenir à ce que le juge St-Julien a lui-même dit au cours des audiences, c’est-à-dire que son devoir était de rendre un jugement sur une requête en mandamus Pour cela, il s’est basé sur ce qui a été entendu devant lui. Mais comment est-il possible d’en arriver à des idées diamétralement opposées, puisque St-Julien a pris pour acquis plusieurs éléments qui ont été démentis ou défaits par la suite?

            Pour mieux comprendre, on retrouve un éditorial très intéressant de Ginette Gagnon publié le 20 septembre 1996, soit entre la fin des audiences de la commission et le dépôt du rapport de la juge Lacerte-Lamontagne. Dans un éditorial intitulé « Le juge est allé trop vite en affaire », elle semble avoir mis le point sur une explication plausible : « Autant la famille Dupont et le public étaient justifiés d’entretenir des doutes sur le suicide de Louis-Georges Dupont, autant il faut reconnaître que le juge Ivan Saint-Julien, qui a finalement ordonné, en décembre dernier, la tenue d’une enquête publique sur cette affaire, est allé un peu trop vite en accréditant sans la moindre réserve la thèse du meurtre. C’est ce qui explique visiblement que la famille Dupont soit tombée des nues en vivant le déroulement de l’enquête qui vient de prendre fin. Cette enquête ne corrobore pas ses prétentions, comme elle l’escomptait, quant au fait que Louis-Georges Dupont a été victime d’un règlement de compte pour avoir témoigné contre ses confrères de travail. Néanmoins, en dépit des critiques cinglantes des fils Dupont sur la commission Lacerte-Lamontagne, force est de conclure que la commission a bien rempli son mandat et qu’elle n’a pas lésiné sur les moyens pour tenter de faire la lumière sur la mort de M. Dupont. »[61]

            Ce texte, Ginette Gagnon l’écrivait selon ses impressions des audiences puisque la conclusion de la juge n’était pas encore connue. Elle a cependant fait preuve d’une grande lucidité en ajoutant que « On ne peut présumer des conclusions de la commission Lacerte-Lamontagne. Mais à la lumière des auditions qui se sont déroulées, elle ne pourra pas conclure qu’il y a eu assurément meurtre comme l’aurait souhaité la famille. »[62] Elle avait également compris que l’aveuglement de la famille n’en était qu’à ses débuts : « Cette enquête aura été pénible pour les Dupont à bien des égards et il faut comprendre l’émotion qui les habitent et la déception qu’ils ressentent. Cette énigme continuera de les habiter pour le restant de leurs jours. »[63]

            Bien que le titre de son éditorial en fasse mention, elle n’a toutefois pas élaboré sur les raisons qui ont conduits St-Julien à prendre davantage le parti de la famille en 1995. Plusieurs des points qu’il a soulevé dans son jugement ont été défaits par la suite. Pourquoi? Comme l’a souligné Ginette Gagnon, il semble que l’aspect expéditif de son enquête n’a pas permis une étude exhaustive de tous les faits. Ensuite, on s’est surtout concentré sur les déboires des Dupont avec la Ville de Trois-Rivières et finalement sur les experts. De toute façon, son mandat n’était pas d’enquêter sur tous les détails mais seulement – et je me répète, je le sais – de déterminer s’il devait y avoir une commission d’enquête. En effet, sur ce point, je suis généralement d’accord avec lui. Avec ce qui a été présenté en preuve en novembre 1995, il y avait encore de nombreuses questions à éclaircir. Certes, c’était encore très insuffisant pour renverser le verdict original du suicide, mais la tenue d’une commission d’enquête publique était nécessaire, ne serait-ce que pour vider cette question une bonne fois pour toute.

Des documents manquants?

            Lors de son premier témoignage en 1995, Jacques Dupont prétendait qu’il manquait des documents, dont « l’expertise de l’auto », « le rapport de séjour de Hubert et Buckley à Montréal », « l’autopsie originale », et « le constat de décès du docteur Létourneau ». Or, pour la plupart de ces documents, comme on l’a vu précédemment, rien ne prouve qu’ils aient seulement existé. Les rapports d’autopsie se sont uniformisés à partir de 1970, on n’a jamais procédé à une expertise sur la voiture ni sur la banquette, rien ne prouve qu’il y ait eu un rapport pour les recherches que Hubert et Buckley ont fait dans la région de Montréal à l’époque de la disparition. Quant au constat de décès, dont « l’existence » n’est mentionné qu’une seule fois – dans le rapport de l’enquêteur de la CSST – que prouverait-il si toutefois on le retrouvait? Un constat de décès est ni plus ni moins un papier assez bref qui n’apporterait rien à l’enquête et qui n’est pas aussi important légalement qu’une enquête de coroner, par exemple.

            Lors de commission CAI ultérieures au début des années 2000, les Dupont continuaient pourtant de tenter d’obtenir certains de ces documents que l’on pourrait presque qualifier de fictifs. Alors, pourquoi en faire la demande? Parce qu’ils refusent d’accepter la vérité en face? Ou alors parce qu’ils s’amusent à jeter des bâtons dans les roues du système, rien que pour le plaisir de voir ce que cela donnera comme résultat?

            Le présent exercice n’a pas pour but de laisser planer le moindre commentaire négatif sur qui que ce soit, mais il faut prendre conscience que demander un document qui n’existe pas revient à interpréter un vide archivistique. Or, un vide ne s’interprète pas, ni dans un sens ni dans l’autre. Le document est simplement absent, détruit ou n’a pas été déposé. C’est tout.

Commission de police du Québec

            Les partisans de la thèse de l’assassinat ont toujours considéré bien épouvantable le passage de la Commission de police du Québec (CPQ) à Trois-Rivières. Mais il faudrait éviter de s’adonner au nombrilisme car la CPQ ne s’est pas uniquement attaqué à la ville de Laviolette. Elle a pratiquement fait le tour de tout le Québec, au point de laisser aux archives nationales un fonds dont l’ampleur semble considérable.

            De plus, il ne faut pas oublier que la mission de la CPQ en venant à TR n’était pas exclusivement de faire la lumière sur le comportement des détectives et la prostitution, mais aussi d’améliorer et d’uniformiser la qualité des services de police, comme par exemple l’équipement et la scolarité des policiers. Le rapport fait d’ailleurs mention des inventaires des équipements et du niveau de scolarité – qui n’était d’ailleurs pas très impressionnant – des policiers.

            La CPQ semble avoir été créé en 1968, et donc avant que le problème trifluvien n’éclate dans les médias. Dans Le Devoir du 16 août 1968, on peut lire « La Commission de police du Québec, récemment mise sur pied par le gouvernement provincial, a été assermentée en la salle des Assise criminelles du palais de justice de Québec. La cérémonie était présidée par le juge en chef de la Cour provinciale, M. Joseph Bilodeau. Le magistrat a procédé d’abord à l’assermentation du président de la Commission de police, le juge Roger Gosselin. Ce dernier avait auparavant prêté serment comme juge de la cour provinciale où il vient d’accéder. Me Gérard Tobin, ancien directeur de la sûreté. Municipale de Sillery en banlieue de Québec, ainsi que MM. Roméo Courtemanche et Normand Saint-Georges, récemment nommés membres de cette commission ont ensuite prêté vie le même serment ».

Le suicide, sujet tabou

            Lucie Charbonneau est bien consciente que la méthodologie d’une étude sur le sujet peut être affectée parce que « Les données concernant le suicide chez les policiers sont difficiles à obtenir en raison du désir des départements de police de protéger l’image du policier et la fermeture du milieu policier aux chercheurs extérieurs. »[64] Si des études basées sur des données américaines démontrent que le taux de suicide serait plus élevé au sein des corps policiers que celui de la population en général, elle en arrive plutôt au constat que « Nos résultats démontrent qu’entre 1986 et 1992 au Québec, il n’y a pas de raison de croire que les policiers se suicident plus souvent qu’une population équivalente au niveau de l’âge et du sexe : ils ne permettent cependant pas de déterminer si le métier de policier comporte ou non plus de risque de passage à l’acte que d’autres métiers. Il ne faudrait donc pas minimiser le phénomène du suicide dans les forces de l’ordre au Québec, d’autant plus que le nombre de suicides dépasse le nombre de morts en mission. »[65]

            Comme l’a dit Jason Levinstein, « Si un policier pense à s’enlever la vie, pour une raison que personne ne connaîtra peut-être jamais, il a facilement le moyen de le faire. Mais si quelqu’un veut s’enlever la vie, il finit toujours par trouver le moyen de le faire. Être policier rend seulement la chose plus facile. »[66] Dans son autobiographie, Jean-Marc Bloch, un policier français de carrière qui se démarque par son franc-parler, a livré un témoignage qui a va dans le même sens : « On déplore en France presque un suicide de policier par semaine, et ces drames sont souvent dus à l’accumulation de trois facteurs : des problèmes professionnels (dans un des métiers les plus stressants qui soient) auxquels s’ajoutent des galères personnelles (comme dans tous les couples) mais aussi, exclusivité policière, la présence permanente d’une arme à feu. Là où beaucoup de gens déprimés tentent de se suicider, les flics ont les moyens de réussir à coup sûr, en passant à l’acte sans se laisser le temps d’hésiter. »[67]

            Le sujet reste encore à approfondir car les études produites jusqu’à maintenant se font encore trop rares en ce qui concerne les policiers québécois.[68] D’autre part, l’étude de Charbonneau permet de rejoindre un autre aspect présent dans l’affaire Dupont quand elle précise que « Les départements de police pourraient être poussés à camoufler les suicides de leurs membres à cause des réactions négatives que ce phénomène suscite dans le contexte culturel nord-américain et de l’Image publique qu’ils veulent protéger (Loo, 1984). Vena et al. (1986) expliquent que les données sur les causes de mortalité se basent souvent sur le rapport de police produit par le corps policier local. Le fait que ce rapport soit rédigé par un collègue du policier suicidé pourrait en influencer le contenu. »[69]

            Bien sûr, elle ne parle pas de corruption ou de dissimulation de crime, mais laisse entendre plutôt qu’il semble être une pratique courante que l’enquête d’un policier qui s’enlève la vie soit conduite par un collègue. Faudrait-il en déduire que, en admettant que Jean-Marie Hubert a véritablement mené l’enquête sur la mort de Dupont, qu’il n’y a pas lieu d’y voir un comportement policier inadéquat?

            De plus, elle ajoute que « les circonstances entourant certains suicides permettraient de les camoufler en accidents (Loo, 1986; Vena et al., 1986). Par exemple, des incidents comme une chute d’un endroit élevé ou une blessure par balle chez quelqu’un qui manipule quotidiennement une arme à feu peuvent être interprétés comme un accident quand aucune note d’adieu n’est retrouvée. »[70] Ceci nous rapporte à l’apparition dans les médias écrits du 8 novembre 1969 de l’annonce de la disparition de Dupont. Puisque sa disparition avait été médiatisée, il était devenu impossible de passer sous silence les conditions de sa mort. Ainsi, son suicide a aussi été médiatisé, contrairement à la plupart des autres policiers. Pour finir, est-ce que cela pourrait expliquer pourquoi le coroner Marcel Chartier aurait tenté de minimiser les conséquences de ce drame en essayant de trouver un compromis subtile dans son verdict?

Dans un article paru en 1997, on notait que le suicide avait augmenté de 10% au Québec en 1995 par rapport à 1994. « En 1995, 1 442 personnes sont décédées, ce qui équivaut à 4 suicides par jour. Une hausse attribuable non pas aux jeunes, mais aux baby-boomers de 30 à 54 ans. »[71] On y apprenait aussi que les hommes choisissent de s’enlever la vie quatre fois plus que les femmes. Cette constatation découlait du bilan dressé par le coroner Pierre Morin sur une période allant de 1990 à 1995. Selon le Dr Christine Colin « Le suicide n’est pas un acte de courage ni de bravoure. Les gens qui se suicident sont la plupart du temps dépressifs. Certains vont jusqu’à dire que de 60 à 90% des personnes qui se suicident souffrent d’une maladie mentale. »[72] Selon elle, il est nécessaire de parler ouvertement du suicide.

            N’est-ce pas la leçon qu’il faudrait retenir de l’affaire Dupont? Certes, d’un point de vue rationnel on constate à quel point le drame que Louis-Georges Dupont a créé, vraisemblablement sans se douter de tout ce qui allait en découler, a provoquer des larmes, des peines, de la rage, et des théories visant à repousser l’inacceptable, mais toujours dans un destin irréparable et terriblement triste.

            Quelles solutions pourrait-on envisager? Serait-il seulement honnête d’en présenter quelques-unes qui soient réalistes? Ou alors doit-on accepter que le suicide est un fléau que nous ne pourrons jamais enrayer?

            Le suicide est-il un sujet à ce point tabou qu’il pourrait expliquer pourquoi on peut le nier et fuir les preuves de son existence au point de s’accrocher à une histoire que la justice a officiellement démentie?


[1] Jean-Marc Beaudoin, « L’enquête Dupont : du calme s.v.p. », Le Nouvelliste, 31 août 1996.

[2] Lucie Charbonneau, « Le suicide chez les policiers au Québec: enjeux méthodologiques et état de la situation », Population 55e année, no 2 (2000): 367‑78, https://doi.org/10.2307/1535038.

[3] Charbonneau.

[4] K. W. Strandberg, « Suicide in Law Enforcement », Law Enforcement Technology 7 (1997): 38‑77.

[5] Jean-Marc Bloch et Rémi Champseix, Des deux côtés du miroir, itinéraire d’un flic pas comme les autres, Documents (Paris: Cherche Midi, 2015).

[6] John M. Violanti, « The Mystery within: Understanding Police Suicide », FBI Law Enforcement Bulletin 64, no 2 (1995): 19.

[7] Violanti.

[8] Charbonneau, « Le suicide chez les policiers au Québec: enjeux méthodologiques et état de la situation ».

[9] Charbonneau.

[10] Charbonneau.

[11] Claire Harting, « Le Québec se tue », Le Journal de Montréal, 11 février 1997.

[12] Harting.

[13] Céline Lacerte-Lamontagne, « Commission d’enquête sur les circonstances entourant la disparition et le décès de M. Louis-Georges Dupont : rapport d’enquête », 28 novembre 1996, Bibliothèque et Archives nationales du Québec à Trois-Rivières, https://www.bibliotheque.assnat.qc.ca/DepotNumerique_v2/AffichageNotice.aspx?idn=67712.

[14] Gilles Desjardins, « La formation et le maintien de l’Idée délirante de persécution: cinq études de cas » (Comme exigence partielle du doctorat en psychologie, Université de Sherbrooke, 2014).

[15] Idée délirante de persécution.

[16] Desjardins, « La formation et le maintien de l’Idée délirante de persécution: cinq études de cas ».

[17] Pierre Payette, « À propos du stress dans le travail policier », Santé mentale au Québec 10, no 2 (1985): 140‑44, https://doi.org/10.7202/030301ar.

[18] Selon Le Nouvelliste, ce serait plutôt en décembre 1966.

[19] Lacerte-Lamontagne, « Commission d’enquête sur les circonstances entourant la disparition et le décès de M. Louis-Georges Dupont : rapport d’enquête ».

[20] Payette, « À propos du stress dans le travail policier ».

[21] Payette.

[22] Payette.

[23] Payette.

[24] Céline Lacerte-Lamontagne, Témoignage de Jeanne d’Arc Lamy Dupont (Commission d’enquête sur les circonstances entourant la disparition et le décès de M. Louis-Georges Dupont 17 juin 1996).

[25] Lacerte-Lamontagne, 1.

[26] Desjardins, « La formation et le maintien de l’Idée délirante de persécution: cinq études de cas ».

[27] Sarah Mezaguer, La théorie du complot : un mythe? (Paris: L’Harmattan, 2012).

[28] Mezaguer.

[29] Mezaguer.

[30] Mezaguer.

[31] Mezaguer.

[32] Mezaguer.

[33] Véronique Campion-Vincent et Jean-Bruno Renard, De source sûre, Nouvelles rumeurs d’aujourd’hui (Paris: Payot, 2002).

[34] Mezaguer, La théorie du complot : un mythe?

[35] Mezaguer; Florian Sauvageau, Simon Thibault, et Pierre Trudel, Les fausses nouvelles, nouveaux visages, nouveaux défis : Comment déterminer la valeur de l’information dans les sociétés démocratiques? (Québec: Presses de l’Université Laval, 2018).

[36] Clément Fortin, L’affaire Coffin : une supercherie? : docu-roman (Montréal: Wilson & Lafleur, 2007), https://cap.banq.qc.ca/notice?id=p%3A%3Ausmarcdef_0003340090&queryId=43ec93db-884a-4a76-895a-fbca6f21091e&posInSet=7.

[37] Fortin.

[38] Clément Fortin, Mesrine le tueur de Percé : une fraude judiciaire (Montréal: Wilson & Lafleur, 2012).

[39] Mezaguer, La théorie du complot : un mythe?

[40] Mezaguer.

[41] Mezaguer.

[42] Mezaguer.

[43] Campion-Vincent et Renard, De source sûre, Nouvelles rumeurs d’aujourd’hui.

[44] Campion-Vincent et Renard.

[45] Clément Fortin, Guy Turcotte, ruse ou folie (Montréal: Bouquinbec, 2017).

[46] Fortin.

[47] Éric Trottier, « Mort de l’agent Dupont: les experts accréditent la thèse du suicide », La Presse, 14 septembre 1996.

[48] Sauvageau, Thibault, et Trudel, Les fausses nouvelles, nouveaux visages, nouveaux défis : Comment déterminer la valeur de l’information dans les sociétés démocratiques?

[49] « À Trois-Rivières, Le sergent détective Dupont aurait-il été forcé de se suicider? », Photo-Police, 29 novembre 1969, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[50] Pierre Schneider, Boum baby boom : La véritable histoire de Bozo-les-culottes ([Montréal]: Québec Amérique, 2002); Michel Beaudin, Raymond Daoust, l’avocat de la pègre, DVD, Documentaire, 2002.

[51] Fondé en 1953.

[52] Schneider, Boum baby boom : La véritable histoire de Bozo-les-culottes.

[53] Schneider.

[54] Schneider.

[55] Yves Lefebvre et al., Droit pénal général et pouvoirs policiers, 7e éd. (Montréal: Modulo, 2015).

[56] Dowling a témoigné uniquement en 1995.

[57] Jean-Paul Arsenault, « Paul Dallaire et Jean-Marie Hubert: Un souvenir amer », Le Nouvelliste, 30 mars 1974.

[58] Trottier, « Mort de l’agent Dupont: les experts accréditent la thèse du suicide ».

[59] Trottier, « Mort de l’agent Dupont: les experts accréditent la thèse du suicide ».

[60] Trottier.

[61] Ginette Gagnon, « Le juge est allé trop vite en affaire », Le Nouvelliste, 20 septembre 1996, sect. Éditorial.

[62] Gagnon.

[63] Gagnon.

[64] Charbonneau, « Le suicide chez les policiers au Québec: enjeux méthodologiques et état de la situation ».

[65] Charbonneau.

[66] Strandberg, « Suicide in Law Enforcement ».

[67] Bloch et Champseix, Des deux côtés du miroir, itinéraire d’un flic pas comme les autres.

[68] Charbonneau, « Le suicide chez les policiers au Québec: enjeux méthodologiques et état de la situation ».

[69] Charbonneau.

[70] Charbonneau.

[71] Harting, « Le Québec se tue ».

[72] Harting.


[1] Selon les dires des Dupont recueillis entre 2011 et 2014.

[2] Eric Veillette, L’affaire Denise Therrien, une affaire classée, Patrimoine judiciaire (Lanoraie (Québec): Éditions de l’Apothéose, 2015). Pour en savoir davantage sur le curé Leblanc, voir également https://historiquementlogique.com/2015/08/16/le-cure-gregoire-leblanc-temoigne-au-proces-dun-tueur-en-serie/

[3] La belle-mère de Dupont avait le même nom de famille, mais il nous a été impossible de trouver le moindre lien de parenté.

[4] « Funérailles de Mme H. Lamy », Le Nouvelliste, 9 août 1950.

[5] « Verdict de mort accidentelle dans le cas de J.-P. Gendron », Le Nouvelliste, 25 avril 1953.

[6] « Magasin visité par les voleurs », Le Nouvelliste, 25 octobre 1954.

[7] « Magasin visité par les voleurs ».

[8] « Magasin visité par les voleurs ».

[9] « Le détective E. Beaubien et la pègre », Le Nouvelliste, 2 novembre 1957.

[10] Léon Lajoie, R. c. Fernand Labrecque (Procès expéditif 20 mai 1947).

[11] Édouard Langlois, R. c. Paul Bouchard (Procès expéditif 20 avril 1948).

[12] « Dans le Trois-Rivières traditionnel de 1857 : la police », Le Nouvelliste, 2 novembre 1957.

[13] « Fillette de 8 ans assaillie à la Terrasse; arrestation », Le Nouvelliste, 28 février 1958.

[14] « Un chauffard appréhendé », Le Nouvelliste, 23 mai 1958, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[15] « Fugitif écroué après une chasse mouvementée », Le Nouvelliste, 10 décembre 1958, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[16] « Deux vols par effraction », Le Nouvelliste, 25 juillet 1958, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[17] J.-René Ferron, « Vols par effraction à domicile éclaircis, Deux voleurs arrêtés après une chasse à l’homme mouvementée », Le Nouvelliste, 23 janvier 1959, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[18] J.-René Ferron, « Vague de vols et de vandalisme, Cinq établissements reçoivent la visite des cambrioleurs », Le Nouvelliste, 25 février 1959, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[19] Ferron.

[20] « Des voleurs s’emparent du coffre-fort de la Northern », Le Nouvelliste, 4 juillet 1959, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[21] « Trois individus arrêtés à la suite d’une chasse à l’homme ponctuée de coups de feux », Le Nouvelliste, 26 août 1959, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[22] « Trois individus arrêtés à la suite d’une chasse à l’homme ponctuée de coups de feux ».

[23] « Appréhendé pour fraude et défiguration de la monnaie », Le Nouvelliste, 26 août 1959, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[24] « Un homme écrasé à mort par un camion à l’International Paper », Le Nouvelliste, 29 septembre 1959, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[25] « Arrestation à la suite d’un accident », Le Nouvelliste, 9 novembre 1959, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[26] « Vol par effraction chez Provincial Gas », Le Nouvelliste, 9 novembre 1959, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[27] « Un nouvel homme-mouche à l’oeuvre », Le Nouvelliste, 5 décembre 1959, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[28] Pierre L. Desaulniers, « Vol de $2,250, Audacieux hold-up à la Caisse Saint-Sacrement », Le Nouvelliste, 19 décembre 1959, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[29] Desaulniers.

[30] « École visitée par les voleurs », Le Nouvelliste, 13 janvier 1960.

[31] « Arrestation des présumés auteurs du vol chez Nadeau », Le Nouvelliste, 18 février 1960, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[32] « Aux Sessions de la Paix, Jugement rendu le 3 mars dans la cause de Labranche », Le Nouvelliste, 27 février 1960, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[33] « Dupont », Le Nouvelliste, 5 mars 1960, sect. Nécrologie.

[34] Pierre L. Desaulniers, « Le présumé assassin activement recherché, Meurtre dans une chambre d’hôtel », Le Nouvelliste, 18 juin 1960, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[35] Desaulniers.

[36] Desaulniers.

[37] « Rixe nocturne au centre de la ville, Un garagiste des Forges tombe sous les coups d’un fier-à-bras », Le Nouvelliste, 25 juillet 1960, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[38] « Rixe nocturne au centre de la ville, Un garagiste des Forges tombe sous les coups d’un fier-à-bras ».

[39] Pierre L. Desaulniers, « La rixe de la rue Royale, Responsabilité criminelle imputée à René Laroche en marge du décès de Desfossés », Le Nouvelliste, 26 juillet 1960, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[40] « Me Jules Provencher est nommé juge municipal », Le Nouvelliste, 26 juillet 1960, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[41] Aimé Marchand, R. c. Andrew Day (Cour du banc du Roi 1930). Jean-Marie Bureau était l’avocat de Day, accusé de familicide : il avait assassiné sa femme et ses sept enfants (tous des garçons) avec une hache avant de tenter de s’enlever la vie en se tranchant la gorge. Le crime s’est produit dans la maison louée par la famille Day sur la rue Laurier, à Trois-Rivières. Day a finalement été déclaré inapte et il a pris le chemin des institutions psychiatriques. Le crime de Day demeure le familicide le plus sanglant de toute l’histoire judiciaire du Canada.

[42] Desaulniers, « La rixe de la rue Royale, Responsabilité criminelle imputée à René Laroche en marge du décès de Desfossés ».

[43] Pierre L. Desaulniers, « Après treize minutes de délibérations aux Assises, Un jury acquitte René Laroche d’une accusation d’homicide involontaire », Le Nouvelliste, 26 octobre 1960, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[44] « La Sûreté retrace rapidement l’auteur d’un “hit and run” », Le Nouvelliste, 21 octobre 1960, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[45] Paul-Émile Guy, « Le conseil donne suite aux recommandations du directeur Brunet, M. Jean-Marie Hubert dirigera la Sûreté – Autres nominations », Le Nouvelliste, 21 juin 1961, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[46] Guy.

[47] Guy.

[48] « Le chef de la Sûreté municipale se foule une cheville », Le Nouvelliste, 22 juin 1961, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[49] Proulx était agent au Cap Bowling, situé au 748 St-Christophe, à Trois-Rivières.

[50] « Que pensez-vous des réformes à la Sûreté municipale? », Le Nouvelliste, 28 juin 1961, sect. L’Opinion du passant, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[51] « Que pensez-vous des réformes à la Sûreté municipale? »

[52] Louis Caron, « À la gare du Pacifique Canadien, Un individu s’empare de $1,800 en chèques de voyage – On l’arrête peu après à la Traverse », Le Nouvelliste, 11 juillet 1961, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[53] « Balle molle », Le Nouvelliste, 12 juillet 1961, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[54] Louis Caron, « Malgré que “l’épidémie” revienne à tous les ans, La Sûreté veut mettre fin aux vols de bécanes », Le Nouvelliste, 20 juillet 1961, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[55] « Auto retracée au Nouveau-Brunswick », Le Nouvelliste, 21 août 1961, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[56] C’est la première mention selon laquelle le centre funéraire Philibert servait de morgue. Auparavant, les articles de journaux faisaient référence à la morgue Rousseau.

[57] Renald Savoie, « “J’ai tué ma blonde”, dit Albert Grenier en se livrant à la police, Drame dans une mansarde, rue Michel-Bégon », Le Nouvelliste, 8 septembre 1961.

[58] Savoie.

[59] Renald Savoie, « À l’enquête du coroner, Albert Grenier est tenu criminellement responsable de la mort de Mme Beaulieu », Le Nouvelliste, 9 septembre 1961, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[60] « Aux Sessions, Un jeune homme condamné à trois ans de pénitencier », Le Nouvelliste, 1 février 1962, Revues et journaux québécois, Bureau du coroner du Québec.

[61] « Près de la Pointe-du-Lac, Le coffre-fort de M. Richard retrouvé mais non les $5,500 », Le Nouvelliste, 13 mars 1962, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[62] « Grâce au sergent-détective Dupont, Marchandises volées dans une pharmacie retrouvées », Le Nouvelliste, 5 avril 1962, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[63] « Sur le Boulevard des Récollets, Vol par effraction de $2,500 à la Pharmacie de Normanville », Le Nouvelliste, 3 avril 1962, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[64] « Vol perpétré à la buanderie Deluxe », Le Nouvelliste, 19 avril 1962, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[65] « Vol par effraction chez M. Jean Hébert », Le Nouvelliste, 24 avril 1962, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[66] « La Sûreté enquête sur deux vols », Le Nouvelliste, 3 août 1962, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[67] « À bord d’un cargo suédois, Un opérateur de radio tente de s’enlever la vie », Le Nouvelliste, 11 août 1962, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[68] Pierre Courteau, « Congé de Noël tragique, Rhéo Robert abattu d’une balle, Paul Gauvin détenu comme témoin important », Le Nouvelliste, 27 décembre 1962, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[69] Pierre Courteau, « Gauvin tenu criminellement responsable, Le jury du coroner ne délibère que deux minutes », Le Nouvelliste, 28 décembre 1962, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[70] Courteau.

[71] Pierre Courteau, « Drame révoltant, rue William, Un bandit abat M. René Mongrain après une tentative de hold-up », Le Nouvelliste, 4 mars 1963, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[72] Courteau.

[73] Pierre Courteau, « Un suspect se livre à la police, L’enquête des limiers pour éclaircir le meurtre de René Mongrain ture à sa fin », Le Nouvelliste, 6 mars 1963, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[74] Courteau.

[75] « Par la voix du maire Mongrain, Le sergent Aubuchon fait l’éloge des détectives », Le Nouvelliste, 14 mars 1963, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[76] « Dans un hangar des Ports nationaux, Des vandales causent des dégâts évalués à $1,500 », Le Nouvelliste, 17 avril 1963, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[77] Roger Laroche, R. c. Normand Laterreur, District de Trois-Rivières (Cour du banc de la Reine 1963).

[78] « Vol d’un gros malaxeur à ciment », Le Nouvelliste, 28 mars 1963, Revues et journaux, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[79] « Vol de $150 dans une taverne », Le Nouvelliste, 27 juin 1963, Revues et journaux, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[80] « Un chauffeur de taxi vole $250 à son propriétaire », Le Nouvelliste, 27 juin 1963, Revues et journaux, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[81] « Présumé faussaire, Jean-Claude Verret arrêté dans un hôtel du centre de la ville », Le Nouvelliste, 10 juillet 1963, Revues et journaux, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[82] « Mort naturelle », Le Nouvelliste, 10 juillet 1963, Revues et journaux, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[83] « La remorque a bel et bien été vidée de son contenu », Le Nouvelliste, 16 novembre 1963, Revues et journaux, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[84] « Un membre de la sûreté […] », Le Nouvelliste, 27 juillet 1963, sect. C’est un secret de polichinelle, Revues et journaux, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[85] Accès (consulté le 27 septembre 2018) : http://cinememorial.com/film_1946_-_JACK_L’ESPAGNOL_22027.html De plus, selon Télé-Radio-Monde, l’horaire de la programmation télé le film aurait été diffusé en version française au canal 10 un dimanche de juillet 1962 à 7h30 dans le cadre de l’émission Ciné-spectacle.

[86] « Des malfaiteurs s’introduisent dans une maison », Le Nouvelliste, 7 août 1963, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[87] « Un prévenu fera trente jours de prison », Le Nouvelliste, 19 août 1963, Revues et journaux, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[88] « Le Dr Rosario Fontaine, Il s’agit d’un crâne médical », Le Nouvelliste, 20 septembre 1963, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[89] « La Sûreté et la PP appréhendent trois jeunes gens », Le Nouvelliste, 10 octobre 1963, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[90] Pierre Courteau, « Hold-up de $3,000 à l’hôtel St-Maurice », Le Nouvelliste, 15 octobre 1963, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[91] « Deux détectives trifluviens enquêtent dans la métropole », Le Nouvelliste, 16 octobre 1963, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[92] « Au volant de son auto, M. J.-A. Mondor meurt subitement », Le Nouvelliste, 17 octobre 1963, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[93] « Un vol de $650 en marchandises sans effraction! », Le Nouvelliste, 14 février 1964, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[94] « Les apaches étanchent leur soif! Double vol commis à la faveur de la nuit dans un entrepôt et un magasin », Le Nouvelliste, 27 mars 1964, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[95] « Le vieillard qui s’est jeté à l’eau, M. Adélard Ménard est identifié par son fils », Le Nouvelliste, 9 avril 1964, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[96] « Pour avoir quêté, Quatre Québécois comparaîtront en Cour municipale », Le Nouvelliste, 9 avril 1964, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[97] « Le corps d’un noyé repêché au quai de la CIP », Le Nouvelliste, 10 juin 1964, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[98] « Le corps d’un noyé bientôt identifié », Le Nouvelliste, 27 juin 1964, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[99] « Deux adolescents détenus en rapport avec un vol d’auto », Le Nouvelliste, 4 juillet 1964, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[100] « Un amateur de yachting se fait voler son moteur », Le Nouvelliste, 4 juillet 1964, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[101] « Nouveaux indices sur l’auteur du hold-up », Le Nouvelliste, 22 juillet 1964, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[102] « Un Américain se fait voler des vêtements », Le Nouvelliste, 27 août 1964, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[103] « Vols à l’étalage chez J.-L. Fortin », Le Nouvelliste, 10 novembre 1964, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[104] « Plusieurs parcomètres défoncés », Le Nouvelliste, 10 décembre 1964, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[105] « André Pichette connaîtra son sort le 22 décembre », Le Nouvelliste, 14 décembre 1964, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[106] « André Pichette connaîtra son sort le 22 décembre ».

[107] « La Sûreté fait enquête sur trois vols », Le Nouvelliste, 23 décembre 1964, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[108] « Un Sorelois se fait voler $200 », Le Nouvelliste, 2 février 1965, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[109] « Vague de méfaits et de vols à travers la ville », Le Nouvelliste, 26 juin 1965, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[110] « Vol d’une tente et d’articles de camping », Le Nouvelliste, 22 juillet 1965, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[111] « À l’île St-Christophe, Un enfant de 10 à 12 ans tombe du pont et se noie », Le Nouvelliste, 4 août 1965, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[112] « Vol d’un moteur de yacht à la Marina », Le Nouvelliste, 4 août 1965, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[113] « Marin assailli, rue Des Forges », Le Nouvelliste, 4 août 1965, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[114] « La police rapporte un vol et une tentative de vol », Le Nouvelliste, 24 août 1965, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[115] « Terrassé par une crise cardiaque en allant au travail », Le Nouvelliste, 17 septembre 1965, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[116] « Par la Sûreté municipale, De sévères sanctions prises en cas de méfaits publics », Le Nouvelliste, 24 septembre 1965, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[117] Michael Burman, « Un bambin de trois ans a la tête broyée sous les roues du camion d’un laitier », Le Nouvelliste, 27 septembre 1965, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[118] Burman.

[119] « Il s’agirait de M. Roméo Gendreault, Cadavre retrouvé dans une cour de la rue des Ursulines », Le Nouvelliste, 5 octobre 1965, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[120] « Il s’agirait de M. Roméo Gendreault, Cadavre retrouvé dans une cour de la rue des Ursulines ».

[121] « Tentative de vol par effraction, Gaétan L’Heureux recevra sa sentence le quatorze octobre », Le Nouvelliste, 8 octobre 1965, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[122] « Qui a dérobé les huit robes de Mlle Martin? », Le Nouvelliste, 25 novembre 1965, sect. Deuxième, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[123] Michael Burman, « À la traverse du tunnel Lavérandrye, Garçonnet tué par un train », Le Nouvelliste, 16 décembre 1965, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[124] « Vol avec violence, Dames menottées et dépouillées de $30 », Le Nouvelliste, 23 décembre 1965, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[125] « Vols, délit de fuite, garçon blessé, voies de fait, etc., Six personnes blessées dans une collision de deux autos », Le Nouvelliste, 28 décembre 1965, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[126] « Vol astucieux d’une batterie d’automobile », Le Nouvelliste, 30 décembre 1965, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[127] « Les patients de l’hôpital Sainte-Marie … », Le Nouvelliste, 22 décembre 1966, sect. C’est un secret de polichinelle, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[128] Jean-Marc Beaudoin, « À la Wayagamack, Le corps d’un noyé est découvert dans un convoyeur à billots », Le Nouvelliste, 23 juillet 1968, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[129] Jean-Marc Beaudoin, « L’enquête du détective Louis-Georges Dupont progresse, La Sûreté a bon espoir maintenant d’identifier le noyé », Le Nouvelliste, 26 juillet 1968, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[130] Beaudoin.

[131] « Les agents Vadeboncoeur et Beaudry capturent un Trifluvien et deux Montréalais soupçonnés de vols », Le Nouvelliste, 30 novembre 1968, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[132] « Les agents Vadeboncoeur et Beaudry capturent un Trifluvien et deux Montréalais soupçonnés de vols ».

[133] Jacques Ebacher, « “Il faut faire le ménage” clame Colbert, Le conseil part en guerre contre la prostitution », Le Nouvelliste, 17 décembre 1968. Malgré des recherches, il a été impossible de retrouve l’article paru dans un hebdomadaire montréalais.

[134] Ebacher.

[135] Nous avons vérifié dans Allô Police, Photo-Police, Montréal Matin et Dimanche Matin, mais sans succès.

[136] Robert Lebeuf, « La prostitution n’a jamais été tolérée – Delage », Le Nouvelliste, 18 décembre 1968.

[137] Lebeuf.

[138] Lebeuf.

[139] Lebeuf.

[140] Lebeuf.

[141] Jacques Ebacher, « M. Gaston Vallières relève le défi, Si une enquête sur la prostitution prouve que j’ai tort, je démissionnerai », Le Nouvelliste, 20 mars 1969, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[142] Ebacher.

[143] Ebacher.

[144] Jacques Ebacher, « Il est sommé de se rétracter dans les trois jours, Huit détectives font parvenir des mises en demeure à Vallières », Le Nouvelliste, 22 mars 1969, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[145] Ebacher.

[146] Bernard Champoux, « Actions en dommages de $120,000 intentées contre le conseiller Vallières », Le Nouvelliste, 18 avril 1969, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[147] « Le vol de $39,000 au Club de Courses éclairci? », Le Nouvelliste, 14 mai 1969, 000, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[148] Champoux, « Actions en dommages de $120,000 intentées contre le conseiller Vallières ».

[149] Jean-Paul Arsenault, « Montréalais envoyé à son procès », Le Nouvelliste, 27 mai 1969, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[150] Céline Lacerte-Lamontagne, Témoignage de Jeanne d’Arc Lamy Dupont (Commission d’enquête sur les circonstances entourant la disparition et le décès de M. Louis-Georges Dupont 17 juin 1996).

[151] Eric Veillette, « L’affaire Dupont, Assassinat d’un incorruptible » (2013).

[152] Jean-Paul Arsenault, « S’il faut faire le ménage, je le ferai, dit M. Vallières », Le Nouvelliste, 13 août 1969.

[153] Arsenault.

[154] Arsenault.

[155] Arsenault.

[156] Arsenault.

[157] « Trois-Rivières : Le chef de police ne sait rien », La Presse, 13 août 1969.

[158] Veillette, « L’affaire Dupont, Assassinat d’un incorruptible ».

[159] Jean-Paul Arsenault, « J’ai été provoqué, dit M. Vallières, “Laliberté m’a dit que je ferais un bon détective dans la prostitution” », Le Nouvelliste, 14 août 1969.

[160] Arsenault.

[161] Arsenault.

[162] « Permis pas encore renouvelés », Le Nouvelliste, 14 août 1969.

[163] Veillette, « L’affaire Dupont, Assassinat d’un incorruptible ».

[164] « Rapport de la CPQ à Trois-Rivières », 20 décembre 1969.

[165] Jean-Paul Arsenault, « Roger Dion, employé de la cité, est catégorique: “J’ai vu, de mes yeux vu, un copain remettre de l’argent à deux membres de la Sûreté” », Le Nouvelliste, 14 août 1969.

[166] Jean-Paul Arsenault, « Témoignage choc d’un jeune homme de 20 ans à l’enquête sur la police de Trois-Rivières, “J’ai rencontré un détective et je lui ai remis $200…!” », Le Nouvelliste, 14 août 1969.

[167] Arsenault.

[168] J. G., « Des détectives de Trois-Rivières auraient empoché plusieurs pots-de-vin », La Presse, 14 août 1969.

[169] Veillette, « L’affaire Dupont, Assassinat d’un incorruptible ».

[170] Selon le registre d’état civil, Denise Filion aurait épousé Ernest Blais le 9 octobre 1944 à Lévis.

[171] Veillette, « L’affaire Dupont, Assassinat d’un incorruptible ».

[172] G., « Des détectives de Trois-Rivières auraient empoché plusieurs pots-de-vin ».

[173] Jean-Paul Arsenault, « Rien n’a encore été prouvé, s’exclame l’avocat Guy Lebrun », Le Nouvelliste, 15 août 1969.

[174] Arsenault.

[175] Veillette, « L’affaire Dupont, Assassinat d’un incorruptible ».

[176] Jean-Paul Arsenault, « “Je pratiquais la prostitution dans un hôtel”, Un limier m’a demandé de lui donner un petit pourcentage, affirme une “fille de joie” », Le Nouvelliste, 15 août 1969.

[177] Arsenault.

[178] Arsenault.

[179] Jean-Paul Arsenault, « Delage n’a pas réuni son état-major ni en 1968, ni en 1969 », Le Nouvelliste, 15 août 1969.

[180] Arsenault.

[181] Arsenault.

[182] Arsenault.

[183] Veillette, « L’affaire Dupont, Assassinat d’un incorruptible ».

[184] Jean-Paul Arsenault, « Un policier de Montréal à l’enquête de la police: “Arrestation d’une prostituée, cautionnement, absence en Cour et cautionnement confisqué”, “Il y avait une entente entre la police et la Cour…!” », Le Nouvelliste, 16 août 1969.

[185] Arsenault.

[186] Roger Noreau, « Quatre bandits volent $4,000 à la Caisse populaire de Sainte-Marguerite, Onze personnes détenues à la suite d’un vol à main armée », Le Nouvelliste, 16 août 1969.

[187] Noreau.

[188] Noreau.

[189] Régent Lajoie, « Drame sur la rue Saint-Paul à Trois-Rivières, deux jeunes suspects sont détenus par la police: Un homme est frappé à mort à l’aide d’une barre de fer », Le Nouvelliste, 18 août 1969.

[190] Lajoie.

[191] Lajoie.

[192] Claude Héroux, « Une enquête sur les circonstances entourant la mort d’André Bolduc », Le Nouvelliste, 29 janvier 1970, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[193] Veillette, « L’affaire Dupont, Assassinat d’un incorruptible ».

[194] Bernard Champoux, « Le chef de police invoque un “manquement à la discipline” et le conseil entérine sa recommandation, Dallaire et Hubert suspendus indéfiniment », Le Nouvelliste, 19 août 1969.

[195] Champoux.

[196] Jean-Paul Arsenault, « Si le gérant Lord ne m’avait pas téléphoné, je n’aurais pas suspendu les deux détectives, avoue le chef Delage! », Le Nouvelliste, 20 août 1969.

[197] Arsenault.

[198] Arsenault.

[199] Arsenault.

[200] Arsenault.

[201] Arsenault.

[202] Jean-Paul Arsenault, « Delage: Deux hommes ne pouvaient enrayer la prostitution », Le Nouvelliste, 26 août 1969.

[203] Arsenault.

[204] Bernard Champoux, « Le conseil revient sur sa décision et rescinde la résolution, Les détectives Hubert et Dallaire réinstallés », Le Nouvelliste, 26 août 1969.

[205] Champoux.

[206] Champoux.

[207] J.-Amédée Delage est décédé en 1987. Pour l’occasion, Le Nouvelliste, dans un court article non signé, le qualifia « d’un homme d’une forte discipline personnelle ».

[208] Fernand Gagnon, « Aucune relation avec l’enquête sur la police, Le directeur Delage prendra sa retraite le premier octobre », Le Nouvelliste, 26 août 1969.

[209] Jean-Paul Arsenault, « Des photocopies lui ont été remises par l’archiviste Rouette à la demande du Chef du Contentieux, Vallières a eu en sa possession des dossiers de prostituées », Le Nouvelliste, 27 août 1969.

[210] Arsenault.

[211] Arsenault.

[212] Jean-Paul Arsenault, « Le directeur Delage est formel: Je n’ai jamais autorisé qui que ce soit à sortir des dossiers de “filles de joie” », Le Nouvelliste, 27 août 1969.

[213] Arsenault.

[214] Jean-Paul Arsenault, « Témoignage choc du sergent-détective Paul Dallaire: “Le directeur m’a dit de ne pas m’occuper s’il y avait 200 ou 300 « filles », d’en arrêter une durant ma surveillance!” », Le Nouvelliste, 28 août 1969.

[215] Arsenault.

[216] Arsenault.

[217] Arsenault.

[218] Arsenault.

[219] Jean-Paul Arsenault, « Un membre de l’escouade de la moralité de la Métropole le répète, Il y avait entente entre les policiers et la Cour municipale », Le Nouvelliste, 28 août 1969.

[220] Arsenault.

[221] Arsenault.

[222] Jean-Paul Arsenault, « Le sergent-détective Paul Dallaire: Nous avons eu des ordres de ne rien virer à l’envers! », Le Nouvelliste, 28 août 1969.

[223] Arsenault.

[224] Arsenault.

[225] Arsenault.

[226] Arsenault.

[227] Arsenault.

[228] Jean-Paul Arsenault, « La liste des différents taux de la Cour municipale date de 1951 dit le témoin, Dallaire explique le mécanisme des cautionnements forfaits », Le Nouvelliste, 29 août 1969.

[229] Arsenault.

[230] Arsenault.

[231] Arsenault.

[232] « Robert Gignac s’évade du pénitencier », Le Nouvelliste, 30 août 1969.

[233] Claude Vaillancourt, « Sous la menace d’un revolver … Gignac et Repentigny forcent M. et Mme Omer Beauchemin de les conduire en Ontario », Le Nouvelliste, 2 septembre 1969.

[234] Bernard Champoux, « M. Vallières s’oppose, Réinstallation de Dallaire et Hubert », Le Nouvelliste, 3 septembre 1969.

[235] Champoux.

[236] Jean-Paul Arsenault, « Vol à main armée à la Caisse populaire de Sainte-Marguerite, Jeannine Beauchesne aux Assises et ses complices subissent leur enquête », Le Nouvelliste, 3 septembre 1969.

[237] Jean-Paul Arsenault, « Le détective Hubert rapporte une déclaration du greffier de la Cour municipale relativement à la déposition de certaines plaintes, “On est mieux de les porter en Cour municipale, ça grossit les coffres de la ville. Aux Sessions, ça va à la province” », Le Nouvelliste, 4 septembre 1969.

[238] Arsenault.

[239] Arsenault.

[240] Arsenault.

[241] Jean-Paul Arsenault, « Me Boily à l’enquête sur la police “Avec un autre témoin, je formulerais sans doute une requête spéciale” », Le Nouvelliste, 5 septembre 1969.

[242] Arsenault.

[243] Arsenault.

[244] Arsenault.

[245] Arsenault.

[246] Arsenault.

[247] Jean-Paul Arsenault, « M. Delage ou M. Lord? Qui agit comme directeur de la force constabulaire? », Le Nouvelliste, 6 septembre 1969.

[248] Arsenault.

[249] Fernand Gagnon, « Le maire Montour et la fusion des effectifs policiers des trois villes-soeurs, Que Trois-Rivières règle d’abord ses propres affaires de police », Le Nouvelliste, 17 septembre 1969.

[250] Jean-Paul Arsenault, « Le gérant Lord donne sa version de la suspension des détectives Hubert et Dallaire, J’ai téléphoné au directeur Delage pour le mettre à l’aise! », Le Nouvelliste, 18 septembre 1969.

[251] Il nous a été impossible d’identifier ces deux autres policiers.

[252] Arsenault, « Le gérant Lord donne sa version de la suspension des détectives Hubert et Dallaire, J’ai téléphoné au directeur Delage pour le mettre à l’aise! »

[253] Jean-Paul Arsenault, « Incident durant le témoignage du gérant Lord, Cessons de jouer avec les mots (M. Tobin) », Le Nouvelliste, 18 septembre 1969.

[254] Arsenault.

[255] Arsenault.

[256] Jean-Paul Arsenault, « Les pots-de-vin soi-disant remis pour permettre l’opération d’une roue de fortune, Dion ne peut plus jurer avoir vu de ses yeux vu! », Le Nouvelliste, 18 septembre 1969.

[257] Arsenault.

[258] Jean-Paul Charbonneau, « Reprise de l’enquête sur la police de Trois-Rivières, La circulation aurait été le plus grand problème », La Presse, 18 septembre 1969.

[259] Charbonneau.

[260] Fernand Gagnon, « Les conseillers Goneau et Vallières expriment un voeu pressant, Redorer le blason de la ville et celui de son corps de police », Le Nouvelliste, 18 septembre 1969.

[261] « L’approbation des comptes, Le conseiller Vallières se propose d’être vigilant », Le Nouvelliste, 18 septembre 1969.

[262] « L’approbation des comptes, Le conseiller Vallières se propose d’être vigilant ».

[263] Jean-Paul Arsenault, « Un jeune homme de 20 ans s’est-il parjuré à l’enquête sur la police? Blais nie maintenant avoir remis $200 au détective Hubert », Le Nouvelliste, 19 septembre 1969.

[264] Arsenault.

[265] Arsenault.

[266] Jean-Paul Arsenault, « Les méthodes de traiter la prostitution, Gagnon et Hubert contredisent les dépositions de deux limiers de la Moralité de la Métropole », Le Nouvelliste, 19 septembre 1969.

[267] Jean-Paul Arsenault, « Témoignages contradictoires », Le Nouvelliste, 19 septembre 1969.

[268] Arsenault.

[269] Arsenault.

[270] « La police appréhende un jeune homme », Le Nouvelliste, 19 septembre 1969.

[271] Jean-Paul Arsenault, « Première recommandation de la Commission de Police au conseil de ville à la clôture de l’enquête, “Consultez-nous sur le choix du nouveau directeur de police” », Le Nouvelliste, 20 septembre 1969.

[272] Jean-Paul Arsenault, « Laplante et Burns libérés d’une accusation d’extorsion », Le Nouvelliste, 10 juin 1970.

[273] Arsenault.

[274] Jean-Paul Arsenault, « Deux hôtels vidés de fond en comble par la police, Le grand ménage reprend à Trois-Rivières », Le Nouvelliste, 16 février 1973.

[275] « Au Manoir Laviolette, Prostitution et eau de vie baptisée », Le Nouvelliste, 16 février 1973.

[276] Arsenault, « Un policier de Montréal à l’enquête de la police: “Arrestation d’une prostituée, cautionnement, absence en Cour et cautionnement confisqué”, “Il y avait une entente entre la police et la Cour…!” »

[277] Arsenault.

[278] Arsenault.

[279] Arsenault, « Témoignage choc du sergent-détective Paul Dallaire: “Le directeur m’a dit de ne pas m’occuper s’il y avait 200 ou 300 « filles », d’en arrêter une durant ma surveillance!” »

[280] Arsenault, « Le détective Hubert rapporte une déclaration du greffier de la Cour municipale relativement à la déposition de certaines plaintes, “On est mieux de les porter en Cour municipale, ça grossit les coffres de la ville. Aux Sessions, ça va à la province” ».

[281] J.-René Ferron, « Le jugement, c’est pour quand? », Le Nouvelliste, 8 juillet 1971, sect. Éditorial, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[282] Pierre De la Voye, « Affaire Dupont – controverse du sternum (1997) – YouTube », 1997, https://www.youtube.com/watch?v=1PtpEGBnTfo.

[283] Paul Dallaire avait épousé Lucille Dussault le 20 novembre 1954 à Trois-Rivières. Sur son enregistrement de mariage on le décrivait déjà comme constable. Selon le même document, il est né le 6 octobre 1928. Il est mort à Trois-Rivières le 31 décembre 1986 à l’âge de 58 ans. Ses parents étaient J. Dallaire et M. Boily.

[284] Jean-Marie Hubert s’est éteint le 20 août 1998.

[285] « Journal des débats de l’Assemblée nationale – Assemblée nationale du Québec », Gouvernemental, Assemblée nationale du Québec, 22 avril 2010, http://www.assnat.qc.ca/fr/travaux-parlementaires/assemblee-nationale/39-1/journal-debats/20100422/15489.html#_Toc259793298.

[286] Ce n’était pas une « thèse du suicide », mais un verdict de suicide qui est maintenu depuis 1969.

[287] « Journal des débats de l’Assemblée nationale – Assemblée nationale du Québec », Assemblée nationale du Québec, 24 février 2011, http://www.assnat.qc.ca/fr/travaux-parlementaires/assemblee-nationale/39-2/journal-debats/20110224/32433.html#_Toc286405975.

[288] Paule Vermot-Desroches, « Mort du sergent-détective Louis-Georges Dupont : “Ça manque de transparence” », Le Nouvelliste, 8 novembre 2011.

[289] Ginette Gagnon, « L’enquête inutile », Le Nouvelliste, 11 juin 2014.

[290] Gagnon.

[291] Linda Corbo, « Kathy Reichs ranime sa tueuse en série québécoise », Le Nouvelliste, 17 octobre 2015.