Le procès de Marie-Anne Houde

Le 12 février 1920, le juge de paix Oréus Mailhot, le curé Ferdinand Massé et le Dr Andronic Lafond ont été appelés à la maison des Gagnon dans le 7ème rang de Sainte-Philomène-de-Fortierville. Sur place, ils découvrent une enfant de 10 ans, Aurore Gagnon, plongée dans le coma.  Il n’y avait plus rien à faire pour cette fillette qui présentait des signes évidents de maltraitance.  Alerté sur le chantier, le père, Télesphore Gagnon, est rentré chez lui vers 16h00.  À 19h00, Aurore s’éteignait doucement.

Le lendemain, c’est dans le presbytère de l’église du village que le corps fut soumis à une autopsie pratiquée par le Dr Albert Marois, assisté du Dr Lafond. Ainsi, on découvrit la présence de 54 plaies, dont l’une impressionnait par la présence d’une quantité de 16 onces de pu, entre le crâne et le cuir chevelu. Lors de l’enquête du coroner, conduite par le Dr Georges William Jolicoeur le même soir, on entendit la voisine Exilda Lemay témoigner sur les piètres conditions dans lesquels Aurore se trouvait quelques jours auparavant. Marie-Jeanne, la sœur aînée de la victime, refusa cependant d’incriminer sa belle-mère, Marie-Anne Houde. Le 14 février, après les funérailles, Télesphore Gagnon et sa femme furent arrêtés et conduit à la prison de Québec.  Houde, 29 ans, écopera de l’accusation la plus grave, celle de meurtre avec préméditation.

Son procès s’ouvrit devant le juge Louis-Philippe Pelletier le 13 avril 1920 au palais de justice de Québec.  Me Arthur Fitzpatrick, le fils du lieutenant-gouverneur, occupa pour la Couronne tandis que l’accusée fut défendue par Me Joseph-Napoléon Francoeur. Rapidement, la preuve apportée par le Dr Marois fut impressionnante, mis à part quelques petites contradictions soulevées par la défense. La voisine Exilda Lemay témoigna à l’effet que l’enfant avait déjà été battue par son père avec un manche de hache, mais sa crédibilité fut ébranlée par le contre-interrogatoire qui mit en lumière le passé de la femme de 50 ans en matière de vente illégale d’alcool. Peu importe, puisque le témoignage de Marie-Jeanne Gagnon, 12 ans, fut dévastateur. Contrairement à son apparition devant le coroner, la fillette accepta de dire tout ce qu’elle savait à propos des sévices que devait subir sa jeune sœur depuis des mois. Entre autres, les jurés apprirent de sa bouche qu’Aurore avait été battue, brûlée avec un tisonnier, attachée, et empoisonnée avec de la lessi.[1] Les deux fils de l’accusée témoignèrent dans le même sens, hormis quelques contradictions avec la déclaration de Marie-Jeanne. Bref, les témoignages rendus par les enfants furent si percutants que cela a poussé la défense à plaider l’aliénation mentale.

Les psychiatres, que l’on appelait alors aliénistes, n’eurent qu’un week-end pour examiner Marie-Anne Houde à la prison de Québec. La théorie présentée ensuite par Me Francoeur s’avéra plutôt ridicule aux yeux du juge. Selon le Dr Delphis Brochu, deux éléments prouvèrent la préméditation du meurtre, à savoir que Houde avait utilisé du poison et un tisonnier, deux éléments qu’elle devait savoir potentiellement mortels pour l’enfant. C’est d’ailleurs ce que choisit de croire le jury. Malgré des commentaires rendus plus tard, le procès a été équitable et les jurés ont été justifiés de la reconnaître coupable de meurtre.

Le 21 avril, le jour même du 30e anniversaire de Houde – les journaux la surnommait déjà marâtre – le juge Pelletier livra son adresse aux jurés. Après le verdict, il fixa la pendaison au 1er octobre 1920.  Peu de temps après, Télesphore était condamné pour homicide involontaire. Il sera libéré du pénitencier de Saint-Vincent-de-Paul en 1925.

Le 8 juillet 1920, c’est en prison que Houde donna naissance à des jumeaux, dont l’un ne devait survivre que quelques mois, et l’autre quelques années. Devant certaines pressions, sa sentence fut commuée en emprisonnement à vie.  En janvier 1921, on la transférait au pénitencier de Kingston, en Ontario, où elle demeura jusqu’à sa libération en 1935 après avoir subi l’ablation des seins.  Elle s’est éteinte le 13 mai 1936.  Tout au long de son incarcération, elle n’a cessé d’écrire au ministère de la Justice à Ottawa pour tenter de retrouver sa liberté. Ces écrits ne démontrent aucune trace de remord.

Dès janvier 1921, une pièce de théâtre était créée sous le titre de Aurore l’enfant martyre, que l’on jouera plus de 6 000 fois au cours des trente années suivantes. En 1952, le cinéaste Jean-Yves Bigras s’en inspira pour créer son film en noir et blanc.  Le romancier André Mathieu publia sa propre version en 1990 et jeta ainsi les bases pour un second film, celui de Luc Dionne sorti en salle en 2005. Mathieu critiquait vertement l’adresse du juge Pelletier, mais soulignons que la cause de Houde n’a jamais été portée en appel. Si Me Francoeur croyait que la cause de sa cliente pouvait être injuste, il n’avait qu’à s’adresser à la Cour d’appel.[2]emprisonnement à vie.  En janvier 1921, on la transférait au pénitencier de Kingston, en Ontario, où elle demeura jusqu’à sa libération en 1935 après avoir subi l’ablation des seins.  Elle s’est éteinte le 13 mai 1936.  Tout au long de son incarcération, elle n’a cessé d’écrire au ministère de la Justice à Ottawa pour tenter de retrouver sa liberté. Ces écrits ne démontrent aucune trace de remord.


[1] Acide caustique servant à laver les planchers.

[2] Pour mon livre L’affaire Aurore Gagnon, le procès de Marie-Anne Houde, je présente l’essentiel des témoignages contenus dans le dossier judiciaire et en vient à la conclusion que ces auteurs n’ont pas consulté les archives judiciaires.

Publicités
%d blogueurs aiment cette page :