1700-1799

1702 – Lachaume

En octobre 1702, le soldat Pierre Viau dit Larose est pendu à Montréal pour le meurtre d’un fermier nommé Lachaume.


1746, 1er mars – Joseph Hus dit Millet

Homicide conflictuel

Olivier-Hyacinthe Pressé et Pierre-François Rigault condamnés pour meurtre; Pressé condamné à mort et Rigault banni de la colonie. Après révision du procès, Pressé est condamné aux galères à perpétuité et Rigault absout.

Le 1er mars 1746, le notaire Hyacinthe-Olivier Pressé de Trois-Rivières se rend au chenal du Moine à Sainte-Anne-de-Sorel pour régler une mésentente entre Louis Lavallée et Pierre Plante dans la seigneurie de Saurel. Une fois le cas réglé, le groupe s’arrête à l’auberge tenue par Jean Leroux dit Provençal et y rencontre l’huissier Pierre-François Rigault qui avait aussi affaire à Sorel. Après quelques verres, Pressé se fâche et accuse Rigault de lui avoir caché son chapeau. Ils sont alors invités par Lavallée à manger chez lui. Pour retourner à Yamaska où il logeait, Rigault refuse de prendre Pressé dans sa carriole. Ce dernier demande à Joseph Hus dit Millet de le conduire à Yamaska.

Alors que les deux voitures passent devant la maison de Pierre Deguire dit Desrosiers, Rigault insulte Pressé. Ce dernier saute de voiture et s’avance le sabre à la main. Il glisse et perd l’équilibre en tentant de frapper Rigault qui pare le sabre avec la main. La lame est déviée et pénètre dans le ventre du conducteur Joseph Hus dit Millet. On ramène celui-ci à la maison de son père, Marc-Antoine Hus où il décède de sa blessure quelques heures plus tard ; le notaire Olivier-Hyacinthe Pressé et l’huissier Pierre-François Rigault sont accusés du meurtre de Joseph Hus. Trouvés coupables, le Procureur du roi à Trois-Rivières condamne le notaire Pressé à l’étranglement et à la pendaison pour meurtre alors que Pierre-François Rigault est condamné au bannissement de la colonie pour complicité de meurtre.

Après révision du procès, Pressé est condamné aux galères à perpétuité et à la confiscation de tous ses biens, tandis que Rigault est absout. Suite à une révision du Conseil supérieur, il s’avère que le décès de Hus dit Millet résultait d’une bagarre entre Pressé et Rigault et que l’épée de Pressé avait tué accidentellement Hus qui se trouvait au mauvais endroit au mauvais moment. Les sentences imposées par le Procureur de Trois-Rivières sont annulées.[1]


1752, 6 juin – couple assassiné

Jean-Baptiste Goyer dit Bélisle devient supplicié à Montréal pour avoir volé et assassiné un couple.


1761, 7-8 mars – Charles Bélanger, 39 ans, Angélique Bélanger, 34 ans, Charles Bélanger, 11 ans, et Charlotte Bélanger, 11 ans

Homicide domestique

Paul, pendu

Au cours de la nuit du 7 au 8 mars 1761, un dénommé Paul, homme engagé de la famille Bélanger  du rang Saint-Elzéar de l’île Jésus, assassine Charles Bélanger, 39 ans; sa femme, Angélique, 34 ans; leurs fils, Charles, 11 ans; et une cousine, Charlotte Bélanger, 11 ans. Le carnage est découvert au matin par des voisins. Charles Bélanger, qui n’était pas encore mort, dénonça Paul. Cette preuve fut suffisante pour se lancer aux trousses de ce dernier, qui fut bientôt retrouvé caché dans les bois environnants. Le suspect a aussitôt été conduit à Ville-Marie où il a été jugé et pendu. Son cadavre a été encagé et exposé aux vents durant un an en face de la maison où s’est produit le crime.


1763, 27 janvier – Louis-Étienne Dodier

Homicide domestique

Marie-Josephte Corriveau, coupable de meurtre et exécutée.

Le 17 novembfre 1749, Marie-Josephte Corriveau n’a que 16 ans lorsqu’elle épouse Charles Bouchard, un cultivateur de 23 ans de Saint-Vallier. « La jeune mariée est-elle jolie? Les documents n’évoquent jamais son apparence physique, si ce n’est qu’elle est de petite stature. Quant au jeune homme, il possède déjà une terre depuis plus de deux ans, ce qui en fait un bon partit. »[2] Marie-Josephte va donc habiter avec lui dans une maison qui est située tout près de celle des parents de la jeune mariée. Le couple aura trois enfants.

Après la naissance du premier fils, le père de Marie-Josephte fait une « donation entre vifs », c’est-à-dire qu’il donne à sa fille et son mari ses biens en héritage alors qu’il est toujours vivant. « Ce type d’arrangement survient plus généralement lorsque les donateurs sont malades ou très âgés. Or, les parents de Marie-Josephte ont à peine 47 à 48 ans : il est permis de supposer que ce geste est motivé par le désir de se rapprocher de leur seule fille et, par le fait même, couler des jours heureux auprès de leurs petits-enfants. » La donation est enregistrée devant notaire le 15 novembre 1757. « En échange, les nouveaux propriétaires s’engagent à prendre soin des parents de Marie-Josephte en leur versant une pension annuelle […] »

Tandis que la Nouvelle-France sombre sous l’invasion anglaise, Charles Bouchard meurt le 25 avril 1760. Il serait mort « des suites des « fièvres putrides », selon l’affirmation de l’abbé Parent qui se présente à son chevet afin de lui administrer l’extrême-onction. De quoi s’agit-il exactement? Au XVIIe siècle, le médecin Thomas Sydenham disait qu’on les appelait ainsi en raison « des changements importants qu’elles produisent dans le sang », précisant que ces fièvres, aussi appelés malignes, « ne sont pas liées à une saison ». »[3] Mais quelle crédibilité faut-il attribuer à un diagnostic établi par un vicaire?

Le 20 juillet 1761, elle se remarie avec Louis Dodier.[4] Ce dernier « est bien connu de la famille Corriveau. La communauté valiéroise[5] compte à peine quelques centaines d’habitants, alors cette familiarité est bien naturelle. En outre, le nouveau mari de Marie-Josephte se trouve à être son voisin immédiat, étant propriétaire de la terre jouxtant celle qui avait été acquise par Charles Bouchard six ans auparavant. »

Selon les auteurs Ferland et Corriveau, le couple vivait dans une situation aisée sans pour autant être dans le luxe. Toutefois, une rivalité s’installe rapidement entre Dodier et le père de sa femme, si bien que leurs disputes alimentent les ragots dans le secteur de Saint-Vallier. Selon les mêmes auteurs, le caractère violent de Joseph Corriveau est bien connu. Un jour, ils échangent des menaces ouvertes. « Une hache à la main, Corriveau se précipite sur Louis Dodier. Ce dernier se retire mais revient aussitôt, armé d’un bâton, et déclare « Frappe, mais manque pas ton coup parce que, si tu me manques, moi, je ne te manquerai pas! » Le beau-père s’empare alors d’une houe et tente de blesser son gendre, mais celui-ci esquive l’attaque et s’empare de l’instrument. L’intrevention d’un certain Labrecque met fin à la dispute. »

De plus, Dodier n’aurait pas été tendre envers sa femme, au point au Marie-Josephte s’enfuit de la maison en décembre 1762. « À la fin de janvier 1763, le père Corriveau se rend une fois de plus auprès d’Abercrombie pour se plaindre de son gendre et, insatisfait de l’attitude du major, se retire en marmottant que els choses finiront mal. Prophétie ou menace? Le lendemain matin, le jeudi 27 janvier 1763, Louis Dodier est retrouvé sans vie dans sa grange, baignant dans son sang, avec plusieurs blessures à la tête. Il avait environ 28 ans. »

Les soupçons se portent aussitôt sur Joseph Corriveau. Dans un contexte d’incertitude au niveau politique – le traité de Paris n’était pas encore signé et on ignorait si les Britanniques allaient rester – on décida de dissimuler l’homicide en accident. Le rapport du coroner, signé par des amis de Corriveau, prétend que Dodier a été tué par son cheval.

Des rumeurs commencèrent cependant à s’élever, d’autant plus qu’il y eut un certain empressement à inhumer le corps. En raison des clauses de son contrat de mariage, Marie-Josephte Corriveau n’hérite pas automatiquement des biens qu’elle avait en commun avec Dodier; elle doit les racheter à l’encan. Les soupçons continuent de viser son père, puis elle est soupçonnée à son tour par les rumeurs. Puis « Alexander Fraser se rend auprès du major James Abercrombie et lui déclare que, connaissant bien la famille Corriveau, il s’est précipité à la grange de Dodier au matin du meurtre afin de voir par lui-même le corps de l’infortuné fermier. À la grande consternation d’Abercrombie, Fraser affirme que les blessures à la tête de Dodier étaient bien trop nettes et réguli`res pour résulter d’une ruade de cheval… Le sergent est plutôt d’avis qu’elles ont été occasionnées par un coup de fourche. Les rumeurs du village vont dans le même sens, ajoutant que les chevaux de Dodier n’étaient pas ferrés et que des sabots ne pouvaient avoir laissé des plaies aussi franches. »

Le gouverneur James Murray est alors averti de l’affaire et le chirurgien du régiment George Fraser est chargé d’aller examiner le corps. « Il découvre quatre blessures à la tête. La première, la proximité de la lèvre supérieure, s’enfonce dans la chair et l’os de la mâchoire. La seconde est une plaie profonde juste sous l’œil, profonde de quatre pouces. Les deux dernières ont fracassé le côté gauche du crâne. La mâchoire inférieure est fracturée, bien que les coups ne soient pas apparents. Fait troublant, les quatre plaies sont à égale distance (trois pouces) l’une de l’autre. » Pour la population, il devient alors évident que le père Corriveau a assassiné son gendre avec une fourche. À la fin de février, on procède à son arrestation, ainsi qu’à celle de sa fille, accusée de complicité.

Le procès débute le 29 mars 1763 dans une salle du couvent des Ursulines de Québec. Corriveau et sa fille étaient défendus par Jean-Antoine Saillant, un avocat qui, cependant, n’aura pas le droit de contre-interroger les témoins. Contrairement aux lois sous le régime français, le système britannique amène la présomption d’innocence. Mais en cette période de transition, le père et sa fille sont jugé sous la loi militaire, devant douze officiers millitaires et un treizième agissant à titre de président. Les témoins sont donc interrogés par le procureur de la Couronne, Hector Théophile Cramahé.

Le 30 mars, seconde journée du procès, le témoignage de Claude Dion, teinté de commérage, s’avéra particulièrement incriminant pour les accusés. Dion, l’engagé des Corriveau, raconta avoir été témoin d’une dispute survenue dans la soirée du 26 janvier entre la victime et sa femme. « Dodier aurait demandé que son souper soit prêt au moment où il entre dans la maison, argumentant qu’il avait travaillé fort pour l’avoir. Marie-Josephte lui aurait répondu : « Tu manges bien, mais tu ne travailles pas très fort. Peut-être ne mangeras-tu pas très longtemps. » Dodier aurait alors frappé son épouse à plusieurs reprises. Mal à l’aise, Dion aurait déclaré vouloir quitter la table, prétextant ne pas se sentir bien, mais Dodier s’y serait opposé. Marie-Josephte aurait répondu de le laisser partir, qu’on ne gardait pas les gens de force. »

Peu après la découverte du corps, Dion serait allé dans la maison en disant à la nouvelle veuve qu’il était impossible que ce soit un accident, ce à quoi la femme aurait réplique : « Alors, qui l’aurait tué? » Toutefois, Dion se serait montré vague en ce qui concernait les détails entourant l’enquête du coroner. Les auteurs Ferland et Corriveau laissent entendre que Dion aurait dit avoir entendu de la bouche de la veuve Corriveau qu’elle aurait manifesté son désir de se débarrasser de son mari et qu’il aurait peut-être eu une liaison avec elle.

Un autre témoin dira que le père Corriveau lui avait demandé de déplacer le corps. « Il qualifie l’accusé d’homme querelleur, influencé par sa fille, ajoutant que ladite fille « est une ivrognesse qui s’est mal conduite envers son mari et qui cherchait à le quitter », qu’il a vu à maintes reprises Dodier et son beau-père Corriveau se bagarrer. »

La servante des Corriveau, Isabelle Sylvain, qui a fait trois dépositions contradictoires depuis le crime et qui est considérée pour avoir un esprit lent, livre un témoignage plutôt ambigü. Selon Ferland et Corriveau, l’avocat Saillant a démontré qu’il connaissait mal le droit anglais. Après les plaidoiries, Joseph Corriveau est reconnu coupable et condamné à être pendu le 15 avril. Pour sa part, Marie-Josepthe est condamnée à recevoir 60 coups de fouet « et à être marquée au fer rouge de la lettre désignant les meurtriers, M, sur la main. »[6] Quant à la servante, Isabelle Sylvain, elle « est condamnée à recevoir 30 coups de fouet et à être marquée au fer rouge de la lettre P pour parjure. »[7]

Au cours des jours qui suivent, Joseph Corriveau se confesse en expliquant à un prêtre qu’il s’est laissé accuser afin de protéger sa fille, qu’il est innocent et que c’est plutôt elle la meurtrière. Cet aveu plonge les autorités dans l’embarras et le 15 avril un nouveau procès est organisé, encore une fois à l’intérieur du couvent des Ursulines. « Dans l’intervalle, on a apparemment réussi à arracher des aveux à Marie-Josephte Corriveau puisqu’elle s’avoue alors seule coupable du meurtre de son mari, ayant agi de son propre chef et sans y avoir été incitée par qui que ce soit. »[8] Le jour même, elle est reconnue coupable.

« Le lundi 18 avril 1763, soit trois jours après son second procès, Marie-Josephte Corriveau est amenée hors des murs de la ville jusqu’aux Buttes-à Nepveu pour y subir la première partie de sa sentence : la pendaison. » Une fois la mort constatée, on mit son corps dans une cage de fer que l’on exposa ensuite aux passants durant quelques semaines.

Marie-Josephte Corriveau, que les produits de la culture immortaliseront ensuite sous le nom plus populaire de « La Corriveau », est devenue une véritable légende associée au crime. La cage dans laquelle son corps a été exposé aurait été retrouvée au Massachusetts en 2011. Elle fut ensuite rapatriée au Québec par la Société d’histoire régionale de Lévis.


1765, 12 août – Thomas Walk

Aucune arrestation connue.

Le 12 août 1765, Walk est atteint d’un projectile d’arme à feu tiré par un inconnu.  Ce meurtre s’est produit dans la paroisse de Château-Richer, à Québec. Selon le rapport du coroner, le projectile l’aurait atteint derrière l’oreille droite pour ressortir au-dessus de son œil droit. Walk aurait survécu durant une heure avant de rendre l’âme.[9]


1766 – Fillette non identifiée

Aucune accusation connue.

Un tueur qui n’a jamais été identifié laissa, au cours de l’année 1766, le corps d’une fillette âgée d’environ un mois devant l’entrée de l’Hôtel-Dieu, à Québec.[10]


1766, 1er mai – John Gagnon

Selon le coroner, Gagnon a été victime d’un homicide involontaire par un tir accidentel d’une arme à feu. Il est mort au bout de son sang.


1769, 16 juin – Jacob Shively

Shively est victime d’un homicide involontaire. La cause de son décès résulte de blessures internes. (enquête du coroner John Burke)


1777 – John Newel

Aucune accusation connue.

Ce soldat du 47ème Régiment est poignardé dans le dos à Montréal par un Amérindien qui ne sera apparemment jamais identifié.


1793, 17 avril – James Molley

Selon le coroner John Burke, Molley a été victime d’un homicide involontaire « à la suite de coups reçus lors d’une bataille », dans le district de Québec.


1795 – Patrick Cain

Aucune accusation connue.

Le 25 avril, le corps de Cain fut retrouvé dans un puits, sur le Cap-Diamants, à Québec.  On ne connait aucun autre développement à cette affaire.


[1] Roland Plante, « La Dynastie des Hus », Dictionnaire biographique du Canada (blog), 2002.

[2] La Corriveau, Ferland …

[3] Catherine Ferland, La Corriveau : de l’histoire à la légende (Québec: Septentrion, 2014), https://cap.banq.qc.ca/notice?id=p::usmarcdef_0004665066.

[4] Pour ceux et celles qui seraient tentés de voir un empressement à se remarier, les auteurs Catherine Ferland et Dave Corriveau soulignent : « À cette époque, le veuvage est un phénomène qui touche davantage les femmes : par exemple, la ville de Québec au XVIIIe siècle compte trois fois plus de veuves que de veufs. La durée moyenne du veuvage des femmes qui se remarient s’établit à environ 20 ans 10 mois, alors qu’elle est de moins de 2 ans pour les veufs. Par ailleurs, 43% des hommes et 16% des femmes se remarient après une seule année de veuvage. En contexte de guerre, ce que l’on appelle le « délai de viduité » tend à raccourcir, sans doute parce qu’il fait reconstruire au plus vite le tissu social pour assurer la survie des familles et des communautés. Dans une récente étude, les historiens Sophie Imbeault et Jacques Mathieu ont documenté 72 remariages de veuves provenant d’un peu partout dans la vallée du Saint-Laurent après les événements de 1759 : dans ce corpus, 25 veuves ayant des enfants de moins de 10 ans se sont remariées dans l’année suivant la mort de leur époux. Marie-Josepthe Corriveau ne se trpuve donc pas dans une situation exceptionnelle lorsque, quinze mois après la mort de Charles Bouchard, elle convole en secondes noces avec Louis-Étienne Dodier […] »

[5] Saint-Vallier.

[6] Ferland et Corriveau.

[7] Selon Ferland et Corriveau, ces sentences n’ont jamais été exécutées.

[8] Ferland et Corriveau.

[9] « Généalogie et histoire familiale | BAnQ ».

[10] « Généalogie et histoire familiale | BAnQ ».