1800-1899

1801, 28 janvier – Alexis Lamarre

Joseph Poiré, acquitté.

Les amis Alexis Lamarre et Joseph Poirée habitaient dans la même maison, dans le district de Québec. À l’automne 1800, Lamarre confia à Poiré une certaine quantité de morue destinée à la vente. Après avoir vendu le poisson, ce dernier se servit de l’argent pour acheter du tabac, ce qui créa une dispute. La première altercation aurait eu lieu le 12 décembre 1800. En plus d’échanger des coups, Poirié aurait lancé : « mon sacré gueux, tu ne mourras jamais d’autre main que de la mienne. »

Le 14 janvier 1801, au cours d’un autre affrontement, Lamarre s’est servi d’un bâton pour frapper Poiré. Ce dernier aurait alors commencé à se comporter docilement, comme si leur amitié avait retrouvé ses couleurs d’autrefois.

Le 28 janvier, c’est à bord du même canot que Poiré et Lamarre débarquaient à Québec. La première réaction de Poiré fut d’aller visiter le quai de la Reine. Au cours de la matinée, on les vit ensemble en différents endroits. Un peu avant midi, dans la rue Saint-Pierre, près de chez McCullum, Poiré était en train de bavarder avec le passager Baron au moment de dire à Lamarre : « Lamarre, viens ici, je veux te parler. » Lamarre s’est approché pour le suivre jusqu’à la maison de McKenzie, près du quai de la Reine. La dernière fois qu’on les a vus ensemble, Lamarre et Poiré se tenaient au bord du quai, tout près de l’eau.

Le temps d’entrer chez lui pour prendre une brassée de bois, Nicolas Lemage a été averti par un ami du fait que Lamarre venait de tomber à l’eau.  Michel Campagnard, un autre témoin, aurait vu de ses yeux Poiré mettre ses mains sur les épaules de Lamarre pour le pousser dans les eaux glaciales du fleuve. Campagnard courut aussitôt dans cette direction, où il vit Poiré remonter au bord du quai et passer « par-dessous le porche vers le Cul-de-Sac. » Quant à lui, Lemage était arrivé au bord du quai seulement pour voir Lamarre disparaître sous l’eau.

Arrêté dans le faubourg Saint-Jean, Poiré admit s’être retrouvé sur le quai avec Lamarre mais il dira que ce dernier s’était noyé lui-même. Le procès de Joseph Poiré s’est ouvert le 28 mars 1801 devant les juges Williams et De Bonne. Les jurés auraient délibéré durant deux heures avant de rendre un verdict d’acquittement.


1810, 6 octobre – Charlotte Hamelin

Aucune accusation connue.

Le 6 octobre 1810, le coroner John William Woolsey procéde à une enquête sur le corps de Charlotte Hamelin, une femme qui a été violée et étranglée dans la ville de Québec. Il ne semble n’y avoir eu aucun développement dans cette affaire.


1825, février-mars – Antoine Dubuc

Noël François, coupable de meurtre et pendu à Trois-Rivières.

En 1825, Antoine Dubuc a été tué dans la région de Saint-Pierre-les-Becquets. Selon le dossier judiciaire (BAnQ-TR), il a été tué par un cultivateur du nom de Noël François, qui a agis « à l’instigation du démon le dix-huitième jour de mars. »  François l’aurait frappé avec une hachette sur le côté droit de la tête, lui infligeant une blessure décrite comme ayant quatre pouces (10 cm) de longueur par trois pouces (7,6 cm) de profondeur. Dubuc serait mort sur le coup.

Dans la déposition qu’il a faite devant le juge Thomas Coffin en mars 1825, Noël François prétendait s’être rendu chez un dénommé Chartier pour y rejoindre un Indien Abénakis du nom de Alexander. Tous deux auraient chassé ensemble durant quelques jours dans le secteur de la rivière Bécancour. Quoique cette déposition n’est pas assez détaillée pour nous permettre de comprendre entièrement ce qui s’est passé, il semble que François a rencontré deux hommes dans le village de Saint-Antoine et qu’il décrivait comme deux Canadiens, dont l’un était un jeune homme d’environ 20 ans.

Sans qu’on sache pourquoi, Noël François a également déclaré n’avoir jamais dit au « Dr Quesnel ou à personne d’autre qu’il avait eu le compas de M. Reid ou M. H[illisible] ».  Il affirma avoir entendu parler d’un autre Indien nommé « Jean Bte Regis ayant une blessure à l’arrière de la jambe ». Il faisait mention d’une « squaw » et d’une querelle ayant eu lieu avec un Canadien qu’il avait ensuite suivi dans les bois.

François a été jugé au terme des sessions de septembre 1825. Une vingtaine de témoins ont été entendus lors de son procès, dont François et Isidore Dubuc, qu’on devine être des membres de la famille de la victime. On ignore le détail des dépositions, ce qui nous empêche de reconstituer fidèlement les circonstances du crime, mais François a été reconnu coupable et condamné à mort.

Selon The Quebec Mercury, plusieurs curieux ont assisté à l’exécution. Le condamné serait apparu pénitent, tout en se montrant « prêt à mourir, et désireux de mourir en paix avec tous les hommes, pardonnant ses ennemis » et demandant qu’on prie pour lui, tout cela en s’adressant à la foule.  Il aurait même serré les mains des officiels avant de remercier son confesseur, un certain Révérend Raimbault, après quoi il fut « projeté dans l’éternité » (The Quebec Mercury, 27 septembre 1825). Avant de mourir, on lui aurait cependant permis de chanter un hymne dans une langue amérindienne qui n’a pas été précisée.

Étant donné le contenu peu détaillé du dossier judiciaire préservé aux archives, il est impossible de déterminer de manière fiable la motivation derrière ce meurtre, mais la mention d’une querelle pourrait nous indiquer qu’il s’agissait peut-être d’un homicide conflictuel.


1826, 24 novembre – William Heffaren

Heffaren, un soldat du 71e Régiment d’infanterie, a été victime d’un meurtre. Il serait « mort à la suite d’une fracture du crâne due à un coup reçu lors d’une bagarre. Le rapport du coroner John Gawler Thompson contient la mention « rex v(s) Georges Sharpe, inquisition », laissant peut-être entendre que Sharpe a été accusé pour ce meurtre.


1827, 5 septembre – Michel Robitaille

Homicide par négligence criminelle

Selon l’enquête du coroner Bernard-Antoine Panet, Robitaille a été victime d’un meurtre. Il attribuait sa « mort à la suite des blessures mortelles subies lorsque heurté par une voiture, du à la conduite négligente et dangereuse du conducteur. »


1827, 17 juillet – James Armstrong

Selon le coroner Panet, Armstrong a été victime d’un meurtre car il est « mort due à plusieurs coups, blessures et contusions mortelles après avoir été violemment battu. » L’enquête précise aussi que « le défunt fut tué sur le Saint-Laurent, alors qu’il était passager à bord du trois-mâts (bark) « Harbinger », arrivé d’Europe le 18 juillet 1827. »


1829 – victime inconnue

Le 30 septembre 1829, François Malouin est pendu à Québec pour meurtre.


1832 – Joseph Veau dit Jeanveau

Le 25 décembre 1832, le manœuvre Joseph Veau dit Jeanveau est sauvagement battu par Charles Gagnon, qui tenait une taverne sans permis sur la glace de la rivière des Prairies à L’Abord-à-Plouffe (Laval). La victime aurait eu l’os temporal fracturé, la mâchoire inférieure fracturée à plusieurs endroits, le bras droit cassé et le gauche mutilé. Ses deux jambes ont également été brisées. Arrêté, Gagnon a été reconnu coupable de meurtre et condamné à être pendu en public le 29 mars 1833 sur un échafaud érigé à l’arrière de la prison située sur la rue Notre-Dame près de la Place Jacques-Cartier de Montréal. Le cadavre du supplicié aurait été disséqué au McGill College. Des membres de la famille Gagnon seraient parvenus à voler le cadavre, mais leur curé les dénonça au personnel du McGill College, qui l’aurait récupéré.


1833 – Euphrasyne Martineau

Homicide domestique

Adolphus Deway, 21 ans, reconnu coupable et pendu

En janvier 1833, Adolphus Deway, 21 ans, et Euphrasyne Martineau, 18 ans, se marient avant de s’installer sur la rue Saint-Vincent. Une semaine après la cérémonie, Deway se met à croire qu’Euphrasyne le trompe et des scènes de ménage attirent l’attention des voisins. Au bout d’un mois, Euphrasyne quitte son mari et se réfugie chez son père et un oncle. Deway continua cependant de la voir occasionnellement.

Le 24 mars 1833, après avoir assisté à la messe du dimanche à l’église Notre-Dame, Adolphus Deway amena Euphrasyne Martineau à son magasin de marchandises sèches à l’angle des rues Saint-Paul et Notre-Dame à Montréal. Sur place, il s’empare d’une hache et frappe sa femme à la tête avant de lui entailler le cou avec un rasoir. La croyant morte, Deway ferme la boutique et loue une carriole pour fuir jusqu’à Champlain dans l’État de New York. Pendant ce temps, Euphrasyne reprit conscience. Un médecin fait de son mieux pour tenter de lui sauver la vie, mais elle fait une fausse couche avant de mourir six jours plus tard.

La nouvelle du meurtre ayant atteint Plattsburg, New York, le shérif procède à l’arrestation de Deway et le garde le temps de permettre à des policiers montréalais de venir le cueillir. Accusé du meurtre de sa femme, Deway est reconnu coupable le 17 août 1833 et condamné à être pendu par le cou jusqu’à ce que mort s’ensuive. Le 30 août, Deway est pendu à la Place Vauquelin située entre la Place Jacques-Cartier et le Champ-de-Mars (aujourd’hui entre l’Hôtel-deVille et l’ancien Palais de Justice.


1834, 8 novembre – Louis Marcoux

Homicide conflictuel

Isaac et James Jones, accusé de meurtre et acquittés

Au cours de la campagne électorale pour l’élection générale des députés à la Chambre d’assemblée du Bas-Canada, Louis Marcoux a été victime d’un tir de pistolet tiré par Isaac Jones à Sorel. Ce dernier aurait été encouragé par son frère, James Jones. Le tireur était apparemment aigri par sa défaite politique. Marcoux a succombé à sa blessure le 8 novembre 1834. Toutefois, il eut le temps de faire cette déclaration avant de mourir : « que ce soir, 5 novembre, 1884, entre neuf et dix heures à l’horloge, il a vu sur un lot dans le dit Bourg un homme avec un fusil à la main, lequel fusil le dit homme a tiré. Le dit déposant s’est rendu auprès de cet homme, qu’il a reconnu pour être Isaac Jones. Le dit déposant a frappé sur le fusil et dit au dit Isaac Jones de ne pas tirer; sur quoi le dit Isaac Jones a pointé le fusil vers le ventre du dit déposant et l’a tiré, ce qui a fait une profonde blessure dans le ventre du dit déposant, de laquelle il soufre maintenant. Le dit déposant déclare qu’il a aussi vu présent un homme qu’il a reconnu pour être Luther Sawtell, lorsque le dit Isaac Jones a tiré, ainsi qu’un nombre d’autres personnes que le dit déposant n’a pu reconnaître. »[1]

Isaac et James Jones ont subi leur procès à partir du 4 mars 1835 à Montréal. Ils ont été acquittés.


1839, 31 janvier – Louis-Paschal Achille Taché

Affaire non résolue

Le 31 janvier 1839, Taché fut assassiné de deux projectiles d’arme à feu tirés en pleine tête. En fait, son corps a été retrouvé dans son manoir de Kamouraska. « L’enquête démontre assez rapidement qu’un dénommé George Holmes s’est rendu coupable de ce meurtre. Mais pourquoi? En fait, il faut savoir que le mariage de Taché avec Joséphine-Éléonore d’Estimauville s’est dégradé au fil des années. Subissant l’ivrognerie de son époux, son comportement violent et ses menaces, elle se réfugie à William Henry (Sorel) avec ses deux enfants. Elle tombe alors en amour avec le jeune médecin George Holmes. Ce dernier tente à deux reprises d’empoisonner Achille Taché par le biais d’une domestique au service de son amante, mais sans succès. Le médecin se rend à Kamouraska et assassine Achille Taché en le frappant à la tête avec un pistolet. »[2]

Joséphine est acquittée, tandis que Holmes fuit aux États-Unis, où il est arrêté dans le Vermont. Après une année de débats entourant une demande d’extradition, il est libéré. On ignore ce que Holmes est devenu par la suite, laissant le meurtre de Taché non résolu. Joséphine s’est renariée avec le notaire de Québec Léon-Charles Clément, qui lui donna six enfants.

La romancière Anne Hébert se serait inspirée de ce crime pour son roman Kamouraska.


1840, avril – enfant mâle âgé de 5 semaines

Filicide

En avril 1840, Betsy Williams, 21 ans, est arrêtée et accusée du meurtre de son bébé de 5 semaines. Mère célibataire de deux autres enfants, Betsy était une mulâtre qui vivait avec un amérindien avec lequel elle n’était pas mariée. Celui-ci l’aurait jetée dehors avec son rejeton. L’enfant avait cependant été baptisé au Lac des Deux-Montagnes. C’est alors qu’elle se rendait chez ses parents, qui habitaient à St-Benoît (Mirabel), qu’elle aurait tué son enfant. Elle craignait apparement la réaction de ses parents devant cet enfant né hors mariage. « Elle déposa cette petite créature sous un pin, dans un bois appelé Petit Brûlé de St. Benoit, où il fut trouvé mort lundi dernier par les homes de Police stationnés dans ce quartier sous les ordres du Major McCord. Le corps de cet enfant fut transporté à St. Eustache, chez Mr. Globensky, Juge à Paix de la paroisse, qui reçut les affidavits constatant les faits […] »[3]

Reconnue coupable de meurtre, Betsy a été condamnée à être pendue le 9 octobre 1840. Le 28 septembre, un du district de Deux-Montagnes présenta une pétition au gouverneur Sydenham afin d’implorer sa clémence. La pétition affirmait que, selon son état d’esprit, Betsy ne souhaitait pas réellement la mort de son fils. Un pardon lui permit d’éviter la corde à la toute dernière minute, mais on la contraignit tout de même à purger 3 ans de prison.


1847, 15 juillet – Corps non identifié

C’est à Saint-Joseph-de-Lévis, le 15 juillet 1847, que le coroner Jean-Antoine Panet a conduit son enquête sur un corps qui n’a jamais été identifié. Il a écrit dans son rapport : « mort de cause inconnue – l’état du corps ne permet pas de déterminer la présence de marque de violence ». Il pourrait donc s’agir d’une mort accidentelle.


1851, 29 octobre – Sophie Talbot, environ 40 ans

Homicide domestique

Joseph Bérubé et Césarée Thériault condamnés à mort

Au cours du mois d’octobre 1851, Sophie Talbot, âgée d’un peu plus d’une quarantaine d’années, tomba gravement malade. Le 29 octobre 1851, elle succomba. Son mari, Joseph Bérubé, 45 ans, s’est remarié peu de temps après à la jeune Césarée Thériault, 16 ans. L’autopsie permit de révéler une forte odeur d’ail ainsi que la présence d’irritation à l’intérieur de l’estomac. Lors du procès, le marchand William Jarvis expliqua que Bérubé lui avait acheté de l’arsenic en septembre 1851 pour se débarrasser de rats. De plus, on apprit que Sophie Talbot était revenue vivre dans le 4e rang de l’Ile-Verte avec son mari peu de temps avant sa mort.[4]

Après une trentaine de minutes de délibérations, le jury est revenu dans le prétoire avec un verdict de culpabilité. Le juge Panet les condamna à être pendus le 10 décembre 1851.


1852, 25 février – Charles Pépin

Homicide sans justification – aliénation mentale

Thomas Therrien, apparemment déclaré inapte et envoyé en institution psychiatrique.

Le vendredi 20 février 1852, il y avait déjà quatre mois que Thomas Therrien croupissait derrière les barreaux de la prison de Trois-Rivières. On l’accusait, d’après La Minerve, de tentative de meurtre sur sa femme. On disait de lui qu’il était originaire de Sainte-Monique, dans le comté de Nicolet. Ce jour-là, Charles Pépin et Adolphe Beaudoin ont fait leur entrée à la prison « pour n’avoir pas payé une amende de 25s […]. »[5] Selon The Montreal Witness, ceux-ci n’avaient qu’une sentence d’une semaine à purger.

Selon le témoignage de Beaudoin, c’est le 23 février que l’un des gardiens de la prison nommé Daviau leur aurait demandé qu’on lui fabrique un manche de hache. Charles Pépin lui suggéra alors de leur prêter une hache afin de s’en servir comme gabarit. De plus, ce travail de confection allait leur permettre de tuer le temps.

Dans l’après-midi du 25 février, Pépin et Beaudoin se mirent à sculpter le manche de hache.  Peu après, les deux jeune sprisonniers transportèrent du bois de chauffage à l’intérieur sans avoir revu la fameuse hache dont la valeur fut détaillée dans le rapport du coroner à « three shillings and six pence. » Thomas Therrien n’aurait pas participé au transport de bois mais serait demeuré dans la cour à l’endroit approximatif où la hache avait été laissée. Par la suite, les hommes seraient allés prendre leur souper pour ensuite retourner en cellule. Selon le gardien Richard Lanigan, c’est vers 18h54 que les trois prisonniers – Therien, Pépin et Beaudoin – auraient été confinés dans la même cellule.

Vers 19h10, Lanigan entendit des cris, ce qui l’obligea à revenir sur ses pas. À son arrivée, Beaudoin était blessé et Pépin gisait sur le plancher. C’est le lendemain, 26 février, que le coroner Valère Guillet fut appelé sur les lieux pour tenir une enquête. C’est son rapport, conservé àa BAnQ-TR qui nous permet d’être aussi précis dans la description des événements. Guillet eut la présence d’esprit de retranscrire une partie des témoignages entendus devant lui. En dépit de ses blessures, Beaudoin d’une grande utilité. Ainsi, on apprend que Pépin avait rendu l’âme une vingtaine de minutes après la sauvage agression.

Peu de temps après la fermeture des cellules pour la nuit, Therrien était passé à l’action en utilisant la hache qu’il avait apparemment réussi à introduire sans alerter le moindre soupçon. Ainsi, et sans aucune raison apparente, il a frappé Pépin dans la partie inférieure de son omoplate gauche. La blessure est décrite par le coroner comme ayant une longueur de 5 pouces (12,7 cm) et « deux pouces de profondeur. »

Lanigan expliqua avori envoyé son collègue Richard Ginnis chercher un médecin de toute urgence. Sur l’arme du crime, il dira qu’il s’agissait d’une hache qui appartenait à la prison depuis 14 ans. Selon lui, le tueur paraissait calme et avait demandé à voir un prêtre. Peu après, vers 19h30, Pépin succombait à sa blessure.

Devant le coroner, Lanigan fut contre-interrogé par Therrien lui-même, qui semblait se défendre seul. Ainsi, il a demandé au gardien de prison s’il savait qu’il était demeuré huit jours sans se nourrir.

Adolphe Beaudoin, décrit comme un journalier de Trois-Rivières, ajouta que lui et les autres prisonnierts avaient fait leur prière avant d’aller au lit. Aussitôt après, il aurait entendu son copain crier qu’on voulait le tuer. « Notre chandelle était encore allumée et dans le même temps, j’ai entendu frapper un coup sur le lit [de] Charles Pépin, qui s’est mis à crier […], O monsieur, on me tue […] ». Beaudoin avait immédiatement aperçu Therrien, hache à la main, qui le ciblait et il « m’a frappé en effet dans le côté droit […]. »  En dépit de sa blessure, Pépin avait trouvé la force d’aider Beaudoin à désarmer le désaxé. C’est probablement au cours de cette lutte que Beaudoin a reçu une autre blessure au genou gauche. Il raconta au coroner que Lanigan était intervenu le premier mais que c’est à Daviau qu’il avait remis l’arme du crime. Il avait ensuite appliqué ses deux mains sur la blessure de Pépin pour tenter de lui sauver la vie, mais ce fut peine perdue.

Quant à savoir comment Therrien avait réussi à introduire l’arme dans la cellule, Beaudoin déclara seulement que « j’ai la conviction que le dit Therrien avait caché la dite hache dans sa paillasse […]. »

Lors de l’enquête du coroner, Therrien a soumis des questions aux témoins qui pourraient laisser croire à son déséquilibre mental. Par exemple, il a demandé à Beaudoin : « ne m’avez-vous pas mis, vous et Charles Pépin, un morceau de viande dans mon plat avec mes patates? » Le rescapé a répliqué que sa femme était venue lui rendre visite en lui apportant de la viande et que, croyant bien faire, en avait offert à Therrien.

  • N’avez-vous pas demandé à coucher avec moi dans ma cellule?, questionna encore Therrien.
  • C’est Daviau, le tourne-clef, qui nous a demandé si on voulait coucher dans la même cellule et nous y avons consenti, répondit Beaudoin.

Il semble que Therrien ait jeûné durant quelques jours.

Pour sa part, le témoignage de Daviau permit de comprendre que Richard Ginnis lui reprochait d’avoir laissé la hache sans surveillance.

Thomas Therrien passa en examen le 2 mars 1852 devant Joseph-Édouard Turcotte et Denis Genest Leblanc. Turcotte était un avocat et homme politique. Après avoir perdu un bras lors d’un accident, il s’était lancé dans l’étude du droit avant de devenir patriote au cours des années 1830. Au moment où Therrien comparaissait devant lui pour meurtre, il avait perdu son poste de solliciteur général en 1848, après quoi il était revenu à l’Assemblée en 1851 comme représentant de Saint-Maurice.[6]

Lorsque Turcotte et Leblanc le questionnèrent à savoir de quelle paroisse il était originaire, Therrien a répliqué que « je ne puis pas vous dire dans ce temps-ci », et quand on lui demanda pourquoi, « à cette question le dit Thomas Therrien reste muet et s’obstine à ne pas répondre nonobstant la demande qui lui est faite plusieurs fois. »

Son procès s’est déroulé le 13 septembre 1852, au terme duquel il fut déclaré coupable et expédié à l’asile de Beauport.[7] C’est là qu’il serait décédé avant la fin du siècle.[8]


1853, 25-26 juin – Michel Lebel

Homicide conflictuel

Prudent Pelletier, acquitté.

Prudent Pelletier et Michel Lebel se querellaient depuis un certain temps. Le 25 juin 1853, Pelletier travaillait au champ lorsqu’il tomba à nouveau sur Lebel. Les injures éclatent. La bagarre s’est terminée lorsque Pelletier a infligé à son rival une vingtaine de coups de couteau. Au cours des 24 heures, Lebel a succombé à ses blessures, ce qui donna le temps à Pelletier de prendre la fuite. Quelques jours plus tard, accablé par les remords, il est revenu pour se livrer aux autorités.

Le procès s’est tenu devant le juge Panet au cours des mois de novembre et de décembre 1853. Le 17 novembre 1853, Le Journal de Québec publia le discours préparatoire qu’il a livré aux jurés.[9] Tout au long du procès, le même journal publia de longs extraits des témoignages.

Après une heure de délibérations, les jurés sont revenus avec un verdict d’acquittement. Pelletier fut aussitôt libéré.


1853, 26 avril – Mme Brainard.

Homicide domestique

William Ezra Brainard, le fils de la victime, a été condamné et pendu.

Le 26 avril 1853, William Ezra Brainard a tué sa mère par un tir de revolver. Le crime serait survenu à la suite d’une dispute familiale à Wickham. Barinard prétendait qu’un testament fait par sa mère était faux, car celle-ci l’avait apparemment écarté de sa succession. L’un des projectiles tirés au moment de l’altercation s’est engoufrré dans l’épaule de son frère, Lorenzo Franklin Brainard.

William Ezra Brainard s’est toutefois payé une cavale de 7 ans puisqu’il a subi son procès au palais de justice de Trois-Rivières en 1860. Le jury a délibré durant 20 minutes avant de rendre un verdict de culpabilité. Il n’a fait preuve d’aucune émotion lorsque le juge le condamna à mort. Le 26 octobre 1860, il est monté sur la potence de la prison de Trois-Rivières. « Brainard a été exécuté à 11h cet avant midi. Il est mort dans l’endurcissemet, ayant jusqu’au bout refusé les sacrements et toute consolation religieuse. Ses derniers mots ont été blasphématoires. » Une forte pluie s’abbattait sur la région au moment de sa pendaison. Sa dépouille a été rapatriée à Melbourne, en Estrie.[10]


1853, 4 mai – Enfant de sexe masculin

Aucune accusation connue

Un enfant de sexe masculin est retrouvé mort à Québec le 4 mai. Le coroner J.-A. Panet écrivit dans son rapport d’enquête: « il est étranglé avec un bandage de coton autour de son cou. »


1853, 3 novembre – Mme Gauthier

Louis Théberge alias Lizotte reconnu coupable de meurtre et pendu; Édouard Berthiaume et Charles Leclerc, acquittés.

Mme Gauthier a été assassinée le 3 novembre 1853 dans la région de Yamachiche. Louis Théberge alias Lizotte, un travailleur itinérant, aurait appris que la dame possédait une importante somme d’argent chez elle. Théberge aurait prétexté être intéressé à se procurer un cheval afin de se rendre chez elle et de la tuer dans des circonstances que nous ignorons. Au moment de commettre ce crie, Théberge venait à peine de sortir du pénitencier pour un autre crime. Le présumé complice de Théberge, Édouard Berthiaume, a été arrêté le premier et envoyé à la prison de Trois-Rivières le 9 décembre 1853. Selon le registre de la prison, celui-ci était originaire de Pointe-du-Lac et était âgÉ de 46 ans. Le caractère de l’homme, qui a été décrit comme mesurant 5 pieds et 10 pouces, fut décrit comme « pas bon. »

Il semble que Théberge soit resté en cavale durant quelques mois puisque son entrée dans la même prison s’est effectuée seulement le 20 avril 1854. Entre temps, il aurait été vu au traversier de Champlain alors qu’il était armé de deux revolvers. On l’a même aperçu en possession d’une somme évaluée entre 275$ et 300$. Selon le registre de la prison, il avait 28 ans, les cheveux bruns et les yeux gris. Il était l’un des rares prisonniers de l’époque à mesurer 6 pieds. Quant à son caractère, il a été décrit comme « mauvais ». Théberge a subi son procès au palais de justice de Trois-Rivières en septembre 1854 devant le juge Lafontaine. Le 16 septembre, il a été reconnu coupable tandis que ses co-accusés, Édouard Berthiaume et Charles Leclerc, ont été acquittés.

Théberge a été pendu dans l’enceinte de la prison de Trois-Rivières le 3 décembre 1854 devant une foule dont le nombre a été estimé à 5 000 personnes. Or, la population de la ville comptait 4 0004 habitants en 1851 et 5 769 en 1861.[11]


1854, 17 septembre – Thomas Flanagan

Aucune accusation connue. Bihin responsable d’homicide justifiable.

Dans la nuit du 16 au 17 septembre 1854, le surveillant Thomas Flanagan et ses collègues Maguire et Linn ont répondus à une plainte de grabuge au Exhibition building, à Québec. Alors que Flanagan se frayait un chemin à l’intérieur du bâtiment, après avoir été repoussé une première fois, un coup de feu a retenti. L’arme de poing responsable de ce tir se trouvait dans la main d’un dénommé Bihin (ou Bibin), un homme mesurant 7 pieds et 8 pouces qui craignait qu’on s’en prenne à son argent. On croit qu’il transportait sur lui une somme considérable en argent liquide. Le projectile a pénétré dans la partie gauche de la poitrine de Flanagan, le blessant mortellement. Il a finalement succombé à sa blessure vers 5h30, au matin du dimanche 17 septembre 1854.[12]

L’enquête du coroner, qui s’est tenue à l’Hôtel Dieu de Québec, a rendu un verdict d’homicide justifiable. Flanagan était le deuxième policier mort en service dans l’histoire du Québec, mais le premier par homicide.[13]


1857? – Corrigan

Hagan ou Hogan, acquitté

En février 1857, un dénommé Hagan est acquitté du meurtre de Corrigan. Son procès s’était étalé sur sept jours. « L’acquittement de Hogan a produit une certaine sensation. » (Le Pays, 11 février 1857)


1856 ou 1857? – Joseph Bisson

Homicide domestique

Anaïs Toussaint, 17 ans, son épouse, condamné à mort, sentence commuée par la suite.

Peu de temps après son mariage avec Joseph Bisson, Anaïs Toussaint s’est débarrassé de son mari en lui administrant de l’arsenic. Le procès de la jeune femme de 17 ans s’est déroulé vers la fin de janvier 1857 à Québec.

« C’est avant-hier matin, en présence d’une foule compacte qui remplissait l’audience, que l’honorable Juge Duval a formulé en ces termes un arrêt de mort contre cette femme coupable : « Anaïs Bisson, au sein d’une population éminemment distinguée par la douceur de ses mœurs et par des sentiments profondément religieux; dans un pays où la présence du bon curé du village a, jusqu’à ce moment, suffi presque seule pour maintenir le respect de la loi et de l’ordre, vous, née dans ce pays et sortie à peine de l’enfance, vous vous êtes rendue coupable d’un crime des plus atroces. « Un homme instruit et expérimenté a dit qu’entre les grands crimes, il en est un qui se dissimule dans l’ombre, qui rampe autour du foyer domestique, terrifie la société, défie, par les ruses qui président à son emploi et par la subtilité de ses effets, les applications et les analyses de la science, intimide par les doutes qu’il fait naître, la conscience des jurés et, d’année en année, se multiplie dans une progression effrayante. Ce crime, c’est l’empoisonnement, et le poison c’est l’arsenic! C’est de ce crime que vous avez été trouvée coupable. La victime était votre époux, l’homme auquel, peu de jours auparavant, au pied des autels de votre Dieu, vous aviez fait serment d’amour et de fidélité. Il est pénible d’avoir à dire qu’en ce moment solennel où le prêtre, dans le temps saint, élevait les mains sur vous et sur votre époux, en implorant la bénédiction du ciel, vous méditiez la mort de votre mari. Le fait nous est aujourd’hui connu, puisque, dès le lendemain de la publication de votre premier ban de mariage, vous avez déclaré devant une amie que si votre mari ne vous plaisait pas, vous l’empoisonneriez.

« Quel motif a pu vous porter à prendre une telle résolution? Ce ne sont assurément pas les mauvais traitements que vous auriez éprouvés de sa part, car il vous a témoigné l’amour et le respect qu’une épouse a le droit d’attendre de son époux. Pendant le peu de jours que vous êtes demeurés ensemble, les torts ont été de votre côté. Incapable de plier vos passions au joug domestique, et de restreindre votre amour à la couche nuptiale, chaque jour la légèreté de votre conduite renouvelait ses chagrins. Vainement en appelait-il à vos sentiments de femme pour lui épargner ces tristes moments de douleur profonde dont vous étiez journellement le témoin. Vous ne lui répondiez que par des insultes et par le mépris. Vous aviez résolu de faire de lui votre victime. Ah! si, dans de pareils moments, vous vous fussiez rappelé les leçons de morale et de piété reçues dans votre jeunesse, vous auriez épargné ce sort à votre malheureux époux.

« L’on peut comprendre qu’un homme, dans un moment de rage et de désespoir, enfonce un poignard dans le cœur de celui dont il aurait juré de tirer vengeance; mais qu’une épouse trame, en silence et délibérément, le meurtre de son époux; que, de son propre mouvement, elle parcoure la cité pour se procurer du poison, et que, pendant huit ou dix jours, elle ait le courage de soutenir la vue de son mari en proie aux souffrances les plus cruelles, c’est là un fait si extraordinaire, qu’il faut pour y croire en avoir la preuve. Vous nous avez cependant fourni cette preuve. Pendant huit ou dix jours vous avez vu, avec l’indifférence la plus entière, les douleurs dont souffrait votre mari, et son dernier soupir n’a même pu vous arracher une larme. Si, à l’instruction de votre procès, on eût été pour vous également indifférent et sévère, vous n’auriez eu assurément aucun droit de vous en plaindre. Mais cette sympathie que vous aviez refusée à votre époux, ici vous l’avez rencontrée. Vous avez dû observer toutes les précautions prises afin de protéger l’innocence et d’empêcher qu’on ne la confondit avec le crime; et, en ce moment même où le crime est constaté au-delà de tout doute, le ministre de la justice vous tient le langage de sentiments plus conformes à ceux de la religion et de l’humanité.

« Anaïs Bisson, il ne vous reste que peu de jours à vivre. Je vous conjure de réfléchir sur le compte que vous allez être appelée à rendre de votre courte carrière. Quelle que soit l’énormité de votre crime, la miséricorde de Dieu est sans limites. Faites venir de suite un prêtre, et placez en lui toute confiance. Le temps est court, mais il est suffisant pour vous permettre de vous réconcilier avec Dieu par une contrition sincère. Je vais maintenant prononcer contre vous la sentence de la loi, laquelle est que vous, Anaïs Toussaint, veuve de Joseph Bisson, soyez reconduite à la Prison Commune de ce district, d’où vous avez été extraite; et que, le troisième jour d’Avril prochain vous en soyez tirée de nouveau pour être conduite à la place ordinaire des exécutions, et là pendue par le cou jusqu’à ce que mort s’ensuive. Et que Dieu ait pitié de votre âme! »[14]

En juin, Me Plamondon, l’avocat de la condamnée, plaida en faveur d’une commutation de peine. Il remporta sa bataille et Anaïs fut ainsi conduite au pénitencier de Kingston, en Ontario. « Nous avons déjà dit que nous applaudissons de tout notre cœur à cette décision du chef du gouvernement et nous croyons devoir mentionner que ce résultat est dû en partie aux efforts que M. Plamondon a fait depuis près de quatre mois pour épargner à notre cité l’ignoble spectacle d’une exécution à mort. »[15]

Grâce à sa bonne conduite et surtout au dévouement de Me Plamondon, elle a eu droit à un pardon en 1874. Anaïs serait retournée dans sa famille.[16]


1858, 18 janvier – Catherine Prévost Desforges

Homicide domestique

Marie-Anne Crispin et Jean-Baptiste Desforges reconnus coupables et pendus

Catherine Prévost Desforges est tuée à Saint-Jérôme en janvier 1858. Elle serait morte par empoisonnement.

Marie-Anne Crispin et l’époux de de Catherine, Jean-Baptiste Desforges, sont accusés du meurtre. Le procès se déroule en avril devant le juge Monk. Selon les journaux contemporains aux événements, Marie-Anne Cripsin avait 45 ans et bien qu’elle n’avait apparemment rien de séduisant, elle était la maîtresse de Desforges. Ce dernier, cordonnier de métier, était l’époux de la victime.

Le 20 avril, un verdict de culpabilité tomba et le juge les condamna aussitôt à mourir par pendaison.

Le 25 juin 1858, c’est à la prison de Saint-Jérôme que Marie-Anne et Antoine ont été pendus à 10h00. On a décrit le bourreau comme un homme de race noire plutôt mince et portant un masque. Le Montreal Herald le croyait novice dans cette fonction. Après une prière, on a permis aux deux suppliciés de s’embrasser une dernière fois avant de monter sur l’échafaud. Jean-Baptiste avoua que cette sentence était juste puisqu’il admit sa culpabilité. Marie-Anne aurait fait une déclaration semblable. On aurait entendu Jean-Baptiste dire : « oh Jésus, Marie, Joseph, ayez pitié de moi. » Le couple a été pendu simultanément. Jean-Baptiste serait mort sur le coup, tandis que Marie-Anne aurait démontré des signes de vie durant cinq minutes.[17]


1859, 2 avril – Anselme Charron

Homicide par profit personnel

Jean-Baptiste Beauregard, reconnu coupable et pendu

Anselme Charron, un homme d’affaire de Saint-Charles-sur-Richelieu, se rend à Saint-Hyacinthe pour affaires au matin du 2 avril 1859. Il transportait sur lui une importante somme d’argent. Jean-Baptiste Beauregard a été la dernière personne vue en sa compagnie, alors qu’il se dirigeait en direction du pont Biron. Les deux hommes étaient alors en état d’ivresse. Peu après, Beauregard est seul, le souffle coupé.

Peu de temps avant la disparition de Charron, Beauregard avait tenté d’obtenir le droit d’ouvrir une auberge, alors qu’après on l’a entendu se vanter qu’il avait maintenant la somme nécessaire pour réaliser son projet. Neuf jours après la disparition, un ami de Charron est allé voir Beauregard pour lui demander carrément où était le disparu. Beauregard aurait alors répondu : « je ne m’en souviens pas. »

Finalement, le corps de Charron a été retrouvé au début de mai. Sa tête portait des marques évidentes de violence. À la suite de l’enquête du coroner, Beauregard fut immédiatement arrêté. Son procès s’est ouvert le 8 octobre 1859. Le 15 octobre, le jury le reconnut coupable de meurtre. Tout au long du procès, le tueur serait demeuré impassible. On le décrivit comme un homme au physique robuste

Beauregard a été pendu le 16 décembre 1859 à la prison du Pied-du-Courant à Montréal, en face de la distillerie Molson, par une journée froide et nuageuse. Selon une source, on aurait mit le bonnet noir du condamné sur sa tête avant d’entamer la marche jusqu’à l’échafaud. Il était alors 10h15. « Il monta fermement et même avec vitesse les deux escaliers qui menaient sur la potence. […] le condamné était lancé d’une hauteur de 6 ½ pieds. Le corps tourna lentement sur lui-même et fit face à la multitude [la foule]; le vent lui imprima alors un léger balancement. Il était dix heures et 40 minutes du matin à l’horloge de la prison. »[18]

Juste avant la pendaison, le prêtre qui accompagnait le supplicié aurait profité de l’occasion pour pointer du doigt la distillerie Molson afin de condamner les méfaits de l’alcool. Beauregard laissait dans le deuil sa femme, Sophie Delage, ainsi que ses enfants.


1860, automne – Bébé Burns

Filicide par un père maltraitant

Alexander Burns, reconnu coupable de meurtre et pendu

Alexander Burns était considéré comme un homme violent. Il a été arrêté en 1848 pour avoir blessé un homme avec une hache. Jugé inapte à subir son procès, on l’avait conduit à l’asile de Beauport, où il était ressorti au bout de trois mois. À son retour à East Bolton, dans la région de Sherbrooke, il se serait vanté de s’en être bien sorti.

Alexander Burns

Au cours de l’automne 1860, un vieux voyageur du nom de Nelson Lilian s’est arrêté chez les Burns pour quelques jours. Par la suite, le vieil homme disparut. Cindal Burns, le fils de 16 ans d’Alexander, disparut lui aussi vers la même époque. Les habitants du canton ont alors décidé que c’en était assez et organisèrent une fouille de la demeure. La maison en bois rond abritait Burns, sa femme, sa mère et 9 enfants, dont le plus jeune avait 3 mois et le plus vieux 18 ans. Burns lui-même était décrit comme un homme de 45 ans.

Le lendemain, la fouille permit de retrouver des ossements humains sur la ferme. Il n’en fallait pas plus pour que Burns prenne la fuite dans le Vermont. On le soupçonnait évidemment d’avoir tué son fils Cindal et Nelson Lilian. Toutefois, il apparut que Cindal était en vie et se portait très bien. Le jeune homme expliqua s’être enfui avec Lilian parce que son père avait abusé de lui.

Les Burns prétendirent que les ossements étaient ceux d’un cheval, mais le Dr Patee a déterminé que les os étaient humains. Une enfant de 9 ans de la famille nommée Josephine avoua alors aux autorités que Cindal avait été malmené par son père parce qu’il avait l’intention de dévoiler ce qu’il savait à propos du bébé. Mais quel bébé?

Josephine expliqua que sa sœur Mary Jane avait eu un enfant et que Burns l’avait froidement tué. De son côté, Cindal déclara avoir vu son père violer sa sœur Mary Jane, avoir assisté à la naissance de l’enfant et vu son père tuer le poupon. Il aurait déposé l’enfant dans la neige pour ensuite le battre à mort. La petite Josephine, 9 ans, admit à son tour avoir été violée par son père.[19]

Alexander Burns a été jugé et condamné pour le meurtre de son propre enfant né dans une relation incestueuse. Il a été pendu le 6 septembre 1861 peu après s’être converti à la religion catholique. Après la messe du condamné, il a fondu en larmes tout en déclarant : « Oh! Que je suis heureux! Je me sens fort et je le suis. »

Un journal estima entre 15 000 et 18 000 le nombre de curieux venus assister à la pendaison du supplicié à la prison du Pied-du-Courant, à Montréal. Burns a monté le premier escalier d’un pas déterminé mais il flanchit au second. « Pendant six minutes le malheureux Burns dût souffrir le plus cruel supplice, car son corps tombé d’une hauteur de 6 ½ pieds, fit plusieurs contorsions et s’agita pendant tout ce temps-là. Enfin, au bout de 6 minutes et 4 secondes, il était mort. »[20]


1866, 31 décembre – François-Xavier Jutras

Homicide domestique

Sophie Boisclair, coupable de meurtre, sa sentence de mort a été commuée. Modeste Villebrun dit Provencher, coupable de meurtre et pendu.

Le 26 octobre 1866, Modeste (ou Modiste) Villebrun dit Provencher, un ancien juge de paix, quittait son village de Saint-Zéphirin de Courval pour se mettre en route vers Sorel. Sa voisine, Sophie Boisclair, prit la même direction à bord de sa propre calèche. L’un prétendait se rendre à Richmond tandis que l’autre parlait plutôt de Sorel. Peu de temps après leur départ, des témoins les ont vu à bord du même véhicule en plus de dormir dans la même chambre d’une auberge.

Sophie Boisclair et Modeste Villebrun dit Provencher, tous deux condamnés à mort pour un crime commis en 1866.

À leur retour à Saint-Zéphirin, l’épouse de Provencher est tombée soudainement malade. Elle est morte peu de temps après. Vers le début de décembre 1866, alors qu’il n’avait pas été inquiété par les autorités, Provencher allait habiter avec Sophie Boisclair et le mari de celle-ci, François-Xavier Jutras. Le 31 décembre, on retrouvait le corps sans vie de ce dernier. L’enquête a permis de découvrir qu’il était mort empoisonné. Rapidement, les soupçons se tournèrent vers sa femme de 38 ans et le présumé amant de celle-ci.

Le procès de Provencher s’est ouvert le 22 mars 1867 à Sorel. La preuve démontra que Jutras avait été empoisonné avec de la strychnine. Selon la Couronne, les deux amants auraient quitté leur maison respective le 26 octobre, « l’un prétendait aller à Richmond l’autre à Sorel. Ils se rendirent à la rivière aux Orties, à une distance de trois lieues, chacun dans sa voiture. La Boisclaire [sic] paraissait surprise de rencontrer Provencher.  Ils laissèrent une de leurs voitures et se sont embarqués ensemble dans l’autre. Ils ont dîné à Yamaska, où on les a pris pour mari et femme. » Ils ont passé la nuit suivante à l’auberge Courchêne et le lendemain des témoins lles ont vus à Sorel. En fait, ils ont passé toute la fin de semaine ensemble. Ensuite, ils ont joué la comédie devant Jutras. Provencher aurait même suggéré à la personne qui l’avait vu à Sorel de ne pas en parler.  Le 2 novembre, Provencher et sa femme avaient passé la soirée chez les Jutras et « à la veille de partir, on offrit un ver[re] de whiskey à madame Provencher qui l’accepta, et elle se trouva tellement saisie, qu’à peine pût-elle se rendre chez elle, à la maison voisine. Cette femme était en très bonne santé le 2, et est morte le 5 novembre. »[21]

Joseph Jutras, cousin de la victime, a témoigné à l’effet qu’au moment d’apprendre à Sophie la mort de son époux, tout ce qu’elle aurait trouvé à répondre c’est qu’il fallait prévenir le médecin pour éviter que ce dernier se déplace inutilement.

Selon la défense, c’est Jutras lui-même qui aurait envoyé sa femme avec Provencher à Sorel à la fin d’octobre 1866. D’autre part, Provencher ne s’était pas caché du fait qu’il cherchait de la strychnine pour en expédier à son fils qui vivait aux États-Unis. Ce dernier s’en servait pour tuer les renards, comme plusieurs autres habitants de cette époque.

Le 6 avril 1867, après 5 minutes de délibérations, le jury déclara Provencher coupable. Le condamné a versé quelques larmes en croisant le regard de ses enfants, assis dans le prétoire, mais il s’est rapidement ressaisi. Après avoir fixé l’exécution au 3 mai, le juge lui a demandé s’il avait quelque chose à déclarer. Le condamné a brièvement consulté ses avocats avant de dire : « j’ai t’a dire que j’suis pas coupable. J’scai qui s’qu’a fait l’coup, mais c’est pas les accusés. »[22]

Le procès de Sophie Boisclair s’est ouvert le 8 avril. Elle aurait versé quelques larmes pendant qu’on décrivait les souffrances de son défunt mari. Le verdict de culpabilité n’eut apparemment aucun effet sur elle. Puisqu’elle s’est déclarée enceinte, le prononcé de la sentence a été suspendu avant que des spécialistes puissent confirmer son état. Le juge la condamna pourtant à mort. Elle a ensuite déclaré : « Monsieur, je ne veux pas que la sentence de mort soit prononcée à c’t’heure, parce que je suis enceinte. Je ne suis pas coupable; j’ai été accusée à tort. » Et c’est en sanglotant qu’elle a ajouté : « Je suis accusée sans être coupable; je puis vous le dire, si mon mari pouvait prononcer des paroles, vous verriez que je ne suis pas coupable. Si Dieu permettait que mon mari parlerait, vous verriez ce qu’il en serait aujourd’hui. »[23]

Éventuellement, sa peine de mort a été commuée en emprisonnement à vie. Son complice a été pendu le 3 mai 1867 à la prison de Sorel. Il aurait eu le temps de dire au bourreau : « Notre Seigneur a enduré, et il n’était pas coupable. »[24] Selon le Shérif, Provencher aurait avoué son crime peu de temps avant de monter sur l’échafaud. Le 12 février 1868, Sophie était transférée au pénitencier de Kingston, en Ontario.[25] Selon le dossier judiciaire, elle n’aurait pas été libérée de prison avant 1886.


[1] « Les événements de 1837 aux Trois-Rivières », L’Action Catholique, 16 mai 1937, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec; « Sans titre », Le Canadien, 12 novembre 1834, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[2] Yves Hébert, « Le drame de Kamouraska dépasse nos frontières? », Le Placoteux, 10 janvier 2018, no 2 édition, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[3] « Crime », L’Ami du peuple, de l’ordre et des lois, 18 avril 1840, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[4] « To the editor of the Quebec Mercury », The Quebec Mercury, 30 novembre 1852.

[5] La Minerve, 2 mars 1852.

[6] Joseph-Édouard Turcotte deviendra maire de Trois-Rivières de 1857 à 1863.  En 1852, il était aussi propriétaire et rédacteur du Journal des Trois-Rivières.  Il s’éteint à Trois-Rivières le 20 décembre 1864.  Plus tard, la ville lui rendit hommage en nommant une rue en son honneur.  Pour plus de renseignements sur la carrière de Turcotte : http://www.biographi.ca/009004-119.01-f.php?BioId=38873

[7] Il y a quelques années, j’ai fait des démarches pour tenter d’obtenir le dossier psychiatrique de Thomas Therrien, mais on m’a expliqué qu’étant donné la nature confidentielle des dossiers médicaux même la loi du 100 ans ne s’appliquait pas. Ces dossiers, en admettant qu’ils aient été conservés, ne seront jamais rendu publics.

[8] La Patrie, 15 mars 1905.  Pour affirmer que Therrien était décédé à l’asile de Beauport (maintenant devenu l’Institut universitaire en santé mentale de Québec après avoir été le centre Robert Giffard), le journal montréalais, alors présent dans la région de Trois-Rivières concernant l’affaire du meurtre de Sclater, se disait informé par le directeur de la prison William Ginnis, qui occupait ce poste depuis 1865.

[9] Le Journal de Québec, 17 novembre 1853.

[10] « Exécution du Patricide Brainerd », La Minerve, 27 octobre 1860, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[11] « Exécution de Théberge », Le Canadien, 6 novembre 1854, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec; « Execution – Théberge », The Montreal Witness, 8 novembre 1854, sect. The News, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[12] « Homicide by The Giant », The Quebec Mercury, 19 septembre 1854, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[13] Le premier, John Brady, mort deux ans polus tôt, a été victime d’un accident.

[14] « Sentence de mort contre Anaïs Toussaint », Le Canadien, 4 février 1857, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[15] « Anaïs Toussaint, la fin du drame », Le Pays, 29 juillet 1857, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[16] « Il y a dix-sept ans », La Gazette de Sorel, 23 juin 1874, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[17] « Execution of the St. Jerome murderers, Marie Ann Crispin and Jean Baptiste Desforges », The Montreal Herald, 26 juin 1858, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[18] « Exécution de Jean-Baptiste Beauregard », L’Ordre, 20 décembre 1859, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[19] Bernard Epps, « The crimes of Alexander Burns, the Beast of East Bolton », The Record, 4 novembre 1988, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[20] « Exécution de Alex Burns », L’Ordre, 9 septembre 1861, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[21] La Gazette de Sorel, 23 mars 1867.

[22] Procès Provencher-Boisclair, op. cit., p. 311.

[23] Ibid., p. 315.

[24] Ibid., p. 316.

[25] La Gazette de Sorel, 12 février 1868.