Le vendeur de fruits et légumes

Photo de Robert et Rosaire BeaumierMonsieur Rosaire Beaumier débute très jeune à vendre des fruits & légumes avec sa mère à Trois-Rivières. Celle-ci lui donne le goût de partir à son compte dans ce domaine. Pendant les années 1950, les fruits et légumes n’existaient pas sur les tablettes dans les épiceries, alors les gens allaient faire leur provision au marché.

Beaumier passait avec son cheval et sa voiture pour vendre ses fruits et légumes qu’il avait achetés chez un grossiste à Trois-Rivières. Il partait avec sa voiture chercher sa provision et au retour chez lui il préparait sa voiture et remplissait ses tablettes avant de partir. Il attelait son cheval et partait faire la tournée de ses clients. Pour l’hiver M. Beaumier possédait une voiture fermée, avec un fanal accroché à l’avant au cas de revenir à la noirceur. Il chauffait au bois à l’intérieur pour ne pas que ses fruits et légumes gèlent.

Son cheval était ferré été comme hiver vu les saisons différentes et les longues heures de travail, de 7h jusqu’à l’heure du souper. En avant de sa voiture il y avait une plateforme où il pouvait se tenir debout pour conduire son cheval, alors rare étaient les fois qu’il pouvait s’asseoir durant une journée. Souvent son cheval avançait seul au prochain client car il connaissait le chemin autant que son maître. Quand M. Rosaire Beaumier avait un obstacle à passer avec son cheval il lui mettait une poche sur la tête et il le prenait par la bride et il passait sans difficulté.

À cette période c’était heureux de voir les chevaux travailler en ville car pour les enfants qui ne vivaient pas à la campagne avaient la chance d’admirer ces bêtes accompagner leurs maîtres à leur travail. C’était plus difficile pendant les dernières années car les enfants faisaient peur au cheval en lui tirant des roches ou des pétards. Alors le cheval partait en peur, imaginez-vous de voir passer une voiture pleine de fruits et légumes à toute vitesse!

Beaumier gagna sa vie avec ce métier pendant 34 ans de 1950 à 1984. Il travailla pendant 4 ans avec un cheval et à cause du progrès il le remplaça par un camion jusqu’en 1984.


(Recherches par Thérèse Toutant, en collaboration avec M. Rosaire Beaumier et son épouse Mme Jeannette Veillette.)

 

Publicités

Nouvelle collaboratrice chez HL

                L’équipe d’Historiquement Logique est fière d’accueillir sa nouvelle collaboratrice, qui nous apportera des articles sur la petite histoire de notre province. Thérèse Toutant, qui a connu la vie à la campagne avant la grande époque de la commercialisation des fermes québécoises, a très tôt découvert son talent pour le dessin. Ce moyen d’expression la suivra d’ailleurs tout au long de sa vie.

Au cours des années 1980, elle obtenait son Bacc d’enseignement en Arts plastiques. Au cours des dernières années, cette artiste peintre de la Mauricie a collaboré avec Le Postillon, journal de la Société historique de Champlain, petit village situé entre Trois-Rivières et Québec. Sa principale contribution a été de rencontrer plusieurs personnes âgées afin d’immortaliser leurs histoires oubliées.

Dès mercredi à 8h00, Mme Toutant partagera un article sur ces hommes qui autrefois travaillaient quotidiennement avec les chevaux.

Pour en savoir davantage sur notre nouvelle blogueuse, je vous invite à consulter sa page de présentation à l’adresse suivante : https://historiquementlogique.com/politiques/therese-toutant/

Octobre 70: Les aveux de Bernard Lortie (22)

Bernard Lortie , le jour de sa comparution devant le coroner Trahan.

Samedi, 7 novembre 1970

Les procureurs du ministère public appelèrent à la barre Bernard Lortie, 19 ans.  Lorsque Me Jacques Ducros lui demanda s’il souhaitait obtenir les services d’un avocat, Lortie refusa.  Le coroner lui posa à nouveau la question pour être bien certain mais Lortie n’avait pas changé d’idée.

On se souviendra que Lortie avait participé à l’enlèvement de Pierre Laporte en compagnie des frères Paul et Jacques Rose, ainsi que Francis Simard.  Est-ce que le public allait en apprendre davantage sur cette affaire à travers la bouche d’un des ravisseurs?

  • Quelle est votre occupation?, questionna le greffier.
  • Qu’est-ce que vous faites dans la vie?, se reprit-il en espérant cette fois obtenir une réponse.
  • On va dire étudiant. J’étais étudiant.
  • Quelle est votre adresse?
  • La plus récente, je ne le sais pas. C’est en face du Musée de Cire, je ne le sais pas l’adresse.

Après ces quelques questions d’usage, Me Jacques Ducros commença son interrogatoire en espérant pouvoir tirer quelque chose de valable de ce jeune homme.

  • Monsieur Lortie, je comprends que vous avez été arrêté hier soir?
  • Oui, monsieur.
  • Et que vous avez donné une déclaration aux policiers sur les circonstances ayant entouré l’enlèvement de monsieur Pierre Laporte?
  • C’est ça.
  • Vous avez une copie de votre déclaration. Est-ce que vous voudriez dire à la Cour, à l’aide de votre déclaration ou autrement, ce que vous savez sur l’enlèvement et la mort de Pierre Laporte?  … Monsieur Lortie, je vais vous demander de parler fort et de parler dans le micro.

Le coroner intervint alors pour offrir au jeune homme s’il voulait demander la protection de la Cour, mais il est clairement écrit entre parenthèses dans les transcriptions sténographiques de l’enquête : « ici M. Bernard Lortie fait un signe négatif de la tête ».  Il s’apprêtait donc, apparemment, à jouer franc jeu.  Me Ducros put donc reprendre son interrogatoire, permettant à Lortie de lire sa déclaration.

  • Monsieur Lortie, voulez-vous raconter, relater à la Cour ce que vous savez? Je vais vous donner l’original.
  • Depuis environ deux heures que je parle avec le capitaine Bellemare et le sergent Ste-Marie de la Sûreté Provinciale [sic], que je raconte tout ce que je sais en rapport avec l’enlèvement de monsieur Laporte, et que maintenant je veux faire une synthèse écrite des faits. Je déclare donc librement, volontairement tout ce qui suit concernant l’enlève … l’enlèvement de monsieur Laporte.  J’ai connu Paul Rose, la personne que je vous identifie sur la présente photo à la Maison du Pêcheur en 69.  C’est le même que … que vous me montrez sur la photo portant le numéro D-102646.

Pour une question de précision et de clarté, Me Ducros demanda au greffier que l’on indique que l’on parlait de la photo déposée en preuve sous la cote P-9[1].

  • Écoutez, reprit Me Duclos, vous pouvez relater tous les faits de la façon dont vous l’entendez. Ce n’est pas nécessaire de lire votre déclaration pour relater les faits.
  • C’est ce que j’ai déclaré et d’ailleurs je ne pourrais pas me rappeler, eeeh…
  • Alors, intervint le coroner, vous préférez vous servir de la déclaration que vous avez faite pour rendre témoignage ce matin?
  • Oui.
  • Alors, continuez?
  • C’est pas mal trop long, Votre Honneur. « … sur la présente photo dont j’inscris la date et l’heure que je l’ai identifiée ».  De plus, j’ai connu, j’ai reconnu Francis Simard sur une photo que j’initiale avec la date et l’heure.
  • Pourriez-vous me dire si vous la voyez la photo, si c’est bien celle-là?, reprit Me Ducros.
  • J’ai également connu d’autres personnes concernées dont Jacques Rose, la personne que vous montrez sur la présente photo dont j’inscris la date et l’heure que je l’ai identifié.  C’est celle-là. (P-11).  Je vais donc raconter tout ce que je sais à présent que je veux … même si je m’embarque je dis tout.  Moi, Jacques Rose, Paul Rose et Francis Simard nous avions pensé et discuté depuis longtemps d’enlever quelqu’un.  Pis après l’enlèvement de monsieur Cross quand je les ai rencontrés à la maison, au 5630 rue Armstrong, à cause des événements, vu que monsieur Cross ne faisait pas assez bouger les autorités en place on s’est préparé à enlever monsieur Laporte.  Je suis arrivé sur la rue Armstrong vers les 14h00 de l’après-midi.  Jacques était venu me chercher au centre d’achat sur le chemin Chambly.
  • Jacques, c’est Jacques Rose?
  • Jacques Rose. Il m’avait téléphoné chez moi sur – bien, chez moi, sur le boulevard Therrien, je ne sais pas quelle adresse, mais c’est à Longueuil ou Jacques-Cartier.
  • C’est quel jour, ça, que ça se passe?
  • C’est le vendredi, la journée, la même journée que l’enlèvement.
  • La journée de l’enlèvement? Le samedi, c’est ça?
  • Je restais aux Productions 18-25 où demeuraient également Jean-Luc Arène, Lise Balcer, Normand Turgeon, un gars qu’on dénommait l’Indien, Denis, Clément Roy, puis un dénommé Albert, ça c’est …
  • Qui c’est Albert?
  • … son nom.
  • Albert, savez-vous son nom?
  • Son nom de famille. Et aussi Pierre-Marc Beauchamp.  Je les avais connus à cet endroit sur le Boulevard Therrien.  Donc je vous disais que Jacques Rose est venu me chercher avec le Chevrolet 67 de couleur bleue dans le bas et le toit en vinyle.  Il portait la licence 9J2420.  Il était enregistré, je crois, au nom de Paul Fournier.
  • Paul Fournier, c’est qui ça?
  • C’est un nom fictif.
  • Nom fictif de qui?
  • De monsieur Rose.
  • Lequel?
  • Paul.
  • Paul Rose?
  • Jacques Rose m’a conduit sur la rue Armstrong au 5630. Là, il y avait son frère, Paul, Francis Simard.  Jacques et Francis sont allés spoter la maison de monsieur Laporte sur la rue Robitaille.  Ils sont revenus pour nous dire que monsieur Laporte était bel et bien là.  Une heure ou deux après, je suis retourné sur la rue Robitaille avec Jacques pour savoir si monsieur Laporte était encore là et, son auto étant là, nous avons convenu qu’il était là.  Par la suite nous sommes revenus à la maison pour écouter la conférence de monsieur Choquette[2].  Nous sommes partis de la maison sur la rue Armstrong en compagnie de Francis Simard, Jacques Rose, Paul Rose et moi-même.  Nous avons voyagé dans la Chevrolet 67, licence 9J2420.  C’est Jacques Rose qui conduisait.  Nous avions en notre possession deux fusils M-1 dont vous me montrez présentement.  C’est bien ça.

Les deux M-1, l’une munie d’une corde blanche et l’autre d’une courroie de cuir noir furent déposées en preuve.

  • Vous avez dit que vous étiez en possession de deux M-1?
  • Oui.
  • Qu’on vous a montrés?
  • Je les reconnais, une à une corde blanche, c’est moi qui ai fait le nœud…
  • Vous avez fait le nœud, oui?
  • … puis l’autre il y a une strap de cuir noir que j’ai mis après. C’est une strap de boîtier de longue-vue.  Je dois dire que j’ai même réparé une poignée loose, je l’avais défait pour la resserrer.  Je continue donc à vous dire que Jacques Rose conduisait le char.  Nous avons quitté la rue Armstrong après la conférence de presse du ministre Choquette.  Moi j’étais assis en avant à droite, Paul Rose était assis à droite en arrière de moi, Francis Simard en arrière à gauche.  Les armes étaient dans l’auto.  On avait un douze automatique tronçonné ou chopé en-dessous du siège avant; il y avait deux M-1, ceux que j’identifie.  Ils étaient par terre pour que l’on puisse les prendre par en arrière.  Nous sommes arrêtés sur la route 9 devant un restaurant, on a téléphoné chez monsieur Laporte.  C’est Jacques qui a appelé.  Il nous a dit que madame Laporte avait répondu que monsieur Laporte venait de sortir dehors.  Immédiatement après on s’est rendu sur la rue Robitaille.  Monsieur Laporte traversait la rue pour attraper le ballon, il jouait avec un jeune.  On s’est arrêté.  Paul est sorti avec le M-1.  En même temps je suis sorti, je l’ai attrapé par le bras – je parle de monsieur Laporte.  Il n’a pas offert de résistance et je l’ai attiré vers l’auto où je l’ai poussé.  Après ça, on est rembarqué et puis on est parti.  Je crois que nous avons pris la rue Tiffin, on a débouché sur le boulevard Taschereau.  Monsieur Laporte était couché dans le fond entre les deux sièges.  Il y avait un coat par terre et nous en avions mis un par-dessus.  Il s’agissait d’un trench, il y en avait deux blancs et deux foncés.  En arrivant sur le boulevard Taschereau on a fait descendre Francis Simard pour aller porter le communiqué.  Nous avons continué toujours sur le boulevard Taschereau pour rejoindre la route 9 et se rendre au rond-point – c’est à Saint-Hubert.  En traversant la voie ferrée nous avons croisé une auto-patrouille de la police de Saint-Hubert.  Nous avons traversé la base pour arriver sur la rue Armstrong.  C’est moi qui a ouvert la porte du garage, nous sommes entrés dans le garage et nous avons fait passer monsieur Laporte du garage dans la maison.  Je dois vous dire que nous avions pratiqué une ouverture dans la maison du garage à une chambre.  Nous avions enlevé une feuille de donnacona [?] noire.  Avant de faire entrer monsieur Laporte dans la maison nous avions bandé ses yeux avec des Kleenex et du tape vert par-dessus.  C’était un tape environ deux pouces de large.  D’ailleurs, vous avez dû en trouver dans les poubelles sur la rue Armstrong.  Là, on l’a fait coucher sur un lit dans la chambre de droite au fond en entrant.  C’était proche de la toilette.  Nous l’avons menotté de deux paires de menottes, menottes raboutées, dont un bout au poignet et l’autre bout à la base du lit.  Nous avons fait une surveillance sur trois chiffres [shift] changeant de surveillant.  Toute la nuit il avait les yeux bandés vu que l’on ne savait pas comment il réagirait.  Monsieur Laporte a déjeuné le matin.  Il a mangé une [sic] sandwich au jambon et un thé.  Le midi, le dimanche, le 11 octobre, il n’y avait plus rien à manger, seulement du pain et du beurre.  Je lui ai fait une beurrée de beurre puis il restait aussi une tranche de fromage.  De temps en temps, il demandait du thé.  Il semblait aimer le thé, il n’aimait pas le café.  Je ne me rappelle pas du tout ce qui s’est passé au point de vue communiqués ces jours-là car Paul Rose voyageait souvent en taxi.  Il téléphonait et d’autres fois il partait en taxi.  Francis Simard a dû revenir le mardi ou le mercredi tandis que Paul Rose qui était parti le mercredi le 14 octobre n’est pas revenu car il nous a dit qu’il avait été suivi deux jours de temps.  Francis ou Paul écrivaient à la main pour ensuite être écrit au type.  C’était surtout Paul quand il y était là ou encore Francis ou Jacques.  Dans la maison nous avions deux clavigraphes sur la table de la cuisine, un gros et un petit.  Quant à Paul Rose, depuis qu’il s’était senti suivi, il n’est pas … il n’est pas revenu.  Vendredi ou plutôt mercredi ou jeudi il y a eu une descente près de la maison.  C’était … c’était la police.  Monsieur Laporte commençait à être nerveux, il avait vu ce qui s’était passé ou plutôt s’était aperçu.  Nous autres aussi on était nerveux.  Le vendredi, le 16 octobre 70, la fameuse journée arrive.  Vers 16h30 on écoutait les nouvelles.  Moi, Francis et Jacques nous écoutions les nouvelles et monsieur Laporte était attaché avec une chaîne ou une laisse, on peut dire une laisse à chien, et après les deux menottes et le lit. Tout d’un coup on a entendu un bruit de vitres cassées.  Ça venait de la chambre de monsieur Laporte.  Jacques s’est précipité car monsieur Laporte s’était lancé au travers du châssis dans sa chambre de détention.  Il s’était lancé par le châssis en haut, au bas il y avait un mousquetaire, … un[e] moustiquaire.  Monsieur Laporte saignait aux poignets, pour commencer au gauche, une entaille assez profonde, à la base du pouce il était coupé en cercle.  Il avait une coupure sur la poitrine droite.  Il saignait beaucoup du poignet gauche.  Il voulait aller à l’hôpital.  Nous lui avons fait tous les trois des garrots aux poignets c’est-à-dire aux deux pour arrêter le sang.  On lui a dit que ce n’était pas le moment pour aller à l’hôpital vu les patrouilles.  Par la suite on a fait, j’ai fait des pansements.  Il était dans le salon.  J’ai lavé ses blessures dans la toilette.  Nous avons lavé ses blessures dans la toilette.  Nous avons bandé ses blessures.  Ensuite il fallait avertir Paul Rose.  Jacques m’a dit de me rendre dans le bout de Berri et Demontigny où je rencontrerais Paul Rose.  À la noirceur, vers les 18h30, je suis parti.  J’ai pris l’autobus 8 de Chambly Transport à la base de Saint-Hubert jusqu’à la station de métro de Longueuil.  Je prends le métro et je me rends sur la rue en bas de la côte non loin de CJMS.  J’ai rencontré Paul Rose.  Je lui raconte ce qui s’est passé.  Il m’a dit que c’était impossible d’y aller.  Il a téléphoné, il m’a dit : « Va à une adresse à Montréal », chez une famille dont je ne peux vous dévoiler le nom.  Là, j’ai resté environ dix jours.  Je n’ai pas eu de nouvelles mais quelqu’un a téléphoné là pour me dire que la police me cherchait, qu’ils avaient été voir ma sœur qui demeure en concubinage avec Jean Magnee [Magny?] de Longueuil.  Je suis parti de là pour aller rester chez Colette Therrien, non loin du Musée de Cire.  Jacques m’avait donné cette adresse le vendredi que je suis parti.  Il y avait Colette Therrien, Francine Belisle et Richard Therrien.  Ils savaient que la police me recherchait.  Richard a parlé, m’a parlé de l’enlèvement.  Je lui ai raconté que nous avions enlevé monsieur Laporte.  Les deux filles le savaient également.  C’est … c’est … ce sont eux qui payaient la chambre et le manger.  Je demeurais dans la maison.  Je suis demeuré là jusqu’à ce que la police m’arrête.
  • Monsieur Lortie, pouvez-vous nous dire comment monsieur Laporte était vêtu alors qu’il a été enlevé?
  • Il avait une chemise blanche avec des barres vertes dedans, c’était du vert pâle, puis il portait des pantalons foncés, des bas bruns ou … bruns ou noirs puis des souliers, je ne me rappelle pas de la couleur.
  • Je vous montre une paire de pantalons …
  • Je la reconnais.
  • … qui a été cotée 4. C’est bien les pantalons.  Les bas?
  • Les bas, je ne les reconnais pas.
  • Les bas vous ne les reconnaissez pas. Les souliers?
  • Les souliers, non, non.
  • Vous ne les reconnaissez pas?
  • Je n’ai pas remarqué.
  • Je vous montre un chandail?
  • C’est un chandail que je lui ai passé après qu’il ait, qu’il ait enlevé sa chemise. Sa chemise était tachée de sang, alors …
  • Ça, c’est après l’incident de la fenêtre?
  • Oui.
  • Vous lui avez passé, c’est vous-même qui lui avez passé ça?
  • Oui.
  • Vous le reconnaissez?
  • Tout de suite après que j’ai eu nettoyé ses plaies.
  • Où est-ce que vous l’avez pris ce chandail-là?
  • C’est un chandail qui était dans la maison. Je ne sais pas à qui.  Ça peut appartenir à … il est assez grand, à Paul ou à Jacques.  Ça appartenait plutôt à tout le monde.
  • Qu’est-ce qu’il y avait dans ses poches, là?
  • Dans ses poches, il y avait un porte-cartes de crédit avec toute une série de cartes de crédit puis une carte d’identification du gouvernement du Québec.
  • Est-ce qu’il y avait de l’argent?
  • Il avait une soixantaine de dollars environ.
  • Est-ce qu’il avait une montre?
  • Oui, il avait une montre électrique.
  • Est-ce que vous en avez parlé de la montre?
  • Oui, il m’avait dit que la pile elle durait un an, en passant.
  • Comment est-ce que monsieur Laporte était habillé quand il s’est lancé à travers la fenêtre?
  • Il avait sa chemise, il était en semelles de bas, il avait sa chemise, ses pantalons, il était en semelles de bas.
  • Qu’est-ce que vous avez fait à ce moment-là?
  • Bien, Jacques s’est précipité pour le retirer parce qu’il était sorti au moins jusqu’ici.
  • Quand vous dites « jusqu’ici », ça veut dire où?, demanda le coroner pour que les notes sténographiques soient plus précises.
  • Ça veut dire …
  • En bas des épaules?
  • Il avait la tête puis les épaules sorties. Bien, ça je ne l’ai pas vu mais, d’après sa coupure qu’il avait ici, j’ai convenu qu’il ne pouvait pas aller plus loin.
  • Comment a-t-il fait?, reprit Me Ducros. Il était toujours menotté quand il s’est jeté?
  • C’est-à-dire qu’il a réussi à démancher la chaîne.
  • La laisse?
  • Parce que je l’avais … une chaîne que j’avais mis[e] la veille pour qu’il se sente plus … pour qu’il puisse bouger un peu plus.  Il commençait à … je veux dire, il n’aimait pas bien ça rester sans bouger.  C’est un gars qui bougeait beaucoup.
  • Maintenant, à l’occasion vous deviez le …?
  • Oui, on lui faisait prendre une marche de temps en temps puis quand on le faisait manger on lui enlevait son bandeau.
  • Une marche à l’extérieur ou à l’intérieur?
  • À l’intérieur.
  • Vous enleviez son bandeau juste quand?
  • Pour le faire manger puis quand il demandait, des fois il disait « j’ai mal aux yeux », ça fait que …
  • Comment monsieur Laporte faisait pour préparer ses communiqués?
  • Il les écrivait puis c’est lui qui les a préparés. Les lettres qu’il a envoyées ça ne lui a pas été soufflé, excepté un mot, il était question de … pour le FLQ qu’ils s’attaquent à toutes les … c’était écrit comme ça, s’attaqueront à toutes les autres classes de la société, ce qui n’était pas … ce qui n’était pas exact.
  • Ça, vous lui avez fait enlever ça?
  • Il a barré ce mot-là puis il a écrit « d’autres classes ».
  • Là, monsieur Laporte, si je comprends bien, il est pas mal blessé? Il saigne?
  • Oui, il a perdu au moins une demi-pinte de sang.
  • Qui est-ce qui s’est occupé de le …?
  • C’est moi.
  • C’est vous. Vous ou d’autres?
  • Vous voulez dire …
  • Vous seul ou vous avec d’autres?
  • Avec d’autres, avec d’autres on a fait les garrots puis les pansements et j’ai lavé ses blessures moi-même.
  • Les autres c’était qui ça?
  • Il y avait Francis Simard, puis Jacques Rose.
  • Quand vous avez enlevé, là, monsieur Laporte, vous étiez les quatre que vous avez mentionnés. Vous étiez habillés de quelle façon et déguisés de quelle façon?
  • Il y avait deux trench blancs et deux trench foncés. Puis Jacques, il avait une perruque.
  • Jacques Rose, ça?
  • Il avait une perruque grise, style playboy, un peu par-dessus les oreilles, Francis également mais en plus il avait une moustache, une fausse moustache.  Puis Paul, il avait une perruque blonde, une perruque d’homme avec des cheveux blonds.
  • Puis vous?
  • Moi j’avais une casquette de l’armée avec une toile en arrière puis j’avais fait des trous pour les yeux.
  • Où est-ce que vous avez fait, préparé tout ça, là, où est-ce que vous vous êtes maquillés?
  • À la maison.
  • La maison …?
  • Sur la rue Armstrong.
  • Et les M-1 que vous avez identifiés dont vous vous êtes servi lors de l’enlèvement pouvez-vous dire si vous savez où vous vous êtes procurés ces carabines?
  • Personnellement, je ne les ai pas achetées mais ça a dû être acheté dans le bas de la ville sur la rue Notre-Dame, dans un pawn shop, dans les surplus de l’armée.
  • Mais vous personnellement, vous ne le savez pas?, questionna le coroner.
  • Je ne sais pas quel endroit exactement.
  • Et ça faisait combien de temps que vous les aviez ces deux M-1?, poursuivit Me Ducros.
  • C’était tout récemment, je pense, mais je ne sais pas combien de jours, combien de jours que ça faisait qu’ils étaient là.
  • Et les menottes dont vous vous êtes servi pour monsieur Laporte, pour le menotter à son lit, savez-vous qui les a achetées et où?
  • C’est moi. Je les ai achetées au 900 quelque chose rue Notre-Dame.  J’en avais acheté quatre paires.
  • Ouest ou est?, intervint encore le coroner Trahan.
  • Sur la rue Notre-Dame.
  • Ouest ou est?
  • Je pense que c’est ouest.
  • Monsieur Lortie, reprit Me Ducros, l’argent qui servait à payer la nourriture, entre autres les poulets B-B-Q, où est-ce que vous aviez pris ça cet argent-là?
  • C’était de l’argent de monsieur Laporte, qu’il nous avait offert lui-même parce qu’on n’était pas bien, bien argenté.
  • Monsieur Lortie, monsieur Rose, lui, la dernière fois que … Paul Rose, la dernière fois que vous l’avez vu voulez-vous nous dire s’il était, s’il ressemblait à la photo que vous avez identifié ou s’il y a des changements?
  • Il était rasé puis il était plutôt peigné ou les cheveux plus courts.
  • Vous rappelez-vous si vous avez laissé du linge, vous, quand vous êtes …?
  • Oui.
  • …parti de la rue Armstrong?
  • Une veste de suède brune.
  • Monsieur Laporte est-ce qu’il avait quelque chose dans le cou?
  • Il avait une chaînette avec une médaille de couleur or, une médaille ovale ou ronde.

Me Ducros lui présenta alors la chaînette et après que Lortie l’eut identifié, on la déposa en preuve sous la cote 2.

  • Les M-1, lors de l’enlèvement, est-ce qu’elles étaient chargées?
  • Oui, il y avait deux magazines [chargeurs] de trente balles dans les M-1 puis il y avait, il y en avait cinq ou six de réserve, des gros de trente balles également, puis il y en avait deux autres de quinze balles dont il y en avait un qui était vide.
  • Quand monsieur Laporte s’est précipité et a brisé la vitre de la chambre où il était détenu …?
  • Oui.
  • … est-ce que quelqu’un a ramassé les débris de vitre ou a lavé la vitre brisée?
  • Tout ce que je sais c’est que Francis il a fait le tour de la maison pour aller ramasser l’oreiller. Après ça …
  • Pour aller ramasser…?
  • L’oreiller. Il a lancé l’oreiller.
  • Alors, monsieur Laporte vous avez dit qu’il avait perdu pas mal de sang?
  • Au moins une demi-pinte de sang.
  • À part la Chevrolet, là, que vous avez mentionnée, là, est-ce que vous vous êtes servi d’autres voitures sur la rue Armstrong à l’occasion de ces agissements-là?
  • Il y avait une Chevelle ou Chevy II 62, sur un nom fictif dont je ne me rappelle pas du tout.
  • De quelle couleur?
  • Il était blanc, licence du Québec, puis l’auto Jacques s’en est servie une fois pour aller chercher de la nourriture.
  • Est-ce que vous êtes membre du Front de Libération du Québec?
  • Oui.
  • Est-ce que les autres l’étaient à votre connaissance?
  • Est-ce que Paul Rose était un membre du Front de Libération du Québec?
  • Il l’est devenu.
  • Jacques Rose?
  • Oui, également.
  • Francis Simard?
  • Également.
  • Vous faisiez partie de quelle cellule?
  • La cellule Chénier.
  • Qu’est-ce que voulait faire la cellule Chénier en enlevant Laporte?
  • Appuyer la cellule de Libération pour faire libérer les 24 prisonniers politiques.
  • Appuyer l’autre cellule?
  • Oui.
  • La cellule de monsieur Cross?
  • Oui.
  • Les tourniquets, les garrots c’est vous qui les avez faits?
  • On l’a fait à trois.
  • Vous l’avez fait à trois. De quelle façon avez-vous fait ça?  Pouvez-vous nous donner les détails, la position, combien de temps?
  • On les a serrés assez, même que … qu’on ne voulait pas le serrer trop, trop, mais il disait qu’il fallait qu’on le serre parce qu’il saignait, il disait : « envoie, serre, ça ne fait pas mal. Je vais te le dire si ça fait mal ».
  • C’est monsieur Laporte qui disait ça?
  • Oui.
  • Tous les trois vous les avez serrés. Vous avez serré ça pendant combien de temps?
  • Bien, le temps qu’il a fallu pour que le sang se coagule et puis après ça, moi, je suis parti aux environs de 18h30.
  • Vous, vous êtes parti pour aller voir Paul Rose?
  • Ça fait que je ne suis pas au courant de ce qui s’est passé après.
  • Est-ce que vous connaissez un monsieur Marc Carbonneau?
  • J’en ai bien entendu parler mais je ne l’ai pas vu personnellement.
  • Vous ne l’avez jamais vu personnellement?
  • Non.
  • Est-ce que vous lui avez parlé personnellement au téléphone pendant cette période-là?
  • Carbonneau, non. Il n’est pas … à ma connaissance … s’il y a eu communication avec lui ce n’est pas moi qui l’ai fait.
  • Est-ce que les autres membres qui étaient avec vous, là, Rose, Jacques, Paul, Paul et Jacques Rose et Simard vous ont fait rapport qu’ils parlaient à Marc Carbonneau?
  • Qu’ils quoi…?
  • Qu’ils avaient communiqué avec Marc …?
  • Non.
  • Vous avez dit que vous en aviez discuté de cet enlèvement-là dans les jours précédents. C’est ça?
  • Hum, hum.
  • Et ces discussions c’était quoi exactement?
  • Bien, vous voulez dire …
  • Que vous aviez décidé d’enlever monsieur Laporte?
  • Pas nécessairement, je veux dire, on savait où il demeurait, on était déjà passé par là, on avait remarqué que c’était écrit « Pierre Laporte – Avocat » sur la devanture de la maison.
  • Avez-vous pensé d’enlever d’autres personnes?
  • Il n’avait pas été convenu, je veux dire, il n’y avait pas de noms qui étaient sortis.
  • Monsieur Lortie, ce matin je comprends que vous vous êtes promené. Voulez-vous dire ce que vous avez fait ce matin?
  • On a refait le trajet de l’enlèvement.
  • Vous avez … avec les policiers?
  • Hum, hum.
  • Vous êtes allé, vous avez tout refait le trajet de l’enlèvement, vous avez indiqué aux policiers tous les lieux dont vous avez parlé?
  • Oui.
  • Le trajet que vous avez fait ce matin c’est après votre déclaration, ça?
  • Oui.
  • Quels policiers vous accompagnaient?
  • Un dénommé Bellemare ici présent, puis le sergent Ste-Marie.
  • Le voyez-vous quelque part?
  • Oui.
  • Vous êtes allé avec eux leur indiquer ce matin après votre déclaration tout le trajet dont vous avez parlé?
  • Oui.
  • Est-ce que vous êtes entré dans la maison?
  • Oui.
  • Est-ce que vous avez indiqué où monsieur Laporte était détenu, la vitre?
  • Oui.

Me Ducros lui fit ensuite identifier la montre de Laporte, qui fut déposée sous la cote 14, puis un étui à lunettes et des lunettes, dont un verre était brisé.  Et aussi un étui pour cartes de crédit.

  • Qu’est-ce que vous avez fait avec les cartes de crédit qui se trouvaient dans ce …?, commença Me Ducros.
  • On s’en est servi pour … en envoyant des communiqués pour …
  • Des communiqués que vous avez envoyés?
  • Oui.
  • Comment alliez-vous les porter ces communiqués-là?
  • Bien, les premiers jours ça s’est fait en taxi.
  • Qui est-ce qui allait les porter?
  • Surtout Paul.
  • Vous, est-ce que vous en avez porté?
  • Non.
  • Les cartes c’est Paul qui les apportait aussi en même temps.  C’est ça?
  • C’est ça.
  • Quand vous appeliez les stations de radio …?
  • Oui.
  • …vous faisiez ça de où? Qui est-ce qui appelait?
  • N’importe où, n’importe quand.
  • Et qui appelait?
  • C’est la personne qui allait porter les communiqués.
  • Vous, personnellement, en avez-vous fait des appels?, demanda le coroner.
  • Non.
  • Vous n’étiez pas… il n’y en a pas eu d’appel qui a été fait de la rue Armstrong?
  • Non.
  • Monsieur Lortie, avez-vous d’autre chose que vous aimeriez ajouter?
  • Je crois que c’est tout.

Alors qu’on croyait le témoignage de Lortie terminé, le coroner suggéra à Me Ducros de lui montrer les bandages déposés en preuve sous les cotes P-7 et P-8.  Lortie reconnu en P-8 l’un des bandages ayant servi à panser les blessures de Laporte.  « C’est un drap qu’on a déchiré », dira-t-il.

  • Le bleu, c’est un drap?
  • Oui, il y avait des petites serviettes mais c’est resté là-bas.
  • Le reste, ça se trouve à être dans l’appar … dans la maison rue Armstrong. Puis le contenu de l’enveloppe numéro 7 (P-7) voulez-vous me dire si …?
  • Ça, non.
  • Vous ne savez pas ce que c’est?
  • Non, je ne sais pas.
  • Vous ne reconnaissez pas du tout. Vous pouvez regarder?
  • Je ne m’étais pas servi de ça.
  • Alors, conclut le coroner, vous, vous êtes parti le vendredi soir?
  • Le vendredi aux environs de … à la nuit tombante, aux environs de 18h30.
  • Et vous n’avez pas retourné là?
  • Non.

Ainsi prit fin le témoignage de Bernard Lortie, qui, en quelque sorte, venait de mettre la table quant aux faits réels de cette affaire.  Ce n’était pas encore le procès, évidemment, mais il venait tout de même de témoigner contre ses complices.  Malheureusement, comme il n’était pas présent le jour du meurtre, il ne pouvait apporter aucune précision quant aux événements du 17 octobre 1970.

Quant à savoir s’il disait la vérité sur toute la ligne, valait mieux attendre la suite des choses.  Comme l’avait précisé le coroner Trahan dès l’ouverture de son enquête, il fallait attendre la fin et le dépôt de toutes les preuves avant de juger d’une affaire.

Après le départ de Lortie, le coroner ajourna les audiences jusqu’à 14h00 pour permettre à tout le monde d’aller casser la croûte.


[1] Cette photo est absente du dossier judiciaire consulté à BAnQ Montréal en 2017.

[2] À cet endroit précis des transcriptions sténographiques, on voit la phrase « Immédiatement on est allé l’enlever », mais cette dernière a été biffée au stylo par une personne non identifiée.  Est-ce les correctifs apportés par le sténographe lui-même?  En effet, on constate plusieurs erreurs d’omission dans ces transcriptions ainsi que des notes correctrices apportées à la main.

Octobre 70: L’autopsie (21)

Photo judiciaire du corps de Pierre Laporte

Vendredi, 6 novembre 1970

À propos de l’enquête du coroner Jacques Trahan sur les circonstances entourant la mort du ministre Pierre Laporte, Pierre Vallières a écrit dans son livre de 1977 que « cette enquête, que le coroner Trahan veut « expéditive », posera plus de questions qu’elle n’apportera de réponses convaincantes sur les causes et les circonstances de l’enlèvement, de la séquestration et de la mort de Pierre Laporte ».

Nous le verrons plus en détails au cours des prochaines semaines, mais ce commentaire est tout-à-fait gratuit.  Il faut d’abord comprendre qu’une enquête de coroner n’est pas un procès pour meurtre.  Son but est de connaître les circonstances entourant un décès survenu dans des conditions suspectes, suffisamment pour être en mesure de livrer ensuite un verdict à propos de la cause du décès.  Selon l’article 11 de l’ancienne Loi sur les coroners (C-68, en vigueur avant 1986), « le coroner est tenu de rechercher les circonstances qui ont entouré la mort d’une personne dont le décès ne lui paraît pas avoir résulté de causes naturelles ou purement accidentelles mais peut être survenu par suite de violence, de négligence ou de conduite de la part d’un tiers.  Il est également tenu de procéder à telles recherches chaque fois que le procureur général lui en fait la demande ».

Quoique ces enquêtes aient eues l’apparence de petits procès avant la nouvelle Loi des coroners du 3 mars 1986, la démarche n’était pas aussi exhaustive qu’un véritable procès pour meurtre.

Le rôle de l’enquête de coroner n’était surtout pas de dévoiler tous les détails du dossier qui pouvaient plutôt servir lors du procès.  Soulignons également que les enquêtes de coroner devaient être mises sur pied le plus rapidement possible après le décès.  Et comme on s’en doute, toute enquête policière peut apporter de nouveaux éléments au cours des jours, des semaines ou des mois qui suivent un meurtre.  Il est donc utopique, comme le laissait entendre Vallières, qu’une enquête de coroner ait comme devoir de révéler tous les détails d’une affaire criminelle.

L’enquête du coroner Trahan, que nous étudierons de près à compter d’aujourd’hui, est conservée dans les voûtes de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) à Montréal.  Elle compte environ 1 500 pages, l’équivalent de certains procès pour meurtre.  Les enquêtes de coroner qui comptent autant de pages ne font pas légion et, par conséquent, je serais tenté de dire que le fait de voir Vallières prétendre qu’elle ait été « expéditive » représente un autre commentaire sans fondement.

Au matin du 6 novembre, le coroner Jacques Trahan commença par déposer sa nomination en vertu de l’article 4 de la Loi des coroners, c’est-à-dire qu’il avait été nommé spécialement pour les circonstances.  Ce genre de situation n’était pas une chose fréquente mais ce n’était pas rare non plus.  Par exemple, dans une affaire aussi grave que les meurtres de Denise Therrien et Laurette Beaudoin commis à Shawinigan au début des années 1960, un juge avait été nommé spécialement en 1965 pour diriger l’enquête de coroner.

  • Ce matin, commença Trahan, nous sommes appelés à tenir une enquête sur les circonstances ayant amené la mort de monsieur Pierre Laporte survenue dans le district de Montréal le ou vers le 17 octobre 1970 et ce, afin de déterminer la nature de cette mort. Au début de cette enquête, permettez-moi de vous rappeler ce que dit le proverbe à l’effet qu’il faut se tourner la langue sept fois avant de parler.  Le plus grand intérêt de la vérité, messieurs les journalistes, je vous demanderais de faire la même chose avant d’écrire, ne rapportez s’il vous plaît que ce que les témoins auront dit car ce n’est pas votre rôle d’interpréter ces témoignages et ce, plus spécialement à plus forte raison tant et aussi longtemps que toute la preuve n’aura pas été présentée.  Je ne crois pas qu’il soit sage et dans l’intérêt de la justice que des photos soient prises durant cette enquête.  La justice doit travailler dans la sérénité et l’objectivité et non pas dans le sensationnisme.  N’oublions pas que nous sommes ici pour rechercher la preuve basée sur la vérité et non pas pour en inventer : attendons tous la fin de l’enquête et alors nous serons en mesure de nous prononcer.

Pour entendre cette enquête publiquement, on avait pris soin de tenir les audiences dans une salle des assises afin de mieux accommoder le public et les journalistes.  Me Jacques Ducros représentait la Couronne, tandis que Me Conrad Pronovost avait été choisi par le Ministère public afin de représenter le Syndic du Barreau.

  • Monsieur le coroner, fit Me Ducros, je vous demanderais si vous désiriez que nous commencions avant l’arrivée de monsieur Pronovost ou si nous devons attendre son arrivée … nous aimerions attendre son arrivée …
  • Je ne crois pas que ce soit nécessaire d’attendre l’arrivée de monsieur Pronovost. J’ai toujours été un ardent partisan de la justice expéditive.  Malheureusement, de nos jours, on critique souvent la justice mais on oublie d’examiner les raisons, les pourquoi que la justice ne se rend pas à la vitesse qu’on voudrait qu’elle se rende.  Il y a bien du monde qui a des mea culpa à se faire et le public en est le premier parce qu’à de nombreuses reprises nous voulons commencer, nous n’avons pas les témoins, nous n’avons pas le plaignant.  Alors ce matin, comme nous avons tout ce qu’il nous faut et qu’il n’y a que le Syndic du Barreau qui n’arrivera que plus tard à ce moment-là, lorsqu’il arrivera nous pourrons suspendre quelques secondes pour lui permettre d’être mis au courant de ce qui a été fait.

Pour jeter du discrédit sur cette enquête en prétendant qu’elle avait été « expéditive », Vallières s’est probablement inspiré de cette déclaration, la seule où Trahan utilise lui-même le mot.  Toutefois, il en a extirpé uniquement ce qui répondait à son intention, c’est-à-dire le mot « expéditive », sans tenir compte du reste de l’explication.  Voilà un excellent exemple d’un seul mot pris hors de son contexte et dont la signification prend un sens nettement différent.  Quoi qu’il en soit, nous verrons tout au long de la suite de cette enquête que Trahan a plutôt fait preuve d’une grande patience.

Le sillon autour du cou de Laporte est facilement visible. La mort ne pouvait pas être accidentelle selon le Dr Valcourt.

Et pour reprendre les paroles du coroner, laissons-nous le temps d’examiner les témoignages avant de porter un jugement.

Le premier témoin appelé fut Me Pierre Lapointe, un avocat qui résidait au 155 Marcotte, à Ville Saint-Laurent.  Il connaissait Pierre Laporte depuis plusieurs années et c’est lui qui avait été appelé à identifier son cadavre entre 1h30 et 2h00 dans la nuit du 18 octobre à la morgue de la rue Parthenais.

Une fois cette formalité établie, on appela le Dr Jean-Paul Valcourt, médecin pathologiste rattaché à l’Institut médico-légal de Montréal.  C’est lui qui avait pratiqué l’autopsie sur le corps de Laporte.  Pour des raisons de transparence – puisque Pierre Vallières a reproduit dans son livre de 1977 les témoignages des deux médecins pathologistes pour appuyer sa théorie du complot – je reproduirai ici l’intégral du témoignage de Valcourt (selon les transcriptions sténographiques du dossier judiciaire et non selon le livre de Vallières, je tiens à le préciser).  L’exercice pourra s’avérer un peu laborieux pour certains lecteurs, mais on ne pourra pas me reprocher d’avoir manqué de transparence.

  • Pourriez-vous faire part à monsieur le coroner des constatations que vous avez faites lors de cette autopsie?, questionna Me Jacques Ducros.
  • C’était dans la nuit de dimanche le 18 octobre 1970 entre 3h00 et 7h00 du matin que le Dr Hould, mon collègue et moi-même avons fait les constatations médico-légales sur le cadavre qui a été identifié formellement comme étant Pierre Laporte. Est-ce que je donne toutes mes constatations?
  • Oui, tout.
  • Je dois dire qu’il y avait des personnes présentes à l’autopsie, qu’il y avait des personnes présentes de la Sûreté du Québec, il s’agissait du caporal Marchand, de l’agent Jean-Claude Boilard, le capitaine Bellemare, l’agent Léopold Bougie ainsi que son aide. Le personnel de l’Institut médico-légal qui nous accompagnait, il s’agissait des chimistes Bernard Péclet, Jacques Dansereau, Pierre Boulanger et de l’aide technique du technicien prosecteur René Larichelière.  Il y a eu d’autres personnes qui sont venues avant notre autopsie mais que, moi personnellement, à ce moment-là je ne peux identifier.  J’ai reçu cet ordre de faire autopsie, dans la nuit, du Directeur Général de la Sûreté monsieur Dessent.  Il m’a appelé vers 2h00 chez moi le 18 octobre.  Les empreintes digitales, ainsi que les photographies du cadavre, ont été prises en notre présence par l’agent Léopold Bougie que j’ai déjà mentionné du Service d’identité judiciaire de la Sûreté du Québec.
  • Est-ce qu’elles sont ici les photographies?

On interrompit brièvement le témoignage du Dr Valcourt pour permettre au policier Bougie de venir déposer en preuves les photos qu’il avait prises du corps du ministre à la morgue.  C’est alors que le coroner sentit le besoin d’exprimer un souhait :

  • Avant de produire les photographies, je ne voudrais pas que les photographies soient publiées nulle part. Les gens qui voudront en prendre connaissance, je pense bien, pourront en prendre connaissance mais de là à les publier, je ne crois pas que ça aiderait la cause, ça créerait plutôt du trouble pour la famille de monsieur Laporte.  Seulement ceux qui voudront les voir …

Les 18 photos prises par Bougie au début de l’autopsie, vers 3h00 du matin, furent déposées en preuve en présence de Bougie lui-même et sous les cotes A-1, A-2 et ainsi de suite.  C’est seulement après cette formalité établie que reprit le témoignage du Dr Valcourt.

  • Voici les photographies, docteur, fit Me Ducros en les présentant au témoin. Pourriez-vous donner à la Cour le résultat complet, docteur, de votre rapport médico-légal sur l’autopsie de monsieur Pierre Laporte que vous avez faite le 18 octobre, l’examen interne, l’examen externe, tout le rapport?
  • Très bien. Nos constatations étaient de deux ordres, comme vient de le mentionner Me Ducros.  L’examen externe et par la suite l’examen interne.  L’examen externe est assez long à détailler mais je vais le détailler.  Du même coup je réfère à mon rapport qui est rédigé dans cette matière.  Il s’agissait du cadavre bien conservé d’un homme de race blanche, dans la cinquantaine d’apparence, bien constitué, mesurant 5 pieds et 8 pouces et demi et pesant 178 livres.  Les vêtements qu’il portait à ce moment-là : un chandail laineux de couleur charcoal, manches longues.  À noter qu’au moment de notre examen le chandail était relevé vers le haut de la poitrine.  Il portait également un pantalon vert olive à rayures jaunes, une ceinture de cuir brun à boucle dorée, laquelle boucle était bouclée au quatrième trou distal.  Il portait un caleçon en tissu papier qui était partiellement déchiré à la cuisse droite, avait des souliers bruns en cuir vernis genre alligator avec boucle sur les côtés, également des bas verts.  Ses vêtements présentaient quelques particularités que nous avons notées au moment de l’autopsie : au chandail, présence d’un peu de sang desséché au haut de la poitrine droite à la partie interne du chandail, également en dedans du poignet gauche, c’est-à-dire de la manche gauche près du poignet.  Il y avait de petits orifices à l’avant du chandail mais qui ne correspondaient pas à la plaie du haut de la poitrine que nous allons mentionner plus tard.  Pour le pantalon, toujours dans les particularités notées, les poches étaient éversées et vides au moment de notre examen, la fermeture éclair était descendue du tiers, il y avait présence de taches de sang desséché un peu partout sur le pantalon aussi bien à l’avant qu’à l’arrière.  Les bas, quelques souillures de sang à l’intérieur du pied droit et en-dessous des pieds, les souliers, présence d’un peu de substance terreuse sur les semelles sans évidence à l’œil nu de sang.  Le caleçon en tissu papier que j’ai mentionné portait une très petite souillure brun rouge, qui s’explique très facilement par l’accolement sur les tissus des organes génitaux qu’on appelle un placard de dessiccation, rien de spécial et en passant tout de suite les organes génitaux n’ont démontré aucune évidence traumatique, aucune blessure de quelque façon que ce soit.  Il y a des photographies qui peuvent être aussi éloquentes que ce que je dis.
  • Est-ce que ça voulait dire que les organes génitaux étaient là complètement?, demanda le coroner.
  • Les organes génitaux étaient intacts, ils le sont sur la photographie et ils ne démontraient aucune évidence traumatique. Tous ces vêtements ont été conservés et remis à monsieur Pierre Boulanger qui devait poursuivre les expertises.  Comme objets personnels que nous avons notés sur le cadavre de monsieur Laporte, il n’y avait qu’une chaînette scapulaire dans le cou, on y reviendra un peu plus tard.  Ça c’est pour les caractéristiques des vêtements.  Maintenant, les caractéristiques externes de monsieur Laporte.  Au cuir chevelu, sur le dessus de la tête, il y avait une zone rectangulaire de deux à trois pouces de diamètre où il n’y avait pratiquement plus de cheveux et à cet endroit il y avait quelque 148 points violacés simitriquement [symétriquement] disposés.  Ces points-là témoignaient tout simplement d’un traitement capillaire non récent.  Autre particularité à la bouche, dentier partiel bilatéral inférieur, des dents naturelles supérieures, aucune évidence de blessure à la bouche.  La barbe : présence d’une barbe de cinq à six millimètres de longueur, je dois dire immédiatement qu’il y a 25 mm au pouce, environ 1/5 de pouce, donc cette barbe pouvait correspondre à une barbe d’une croissance d’une semaine.  Les ongles étaient longs, non brisés mais il y avait des souillures en-dessous des ongles, ces souillures nous les avons râclées et remises à monsieur Pierre Boulanger pour autre expertise.  Ç’avait une couleur noir-brun-rouge en-dessous des ongles.  À l’aisselle du côté droit, il y avait de petits fragments de peinture bleue sur la peau et dans les poils de la région de l’aisselle, également de ces petites particules de même nature c’est-à-dire de la peinture comme de la peinture d’automobile – sans être expert – dans la figure du côté droit et dans les cheveux.  Encore là, ces prélèvements ont été faits et remis à la personne mentionnée.  Maintenant, l’état de conservation de monsieur Laporte, les lividités étaient bleu violacé, étaient situées à l’arrière au dos du cadavre, surtout au tronc côté gauche.  La rigidité cadavérique était installée aux quatre membres ainsi qu’au cou vers 3h00 lors du début de notre examen.  Elle s’est cependant accentuée durant les heures de l’autopsie et vers la fin de l’autopsie le cadavre était plus rigide qu’au début, un petit commentaire en passant : habituellement, les rigidités cadavériques progressent, c’est-à-dire s’accentuent dans les douze premières heures.  C’est une moyenne qui n’est pas absolue mais habituellement dans les douze premières heures la rigidité cadavérique va en s’accentuant, après quoi l’accentuation n’est plus apparente.  L’état de nutrition externe, assez bien musclée, sans évidence de déshydratation, le tissu adipeux était régulièrement réparti et n’excédait pas un pouce à la paroi abdominale.  Maintenant, les marques traumatiques externes, procédant à la tête en descendant.  La tête et le cou démontraient une cyanose ou une congestion très intense avec un fin piqueté hémorragique dans la peau d’une façon diffuse et cela je la considère comme une marque traumatique et je vais l’expliquer tantôt.  À la bouche, il y avait des sérosités sanglantes ou sanguinolentes qui formaient des coulisses de chaque côté de la bouche.  Il y en avait également aux narines, il y en avait également aux deux oreilles.  Ceci peut facilement s’expliquer par ce que je vais vous dire par la suite en considérant la strangulation.  Aux yeux, il y avait infiltration de sang des conjonctives aussi bien du globe oculaire que de la paupière ou des paupières, surtout à la région externe des deux yeux.  C’est encore là une constatation que l’on retrouve à peu près habituellement lors des processus d’asphyxie par strangulation.  En somme, tout ce que je viens de dire au point de vue… à date, là, au point de vue de marques traumatiques à la tête, ces constatations sont tout à fait compatibles avec le diagnostic que nous poserons par la suite et non pas en rapport avec d’autres traumatismes.  Le seul traumatisme de la strangulation est suffisant pour expliquer toutes les marques que je viens de décrire sauf une petite ecchymose récente de 10 X 15 millimètres à la paupière supérieure externe droite.  Là, il a pu y avoir une petite contusion à ce niveau-là.  Nous arrivons au cou, le sillon de strangulation, c’est-à-dire la marque laissée dans les chairs ou sur la peau par le lien, alors ce sillon parcheminé, c’est-à-dire desséché, encerclait pratiquement tout le cou d’une façon transversale par rapport à l’axe du corps en passant à l’avant sous le cartilage thyroïde, c’est-à-dire en-dessous de la pomme d’Adam.  Sa largeur du sillon, sa largeur moyenne était de quelque 4 mm et sa profondeur variait de 2 à 3 mm, des marques ou indentations bien évidentes dans ce sillon des deux côtés, particulièrement à droite, correspondaient aux maillons de la chaîne, chaînette qu’il avait dans le cou, laquelle chaînette je l’ai ici, chaînette dorée avec une médaille religieuse que l’on peut qualifier, je crois bien, de chaîne scapulaire.

La chaînette fut aussitôt produite en preuve sous la cote no. 2.  Toutefois, étant donné que les expertises médico-légales n’étaient pas encore terminées sur cette chaînette, qui faisait apparemment office d’arme du crime, on la remit au Dr Valcourt.  Comme plusieurs autres éléments du dossier, cette chaînette serait l’objet de plusieurs interprétations au fil des ans, et on peut imaginer assez facilement que les commères n’ont jamais lu le témoignage du Dr Valcourt.  Comme nous allons le voir, afin de dissiper les doutes concernant l’arme du crime, le médecin serait amené à bien expliquer la solidité de la chaînette.

  • Voulez-vous nous dire la grosseur de la chaînette?, questionna le coroner.
  • C’est une fine chaînette dont la largeur est de l’ordre de 2 à 3 peut-être 4 … Je n’ai pas de mesure précise au point de vue millimètre, une fine chaînette dorée qui est résistante. Je l’ai essayée moi-même, il y en a d’autres qui l’ont essayée devant moi, plus forts que moi et je dois dire immédiatement qu’une pression de 15 à 30 livres au cou est suffisante pour amener un processus d’asphyxie par strangulation.  À noter également que la pression exercée à ce moment-là est répartie également dans les chairs et ne porte pas sur un seul maillon.  À tout événement, moi je suis personnellement convaincu que c’est cette chaînette qui a servi de lien pour étrangler monsieur Laporte.  Toujours en rapport avec le sillon, à l’arrière du cou, le sillon se croisait, c’est-à-dire que les deux branches du sillon, une branche venant de la droite et l’autre branche venant de la gauche se croisaient mais d’une façon superposée et la distance entre les croisements était de l’ordre de 3 cm et même là, ces branches, une indiquait la branche, excusez, la branche de gauche avait une obliquité à l’endroit du croisement vers la nuque, c’est-à-dire en remontant tandis que la branche de droite qui était inférieure avait une obliquité vers la racine du cou.  Et ça, c’était séparé de 3 cm également la branche de gauche à l’arrière du cou il y avait un indice de glissement du lien.  Sur la peau, il était évident de voir un dédoublement du sillon avec des indentations faites par les maillons de la chaîne et ceci est très bien démontré sur les photographies que nous avons produites.  La pâleur de la peau en-dessous du sillon, c’est-à-dire vers la poitrine, contrastait d’une façon évidente avec la cyanose du cou à la partie supérieure ainsi que celle de la face.  C’est encore une constatation d’ordre technique qui correspond très bien avec le processus d’asphyxie par strangulation.

En bon scientifique, le Dr Valcourt ne pouvait arriver à des conclusions trop détaillées, excepté pour expliquer la cause du décès.  Toutefois, la présence de ces deux sillons qui s’entrecroisaient peut-elle suffire à conclure que, par exemple, le tueur ait procédé à une première strangulation avant d’en faire une deuxième pour s’assurer que la victime ne respirait plus?

De plus, la présence de deux sillons de strangulation semble éloigner la possibilité d’un accident.

  • Maintenant, au tronc, à la poitrine droite supérieure, c’est-à-dire à peu près vis-à-vis la clavicule qui se joint avec le sternum, là il y avait une plaie, une coupure qui était superficielle dans ce sens qu’elle entrait tangentiellement, c’est-à-dire en-dessous des chairs vers l’épaule et ne pénétrait pas du tout à l’intérieur de la poitrine. Les bords de cette plaie étaient plus ou moins réguliers quoique la plaie, la lèvre supérieure, était régulière mais formant une languette.  La plaie elle-même mesurait environ un pouce.  Ce qu’il y avait de caractéristique dans cette plaie ce sont les commissures, c’est-à-dire les bords, chaque bout de la plaie, ça ne se terminait pas en V comme habituellement un instrument coupant de l’ordre d’un couteau peu faire, ça se terminait en rectangle et ceci aux deux commissures de cette plaie de la poitrine.  D’ailleurs, cette même remarque va revenir pour d’autres plaies plus tard.  L’examen macroscopique de cette plaie démontrait qu’il y avait un peu d’infiltration de sang dans les chairs avoisinant cette plaie, très superficielle comme je dis en ce sens que l’instrument n’avait pénétré qu’en dessous de la peau au-dessus des muscles de la poitrine et ne pénétrait que 4 cm de profondeur.  L’instrument ou objet qui a servi à cette blessure avait une orientation de bas en haut plutôt tangentielle.  L’examen microscopique des tissus de cette plaie a démontré une infiltration d’élément inflammatoire tel que les globules blancs, l’œdème, etc.  Ceci démontrant que cette plaie, aussi bien que les autres, a été faite avant le décès et à mon avis au moins deux heures avant le décès, peut-être plus parce que si cette plaie avait été faite au moment du décès ou encore après le décès il n’y aurait aucune infiltration de sang ou très peu, il n’y aurait pas de réaction inflammatoire.

Comme on l’a vu dans un chapitre précédent, il existe toujours un certain mystère quant à savoir comment Laporte s’était infligé toutes ces blessures.  S’était-il blessé lui-même en essayant de s’échapper par une fenêtre ou avait-il été sauvagement battu ou même torturé?  D’après la forme des plaies, le Dr Valcourt semblait exclure la possibilité qu’on ait utilisé un couteau ou une lame normalement constituée.  Dans ce cas, le verre brisé serait-il le seul à expliquer ces plaies?

Gardons aussi à l’esprit qu’il a mentionné un délai entre ces blessures et le décès.  Si l’évaluation de ces délais peut varier grandement en dépit de ce qu’on peut croire que la médecine légale est capable de faire, il faut peut-être retenir le fait que si Laporte a réellement tenté de s’évader, ce ne sont pas ces blessures qui ont causées sa mort.

  • Au milieu de la poitrine et au haut de l’abdomen, c’est-à-dire médian, il y avait du sang desséché sur la peau, toujours au tronc. À l’arrière de l’épaule droite, il y avait une petite érosion superficielle.  Maintenant, pour les membres : au poignet gauche, je dois dire immédiatement que les membres supérieurs tel le poignet gauche et la main droite étaient enveloppés dans plusieurs enroulements de différents linges ou lambeaux.  Il y avait au-delà de vingt tours de différents matériels d’enroulés autour du poignet gauche et à peu près la même chose, un peu moins autour de la main droite.  Ces linges étaient constitués de différents lambeaux tel, vraisemblablement, des morceaux de draps ou des lambeaux de serviettes et d’autres natures, qui servaient comme genre de pansements.  Il y avait deux plaies aux membres, il y avait une entaille à l’avant du poignet gauche et il y avait une autre entaille dans la main droite dans la racine du pouce.  La plus sérieuse, tout en étant relativement superficielle, était celle du poignet gauche.  L’instrument ou l’objet coupant que moi je crois être du genre de la vitre ou de fragment de verre brisé ou objet semblable toujours à cause des commissures rectangulaires existaient également au poignet, donc je dis que l’instrument ou l’objet coupant est entré dans le poignet gauche avec un angle d’environ 45 degrés de bas en haut, toujours en considérant la main en position anatomique normale formant une plaie oblique interne et vers le haut, coupant la peau superficielle, les veines superficielles, deux tendons fléchisseurs de la main, petit et grand palmaires.  Le fléchisseur ou le tendon fléchisseur du majeur gauche était entaillé quelque peu seulement, d’autres tendons plus en profondeur et également entaillé quelque peu la veine et l’artère cubitales, c’est-à-dire celle qui est vis-à-vis le petit doigt de la main gauche.  Il n’y avait aucun doute dans notre esprit que cette plaie, encore là, avait été faite avant le décès.  Il y avait infiltration assez considérable des tissus, tels les muscles que nous avons disséqués un peu plus haut.  Il n’y a pas de doute également que cette plaie a dû saigner.  La quantité de sang, il m’est impossible de l’apprécier et immédiatement je dois dire que le cadavre de monsieur Laporte n’était pas un cadavre exsangue au sens qu’il avait perdu tout son sang.  Le cadavre de monsieur Laporte, en ce qui concerne, on ne peut pas dire qu’il a perdu considérablement du sang au moment que j’ai fait l’autopsie.  Il en restait encore une bonne quantité parce que les organes et viscères étaient assez congestifs, ce n’est pas le fait lorsqu’une personne est au bout de son sang.  Pour la main droite, l’entaille ou la coupure à la racine du pouce à la face palmaire vis-à-vis la jointure principale était encore tangentielle, c’est-à-dire à peu près dans l’axe de la main et passait à peu près qu’en dessous de la peau, intéressant [affectant] naturellement les muscles du pouce.  Là encore les mêmes caractères des commissures de la plaie, mais à ce niveau il n’y avait rien de bien sérieux comme plaie sauf le muscle qui était entaillé et la peau et la plaie était relativement superficielle, ne pénétrant tangentiellement que quelque un pouce environ.  Tout de même, cette plaie a dû saigner quand même et les pansements, lambeaux qui entouraient ces blessures étaient assez considérablement imbibés de sang lorsqu’on l’a eu.  Également à la main droite deux autres petites marques ou petites coupures très superficielles celles-là, l’une à la face palmaire du petit doigt en linéaire très superficielle et également sur la partie du pouce près de l’ongle, également une petite coupure selon l’axe du doigt et encore là très superficielle.  Également, comme autre marque de violence, la seule qu’il me reste c’est celle de la jambe antérieure droite en-dessous du genou.  Là, il y avait une érosion, c’est-à-dire que la peau était partie sur l’avant de la jambe sur une longueur de 8,5 cm et là cette érosion indiquait qu’il y avait eu frottement sur la jambe de bas en haut mais je ne peux pas dire si ce frottement avait eu lieu avant ou après la mort parce qu’il n’y avait pas de caractères suffisants pour que nous puissions nous prononcer.  À tout événement c’est quelque chose de très superficiel et mineur médicalement parlant.  En dessous des pieds il y avait quelques souillures de sang desséché, en passant les pieds n’étaient pas trop propres et il y en avait également du sang à la face interne du pied près de la plante du pied, il y en avait également sur le dessus des orteils gauche et à la plante gauche du pied.  Sauf les marques ou blessures que je viens de décrire, il n’y avait aucune autre marque externe de violence, je tiens à le souligner et nous avons des photographies pour le prouver.  Maintenant, à l’examen interne, commençant toujours dans le même ordre, tête en descendant.  En dessous du cuir chevelu, il y avait qu’un piqueté ou une petite infiltration sanguine en pointillé si l’on veut diffuse que l’on retrouve encore là lors des strangulations aigues, aucun hématome ou collection de sang pour traduire une contusion ou une violence à la tête.  Le crâne n’a démontré aucune fracture, le cerveau sauf la congestion n’a démontré rien de spécial, ni contusion, ni hémorragie.  Le cou, il y avait infiltration de sang en dessous du sillon vis-à-vis les gros vaisseaux du cou c’est-à-dire les carotides et les jugulaires des deux côtés plus particulièrement dans les enveloppes de ces artères et veines en dessous du sillon et au-dessus du sillon dans le sens vers la tête.  Sur une artère carotide du cou, à l’intérieur même de l’artère il y avait une petite fissure vis-à-vis le sillon, ce qui traduisait qu’il y avait eu compression suffisante à ce niveau pour bloquer la circulation, je le crois.  Au niveau du cou, il n’y avait pas de fracture de l’organe du larynx non plus que fracture du petit os qui relie cet organe avec la langue que l’on retrouve par exemple lors des strangulations à la main.  Je dois dire également qu’il n’y avait pas d’autres infiltration de sang dans les chairs à l’avant du cou, la base de la langue, les papilles de la base de la langue étaient très turgescentes, gonflées et cyanosées, encore là une constatation qui va très bien avec la strangulation.  À la poitrine maintenant, rien de spécial à l’intérieur de la cavité de la poitrine en ce qui regarde un traumatisme quelconque, pas de fracture de côtes, pas d’évidence de contusion, les poumons pesaient respectivement 600 grammes à droite et 500 à gauche.  Les poumons eux autres mêmes étaient modérément congestifs avec encore de l’aération, la tranchée et les bronches étaient libres, à la surface des poumons il y avait des pétéchies ou fines hémorragies qui traduisent un phénomène d’asphyxie ou d’anoxie.  Ces petites marques étaient plus particulièrement marquées entre les lobes des poumons et c’est l’endroit où on les retrouve plus particulièrement lorsque le phénomène d’asphyxie est aigüe.  Il y avait également ce que l’on appelle le fin chapelet emphysémateux c’est-à-dire de petites bulbes d’air aux angles, aux bords angulaires des poumons, encore là une constatation tout à fait compatible avec le processus de strangulation.  Le cœur pesait 400 grammes, c’est à peu près le poids normal sauf un petit épaissement [sic] d’une valvulve à l’intérieur très léger d’ailleurs, rien de spécial.  Les coronaires étaient très belles, peu d’atérome et la même chose s’applique pour l’aorte, il n’y avait aucune évidence il va sans dire de thrombose ou d’infarctus.  À l’abdomen maintenant : à l’intérieur de la cavité abdominale rien de spécial, pas d’hémorragie, pas d’évidence traumatique, le foie pesait 1760 grammes, ce qui peut être considéré comme dans les limites de la normale et là encore le poids de ce foie indique une congestion au moins qui traduit que le foie n’était pas exsangue c’est-à-dire dépourvu de tout son sang.  Pour l’organe du foie lui-même, rien de spécial sauf que la vésicule biliaire contenait trois calculs, calculs de la vésicule, ça ce n’est qu’une constatation.  Maintenant, les autres organes, reins, rate, surrénales, pancréas, rien de spécial sauf la congestion.  La vessie était vide.  L’estomac : l’estomac ne contenait que 25 c.c. d’un liquide bilieux verdâtre, près d’une once, la muqueuse de l’estomac c’est-à-dire la membrane à l’intérieur, rien de spécial.  L’intestin, on va diviser les constatations en deux, le petit intestin et le gros.  Le petit intestin ne contenait à peu près rien sauf un liquide bilieux verdâtre sur toute sa longueur.  Le gros intestin également une quantité, une substance de liquide bilieux verdâtre et le contenu commençait à se solidifier en allant vers l’ampoule rectal, le contenu était plutôt pâteux et non solide, je n’ai rien retrouvé d’autre dans l’intestin et quand je dis, nous étions deux bien entendu.  Aux organes génitaux je le répète, aucune évidence traumatique, nous avons pris la température à l’intérieur du corps à ce moment-là ce qui se trouvait être 5h20 et la température était de quelque 24 degrés centigrades en dessous du foie ou si vous voulez 77 Fahrenheit, tout le monde sait que la température du corps humaine habituelle est de 98,3 degrés Fahrenheit ou encore de l’ordre de quelque 37 degrés centigrades, donc en Fahrenheit une perte de chaleur de 21 degrés environ vers 5h20 le 18 octobre 1970.  Il y a eu plusieurs prélèvements de faits pour différentes expertises tel des tissus, du sang et les rapports ne sont pas encore tous entrés dans ce domaine.  En résumé, selon nos constatations d’autopsie, il était évident que le décès devait être attribué à un processus d’asphyxie aigue par strangulation au lien, le lien en l’occurrence on l’a mentionné était sa chaînette scapulaire.  Les blessures du pouce droit, du poignet gauche et de la poitrine avaient été vraisemblablement causées par un ou des objets tels des fragments de vitre ou objets semblables.  Ces blessures avaient été certainement infligées avant le décès à cause de la réaction inflammatoire que nous avons notée dans les tissus.  Nous pouvons dire que ça faisait au moins deux heures avant le décès que ces blessures avaient été infligées, ça peut être plus.  Le moment du décès pouvait s’établir approximativement en se référant à la rigidité cadavérique seulement, en prenant les maximums et les minimums au maximum 15 heures avant notre autopsie et un minimum de 4 à 6 heures avant notre autopsie.  Il faut dire tout de suite que la rigidité cadavérique n’est pas un élément des plus précis pour déterminer le moment de la mort, mais si l’on tient compte de la température du corps au moment de l’autopsie et des rigidités cadavériques, après tous les calculs faits, il nous a semblée raisonnable de croire que le décès a eu lieu le 17 octobre entre 15h00 et 21h00.

Vallières reprochera bien des choses à cette enquête, dont le fait que le Dr Valcourt ait utilisé à plusieurs reprises le terme « superficiel » pour décrire des plaies qui lui semblaient profondes.  En effet, Vallières publia dans son livre de 1977 les photos du corps.  Il avait donc de quoi appuyer son propos, du moins pour quelques rares détails comme celui-ci.

Pour l’œil profane, il peut effectivement sembler étonnant d’entendre un pathologiste décrire une plaie superficielle qui, quand on la regarde, semble très douloureuse et sanglante.  Mais c’est là une preuve du manque d’expérience de Vallières dans les recherches judiciaire, puisque le terme revient souvent pour décrire de telles blessures.  En fait, on l’utilisait déjà en 1920 dans l’affaire Aurore Gagnon.  Une plaie impressionnante, voire insupportable, peut être décrite comme superficielle en opposition à ce qu’elle n’est pas une plaie pénétrante, comme par exemple une lame de couteau qui entre profondément dans le corps ou un projectile d’arme à feu.  En 1970, cela faisait partie du jargon habituel depuis au moins 50 ans.

Encore une fois, l’accusation de Vallières était gratuite.

Me Ducros posa quelques questions supplémentaires afin de démontrer publiquement les qualifications du Dr Valcourt et c’est ainsi qu’on apprit que ce dernier avait été diplômé en médecine en 1953 à l’Université de Montréal.  Quatre ans plus tard, il avait été diplômé comme chirurgien spécialiste en anatomie pathologique.  Depuis quelques années, il était directeur de la section pathologie à l’Institut médico-légal de Montréal, où il estimait faire de 500 à 600 autopsies par année.

Valcourt accepta ensuite de verser une copie de son rapport, qui avait également été signé par son collègue le Dr Jean Hould.

 

Octobre 70: Le point de non retour (20)

Photo judiciaire de la voiture dans laquelle le corps du ministre Laporte a été retrouvé. La poudre blanche sur le véhicule a servi à relever les empreintes.

Dimanche, 18 octobre 1970

Au lendemain de la découverte du corps de Pierre Laporte, alors que s’activait les enquêteurs pour récolter des indices et retrouver les ravisseurs, Robert Bourassa s’adressait aux Québécois via la radio :

Mes chers compatriotes.

         Le Québec traverse aujourd’hui l’un des moments les plus dramatiques de son histoire.  Nous sommes tous profondément affligés par le crime inqualifiable qui a été commis hier contre un homme dont le plus grand tort, aux yeux de ses assassins, était d’avoir été élu démocratiquement et de servir son peuple dans une tâche difficile et importante.

         Pierre Laporte a été une victime de la haine, une haine criminelle que n’avaient pas encore connue le Québec et les Canadiens.  Il a payé de sa vie la défense des libertés fondamentales.

         Je dis à ces individus qui l’ont assassiné qu’ils sont à tout jamais indignes d’être Québécois, indignes d’être des Canadiens français.

         Ce meurtre ignoble d’un homme innocent est un témoignage du genre de société que voudraient établir ces mouvements.  Mais quelques individus ne peuvent écraser la volonté de tout un peuple, quelles que soient leur cruauté et l’ignominie de leur chantage.  La foi dans le régime démocratique est trop profonde et trop authentique au Québec pour qu’elle se laisse détruire ainsi.  Je demande à tous les Québécois de rester calmes et de garder confiance dans leurs institutions.  Le coup qui nous est porté aujourd’hui, comme peuple, est terrible, mais c’est là un test pour notre sang-froid et notre ferme détermination à faire triompher la justice et la liberté.

         Le gouvernement que je dirige ne se laissera pas abattre par une telle épreuve.  Il y fera face de la façon la plus ferme.

         C’est ensemble, et seulement ensemble, que nous allons surmonter cette crise.  J’ai confiance que nous le pouvons parce que nous sommes des Québécois.

Selon William Tetley et plusieurs autres observateurs, le meurtre de Laporte fit chuter le capital de sympathie que plusieurs personnes, en particulier des jeunes, avaient pour le FLQ.  Le mouvement indépendantiste aux méthodes de guerre venait de dépasser les bornes.  La question est toutefois de savoir si ces bornes n’avaient pas déjà été dépassées.

Il est triste de constater qu’il ait fallu le meurtre d’un ministre pour qu’enfin le FLQ soit vu sous son vrai jour.  Il semble que, malheureusement, les morts de O’Neil, de Morin, de Corbo et de quelques autres n’aient pas suffit à ouvrir les yeux.  Un scénario semblable allait se produire lors de la guerre des motards criminalisés au tournant du 21e siècle lorsque la tentative de meurtre à l’endroit du journaliste Michel Auger finit par réveiller les consciences alors que d’autres innocentes victimes en avaient payé de leur vie au cours des années précédentes.

Le 28 octobre 1970, « le Parti Québécois imprimait en particulier 500 000 exemplaires d’une brochure de huit pages intitulée C’est notre drame, à nous d’en sortir qui passait sous silence la position adoptée par le PQ et ses têtes dirigeantes (René Lévesque, Camille Laurin et Jacques Parizeau) pendant les journées fatidiques du 5 au 17 octobre 1970.  La brochure passait aussi sous silence le manque de pondérations du PQ durant la Crise et le fait qu’il n’avait pas cru bon, avant le 16 octobre, de condamner sans équivoque le FLQ.  La brochure du PQ s’en prenait plutôt au gouvernement fédéral qu’elle blâmait pour la perte des libertés en vertu de la Loi sur les mesures de guerre et pour son intrusion dans ce qu’elle considérait être une affaire québécoise »[1].

Rappelons que William Tetley a spécifié que l’argument selon lequel tous les droits d’expression et de liberté auraient été brimés avec cette Loi ne tient plus la route.  En effet, personne n’a muselé qui que ce soit dans les médias – René Lévesque continuait d’écrire dans Le Journal de Montréal par exemple – ni empêché la tenue de rassemblements, de manifestations et autres.  En somme, on était encore très loin du régime nazisme.

Pendant tout ce temps, chose qui nous concerne davantage pour les prochains chapitres, les policiers réalisaient un travail remarquable.  Si les frères Rose et Francis Simard demeuraient toujours insaisissables, certains sympathisants furent identifiés et arrêtés.  Bien sûr, il est impossible de reconstituer les événements policiers qui ont conduits à ces premières arrestations puisque les dossiers de police sont toujours inaccessibles pour le grand public, et nous verrons pourquoi dans la conclusion.  Toutefois, ces premiers gains allaient permettre l’ouverture de l’enquête du coroner sur les circonstances entourant la mort de Pierre Laporte.  Comme dans les cas que nous avons étudiés lors des premiers chapitres de la série, certains complices allaient se mettre à table.


[1] Tetley, p. 19.