La deuxième vie de Léna Morin

Lena Morin (à gauche) en compagnie de sa soeur Evangeline. Cette dernière tient dans ses bras le fils de Lena, prénommé Paul. Cette photo semble avoir été prise au cours des années 1920.

Nous ne le soulignerons probablement jamais assez : les archives détiennent ce pouvoir de conserver le plus authentiquement possible notre mémoire collective. Par leur pertinence et leur valeur de preuve, elles rétablissent aussi les faits. Dans le cas qui nous occupe, on peut leur ajouter une autre qualité souvent insoupçonnée : elles permettent d’apporter un peu de baume sur des histoires dramatiques.

En décembre dernier, je publiais un article racontant le témoignage d’une jeune fille de 15 ans qui avait eu le courage d’affronter l’assassin de son père et de son petit frère.[1] On se souviendra qu’Aurèle Veuillette, un garçon à peine plus âgée qu’elle, avait emprunté sous de faux prétextes la carabine d’un voisin avant de se diriger vers la ferme des Morin, située dans la région de Snake Creek, près du Lac Témiscamingue, dans le nord-ouest québécois. Il se serait caché dans l’un des bâtiments de la propriété afin d’ouvrir le feu sur les membres de la famille Morin. Froidement, il tua Paul Morin et son jeune fils, Paul Jr, qui avait environ 5 ans. La scène s’est produite sous les yeux de la femme de Paul et de sa fille, Léna Morin. En fait, selon son propre témoignage, Léna a accouru au milieu des tirs pour tenter de sauver son père, mais elle est plutôt revenue vers la maison avec le corps de son petit frère dans les bras. Dans sa course, la mère de Léna fut atteinte d’un projectile à un coude.

Non seulement Léna Morin a fait preuve d’un incroyable courage sur le terrain, mais elle a fait face à Veuillette lors de son procès pour double meurtre, tenu quelques mois plus tard. Celui-ci a été condamné à mort pour la préméditation de son geste, mais sa sentence fut commuée en emprisonnement à vie. Par la suite, on perd sa trace.

C’était aussi le cas pour Léna Morin, du moins jusqu’à il y a quelques semaines. Après son témoignage, on ignorait tout à propos de ce qu’on pourrait appeler sa « deuxième vie ».  Devant un tel vide historique, plusieurs questions et hypothèses peuvent se former, mais toujours sans fondement. De plus, en tant qu’auteur et chercheur, on se demande constamment s’il est éthique de franchir cette ligne de la curiosité.

Quelque fois, cependant, ce sont les descendants des protagonistes qui viennent vous chercher.

Comme ce fut le cas avec l’affaire Huard en 2017[2], c’est une personne de la parenté qui m’a contacté, en l’occurrence la petite-fille de Léna Morin. Dans un courriel de janvier dernier, celle-ci m’apprenait que Lena Arline Rose Morin avait vu le jour le 7 juin 1902. Ses parents étaient Paul Morin (né le 27 juin 1874) et Rose Ann Robitaille. Le couple avait eu quatre enfants, dont Léna, Léna Evangeline, et Paul. Ce dernier, comme on le sait, a été victime des tirs de Veuillette en 1917, tout comme son père. Le couple Morin-Robitaille a aussi donné naissance à Marie Jeanne en mars 1900, mais celle-ci est décédée du choléra quelques mois plus tard, en août 1900.

Le plus fascinant dans cette prise de contact, c’est que nous obtenons quelques détails concernant la vie que Lena a connue après son apparition au palais de justice de Bryson en 1918. C’est donc avec la permission de sa petite-fille, Laurie MacDonald, que je partage ces informations, ainsi que deux photos inédites de Léna en compagnie de sa sœur.

Le 27 juin 1920, Lena a épousé Joseph Bruno Roméo Hamelin. La même année, elle lui donna un fils qu’elle baptisa Paul, sans doute en mémoire de son père et de son frère assassinés. En 1924, elle eut un autre fils, celui-là portera le nom de Roland, le père de ma correspondante.

Léna et Roméo ont ensuite vécu à Mattawa, en Ontario, où Roméo a travaillé dans l’industrie du bois, plus spécialement sur les remorqueurs. Sa vie auprès de Léna fut assez courte puisqu’il s’éteignit le 21 mars 1938. Ainsi, Léna se retrouva seule avec ses deux adolescents. Elle prit alors la décision de déménager à North Bay, où elle géra une maison de chambres pour la majeure partie de sa vie.

Selon Laurie, sa grand-mère a trimé dur durant plusieurs années. Toutefois, en mars 1972, la chance lui sourit. Elle remporta une importante somme d’argent grâce à l’Irish Sweepstakes. Comme on s’en doute, ce clin d’œil de la vie lui a facilité la tâche en lui permettant de vivre un quotidien beaucoup plus confortable.

Léna Morin s’est finalement éteinte le 12 décembre 1984. Sa dépouille fut inhumée à Mattawa au côté de son mari, voisin du lot familial des Morin.

Il y a quelques années, Laurie a eu l’occasion de visiter la ferme où s’est déroulé le drame de 1917. Ce fut pour elle un moment intense et particulier. « Je dois dire que la visite était très surréaliste, de discuter à l’endroit où mon arrière-grand-père et mon oncle ont été assassinés. »[3]

Les soeurs Lena (à gauche) et Evangeline Morin, deux survivantes d’un drame qui s’est joué en 1917. (Date inconnue)

Tel que mentionné plus haut, les archives permettent de rétablir des faits en plus d’apaiser certains sentiments.

Comme c’est le cas dans une autre affaire sur laquelle j’ai écrit au cours des dernières années et dont une descendante m’explique en privé[4] qu’on leur avait caché la véritable nature du drame des ancêtres de son mari, il semble que la même réaction humaine se soit appliquée ici. En effet, Laurie m’informe qu’au cours de sa jeunesse on leur avait raconté l’histoire selon laquelle Paul Morin et son fils avaient perdu la vie lors d’un accident de chasse. En fait, Laurie demeure incertaine à savoir si son père, Roland, a pu apprendre la vérité avant de mourir.

De plus, Laurie n’avait jamais vu la photo de Léna prise à l’époque du drame et qui se trouve toujours dans le dossier judiciaire préservé à Bibliothèque et Archives Canada (BAC). C’est cette photo qui accompagne l’article que nous avons publié le 5 décembre 2018.[5]

Si Léna a fait le choix de raconter cette version de l’histoire à ses enfants, on peut aisément le comprendre. Pour éviter de revivre constamment ce drame, il était naturellement plus facile de parler d’un accident. Pour sa part, la petite-fille de Léna espère que nos échanges permettront de jeter un peu de lumière sur cette brave jeune fille qui, à 15 ans, a eu le courage de marcher dans le prétoire du palais de justice de Bryson le 24 avril 1918 et de témoigner contre un assassin sans scrupule.


[1] Eric Veillette, « Témoigner contre son agresseur … en 1917 », Historiquement Logique! (blog), 5 décembre 2018, https://historiquementlogique.com/2018/12/05/temoigner-contre-son-agresseur-en-1917/.

[2] Eric Veillette, « Du nouveau dans l’affaire Huard », Historiquement Logique! (blog), 30 juin 2017, https://historiquementlogique.com/2017/06/30/du-nouveau-dans-laffaire-huard/.

[3] Laurie MacDonald, « Lena’s Life », 26 janvier 2019.

[4] Dans ce dernier cas, je n’ai pas encore obtenu l’autorisation d’en faire publiquement un suivi.

[5] Veillette, « Témoigner contre son agresseur … en 1917 ».

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L’affaire Lambert (partie 2)

Dans l’affaire Lambert, nous sommes toujours sans information concernant le procès.  Nous avons quelques indices, sans plus.  Michel a encore une lettre de quelques pages que Marcel avait écrit à sa mère lorsqu’il était en détention.  Outre le fait que Marcel y tient des propos décousus concernant une montre brisée qu’il veut se faire remplacer en guise de cadeau, il parle d’une lettre reçue d’Ottawa qui, visiblement, ne faisait pas son affaire.  Il demandait à sa mère de remettre le tout à Me Guy Roy, son avocat.  Était-ce une réponse à une demande de libération conditionnelle?  Peut-être.  À ce propos, Michel a déjà envoyé une demande à l’intention du Service correctionnel Canada afin d’obtenir des informations sur le dossier de son père.  Nous sommes en attente d’une réponse.

 

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À la toute fin de la lettre, la mère de Marcel avait curieusement déchiré une petite partie qui semblait contenir une note.  Madame Lambert avait d’ailleurs l’étrange habitude d’écrire de petites notes un peu partout, sur ces éléments du passé que Michel retrouve malgré le procès réduit en cendre.  Cette mère qui a vu ses enfants et son mari partir avant elle, semble n’avoir jamais cru à la culpabilité de son Marcel.  Ses petits écrits servent parfois à corriger une erreur et d’autres fois à remettre son désespoir entre les mains de Dieu.  Malgré le fait qu’elle ne semble avoir jamais voulu voir la réalité telle qu’elle l’est, ces petites notes me donnent souvent l’impression d’être un discret chemin de cailloux tracé vers une boîte de pandore : les frasques, le narcissisme et la culpabilité de Marcel.  Ce qui est curieux, c’est que son admiration pour lui n’est pas simplement due au fait qu’il est la chair de sa chair.  Elle aurait déjà dit à plusieurs reprises que la mort de Nora était la faute de Jean-Guy, son autre fils.  Ce dernier était présent le fameux soir du meurtre.  Selon le journal l’Avenir, il serait même allé chez Marcel et Nora.  En panique, il aurait demandé à la gardienne si Nora était à l’hôpital, pour repartir aussitôt.  Cette information ne provient toutefois pas de l’enquête du coroner.  Elle n’est donc pas objective.

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Marcel et ses parents, dans ses années de détention

Décédé depuis 1999, Jean-Guy est décrit par Michel comme un homme qui, malgré quelques déboires, avait la réputation d’être « bon vivant » et aimant des enfants.  Il me fera remarquer aussi que sur la plupart des photos, il semble proche de Nora et surtout des deux petits garçons.  Il va sans dire que l’hypothèse de jalousie envers Jean-Guy est une des premières que Michel a préconisé.  Qui était donc Jean-Guy?  Dans les archives de journaux, il y en avait même un ayant meurtre à son actif.  J’ai sorti son plumitif et bien qu’il soit né la même année, ce n’est pas le même Jean-Guy Lambert.  Celui qui nous intéresse a eu quelques infractions dont la plus importante est « commet une infraction quiconque, sans excuse légitime, utilise, porte, manipule, expédie, transporte ou entrepose une arme à feu, une arme prohibée, une arme à autorisation restreinte, un dispositif prohibé, des munitions ou des munitions prohibées d’une manière négligente ou sans prendre suffisamment de précautions pour la sécurité d’autrui. » (Code criminel – L.R.C. (1985), ch. C-46 (Article 86) )  Avec un des noms les plus communs du Québec, sans mariage et sans enfant, il nous est difficile de retracer le passé de Jean-Guy.

 

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Le Soleil, 10 août 1960

Encore dans notre tempête d’hypothèses, Michel m’a fait part de quelque chose qu’il n’avait pas osé me dire au départ en raison du côté insensé de l’affaire.  Il m’a raconté qu’un jour, son grand frère lui avait dit que Marcel soutenait avoir réussi à sortir de prison à cause d’une ancienne carrière de détective privé.  Il disait savoir des choses importantes sur des « gros bonnets » et que la menace que ces informations puissent sortir lui avait permis d’obtenir une libération plus rapidement. Bien sûr, je n’y croyais pas tellement non plus.  Toutefois, j’ai pris un petit moment pour mettre les mots-clés qui s’y rattachent sur les archives de journaux en ligne.  C’est là que l’affaire a pris une autre tournure.  Voilà que je trouvais une annonce classée de notre Marcel, fraichement diplômé de la Canadian Investigation, se cherchant du boulot comme détective.  Il restait encore à Québec et, bien qu’il disait avoir 18 ans, il était alors âgé d’à peine 17 ans.  Il devait probablement mentir car pour faire ce travail, à cette époque, on demandait des candidats d’au moins 18 ans.  Lorsque j’ai montré cette annonce à Michel, il a immédiatement replongé dans sa boîte de souvenirs et a trouvé une vieille coupure de journal de La Patrie de juillet 1963 ou figure Marcel dans un article ayant pour titre « Une annonce classée envoie un innocent à Bordeaux ».  Le texte raconte que Marcel avait répondu à une curieuse annonce d’un certain Brunet qui cherchait à employer des enquêteurs.  Une fois à Montréal, il aurait naïvement accepté d’aller déposer un chèque de 2 000$ à une banque pour rendre service à son employeur qui avait des obligations à l’extérieur.  Le chèque étant falsifié, Marcel aurait été arrêté plus tard et emprisonné.  La mère de Marcel avait encore une fois inscrit des petites notes.  Elle a d’ailleurs « corrigé » le 2 000$ pour écrire 5 000$…  Ce deuxième montant était en fait un salaire annuel en 1962.

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Lovell, 1962-1963, BAnQ

J’ai retrouvé l’annonce du Brunet et fait plusieurs recherches à cet effet.  Toutefois, c’était une époque ou les gens opéraient sur plusieurs « prête-noms ».  Chose curieuse : Marcel affirme, dans l’article, qu’il séjournait chez un bon ami sur la rue Cartier à Pointe-Claire lorsque les événements se sont déroulés.  Cette rue étant déjà plutôt petite, elle contenait encore moins de logis en 1962.  Quand je regarde la liste des résidents sur le Lovell, il m’est difficile de ne pas passer à côté du fait qu’un Brunet y restait.  Toutefois, même en approfondissant cette adresse jusque dans les registres fonciers historiques, je ne parviens pas à corroborer le tout avec objectivité.

C’est alors que Michel a découvert un autre indice de l’époque.  Une lettre de son avocat datant de janvier 1963 adressée à la mère de Marcel.  Dans celle-ci, l’avocat dit ne pas douter une seconde de l’innocence de Marcel, que ce dernier n’a été qu’un pion pour un faussaire déjà sous les verrous et que le tout sera porté devant le tribunal le 5 mars prochain.

Et c’était signé Me Claude Danis.

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Claude Danis, février 1956, Fonds Gabriel Desmarais, BAnQ

Claude Danis était un avocat criminaliste bien connu.  Il est d’ailleurs cité dans le livre La Filière canadienne de Jean-Pierre Charbonneau.  Il avait été l’avocat de Michel Caron, arrêté en octobre 1963 aux douanes du Texas pour trafic de drogue.  Caron était un des complices de la gang de Lucien Rivard.  Le plus singulier dans tout cela, c’est qu’en janvier 1963, Me Danis était très occupé.  Selon moi, il devait être trop occupé pour s’occuper d’un Marcel Lambert, jeune, naïf et sans argent.  Me Danis était alors affairé dans le scandale des faux-certificats.  En novembre 1962, les journaux avaient sorti cette affaire comme quoi l’organisateur de l’Union Nationale, soit André Lagarde, aurait conspiré pour faire produire des milliers de faux-certificats d’électeurs.  M. Lagarde se défendait d’être plutôt la cible d’une machination pour salir le parti de Daniel Johnson alors qu’ils étaient à l’aube des élections.

J’ai trouvé une copie usagée du livre « Le scandale des faux-certificats », écrit par André Lagarde lui-même.   Je ne ferai pas état ici de toute cette longue histoire de corruption mais je peux dire que j’ai relevé plusieurs points importants qui me laissent croire que avocat danisMarcel faisait partie de l’affaire.  Bien que je sache qu’un procès puisse être ajourné, même à plusieurs reprises, il est intéressant de voir que la date du témoignage d’un des complices dans la fabrication des certificats ayant reçu un montant de 2 500$ pour défrayer certains frais coïncide exactement avec la date qu’avait écrit Me Danis dans la lettre adressée à Madame Lambert pour le procès, soit le 5 mars 1963.  À ce sujet, à la page 117, Lagarde raconte que personne n’avait réussi à trouver la source de cet argent.  Me Danis lui aurait fait comprendre qu’il ne saura probablement jamais quelle est la provenance de ce montant.  Or, le montant du cautionnement que devait débourser chaque personne arrêtée dans cette affaire était de 5 000$.  Lagarde lui-même disait avoir eu de la difficulté à réunir cet argent pour sortir de prison.  D’ailleurs, il y a un curieux flou lorsqu’il est écrit à la page 81 qu’un dénommé André Côté qui travaillait au Café Palermo avait déposé à la banque le cautionnement d’un prévenu sous les ordres d’un complice dans l’affaire.

Est-ce que Marcel a été mêlé dans cette histoire?  Est-il vrai qu’il connaissait des informations inédites?    On y travaille encore.  Quoiqu’il en soit, il est réellement sorti rapidement de détention et c’est une réponse à cette grande irrégularité que Michel tente d’obtenir.

Dans notre suite, on parle à des gens.

Références

Brassard, Andrée, L’Avenir, 3 février 1977, vo.2 No.53, Newspapers – Google News

« Une annonce classée envoie un innocent à Bordeaux », La Patrie, 11 juillet 1963, BAnQ

http://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/1367883?docref=yez9Ux4mOa-XEle73XD1Og

Annonce classée (Brunet), La Presse, 13 septembre 1962, BAnQ

Charbonneau, Jean-Pierre, La Filière canadienne, Les Éditions de l’Homme, 1975

Lagarde, André, Le scandale des faux-certificats, la clé du casier 5T7, Le Sieur, 1964

Alice Paré, 1971

Documentation

Malheureusement, les documents relatifs à l’enquête du coroner, qui sont sans doute les plus précieux pour reconstituer une affaire de meurtre non résolu, sont aujourd’hui introuvables. En raison de cette absence d’information de première main, demeurons conscients que notre reconstitution à propos des circonstances entourant le meurtre d’Alice Paré ne pourra pas être aussi détaillée et fidèle à la réalité que nous le souhaitions. Le présent texte se base donc principalement sur la revue de presse.

Pour ceux et celles qui seraient tenté de voir dans cette absence documentaire une forme quelconque de complot, nous rappelons que ce genre de « trou documentaire » existe, tout simplement. La Loi sur les archives, apparue seulement en 1983, n’a pas pu tout contrôler.  Il existe, par exemple, des trous archivistiques énormes qui s’étendent sur des décennies dans le fonds des enquêtes de coroner pour le district de Trois-Rivières. Toute tentative de trouver une explication à un tel vide informationnel serait un pas de plus vers une réponse biaisée et vide de sens.

Ceci dit, les autres dossiers traités par le coroner Thibault (celui qui a enquêté sur la mort d’Alice Paré) sont pourtant à leur place dans la boîte d’archives que nous avons consultée en 2017. Pourquoi alors celui d’Alice Paré est-il absent? Parce qu’il s’agit d’une affaire non résolue et que les autorités de l’époque ont préféré le conserver dans le dossier de police dans l’éventualité de traduire un suspect en justice? Nous ne croyons pas que cela ait un lien puisque pour la plupart des autres affaires non élucidées ces enquêtes sont disponibles.

Les circonstances du décès

Alice Paré est née le 4 janvier 1957. En 1971, on la décrivait comme une jeune fille de 14 ans plutôt « fluette » de 70 livres et mesurant 4 pieds et 5 pouces. Elle habitait avec ses parents, au 667 boulevard Mercure, à Drummondville. Elle était une étudiante modèle, timide et très rangée.

En 1971, Alice Paré fréquentait l’école secondaire Jeanne-Mance. Le jour de sa disparition, elle a quitté cette école pour se rendre à son cours de musique dispensé dans un pavillon du Cégep de Drummondville.

Le mercredi 17 février 1971, Alice s’est rendue à son cours de flûte traversière au Cégep de Drummondville, plus précisément au pavillon Gilles Fortin, situé au 466 rue Saint-Jean. Le local était situé juste au-dessus d’un bar-salon, la Brasserie La Bourgade. Ce cours devait avoir lieu de 17h30 à 18h00, mais elle arriva en retard d’une dizaine de minutes. Le professeur, Marcel Saint-Jacques, ne l’avait pas attendu. Il était déjà parti.

Déçue, Alice emprunta 5¢ à Louise Larocque, une amie de son âge, et un autre 5¢ à Jean Vanasse, un jeune homme de 19 ans.

En sortant du pavillon, Alice traversa la rue Saint-Jean pour entrer dans une cabine téléphonique avec l’intention d’appeler sa mère afin que celle-ci vienne la chercher. Malheureusement, le téléphone était hors d’usage, ce qui l’obligea à revenir vers le pavillon de musique. Là, elle discuta durant quelques minutes avec Louise Larocque. Peu après, Alice lui aurait fait part de son intention de retourner chez elle à pied. « Elle a même expliqué à son amie la route qu’elle suivait toujours pour rentrer à la maison, soit une marche d’environ 1,6 km, en passant par la rue Saint-Jean, Lindsay et boulevard Mercure »[1].

Finalement, vers 17h40, Alice salua sa copine et sortit dans la rue. Dans ses mains, elle traînait la valise contenant sa flûte traversière. Elle portait alors son costume d’écolière « de couleur verte, un manteau ciré à col blanc, un chapeau blanc et des bottes blanches trois-quarts. Elle a les yeux noirs, les cheveux bruns qu’elle portait longs, mesure quatre pieds cinq pouces et pèse 70 livres »[2]. On ne devait plus jamais la revoir vivante.

Une trentaine de minutes plus tard, l’inquiétude poussa Madeleine Marier, la mère d’Alice, à se rendre en voiture jusqu’au pavillon Gilles Fortin. Sur place, elle apprit que sa fille s’était décidée à quitter par ses propres moyens.

Selon un article de Benoît Aubry paru dans Le Nouvelliste le 24 février, on aurait d’abord cru à une fugue. Après quelques jours, cependant, il est devenu évident qu’il était arrivé quelque chose de sérieux. Selon cette source, Alice aurait été enlevée « alors qu’elle revenait de son cours de musique ». Y avait-il eu un cours de musique ou non?

Cette erreur de style pourrait laisser croire que son cours avait eu lieu comme prévu, mais, faut-il le répéter, le cours de musique n’a jamais eu lieu en raison du retard d’Alice, incident qui avait précipité le départ du professeur. D’ailleurs, dans le même article, Aubry apportait lui-même cette précision. Voilà le genre d’imprécision qui peut se glisser dans les journaux. Et c’est pourquoi nous ne considérons pas les journaux d’époque comme une source primaire d’informations et c’est là que l’enquête du coroner aurait très certainement pu nous aider à trancher sur de tels détails.

Mais revenons aux écrits d’Aubry. Cette disparition a affecté toute la population de Drummondville, au point où plusieurs personnes se souviennent encore du choc produit par l’incident. C’est du moins ce qu’on peut constater aujourd’hui sur les réseaux sociaux.

À l’époque, comme c’est le cas dans la plupart des affaires médiatisées, plusieurs signalements ont été rapportés à la police.

Déjà, les parents essayaient de se faire à l’idée qu’ils ne reverraient plus leur fille en vie. André Paré, un homme de 69 ou 70 ans, confia au journaliste Aubry : « C’est une horrible conclusion à tirer, mais, de cette façon, s’ils la retrouvent morte, nous serons préparés ». Madeleine Paré, la mère, était sous l’effet de sédatifs au moment de rencontrer le journaliste, mais cette prescription ne l’aidait apparemment pas beaucoup à surmonter cette épreuve. Selon elle, Alice « ne pouvait supporter d’être absente de la maison très longtemps. Elle aimait être dans sa chambre pour faire de la peinture ou des poupées ».

Le cas de Denise Therrien ayant probablement laissé des traces dans la mémoire collective, les compagnes de classe d’Alice avaient même commencé à amasser de l’argent dans l’éventualité où le ou les ravisseurs demanderaient une rançon. Toutefois, ce ne sera jamais le cas.[3]

Dans Le Nouvelliste du 25 février, on précisait que les recherches se poursuivaient et que la plupart des corps policiers du Québec étaient impliqués. D’après ce petit article de trois paragraphes, c’est le capitaine Ange-Aimé Allard qui était le principal enquêteur au dossier.

Le 10 mars, Le Nouvelliste mentionnait que deux autres jeunes femmes avaient aussi disparues. L’une de 20 ans était rentrée chez elle après avoir décidé « d’aller coucher chez une amie en omettant d’en avertir ses parents ». La deuxième, qui avait 17 ans et demeurait dans la partie sud de Drummondville, était disparue après avoir dit à ses parents qu’elle sortait pour aller chercher le journal. Heureusement, elle a été retrouvée rapidement.

Le 15 mars, un article du Le Nouvelliste parlait d’une peur collective contre les enlèvements de jeunes filles dans la région de Drummondville. En plus du cas d’Alice, on soulignait qu’une adolescente de 17 ans « a failli être enlevée de force par un automobiliste à l’angle de la 12ème avenue et de la rue St-Eusèbe à Drummondville ». La jeune fille a pu se libérer de l’emprise de son agresseur. Elle aurait ensuite tenté de rentrer chez elle à pied, mais l’agresseur serait revenu à la charge. C’est seulement en se réfugiant dans un restaurant que la jeune fille avait fini par retrouver une sécurité satisfaisante en téléphonant à la police. Le quotidien parlait de « l’agressivité peu commune » de l’adolescente, ce qui lui a peut-être sauvé la vie.

Toutefois, rien ne permet de relier un seul des trois précédents cas à celui d’Alice Paré.

Le 17 avril, on pouvait lire dans La Presse que la police venait de découvrir un indice « qui pourrait éventuellement permettre de retracer la jeune Alice Paré ».

Cette information s’avéra cependant être une fausse piste. Une montréalaise croyait avoir reconnu la flûte dans une vente aux enchères organisée dans le Vermont et qui avait été achetée par un montréalais. Après vérification, la flûte n’appartenait pas à la jeune disparue. Ce fut cependant l’occasion pour le quotidien montréalais de préciser qu’Alice était la petite-fille de l’ancien juge Joseph Marier de la Cour des sessions de la paix et que deux de ses oncles étaient toujours juges à Montréal. Ce constat permit à bien des gens de développer une hypothèse que nous verrons de plus près à la section suivante.

Le lundi 22 avril 1971, La Presse soulignait que le capitaine Roméo Martineau avait appris que la disparue était « une adolescente rangée et timide »[4]. Les journaux parlaient d’un enlèvement mais sans qu’on partage nécessairement avec le public des arguments solides en ce sens. À cette étape de l’enquête, la police avait fouillé la plupart des chalets en bordure de la rivière Saint-François. Ces recherches ont été menées par le capitaine Ange-Aimé Allard de la police de Drummondville.

Le 26 avril 1971, plus de deux mois après la disparition, vers 12h45, trois jeunes travailleurs – André Camirand, Yvon Lampron et Lucien Paquin – qui circulaient en voiture dans le 3e rang de Sainte-Clothilde, près de Victoriaville, ont remarqué quelque chose d’étrange au pied d’un arbre, à une soixantaine de pieds de la route. Selon certaines informations que nous avons reçues en 2017, ces trois hommes travaillaient plutôt dans un champ à proximité du lieu de la découverte. Toutefois, ces informations se sont plus tard avérées erronées puisqu’elles nous ont conduits au mauvais endroit.

Les premiers enquêteurs arrivés sur les lieux, selon Le Nouvelliste, ont été le caporal Fernand Potvin et l’agent André Cerutti de la Sûreté du Québec. « Le corps gisait dans un boisé d’une petite clairière à environ 125 pieds du chemin. La tête de la victime était en état de décomposition avancée mais le reste du corps était intact. Le corps était revêtu de bas culotte, d’une jupe et un gilet et une paire de bottes. Apparemment, il n’y avait aucune trace de coups sur le corps ».

Selon Allô Police, c’est plutôt à une soixantaine de pieds de la route (de gravier) que le cadavre a été retrouvé. « Le corps était recroquevillé sur lui-même, couché sur le côté gauche et, du chemin, il était possible d’apercevoir une paire de bottes blanches ». L’hebdomadaire à sensation faisait cependant erreur en utilisant le terme « recroquevillé » puisque selon une photo qu’il a lui-même publié et que nous avons choisi de ne pas reproduire ici, le corps de l’adolescente était plutôt arqué vers l’arrière.

La pauvre portait encore l’uniforme de son école Jeanne-Mance de Drummondville, « un chandail à col roulé jaune, une jupe en lainage vert, des bas-culottes et des bottes blanches »[5]. Le corps était abimé par la putréfaction et par certains animaux sauvages. Près d’elle, les policiers retrouvèrent son manteau rouge, dont les manches étaient tirées vers l’intérieur « comme si on l’avait enlevé rapidement sans prendre soin de les replacer. Le blouson de lainage vert […] avait aussi été enlevé et déposé près du cadavre de la jeune victime »[6].

Dans une poche de son veston, on a retrouvé la clé de son casier scolaire. Quant au chandail jaune, il était légèrement relevé et les manches étirées au-delà des mains. Le corps fut aussitôt transporté à la morgue Marcoux de Victoriaville où le père, André Paré, l’identifia formellement.

Le Dr Jean-Paul Valcourt, médecin pathologiste de l’Institut médico-légal, s’est rendu sur la scène de la découverte. C’est le lendemain matin qu’il s’est chargé de pratiquer l’autopsie. Puisque nous n’avons ni l’enquête du coroner ni le rapport d’autopsie, nous devons nous fier aux détails rapportés par Allô Police : « il [Valcourt] a attribué la mort à des symptômes d’asphyxie qui auraient pu être causée par strangulation. Le cadavre de l’adolescente portait également quelques ecchymoses sur une cuisse et sur son corps, mais il a été impossible de savoir si ces blessures avaient été causées avant ou après le décès. D’autres expertises en laboratoire ont été faites, mais les résultats ne sont pas encore connus. L’enquête policière a cependant démontré que la jeune fille n’avait pas souffert du froid avant sa mort puisque son ou ses meurtriers lui avaient enlevé la vie avant de la déposer dans le fourré où les passants l’ont retrouvée la semaine dernière ».

Dans un article de Michel Auger paru dans La Presse du 29 avril : « d’après la police, il est fort probable que la jeune fille qui avait été portée disparue, il y a deux mois, n’ait pas été violée ». À défaut de ne pouvoir consulter l’autopsie ou l’enquête du coroner, on doit se fier à Auger pour ce dernier détail.

C’est aussi par Le Nouvelliste qu’on sait que le corps a été ramené à la morgue Marcoux & Fils de Victoriaville vers 19h00 dans la soirée du 26 avril. C’est ainsi qu’on apprend que l’enquête qui suivit fut conduite par le coroner J.-Arthur Thibault. Le détective en charge de l’enquête était le caporal Jacques Gadoury. Ce dernier pouvait compter sur l’appui de l’agent Marcel Vigneault, ainsi que des agents des autres corps de police impliqués.

Selon Le Nouvelliste, le père était résigné depuis longtemps à cette idée selon laquelle sa fille serait retrouvée morte.

Puisque la flûte traversière d’Alice manquait toujours, la police demanda l’aide du public. Ainsi, le 29 avril, vers 18h00, Rosaire Laplante, un citoyen du boulevard Gamache à Victoriaville, qui avait lu La Tribune, contacta les enquêteurs pour leur signaler que le 24 avril il avait trouvé une flûte traversière ainsi que son étui près de la route 20, entre Saint-Albert et Sainte-Clothilde. Selon Allô Police, la flûte était de marque Armstrong. On ignore cependant de quel côté de la route l’instrument a été retrouvé. En fait, précisons que la flûte a été retrouvée à environ 2 milles de l’endroit où se trouvait le cadavre.

Les funérailles eurent lieu à l’église Sainte-Thérèse devant plusieurs centaines de personnes. Le cercueil a été porté par des étudiants de Drummondville. La couverture médiatique des obsèques permit d’apprendre que Me André Paré était le demi-frère de la victime.

Jusqu’à maintenant, le meurtre d’Alice Paré n’a jamais été résolu. Nous ignorons d’ailleurs si les enquêteurs ont déjà eu un suspect sérieux à leur disposition.

Hypothèse no 1 : les liens familiaux

La première hypothèse, qui n’est pas de nous, prend racine parmi les liens familiaux des Marier, c’est-à-dire du côté de la mère de la jeune victime. Selon les médias de l’époque, Alice Paré était la petite-fille de l’ancien juge Joseph Marier de la Cour municipale de Montréal. Elle était aussi la nièce du juge Marcel Marier, également de la cour municipale de Montréal; et du juge Eugène Marier, celui-là de la Cour supérieure du Québec. De plus, l’un de ses oncles, Me Paul Rousseau, était avocat. Et pour finir, un autre membre de sa famille, Gérard Marier, était prêtre, une vocation qui avait encore un certain prestige à l’époque.

Certains ont vu dans cette nomenclature une piste sérieuse. La question est maintenant de savoir si la petite Alice a été assassinée parce que certains membres de sa famille faisaient partie intégrante du système judiciaire? Par exemple, un criminel entretenant une haine envers le juge qui l’a condamné aurait-il pu vouloir se venger?

C’est ce que certaines personnes ont pensé, surtout en lien avec la fameuse Crise d’octobre de 1970 et le Front de Libération du Québec (FLQ). Puisque l’un des membres du FLQ aurait comparu devant l’un des juges Marier, la machine à rumeurs s’est emballée.

Dans L’Union des Cantons de l’Est du 20 mars 1952, on peut lire une brève nouvelle sur le grand-père d’Alice, le juge Joseph Marier, devant lequel avait comparu un certain Eugène Guillemette, accusé de voies de faits sur un certain Labrecque. Mais ce genre de détails, quoique historiquement enrichissant, ne nous amène à rien de concret.

Pour savoir si l’un des juges Marier aurait eu maille à partir avec un criminel à un point tel que ce dernier a trouvé la motivation nécessaire pour se venger en s’attaquant à l’un des membres de sa famille élargie, il faudrait réviser minutieusement toutes les causes qu’ils ont plaidées. Cette tâche est non seulement utopique mais complètement folle. Et parce que nous sommes incapables de la vérifier convenablement, il nous faut abandonner cette piste.

Néanmoins, soulignons au passage que le juge Eugène Marier, l’un des oncles d’Alice, s’est éteint le 4 janvier 2016. Il était marié à Yvette Paré. Il avait 90 ans.

D’autre part, nos recherches ont permis de découvrir qu’Émile Marier, le frère du juge Joseph Marier, était gérant de la Banque Canadienne Nationale à Saint-Germain-de-Grantham. Celui-ci avait confié à ses proches que si des voleurs osaient le braquer, il n’hésiterait pas un instant à ouvrir le feu en premier. Or, il s’est avéré que la phrase du vieil entêté de 71 ans est devenue réalité le 28 août 1964, lorsqu’un braqueur est entré dans la banque.

À l’arrivée de la police de Drummondville, on a retrouvé le revolver de Marier, dont le barillet contenait une douille et cinq autres cartouches prêtes à être utilisées. Marier avait donc eu le temps de tirer un coup en direction de son assaillant, mais ce dernier avait eu raison de lui. Le septuagénaire était mort.

L’enquête a été confiée au sergent d’état-major Richard Masson, celui-là même qui s’apprêtait à résoudre le meurtre de la jeune Denise Therrien à Shawinigan quelques mois plus tard. L’enquête mena à l’arrestation d’un homme de 28 ans répondant au nom de Claude Levasseur. Son procès s’instruisit le 28 avril 1965 à Drummondville devant le juge Paul Lesage. Il sera condamné à mort avant que sa peine soit commuée en emprisonnement à vie.

Il est très peu probable que cette affaire ait un lien avec notre enquête, mais il est intéressant de constater que les coïncidences judiciaires sont parfois étonnantes. Non seulement le juge Joseph Marier avait perdu son frère dans un sanglant hold-up, mais quelques années plus tard il perdrait aussi sa petite-fille dans des circonstances aussi peu réjouissantes. Dans ce dernier cas, cependant, le crime n’a jamais été résolu.

Une recherche nous a permis d’en savoir davantage sur les parents d’Alice. André Paré et Madeleine Marier se sont mariés le 18 octobre 1944 dans la paroisse Saint-Frédéric à Drummondville. André, 42 ans, est décrit comme « chimiste » sur le bulletin de mariage. Quant à Madeleine, 25 ans, on la décrivait comme une femme à la maison.

On retrouve un André Paré décédé le 29 juillet 1987 à Drummondville à l’âge de 85 ans, né le 14 janvier 1902. L’âge correspond. Il avait pour mère une certaine A. Raiche.

Hypothèse no 2 : le prédateur sexuel

Le jour de sa disparition, Alice ne pouvait pas prévoir que son cours de musique serait annulé en raison de son retard. Elle ne pouvait prévoir non plus que la cabine téléphonique serait en dérangement. Ces deux éléments tendent à démontrer que la théorie de l’agresseur opportuniste est la plus plausible. L’enlèvement ne semble pas avoir été planifié à l’avance. N’oublions pas qu’Alice a également pris elle-même la décision de rentrer chez elle à pied, ce qui veut dire que cela n’était pas dans ses habitudes.

Brasserie La Bourgade à Drummondville, vers 1971. Le suspect que nous appelons Nils Bjurman avait l’habitude de traîner dans ce bar à l’époque de la disparition d’Alice Paré. Or, le local situé juste au-dessus de cette brasserie est celui où Alice devait avoir sa leçon de musique le soir de sa disparition. Puisque son cours a été annulé et qu’elle a traversé la rue pour tenter d’appeler sa mère dans une cabine téléphonique, Bjurman – en admettant qu’il se trouvait à La Bourgade ce soir-là – aurait eu tout le temps nécessaire d’observer la jeune fille.

Toutefois, ces éléments ne nous permettent pas de déterminer si son agresseur la connaissait ou non.

De plus, si on part de l’idée qu’Alice a été enlevée par un ou plusieurs hommes, ce ne fut certainement pas pour discuter avec elle de la pluie et du beau temps. Il faut se questionner à savoir pourquoi un adulte propose d’embarquer une adolescente de 14 ans dans son véhicule. S’il la connaissait, a-t-il convaincu Alice en lui proposant de la reconduire chez elle? Sinon, quel subterfuge a-t-il utilisé pour la faire monter avec lui?

Nous croyons possible, même s’il n’y a pas eu viol, que l’intention du ou des individus était l’agression sexuelle. Nombre de tueurs, qu’ils soient séquentiels ou non, sont d’abord motivés par un fantasme sexuel, ce qui ne signifie pas pour autant qu’ils parviennent à réaliser tous les détails du plan qu’ils s’étaient donnés au départ.

Malheureusement, nous ne possédons aucun élément important pouvant nous permettre de présenter un scénario de ce qui a pu se passer entre le moment de sa disparition et celui où on l’a laissé dans ce boisé.

Cependant, il semblerait plausible de penser que son agresseur a agi de façon spontanée. Il passait par là et a vu, ce jour-là, une occasion de s’en prendre à une jolie et jeune adolescente.

En 2017, un suspect nous a été proposé dans cette affaire. Nous l’appellerons Nils Bjurman, en « l’honneur » – ou plutôt devrions-nous dire en déshonneur – de l’un des personnages les plus détestables de la célèbre trilogie cinématographique Millénium. Cet homme, un criminel récidiviste, est toujours vivant.

Selon notre informateur, Bjurman aurait à son actif un crime similaire, à savoir l’attaque sauvage d’une jeune fille qu’il aurait laissée pour morte dans un motel après l’avoir agressé sexuellement vers la fin des années 1970. Jusqu’à maintenant, il nous a été impossible de prouver la véracité de ce crime.

En revanche, nous avons obtenu son casier judiciaire. En mars 2018, ce septuagénaire bien connu des policiers était de nouveau arrêté pour trafic de stupéfiants. À notre connaissance, il a toujours habité dans le secteur de Drummondville.

Outre cette feuille de route, notre informateur nous dit qu’en 1971 Bjurman avait l’habitude de fréquenter la Brasserie La Bourgade. Or, le local situé juste au-dessus de cette brasserie était le pavillon où Alice Paré avait l’habitude de suivre ses leçons de musique. Le soir de sa disparition, Bjurman s’y trouvait-il? Aurait-il eu le temps de l’observer? Lui aurait-il proposé de la raccompagner? Ou alors aurait-il utilisé la force pour la faire monter à bord de sa voiture?

En admettant que Bjurman aurait fait monter Alice dans sa voiture entre La Bourgade et la résidence des Paré, notre informateur nous a fait remarquer que celui-ci, étant donné l’endroit où le corps a été retrouvé par la suite, a été obligé de traverser la ville avec Alice à bord de son véhicule. Cette idée peut sembler surprenante mais pas impossible.

Voyons maintenant le passé criminel de Bjurman. Signalons au passage, malgré une fouille intensive des fiches du plumitif du district de Drummondville couvrant les années 1970, il nous a été impossible de trouver une accusation ou condamnation antérieure à 1986.

Le 12 décembre 1986, Bjurman était condamné pour une infraction au code de la sécurité routière qui lui valut une amende de 25$. Le 4 février 1987, il plaidait coupable à une accusation relative à la loi fédéral sur les stupéfiants : ici l’article 3 précise qu’il est question de publicité interdite. Il se mérita 50$ d’amende ou 15 jours de prison.

Quelques jours plus tard, soit le 16 février 1987, il plaidait coupable à une accusation relative au code de la sécurité routière, ce qui lui vaudra 200$ d’amende avec délai de 3 mois pour payer. Le 21 février 1987, il plaidait coupable à une accusation de délit de fuite devant le juge Marc Dufour, ce qui lui mérita 500$ d’amende ou deux mois de prison avec délai de 4 mois.

En fait, au fil des années, il plaidera coupable à de nombreuses accusations pour facultés affaiblies, et cela jusqu’en 2005, au point de se mériter une interdiction de conduite et même deux accusations d’entrave à un agent de la paix durant l’exécution de ses fonctions. Bref, c’est un récidiviste de la route et de l’alcool au volant.

Ce long cheminement nous montre à quel point cet homme peut avoir un problème avec la consommation de drogue et d’alcool, et surtout le fait de récidiver continuellement. En revanche, nous ne trouvons aucune trace dans ce casier judiciaire pour pouvoir en faire un suspect sérieux dans le meurtre d’Alice Paré. Personne ne peut le placer de façon formelle au bar La Bourgade le soir de la disparition. Personne ne l’a vu en sa compagnie, que ce soit en voiture ou à pied. Aucun indice matériel ne le relie à ce crime.

Certes, Bjurman connaît certains problèmes avec l’alcool, la drogue et la discipline, mais on est bien loin d’un prédateur sexuel. Est-ce que la police l’a seulement interrogé en lien avec l’affaire Alice Paré?

Conclusion

Selon une rumeur, le professeur de musique aurait été suspecté. Nous n’avons rien trouvé qui puisse appuyer cette hypothèse. Dans des causes aussi médiatisées, il n’est pas surprenant que les rumeurs partent dans tous les sens. C’était vrai en 1920 dans l’affaire Blanche Garneau et se l’était encore jusqu’à tout récemment dans l’affaire Cédrika Provencher. Alors, nous invitons le public à la prudence lorsque vient le moment de pointer une personne du doigt.

Dans une enquête de meurtre, tous les gens connus de la victime sont d’abord des suspects potentiels avant que des éléments viennent les éliminer à tour de rôle. Cette rumeur n’a rien de surprenant, tout comme elle n’a rien de sérieux non plus.

Force est d’admettre que nous n’avons aucun suspect sérieux dans cette affaire. Y en aura-t-il seulement un jour?


[1] Allô Police, 9 mai 1971.

[2] Benoit Aubry, Le Nouvelliste, 24 février 1971.

[3] Denise Therrien, 16 ans, a disparu en août 1961 à Shawinigan-Sud alors qu’elle se rendait à son premier emploi. Son corps a été découvert en avril 1965 dans un boisé. Marcel Bernier, le fossoyeur du cimetière St-Michel, en face duquel Denise avait été vue pour la toute dernière fois, a été condamné pour ce meurtre. Au cours de la période de disparition, quelques demandes de rançons ont été faites et toutes se sont avérées être des canulars. Le cas de Denise Therrien a retenu l’attention de tous les médias de la province de 1961 à 1966.

[4] La Presse, 22 avril 1971.

[5] Ibid.

[6] Ibid.

L’affaire Lambert (partie 1)

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C’est via notre courriel que Michel est entré en contact avec nous, il y a de cela quelques mois.  Sa mère, Nora Lavallée, a été assassinée par son mari en 1977 à Sept-Îles.  Michel nous a demandé si on aimerait l’aider à chercher des réponses puisque c’est presque tout ce qu’il savait de l’événement.  Je ne me doutais pas encore que son histoire allait être de plus en plus troublante.  Un défi de taille dans lequel on plonge pour un bon bout de temps.

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Michel avec Nora 1 an avant le drame

Il avait 2 ans et son frère en avait 7.  Pratiquement orphelin, Michel sera aussi dépouillé de son grand frère car la protection de la jeunesse a placé les garçons séparément, un à Sept-Îles et l’autre à Thetford Mines.  Durant les 3 années et demi suivantes, ils ont quelques fois rendu visite à leur père en détention à Cowansville accompagnés d’intervenantes.

En 1981, Marcel Lambert était déjà libéré.  Étonnamment, il a pu immédiatement reprendre ses deux garçons et a vécu les quelques années qui lui restaient à Québec.  Durant ce temps, Michel n’a jamais su ce qui c’était réellement passé avec sa mère.  On lui a toujours dit qu’elle avait trouvé la mort dans un accident de voiture.  Son frère ainé, lui, l’a su.  On lui avait même déjà montré la troublante couverture du Allô Police de l’événement.  Mais Marcel lui avait fait promettre de ne pas le dire à son petit frère.  Alcoolique depuis déjà des années, il buvait beaucoup et depuis sa sortie de détention, il restait à la maison sans rien faire.  En 1988, quand Michel avait 13 ans, son père a eu un malaise cardiaque sous ses yeux.  C’est même lui qui avait appelé les secours.  Ce fût donc le début d’une deuxième tournée des familles d’accueil.  À 16 ans, écorché, il décide de quitter sa dernière famille d’accueil même si celle-ci était bienveillante pour lui.  Il a lâché l’école pour aller travailler.

À 22 ans, des ennuis l’ont amené à aller vivre temporairement chez sa grand-mère paternelle.  Un jour, en épluchant des souvenirs et des photos, il est tombé sur quelque chose de gros.  Un procès dont son père avait été accusé.  C’était le meurtre de sa mère.  Sa vie venait de basculer.  Il me dira même au téléphone : « Ce moment-là, vous ne pouvez pas savoir ce que ça m’a fait ».  Il a tout lu mais sur le choc, il n’a pas tout retenu.  Il se rappelle surtout des mots « négligence criminelle » et du rapport du psychiatre qui faisait état de ses troubles de la personnalité.  Quand sa grand-mère a vu qu’il avait découvert la troublante vérité, elle lui a demandé de brûler tous les papiers.  La suite n’a pas été facile non plus.  Retrouver une vie normale n’est pas de tout repos quand notre vie repose sur des mensonges.  Quand Marcel est décédé, Michel l’aimait.  Il ignorait que son propre père était la raison même d’une douloureuse enfance.

Michel avait réussi à sortir deux articles de l’époque sur les archives de BAnQ.  Le seul autre indice qu’il a eu se trouvait sur le site Coolopolis de mon ami Kristian Gravenor.  Sur un billet faisant état des meurtres survenus en 1977 (la pire année selon moi), il avait écrit que le couple revenait d’un spectacle sadomasochiste.  Je lui ai donc demandé où il avait eu cette information et il m’a dit que c’était dans le Allô Police, disponible seulement en microfilm.

C’est ainsi que mes recherches ont commencé.

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Allo Police, 8 février 1977

Les articles de journaux m’ont d’abord appris que Nora avait été tuée la nuit du 24 janvier 1977 à Sept-Îles dans la voiture du couple, près d’un dépotoir, après une soirée arrosée.  Marcel l’aurait ensuite emmenée à l’hôpital dans le coffre de la voiture.  Elle a ensuite succombé à ses blessures.  Les articles se contredisent, surtout quand on parle de l’enquête du coroner.  À certains endroits, on dit que l’homme a tué sa femme parce qu’elle ne voulait pas faire l’amour et ailleurs, on dit que le couple serait allé trop loin en voulant imiter un couple sadomasochiste qui se donnait en spectacle dans les bars.  C’est justement dans ce Allô Police du 8 février 1977 que les détails sont les plus scabreux et troublants.  Le reporter semble avoir été aux premières loges de l’enquête lors des témoignages.  Il y a des photos croquées sur le vif de tous les témoins, allant de la gardienne de 14 ans jusqu’à l’infirmière de l’hôpital en passant par le propriétaire du bar d’où revenait apparemment le couple.  On y montre aussi le couteau de prélart déposé en preuve.  On relate le témoignage de Marcel.  Celui-ci raconte des détails crus sur l’intimité du couple.  Il raconte même que sa femme était apparemment fragile puisqu’elle avait l’habitude d’aller à l’hôpital à la moindre gifle qu’il lui infligeait.  Une femme malade et nerveuse, disait-il…

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Photo Police, 5 février 1977

D’une exubérance peu commune, on dirait qu’il se donnait totalement en spectacle.

Mais le plus dérangeant de l’affaire, c’est de lire dans le reportage cette petite phrase en plein milieu du texte que le fameux spectacle n’avait pourtant pas eu lieu ce soir-là mais que Marcel s’était certes inspiré de celui-ci puisqu’il en aurait été spectateur plus tôt dans la semaine.  Dire que le show avait été une mauvaise influence pour ce couple était vendeur.  Cependant, une telle couverture de journal est difficilement pardonnable à une époque où un tel événement se vit dans la honte, surtout que ces spectacles étaient illégaux.  C’était peut-être même assez pour faire taire les proches qui ont peut-être vécu leur souffrance à l’ombre.  Toutefois, ce serait hypocrite de ma part de parler du contenu sensationnaliste du Allô Police sans mentionner  que ces mêmes qualificatifs font de ce journal un bijou hors du commun pour des enquêtes comme celle de Nora.  Les noms, les lieux et les détails qui y sont mentionnés me permettront d’aller plus loin, voir même rejoindre des gens malgré les décennies qui se sont écoulées depuis.

J’ai commandé l’enquête du coroner de Nora aux archives de Sept-Îles et celle de Marcel Lambert à Coroner Québec.  Habitué aux grandes surprises, Michel ne s’est pas caché avoir eu peur que je lui annonce que la mort de son père était un suicide.  Mais ce n’était pas le cas.  Il a bel et bien eu un malaise cardiaque malgré son jeune âge.  Quant à Nora, on peut y lire qu’elle est décédée de nombreux coups de couteau et que la mort est attribuable à une hémorragie interne par lacérations viscérales du cœur et du poumon gauche.  Le coroner Raymond Gaudreault tenait Marcel Lambert criminellement responsable de ce décès.  Le numéro du procès était indiqué donc je l’ai demandé aux archives.  Malheureusement, il n’a pas été conservé.

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Conclusion du coroner, BAnQ Sept-Îles

Sûre de mon coup, j’ai cherché au plumitif pénal pour cueillir celui de Marcel afin d’avoir les autres numéros de dossiers et les dates du procès.  Aucun plumitif.  J’ai fouillé une heure de temps.  Rien.  Était-ce parce que les infractions dataient d’avant 1980?  Possible mais curieux.  Était-ce parce qu’il ne serait pas le meurtrier et qu’il aurait été blanchi par la suite?  Et ce serait pour cette raison qu’il aurait pu récupérer ses garçons dès sa sortie de détention?  Pour le savoir, j’ai demandé aux archives de Québec s’il y avait déjà eu un procès en appel.  Si Marcel a eu une si petite sentence ou s’il y avait eu revirement dans l’histoire, il me semble qu’il aurait porté sa cause ou sa sentence en appel.  Les chances étaient bonnes puisqu’il s’agirait d’une cour d’appel et que ces dossiers sont généralement conservés.  Non seulement il n’y avait rien mais on m’a de plus confirmé que Marcel Lambert n’avait aucun plumitif.

A-t-il obtenu un pardon?  Ce serait surprenant.  Même à cette époque, cela prenait environ 7 ans au minimum pour l’obtention d’un pardon lors de crimes graves.  En 1979, les critères pour le pardon avaient été resserrés.  Si pardon il y a eu entre 1981 et 1988, ce serait plutôt scandaleux, compte-tenu de la petite peine qu’il a purgée.  J’ai demandé le rapport d’événement aux archives de la SQ.  J’ai reçu la lettre du traitement de ma requête mais je n’ai pas reçu le rapport.  Entre temps, Michel a sorti des souvenirs qu’on a pu investiguer.

Si peu de traces de cette histoire mais pourtant, certains détails nous permettront de vérifier beaucoup de choses.

Si vous êtes intrigués par la suite de notre enquête, surveillez la prochaine partie.

Sachez que nous sommes très ouverts à recevoir de l’information sur cet événement en toute confidentialité à historiquementlogique@hotmail.com.

 

Références

Allô-Police, 5 février 1977, microfilms à la grande bibliothèque, BAnQ

Photo-Police, 5 février 1977, microfilms à la grande bibliothèque, BAnQ

Brassard, Andrée, L’Avenir, 27 janvier 1977,  Newspapers – Google News

https://news.google.com/newspapers?nid=tkaPQYYpVKoC&dat=19770127&printsec=frontpage&hl=fr

Brassard, Andrée,  L’Avenir, 3 février 1977, Newspapers – Google News

https://news.google.com/newspapers?nid=tkaPQYYpVKoC&dat=19770203&printsec=frontpage&hl=fr

Enquête du coroner de Nora Lavallée, Dossier 77-3, BAnQ Sept-Îles

Enquête du coroner de Marcel Lambert, A-24546, Coroner Québec

Gravenor, Kristian, Coolopolis:

http://coolopolis.blogspot.com/2017/03/when-perversion-jealousy-and-violent.html#!/2017/03/when-perversion-jealousy-and-violent.html

Original du dossier de la Protection de la Jeunesse de Michel Lambert, conservé par lui-même

Photos de familles, conservées et partagées par Michel Lambert

 

L’écurie de Georges Brûlé

L’écurie de M. Brûlé, au Cap-de-la-Madeleine.

Vers 1920, c’est à Cap-de-la-Madeleine, plus précisément sur la rue Thibeau, que Georges Brûlé a construit une maison pour sa famille ainsi qu’une écurie pour y loger ses animaux. À cette époque, entre les rues Fusey et Degrandmont, on ne comptait que trois habitations. On présume que l’écurie fut érigée rapidement puisque le 6 juin 1920, le premier enfant de la famille, Lionel Brûlé, est né à l’intérieur du bâtiment neuf.

Sa fille, Liette Brûlé, habitait toujours la maison en 2002, au moment de ma recherche sur le sujet et dont une partie devait être publiée dans le livre qui souligna les 350 ans de la municipalité.[1]

Georges Brûlé était natif de Saint-Maurice. Il était marié à Maria Beaudoin, qui lui donna onze enfants, six filles et cinq garçons. Georges travaillait comme journalier à la Wabasso, du côté de Trois-Rivières. Pour sa part, Maria portait le titre de ménagère, ce qui signifiait qu’elle devait « savoir tout faire », y compris s’occuper de l’éducation des enfants.

La première fonction de l’écurie Brûlé fut d’abriter des vaches et des poules, essentiellement pour nourrir la famille. Au sommet du bâtiment, on retrouvait une grande porte servant à entrer le « foin lousse ».[2] Celui-ci était livré par de grosses voitures et déchargé par des hommes armés de fourches.

De 1935 à 1950 environ, l’écurie de monsieur Brûlé a connu une autre vie, celle de garder des chevaux en pension. Ceux-ci étaient logés et nourris pour la somme de 0.25$ par jour. Il arrivait également que Georges accepte l’échange de certains services. Les hommes qui laissaient leur monture en pension partaient ensuite travailler à Trois-Rivières, que ce soit à pied ou en autobus. À la fin de leur journée de labeur, ils récupéraient leur cheval et rentraient à la maison.

L’écurie existe toujours, bien qu’elle n’abrite plus de chevaux.

Toile réalisée par Thérèse Toutant basée sur l’écurie de Georges Brûlé. Cette toile à l’huile a été remise à un membre de la famille Brûlé.

[1] François De Lagrave, Cap-de-la-Madeleine 1651-2001, Une ville d’une singulière destinée ([Trois-Rivières]: Les Éditions du 350e anniversaire, 2002).

[2] Foin qui n’est pas pressé, ni en balle carré ni en balle ronde.