Rapport autopsie: Denise Therrien

Montréal, le 21 mai 1965

RAPPORT MEDICO-LÉGAL

De : Denise Therrien, 16 ans, Shawinigan, P.Q.

À la demande du Dr J. M. Roussel, directeur de l’Institut Médico-Légal, et du sous-inspecteur R. Masson de la Sûreté Provinciale, je suis allé assister à l’exhumation de restes humains, dans la région du Lac à la Tortue, près de Shawinigan, au cours de la soirée du vendredi 30 avril 1965. Ce cadavre était enterré dans le flanc d’une pente assez raide d’un boisé, situé à environ 1 milles du rang St-Mathieu. Ce squelette, enterré sous quelque 1 ½’ de terre plus ou moins sablonneuse et noire, traversée par de multiples racines, reposait allongé sur le dos, la tête vers la rivière St-Maurice (ouest). Après avoir constaté qu’il s’agissait bien d’ossements humains, tout ce bloc de terre plus ou moins gelée, contenant ces restes, fut déposé dans une boîte métallique de la maison funéraire St-Ours de Shawinigan. À ce moment, il était 9.30 heures P.M. Au cours de cette même soirée, une voiture de la Morgue St-Ours, escortée par des policiers provinciaux, transportait le tout à la Morgue de Montréal. D’après le régistre [sic], le cadavre y serait arrivé vers 1.15 A.M., le 1 mai 1965.

Toute l’opération était dirigée par le sous-inspecteur R. Masson, de la Sûreté Provinciale. Le Dr L. P. Janelle de St-Boniface et Me L. Lamothe de Shawinigan y assistaient. Plusieurs limiers provinciaux ont participé activement à cette exhumation : les sergent D. Viau, R. Gilbert, les caporaux P. Roy et R. L’Heureux ainsi que les agents C. Courchesne et plusieurs autres. Le caporal R. L’Heureux a pris plusieurs photographies au cours des manœuvres.

Selon les informations policières, ces restes humains pouvaient être ceux de Denise Therrien, de Shawinigan, âgée de 16 ans lors de sa disparition le ou vers le 8 août 1961.

À la morgue de Montréal, au cours du début de l’après-midi du samedi 1er mai 1965, j’ai commencé à présider au dépuillement [dépouillement] de ces restes squelettiques, Me J. Ducros, assistant procureur général adjoint et le sous-inspecteur R. Masson étaient présents. Ces premières constatations nous ont révélé :

  1. Une montre-bracelet pour dame, au poignet gauche. Le cadran indiquait 3.37 heures. L’avant-bras gauche était fléchi sur la poitrine vers la tête.
  2. Des restes de souliers de toile ou de matière similaire, à semelles de caoutchouc, placés près de la jambe gauche. Des œillets de ces souliers furent également retrouvés à cet endroit.
  3. Des bas de laine ou matière similaire : le bas gauche allait tout près du genou. Par ailleurs, le bas droit était roulé près de la cheville.
  4. Le membre supérieur droit était en place et en extension le long du corps.
  5. Des fragments d’une gaine-culotte, vraisemblablement en place, partiellement décomposés.
  6. Des lambeaux d’un jupon-crinoline, relevé à la ceinture ou à peu près.
  7. Des lambeaux de brassière avec quelques parties métalliques, le tout sur la poitrine ou près.
  8. Un crâne démontrant plusieurs fractures antérieures et latérales. Le crâne était entouré d’une épaisse couche de terre, enlevée délicatement. Cette terre était gelée le soir de l’exhumation. Il faut ajouter que toute la terre enlevée autour du squelette était traversée par de nombreuses racines d’arbustes et d’herbages.

Au cours de l’après-midi du 3 mai 1965, j’ai continué avec l’aide des Drs R. C. Lachance et I. Kerner et plusieurs limiers provinciaux, dirigés par le sous-inspecteur R. Masson. D’autres photos des restes furent prises par le caporale R. L’Heureux de la Sûreté Provinciale et par M. A. Paré, photographe attaché à l’Institut Médico-Légal. Le squelette entier fut libéré et la terre environnante fut examinée minutieusement par les limiers.

Des boutons bleus furent retrouvés ainsi qu’une boucle, vraisemblablement de ceinture de robe. Quelques fragments de linge bleu foncé ont également été récupérés.

Tous les vêtements et objets retrouvés furent confiés au sous-inspecteur R. Masson.

Les jours suivants, j’ai examiné les os de plus près pour tenter d’établir le sexe, la taille, l’âge, la denture ainsi que les particularités du crâne.

Le squelette entier, complètement dépouillé, pesait 3,315 grammes, soit quelque 7,3 livres.

  1. Il s’agissait d’un squelette féminin, selon la configuration générale des os du bassin. L’index ischio-pubien était au voisinage de 90% avec des échancrures sciatiques de 80 [degrés]. Le crâne était également du type féminin.
  2. D’après les mensurations des os longs et plusieurs calculs avec deux tables différentes, la taille devait être entre 5’ et 5’2. Ceci n’est qu’une approximation d’après des moyennes et peut varier pour un individu en particulier.
  3. L’âge, d’après les points d’ossification était inférieur à 20 ans et supérieur à 15 ans.

En effet, il y avait fusion des os du basson dans l’acétabulum et fusion de l’olécrâne, de la tête fémorale, du grand trochanter, du radius supérieur : ce qui se produit généralement chez la jeune fille, vers 14-15 ans. Par ailleurs, la crête iliaque n’était pas complètement soudée : ce qui habituellement se produit vers 20 ans. L’acromion était soudé : ce qui arrive vers 17 ans.

Le radius inférieur n’était pas complètement soudé : ce qui arrive vers l’âge de 18 ans.

Donc, âge squelettique supérieur à 15 ans et inférieur à 20 ans, avoisinant 17 ou 18 ans.

  1. La denture était la suivante : au maxillaire supérieure, seules les troisièmes molaires ou dents de sagesses, manquaient. Au maxillaire inférieur, les 2ème et 3ème molaires manquaient des deux côtés. Les deuxième molaires inférieures ont pu avoir été extraites des mois avant le décès.

Six dents démontraient des obturations métalliques : les deux premières molaires inférieures, une de chaque côté, avec des petits points d’obturation supplémentaire externe; la 2ème prémolaire droite supérieure, les deux molaires droites supérieurs ainsi que la 1ère molaire gauche supérieure. La deuxième molaire supérieure gauche présentait une certaine carie. Donc dents naturelles, 26, dont 6 obturées et probablement deux extractions non récentes.

  1. Le crâne présentait plusieurs traits de fracture avec enfoncement, surtout à l’avant droit et gauche. Il y en avait également sur les côtés et à la base du crâne postérieur.

Aucune autre fracture ne fut décelée ailleurs, sur le squelette.

Les fractures du crâne indiquaient, à mon avis, des impacts violents à la tête pouvant être bien suffisants pour causer la mort.

RÉSUMÉ

Le squelette exhumé du bois de la région du Lac à la Tortue, le 30 avril 1965, était un squelette humain, du sexe féminin, ayant approximativement 17 ans, dont la taille pouvait être entre 5’ et 5’2. Ce squelette était encore partiellement vêtu de certains vêtements féminins et le crâne démontrait plusieurs fractures, suffisamment importantes pour avoir été, avec les séquelles, la cause du décès.

J. P. Valcourt, M.D.

Pathologiste Médico-Légal.

P-20 ou P-10

 

 

 

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