Revue de presse, 1969-1995

C’est en feuilletant les pages du Le Nouvelliste au matin du 8 novembre 1969 que les citoyens de la Mauricie ont appris la disparition du sergent-détective Louis-Georges Dupont, 45 ans. Un article y spécifiait que le policier était disparu à bord de sa voiture de service « vers les 8h30 pour mener une enquête à l’extérieur de la ville. Sa famille et ses supérieurs, le directeur intérimaire Roland Poitras et le capitaine Georges Gagnon, chef de la Sûreté, sont sans nouvelle du sympathique limier depuis qu’il est parti dans une automobile verte de marque Chevrolet, modèle 1965, soit le véhicule dont il se sert habituellement dans l’exercice de ses fonctions. »[1]

Annonce de la disparition dans Le Nouvelliste, le 8 novembre 1969.

Fernand Gagnon, l’auteur de ce billet, tenta de trouver des réponses à cette disparition en expliquant que Dupont « venait de reprendre le travail après trois semaines de repos, dont deux semaines de vacances régulières. Jamais auparavant, lorsqu’il avait à s’absenter durant un jour ou deux pour les fins de ses enquêtes, il n’a omis de communiquer par téléphone avec son épouse. Madame Dupont a commencé à s’inquiéter dès mercredi soir, quand elle a constaté que son mari n’appelait pas. Depuis quelque temps, le sergent-détective Dupont était sous les soins du Dr Raymond Létourneau, souffrant d’une fatigue nerveuse et même de dépression. »[2]

C’est à la fin de l’après-midi du 7 novembre que le directeur-adjoint Roland Poitras avait confirmé publiquement la disparition « en déclarant qu’il entretenait une grande inquiétude devant ce fait troublant, tout en exprimant le vœu que les efforts conjugués de ses policiers et de ceux des corps de police des villes environnantes, y compris La Tuque, Montréal et Québec réussissent à éclaircir ce mystère d’ici quelques jours au plus tard. »[3]

Quant au contexte, on sentait bien que l’espoir de le retrouver vivant s’amenuisait car « depuis un certain temps, il se sentait épuisé et déprimé, à la suite d’un surcroît de travail que tous les membres de la Sûreté ont eu sur les bras, à cause de toutes les plaintes et de tous les dossiers accumulés pendant la durée de l’enquête de la Commission de police du Québec sur la police municipale trifluvienne. »[4]

Le mardi 4 novembre, c’est avec l’approbation de son supérieur, le capitaine-détective Georges Gagnon, qu’il avait à nouveau pris congé. Le mercredi 5 novembre, il « arrive à son bureau à l’heure habituelle, soit vers 8 heures, mais on a remarqué par la suite que contrairement à son habitude, il n’avait pas « poinçonné » sa carte de temps. Le même jour, vers 8h30 du matin, il prend l’auto verte de la police, celle dont il se sert habituellement, et part vers l’extérieur de la ville, dans le but de conduire une enquête. »[5]

C’est apparemment la dernière fois qu’on devait le voir vivant.[6]

La Commission de police du Québec (CPQ), qui avait pour mission d’enquêter sur les corps policiers afin d’uniformiser leur efficacité, était venue investiguer à Trois-Rivières lors d’audiences tenues entre le 12 août et le 19 septembre 1969. Cette commission d’enquête s’était déroulée dans un contexte peu orthodoxe puisque des rumeurs circulaient depuis un certain temps à propos du milieu de la prostitution. Voilà pourquoi le directeur Poitras fut questionné à savoir si cela pouvait avoir un lien avec la disparition de Dupont. Celui-ci « a dit qu’il avait la conviction profonde qu’il n’existe aucun lien entre le départ mystérieux du sergent-détective Ls-Georges Dupont et la récente enquête sur la police municipale. M. Dupont fut appelé à rendre témoignage comme la plupart de ses confrères-limiers, mais de répéter le « chef » Poitras, il est futile de chercher à faire un rapprochement avec cet événement tragique et l’enquête présidée par le juge Gosselin. »[7]

Dans son article, le journaliste a commis quelques erreurs. Par exemple, il débute en soulignant que la disparition remontait au matin du 4 novembre. Plus loin, il se reprenait au moment de reconstituer les faits, précisant alors qu’il s’agissait plutôt du mercredi 5 novembre. Quant à la description du disparu, il l’a dépeint comme un homme de 42 ans alors qu’il en avait 45. Selon la famille, il commit aussi l’erreur de décrire ses yeux bruns alors qu’ils étaient bleus; qu’il mesurait 5 pieds et 10 pouces alors que ses proches le connaissaient comme un homme de 6 pieds.

Autre détail qui pouvait faire craindre le pire, Gagnon a senti le besoin de mentionner que Dupont « avait sur lui son revolver chargé, comme c’est l’habitude pour les détectives. »[8] Il fournit également à ses lecteurs le numéro de plaque de la voiture (7C-6018), dans l’espoir que les citoyens de la Mauricie puissent venir en aide aux policiers.

Le 10 novembre 1969, le quotidien de Québec Le Soleil s’intéressait à l’affaire en fournissant correctement l’âge du policier tout en précisant qu’on le recherchait « à travers toute la province » et que la dernière fois qu’on l’avait vu, au poste de police No. 1, il avait « déclaré avant de partir qu’il allait effectuer une enquête. »[9] On y reprit le fait qu’il n’avait pas poinçonné sa carte de temps et qu’il était armé. De plus, « Le capitaine-détective Georges Gagnon a déclaré que le sergent Dupont souffrait de fatigue nerveuse et que deux jours avant sa disparition le médecin de ce dernier lui avait recommandé de prendre un repos. La police a commencé ses recherches mercredi soir […] »[10]

Le même jour, c’est en page 27 de La Presse que la nouvelle se répandit par écrit à l’effet que « Les recherches se poursuivent dans la métropole dans le but de retracer un policier de Trois-Rivières souffrant de dépression nerveuse qui est disparu depuis mardi dernier. »[11] On y ajouta que, selon Roland Poitras, Dupont lui était apparu « visiblement épuisé. » Tout comme le quotidien de la Vieille Capitale, La Presse ne fit aucune erreur quant à l’âge du disparu.

À Trois-Rivières, Fernand Gagnon évoqua les recherches déployées pour retrouver le policier. La disparition se prolongeait « à tel point qu’il faut maintenant envisager les plus tragiques hypothèses. C’est pour cette raison, afin de ne laisser de côté aucun aspect du mystère, que le directeur adjoint Poitras a même ordonné que l’on entreprenne dès ce matin certaines fouilles dans le fleuve St-Laurent, en face des quais du port. »[12] Il était prévu que l’homme-grenouille de la police trifluvienne, Roland Cardinal, s’occuperait de cette partie des recherches.

Certes, il y eut des recherches sérieuses puisque Gagnon soulignait les « efforts conjugés [sic] des corps policiers de toute la province, de parents et d’amis du disparu. Au cours de la journée de samedi, le beau-frère du sergent détective Louis-Georges Dupont s’est rendu dans la région de la Mattawin, en collaboration avec des policiers de Trois-Rivières et de La Tuque. Mme Dupont s’est souvenue en effet que son époux lui avait dit tout récemment, au cours d’un voyage à La Tuque, que la région de la Mattawin serait un endroit idéal pour bien se reposer. Des chercheurs ont visité tous les motels, tous les camps de bûcherons ou de pêche et chasse, sans rien trouver du passage possible du limier trifluvien. Dimanche après-midi, M. Jacques Gendron, propriétaire de La Perruque Inc., 1632 rue Royale, dont M. Dupont serait l’associé en affaires, a nolisé un avion pour survoler, en compagnie de M. Léo Valois, tout le territoire de la Mattawin et du Haut St-Maurice. »[13]

Sans verser immédiatement dans des conclusions – et cela afin de ne pas brouiller l’esprit du lecteur quant à la chronologie des événements –, soulignons tout de même qu’on reprochera aux policiers de Trois-Rivières de ne pas avoir confié l’enquête à la Sûreté du Québec en 1969. Or, l’article de Fernand Gagnon précisait que « le chef Poitras a fait appel à la coopération de la Sûreté du Québec, à laquelle il a demandé de vérifier un indice, ou une piste, qui voulait que le policier trifluvien ou son auto verte, de marque Chevrolet 1965, ait été vue dans la région de Roberval. Jusqu’à présent, cette piste n’a rien fourni de valable. »[14]

Le détective Jean-Marie Hubert avait effectué d’intensives recherches dans la région de Montréal, mais encore une fois sans résultat. Gagnon rappela que « lorsqu’il devait rentrer au foyer tard ou ne revenir qu’après un jour ou deux à la suite d’enquêtes, M. Georges Dupont communiquait toujours par téléphone avec son épouse. »[15]

Quoiqu’il qualifiait Dupont de « sympathique membre de la Sûreté locale », le journaliste trifluvien continua de traîner son erreur quant à son âge. De plus, comme si cette affaire était prédestinée à la controverse et aux rumeurs invérifiables, le même article ajoutait que Poitras « a même déclaré que le lieutenant-détective Hubert n’a eu aucune difficulté à démolir une rumeur lancée par un poste de radio, de l’extérieur, avons-nous compris, insinuant que le disparu serait parti avec une jeune fille, apparemment portée disparue vers le même temps. Après une sérieuse enquête, a dit le chef Poitras, M. Hubert était en mesure de nier non seulement cette rumeur, mais d’affirmer que la jeune fille dont il pouvait être question n’était même pas disparue. »[16]

Cette rumeur, toutefois, allait refaire surface 27 ans plus tard. Mais, en 1969, cette histoire n’a pas empêché Poitras de déplorer « que de telles rumeurs soient lancées sur les ondes – ou autrement – sans même l’apparence d’un fondement sérieux. « La situation est assez pénible comme cela pour la famille Dupont, et pour les camarades policiers du disparu, sans que l’on cherche à troubler les esprits davantage avec de fausses prétentions », a dit M. Poitras, sur un ton qui trahissait son émotion et son indignation. »[17]

Encore une fois, il semble que l’aspect dépressif du personnage ait pris une place importante puisque le journaliste apporta cette autre précision : « M. Poitras a rappelé que le sergent détective Louis-Dupont était reconnu comme un homme sobre, un honnête travailleur, un policier consciencieux. Depuis quelque temps, il souffrait de fatigue nerveuse et même d’un état dépressif assez grave pour l’obliger à prendre un repos de trois semaines, sur l’ordre de son médecin, le Dr Raymond Létourneau. »[18]

Or, Fernand Gagnon a vraisemblablement écrit cet article en fin de journée le 9 novembre. Le texte devait paraître quelques heures plus tard dans Le Nouvelliste, aux petites heures du matin du lundi 10 novembre. Il était loin de se douter que le corps de Dupont serait retrouvé peu de temps après dans sa voiture de service.

Bien sûr, c’est dans Le Nouvelliste distribué au matin du 11 novembre qu’on retrouve les informations concernant la découverte du corps. Encore une fois, c’est Fernand Gagnon qui s’est chargé d’écrire que le véhicule a été retrouvé « à quelque 1,000 pieds de la route conduisant à St-Étienne-des-Grès. Le sympathique limier gisait sans vie sur la banquette avant de la Chevrolet […] Un message à l’adresse de son épouse et de ses quatre enfants avait été laissé sur le pare-soleil du pare-brise de la voiture verte […] Nous nous abstenons de révéler le contenu de cette note, à cause de son caractère personnel. Sur le plancher de l’automobile, on a trouvé l’arme de calibre .38 que le sergent Dupont portait habituellement sur lui dans l’accomplissement de ses assignations de détective municipal. Le directeur adjoint Poitras a révélé la tragique découverte, à 14h. […] au cours d’une conférence de presse. »[19]

Lors de cette conférence, Poitras a déclaré : « Nous vous avons convoqué pour vous faire part d’une bien triste nouvelle pour la famille Dupont en tout premier lieu, mais aussi pour tous les membres du corps de police et des pompiers : la mort de notre estimé compagnon de travail, le sergent-détective Louis-Georges Dupont. »[20]

Toujours selon la même source, c’est le policier patrouilleur Georges Marquis qui avait fait la découverte vers « 11h » alors qu’il effectuait une ronde à bord de son auto-patrouille. On a aussi constaté que la « montre automatique » du défunt « indiquait la date du 7 novembre et marquait 2 heures, alors qu’elle s’était arrêtée. »[21]

Outre ces informations, on avait fait appel à la morgue de Julien Philibert afin de disposer du corps, sans compter que « l’examen des médecins légistes déterminera la cause et l’heure du décès du sergent Dupont. « Officieusement, a dit le chef Poitras, on croit qu’elle remonte à la nuit de mercredi à jeudi, mais un rapport qui sera communiqué au coroner du district, Me Marcel Chartier, établira tous ces faits d’une façon officielle. »[22]

Au cours des comptes rendus médiatiques qui apparaîtront en 1993, on a rarement eu droit à la version policière de ce triste épisode, alors que l’article de Gagnon nous permet de comprendre que « Le directeur-adjoint a mentionné qu’il s’est chargé lui-même de la pénible mission de prévenir la famille du défunt, dont il connaît l’épouse depuis quelque 35 ans. Il a relaté aux journalistes, qu’en arrivant au domicile de la famille Dupont, il a dit tout simplement, non sans une vive émotion, « Ma pauvre Jeanne-d’Arc, nous avons retrouvé ton mari : il est mort. »[23]

Encore une fois, il fut question du surmenage causé par les enquêtes accumulées en raison du fait que les policiers avaient été retardés par leurs comparutions devant la Commission de police. De plus, l’article de Gagnon fut l’occasion de souligner que Dupont avait fait son entrée dans la police le 14 novembre 1949 avant d’être intégré à la sûreté (section des enquêtes) comme détective le 11 février 1958 et promu au grade de sergent-détective le 1er juin 1961. Sur ce, Poitras a ajouté : « C’est une carrière de 20 ans au service de la protection publique qui vient de prendre fin d’une façon tragique. »[24]

La découverte du corps a aussi fait l’objet d’un article dans La Presse, qui prétendait de manière erronée que Poitras avait annoncé la triste nouvelle à la veuve vers 14h30, alors que cette heure correspondait plutôt avec celle de la conférence de presse. Parmi les informations supplémentaires qu’on ne trouve pas dans le quotidien de la Mauricie : « À Montréal, le Dr Jean Hould, au laboratoire de médecine légale de la province, qui a pratiqué l’autopsie, a déclaré, en fin de soirée, que le sergent-détective Dupont avait succombé après qu’une balle de revolver de calibre .38 lui eut perforé le cœur. »[25] On y mentionnait aussi qu’après l’autopsie le corps avait été ramené à Trois-Rivières.

Quant aux faits qui ont précédés la disparition, le journaliste de La Presse apportait les détails suivants : « Le policier avait repris son travail lundi 3 novembre après une absence d’un mois, soit deux semaines de vacances et deux autres de repos[26]. À son retour au travail, il avait souligner [sic] à son supérieur, le capitaine Georges Gagnon, qu’il était en forme pour reprendre ses activités. Le capitaine Gagnon, selon les propos qu’il nous a tenus hier après-midi, lui avait alors répondu qu’il était le bienvenu et qu’il avait du pain sur la planche. Les plaintes et les dossiers s’étaient accumulés, à la suite de l’enquête de la Commission de police trifluvien [sic], et les limiers en avaient plein les bras. Au moment même de la macabre découverte, des chercheurs s’apprêtaient à ratisser le fleuve Saint-Laurent à proximité des quais de Trois-Rivières, dans l’espoir de retrouver le disparu. Pendant ce temps, à Montréal, le lieutenant-détective Jean-Marie Hubert et le détective Lawrence Buckley, arrivés dans la métropole depuis 11 hres vendredi matin, prétendaient tenir des indices valables selon lesquels leur collègue disparu aurait été vu dans certains établissements du secteur situé à l’angle des rues Saint-Hubert et Maisonneuve. Plusieurs enquêtes avaient effectivement conduit le sergent-détective Dupont dans la métropole. »[27]

Pour sa part, Le Soleil rapporta de manière inexacte que « Les enquêteurs ont constaté que le sergent Dupont avait été tiré au moins une fois dans la tête. »[28] Le quotidien de la Vieille Capitale répéta finalement l’erreur commise par Le Nouvelliste quant à son âge, alors que la veille ce détail était correct.

Le soir même de la découverte, le conseil de ville transmit ses condoléances à la famille éprouvée. En fait, c’est « à la suggestion de son doyen, le conseiller Fernand Goneau »[29] que le conseil de ville a fait cette marque de sympathie envers la famille Dupont. « La résolution de condoléances a été présentée et adoptée à l’unanimité, à l’issue de l’assemblée publique tenue par nos édiles lundi soir, quelques heures après la découverte, par le policier Georges Marquis, du poste No 3 du corps inanimé du limier de 45 ans […] »[30]

Encore une fois, on souligna le fait que la disparition « avait fait l’objet d’intensives recherches à la grandeur de la province […] Selon la coutume, c’est le greffier municipal M. Georges Beaumier, qui a rédigé et transmis le message de condoléances du conseil de ville à la famille Dupont. »[31]

Dans Le Nouvelliste du 13 novembre, la rubrique nécrologique mentionnait l’adresse du défunt (1775 de la Jonquière), en plus de spécifier que « Les funérailles auront lieu jeudi le 13 courant, à 2h30 p.m., en l’église Ste-Marguerite. La dépouille mortelle est exposée aux salons Julien Philibert, 1700 rue Pelletier, Trois-Rivières. L’inhumation aura lieu au cimetière St-Michel. » Selon cette rubrique, on considérait qu’il était mort le 10 novembre.

Les funérailles se déroulèrent effectivement dans l’après-midi du 13 novembre. Selon l’article de Jean-Paul Arsenault paru le lendemain, c’est l’abbé Jean Gagnon qui a présidé la célébration, à laquelle assistèrent « plusieurs centaines de fidèles. »[32] Parmi les personnes présentes, outre ses collègues policiers, on retrouvait le gérant de la ville Roger Lord, les conseillers municipaux Aimé Lefrançois, Léo Pidgeon et Fernand Goneau. Les capitaines Wilson Massicotte, le directeur-adjoint Roland Poitras et le capitaine Émile Barbeau avaient aussi tenus à lui rendre un dernier hommage. Pour souligner l’émotion qui régnait au sein des policiers – un sujet très peu abordé par la suite – Arsenault écrivit : « Dans les rangs serrés de policiers qui entouraient le défunt, çà et là une larme qui ne pouvait être retenue. On a beau être « homme », la perte d’un copain de la trempe de Louis-Georges Dupont blesse profondément. »[33]

Dans le controversé hebdomadaire Photo-Police, on retrouvait un titre choc qui se démarquait des autres journaux : « Le sergent détective Dupont aurait-il été forcé de se suicider? »[34] En dépit de ce que peut aujourd’hui laisser entendre un tel titre, le reste de l’article ne fait aucunement mention d’une hypothèse de meurtre, mais plutôt de la possibilité que « Dupont subissait des pressions de la part de la pègre montréalaise ce qui l’aurait forcé à se suicider. Des rumeurs en ce sens avaient couru au cours de la semaine dernière à Montréal. Il [Hubert] admet que parmi les personnes interrogées, il s’en trouvait du sexe féminin. »[35]

Le 3 décembre 1969, sous la rubrique Place de l’hôtel de ville, on apprenait ceci : « Les bénéfices marginaux dûs [sic] à M. Louis-Georges Dupont au moment de son décès s’élèvent à $3,033.50. Le conseil a accepté le versement de ce montant à la veuve de l’ex-détective. »[36]

Dans l’édition du lendemain, les mauriciens apprirent qu’un « verdict de mort purement accidentelle a été rendu, mardi soir, par Me Marcel Chartier, coroner du district à l’issue d’une enquête tenue à la morgue de la maison Julien Philibert, dans le cas de la mort du sergent-détective Louis-Georges Dupont […] Tenant compte des témoignages, le coroner a admis que le sergent-détective Louis-Georges Dupont s’est donné la mort, mais a décidé de rendre un verdict de mort accidentelle plutôt qu’un verdict de suicide dans le sens du code criminel, à cause de l’état profondément dépressif dans lequel il se trouvait au moment de sa mort. « Dans ce cas-ci, il n’y a pas eu crime. Dans les circonstances, le sergent-détective Louis-Georges Dupont n’avait pas son esprit à lui. Je n’en conclus pas à un suicide comme dans le code criminel. J’en conclus à un malheureux accident. Il n’y a pas eu suicide dans le sens du code criminel », a déclaré le coroner Marcel Chartier […]. »[37]

Selon le même article, le policier Georges Marquis a été entendu comme témoin, tout comme la veuve, le fils aîné Jacques Dupont, Léo Valois, et Jacques Gendron, ainsi que le Dr Raymond Létourneau. Leurs dires furent qualifiés de « témoignages fort significatifs. » Ces témoins « ont décrit l’état de trouble moral et la détresse du sergent-détective Louis-Georges Dupont peu avant sa mort. Le Dr Raymond Létourneau a raconté que le policier l’avait consulté en juillet, et en octobre derniers et l’avoir trouvé déprimé au point de lui avoir conseillé de consulter un psychiatre. Le médecin a dit que M. Dupont lui avait confié qu’il se fâchait pour des riens et avoir certains troubles personnels, et que son client avait refusé de consulter un psychiatre craignant de perdre sa position. »[38]

Rubrique nécrologique parue à l’automne 1970.

En ce qui concerne les autres témoins, « M. Léo Valois et l’ami, M. Jacques Gendron, ont abondé dans le sens de l’épouse du disparu dans leurs témoignages en disant avoir trouvé que M. Dupont n’avait plus son comportement normal la dernière fois qu’ils lui ont parlé, à l’occasion de la visite personnelle de ce dernier à chacun d’eux. »[41] André Gingras, photographe pour la police municipale, a également témoigné pour déposer les photos en preuve, de même que Clément Massicotte, que le journaliste prénommait faussement « Fernand ».Quant au témoignage du fils aîné, « Jacques Dupont, 19 ans, a relaté avoir vu son père vivant pour la dernière fois le cinq novembre dernier, lui avoir parlé la veille au soir et l’avoir trouvé jongleur.[39] Quant à Mme Dupont, elle a dit que les trois ou quatre derniers jours précédent[s] sa disparition, il n’était pas le même et avoir appris par hasard qu’il était malade, en recevant un compte de médecin. « Il ne parlait plus; il ne se confiait plus » a dit Mme Louis-Georges Dupont. »[40]

Le 29 décembre 1969, la CPQ déposa son rapport. Celui-ci faisait plusieurs recommandations sur lesquelles nous reviendront plus en détails dans un autre chapitre. Retenons toutefois que l’une d’elles recommandait le renvoie des détectives Jean-Marie Hubert et Paul Dallaire. Dans la soirée du 12 janvier 1970, c’est « Par une motion proposée, secondée et adoptée à l’unanimité » que le conseil municipal « a entériné officiellement l’une des principales recommandations du « rapport jaune » de la Commission de police du Québec sur les activités de la police trifluvienne et de la prostitution, en ordonnant le congédiement du lieutenant détective Jean-Marie Hubert et du sergent-détective Paul Dallaire […] »[42] De plus, le capitaine-détective Georges Gagnon était permuté dans la police municipale comme lieutenant.

Par ailleurs, on sent que les conseillers municipaux n’ont pas suivi non plus à la lettre les recommandations du rapport de la CPQ. En effet, ce rapport « avait suggéré des mesures disciplinaires plus drastiques concernant le cas du capitaine-détective Gagnon. Toutefois, il faut admettre que les membres du conseil de ville aient été enclins à voir le cas Gagnon dans une optique différente que les enquêteurs de la Commission de police du Québec, parce qu’ils savaient dans quelles circonstances il avait été hissé à la tête de la Sûreté municipale et qu’ils reconnaissaient que l’officier de police Gagnon n’avait pas été placé dans la situation idéale pour bien diriger son service et en prendre le contrôle. »[43]

Le tout s’est déroulé « devant une assistance assez nombreuse mais qui ne remplissait qu’à demi la salle publique du conseil municipale. L’assistance a été paisible et n’a réagi d’aucune façon marquée à la décision prise par nos édiles au sujet des trois officiers de la Sûreté. »[44] Selon le reporter Fernand Gagnon, cette décision avait ramené une sérénité au sein du conseil municipal. Toutefois, celui-ci spécifiait qu’une rencontre à huis clos avait eue lieu au cours de l’après-midi du 12 janvier. C’est alors qu’il a été question du « rapport confidentiel, qui était adressé au ministre de la Justice Rémi Paul et dont copies avaient été envoyées à Trois-Rivières, est revenu sagement à Québec sur l’ordre du ministre de la Justice lui-même. Ce dernier a commenté, hier soir, toutes ces questions d’enquête sur la police à Trois-Rivières de rapport public et de rapport confidentiel. Il a dit, entre autres choses : « Évidemment, le rapport confidentiel du moins l’essentiel de son contenu, sera révélé éventuellement à la population de Trois-Rivières. Il a promis de le faire dans un avenir très rapproché… « Plus vite qu’on ne le pense », a-t-il dit. »[45]

Mensonge politique? Quoi qu’il en soit, le rapport confidentiel, aussi appelé partie 2, ne serait pas dévoilé du vivant de Rémi Paul. Son contenu nominatif – il liste les noms de 43 prostituées – nécessitait un scellé de longue durée. En fait, les trifluviens allaient devoir attendre jusqu’en 1996 pour en connaître le contenu. Nous y reviendrons.

Dans la rubrique nécrologique du Le Nouvelliste, paru le 30 octobre 1970, le nom de Dupont refit surface afin de souligner le premier anniversaire de sa mort. On y retrouvait une photo suivie de ce texte : « Dupont, Louis-Georges (Jack) – Le 5 novembre 1970 à 4h15 en l’église Ste-Marguerite de Trois-Rivières, sera chantée la Messe-anniversaire pour le repos de l’âme de Louis-Georges Dupont (Jack), ex-détective, décédé le 5 novembre 1969. Parents et amis sont priés d’y assister. »

Notons au passage deux détails : cette rubrique révèle son surnom en plus d’accepter le 5 novembre comme date de décès.

Par la suite, il se passerait de nombreuses années avant que le nom de Dupont réapparaisse dans les journaux.

Gain de cause pour Paul Dallaire et Jean-Marie Hubert

Le 11 février 1970, à peine un mois après leur congédiement, un tribunal d’arbitrage ordonnait la réintégration de Dallaire et Hubert. La Ville de Trois-Rivières se serait-elle montrée injuste envers eux?

Le 26 novembre 1973, Hubert et Dallaire obtenaient encore gain de cause en haute instance. Pourtant, la Ville de Trois-Rivières continua de maintenir ses positions. Le 29 mars 1974, on apprit que Dallaire et Hubert remportaient encore la partie puisque la Cour d’appel « a décrété hier que la ville de Trois-Rivières doit reprendre à son service les détectives Jean-Marie Hubert et Paul Dallaire, deux policiers congédiés le 12 janvier 1970 à la suite d’une enquête faite par la Commission de police à l’automne 1969. C’est la troisième fois depuis le double congédiement que les détectives obtiennent gain de cause. »[46]

Peu après leur double congédiement, « un tribunal d’arbitrage du ministère du Travail présidé par Me Jules Brière à Québec […] avait conclu : « On s’est montré trop sévère à leur égard! » – Nous ordonnons la réintégration de M. Dallaire dans ses fonctions de sergent-détective avec tous les avantages que lui confèrent la loi et la convention collective. Le tout à effet rétroactif à partir de la date du congédiement, sauf pour une période de trois mois. »[47] Pour Hubert, même verdict. À l’exception qu’il lui faudrait réintégrer le corps policier au grade de sergent.

Le conflit ayant opposé les détectives de Trois-Rivières au conseiller municipal Gaston Vallières – Dupont avait appuyé ses confrères au printemps 1969 lors d’une poursuite intentée contre Vallières – se continuait. « Le conseiller Gaston Vallières, à l’origine de l’affaire Dallaire-Hubert a affirmé hier que sa position demeurait la même à l’endroit des deux policiers qu’il ne désire pas voir réintégrer leurs postes. »[48] Vallières espérait que la Cour supérieure reprenne les procédures. « M. Vallières rappelle que le conseil municipal n’a fait que suivre la recommandation de la Commission de police du Québec qui avait tenu à Trois-Rivières une enquête retentissante. »[49]

Le 30 mars 1974, Dallaire et Hubert acceptaient de se confier à Jean-Paul Arsenault. Le journaliste, qui avait largement couvert les faits entourant l’enquête de la CPQ en août et septembre 1969, s’avoua ému de revoir les deux anciens détectives qui se croyaient maintenant réintégrés dans la police. En fait, les deux hommes avaient les yeux dans l’eau. Hubert lui a confié : « Moralement, physiquement, on nous a brûlé. »[50] Et Dallaire d’ajouter : « Un cauchemar de quatre ans, deux mois et seize jours vient de prendre fin. »[51]

Jean-Marie Hubert (à gauche), Paul Dallaire et Jean-Paul Arsenault en 1974.

Hubert confia à Arsenault qu’après son congédiement de 1970 il s’était retrouvé sans aucun revenu, ni le moindre accès à l’assurance-chômage et cela après plus de 20 ans dans l’un des métiers les plus ingrats. « Jusqu’à mon garçon, alors commis-voyageur dans la région trifluvienne, qui en a souffert. Des insultes à la pelle qui l’ont contraint à lâcher son gagne-pain pour aller tenter sa chance à Drummondville où il lui en a coûté environ $8,000. Après quoi, il est revenu végéter ici jusqu’au temps où il trouve un emploi dans une usine à papier dernièrement. »[52]

Hubert lui-même avait dû s’improviser vendeur sur la route, réparateur de brûleurs à l’huile et pompiste de nuit afin de gagner quelques sous. Et encore, des clients avaient fini par convaincre son patron de la station-service de le limoger. Hubert et Dallaire soulignaient qu’on les jugeait sans savoir, au point de parler de mauvaises langues.

Cet article détonne face aux allégations qui allaient ensuite s’abattre sur eux. Et si les deux hommes avaient raison? Et si on avait été trop sévère envers eux? Après tout, aucune accusation au criminel n’a jamais été déposée contre eux en lien avec les événements de 1969.

En 1977, Jean-Marie Hubert fit à nouveau la manchette, sans son collègue cette fois. Il venait d’être « traduit devant un juge de la cour des sessions de la paix du district judiciaire de Trois-Rivières »[53] afin de nier sa culpabilité dans une affaire de méfait public. « Il a comparu devant le juge Roch Lefrançois de Québec où il a nié avoir fait entreprendre une fausse enquête à des policiers alors qu’il aurait déclaré que son véhicule avait été volé quoique tel n’aurait pas été lé [sic] cas. Accompagné de son procureur Me Marcel Chartier, Jean-Marie Hubert a choisi un procès devant un juge et douze jurés, et la date de son enquête préliminaire a été fixée au quatre novembre. […] L’infraction reprochée à l’ex-lieutenant-détective remonterait au 30 octobre 1976. »[54]

On perd ensuite sa trace. En 1978, on retrouve un Jean-Marie Hubert – sans pouvoir prouver à 100% qu’il s’agisse du même homme – propriétaire du garage M. Débosseur Enr. Situé au 1371 boul. Ste-Marguerite à Trois-Rivières.

Ce qui est sûr, c’est que « le 17 février 1975, le maire Gilles Beaudoin approuvait une résolution selon laquelle la Ville de Trois-Rivières versait 107 500$ à Me Mario Létourneau, avocat de Jean-Marie Hubert et de Paul Dallaire. »[55] La municipalité avait-elle, finalement, fait le choix d’acheter la paix?

Le 3 mars 1975, on versa 40 000$ à Dallaire et 60 000$ à Hubert pour atteinte à la réputation, troubles familiaux et perte d’ancienneté. Est-ce à dire que la Ville de Trois-Rivières avait eu tort de les congédier? Si oui, Pourquoi?

L’apparition publique de la théorie du meurtre

C’est dans Le Nouvelliste du 20 novembre 1993, sous la plume de Guy Veillette, que la théorie de l’assassinat apparut pour l’une des premières fois sur la place publique. « Le ministère de la Sécurité publique étudie la possibilité d’entamer une nouvelle enquête sur le décès de M. Louis-Georges Dupont, retrouvé sans vie à l’intérieur d’une voiture du service de police de Trois-Rivières le 10 novembre 1969. Selon la famille, l’homme alors âgé de 45 ans aurait subi un règlement de compte lié à son témoignage lors d’une enquête de la Commission de police du Québec sur la prostitution à Trois-Rivières. »[56]

Me Pierre Gagnon, l’avocat de la famille, s’était occupé d’envoyer une missive de 5 pages au ministre de la Sécurité publique Claude Ryan[57] le 20 septembre 1993. De plus, l’article nous apprenait que la famille avait entamé ses démarches en 1982.

Photo publiée dans Le Nouvelliste du 20 novembre 1993. Cet article de Guy Veillette a donné le coup d’envoi d’une saga médiatique.


Bien sûr, comme on vient tout juste de le voir, c’est là oublier les jugements qui ont été prononcés en faveur de Dallaire et Hubert entre 1970 et 1975.
En revenant sur les événements de 1969, le journaliste aborda un thème qui allait bientôt devenir récurant : « l’enquête avait été confiée au lieutenant-détective Jean-Marie Hubert. Ce dernier avait rapidement conclu que son confrère s’était enlevé la vie. L’arme de service du défunt avait été retrouvée à ses pieds. Une balle qui lui avait traversé le cœur avait mis fin à ses jours. […] La famille n’a jamais accordé une entière crédibilité à ce verdict [sic][58]. Car dans un premier temps, l’enquête avait été menée par un individu, le lieutenant-détective Hubert, qui avait été sérieusement écorché lors de la fameuse enquête de la Commission de police. Il avait d’ailleurs été suspendu en août 69, puis réintégré quelques semaines plus tard. Jean-Marie Hubert a définitivement été congédié le 13 janvier 1970, selon les recommandations de la Commission de police du Québec. »[59]

Déjà, on évoquait que le témoignage de Dupont, rendu le 17 septembre 1969, était introuvable. Après avoir parlé de la difficulté pour la famille d’obtenir certains documents, le journaliste prétendait que le rapport d’autopsie du Dr Hould était, lui aussi, « introuvable ». La famille soulevait également que les empreintes n’avaient pu être prélevées sur le revolver. Cependant, l’arme la plus efficace que détenait alors la famille reposait probablement sur le rapport d’un expert américain de l’État de New York. Le Dr Louis S. Roh, embauché par la famille, prétendait que la balle était entrée par le dos. Évidemment, en faisant appel à la simple logique, cette affirmation allait à l’encontre d’un suicide.

En page 8 de la même parution, Guy Veillette soulignait que Johanne Dupont, qui avait 16 ans à l’époque de la mort de son père, se souvenait qu’avant de mourir son père lui avait confié être suivi par de mystérieuses voitures. Pour sa part, « Mme Jeanne-D’Arc Dupont se souvient également que son mari sentait que la fin de ses jours approchait. Son témoignage devant la Commission de police du Québec, ce fameux témoignage que personne ne retrouve aujourd’hui, aurait dérangé trop de monde. »[60]

Après avoir souligné que Johanne et sa mère racontaient leurs souvenirs « calmement », il évoqua un élément qui, malgré lui, jouerait un rôle à part entière tout au long de cette affaire. En effet, les frères Jacques et Robert Dupont « parlent avec beaucoup plus de passion. Un ancien travailleur de l’usine PFCP et un journalier. Les deux ne dénoncent pas du bout des lèvres. Assis sur le coin de leur siège, ils ne racontent rien au conditionnel. Il existe maintenant trop de facteurs contradictoires pour que la seule hypothèse envisagée jusqu’à maintenant pour expliquer le décès de leur père soit maintenue sans appel. »[61]

L’affaire Dupont venait de naître.

D’autre part, ce texte laissait entendre des choses qui, plus tard, ne seraient jamais mises en preuve : « Dans la cuisine du logement familial, des confidences ont été faites. Des avocats, entre autres, et toutes sortes d’experts ont avoué à mots couverts que oui, il fallait aller plus loin que le verdict prononcé par la police de Trois-Rivières [sic][62], en novembre 69. »[63]

Il ajoutait : « Mais officiellement, les revers s’accumulent. La Commission de la santé et de la sécurité du travail a rejeté la demande d’indemnisation de Mme Dupont en 1984. En mars 86, le Bureau de révision paritaire de la CSST en arrivait à la même conclusion. Les garçons se servent de la Loi d’accès à l’information pour obtenir des documents, en 1987. À force d’obstination, les papiers et les photos commencent à s’accumuler. Il en manque toutefois deux importants : l’autopsie officielle du pathologiste Jean Hould, et le rapport de deux détectives après un périple à Montréal, effectué pendant les recherches, entre le 5 et le 10 novembre 69. »[64]

Le 26 mars 1994, Guy Veillette se chargea d’apprendre à ses lecteurs qu’une récente « décision du juge Hubert Walters rendue le 18 mars dernier en cour supérieure rejette la requête en irrecevabilité de la ville de Trois-Rivières, qui tente d’annuler l’action intenté par la famille du policier Louis-Georges Dupont contre la Commission de la santé et la sécurité au travail et la Commission des affaires sociales. Le jugement de neuf pages blâme sévèrement la partie mise en cause pour l’obstruction pratiquée par les autorités municipales au cours des dernières années dans la demande d’accès à certains documents importants. »[65]

En parlant des refus que la famille avait essuyés en raison de délais trop longs, le juge Walters écrivait : « Faut-il rire ou pleurer de cet argument, alors que la saga, tout au moins les démarches de la demanderesse, ont débuté en 1982? Il est vrai que le décès remontait à 1969, mais il faut tenir compte de toutes les circonstances qui entourent ce décès. Peut-être qu’une meilleure collaboration aurait facilité les choses. »[66]

Intervention à l’Assemblée nationale

Le 18 avril 1994, c’est à l’Assemblée nationale que le député de Jonquière, Francis Dufour[67], fit connaître son opinion à propos de l’affaire Dupont :

  • Un troisième dossier qui est assez préoccupant, qui a fait l’objet aussi de publicité assez importante dans tout le Québec, c’est le dossier de M. Dupont, de Trois-Rivières. En fait, effectivement, les événements ont eu lieu il y a 25 ans. Mais, encore là, est-ce qu’on peut dire que la justice a obtenu satisfaction? Moi, j’ai le dossier en main. Il y a des éléments encore qui sont questionnables. Pour les fins de la justice, est-ce qu’il y a des mesures qui devraient être prises pour essayer de donner satisfaction? Par exemple, un coroner ou un légiste dit : Le coup de feu aurait pu arriver d’en arrière plutôt que d’en avant, etc. Donc, ce n’est pas un suicide, etc. Est-ce qu’il y a des éléments qui pourraient nous permettre de mieux éclairer cette situation-là? Parce que c’est le public qui est concerné, dans tout ça. Il y a quelque chose qui s’est présenté, qui s’est passé. Est-ce qu’on devrait demander l’avis d’un autre spécialiste? Qu’est-ce qui pourrait demeurer, ou qu’on pourrait faire pour, au moins, donner l’apparence que la justice s’est appliquée?
  • Si vous le permettez, répondit le Président de l’Assemblée, avant de céder la parole à qui voudra bien répondre à cette question, je vous indique qu’il y a lieu d’être prudent dans la réponse. Il semblerait que ce dossier soit devant les tribunaux présentement.
  • Je ne crois pas, rétorqua Dufour. Moi, je n’ai pas d’information à l’effet qu’il soit devant les tribunaux. Je ne crois pas.
  • Je pense qu’il est devant la Cour supérieure, fit encore le Président. En tout cas, j’incite à la prudence.
  • Avec le groupe qui est là, reprit Dufour, il devrait bien y avoir quelqu’un dans le groupe qui est au courant si c’est devant la cour ou pas. Moi, je ne l’ai pas comme …
  • On aura la réponse dans quelques instants, monsieur le député de Jonquière, fit encore le Président.
  • Moi, je n’ai pas cette indication.

Après une consultation, ce fut à Robert Middlemiss[68], ministre de la Sécurité publique, de répondre au député de Jonquière :

  • Middlemiss: Monsieur le Président, on m’indique que la famille a demandé récemment de peut-être rouvrir toute cette chose-là parce qu’elle n’était pas d’accord avec la décision rendue. Donc, oui, il y a certainement quelque chose qui pourrait être … Il faudrait certainement faire attention à ce qu’on dit pour ne pas créer de problème.  Sauf que, dans ce cas-ci, il semblerait… Tout ce qui a été fait dans le cas de Georges Dupont, tout indiquait la décision rendue. Il semblerait qu’il y a eu un autre expert qui, peut-être, n’ayant pas toutes les données, aurait émis une opinion que, peut-être, ça aurait pu être différent. Nous n’avons pas d’indication, nous autres, que ça pourrait être différent de tout ce qui a été rapporté à date dans ce cas précis, monsieur le Président.
  • Dufour: Oui, reprit Dufour. J’ai un document, ou une lettre qui est adressée à monsieur le sous-ministre Jean-Marc Boily, qui est signée par le coroner, M. Pierre Morin, où on dit: «Après discussion sur le dossier avec M. Jean-René Marchand, je dois reconnaître qu’il est pour le moins agaçant de constater que les photographies du corps puissent nous laisser penser que le coup fatal ait pu être tiré de l’arrière vers l’avant de la victime. J’ose espérer que le directeur général de la Sûreté du Québec, M. Robert Lavigne, à qui une copie du dossier a également été transmise, sera en mesure d’apporter des éclaircissements à ce dossier pour le moins nébuleux.» Après ça, il ne semble pas qu’il y ait eu d’enquête du coroner au moment où ça s’est passé [sic]. Donc, c’est un dossier qui me semble avoir été, au départ – puis là, c’est difficile de porter des jugements 25 ans en arrière. On peut constater que ce dossier-là a été traité, il nous semble, en tout cas, de façon assez rapide et assez légère. On a décidé, au départ, qu’il y avait suicide. Ça nous semble ça. Moi, je suis obligé de regarder les faits qui me sont rapportés. J’ai vu, incidemment, «Le Point»[69], où a soulevé… Je regardais la photo. C’est vrai que quelqu’un qui va se tirer, il ne tire pas comme ça. Il y a des chances qu’il se tire plutôt en montant et droit. Ces éléments-là, ils sont troublants. Ce n’est pas plus fatigant que ça. Mais moi, je dis que, par rapport à ça, est-ce qu’on peut amener des éclaircissements ou amener la population à croire, au moins, qu’il y a eu apparence de justice, qu’il y a eu application? Parce qu’on n’a pas intérêt à laisser aller cette discussion. J’ai l’impression qu’elle est loin d’être terminée. Tant qu’il n’y aura pas certains éléments de satisfaction et tant que le public est sous l’impression qu’il y a des choses qui sont troubles… On s’abreuve là-dedans. On ne peut pas empêcher la rumeur comme la discussion tant que tout n’est pas suffisamment clair.
  • Morin (Pierre): Je vais vous dire le bout que j’ai fait dans ce dossier-là quand c’est revenu après x années. D’abord, moi, je voulais savoir si, à l’époque où ça s’est produit – c’est en 1969, je pense, de mémoire…
  • Dufour: C’est ça. C’est ça.
  • Morin (Pierre): …je voulais savoir, premièrement, s’il y avait eu enquête publique ou simplement ce qu’on appelait, à l’époque, un cas de recherche, qu’on appelle aujourd’hui une investigation. J’ai même réussi à parler au coroner, qui est avocat pratiquant à l’Île-du-Prince-Édouard – j’ai réussi à le retrouver – j’ai parlé au procureur-chef de la couronne à Trois-Rivières, Me Roland Paquin, j’ai parlé à une dame des services judiciaires au palais de justice de Trois-Rivières, pour finalement comprendre qu’il n’y avait pas eu d’enquête publique dans ce dossier-là, mais uniquement un cas de recherche.
  • Dufour: Est-ce que vous croyez tout de même – parce que vous avez une grande expérience, vous êtes le procureur, c’est-à-dire que vous êtes le coroner en chef – qu’on aurait pu ou qu’on pourrait faire un peu plus?
  • Morin (Pierre): C’est-à-dire qu’on pourrait toujours ordonner une enquête publique, d’accord, sauf qu’il faut bien comprendre que l’enquête publique, à ce moment-là, en vertu de l’article 185 de la nouvelle loi, dit bien qu’une recherche – on appelait ça un cas de recherche, à l’époque, comme je vous le disais – ou qu’une enquête en cours, en vertu de la Loi sur les coroners, au moment de l’entrée en vigueur de l’article 185, est complétée suivant les dispositions de cette loi – c’est-à-dire de l’ancienne loi – avec les règles ordinaires de la preuve en matière criminelle, si on se reporte dans le passé, sauf que le coroner ne peut se prononcer sur la responsabilité civile ou criminelle d’une personne. Il en est de même d’une enquête tenue pour donner suite à une recherche en cours. On peut travailler un peu avec ça, en disant: Bien, la recherche n’est plus en cours, elle est terminée, et l’enquête n’est pas en cours, on ordonne une nouvelle enquête. Mais, nonobstant cette problématique-là, en fait, le gros problème qu’on aurait, c’est de retrouver les témoins qui étaient reliés à ce dossier-là. Il y en a probablement qui sont décédés; il y en a peut-être qu’on ne sera pas capables de rejoindre. Je vous avoue qu’après… Vous dites: Mon expérience. Oui, j’ai supervisé les coroners, sous l’ancienne loi, pendant 10 ans; maintenant, ça fait 14 ans. Moi, j’ai l’impression qu’on ne se rendrait pas au premier but avec une enquête publique dans un dossier comme celui-là.
  • Dufour: Mais, avant d’aller un peu plus loin, je dis que le principal accusé ou le principal témoin dans tout ça, lui-même n’est pas demeuré dans le corps de police. Ça aussi, ça devient… Qu’est-ce qui est arrivé, dans ce temps-là? Le principal accusateur n’est plus là. Ça fait qu’il y a quelque chose qui se produit quelque part. Celui qui a fait l’enquête n’est plus là. Il a été mis à pied. Pourquoi? Il a été sorti du corps de police, en tout cas, d’une façon ou de l’autre.
  • Morin (Pierre): Il faut rappeler une chose, c’est que depuis le 3 mars 1986, par contre, la question de faire des enquêtes publiques pour détecter les criminels, ça a été sorti de la philosophie du système. L’argumentation qu’on a de la famille, c’est que si ce n’est pas un suicide, c’est un homicide. Ce n’est pas quelque chose d’accidentel. La famille n’a jamais prétendu… Je n’ai jamais entendu la famille, moi, dans ce dossier-là, dire que ce serait quelque chose d’accidentel. Alors, si c’est une question de recherche de coupable, là, sur le plan criminel, c’est le rôle de la police; ce n’est pas le rôle du coroner.
  • Dufour: Est-ce que vous croyez que – et je pense que je vais demander une question d’opinion – rendus où on est là, avec tous les éléments qu’il y a là, à vos yeux, le dossier est clos, que tout est complété pour vous ou pour le ministère? Ça me semble important de savoir si on peut aller plus loin ou pas.
  • Morin (Pierre): Tout est réglé.
  • Le Président (M. LeSage):  le ministre.
  • Middlemiss: Je voudrais indiquer que, à date, nous avons demandé à la Sûreté du Québec de faire un examen, une enquête. On a aussi demandé au pathologiste du laboratoire de médecine légale de Montréal de faire l’étude de tous les documents, et, en bout de piste, M. le Président, on en vient à la même conclusion. Donc, on a poussé ça. On a demandé à la Sûreté du Québec d’examiner toutes les choses, et elle les aexaminées. On a demandé au pathologiste de faire tout le cheminement, ce qui a été fait, et on en vient à la même conclusion. Tout semble indiquer, dans ce cas-là, que la décision qui a été retenue dans les années passées, c’est la même: c’est un suicide.
  • Dufour: Mais vous admettez tout de même, M. le ministre, que, par rapport à ce cas-là, il y a un expert… Je ne connais pas la qualité de l’expert qui s’est prononcé, en disant: Il y a une autre version qui est plausible, et on n’a pas trouvé d’empreintes sur le revolver ou sur l’arme et… Bon. Ça aussi, c’est des éléments que, moi, je ne sais pas comment il a fait pour essuyer ça. En tout cas, ou il n’y avait pas d’empreintes, je ne le sais pas, il était habile, il voulait peut-être laisser quelque chose de difficilement contrôlable. Je veux dire, ça aurait été facile d’essayer d’obtenir au moins un expert qui confirme ou infirme la théorie qui a été avancée. Moi, je ne connais pas l’Américain qui dit: C’est comme ça. Je n’ai pas besoin de cours pour savoir que, si quelqu’un se tue, d’habitude ce n’est pas en tirant comme ça. Ça va être soit direct ou en montant. Le bras, il fait ça.
  • Middlemiss: M. le Président, on peut… Une question qu’on peut se demander, et je l’ai posée, moi: Est-ce que l’expert, le Dr Louis S. Roh, avait tous les renseignements? Est-ce qu’il a analysé tout? Il me semble qu’avant on pourrait certainement… Une des premières choses… Comment elle peut avoir, cette personne-là, plus de crédibilité que ceux qui l’ont faite en 1969, ceux qui ont fait la révision avec les faits? Il me semble que si on me dit que M. Roh avait tous les mêmes faits, a fait les mêmes analyses et il est venu à une conclusion différente, si j’avais ça comme renseignements… Est-ce que le député de Jonquière est assuré que M. Roh avait toutes les mêmes données que les gens ici ont utilisées pour faire l’analyse? Il me semble que ce serait une des choses qu’on pourrait vérifier, dans ce contexte-là. Je ne sais pas si M. Morin voudrait ajouter quelque chose à ça.
  • Le Président (M. LeSage):  Morin.
  • Morin (Pierre): En fait, l’information qui vient du sous-ministre associé à la Sécurité publique, Charles Côté, est à l’effet que cette expertise du médecin américain n’aurait été faite qu’à partir de photographies. C’est tout ce qu’il avait en main, qu’on me dit. Suite à ça, suite aux déclarations de ce médecin-là, les pathologistes, tous les pathologistes du laboratoire de médecine légale de Montréal ont refait un rapport détaillé, signé de tous et dans lequel, effectivement, on appuie la décision du pathologiste qui avait fait l’autopsie, à l’époque, le Dr Jean Houde [sic].
  • Dufour: Vous admettez que la controverse que peut soulever le légiste américain n’a pas été contredite très fortement, publiquement. Donc, il faut retenir une chose. La famille, je ne sais pas si elle est au courant de ce processus-là que vous nous donnez, mais ce sont des éléments qui, publiquement, ne sont pas connus. En tout cas, nous, on ne les connaît pas. Ça fait que je suis obligé de dire qu’il y a un travail à faire. Ce n’est pas juste faire comme la pluie qui tombe et endurer l’orage qui passe. De temps en temps, il faut expliquer que, quand on a des éléments pour contredire, on le fait et, à ce moment-là, le public peut juger, comme la famille peut juger. Vous l’avez fait dans le cas du cadavre qu’on tire dans l’eau, au fil de l’eau plutôt qu’ailleurs. Bon, c’est ça pareil.
  • Middlemiss: M. le Président…
  • Le Président (M. LeSage):  le ministre.
  • Middlemiss: …on m’indique que le pathologiste, M. Houde, a fait une analyse du rapport de M. Roh qu’il a envoyée à la famille. Il semblerait que – enfin, c’est une affaire d’opinion – la famille accepte plutôt l’opinion de M. Roh.
  • Dufour: Mais…
  • Middlemiss: Mais le pathologiste a réellement fait l’analyse et donné les points. C’est ça, c’est une affaire de…
  • Dufour: Non, mais M. Houde – Houle ou Houde – il donne…
  • Middlemiss: Houde.
  • Dufour: …son rapport et c’est le premier. Il ne se contredira pas non plus. Je serais surpris. Entre nous autres, là, c’est difficile. Pour moi, ce n’est pas crédible, à mon point de vue. Il a fait le premier rapport et il fait le deuxième.
  • Middlemiss: Non, mais regardez, il me semble, tu sais, pourquoi… C’est là, c’est une affaire. Pourquoi un étranger comme M. Roh, qui, peut-être, n’a pas eu l’avantage de voir toutes les choses que M. Houde a vues, pourrait être plus crédible? Qu’est-ce que M. Houde aurait à cacher, comme pathologiste, sinon de ne pas avoir fait une analyse objective, aussi objective que celle que M. Roh a pu faire avec les données qu’il avait? Peut-être que c’est une chose qu’on peut faire, je ne sais pas. Il me semble que nous avons réexaminé… On n’a pas repoussé ça du revers de la main; on a demandé de revoir tout, tout, tout ce qui a été fait, et on arrive à la conclusion que tous les faits correspondent à la décision qui avait été rendue à ce moment-là.
  • Dufour: Moi, je pense que, vis-à-vis de ce que vous nous dites, ce qu’on a comme dossier, ça devient assez technique, là…
  • Middlemiss: Oui.
  • Dufour: Je ne pense pas qu’on puisse nous faire la preuve et qu’on ait intérêt à le faire directement. Moi, je fais juste soulever le cas que, malgré tout, malgré les échanges qu’on a, le premier intervenant, le premier qui a fait l’enquête ou l’étude, c’est M. Houde. Et, après ça, l’expert américain dit des choses, puis vous nous dites: M. Houde nous redit ce qu’il avait dit la première fois. Moi, sans être un expert, je dis qu’il ne pouvait pas arriver à d’autres conclusions que la première fois; j’aurais été surpris qu’il le fasse. On va arrêter les échanges là-dessus. Vous avez le droit de dire ça; moi, je peux prétendre, au nom du public, que je ne suis pas satisfait, et la famille peut prétendre la même chose. C’est là-dessus qu’était justement mon questionnement, à savoir si les éléments qui sont là ont été soumis ou pourraient être soumis d’une autre façon, je ne sais pas, une enquête publique, une enquête du coroner, un expert qui pourrait dire: ce que M. Houde a dit la première fois, ce qu’il a dit la deuxième fois, oui, c’est correct. C’est un gars neutre. C’est comme un arbitre, un expert qui se prononce. Ça arrive qu’un expert se prononce sur un rapport d’un intervenant quelque part, puis il devient plus crédible parce que, lui, il est complètement dégagé. Mais, si vous ne voulez pas aller plus loin que ça, moi, je n’insisterai pas plus.
  • Middlemiss: Sauf que, M. le Président, il n’y a pas seulement M. Houde. On a dit que tous les pathologistes du Laboratoire de médecine légale de Montréal, après étude complète des documents disponibles, arrivent eux-mêmes à la conclusion que le pathologiste qui a effectué l’autopsie en 1969… Donc, il n’est pas seul dans tout ça. Ils sont six pathologistes qui ont regardé ça. Tout ce que je veux dire, M. le Président, c’est que ça n’a pas été pris à la légère. Je pense qu’on a fait tout ce qu’on a pu pour tenter d’éclaircir la situation. Je vois votre sourire, M. le Président, mais ce n’était pas dans ce contexte-là que j’utilisais le mot «légère»…
  • Des voix: Ha, ha, ha!
  • Dufour: Non, mais on ne parle pas de Lesage non plus.
  • Des voix: Ha, ha, ha!
  • Middlemiss: Non. C’est que, lorsque j’ai utilisé le mot «légère», j’ai vu un sourire… le président a souri et c’était certainement… Sérieusement, M. le Président, je pense qu’on a pris tous les moyens qui étaient à notre disposition pour tenter de s’assurer que tout a été pris en ligne de compte. Toutefois, est-ce que l’expert américain avait autant d’informations, et est-ce qu’il a utilisé les mêmes choses pour arriver à sa conclusion? Il y a ça aussi. C’est beau là… Moi, je comprends qu’on veuille être transparents, on veut avoir la justice, mais il faut aussi reconnaître qu’on a des compétences puis on a des gens qui sont honnêtes, nous autres aussi, qui font des rapports, autant que des experts américains qui peuvent peut-être rendre des décisions basées sur peut-être pas tous les faits que les gens chez nous ont. Tout ce que je veux dire, c’est ça.[70]

Vers une requête en mandamus

Le 30 mai 1994, Guy Veillette faisait le suivi du dossier en mentionnant que les frères Dupont rencontraient le Protecteur du citoyen, Daniel Jacoby, l’après-midi même. Il en profita pour ajouter que « Le Nouvelliste a rencontré une dizaine de personnes étroitement liées à cette période noire de l’histoire de la police de Trois-Rivières. Car, il faut bien le rappeler, le décès de M. Dupont est survenu quelques mois après son témoignage devant la Commission de police, un récit dont la retranscription écrite a mystérieusement disparu [sic]. […] Selon les photos prises à l’époque, M. Dupont avait le visage tuméfié [sic] lorsqu’il a été retrouvé. Pourtant, le pathologiste Jean Hould n’y accorde aucune attention dans les trois rapports produits, en 1969 [sic], 1987 et 1994, sur ce décès. »[71]

Le 26 juillet 1994, Veillette soulignait que la famille « a obtenu un appui de taille dans ses démarches pour faire la lumière sur ce nébuleux dossier. En effet, un professionnel réputé du département de pathologie de médecine légale à l’Université de Colombie-Britannique a analysé les photos de la blessure mortelle et en conclut que le policier ne peut s’être suicidé. »[72]

La famille avait perdu confiance envers les pathologistes qui œuvraient au sein de la province, ce qui expliquait pourquoi elle s’était tournée vers des spécialistes hors Québec. « En constatant que le ministère de la Sécurité publique ne jugeait pas pertinent de creuser ce dossier avec l’expertise du docteur Roh en guise de nouvel élément de preuve, la famille du policier a décidé de consulter un autre spécialiste. Et ce dernier en vient pratiquement aux mêmes conclusions que son confrère américain. »[73]

Cet expert était le Dr James A. J. Ferris qui, depuis 1963, avait étudié 700 cas de meurtre et témoigné devant les tribunaux à titre d’expert à 150 reprises environ. Tout comme le Dr Roh, il en arrivait à la conclusion que la balle était entrée dans le dos. Fait intéressant : « Le docteur Ferris convient qu’il peut exister certains cas où la plaie d’entrée apparaît plus large que la plaie de sortie. »[74]

Le 27 juillet, le public apprit qu’une requête en mandamus avait été adressée en Cour supérieure. Dans cette requête, la famille faisait quatre demandes : une enquête sur les circonstances entourant la mort de leur père, une enquête sur la Commission de police du Québec, une enquête sur la police de Trois-Rivières et une autre sur la Sûreté du Québec. « La requête en mandamus vise à ordonner au ministre de prendre tous les moyens nécessaires pour qu’une enquête soit menée […]. »[75] De plus, le dossier a été soumis au Protecteur du citoyen, Daniel Jacoby.

Le lendemain, Bernard Champoux se fit l’auteur d’un éditorial qui soulignait que la vérité ne serait pas connue avant la tenue de procédures légales. « Le seul fait que la police de Trois-Rivières ait elle-même effectué l’enquête – aujourd’hui, elle aurait fait appel à la Sûreté du Québec – ouvre la porte à bien des interrogations. »[76]

Le 6 août 1994, c’était à la jeune journaliste Nancy Massicotte – vraisemblablement sa première affectation sur l’affaire Dupont – à souligner que le syndicat des policiers et pompiers de la ville de Trois-Rivières, par l’entremise de M. Yvon Tourigny[77], appuyait les démarches de la famille Dupont. Rappelons au passage que le même syndicat avait appuyé les actions de Jean-Marie Hubert et de Paul Dallaire dans leur combat contre la municipalité au cours de la première moitié des années 1970.

Le 19 septembre 1994, « Le coroner en chef du Québec, Me Pierre Morin, reconnaît toujours que les circonstances entourant le décès du policier trifluvien Louis-Georges Dupont, en 1969, revêtent un caractère très particulier. Sauf qu’il doute fort qu’une enquête publique pour faire toute la lumière sur cette affaire soit éventuellement instituée, principalement à cause des longues années qui se sont écoulées depuis cet événement. »[78]

Il s’écoula encore quelques mois avant que la requête en mandamus soit entendue devant un juge. Les audiences débutèrent au palais de justice de Trois-Rivières au matin du mercredi 1er novembre 1995. Le juge Ivan St-Julien aurait pour mandat de déterminer s’il y avait suffisamment de matière pour déclencher une commission d’enquête publique.

Réflexion conclusive :

Notons qu’aucun article paru en 1969 n’a soulevé un quelconque questionnement quant à savoir si on aurait dû ou non confier l’enquête à la SQ. Au contraire, on a vu que les policiers de Trois-Rivières ont fait appel à eux pour les aider dans leurs recherches. Donc, il semble que la SQ était au courant du dossier. De plus, nous verrons plus bas que selon la littérature scientifique il n’était peut-être pas si exceptionnel de voir des détectives enquêter sur le suicide de l’un de leurs collègues.

Il faut également nuancer la remarque de Bernard Champoux à l’effet qu’on aurait dû faire appel à la SQ. Mais est-ce que toutes les enquêtes de suicide étaient confiées à la SQ avant 1969?

Souvenons-nous également qu’en matière de journalisme le titre sensationnaliste de Photo-Police était exagéré et sans fondement. La nouvelle n’a d’ailleurs pas été reprises par les grands quotidiens de l’époque.

Après 1969, on accordera très peu d’importance au fait que la montre du défunt s’était arrêtée à 2h00 ou 14h00, en date du 7 novembre 1969. Cela ne prouve pas grand-chose, hormis le fait que la mort se situait entre sa disparition au matin du 5 novembre et au maximum à 14h00 le 7 novembre.

Malheureusement, le coroner Marcel Chartier n’a pas évoqué dans le détail les arguments qui l’ont poussé à prononcer un verdict de « mort accidentelle » plutôt qu’un verdict de suicide selon le Code criminel de l’époque. Selon les articles 212 et 213 du Code criminel de 1955, le suicide était considéré comme un acte criminel. Toute personne qui encourageait ou incitait une personne à se donner la mort était passible d’un emprisonnement de 14 ans. La personne qui commettait une tentative de suicide envers elle-même était également susceptible d’être considérée comme criminelle. L’une des plus récentes affaires conservées dans les archives de BAnQ concernant une accusation de tentative de suicide remonte à 1939.[79]

Alors, était-ce pour permettre à la famille d’avoir une chance d’obtenir de meilleures compensations que le coroner Chartier a pris cette subtile décision? Dans le cas contraire, ne se serait-on pas contenté de rendre un simple verdict de suicide, justement pour éviter la controverse?

Nous verrons plus bas la nécessité de se montrer prudent envers les allégations et critiques qui seront apportées envers le travail du coroner Chartier.

Restons prudents quant à certains termes utilisés lors de ces premiers articles parus en 1993 et 1994. Par exemple, Veillette parlait de « témoignage controversé »[80] en abordant le fait que Dupont avait parlé devant la CPQ le 17 septembre 1969. Comment lui était-il possible de qualifier ce témoignage de « controversé » alors que le document était introuvable?

Avec le recul, on se questionne également quant à ces « circonstances qui entourent ce décès. » Outre les propos de la famille, sur quoi se basait-on en 1993 et 1994 pour prétendre à des « circonstances » étranges ou troublantes? Certes, les docteurs Roh et Ferris venaient donner un appui sérieux à la théorie de l’assassinat, mais ceux-ci n’étaient pas à Trois-Rivières en 1969 pour juger de ces « circonstances ».

Gardons à l’esprit que ces propos n’avaient pas encore été acceptés ni entendu sous serment, et encore moins éprouvés en contre-interrogatoire. Certaines craintes soulevées par Morin et Middlemiss allaient d’ailleurs se confirmer par la suite.

Lorsque le député Francis Dufour s’est glissé dans la peau d’un expert pour interpréter à sa façon la méthode de tir qu’aurait utilisé Dupont pour s’enlever la vie, Sarah Mezaguer, docteure en philosophie, mentionne justement que parmi les arguments des conspirationnistes on retrouve celui, très habile, qui offre au citoyen l’impression de pouvoir s’improviser expert : « La technique utilisée est d’en appeler au bon sens du public en mettant le doigt sur de fausses évidences, ou du moins sur des questions, qu’en sa position d’homme lambda, il n’est pas à même de trancher. On lui fait ainsi croire qu’avec son simple esprit critique il est autorisé à se positionner sur des questions d’expert. »[81]


[1] Fernand Gagnon, « Recherches intensives dans la Mauricie, Le détective Dupont porté disparu depuis trois jours », Le Nouvelliste, 8 novembre 1969.

[2] Gagnon.

[3] Gagnon.

[4] Gagnon.

[5] Gagnon.

[6] Gardons-nous une certaine réserve quant à cette affirmation car, plus tard, certains témoignages nous apprendront qu’au moins une autre personne l’aurait vue vivant après son départ du poste de police No 1.

[7] Gagnon, « Recherches intensives dans la Mauricie, Le détective Dupont porté disparu depuis trois jours ».

[8] Gagnon.

[9] « Recherches intensives pour retrouver un policier disparu », Le Soleil, 10 novembre 1969.

[10] « Recherches intensives pour retrouver un policier disparu ».

[11] « Disparition d’un policier de Trois-Rivières », La Presse, 10 novembre 1969.

[12] Fernand Gagnon, « Le sergent Dupont introuvable, Un homme-grenouille fouille le fleuve », Le Nouvelliste, 10 novembre 1969.

[13] Gagnon.

[14] Gagnon.

[15] Gagnon.

[16] Gagnon.

[17] Gagnon.

[18] Gagnon.

[19] Fernand Gagnon, « Porté disparu depuis cinq jours, Le sergent-détective L.-G. Dupont est trouvé sans vie dans un boisé », Le Nouvelliste, 11 novembre 1969.

[20] Gagnon.

[21] Gagnon.

[22] Gagnon.

[23] Gagnon.

[24] Gagnon.

[25] Gilles Normand, « Mort tragique du sergent Dupont de Trois-Rivières », La Presse, 11 novembre 1969.

[26] À noter que Le Nouvelliste parlait de trois semaines de repos tandis que La Presse évoquait une durée de quatre semaines.

[27] Normand, « Mort tragique du sergent Dupont de Trois-Rivières ».

[28] « La police de Trois-Rivières découvre le corps du sergent-détective Dupont », Le Soleil, 11 novembre 1969.

[29] « Vive condoléances du conseil de ville à la famille Dupont », Le Nouvelliste, 12 novembre 1969.

[30] « Vive condoléances du conseil de ville à la famille Dupont ».

[31] « Vive condoléances du conseil de ville à la famille Dupont ».

[32] Jean-Paul Arsenault, « Hommage ému au sergent-détective Louis-Georges Dupont », Le Nouvelliste, 14 novembre 1969.

[33] Arsenault.

[34] « À Trois-Rivières, Le sergent détective Dupont aurait-il été forcé de se suicider? », Photo-Police, 29 novembre 1969, Revues et journaux québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[35] « À Trois-Rivières, Le sergent détective Dupont aurait-il été forcé de se suicider? »

[36] « Place de l’hôtel de ville », Le Nouvelliste, 3 décembre 1969.

[37] Robert Ledeuf, « A cause de l’état dépressif du sergent-détective Louis-Georges Dupont et des témoignages Le coroner Chartier rend un verdict de mort accidentelle », Le Nouvelliste, 4 décembre 1969, Revues et journaux québécois, Bureau du coroner du Québec.

[38] Ledeuf.

[39] Ultérieurement, ce détail n’a jamais été mentionné par les membres de la famille Dupont.

[40] Ledeuf, « A cause de l’état dépressif du sergent-détective Louis-Georges Dupont et des témoignages Le coroner Chartier rend un verdict de mort accidentelle ».

[41] Ledeuf.

[42] Fernand Gagnon, « Le conseil de Trois-Rivières prend position, Dallaire et Hubert congédiés – Gagnon permuté à la police », Le Nouvelliste, 13 janvier 1970, Revues et journaux, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[43] Gagnon.

[44] Gagnon.

[45] Fernand Gagnon, « La population sera informée en temps et lieu (Rémi Paul) », Le Nouvelliste, 13 janvier 1970, Revues et journaux, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

[46] Jean-Paul Arsenault, « Dallaire-Hubert ont eu gain de cause », Le Nouvelliste, 29 mars 1974.

[47] Arsenault.

[48] « Vallières: c’est pas fini », Le Nouvelliste, 30 mars 1974.

[49] « Vallières: c’est pas fini ».

[50] Jean-Paul Arsenault, « Paul Dallaire et Jean-Marie Hubert: Un souvenir amer », Le Nouvelliste, 30 mars 1974.

[51] Arsenault.

[52] Arsenault.

[53] Claude Héroux, « Jean-Marie Hubert nie sa culpabilité », Le Nouvelliste, 20 septembre 1977.

[54] Héroux.

[55] Eric Veillette, L’affaire Dupont : saga judiciaire, Patrimoine judiciaire (Lanoraie: Première Chance, 2014), https://cap.banq.qc.ca/notice?id=p::usmarcdef_0005054934.

[56] Guy Veillette, « Le décès de Louis-Georges Dupont refait surface, Meurtre déguisé en suicide? », Le Nouvelliste, 20 novembre 1993.

[57] « Claude Ryan – Assemblée nationale du Québec », Assemblée nationale du Québec, consulté le 5 décembre 2018, http://www.assnat.qc.ca/fr/deputes/ryan-claude-5231/biographie.html. « Né à Montréal, le 26 janvier 1925, […]. Éditorialiste au quotidien Le Devoir de 1962 à 1978. Directeur du Devoir et gérant général de l’Imprimerie populaire (société éditrice du Devoir) de mai 1964 à janvier 1978. Membre du conseil d’administration de la Presse canadienne de 1964 à 1971. Élu chef du Parti libéral du Québec le 15 avril 1978. Élu député libéral dans Argenteuil à l’élection partielle du 30 avril 1979. Réélu en 1981, en 1985 et en 1989. […] Ministre responsable de l’application de la Charte de la langue française du 3 mars 1989 au 11 janvier 1994. Ministre de la Sécurité publique du 5 octobre 1990 au 11 janvier 1994. Ministre des Affaires municipales dans le cabinet Bourassa et Johnson (Daniel fils) […]. » Ryan a reçu de nombreux prix dans le milieu du journalisme. Il est décédé à l’âge de 79 ans à Montréal, le 9 février 2004.

[58] L’expression « jamais » ne convient pas tout à fait, car leurs démarches ont débuté en 1982. Que furent leurs pensées entre 1969 et 1982? Le public n’a jamais eu de réponse à ce sujet.

[59] Veillette, « Le décès de Louis-Georges Dupont refait surface, Meurtre déguisé en suicide? »

[60] Guy Veillette, « Mort suspecte de Louis-Georges Dupont, La famille ira jusqu’au bout », Le Nouvelliste, 20 décembre 1993.

[61] Veillette.

[62] Précisons que le rôle de la police, que ce soit aujourd’hui ou en 1969, n’est pas de prononcer un « verdict », mais plutôt de faire enquête afin d’amasser des indices et des preuves. En 1969, c’est le coroner qui a rendu un verdict.

[63] Veillette, « Mort suspecte de Louis-Georges Dupont, La famille ira jusqu’au bout ».

[64] Veillette.

[65] Guy Veillette, « Le dossier Louis-Georges Dupont, La ville de Trois-Rivières blâmée », Le Nouvelliste, 26 mars 1994.

[66] Veillette.

[67] « Francis Dufour – Assemblée nationale du Québec », Assemblée nationale du Québec, consulté le 5 décembre 2018, http://www.assnat.qc.ca/fr/deputes/dufour-francis-2991/biographie.html. « Né à Kénogami, le 28 mars 1929, […]. Commis de bureau à la trésorerie municipale d’Arvida en 1947. Employé à la compagnie Alcan de 1948 à 1975. Fut directeur du Syndicat des employés d’Alcan de 1955 à 1963. Conseiller municipale, de 1960 à 1964, puis maire d’Arvida de 1967 à 1965. Maire de Jonquière de 1975 à 1985. Président de l’Union des municipalités du Québec de 1982 à 1984. Président de la Conférence des maires du Haut-Saguenay de 1968 à 1970. Membre de l’exécutif du Conseil régional de développement à titre de vice-président aux affaires industrielles du Conseil régional de développement de 1971 à 1973. Membre de l’exécutif du Conseil métropolitain du Haut-Saguenay de 1976 à 1982. Membre du conseil d’administration de la municipalité régionale de comté (MRC) du Fjord-du-Saguenay de 1982 à 1985. Fut également président de la Société de développement économique de Jonquière. Membre des Chevaliers de Colomb et de l’Ordre loyal des Mooses. Candidat du Parti québécois défait dans Jonquière en 1973. Élu député du Parti québécois dans la même circonscription en 1985. Réélu en 1989 et en 1994. Vice-président de la Commission de l’agriculture, des pêcheries et de l’alimentation du 16 février 1988 au 24 juillet 1994. Délégué régional pour la région du Saguenay Lac-Saint-Jean du 26 septembre 1994 au 15 janvier 1996. Démissionna le 15 janvier 1996 pour permettre au premier ministre, Lucien Bouchard, de se porter candidat du Parti québécois. […] Nommé Patriote de l’année en 2016 par la Société nationale des Québécois. »

[68] « Robert Middlemiss – Assemblée nationale du Québec », Assemblée nationale du Québec, consulté le 5 décembre 2018, http://www.assnat.qc.ca/fr/deputes/middlemiss-robert-4501/biographie.html. « Né à Aylmer, le 8 janvier 1935 […]. Étudia aux universités d’Ottawa et McGill. Obtint son baccalauréat en sciences appliquées de l’Université McGill en 1961. Ingénieur-conseil en géotechnique dans le bureau McRostie and Associates Ltd., devenu plus tard McRostie, Seto, Genest et Associés Ltée, puis McRostie, Genest. Middlemiss et Associés Ltée, de 1961 à 1981. Au sein de ce bureau, cumula les fonctions de directeur et de secrétaire-trésorier de 1971 à 1981. Simultanément, de 1979 à 1981, fut président de la compagnie d’ingénieurs-conseils G.M.M. Consultants, spécialisée en géotechnique. Échevin de la Municipalité d’Aylmer de novembre 1070 à octobre 1979. Membre de la Société canadienne de géotechnique. Élu député libéral dans Pontiac en 1981. Réélu en 1985, en 1989, en 1994 et en 1988. Adjoint parlementaire au ministre de l’Environnement du 5 février 1986 au 17 mai 1989 et à la ministre de la Santé et des Services sociaux du 17 mai 1989 au 9 août 1989. Ministre délégué à l’Agriculture, aux Pêcheries et à l’Alimentation dans le cabinet Bourassa du 11 octobre 1989 au 5 octobre 1990. Ministre délégué aux Transports du 5 octobre 1990 au 11 janvier 1994. Ministre de la Sécurité publique du 11 janvier au 26 septembre 1994. Ne s’est pas représenté en 2003. Décédé à Gatineau, le 28 mai 2010, à l’âge de 75 ans et 5 mois. »

[69] Émission d’affaire publique diffusée à la télévision de Radio-Canada.

[70] « Journal des débats de la Commission des institutions – Assemblée nationale du Québec », Assemblée nationale du Québec, 18 avril 1994, http://www.assnat.qc.ca/fr/travaux-parlementaires/commissions/ci-34-3/journal-debats/CI-940418.html#940418013.

[71] Guy Veillette, « La mort du policier Louis-Georges Dupont, La famille rencontre le Protecteur du citoyen », Le Nouvelliste, 30 mai 1994.

[72] Guy Veillette, « Décès du policier Louis-Georges Dupont, Une sommité internationale réfute la thèse du suicide », Le Nouvelliste, 26 juillet 1994.

[73] Veillette.

[74] Veillette. Puisque la perforation dans le dos avait un diamètre plus étroit que celle à la poitrine, les Dupont se servaient de cet argument pour appuyer leurs prétentions à l’effet que leur père avait été assassiné.

[75] Guy Veillette, « La famille Dupont ne lâche pas le morceau, Nouvelle requête contre le ministère de la Sécurité publique », Le Nouvelliste, 27 juillet 1994.

[76] Bernard Champoux, « Il y a trop de doutes », Le Nouvelliste, 28 juillet 1994.

[77] Nancy Massicotte, « Enquête sur la mort de Louis-Georges Dupont, Appui du syndicat des policiers », Le Nouvelliste, 6 août 1994.

[78] Veillette, « Décès du policier Louis-Georges Dupont, Une sommité internationale réfute la thèse du suicide ».

[79] François-Xavier Lacoursière, R. c. Alfred Blais, No. 3538 (Cour du Banc du Roi 30 décembre 1939).

[80] Veillette, « Le dossier Louis-Georges Dupont, La ville de Trois-Rivières blâmée ».

[81] Sarah Mezaguer, La théorie du complot : un mythe? (Paris: L’Harmattan, 2012).

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