Tableau comparatifs des éléments soulevés

Tableau comparatif des éléments soulevés sous serment lors des enquêtes de 1995 et de 1996

Éléments soulevés par la théorie du meurtre Explications provenant des témoignages de 1995 et 1996, ou autres sources fiables.
La partie 2 du rapport de la CPQ de 1969 est scellée pour une période de 160 ans.[1] Le scellé de 160 ans a été levé en 1996 dans le cadre de la Commission Lacerte-Lamontagne. Les délais de consultation de 100 ans ne sont pas rares à Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), en particulier depuis la Loi sur les archives adoptée en 1983[2]. Carol Couture, une sommité dans le milieu archivistique, en fait mention dans son chapitre sur la diffusion des archives.[3] Il cite lui-même Jean Goulet, qui a abordé la question de la confidentialité en rapport avec le travail de l’archiviste québécois.[4] La confidentialité est un principe tellement bien respecté que Marcel Canuel n’avait même pas accès à certaines parties du fonds de la CPQ sans l’approbation du commissaire à la déontologie.
Le calepin de notes de Dupont n’a pas été remis à sa famille : « […]il me montrait toujours son petit calepin noir qu’il faisait ses enquêtes. Ses rendez-vous à chaque jour avec qui, de temps il me les montrait parce que des fois il y avait des noms que moi je connaissais ou du monde qu’on avait connu. Il me montrait toujours … il avait toujours ça avec un stylo personnalisé tout le temps. Et ça, ils nous ont jamais remis ça. »[5] Selon l’article 12 de la Loi sur les archives, « Toute personne qui cesse d’être titulaire d’une fonction au sein d’un organisme public doit laisser sous la garde de cet organisme les documents qu’elle a produits ou reçus en cette qualité. »[6] Un document produit dans le cadre d’une fonction n’appartient pas à la personne qui l’a créé mais plutôt à l’organisme pour lequel cette personne travaillait. De plus, les informations confidentielles que ce calepin peut contenir ne concernent aucunement la famille Dupont. Ces informations font partie du dossier de police, ce dernier étant sous des restrictions de consultation pour une période de 100 ans. Le droit d’accès s’exerce d’ailleurs sous réserve de la propriété intellectuelle du document concerné.[7]

Quant au fait de montrer à sa fille le contenu de ce calepin, qui renferme de l’information confidentielle, il semble que ce ne soit pas le résultat d’une démarche professionnelle.

 

Dupont aurait quitté la maison au matin du 5 novembre 1969 vêtu d’un complet gris pâle alors que le 10 novembre on l’a retrouvé avec un complet noir ou de couleur sombre.[8] Au moment des enquêtes de 1995 et 1996, les vêtements n’ont pas été produits en preuve. Par conséquent, il n’existe aucune preuve, excepté les affirmations de la famille, pour démontrer que Dupont portait un complet gris au moment de sa disparition. Certains de ses anciens collègues, dont Fernand Thibeault, sont venus dire que Dupont portait généralement des complets foncés. En 1996, Hubert a également affirmé que Dupont, avec lequel il travaillait depuis de nombreuses années, avait l’habitude de conserver du linge de rechange hors de la maison familiale. Quand on sait que Raymonde Michaud s’est révélée être sa maîtresse, est-il possible de croire que Dupont se soit lui-même changé au cours de la journée du 5 novembre pour une raison qui demeure inexpliquée?
Dupont et sa famille étaient surveillés par des voitures sombres.[9] Personne en dehors de la famille, exception faite de Linda Gosselin, n’a confirmé l’existence de ces mystérieuses voitures noires. De plus, il semble (exception faite du témoignage de Johanne Dupont), que cette ou ces voitures aient fait leur apparition après la disparition du 5 novembre 1969. Rappelons que cet élément provient principalement de ce que Dupont aurait dit à ses proches avant de disparaître. Donc, ces informations prennent leurs origines dans le ouï-dire, à savoir d’un homme mort 26-27 ans plus tôt. Interrogée par Me Daviault en 1996, Jeanne d’Arc a fini par lancé, et cela à deux reprises : « il se sentait poursuivi. »[10]
Les lunettes dorées de Dupont n’ont jamais été remises aux membres de sa famille.[11] En 2012, nous avons cru constater sur la photo C-20-D la présence d’une paire de lunettes près de sa main gauche, dont l’un des verres semble également manquant. Or, le fait de ne pas avoir remis les lunettes à la famille – comme ce fut également le cas pour la chemise, les chaussures et d’autres objets – ne représente pas une preuve probante de quoi que ce soit. D’ailleurs, faut-il faire la différence entre les verres de prescription et des lunettes de soleil?

 

 

Au matin du 5 novembre 1969, Dupont laisse sa fille devant une école verrouillée alors qu’il vient tout juste de l’avertir qu’elle risquait de se faire tuer si elle « regardait » vers la voiture qui les suivait.[12] De plus, il avait confié à sa femme sa crainte de voir ses enfants être kidnappés.[13] Il semble contradictoire qu’un homme, en particulier un détective, explique à sa fille qu’elle risque de se faire tuer simplement en regardant une voiture qui, apparemment, les suivait, ou alors si elle ne contournait pas son véhicule du bon côté. De plus, il l’a laissé devant une école verrouillée alors qu’il avait mentionné peu de temps auparavant sa crainte que ses enfants soient enlevés.
Avant sa mort, Dupont aurait dit à sa femme qu’il avait besoin d’argent sinon sa vie était en danger.[14] Au soir du 4 novembre 1969, il s’est également adressé à la copine de son fils, Hélène Rheault, pour tenter d’obtenir de l’argent. Il aurait fait une tentative semblable auprès de son beau-frère (Léo Valois) sans toutefois que la conversation n’aboutisse sur une demande concrète. En 1996, la preuve a démontré que Dupont avait une maîtresse, en plus de s’être lancé en affaires avec Jacques Gendron, à la fois dans un commerce appelé La Perruque Inc. et un immeuble à appartement sur la rue McDougall. Toutes ces implications laissent entendre des dépenses supplémentaires, quoique sa situation financière n’a pas été présentée de manière exhaustive lors de la commission d’enquête. De plus, selon les propres dires de sa veuve, Dupont avait investi 10 000$ dans le commerce La Perruque avec Gendron.[15] Il semble y avoir de l’illogisme dans le fait qu’il se soit présenté chez Léo Valois le 4 novembre 1969 dans le but de lui demander de l’argent mais qu’il avait finalement fait volte-face en entendant celui-ci parler d’un camion qu’il venait de s’acheter. Pourtant, Dupont affirmait pendant ce temps à sa femme que sa vie était en danger.
Jeanne d’Arc Lamy Dupont affirme qu’elle n’a jamais cru que la lettre de suicide avait été écrite par son mari.[16] Aucun document ou témoignage avant 1982, outre celui de la veuve, ne prouve qu’elle n’a jamais cru en l’authenticité de la lettre de suicide. Une expertise d’écriture réalisée en 1969 par le Dr Jean-Marie Roussel, ainsi qu’une seconde en 1996, ont démontré que l’écriture de la lettre de suicide était bien celle de Louis-Georges Dupont. Dans son témoignage de 1996, la veuve avoue même avoir d’abord cru au suicide puisqu’elle avait lavé l’habit qu’on lui avait remis : « je pensais tellement qu’il s’était suicidé que j’ai lavé ça. »

 

 

Vers 13h00, le 10 novembre 1969, Jeanne d’Arc Lamy observe la voiture dans laquelle son mari a été retrouvé le matin même. La voiture était stationnée à l’extérieur du poste de police no. 1, rue Royale, apparemment sans surveillance. (Jeanne d’Arc L., 1995) Selon Georges Marquis, la voiture a été rangée dans un garage située derrière le poste no. 1 et qu’il a lui-même verrouillé, et cela dès que le remorqueur a laissé la voiture (G. Marquis, 1996). La juge Lacerte-Lamontagne ajoute que « M. Binette, tout comme le constable Marquis, attestent que l’endroit est fermé à clé. C’est à cet endroit que le projectile est enlevé par MM. Gagnon et Massicotte. Ce n’est pas à la connaissance de M. Poitras, qu’une expertise a été faite sur ce véhicule ni sur l’apparence de la perforation. De plus, aucune preuve entendue devant la Commission ne permet de justifier l’absence d’expertise quant à ce trou de balle dans le dossier du véhicule. […] La preuve entendue devant la Commission ne permet pas de conclure que cette omission est justifiée par une intention de cacher les éléments de preuve. »[17]

Une question n’a jamais été soulevée : est-ce possible que la veuve du policier Dupont ait vu une autre voiture de service semblable tandis que l’originale se trouvait dans le garage?

Lorsqu’elle observe la voiture vers 13h00, le 10 novembre 1969, Jeanne d’Arc affirme que la banquette était propre, qu’il n’y avait pas de sang. Certains en déduiront hâtivement que la banquette a été lavée (Jeanne d’Arc L., 1995) Plusieurs témoins présent sur la scène de la découverte, le 5 novembre 1969, ont affirmé n’avoir vu aucune goutte de sang sur la banquette (C. Massicotte, Paul Philibert, Denis Martin, Georges Marquis, André Gingras, Pierre Philibert, Jean-Marc Beaudoin). Tel que mentionné dans la case ci-haut, la commission a oublié d’envisager la possibilité que la veuve du policier Dupont ait pu observer une autre voiture banalisée semblable à celle utilisée par son mari.

La juge Lacerte-Lamontagne a mentionné dans son rapport d’enquête que « L’absence de trace de sang dans la voiture, telle qu’examinée par Mme Dupont, au garage, est donc compatible avec la version des témoins entendus devant la Commission. L’allégation à l’effet que la voiture a été nettoyée et lavée avant qu’elle soit examinée par Mme Dupont est une hypothèse qui n’a pas été prouvée devant la Commission. De plus, la position dans laquelle fut retrouvée M. Dupont peut expliquer cette constatation quant à l’absence de sang sur la banquette. C’est d’ailleurs l’opinion du Dr Baden. Sans justifier l’absence d’expertise pour déceler des traces de sang, les constatations visuelles peuvent par ailleurs répondre à l’omission de procéder à une telle expertise. »[18] Ajoutons à cela que Dupont portait un imperméable – on sait à quel point ce vêtement a pour fonction de retenir ou de repousser les matières liquides. De plus, entre sa peau et l’imperméable, Dupont portait trois épaisseurs de vêtements (camisoles, chemise et veston).

 

Selon la famille, il y aurait eu une expertise faite sur la banquette. Le juge St-Julien a même pris pour acquis l’existence de ce document. Il n’existe aucune preuve qu’une expertise quelconque ait été faite sur la banquette ou la voiture. Lors de son témoignage rendu le 16 septembre 1996, Yvon Lapointe, enquêteur pour la Commission à la déontologie policière, a affirmé que « en aucun temps je n’ai mentionné qu’il y a eu de l’expertise de faite sur la banquette. »[19] Néanmoins, la juge en arrive au fait qu’il « faut par ailleurs déplorer l’absence d’expertise sur la banquette de la voiture, cette omission constitue à notre avis, une négligence. »[20] Toutefois, en se reportant dans le contexte de 1969, si aucun élément ne permettait de croire en une autre hypothèse que celle du suicide, une expertise sur cette banquette était-elle réellement justifiée?
Dans son rapport produit en 1987, le Dr Jean Hould situait ainsi la plaie au dos: « para-vertébral gauche sous la dixième côte. » La traduction soumise au Dr Roh parlait de « via » la colonne vertébrale, donc à travers celle-ci. Il s’agirait d’une erreur de traduction. La balle qui est sortie dans le dos n’a jamais traversé la colonne vertébrale (Dr André Lauzon, 1995). La balle est passée tout près, du côté gauche. En fait, la plaie de sortie au dos se situait à 4 cm de la colonne vertébrale (Dr Jean Hould, 1995).
La Ville de Trois-Rivières aurait fait obstruction à la famille Dupont dans le cadre de ses recherches. En 1994, le juge Hubert Walter a souligné : « Faut-il rire ou pleurer de cette argument, alors que la saga, tout au moins les démarches de la demanderesse, ont débuté en 1982? Il est vrai que le décès remontait à 1969, mais il faut tenir compte de toutes les circonstances qui entourent ce décès. Peut-être qu’une meilleure collaboration aurait facilité les choses. »[21] En 1995, le juge St-Julien, et en 1996 la commissaire Lacerte-Lamontagne, ont eux aussi déploré le comportement de la ville. La Loi sur l’accès aux documents des organismes publics et sur la protection des renseignements personnels[22] est complexe et ne semble pas avoir été étudié minutieusement par les parties mis en cause, que ce soit en 1995 ou en 1996. Par exemple, les documents nominatifs sont protégés par la loi, et cela même si un membre de la famille en fait la demande. On l’a vu de manière plus explicite en 2009 (voire épilogue). Depuis la Loi sur les archives, apparue en 1983, il y a des règles à respecter et des restrictions à la consultation. Ceci dit, au moment des recherches entreprises par la famille du policier Dupont, d’autres documents étaient publiquement accessibles, comme par exemple les enquêtes de coroner effectuées par Marcel Chartier, incluant celle de Dupont. Est-ce que la Ville de Trois-Rivières doit réellement être blâmée pour avoir fait respecter une loi qui protège des documents confidentiels?

 

 

Lors de son témoignage en 1995, Jacques Dupont a dit que le rapport du coroner Chartier n’avait pas été « homologué » car il n’avait pas rempli une case situé en haut à droite du document. Une recherche dans les boîtes du fonds d’archives à BAnQ Trois-Rivières a permis de voir que la majorité des rapports remplis par Marcel Chartier et par d’autres coroners des années 1960 ne comportent aucune inscription dans cette case. En fait, on retrouve un numéro fait à l’aide d’un crayon d’une autre couleur et qui aurait pu être ajouté plus tard. Bref, la comparaison avec les autres enquêtes de coroner de cette époque ne permet pas d’appuyer les allégations de la famille.[23] Nous croyons qu’une recherche exhaustive effectuée au préalable aurait évité cette allégation.
Dès 1993, la famille Dupont prétendait que le rapport d’autopsie n’existait pas. Par la même occasion, on laissait entendre que les autorités cachaient des choses.[24] Il ne se faisait pas de rapport d’autopsie en 1969, sauf pour des cas criminels importants qui étaient susceptibles de se rendre devant les tribunaux. Tous les pathologistes appelés à témoigner en 1995 ont expliqué ce fait. Encore une fois, une recherche exhaustive dans les archives aurait-elle pu empêcher la formation d’une allégation aussi gratuite?
Le jugement St-Julien détermine définitivement que la mort de Louis-Georges Dupont est le résultat d’un meurtre. La requête en mandamus avait pour but de déterminer s’il y avait matière à ordonner l’ouverture d’une commission d’enquête publique. Le juge a aussi indiqué dans son jugement du 20 décembre 1995 que son opinion sur la cause du décès était un commentaire « ultra petita », donc qui ne lui avait pas été demandé et qu’il se permettait tout de même. Son jugement ne pouvait être définitif quant à la cause du décès. De plus, il n’a entendu qu’une partie des témoins, dont la plupart étaient des experts et des membres de la famille Dupont.
La présence de plusieurs types de cartouches retrouvées dans le barillet de l’arme de service démontre une pratique inhabituelle, ou une mise en scène. Il n’y a rien d’inhabituel à retrouver différents types de cartouches dans le barillet d’un revolver. Selon Jean Lepage, expert en balistique, cela pouvait s’expliquer par le manque de budget des corps policiers de l’époque. Dans le barillet d’un revolver, qui contient généralement six chambres, on peut retrouver autant de types différents de pointes de balle, pourvu que les cartouches soient du même calibre.
Dans son rapport balistique, Yvon Thériault a écrit : « une (1) douille et cinq (5) cartouches, calibre 38, à pointe chemisée (2). » Selon la famille Dupont, le chiffre 2 désignerait le nombre de pièces à conviction remises à Thériault. Ainsi, la présence de 5 cartouches non utilisées dont la pointe était chemisée indiquerait une irrégularité puisque le projectile qui avait causé la mort du policier Dupont en 1969 était en plomb. Selon les experts Jean Lepage et Denis Renaud, il n’était pas rare de voir les revolvers de service des policiers en 1969 chargés avec différents types de cartouches simultanément. Et quand bien même que les 5 cartouches non utilisées dans l’arme auraient réellement été à pointe chemisée, cela ne prouve pas que la sixième l’était également. Renaud ajouta que le fait d’alterner le type de cartouches dans une même arme permettait d’obtenir un meilleur facteur d’incapacitation [sic]. « Incapacitation finalement, c’est de façon à immobiliser la cible » (Renaud, 1995). Yvon Thériault étant mort au moment des enquêtes de 1995 et de 1996, la signification exacte du chiffre « 2 » dans son rapport demeure non confirmée.

 

 

Le diamètre de la plaie au dos est plus petit que le diamètre de la plaie à la poitrine. Dans un article de 1994, le Dr Ferris, l’un des deux experts embauchés par la famille, a dit à un journaliste qu’il existait des cas où la plaie de sortie peut présenter un diamètre plus étroit que la plaie d’entrée.[25] (Voir témoignage de Baden…)
Le Dr Roh affirme qu’à un poids de 154 grains le projectile de calibre .38 était complet. Tous les autres experts appelés à témoigner ont expliqué qu’il n’existait pas de projectile de 154 grains en 1969. Il en existait avec un poids de 132 et 158 grains (Gun Digest, 1969).
Le témoignage de Denis Renaud en 1995 laisse entendre que c’est la déformation de la balle qui a empêché d’identifier le projectile de 1969 pour le relier à l’arme de service. Or, s’il y a eu une telle déformation, on peut penser que cela ne fonctionne pas avec le fait que la balle soit entrée par la poitrine puisque le diamètre de la plaie au dos était plus étroit que celle à l’avant. Plus tard, lors de la commission, on a expliqué que la balle s’est probablement déformée au contact de certaines pièces métalliques situées dans la banquette de la voiture, là où elle a été retrouvée. Par conséquent, la balle semble s’être vraisemblablement déformée après sa sortie du corps, donc après avoir causé la plaie au dos.
Selon le rapport balistique d’Yvon Thériault (1969) on pourrait déduire que deux types de cartouches se trouvaient dans le barillet de l’arme de service. Les Dupont ont toujours trouvé cela très suspect, laissant entendre qu’on aurait dû y trouver un seul type de cartouche. En 1995, selon les experts Jean Lepage et Denis Renaud, qui témoignaient pourtant l’un contre l’autre, se sont mis d’accord sur le fait qu’il n’y avait rien d’inhabituel de retrouver différents types de cartouches dans une même arme, pourvu que ces cartouches soient du même calibre. Que Dupont se soit suicidé avec une balle de plomb alors qu’on ait retrouvé des balles chemisées dans son arme, par exemple, n’aurait rien d’extraordinaire. En 1995, Lepage a dit du rapport de Thériault : « Vous voyez, il mentionne cinq (5) cartouches de calibre 38 à pointe chemisée, deux (2), et il soulignait le fait que il y avait deux (2) chemisée et les autres étaient à plomb. » (Lepage, 1995). De plus, Lepage ajouta qu’en 1969 il avait constaté que, outre la police de Montréal et la SQ, les corps policiers travaillant pour les autres municipalités manquaient de moyens, qu’ils fabriquaient parfois leurs propres cartouches ou utilisaient différents types de munitions dans le barillet d’un même revolver. (Lepage, 1995)

 

L’enquête aurait dû être confiée à la Sûreté du Québec Roland Poitras a contacté la SQ entre le 5 et le 10 novembre 1969 pour obtenir leur aide afin d’effectuer des recherches au niveau provincial. La revue de presse nous permet de voir qu’au cours des années 1960 la plupart des enquêtes pour homicide étaient confiées à la SQ. Vraisemblablement, les enquêtes pour morts violentes et suicides demeuraient au niveau municipal. Malheureusement, la commission de 1996 n’a pas exploré cette question en faisant appeler, par exemple, des témoins pouvant nous informer de la politique qui existait en 1969 quant à la hiérarchie ou l’aspect relatif à la juridiction des enquêtes criminels. Par exemple, les enquêtes de meurtre dans l’affaire Normand Laterreur en 1963 et le double meurtre de Chantal Côté et Carol Marchand en 1971 ont été systématiquement confiées à la SQ. De plus, dans la nuit du 16 au 17 août 1969, c’est-à-dire en pleine enquête de la CPQ, un meurtre a été commis sur la rue Saint-Paul à Trois-Rivières. Pour l’occasion, le capitaine-détective Georges Gagnon avait fait appel à la SQ.[26] Il semble donc que la Sûreté de Trois-Rivières contactait la SQ dans les cas les plus importants, en l’occurrence les affaires de meurtres. Il est bien évident qu’on ne faisait pas appel à eux dans les causes de suicide.

Dans son rapport de 1996, la juge Lacerte-Lamontagne écrit cependant que « MM. Thibeault et Poitras affirment [en 1996] que la Sûreté du Québec aurait dû mener cette enquête et non des enquêteurs du même poste de police. »[27] Ainsi, la question se pose : l’argument selon lequel la SQ aurait dû mener cette enquête est-il valable?

L’enquête sur le suicide de Louis-Georges Dupont a été menée par ses collègues, ce qui affecterait la qualité de l’impartialité de l’investigation. Selon une étude sur le suicide chez les policiers du Québec, il semble que, du moins à une certaine époque, il n’était pas rare que des collègues enquêtent sur le suicide d’un confrère. Cette étude explique « que les données sur les causes de mortalité se basent souvent sur le rapport de police produit par le corps policier local. Le fait que ce rapport soit rédigé par un collègue du policier suicidé pourrait en influencer le contenu. Les préjugés sur le suicide qui sont présents dans la plupart des cultures, les conséquences sociales d’un tel geste ainsi que les difficultés légales qui peuvent en découler expliqueraient cette sous-estimation. »[28] Donc, si plusieurs données de l’étude de Robert Loo (cité par Charbonneau) proviennent de suicides de policiers dont l’enquête a été faite par leurs collègues, y a-t-il dans cette réalité une preuve de complot de meurtre? Puisqu’il semble plutôt s’agir d’une pratique historique répandue, on ne peut donc pas se servir de cet argument pour prétendre à l’existence d’un meurtre.
Avant même la tenue de la requête en mandamus, la famille Dupont avait perdu toute confiance envers les experts de l’Institut médico-légal de Montréal. Pour se justifier, ceux-ci prétendaient que deux lettres signées dans les années 1990 par les autres pathologistes venaient « couvrir les erreurs » du Dr Jean Hould. En fait, la collusion des experts québécois n’a jamais été démontrée. L’existence des deux lettres peut aussi bien démontrer que les autres experts en sont venus aux mêmes conclusions que le Dr Hould. Pour satisfaire aux exigences de la famille, on est même allé jusqu’à faire appel à un expert hors Québec (Dr Dowling) pour la requête en mandamus, tandis qu’on s’est tournée en 1996 vers deux experts américains (Dr Michael Baden et Dr Kathy Reichs). Tous ont démontré que le Dr Hould n’avait commis aucune erreur en 1969. Il a été démontré (Benoît Lauzon) que le ministère de la Sécurité publique ne connaissait pas le Dr Dowling avant le processus de sélection. Comment alors l’accuser de partialité si on choisit un expert qui nous est inconnu?
Les détectives Hubert et Dallaire ont été suspendus le 18 août 1969 avant d’être réintégrés le 2 septembre 1969. Ils ont finalement été congédiés en janvier 1970. Effectivement, Hubert et Dallaire ont été suspendus le 18 août 1969 par le directeur J.-Amédée Delage pour « manquement à la discipline ». Le soir même, le conseil de ville a décidé de suivre sa recommandation. Toutefois, cette situation ne prouve pas qu’ils aient eu la capacité d’être des assassins. Au contraire, on a vu dans notre revue de presse que ceux-ci se sont défendus avant d’obtenir gain de cause à quelques reprises au cours de la première moitié des années 1970 dans leur combat les opposant à la ville de Trois-Rivières. De plus, le dévoilement de la partie 2 du rapport de la CPQ en 1996 a démontré que les rumeurs sur les deux hommes avaient pris une ampleur démesurée puisque tout ce qu’on avait à reprocher à Hubert c’était d’être tombé amoureux d’une prostituée apparemment rencontrée lors d’une descente et d’avoir quitté sa femme pour elle. Il y a donc beaucoup de nuance à apporter, encore aujourd’hui, à l’appréciation qu’on fait du comportement de Hubert et Dallaire. Par ailleurs, faut-il se demander si le scellé de 160 ans n’a pas servi, justement, à entretenir des rumeurs malsaines qui persistent toujours, plus d’un demi-siècle plus tard? Le phénomène de la rumeur persistante sans fondement s’apparente d’ailleurs à celle rencontrée dans l’affaire Blanche Garneau.[29]
Jacques Dupont a affirmé avoir vu le Dr. Létourneau dans le sous-sol de la morgue Philibert le 10 novembre 1969 Lors de son témoignage, le Dr Raymond Létourneau dit ne garder aucun souvenir de ça. Il affirme même « avoir de la difficulté » avec cette allégation, car selon lui il n’avait jamais vu le corps de son patient.

 

Jean-Marie Hubert a mené l’enquête sur le décès de Dupont, ce qui le mettait en position de conflit d’intérêt. « La preuve n’est donc pas limpide sur l’identité du responsable des recherches. Même si M. Hubert affirme dans son témoignage qu’il n’est pas en charge de l’enquête, il déclare y avoir participé activement et avoir conseillé M. Gagnon; la perception du rôle de leadership de M. Hubert à la Sûreté, le lien d’amitié avec M. Dupont de même que le constat du manque d’expérience de M. Gagnon dans les enquêtes, militent en faveur d’une direction bicéphale dans cette enquête (Massicotte). L’imputabilité de l’assignation de l’enquêteur responsable doit revenir à M. Poitras mais ce dernier déclare qu’il n’a pas fait cette désignation, M. Gagnon a donc pris les décisions. Le visionnement de la conférence de presse en date du 8 novembre 1969 en constitue un exemple frappant. »[30] Gagnon, qui ne s’y connaissait pas suffisamment dans les enquêtes criminelles, s’en est donc remis à Hubert, qui était le lieutenant-détective depuis plusieurs années.

« Pour MM. Thibeault, Massicotte, Gendron, Marquis, ce sont MM. Gagnon et Hubert qui mènent l’enquête. »[31]

Dans son rapport d’enquête, la juge en vient finalement à la conclusion que « Les faits révèlent que l’enquête policière dans le dossier de M. Dupont fut menée par M. Gagnon et M. Hubert et que les souvenirs de M. Poitras sont déficients quant à la délégation de ce pouvoir. »[32]

Selon l’étude de Lucie Charbonneau, il ne serait pas exceptionnel, du moins à une certaine époque, que des détectives enquêtent sur le suicide d’un collègue. Si cette habitude était répandue dans notre passé, il n’y aurait donc pas lieu de s’alarmer du fait qu’Hubert ait enquêté sur la mort de son collègue et ami. Il faut donc éviter de juger cette affaire d’après des pratiques contemporaines, mais plutôt se mettre dans le contexte de 1969.

 

 

Le nez de Dupont était écrasé, fracturé. On parlera également de « visage tuméfié » afin d’étayer l’hypothèse selon laquelle il aurait été violemment battu avant d’être assassiné. Selon Paul Philibert, « l’apparence du nez n’est que la résultante de la position dans laquelle il fut retrouvé »[33], c’est-à-dire le côté droit du visage appuyé contre l’épaule droite.

Dans son rapport, la juge Lacerte-Lamontagne écrit : « MM. Paul et Julien Philibert confirment les propos du Dr Hould. Le visage de M. Dupont n’arbore aucune blessure et l’apparence du côté droit est la résultante de l’appui du côté de la figure sur l’épaule. Aucune blessure n’est apparente au nez, il n’est pas cassé et il est croche à cause de la position dans laquelle se trouve M. Dupont. Aucune incision particulière n’est nécessitée pour redresser le nez. La preuve démontre de façon probante que le visage de M. Dupont présente des caractéristiques différentes de son visage connu mais aucun signe traumatique et blessure ne peuvent être reliés à cette apparence qui est davantage la conséquence de la position dans laquelle est retrouvée M. Dupont. »[34]

Les lunettes n’ont pas été remises à la famille. « Quant aux lunettes en corne de M. Dupont, Pierre Philibert parle de lunettes sans être en mesure de dire s’il s’agit de lunettes soleil ou autres, et dans son rapport, le capitaine Gagnon souligne qu’il a trouvé les lunettes de M. Dupont sous le pare-soleil; ces lunettes ne seront cependant pas remises à Mme Dupont. »[35]

En 2012, sur la photo C-20-D, il me sembla voir la présence d’une paire de lunettes dans la voiture, près de la main gauche de M. Dupont. Il semble même manquer l’un des verres. Était-ce ses lunettes de soleil ou ses verres de prescription?

 

Aucune empreinte n’a été retrouvée sur l’arme Cette affirmation n’est pas tout à fait exacte. La juge Lacerte-Lamontagne en est venue à la conclusion que « les traces d’empreintes décelées ne permettent pas de faire l’identification et la comparaison. Le fait de ne pas en déceler ne peut être interprété uniquement dans le sens que les empreintes ont été effacées pour couvrir un meurtre. Aucune preuve ne permet de faire cette affirmation. De même, dans l’éventualité où seules les empreintes de M. Dupont auraient été retracées, il serait hasardeux de conclure, de par ce seul fait, que M. Dupont s’est donné la mort. »[36] De plus, « La description de M. Caron quant à la structure de la crosse, la petite portion métallique et la surface rugueuse expliquent cette conclusion et ne contredit pas l’opinion du Dr. Roh à l’effet que l’identification d’empreintes apparaît dans 50% des cas de blessure par projectile. »[37]

La commissaire Lacerte-Lamontagne suggère également que les empreintes de Dupont auraient pu être abîmées par la manipulation faite par Massicotte et Gagnon. Mais ce n’est qu’une hypothèse, bien sûr.

 

 

Selon une théorie développée plusieurs années après la Commission de 1996, le millage non expliqué (57 milles) à l’odomètre de la voiture, correspondrait à un chalet de Champlain. C’est là que Dupont aurait été assassiné et la voiture ramenée dans la clairière du boulevard Saint-Jean, où il a été finalement retrouvé le 10 novembre 1969. Dans son rapport de 1996, bien avant l’apparition de cette théorie, la juge Lacerte-Lamontagne écrivait à propos du kilométrage que le « millage parcouru par le véhicule de M. Dupont entre le 4 novembre 12 :50 p.m. et le 10 novembre 1969, soit 57 milles et de la lecture qui en est faite, plusieurs interprétations peuvent en découler mais rien de concluant et d’affirmatif ne peut être élaboré encore ici. Comment alors interpréter la lecture qu’en fait le capitaine Gagnon dans son rapport daté du 17 novembre? Dans ce rapport, le capitaine Gagnon tire la conclusion que le millage parcouru par la voiture de M. Dupont est équivalente à la distance entre le poste no. 1 et le boisé du boulevard St-Jean. Que le capitaine Gagnon fasse la correspondance entre les 2 données peut être une justification de l’emploi du temps de M. Dupont et des endroits qu’il a parcourus avec la voiture de service. Il est également possible de faire d’autres interprétations quant aux intentions de M. Gagnon mais malheureusement, celles-ci demeurent inconnues. Par ailleurs, l’omission de faire le calcul ou d’indiquer dans son rapport ces deux variables, aurait pu faire l’objet de reproches. De plus, la raison justifiant le sergent-détective Buckley d’utiliser la voiture de M. Dupont, le 4 novembre 1969 et de compléter la formule de lecture du carburant ne reçoit aucune explication ou réponse dans la preuve. »[38]

Quant à la théorie apparue publiquement en 2011 selon laquelle une conspiration implique un chalet à Champlain, si le kilomètre semble correspondre, rien ne prouve que la voiture se soit jamais retrouvée à ce chalet. De plus, l’existence même de ce chalet n’a jamais été prouvée formellement. Bref, le kilométrage inexpliqué pourrait correspondre à n’importe quel déplacement autour de la ville. D’ailleurs, voir le témoignage de la sœur de Dupont, qui dit l’avoir vu au matin du 5 novembre 1969, comme s’il venait lui faire ses adieux.

 

Le Dr Michael Baden aurait trafiqué le sternum afin de le rendre compatible avec le verdict du suicide. Lors du premier nettoyage des ossements en matinée, lors de l’autopsie de 1996, le Dr Baden souligne que les premières radiographies démontrent que le sternum n’est pas perforé. Ce résultat s’explique par le fait qu’il reste encore de la terre et des tissus mous. Plus tard, en après-midi, le Dr Roh (selon le rapport de l’huissier Larivière) s’apprêtait à quitter, satisfait que le sternum ne comporte aucune perforation. Peu après, le Dr Baden, qui est à compléter un nettoyage plus minutieux, le rappelle pour lui montrer la perforation. « J’ai compris qu’il avait des restrictions de temps et qu’il avait un avion à prendre et qu’on avait des délais à rencontrer (Baden, 1996) », dira Baden lors de son témoignage en 1996.

Satisfait de voir que le sternum n’était pas perforé, alors que le travail de nettoyage n’était pas complété, le Dr Roh est allé se changer avec l’intention de partir. C’est d’ailleurs à ce moment-là qu’il aurait relayé l’information à Radio-Canada, qui s’empressa de diffuser l’information sur l’heure du dîner à l’effet qu’il n’y avait aucune perforation dans le sternum.

Quelques minutes plus tard, alors que le Dr Roh était dans ses vêtements de ville, le Dr Baden le rappela pour lui montrer la perforation découverte suite au nettoyage minutieux.

Le 29 août 1996, le Dr Baden a téléphoné au Dr Roh pour lui demander ce qu’il voulait qu’il fasse du sternum. Le Dr Roh lui a répondu « qu’il n’avait pas besoin de pousser son examen puisqu’il avait déjà examiné les pièces à la salle d’autopsie » (Baden, 1996)[39]. Selon le Dr Kathy Reichs, la perforation a été causée par un projectile qui est passé à haute vélocité, écartant ainsi la possibilité d’une quelconque manipulation malhonnête avec un outil. De plus, lors de son témoignage, le Dr Baden a présenté toutes les découvertes dans un ordre chronologique, y compris les premières radiographies démontrant qu’il n’y avait pas de perforation en raison de la présence de terre et autres matières. Il est tout à fait invraisemblable de penser qu’il ait lui-même trafiqué le sternum en présentant ainsi le déroulement complet des opérations.

De plus, l’effet du biseautage (Beveling) dans l’os du sternum est un autre élément démontrant que le projectile est venu de l’avant et non de l’arrière, et cela à haute vitesse.

Finalement, le Dr Roh a lui-même contredit la prétention de la famille Dupont en parlant d’un sterno-foramien, une malformation naturelle. Cette idée va à l’encontre d’une manipulation malhonnête. Toutefois, la théorie du sterno-foramien ne correspond pas avec les conclusions du Dr Reichs, qui parle d’un projectile qui a traversé le sternum à haute vitesse.

Si le Dr Baden avait trafiqué le sternum, pourquoi alors n’avait-il pas pris le temps à New York de parfaire l’apparence de ce trou? En effet, la perforation était plus petite qu’une balle de .38.

 

Selon la photo 137 prise lors de l’examen du squelette le 27 août 1996, il y a un trou à l’omoplate droite. Était-ce la preuve d’un second tir par balle dans le corps de Dupont? Selon le Dr Baden, « il s’agit là d’un trou qui est causé par la décomposition normale, l’os de l’omoplate est très très mince. Cette partie de l’ossement est très très mince, cette partie de l’omoplate et il est très courant de voir des fragmentations ou des trous dus à la décomposition et le processus normal de décomposition d’un corps. […] il n’y avait aucune indication dans cette omoplate d’un trou, perforation causée par balle ou fracture ou autre. » (Baden, 1996)

Pour sa part, le Dr Louis Roh, expert embauché par la famille Dupont, n’a pas attribué cette perforation à une quelconque blessure par balle.

Lors de l’autopsie de 1969, la coupure en forme de Y n’aurait pas été effectuée. Pour appuyer cette affirmation, on se base sur certaines photos du squelette prises lors de l’examen du 27 août 1996 et qui démontreraient que les côtes n’ont pas été sciées pour permettre cette incision en Y. Le Dr Michael Baden a témoigné à l’effet que l’incision en Y a été effectuée en 1969. Pour appuyer son argument, il se base sur des photos prises le 27 août 1996 et qui démontrent que les côtes ont été sciées près du sternum. La photo 190 (ci-dessous) démontre d’ailleurs ces pièces mises à part, entre les jambes du squelette.

De plus, la photo 204 montre également que la calotte crânienne a été sciée à lors de l’autopsie de 1969. L’autopsie de 1969 a donc été effectuée selon les règles de l’art.

 

 

Les Dupont refuient de croire en la théorie des gaze sortant du revolver et qui ont fait gonfler la peau. Cette réaction a permis d’imprimer sur la peau, autour de la plaie à la poitrine, les empreintes de la bouche du canon, du guidon et de l’extracteur. Pour soutenir leur affirmation, ils prétendent que les poils apparaissant sur la photo, tout autour de cette plaie à la poitrine, n’ont pas été brûlés. En 1996, le Dr Baden a témoigné à l’effet que les poils peuvent être brûlés si l’arme est tenue à une certaine distance, alors que dans le cas présent le tir a été fait à bout touchant. « Alors, on ne retrouve pas communément des poils brûlés sur des plaies à bout touchant. Ça va se produire plus communément s’il y a quand même une certaine distance entre l’arme à feu et la surface. Mais là encore ce n’est pas commun, ce n’est pas courant du tout de trouver des poils brûlés sur une plaie. Mais le fait, c’est que cette photo aurait pu être prise après que la surface ait été nettoyée. » (Baden, 1996)
L’une des photos prises du corps dans le sous-sol du thanatologue Philibert démontrerait que la plaie à la poitrine était une plaie de sortie parce que la chemise était « échiffée » vers l’extérieur (Jacques D., 1995). « Tout ce que je peux dire à partir de ceci, c’est qu’il y a une déchirure dans le tissu qui est compatible avec une plaie par projectile d’arme à feu. Mais je ne peux pas dire à partir de mon observation, du point où j’en suis, s’il s’agit là d’une déchirure dans la chemise ou s’il s’agit d’une plaie par projectile d’arme à feu ou s’il s’agit là d’une sortie ou d’une entrée. Parce que je ne peux pas voir clairement si oui ou non il y a des résidus de grains de poudre sur la chemise, et à ce point, je me fie beaucoup plus à la description du Dr Hould qui décrit qu’il y avait des substances ou des matières noires sur la chemise que je regarde actuellement et il a aussi fait la description de poudre noire sur la peau sous cette chemise. Alors cette partie-là étant une indication qu’il s’agit là d’une plaie d’entrée à cette partie. Mais je ne peux pas faire cette distinction à partir de cette photo […] », (Dr Baden, 1996).
Louis-Georges Dupont aurait été exposé « trois jours » avant d’être inhumé (Jacques D., 1995). Le corps a été préparé par Philibert dans la nuit du 10 au 11 novembre et inhumé dans l’après-midi du 13 novembre 1969. En supposant que la dépouille a commencé à être exposée dans l’après-midi du 11 novembre et qu’il a été enterré dans l’après-midi du 13 novembre, on en arrive à une période d’exposition de 48 heures, donc deux jours.

 

Les Dupont ont affirmé que le fait de mentionner dans le rapport du coroner que leur père s’était suicidé dans un moment « d’aliénation mentale » signifiait qu’on avait voulu le faire passer pour quelqu’un de fou. « Qu’est-ce qu’on a fait passer à l’enquête : qu’il était fou aliéné mental. »[40] Une recherche dans le fonds d’archives des enquêtes de coroner nous permet de constater qu’à cette époque le terme d’aliénation mentale était fréquemment utilisé dans les cas de suicide. Dans sa thèse paru en décembre 2013, ayant pour titre Risque, droit et société : les enquêtes du coroner du district judiciaire de Trois-Rivières, 1850-1950, Nathalie Ricard souligne que « 12 des 13 verdicts de suicide rendus au terme d’une enquête mentionnent qu’il a été commis dans un moment « d’aliénation mentale » ou de « folie aïgue ». La religion catholique réprouvant un tel geste, associer le suicide à la folie en diminuait le scandale. »[41] Comme elle le spécifie, « de l’entrée en vigueur du premier Code criminel canadien en 1893 jusqu’en 1972, les tentatives de suicide constituent des actes criminels. »[42]
Selon Jeanne d’Arc Lamy, son mari n’était pas dépressif car il y avait plus d’un an qu’il n’avait pas vu le Dr Roger Caron Dupont aurait vu le Dr Caron pour la dernière fois le 30 décembre 1968. Toutefois, au cours de l’année 1969, il a consulté le Dr Raymond Létourneau à plusieurs reprises. Il semble que la veuve ignorait tout de ces visites avec le Dr Létourneau, ce qui pourrait indiquer que Dupont ne disait pas tout à sa femme et qu’il tentait aussi bien que mal de lui cacher son état de santé mental.
La famille affirme que la veuve de Dupont n’a rien reçu en valeur monétaire suite au décès de son mari. Selon Le Nouvelliste, en décembre 1969 la veuve aurait reçu un peu plus de 3 000$ de la part de la Ville de Trois-Rivières. La veuve le confirme elle-même lors de son témoignage en 1996 en parlant de « 3 000$ de maladie ». En 1996, elle dira que Jacques Gendron lui avait remis 5 000$.[43] Elle avouera également avoir reçu une somme de 5 000$ que l’on remettait lors de la mort d’un policier. Selon elle, c’est Hubert qui lui aurait remis cette somme. Si on doit se fier à ces chiffres, on en vient à un total de 13 000$.

[1] Ivan St-Julien, Témoignage de Marcel Canuel, No. 400- 05- 000332‑941 (Cour supérieure 1er novembre1995).

[2] « Loi sur les archives », RLRQ c A-21.1 §, consulté le 1 octobre 2018, http://legisquebec.gouv.qc.ca/fr/ShowDoc/cs/A-21.1.

[3] Carol Couture, Les fonctions de l’archivistique contemporaine (Sainte-Foy: Presses de l’Université du Québec, 2005), https://cap.banq.qc.ca/notice?id=p::usmarcdef_0000544853.

[4] Colloque Les archives non textuelles : réflexions théoriques et expériences pratiques et Université Laval, Les archives non textuelles : réflexions théoriques et expériences pratiques : actes du colloque, 20 novembre 1991 (Québec: Université Laval, 1992), http://ariane.ulaval.ca/cgi-bin/recherche.cgi?qu=01-0055451.

[5] Céline Lacerte-Lamontagne, Témoignage de Johanne Dupont (Commission d’enquête sur les circonstances entourant la disparition et le décès de M. Louis-Georges Dupont 17 juin 1996).

[6] Loi sur les archives.

[7] « Loi sur l’accès aux documents des organismes publics et sur la protection des renseignements personnels », RLRQ c A-2.1 §, consulté le 4 octobre 2018, http://legisquebec.gouv.qc.ca/fr/ShowDoc/cs/A-2.1.

[8] Céline Lacerte-Lamontagne, Témoignage de Jeanne d’Arc Lamy Dupont (Commission d’enquête sur les circonstances entourant la disparition et le décès de M. Louis-Georges Dupont 17 juin 1996); Ivan St-Julien, Témoignage de Johanne Dupont, No. 400- 05- 000332‑941 (Cour supérieure 1 novembre 1995).

[9] Lacerte-Lamontagne, Témoignage de Jeanne d’Arc Lamy Dupont, 1.

[10] Lacerte-Lamontagne, 1.

[11] St-Julien, Témoignage de Johanne Dupont, 1; Lacerte-Lamontagne, Témoignage de Jeanne d’Arc Lamy Dupont, 1.

[12] St-Julien, Témoignage de Johanne Dupont, 1.

[13] Lacerte-Lamontagne, Témoignage de Jeanne d’Arc Lamy Dupont, 1.

[14] Lacerte-Lamontagne, 1; Ivan St-Julien, Témoignage de Jeanne d’Arc Lamy Dupont, No. 400- 05- 000332‑941 (Cour supérieure 1 novembre 1995).

[15] St-Julien, Témoignage de Jeanne d’Arc Lamy Dupont, 1.

[16] St-Julien, 1; Lacerte-Lamontagne, Témoignage de Jeanne d’Arc Lamy Dupont, 1.

[17] Céline Lacerte-Lamontagne, « Commission d’enquête sur les circonstances entourant la disparition et le décès de M. Louis-Georges Dupont : rapport d’enquête », 28 novembre 1996, Bibliothèque et Archives nationales du Québec à Trois-Rivières, https://www.bibliotheque.assnat.qc.ca/DepotNumerique_v2/AffichageNotice.aspx?idn=67712.

[18] Lacerte-Lamontagne, « Commission d’enquête sur les circonstances entourant la disparition et le décès de M. Louis-Georges Dupont : rapport d’enquête ».

[19] Céline Lacerte-Lamontagne, Commission d’enquête publique sur les circonstances entourant le décès de Louis-Georges Dupont (Enquête publique 1996).

[20] Lacerte-Lamontagne, « Commission d’enquête sur les circonstances entourant la disparition et le décès de M. Louis-Georges Dupont : rapport d’enquête ».

[21] Guy Veillette, « Le dossier Louis-Georges Dupont, La ville de Trois-Rivières blâmée », Le Nouvelliste, 26 mars 1994.

[22] Loi sur l’accès aux documents des organismes publics et sur la protection des renseignements personnels.

[23] Eric Veillette, « Louis-Georges Dupont: l’enquête de coroner », Historiquement Logique! (blog), 10 octobre 2018, https://historiquementlogique.com/.

[24] Guy Veillette, « Mort suspecte de Louis-Georges Dupont, La famille ira jusqu’au bout », Le Nouvelliste, 20 décembre 1993.

[25] Guy Veillette, « Décès du policier Louis-Georges Dupont, Le coroner en chef doute qu’une enquête publique soit réalisable », Le Nouvelliste, 19 septembre 1994.

[26] Lajoie, « Drame sur la rue Saint-Paul à Trois-Rivières, deux jeunes suspects sont détenus par la police: Un homme est frappé à mort à l’aide d’une barre de fer ».

[27] Lacerte-Lamontagne, « Commission d’enquête sur les circonstances entourant la disparition et le décès de M. Louis-Georges Dupont : rapport d’enquête ».

[28] Lucie Charbonneau, « Le suicide chez les policiers au Québec: enjeux méthodologiques et état de la situation », Population 55e année, no 2 (2000): 367‑78, https://doi.org/10.2307/1535038.

[29] Eric Veillette, L’affaire Blanche Garneau (Trois-Rivières: Bouquinbec, 2017), https://cap.banq.qc.ca/notice?id=p::usmarcdef_0005573018.

[30] Lacerte-Lamontagne, « Commission d’enquête sur les circonstances entourant la disparition et le décès de M. Louis-Georges Dupont : rapport d’enquête ».

[31] Lacerte-Lamontagne.

[32] Lacerte-Lamontagne.

[33] Lacerte-Lamontagne.

[34] Lacerte-Lamontagne.

[35] Lacerte-Lamontagne.

[36] Lacerte-Lamontagne.

[37] Lacerte-Lamontagne.

[38] Lacerte-Lamontagne.

[39] Lacerte-Lamontagne, Commission d’enquête publique sur les circonstances entourant le décès de Louis-Georges Dupont.

[40] Lacerte-Lamontagne, Témoignage de Jeanne d’Arc Lamy Dupont, 1.

[41] Nathalie Ricard, « Risque, droit et société: les enquêtes de coroner du district judiciaire de Trois-Rivières, 1850-1950 » (Université du Québec à Trois-Rivières, 2013).

[42] Ricard.

[43] Lacerte-Lamontagne, Témoignage de Jeanne d’Arc Lamy Dupont, 1.

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