Louis-Georges Dupont: l’enquête de coroner

L’enquête de coroner sur la mort du policier Dupont, telle qu’on la retrouve encore de nos jours dans les archives de BAnQ.

Il y a 49 ans cet automne se déroulait l’enquête du coroner sur la mort tragique du policier Louis-Georges Dupont. Son corps, transpercé d’un projectile d’arme à feu, a été retrouvé dans sa voiture de service le 10 novembre 1969, à Trois-Rivières. Depuis cette date, on a eu droit à de nombreuses rumeurs, dont la plupart penchaient en faveur de la théorie du complot et de l’assassinat. Soulignons cependant que le verdict officiel, confirmé en 1996 par une commission d’enquête publique, reste le suicide.

Le 2 décembre 1969, c’est d’ailleurs ce verdict qu’établissait le coroner Marcel Chartier d’après les preuves présentées devant lui. Dans un article publié en 2014, Historiquement Logique revenait sur la question de l’aliénation mentale, dont faisait mention Chartier[1].

Depuis plusieurs années, Historiquement Logique redonne la parole aux archives judiciaires. Est-il encore possible d’apprendre des choses sur cette affaire en revisitant simplement les documents légaux?

Tout d’abord, l’enquête originale du coroner Chartier sur cette affaire se trouve toujours dans les contenants préservés dans la voûte de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ).

Voyons maintenant de plus près certaines affirmations qui ont fait leur apparition au cours des années et qui, pour la plupart, tendaient à appuyer la version selon laquelle Dupont aurait été assassiné.

Les notes sténographiques : absentes ou jamais produites?

Parmi les questions soulevées, on a mentionné l’absence des transcriptions sténographiques, alors que des témoins se sont exprimés devant le coroner Chartier. Cette absence est-elle étrange ou non?

En fait, quand on effectue une recherche dans la boîte contenant les dossiers du coroner Chartier pour l’année 1969, on constate, par exemple, la présence de 49 pages de notes sténographiques dans une affaire concernant la mort de Mme Wilfrid Moreau. Celle-ci avait été tuée durant un accident de la route survenu à Batiscan le 8 février 1969.

Dans l’enquête concernant la mort de Manon Bordeleau, une fillette de 4 ans décédée alors qu’on l’avait laissé sans surveillance près d’une voie ferrée, on retrouve 36 pages de notes sténographiques. Le verdict du coroner : mort accidentelle.

Comme troisième exemple, Léo Arvisais est décédé lui aussi accidentellement le 5 décembre 1969. Encore aujourd’hui, on retrouve 49 pages de transcriptions à propos de l’enquête menée par le coroner sur les circonstances de son décès.

La question est de savoir s’il est normal ou non que la partie du dossier du coroner Chartier sur la mort de Dupont ne contiennent aucune note sténographique? D’abord, la question demeure, y a-t-il seulement eu un sténographe ce soir-là pour prendre en note les quelques témoignages entendus?

Comment expliquer cette absence de transcriptions? Parce que la mort de Dupont ne soulevait alors aucun soupçon? Que ses collègues se doutaient déjà, en raison de son comportement au cours de la dernière année, que Dupont était dépressif et que le suicide ne surprenait personne?

En effet, il semble plutôt rare qu’on retrouve des transcriptions sténographiques dans des enquêtes qui se sont soldées par des suicides. Il n’y aurait donc pas lieu de s’alarmer.

L’absence de ces notes est difficilement interprétable en faveur d’un quelconque complot puisque d’autres cas, qui n’ont suscité aucune controverse, ne contiennent plus aucune transcription. À titre d’exemple, il suffit de penser à l’incendie de 1966 qui a causé la mort de Mme Robert Alarie et de ses sept enfants[2]. Or, bien que Le Nouvelliste mentionnait à l’époque qu’il y avait bel et bien eu une enquête de coroner avec des témoignages (des photos de Roland Lemire du Le Nouvelliste en témoignent), et cela devant Marcel Chartier, le dossier ne contient aujourd’hui aucune transcription. On peut seulement y lire un verdict.

Comment doit-on interpréter ce constat?

En fait, faut-il interpréter les absences de documents par une hypothèse qui ne peut s’appuyer sur aucune preuve tangible ou argument solide? Évidemment, ce ne serait pas professionnel.

Avant la Loi sur les archives, apparue en 1983, la conservation des documents des organismes publics reste pratiquement impossible à interpréter. S’y risquer, c’est aussi s’y casser les dents. Par conséquent, l’absence des transcriptions dans le dossier Dupont ne prouve strictement rien.

L’absence de numéro de dossier

Chez les défenseurs de la thèse de l’assassinat, on a accusé le coroner Marcel Chartier d’incompétence parce qu’il n’avait pas rempli un espace situé dans le coin supérieur droit de son procès-verbal. Encore une fois, comment interpréter ce vide? Et, surtout, faut-il se risquer à l’interpréter?

Or, il suffit de repasser rapidement les autres enquêtes signées par Chartier contenues dans la boîte préservée à BAnQ pour constater qu’il n’a rempli cet espace que par un numéro séquentiel, de sorte que les documents se suivent dans un ordre croissant, suivant, semble-t-il, un agencement chronologique. De plus, on constate que cette habitude était aussi celle des coroners Cossette et Grégoire.

Pour être encore plus précis, on ignore qui a ajouté ce numéro séquentiel. Il est le résultat d’un crayon couleur qui ne correspond pas avec l’encre utilisé par Chartier pour signer le document. Ce numéro a donc pu être ajouté beaucoup plus tard.

Les délais entre l’incident et le rapport du coroner

La page couverture des transcriptions de l’enquête de coroner menée sur les circonstances entourant le décès d’André Ayotte prouve qu’il y a bien eu deux enquêtes le soir du 2 décembre 1969.

Est-il étrange de constater que l’enquête du coroner Chartier dans l’affaire Dupont ait été entendue le 2 décembre 1969, près d’un mois après la découverte du corps.

Encore une fois, il suffit de consulter d’autres enquêtes de l’époque pour constater la présence régulière d’un délai entre l’incident tragique et la tenue de l’enquête ou le dépôt du rapport. Par exemple, Mme John Asselin, 67 ans, est décédée d’une crise cardiaque le 11 septembre 1969. Or, le document d’enquête de Chartier a été signé le 10 octobre 1969.

Les exemples du genre pullulent.

Enquête sur la mort d’André Ayotte

Un dernier point controversé, celui de la possibilité qu’il y ait eu deux enquêtes de coroner au soir du 2 décembre 1969, l’une à la suite de l’autre. On a même parlé du fait que la personne décédée se nommait André Ayotte.

Lors de la Commission d’enquête publique accordée à la famille Dupont en 1996, le remorqueur Majoric Binette est venu témoigner à l’effet qu’au soir du 2 décembre 1969 il avait témoigné dans deux enquêtes, au point de dire qu’il avait passé « une bonne partie de la veillée » sur place. Or, les fils de Dupont prétendaient, jusque-là, ne jamais avoir vu Binette sur place. Ils niaient également la présence de deux enquêtes tenues le même soir. Bref, ils affirmaient avoir assisté à une seule enquête, celle de leur père.

Ce que les archives nous apprennent, c’est que Binette avait probablement raison. En effet, l’enquête de coroner sur la mort d’André Ayotte existe toujours et elle sommeille dans les boîtes du fonds des enquêtes de coroner préservé à BAnQ. On y retrouve d’ailleurs le témoignage de Binette enregistré en notes sténographiques. De plus, soulignons que les documents contenus dans cette boîte ont été versés à BAnQ en 1983.

Conclusion :

Quoiqu’on en dise, les archives judiciaires permettent de rectifier des faits ou de diminuer l’effet de certaines affirmations, même si celles-ci peuvent être répétées durant plusieurs années. En fait, plutôt que de reprocher au défunt coroner Chartier d’avoir été incompétent, on pourrait même affirmer qu’il présentait des rapports plus raffinés pour son époque. Contrairement à l’un de ses collègues comme le coroner Michel Lupien, qui a rempli sa part de documents à la main, ceux de Chartier sont tous écrit à la machine.

Il est toujours préférable de bien étudier les archives – évidemment lorsqu’elles sont disponibles – avant de se prononcer sur un cas particulier. En effet, ces documents ont encore une valeur légale de preuve.


[1] https://historiquementlogique.com/2014/10/25/laffaire-dupont-la-question-de-lalienation-mentale/

[2] https://historiquementlogique.com/2012/07/20/laffaire-alarie-et-le-coroner-marcel-chartier/

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La rumeur, malsaine et coûteuse

Le 22 juillet 1920, dans le parc Victoria de Québec, Blanche Garneau, une jeune femme de 21 ans, était sauvagement violée et assassinée.  Son corps ne devait être découvert que six jours plus tard.  Bien que son nom ait aujourd’hui été oublié par la majorité d’entre nous, ce drame souleva une controverse rarement rencontrée dans l’histoire de notre province.  En fait, le nom de cette modeste vendeuse de thé souleva un intérêt médiatique bien plus imposant que le meurtre d’Aurore Gagnon, survenu la même année.  La stagnation de l’enquête policière poussa le public à vouloir trouver ses propres réponses, ce qui créa rapidement des rumeurs incontrôlables.

Un procès, puis une commission royale d’enquête à laquelle le premier ministre Louis-Alexandre Taschereau fut contraint de témoigner, ne suffit pas à élucider ce crime.  On avait dépensé les deniers publics pour en arriver au même point.  Le meurtre demeurait non élucidé.

L’Histoire nous enseigne certaines leçons, à condition, bien sûr, d’accepter de leur prêter un minimum d’attention.  Dans les faits, rien dans cette cause du siècle dernier ne rejoint celle de Cédrika Provencher.  Nous avons là deux dossiers séparés par plus de huit décennies, deux modes opératoires différents, et des victimes qui n’ont pas le même âge.  Et pourtant!

Quand on prend la peine de se pencher sur le comportement social, on croirait alors assister à un véritable copier-coller.  La technologie a considérablement évoluée depuis 1920, mais pas nécessairement la mentalité sociale.

Pendant les quelques semaines que dura l’enquête du coroner sur la mort tragique de Blanche Garneau, le public avait, semble-t-il, pris la décision de faire sa propre justice.  Le seul moyen dont le peuple dispose dans ce genre de situation est sa langue, considéré ici au premier degré et comme synonyme de commérage.  Bien sûr, ces rumeurs prenaient leur élan à partir de certains éléments véridiques ou quelques interprétations douteuses, mais elles ne tardèrent pas à prendre une proportion telle que la classe politique fut pointée du doigt.  On accusa deux fils de député d’être les meurtriers, en plus de laisser clairement entendre que d’autres politiciens agissaient au sein de cette enquête dans le seul but de les protéger.  Bref, on parlait de complot politique.

On a d’ailleurs assisté à cette tendance dans l’affaire Dupont, au sein de laquelle, sans aucune preuve, on accusait pratiquement toutes les institutions québécoises, et cela sur une période de plusieurs décennies.  En réalité, le crime reproché ne fut qu’un malheureux suicide.  Bref, la rumeur publique avait failli fausser un résultat clairement établi par la justice.

Quand on se retrouve devant un combat à la saveur de David contre Goliath, comment se fait-il que David ne se remette jamais en question?  Pourquoi ne se demande-t-il pas, par exemple, la raison pour laquelle il est tout seul dans son camp?  Avant de pointer l’ensemble de la société en l’accusant de tremper dans un épouvantable complot qui n’a jamais laissé la moindre trace, une prise de conscience devrait s’imposer d’elle-même.

Ces rumeurs vont rarement en décroissant.  Les ragots prennent plutôt de l’ampleur, et parfois même des proportions démesurées, voir épouvantables.  Ai-je besoin de mentionner quelques cas américains comme JFK ou celui des tours jumelles?

Dans l’affaire Dupont, le congédiement de deux policiers en 1969 a effectivement révélé un certain climat de corruption à Trois-Rivières, mais ce sujet est vite devenu un fourre-tout pour y déposer les hypothèses les plus loufoques.  Bref, c’est devenu à peu près n’importe quoi.  La justice s’est prononcée à plusieurs reprises et à chaque fois le suicide fut confirmé, et reconfirmé, telle une vieille chanson à répondre qui passe et repasse à la radio entre Noël et le Jour de l’An.  Le système judiciaire n’a pas à expliquer son fonctionnement ou ses décisions, mais peut-être qu’on aurait dû faire comprendre à certains acteurs du dossier ce qu’est une véritable preuve.  Ce petit exercice pédagogique aurait sans doute pu éviter de nombreuses dépenses, que ce soit en argent ou en énergie.

L’affaire Dupont a ceci en commun avec celle de Blanche Garneau : dans les deux cas, la rumeur publique a forcé la tenue d’une commission d’enquête coûteuse qui, au final, n’a strictement rien donné, sinon de créer des déchirements et autres mésententes regrettables.  La rumeur peut donc avoir un impact concret et financier sur notre quotidien.  Dans ce cas, il ne faudrait surtout pas la considérer comme inoffensive.

La pendaison de Wilbert Coffin, en février 1956, a suscité sensiblement le même phénomène, au point de forcer le gouvernement à mettre sur pied la Commission Brossard au milieu des années 1960.  Bien que le verdict ait été reconfirmé et qu’une révision du dossier entamée en 2007 n’a jamais donné suite, il se trouve encore des gens pour affirmer haut et fort que Coffin était innocent.  Encore une fois, la rumeur s’est avérée coûteuse.

screenhunter_205-sep-16-19-25En 1982, l’étudiante France Alain a été sauvagement abattue en pleine rue à l’aide d’un fusil de chasse de calibre .12 alors qu’elle revenait de faire des emplettes à Ste-Foy.  Le coroner mit quatre ans avant de tenir son enquête, qui visait clairement l’animateur de radio Benoît Proulx.  Même si celui-ci a été acquitté honorablement lors de son procès survenu au début des années 1990, il s’en trouve encore pour le pointer du doigt.  Et pourtant, quand on se donne la peine d’approfondir un peu cette affaire on a plutôt tendance à viser le comportement policier.  Là encore, il semble que la population ait dû encaisser les frais d’un procès qui n’aurait jamais dû avoir lieu.  J’ajouterais que, dans ce cas, la rumeur a été malhonnêtement entretenue par certaines personnalités, tout comme le laissait entendre Yves Boisvert dans La Presse du 23 août 1997.

Boisvert, qui intitulait son article « Quand l’hystérie d’une opinion publique gagne le système judiciaire », soulignait que « ce dérapage-là ne pouvait se passer qu’à Québec.  Avec un meneur d’opinion publique appelé André Arthur qui se prend pour un policier, un procureur, un juge et un jury; avec une police de banlieue à la réputation moins qu’ordinaire; avec un avocat de la Couronne pressé et ambitieux; avec un juge ancien sous-ministre associé qui paraît pencher pour la thèse de l’État et qui en oublie des règles élémentaires de justice; et avec un petit monde médiatique qui se chicane salement autour de tout ça ».

On ne souhaite évidemment pas que ces histoires d’horreur se répètent avec l’affaire Cédrika Provencher, alors que nous n’avons toujours pas la moindre accusation ni procès.  Et ces rumeurs ne se limitent pas aux détails entourant Jonathan Bettez.  Dès 2007, et cela jusqu’à l’été dernier, des âmes irréfléchies m’ont fait part de leur idée selon laquelle le coupable serait nul autre que le père de Cédrika, Martin Provencher.  Pour être franc, je n’ai jamais cru ou même envisagé cette avenue.  Pas une seule seconde!  Au contraire, je trouvais cela tout à fait gratuit, et même dégueulasse.

Cette idée ridicule offre un autre exemple concret de l’aspect malsain que peut engendrer un climat contrôlé par les ragots.  Souvenons-nous que Cédrika a été enlevée par un homme qui rôdait dans son quartier en demandant, ici et là, à des enfants de venir l’aider à retrouver son chien.  En fait, un père mal intentionné s’y prendrait autrement, sans ameuter tout un quartier au sein duquel il risquerait d’ailleurs d’être reconnu.

Le simple fait d’y avoir pensé prouve à quel point certaines commères peuvent manquer d’esprit d’analyse.  C’est bien connu, la commère préfère ouvrir la bouche avant de mettre son cerveau en marche.

Comme je le soulignais lors de mon dernier passage à l’émission Denis Lévesque, il est tout à fait normal de vouloir aider, d’avoir l’instinct de chercher, au point de voir Cédrika dans notre soupe.  La normalité a cependant ses limites lorsqu’elle se transforme en chasse aux sorcières.  En dépit de ce que certaines personnes croient, le système policier est généralement efficace et il est aussi là pour nous protéger contre nous-mêmes.  Le système judiciaire se chargera en temps et lieu du coupable, si bien sûr on arrive à déposer des accusations contre lui.  Il ne faudrait tout de même pas laisser la population se faire justice en conduisant Jonathan Bettez sur le bûcher.  Ce serait une terrible régression sociale que de laisser de telles décisions au public, qui a toujours eu besoin de moins de preuve – sinon aucune – que la Justice pour condamner une personne.

Ceci dit, la rumeur a parfois tort, et parfois raison.  Le problème, c’est que nous devons avoir la sagesse d’admettre que ce n’est pas à nous d’en juger, et encore moins à tous ces détectives en herbe qui s’improvisent actuellement.  On peut commenter raisonnablement, mais de là à répandre des rumeurs invérifiables…

Probablement comme plusieurs d’entre vous, j’ai parcouru quelques textes et commentaires sur les réseaux sociaux.  C’est clair, nous sommes plongés en pleine stupeur.  Les gens disent vraiment n’importe quoi, au point où j’ai reconnu personnellement certains affabulateurs et d’autres qui s’improvisent experts en ADN.  Le célèbre chroniqueur judiciaire Claude Poirier en est rendu à perdre son latin, et peut-être même son dentier, en répandant certaines inepties.  Certes, il a nagé toute sa vie dans le ouï-dire, mais cette fois c’est la goutte qui fait déborder le vase chez plusieurs amateurs de faits judiciaires.  Ce n’est peut-être pas son âge qui l’affecte le plus, comme l’avancent certains, mais plutôt son amour démesuré pour le scoop.

D’autres avancent l’idée d’un complot alors que nous n’avons toujours pas la moindre accusation légale.  On brûle les étapes.  On cède à la pression populaire et on déblatère.  On veut plaire au public, mais ce n’est pas ça une véritable enquête objective.  C’est dérisoire, inacceptable et très malsain.

Comme le disait si bien l’écrivain S. Yzhar « nous émettons une idée sur toute chose avec une ignorance merveilleuse ».

C’est sans doute malheureux pour les indiscrets chroniques, mais nous saurons la vérité sur cette affaire seulement s’il y a procès.  En attendant, libre à vous de croire les affabulateurs de votre choix.

 

L’enquête de la CPQ à Trois-Rivières, 1969

hammer-719066_1280         Tout a commencé le 17 février 1969, lorsque Me Lucien Comeau et Me Jean Méthot se rendirent à Québec pour y rencontrer les membres de la Commission de Police du Québec (CPQ). Selon la rumeur, le bureau des détectives contrôlait le réseau de prostitution. Toutefois, la CPQ profiterait aussi de l’occasion pour étudier d’autres aspects, comme par exemple les finances, l’équipement et le niveau de formation des policiers.

En 1968, alors que la Sûreté provinciale devenait la Sûreté du Québec, le gouvernement de Daniel Johnson créait la Commission de police. Peu de temps après, l’École de police du Québec fermait ses portes pour laisser toute la place à l’Institut de police de Nicolet qui prit la relève dès le 16 juin 1969. Ce dernier serait désormais géré par le ministère de la Justice.

À cette époque, les forces policières trifluviennes se divisaient en deux parties : la gendarmerie, composée de 131 constables en uniformes dont 9 affectés à l’escouade des motocyclistes, et la sûreté, qui englobait principalement l’escouade des enquêtes dont le capitaine était Georges Gagnon, 53 ans. En théorie, Gagnon avait sous ses ordres le lieutenant-détective Jean-Marie Hubert, le sergent-détective Paule Dallaire et 6 autres enquêteurs. Officiellement, il n’y avait aucune escouade de la moralité mais le rapport de la CPQ mentionnera la présence de deux policiers affectés à cette tâche, soit Hubert et Dallaire. On parlera aussi d’un troisième sans toutefois le nommer officiellement[1].

Les audiences de la CPQ s’ouvrirent le 12 août 1969 au palais de justice de Trois-Rivières sous la présidence du juge Roger Gosselin et du commissaire Gérald Tobin. Selon le procès-verbal, on cibla rapidement les liens entre les policiers de la moralité et le réseau de prostitution. Quatre maisons de débauches se démarquèrent : le Manoir Laviolette, le Club St-Paul, l’Hôtel des Trois-Rivières et l’Hôtel St-Louis. On connaissait aussi le Tourist Room Mon Repos, le Caumartin (ou hôtel Bonaventure), l’hôtel Windsor, le Club des Forges, le Lido, le Monaco, et le Laurentien. La police était également au courant que d’autres établissements servaient de lieux de rendez-vous, comme par exemple le Miche à Gogo, le Bar Marin, l’Hôtel St-Georges, l’Hôtel Bonaventure, le Jeannine Spaghetti House (Roi du Spaghetti en 1968) et l’Igloo Bar.

Me Raymond Boily occupait la fonction de procureur de la CPQ, tandis que Me Gaston Gamache et Me Guy Lebrun représentaient l’Association des Policiers de Trois-Rivières. Quant à eux, Me Jean Méthot et Me Lucien Comeau œuvraient pour les intérêts de la Corporation de la Cité.

Dès le début des travaux, on expulsa plusieurs hommes en leur demandant de demeurer à la disposition de la Commission. Aucun d’entre eux ne fut cependant rappelé[2].

Puisque les transcriptions sténographiques des audiences n’ont pas été conservées, on doit s’en remettre uniquement au procès-verbal pour tenter de comprendre ce qui s’est réellement produit. Puisque le bureau des enquêtes était principalement visé, on peut y lire que le greffier Beaumier déposa en preuve les résolutions d’embauche des membres de tous les détectives : Georges Gagnon, Jean-Marie Hubert, Paul Dallaire, Gilles St-Pierre, Clément Massicotte, Guy Poisson, Fernand Gendron, Fernand Thibault, Louis-Georges Dupont, et Lawrence Buckley.

Ce scandale aurait débuté par une visité de Paul Dallaire à la résidence du conseiller municipal Gaston Vallières en novembre 1968. Dallaire aurait alors confié à ce dernier « qu’il plaçait des filles en nombre limité dans divers établissements de Trois-Rivières » et que « les filles subissaient un examen médical régulièrement et qu’elles devaient comparaître après un certain temps pour la forme ».

Le 13 août, le témoin le plus important fut sans aucun doute Roger Dion, un journalier de 50 ans à l’emploi de la municipalité. L’hebdomadaire Photo-Police précisa dans son édition du 23 août que Roger Dion, « à l’emploi de l’exposition de Trois-Rivières, aurait assisté au cours de l’année 1966 et de l’année 1967 à la remise de pots-de-vin à deux détectives de la force constabulaire de Trois-Rivières ». Dion raconta avoir travaillé durant de nombreuses années comme « sticker » pour un kiosque munie d’une roue de fortune et à laquelle on invitait les gens à miser des sommes variant de 0.25$ à 5.00$. Bref, on faisait miroiter aux clients leurs chances de gagner alors qu’en réalité personne n’avait jamais rien empoché. Il fut même question qu’un client s’y était fait flouer d’une somme de 600.00$.

En 1967, Dion avait vu son patron remettre deux billets de 20.00$ « à un autre employé du même kiosque pour aller les remettre à deux policiers qu’il identifie, et il ajoute qu’au cours de l’année 1966, il a vu la même chose se produire mais il n’identifie que l’un des deux policiers à qui, au cours de 1966, de l’argent aurait été remis »[3]. En considérant que les détectives Lawrence Buckley et Paul Dallaire ont été forcé de demeurer dans la salle lors de ce témoignage, on devine qu’ils étaient les policiers ciblés.

Selon Photo-Police, un témoin d’âge mineur raconta ensuite avoir remis 200$ « à un détective pour qu’il solutionne une cause pendante à la Cour du Bien-Être. Il a identifié le détective qui se trouvait à la cour ». Or, le procès-verbal permet de découvrir que ce témoin était Denis Blais, un jeune homme de 20 ans, dont l’occupation est mentionnée comme « checker pour la voirie » et que le policier concerné était Hubert.

C’est seulement en consultant le rapport final de la CPQ qu’on arrive à cerner l’essentiel de ce témoignage. Blais se trouvait au rond-point de la rue Royale lorsqu’un véhicule conduit par « un membre de l’escouade des détectives », en l’occurrence Hubert, s’était approché de lui. Blais lui aurait remis 200$ pour que son affaire puisse « s’arranger » devant la Cour du Bien-Être. Toutefois, Blais aurait subi de l’intimidation de la part de Norman Burns, Claude « Plume » Laplante et Pierre Bouchard, trois individus faisant partie des hommes expulsés du prétoire dès le début de l’enquête. Selon Photo-Police, ces énergumènes étaient connus « des milieux interlopes de Trois-Rivières ».

Au matin du 14 août, l’odeur de la prostitution se répandit dans le prétoire avec l’apparition d’Irène Paquet, une jeune femme de 26 ans habitant à Ste-Foy. Suite à la levée d’un huis clos, le procès-verbal mentionne uniquement que « Messieurs Hubert et Dallaire sont présents au cours de la première partie du témoignage. Monsieur Dallaire seul est présent pour la continuation du témoignage ». Que savait Mme Brière à propos des deux détectives?

Le 15 août, un policier de l’escouade de la moralité de Montréal vint raconter sa visite auprès d’un collègue de Trois-Rivières et que ce dernier lui avait raconté que 37 prostituées œuvraient dans la ville de Laviolette. Selon le stratagème mis en place, on permettait à toute nouvelle fille de « travailler » pendant un mois. Si elle respectait les règles, elle pouvait ensuite rester. Cela voulait dire qu’elle s’exposait à des arrestations et qu’elle devait alors payer une « amende » de 100$ sans devoir passer devant la Cour municipale. Selon une autre version contenue dans le procès-verbal, on exigeait des filles un examen médical régulier. Les noms des médecins impliqués ne seront cependant jamais mentionnés.

Puisqu’il en avait probablement assez entendu, le directeur de la police J.-Amédée Delage fit une recommandation pour la suspension des détectives Hubert et Dallaire. Le soir même, le conseil municipal se réunit et la recommandation fut adoptée par le maire suppléant Léo Pidgeon et le greffier Georges Beaumier. Officiellement, Hubert et Dallaire étaient maintenant suspendus[4]. Juste avant cela, Dallaire aurait déclaré « le directeur m’a dit de ne pas m’occuper de ça s’il y avait 200 ou 300 filles, d’en arrêter une durant ma surveillance »[5].

Au matin du 19 août, Me Guy Lebrun se montra furieux en déposant la lettre du directeur Delage devant le commissaire Gosselin. Puisqu’on les suspendait avant la fin des travaux, Lebrun se porta à la défense d’Hubert et Dallaire. « Si un membre de notre Barreau est dans la même situation, le tribunal affecté attend pour statuer que tout soit entendu … Si c’est bon pour le Barreau, c’est bon pour le reste de la population », dira Me Lebrun.

Peu de temps après, le témoignage de Romuald Godin apporta un autre scandale. Au soir du 10 mars 1969, vers 20h15, Godin avait reçu la visite de deux femmes qui entrèrent dans son restaurant en criant « c’est un hold-up ». L’une d’elles avait gardé une main dans la poche de son manteau tout en la pointant vers le sexagénaire. Après que Godin eut contourné son comptoir, l’une des braqueuses le frappa et s’ensuivit une lutte. L’une des voleuses trébucha, ce qui permit à Godin de lui arracher son manteau qui contenait encore des cartes permettant de l’identifier. Les mains vides, les deux femmes avaient ensuite pris la fuite.

Il s’avéra que ces deux braqueuses amateurs étaient Louise St-Pierre, 28 ans, et Claire Bourassa (née Côté), 26 ans. Dans cette histoire, les enquêteurs expliquèrent à Godin qu’ils ne pouvaient le soumettre à une séance d’identification puisqu’ils manquaient alors de figurantes. En fait, les deux jeunes femmes furent remises en circulation. Elles étaient plus rentables sur le trottoir que derrière les barreaux.

Au matin du 23 août, Photo-Police publiait sous le titre « La prostitution était dirigée par des policiers ». On y mentionnait que « c’est le conseiller municipal Gaston Vallières qui a fait la première sortie contre le corps de police de Trois-Rivières en disant qu’il n’avait plus confiance en certains de ses membres. À ce moment, il a été établi qu’un ménage était nécessaire et c’est le conseiller Vallières qui a pris l’affaire en main ».

Dès l’aube du 26 août, Le Nouvelliste répandait la rumeur selon laquelle la municipalité s’apprêtait à réembaucher Hubert et Dallaire. Il semble que le directeur Delage revenait sur sa parole, affirmant cette fois que sans un appel du gérant de la ville il n’aurait jamais recommandé leur suspension.

Le seul témoin mis sur le grill au cours de la journée du 27 août fut le détective Paul Dallaire, 40 ans. Pendant ce temps, suite à une rencontre avec le maire René Matteau, Delage renversait sa décision. Au soir du 2 septembre, Matteau réunit son conseil à l’Hôtel de Ville pour une séance régulière au cours de laquelle le conseiller Fernand Colbert proposa la réembauche de Jean-Marie Hubert et de Paul Dallaire. La proposition fut secondée par le conseiller Benoît Giguère. Toutefois, comme il l’avait fait en 1955 dans l’affaire impliquant le directeur Antonio Roy, le conseiller Gaston Vallières se déclara dissident.

Deux jours plus tard, Hubert déclarait à Arseneault : « On est mieux de porter les causes de prostitution en Cour municipale, ça grossit les coffres de la ville, lança-t-il. Aux Sessions de la Paix, ça va à la province! ».

Le 5 septembre, après avoir entendu le maire, ainsi que le détective Lawrence Buckley et le constable Gilles St-Pierre, les travaux de la commission furent suspendus jusqu’au 17 septembre.

Ce jour-là, après que le juge Gosselin eut ordonné aux détectives Louis-Georges Dupont, Fernand Gendron, Clément Massicotte et Fernand Thibault de retourner à leur travail habituel – puisque les enquêtes de routine continuaient de s’accumuler – on eut la surprise de voir le jeune Dion revenir sur sa première déclaration. Cette fois, il disait ne plus être en mesure d’identifier les deux policiers fautifs. Qu’est-ce qui avait pu motiver son volte-face?

La commission ajourna de 18h00 à 20h45. Entre cette dernière heure et 22h20, on entendit à la barre des témoins le capitaine-détective Georges Gagnon, et les détectives Fernand Gendron, Jean-Marie-Hubert, Clément Massicotte et finalement Louis-Georges Dupont. Au cours de cette période de 95 minutes, on a donc entendu cinq témoins, ce qui fait une moyenne de 19 minutes chacun. Ce détail est important puisque, plus tard, certaines personnes affirmèrent que Dupont avait été assassiné pour avoir témoigné contre ses collègues. Il s’est plutôt enlevé la vie quelques semaines plus tard, c’est-à-dire entre la fin des audiences et le dépôt du rapport de la CPQ. En 19 minutes, il est assez peu probable qu’il ait eu le temps nécessaire pour dénoncer les rouages d’un important réseau de corruption, comme on le prétendit à outrance par la suite[6].

D’ailleurs, le procès-verbal stipule que les détectives Dupont et Massicotte furent évacués du prétoire lors du témoignage du capitaine Gagnon. Si ça se trouve, il y aurait bien plus de chance pour que le témoignage de ce dernier ait pu contenir des détails croustillant à l’endroit de Dupont et Massicotte, qui ne devaient pas entendre ce témoin avant d’apparaître eux-mêmes sous serment. Bref!

Au matin du 18 septembre, on entendit Mme Arthur Trépanier, veuve de 43 ans, également connue sous le nom de Kathy. En fait, son véritable nom était Laurette Bisson. Celle-ci travaillait comme prostituée au Club St-Paul avant de rencontrer Jean-Marie Hubert, qui s’était arrangé pour la faire « travailler » au Manoir Laviolette, à deux pas du palais de justice. Au moment de témoigner en 1996 dans le cadre de la Commission d’enquête Lacerte-Lamontagne, Hubert était toujours marié à Laurette.

Le vendredi 19 septembre, les audiences se terminèrent à 11h25 lorsque le juge Roger Gosselin déclara la preuve clause[7]. Après avoir entendu 52 témoins en 15 jours, les membres de la Commission se retirèrent à Québec pour écrire leur rapport.

Tel que mentionné plus haut, le détective Dupont fut retrouvé mort dans sa voiture de service au matin du 10 novembre 1969. On conclut rapidement à un suicide. Aucune preuve ne permettait de soupçonner la possibilité d’un meurtre. D’ailleurs, sa famille mit plusieurs années à construire sa théorie, selon laquelle il aurait été éliminé par ses propres collègues. Les enquêtes ultérieures confirmèrent cependant le verdict du suicide.

Le 29 décembre 1969, Tobin et Gosselin déposaient leur rapport, qui fut scindé en deux parties : la première rendue publique et la seconde scellée pour une période de 160 ans.

Certes, ce serait une erreur de retenir que l’unique objectif de cette enquête était la corruption et la prostitution. Dans la première partie du rapport, la CPQ révisait le budget, l’inventaire de l’équipement et la scolarité des policiers. Dans ce dernier cas, les constatations furent peu reluisantes puisqu’on en venait à la conclusion que ce niveau de scolarité oscillait entre une 5ème et une 13ème année. Rappelons qu’une 11ème année de l’époque équivaudrait aujourd’hui à un 5ème secondaire. Le directeur Delage lui-même n’avait apparemment suivi aucune formation relative au métier de policier. Pourtant, il avait travaillé comme détective puisqu’on le retrouve comme tel dans le dossier de la mort suspecte de Rita Lafontaine en 1949.

Évidemment, la CPQ recommandait les congédiements d’Hubert, Dallaire et Gagnon. Seuls les deux premiers furent définitivement écartés de la police dès janvier 1970, tandis que Gagnon eut droit à une humiliante rétrogradation. Toutefois, en 1975, Hubert et Dallaire eurent gain de cause en obtenant de la Ville de Trois-Rivières le montant de 107,500$ pour « dommages moraux, atteinte à la réputation, publicité, troubles familiaux et aussi perte d’ancienneté »[8].

Est-ce que le scellé sur la seconde partie du rapport avait favorisé les deux ex-policiers dans cette cause? Peut-être.

Les faits saillants de l’enquête de la CPQ de 1969 servirent longtemps de toile de fond pour justifier les revendications de l’affaire Dupont, laquelle alla jusqu’à mettre en scène un énorme complot politico-policier s’étendant sur plusieurs décennies. Par contre, ce n’est pas parce que deux policiers tiraient profit des fruits de la prostitution que cela faisait nécessairement d’eux des tueurs. La marge à franchir reste énorme entre la corruption et le meurtre.

D’autre part, il ne faudrait pas non plus jouer les vierges offensées en décriant un réseau qui, justement, pourrait faire l’envie de ceux et celles qui militent en faveur de la décriminalisation de la prostitution. Par exemple, le suivi médical mis en place par le réseau de 1969 fait partie de l’éventualité d’une loi qui légaliserait enfin le plus vieux métier du monde. Suite à sa nomination comme chef de la police de Montréal en 1904, Olivier Campeau établissait certaines recommandations pour mieux encadrer les maisons de débauche, dont celle où « les prostituées doivent subir un contrôle médical rigoureux et régulier »[9].

Quant à savoir si l’idée d’éradiquer complètement la prostitution n’est pas utopique, le recorder Alexandre Poirier tenait ce discours juste et prémonitoire en 1905 : « Il y a des gens qui croient que d’un seul trait de plume les législateurs peuvent supprimer l’ivrognerie. Pour eux le moyen est bien simple : qu’on vote la prohibition des alcools et l’ivrognerie disparaîtra. Eh bien, je suis personnellement enclin à croire le problème d’une solution moins simple. Je crois que le 20ème siècle, quelles que soient les mesures prises par les législateurs, ne verra pas disparaître l’ivrognerie et la prostitution qui déshonorent l’humanité depuis 3,000 ans. Pour ma part, je crois que l’on doit user envers les prostituées d’une certaine tolérance que je considère comme inévitable »[10].

Les amoureux de la thèse du complot insistent sur le fait que la deuxième partie du rapport scellée pour une période de 160 ans pourrait révéler encore des choses. C’est là induire la population en erreur puisqu’en 1996, la juge Céline Lacerte-Lamontagne leva ce scellé afin de rendre le document public. J’en faisais d’ailleurs un résumé dans mon livre L’affaire Dupont (2014), de la page 475 à 479. Le contenu de ce document soi-disant fracassant fut plutôt décevant.

 

[1] Selon un rapport de surveillance de certains membres du crime organisé présents à Trois-Rivières et daté du 7 octobre, ce troisième membre de l’escouade de la moralité aurait été Gilles St-Pierre.

[2] Les noms cités sont : Fernand Archambault, Claude Bergeron, John Burns, Yvon Beaucage, Germain Baril, Michel Crispini, Rosaire Gagné, Claude Ouellet, Ronald Poisson, Yvon Provencher, Gaston Roberge, Gérard Roberge, Fernand St-Arnaud, Léo Thibodeau, Fernand Turcotte, Robert Leblanc, R. Maréchal, R. Robidas, Albert Bélisle, André Poulin, Réal Blais, Robert Beaumier, Claude Beaulieu, et Claude Lacroix.

[3] Selon le rapport final de la CPQ déposé le 29 décembre 1969.

[4] Les conseillers suivants étaient également présents : Fernand Goneau, Aimé Lefrançois, Antoine Gauthier, Benoît Giguère, Gaston Vallières, Fernand Colbert et Florent Groleau.

[5] Jean-Paul Arseneault, Le Nouvelliste.

[6] Les défenseurs de la thèse de l’assassinat affirment encore aujourd’hui que Dupont aurait aussi témoigné le 9 septembre. Selon le procès-verbal, toutefois, la CPQ n’a pas siégé ce jour-là. Il n’y a donc aucune preuve pour étayer leur affirmation.

[7] Le document du procès-verbal, qui a été l’une des principales sources servant à construire ce chapitre, est signé le 24 septembre 1969 par la greffière de la CPQ Jocelyne Tessier.

[8] Eric Veillette, L’affaire Dupont, 2014, Éditions de l’Apothéose, p. 336.

[9] Pierre De Champlain, Histoire du crime organisé à Montréal de 1900 à 1980, 2014, p. 32.

[10] Ibid., p. 33.

La collection Patrimoine Judiciaire était au Salon du livre de Montréal

Eric 22 novembre 2014
Eric Veillette se trouvait au Salon du livre de Montréal pour présenter son document « L’affaire Dupont », première publication de la collection Patrimoine Judiciaire.

C’est pour présenter mon livre L’affaire Dupont, premier de la collection Patrimoine Judiciaire, que je me trouvais au Salon du Livre de Montréal. Le 22 novembre, j’y offrais une séance de signatures de 18h à 21h au kiosque des Éditions Première Chance.

Ce fut également l’occasion de rencontrer Isabelle Therrien, auteure de L’inoubliable affaire Denise Therrien, livre dont j’ai fait un compte-rendu en décembre 2013 et dont la popularité démontre que le nom de Denise Therrien est loin d’être oublié. On y reviendra d’ailleurs au cours des prochaines semaines.

Parallèlement à cela, la rencontre des responsables de Cold Cases Media fut l’occasion d’un échange fort intéressant qui est en train de donner naissance à un projet qui viendra se greffer tout naturellement au but de la collection Patrimoine Judiciaire, qui est de faire vivre ou revivre des dossiers judiciaires de tout genre ayant marqués l’histoire du Québec. Rappelons au passage que Cold Cases Media est un organisme à but non lucratif qui se consacre uniquement aux familles dont l’un des membres a été victime d’un meurtre non résolu. En m’associant avec cet organisme, j’espère bien humblement pouvoir contribuer à ce que notre mémoire collective n’oublie jamais ces pauvres victimes.

En attendant les prochaines publications de la collection, il est toujours possible de se procurer L’affaire Dupont auprès de la Librairie l’Exèdre (819-373-0202) à Trois-Rivières. C’est aussi l’occasion d’encourager un libraire indépendant et de jeter un regard sur une portion inoubliable de l’histoire de la Mauricie.

Me Clément Fortin se prononce sur L’affaire Dupont et le genre docu-roman

Me Clément Fortin entretient son propre blogue, qui apparaît dans ma liste de liens (voir colonne de droite).
Me Clément Fortin entretient son propre blogue, qui apparaît dans ma liste de liens (voir colonne de droite).

C’est avec sa généreuse permission que je reproduis ici certains extraits de courriels que j’ai récemment échangés avec Me Clément Fortin, auteur de livres relatant des faits judiciaires de notre patrimoine, tel que L’affaire Coffin : une supercherie?; On s’amuse à mort; Mesrine le tueur de Percé, une fraude judiciaire; ou encore L’affaire Cordélia Viau, la vraie histoire.

Dans un premier temps, Me Fortin commente la lecture qu’il fait actuellement de mon livre L’affaire Dupont et du lien que ce dossier semble avoir avec la célèbre affaire Coffin. Il me disait donc que « en poursuivant la lecture de votre ouvrage, je constate moi aussi qu’il y a plusieurs ressemblances avec l’affaire Coffin. Les membres de la famille ne seront pas contents. Ils continueront de croire qu’il s’agit d’un meurtre et non d’un suicide. Et vous ne les ferez pas changer d’idée. Vous auriez pu faire comme Jacques Hébert et Pauline Cadieux : écrire des ragots. Vous vendriez sûrement un plus grand nombre de livres. Mais vous avez eu la sagesse de vous en tenir à la preuve faite au procès et à l’enquête [publique]. Je vous en félicite ».

Rappelons que Jacques Hébert est ce polémiste qui, motivé par une idéologie politique, a fait de l’affaire Coffin une véritable légende, prétextant que Wilbert Coffin était innocent du triple meurtre pour lequel il a finalement été pendu au cours des années 1950. On a cependant prouvé son manque de sérieux devant la Commission Brossard, chargée d’enquêter sur les allégations entourant l’affaire Coffin. Quant à Pauline Cadieux, elle a eu un comportement similaire à propos de l’affaire Cordélia Viau.

On connait principalement Clément Fortin pour le genre littéraire docu-roman qu’il utilise maintenant depuis plusieurs années, et dont il se servira à nouveau pour nous élaborer les faits entourant l’affaire Guy Turcotte. Concernant justement le choix et l’utilité de ce style littéraire, il m’apportait ces quelques précisions :

« Au sujet du genre littéraire que j’ai adopté pour mes écrits, j’ajoute quelques précisions. Je désirais raconter le drame qui est survenu au Collège de Matane en 1964. Le vieux prof que je suis voulait présenter cette affaire de manière accessible à tous. Au cours de l’année 2002, j’ai croisé Robert Gauthier à Saint-Sauveur. Il m’a invité à m’inscrire à ses ateliers de scénarisation. C’est ce que j’ai fait. Robert avait réalisé plusieurs œuvres dont la scénarisation des romans de Francine Ouellette, Au nom du père et du fils et Le Sorcier. Cette rencontre a été déterminante  pour moi. J’avais aussi assisté à des ateliers de cinématographie. Et pendant plus de cinq ans, j’avais fait la recherche pour écrire un roman historique que j’ai publié en 1997. C’est en combinant ces disciplines que j’ai décidé d’écrire On s’amuse à mort, sous forme de docu-roman et que j’ai publié chez Septentrion en 2005. »

Selon Me Fortin, le docu-roman a pour avantage de faciliter l’accessibilité de certains faits judiciaires à une plus grande partie de la population. « Personnellement », ajoute-t-il, « la réaction de mes lecteurs a été satisfaisante. Évidemment, je n’espérais pas qu’on cite l’un de  mes docu-romans dans des « ouvrages très sérieux. » Pour moi, l’écriture est un divertissement. C’est pourtant ce qu’ont fait Lucia Ferretti et Xavier Gélinas dans Duplessis, son milieu, son époque, publié en 2010 aux Éditions du Septentrion. The Journal of Canadian Provincial Judges l’a aussi commenté. J’ai aussi la satisfaction de retrouver mes docu-romans dans les bibliothèques de droit et d’histoire. Je n’en demandais pas tant. »

Toujours aussi modeste et professionnel, Me Fortin me disait que « je n’essaie pas de vous convaincre d’adopter cette formule. Je vous expose tout simplement comment j’en suis arrivé à concevoir mes docu-romans. »

Pourtant, je me suis rendu compte que ma présentation des faits se rapprochait de la sienne, une expérience que je répéterai sans nul doute dans mes futures ouvrages. En effet, le style docu-roman est probablement le genre qui permet une meilleure accessibilité et une meilleure compréhension des faits.

Ceci dit, nombreux sont ceux et celles qui attendent impatiemment les fruits du prochain docu-roman de Me Clément Fortin, qui traitera du dossier fort délicat de l’affaire Guy Turcotte.