Nouveau suspect dans l’affaire Alice Paré?


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À l’extrême gauche, l’endroit approximatif où le corps d’Alice Paré, 14 ans, a été retrouvé en avril 1971.  À droite, le rang no. 3 à Sainte-Clothilde-de-Horton. (photo: E. Veillette, 2017).

         Samedi, Historiquement Logique a rencontré une personne qui, pour l’instant, préfère conserver l’anonymat mais qui semble posséder de l’information sur le meurtre non résolu d’Alice Paré, survenu dans la région de Drummondville en 1971.  Cette source présente un nouveau suspect qui, non seulement est toujours vivant, mais qui traîne derrière lui un lourd passé judiciaire.

         Rappelons d’abord les faits.

         Alice Paré, née le 4 janvier 1957, était âgée de 14 ans lorsqu’elle disparut le 17 février 1971.  Ce jour-là, elle avait un cours de flûte traversière au Cégep de Drummondville, plus précisément au pavillon Gilles Fortin.  Le cours était prévu pour 17h30, mais la jeune fille s’y présenta en retard.  Selon la source rencontrée, c’était la première fois qu’elle était en retard à ce cours de musique.  Marcel Saint-Jacques, le professeur, n’avait pas attendu et avait quitté le Cégep, de sorte qu’à son arrivée Alice s’était heurtée à une porte close.  Elle emprunta alors 5¢ à une amie (Louise Larocque), et un autre 5¢ à Jean Vanasse, un jeune homme de 19 ans.  Cette monnaie devait lui servir à utiliser une cabine téléphonique située de l’autre côté de la rue afin de communiquer avec sa mère pour lui signaler qu’elle pouvait venir la chercher.

ScreenHunter_708 Aug. 05 18.48         Malheureusement, le téléphone de la cabine était hors d’usage, ce qui a obligé Alice à se tourner vers une autre solution.  En revenant à l’intérieur du Cégep, elle aurait alors discuté avec Louise Larocque de son intention de rentrer chez elle à pied.  « Elle a même expliqué à son amie la route qu’elle suivait toujours pour rentrer à la maison, soit une marche d’environ un mille (1,6 km), en passant par la rue Saint-Jean, Lindsay et [le] boulevard Mercure »[1].  Or, selon notre source, le suspect, que nous appellerons Monsieur H., avait l’habitude de passer beaucoup de temps à la Taverne Drummond, qui se situait sur le trajet que devait emprunter la jeune fille.  Aurait-elle attiré son attention?  Lui aurait-il offert de la ramener?  Aurait-elle accepté de monter avec un inconnu?

         Voilà autant d’hypothèses qui, pour le moment, ne peuvent être vérifiées.

         Cependant, il faut savoir qu’Alice Paré disparut ce jour-là pour ne réapparaître que le 26 avril, lorsque son corps fut découvert en bordure du rang 3 à Sainte-Clothilde-de-Horton.  Ce sont trois jeunes travailleurs (André Camirand, Yvon Lampron et Lucien Paquin) qui s’arrêtèrent après avoir aperçu quelque chose d’étrange à une soixantaine de pieds de la route.  Selon les détails livrés à l’époque par Allô Police, la victime était défigurée.

         Après l’arrivée des policiers sur les lieux, il fallut peu de temps pour identifier le corps comme étant celui d’Alice Paré, cette jeune fille de 14 ans qu’on recherchait depuis des mois.  En 2016, j’ai tenté de consulter le dossier de l’enquête de coroner afin d’en apprendre davantage quant aux détails de l’autopsie et des circonstances de la découverte du corps.  Malheureusement, le dossier est manquant dans les boîtes d’archives de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) à Trois-Rivières[2].  Voilà qui n’aide pas à reconstituer fidèlement tous les faits de cette affaire.

         Samedi, Historiquement Logique a visité, 46 ans plus tard, les lieux de la découverte selon les indications de la source.  Sur place, on constate que le corps aurait été retrouvé à au moins une quarantaine de pieds de la route du rang 3.  Pour s’y rendre, il faut franchir un fossé qui nous fait penser que le ou les tueurs ont dû sauter cet obstacle pour se débarrasser du corps.  Toutefois, comme la source consultée me l’a fait remarquer, en 1971 un champ cultivable était plus large et le corps se trouvait apparemment juste au côté de cette zone agricole.  Voilà qui fait penser que, peut-être, le corps n’a pas été abandonné depuis la route du rang 3 mais plutôt à partir du champ cultivable.  Gardons également à l’esprit qu’Alice est disparue en plein hiver et que si son corps a été abandonné au moment de sa disparition, toutes traces a été effacées par le temps, les tempêtes et la fonte des neiges.

         Toujours selon les informations recueillies auprès de cette source, il y aurait une possibilité que le corps ait été retrouvé dans un creux, comme si quelqu’un avait tenté de creuser avant d’en abandonner l’idée.  Mais en hiver, est-il pensable que le tueur ait pu penser à creuser dans un sol gelé?  Si ce détail est vrai, cependant, cela pourrait indiquer que le tueur aurait passé un certain temps sur les lieux.  Mais rien n’est moins sûr.

         Autre fait troublant, la flûte – ainsi que le coffret de l’instrument – fut retrouvé par un citoyen le 29 avril, près de Victoriaville.  Or, cela fait une distance d’environ 36 km entre les deux sites de découvertes, soit celui de la flûte et du corps.  Pourquoi cette distance?  Le tueur aurait-il conservé ce « souvenir » avec lui avant de s’en débarrasser?  Ou plutôt, le jour du meurtre, aurait-il oublié de jeter l’instrument de musique au même endroit que le corps pour n’y penser que plus tard, lorsque les effets de l’adrénaline s’étaient atténués?

         Quant à Monsieur H, son lourd passé judiciaire fait de lui un suspect intéressant, entre autre pour une accusation d’homicide involontaire.  N’empêche qu’on manque toujours d’éléments probants pour pouvoir le relier directement à l’affaire du meurtre sordide d’Alice Paré.

Que faudrait-il pour rouvrir l’enquête?

         Malheureusement, il existe encore beaucoup trop de cas de meurtres non résolus au Québec.  Si vous croyez détenir de l’information sur cette affaire, n’hésitez pas à m’écrire au courriel suivant : eric.veillette@hotmail.ca

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Les policiers sur les lieux de la découverte du corps, en avril 1971.

[1] Allô Police, 9 mai 1971.

[2] C’est le bureau de BAnQ Trois-Rivières qui détient les archives de coroner de cette époque pour le district concerné par cette affaire.

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Le meurtre non résolu d’Alice Paré


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Alice Paré

Alice Paré est née le 4 janvier 1957. En 1971, on la décrivait comme une jeune fille de 14 ans plutôt « fluette » de 70 livres et mesurant 4 pieds et 5 pouces. Elle habitait alors avec ses parents au 667 boulevard Mercure, à Drummondville. On la considérait comme une étudiante modèle et très rangée.

 

Le mercredi 17 février 1971, Alice se rendit à son cours de flûte traversière au CEGEP de Drummondville, au pavillon de musique Gilles Fortin, situé au 466 rue Saint-Jean. Le cours devait avoir lieu de 17h30 à 18h00, mais elle se présenta en retard d’une dizaine de minutes. Le professeur, Marcel Saint-Jacques, n’avait pu attendre plus longtemps et il était parti. Déçue, Alice emprunta 5¢ à Louise Larocque, une amie de son âge, et une autre pièce de même valeur à Jean Vanasse, 19 ans.

En sortant du pavillon, Alice traversa la rue St-Jean pour entrer dans une cabine téléphonique avec l’intention de téléphoner à sa mère afin que celle-ci vienne la chercher. Malheureusement, le téléphone était en panne, ce qui l’obligea à revenir au pavillon de musique. Discutant quelques minutes avec Louise Larocque, elle aurait parlé de son intention de retourner chez elle à pied. « Elle a même expliqué à son amie la route qu’elle suivait toujours pour rentrer à la maison, soit une marche d’environ un mille (1,6 km), en passant par la rue Saint-Jean, Lindsay et boulevard Mercure »[1].

Vers 17h50, Alice sortit en saluant sa copine, son instrument de musique à la main. On ne devait plus jamais la revoir vivante.

Une demi-heure plus tard, l’inquiétude poussa Mme Paré à se rendre en voiture au CEGEP pour y apprendre qu’Alice avait finalement quitté par ses propres moyens.

Peu de temps après la disparition, la rumeur circula selon laquelle Alice aurait été enlevée. Les parents finirent d’ailleurs par s’en convaincre, d’autant plus que la thèse de la fugue ne faisait aucun sens.

03         Le 26 avril, vers 12h45, trois jeunes travailleurs[2] qui circulaient en automobile dans le 3ème rang de Sainte-Clothilde, près de Victoriaville, s’arrêtèrent en voyant quelque chose à une soixantaine de pieds de la route, au pied d’un arbre. Sortant de la voiture, ils marchèrent jusqu’à cette chose qui s’avéra être le corps d’une jeune fille. Selon Allô Police, elle était défigurée et portait des bottes blanches.

Rapidement, des policiers de la Sûreté du Québec débarquèrent sur les lieux pour examiner minutieusement la victime. En peu de temps, le corps fut identifié comme celui d’Alice Paré. La pauvre portait encore l’uniforme de son école Jeanne-Mance de Drummondville; « un chandail à col roulé jaune, une jupe en lainage vert, des bas-culottes et des bottes blanches »[3]. Le corps avait été abîmé par la putréfaction et certains animaux sauvages. Près d’elle, les policiers retrouvèrent son manteau rouge, dont les manches étaient tirées vers l’intérieur « comme si on l’avait enlevé rapidement sans prendre soin de les replacer. Le blouson de lainage vert […] avait aussi été enlevé et déposé près du cadavre de la jeune victime »[4].

Dans une poche de son veston, on retrouva la clé de son casier scolaire. Quant au chandail jaune, il était légèrement relevé et les manches étirées au-delà des mains. Le corps fut aussitôt transporté à la morgue Marcoux de Victoriaville où le père, André Paré, 70 ans, l’identifia formellement.

Puisque l’instrument de musique n’avait toujours pas été retrouvé, la police demanda l’aide du public. Ainsi, peu après 18h00 dans la soirée du 29 avril, Rosaire Laplante, un citoyen du boulevard Gamache à Victoriaville, qui avait lu La Tribune, contacta les enquêteurs pour leur signaler que le 24 avril il avait trouvé une flûte traversière et son étui près de la route 20 entre Saint-Albert et Sainte-Clothilde.

C’est le Dr Jean-Paul Valcourt qui procéda à l’autopsie dans la matinée du 27 avril pour découvrir que la mort fut causée par strangulation. Selon Allô Police, il trouva également quelques ecchymoses à une cuisse et ailleurs sur le corps, mais aucune trace de viol. Toutefois, cela n’empêche pas que le viol ait pu être le mobile du crime.

En mars 2016, j’ai consulté les archives des coroners des districts d’Arthabaska et de Trois-Rivières auprès de BANQ Trois-Rivières, mais sans résultat. L’enquête du coroner ne s’y trouvait pas.

Malheureusement, 45 ans plus tard, le meurtre d’Alice Paré reste classé parmi les affaires non résolues.

 

[1] Allô Police, 9 mai 1971.

[2] André Camirand, Yvon Lampron et Lucien Paquin.

[3] Allô Police, 9 mai 1971.

[4] Ibid.