L’affaire Blanche Garneau: avant-propos

Remerciements

Je tiens à remercier le caporal Erick Jacques du Royal 22ème Régiment pour m’avoir fourni certains renseignements sur l’un des suspects impliqués dans cette affaire; ma mère, qui a bien voulu me donner un coup de pouce à la numérisation du dossier; au personnel de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) à Québec pour la patience de me recevoir et de me fournir le dossier complet; au personnel de BAnQ Trois-Rivières, en particulier Maryse Dompierre, pour son sourire et son aide à la consultation des microfilms des journaux anciens, ainsi que l’archiviste Sophie Morel; au personnel du cimetière St-Charles à Québec pour la localisation de certaines pierres tombales; et finalement à Sœur Monique Roy, s.s.c.m, qui m’a aidé à éclaircir un point précis de cette enquête historique.

Avant-propos

 

Dans son livre Unsolved, true canadian cold cases, publié en 2010, Robert J. Hoshowsky rappelle que chaque révision de dossier de meurtre non résolu ramène les familles des victimes au point de départ.  Ces histoires ne connaissent jamais de véritable fin et c’est probablement là que se situe la torture.

Pourquoi ne pas écrire des volumes sur ces dossiers criminels qui soulèvent les passions?  La raison est simple : parce qu’elles sont justement non résolues, ces affaires restent encore entre les mains des enquêteurs de la police.  Et puisque ces documents ne sont pas rendus publics, comme c’est le cas lors de la tenue d’un procès, il ne reste plus que les comptes rendus médiatiques pour reconstituer ces drames.  Le résultat tiendrait alors en quelques pages.

Or, l’affaire Blanche Garneau se démarque par une riche documentation.  Dans le dossier judiciaire on retrouve les documents relatifs à l’enquête du coroner, à une enquête dite on discovery ouverte quelques mois plus tard, au procès que la justice fit à deux suspects, et à une Commission royale d’enquête à laquelle dut témoigner le premier ministre de la province.  Cette simple énumération démontre l’impact que cette cause a eu sur notre patrimoine judiciaire, en plus d’ébranler les colonnes du temple qu’on appelle gouvernement provincial.  Ce n’est pas rien.  Du jour au lendemain, le nom d’une vendeuse de thé plutôt timide et routinière s’était retrouvé dans les journaux, de même que sur les langues de toutes les commères.

On pourrait discuter longuement des comparaisons à faire pour évaluer l’importance qu’on a réservé à certaines affaires criminelles de notre passé, mais je suis d’avis, depuis que j’ai mis le nez dans ce dossier, qu’il faudrait considérer le nom de Blanche Garneau comme le symbole des affaires non élucidées au Québec, ne serait-ce que pour apporter un nouvel élan aux quelques centaines de meurtres qui cherchent toujours des réponses.  Il y a aussi toutes les leçons à tirer de ce drame, dont plusieurs aspects nous aiderons à mieux comprendre certains points, comme l’amélioration des techniques d’enquête par exemple, ou l’attitude que nous devrions adopter face à des mystères d’ordre judiciaires.

En 1920, les enquêteurs n’étaient visiblement pas préparés à un meurtre comme celui-là et ils ne voulaient probablement pas admettre que leurs bonnes vieilles techniques devenaient soudainement archaïques.  Un autre meurtre violent survenu six ans plus tôt demeurait lui aussi sur les tablettes, et cela en dépit d’un procès.  Que se passait-il donc dans la Vieille Capitale?  Les détectives étaient-ils si incompétents ou se sentaient-ils dépassés par les événements?

Qui a merdé?  Pourquoi n’a-t-on pu résoudre ce meurtre odieux à caractère sexuel?  Doit-on blâmer l’incompétence policière?  Le sensationnalisme journalistique?  L’attitude gouvernementale?  Les ambitions politiques?  Ou simplement les techniques d’enquête?

Avant de répondre à ces questions, nous aurons un énorme devoir de conscience à faire.  Si les familles des victimes blâment souvent les policiers, l’incompétence ne pourrait à elle seule expliquer la raison d’être de centaines de cas non résolus.  Malheureusement, il existe des dossiers tout à fait insolubles que les meilleurs détectives du monde n’arriveraient pas à percer.

Depuis la création de la section des Cold Cases à la Sûreté du Québec, au début des années 2000, on parlerait d’au moins 1 000 affaires non résolues, et ce depuis les années 1970 seulement.

Les ragots sont tenaces.  Dans la région de Québec, l’histoire de Blanche Garneau est encore bien vivante.  En 1920, en dépit de la tenue du procès de Marie-Anne Houde, l’affaire Blanche Garneau faisait couler beaucoup plus d’encre que celle d’Aurore Gagnon, cette fillette que l’on surnommera rapidement Aurore l’enfant martyre.  Celle-ci a eu droit à sa pièce de théâtre, des romans et deux films.  Pas étonnant que sa popularité fasse en sorte que son nom nous soit aujourd’hui familier.

Et que réserva-t-on à Blanche?  Pas grand-chose, si ce n’est quelques écrits que nous étudierons de manière plus exhaustive au cours des derniers chapitres.  Pourquoi fut-elle si vite oubliée alors que son histoire est l’une des plus enrichissantes?

Et puisqu’il reste, malgré tout, des résidus de cette quasi-légende, j’invite mes lecteurs à un exercice d’objectivité.  En fait, comme nous le verrons au fil des chapitres, mes recherches m’ont aidé à comprendre que cette affaire fut sans doute l’une des plus malhabilement racontée de tout notre patrimoine judiciaire.  À titre d’exemple, je crois avoir largement démontré dans mes publications précédentes que d’innombrables détails font souvent la différence entre le mythe et la réalité, telle qu’on la retrouve dans le dossier judiciaire.  Cette fois, la marge sera énorme.  Et c’est pourquoi je propose à ceux et celles qui pensent déjà connaître cette histoire de bien vouloir mettre de côté leurs idées préconçues et de se laisser conduire par les témoignages et reconstitutions de scène établies à partir des documents légaux.  Après tout, qu’avons-nous à gagner ou à perdre si la balance penche d’un côté ou de l’autre?  Au mieux, nous en sortirons avec les yeux ouverts sur tout un pan de notre folklore.

Il me faut glisser un mot à propos de Réal Bertrand, un auteur qui a présenté en 1983 son livre Qui a tué Blanche Garneau?.  Le travail de Bertrand fut honnête mais incomplet.  Il faudra donc revisiter chaque étape, chaque indice de cette incroyable enquête.  Encore une fois, le public n’a pas eu droit à tous les détails.

On m’a questionné sur la pertinence d’écrire au sujet d’un meurtre non résolu qui remonte à un siècle, interrogation qui laissait entendre qu’il me serait impossible de résoudre l’énigme.  Si je dois avouer qu’une partie de ma motivation se laissait guider par ce désir de trouver « la » réponse, je ne suis pas naïf au point de croire en mes capacités de pouvoir élucider un mystère aussi ancien en ne dépendant que des documents disponibles, sachant que toute interview avec les protagonistes était devenue impossible.  Toutefois, je répondrai à cette question que le but d’un volume n’est pas toujours de vouloir trouver une réponse à une vieille question, mais aussi de faire revivre une époque.  Si on s’acharne à publier des ouvrages sur des sujets redondants, alors pourquoi ne pas faire revivre un visage méconnu comme celui de Blanche et de toutes les personnes impliquées dans cette affaire?

Il arrive que des auteurs – qu’il s’agisse d’écrivains ou de documentaristes – moussent leurs ventes en prétendant pouvoir résoudre des énigmes criminelles.  Mes ouvrages précédents sont là pour en témoigner.  Plus récemment, sur la jaquette de son livre Qui a tué le Dahlia Noir?, l’auteur français Stéphane Bourgoin, pour qui j’ai beaucoup de respect, est peut-être allé un peu loin en prétendant résoudre ce meurtre mythique qui a fasciné non seulement les Américains mais le monde entier depuis la fin des années 1940.  En dépit de cette promesse, le contenu du livre n’apporte aucune preuve concluante pour nous convaincre que son suspect favori était le véritable assassin.  Patricia Cornwell a fait la même chose en prétendant avoir identifié le célèbre Jack l’Éventreur, et pourtant nous en sommes toujours au même point.

Il faut être extrêmement prudent avant de condamner quelqu’un, qu’il soit vivant ou décédé.  La présomption d’innocence est un droit réservé à tous.  Et pourtant, nous l’oublions trop souvent.  On pourra dire ce que l’on veut mais on ne pourra jamais faire de procès à un suspect qui mange les pissenlits par la racine.  Partant de cette idée, je savais donc qu’il me serait impossible d’arriver à une conclusion claire et précise.  Ceci dit, mes recherches m’ont quand même permis de dénicher deux suspects jusqu’ici oubliés ou négligés, que je vous présenterai en temps voulu.

À vous tous, bonne enquête!

La valeur primaire des dossiers judiciaires

(image: Pixabay)

Lorsqu’on me questionne à propos de mes recherches ou encore sur le contenu de certains articles de mon site Historiquement Logique!, je constate qu’en général les archives sont encore mal comprises et peut-être même mal aimées. Malheureusement, je pense, la situation est encore pire lorsqu’il s’agit des archives judiciaires.[1]

D’abord, voyons ce qu’est un dossier judiciaire. Selon le Guide des archives judiciaires[2], « Ce type de documents constitue la source la plus riche mais aussi la plus inégale parmi les documents judiciaires. Autant pour des recherches de nature particulière que pour la recherche quantitative ou sérielle, les dossiers fournissent des détails souvent fort précieux qui ne se trouvent pas dans les autres documents judiciaires. Le dossier judiciaire contient toutes les pièces déposées par les avocats des plaideurs et des intervenants ainsi que les documents produits par les juges et les officiers de justice comme les huissiers, le greffier et le shérif. »

Les dossiers judiciaires, c’est-à-dire le dossier constitué des documents relatifs à une cause – on parle généralement d’un ou d’une accusée – peut englober l’acte d’accusation, des rapports policiers (ne pas confondre avec dossier de police), les documents administratifs concernant la cause, les antécédents de l’accusé(e), les transcriptions de l’enquête préliminaire, les transcriptions du procès, et finalement quelques pièces supplémentaires comme les exhibits. Dans certains cas, on peut même y retrouver l’enquête du coroner et des rapports d’autopsie.

Toutefois, il est important de comprendre que selon les époques les dossiers n’ont pas toujours été conservés ni rassemblés de la même façon. Leur contenu est très variable. Le chercheur ne doit donc pas se surprendre si par exemple le dossier qu’il consulte ne contient pas les photographies, l’enquête de coroner, l’acte d’accusation ou même les notes sténographiques. Dans plusieurs cas, il ne doit pas s’étonner non plus que le dossier n’ait tout simplement pas été versé auprès de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) car il a pu être élagué. Le chercheur pourra cependant en retrouver des traces dans le plumitif, ce qui l’aidera à dresser un sommaire de la cause.

L’élagage peut évidemment représenter une terrible déception pour le chercheur, mais il faut comprendre que la masse documentaire a considérablement augmenté au cours du 20e siècle, au point où les spécialistes parlent d’une « explosion » en matière documentaire. L’espace étant de l’argent, il ne faut pas se surprendre que des décisions aient été prises pour élaguer ou tout simplement refuser de conserver certains types de documents. Non seulement il manque de place, mais les archives sont souvent le dernier domaine au sein duquel les gouvernements investissent. Les archives ne font pas partie d’un domaine flamboyant qui attire naturellement l’attention. Et pourtant, leur valeur est inestimable.

L’élagage d’archives judiciaires amène souvent les âmes conspirationnistes à croire que cette pratique est destinée à leur cacher des choses. En fait, ceux-ci auraient plutôt intérêt à militer en faveur d’un meilleur investissement dans nos archives nationales plutôt que de crier au complot.

Dans certains autres cas, le chercheur ou la chercheuse devra redoubler d’effort afin de rassembler les documents relatifs à l’affaire qui l’intéresse. Par exemple, dans l’affaire Alexandre Lavallée, condamné à mort pour le meurtre de sa fille au milieu des années 1920, on retrouve des fragments de son dossier à quatre endroits différents. Deux se trouvent à Trois-Rivières, mais dans deux fonds différents. Une autre partie est conservée à BAnQ-Québec et finalement une dernière à Bibliothèque et Archives Canada (BAC) à Ottawa.

Voilà ce qui en est, en gros, pour le dossier judiciaire. Bien sûr, si on remonte à des époques aussi lointaines que le 17e ou le 18e siècle, on aura à faire à d’autres changements et aussi à des dossiers beaucoup moins volumineux.

Ce qui fait la force des dossiers judiciaires que je qualifierais de moderne, c’est-à-dire qui contiennent les transcriptions sténographiques (dactylographiées), c’est que la preuve par témoignage prend tout son sens. Ces documents nous permettent de lire le mot à mot des dépositions sous serment des témoins. Ainsi, il est possible de reconstituer des scènes dans leurs moindres détails, et même de prendre contact avec le langage utilisé. Bref, en ajoutant à cela les interventions du juge et des procureurs, il devient possible de reconstruire le déroulement du procès. Ainsi, le chercheur peut se glisser dans la peau de l’un des jurés et mieux comprendre une tranche de l’histoire.

Non seulement on comprendra l’importance d’un tel dossier, mais ces documents ont été créé dans un contexte légal. La preuve accumulée devient donc solide. Il ne s’agit pas, par exemple, d’une lettre écrite sur le coin d’une table par une personne qui, un soir, décide de se vider le cœur. Cette preuve a été éprouvée et acceptée devant un juge. Le système du contre-interrogatoire permet également de valider ou d’invalider ces éléments. Historiquement parlant, c’est très précieux.

Dans le milieu archivistique, la valeur primaire est considérée comme « étant la finalité du document d’archives fondée sur ses utilités premières, sur les raisons pour lesquelles il existe. Cette valeur primaire réfère essentiellement à la preuve qui a été de tout temps intimement liée à l’existence du document d’archives. Le mot « preuve » est utilisé ici dans son sens premier – plus large que son sens purement juridique : qui vise à démontrer, à établir la vérité. »[3]

Carol Couture, une sommité dans le domaine, cite Kathleen Delaney-Beausoleil qui écrivait en 1994 : « Après discussions, comparaisons, comités de travail, comités de législation, présidés par des avocats, notaires, juges et fonctionnaires, la règle fondamentale, vieille de quatre siècle, a survécu intacte : non seulement l’écrit a-t-il valeur de preuve, mais sa place à l’intérieur du système de preuve est assurée : l’écrit est la meilleure preuve. La valeur de preuve des documents est attribuée et confirmée par les règles générales de preuve que l’on trouve énoncées d’une façon particulière au Code civil et dans la plupart de nos lois. »[4]

Or, dans le domaine de la gestion documentaire on considère comme ayant une valeur primaire tout document créé à l’époque contemporaine des faits. Par exemple, les lettres de Pline le Jeune sont considérées comme ayant une valeur primaire quant aux événements de l’éruption du Vésuve en l’an 79 de notre ère.

Les articles de journaux sont aussi considérés comme ayant une valeur de preuve car ils sont généralement écrits à l’époque même où surviennent les faits. Cela est vrai dans la majorité des événements historiques, mais soulignons que cela est différent dans le cas des dossiers judiciaires qui contiennent encore les notes sténographiques. Celles-ci obtiennent alors priorité sur tout le reste, y compris les journaux.

On le sait, ce ne sont pas les journaux qui font les procès. Ce sont les tribunaux. De plus, dans certains cas, les journalistes ont été blâmés pour leur travail ou même exclus des prétoires. Donc, dès que nous nous retrouvons en face d’un dossier judiciaire complet qui nous permet de reconstituer une affaire criminelle, il serait préférable et même nécessaire de replacer les journaux dans la catégorie de la valeur secondaire.

Au cours de l’affaire de l’abbé Adélard Delorme, accusé du meurtre de son frère survenu en 1922 à Montréal, ce qui lui vaudra quatre procès au terme desquels il retrouvera sa liberté, les journaux ont nettement prouvé leur biais. À en croire l’auteur Jean Monet, des quotidiens aussi « crédibles » que La Presse ont fait preuve d’un grand manque d’éthique. Dans certains cas, on est allé jusqu’à véhiculer des faussetés sur la vie personnelle de Georges-Farah Lajoie, le principal détective au dossier. Celui-ci était, en quelque sorte, l’adversaire de l’abbé Delorme et du clergé québécois.

Les plus vieux se souviendront assurément de certains hebdomadaires à sensation dont le mauvais goût a laissé des traces dans la mémoire collective. Certes, ces journaux peuvent aujourd’hui fournir de nombreuses informations aux chercheurs ou aux chercheuses, mais quelle valeur peut-on réellement leur accorder?

Si on se rend compte de plusieurs anomalies lorsqu’il est possible d’établir une comparaison avec le dossier judiciaire, alors imaginons un peu ce qu’il pourrait en être si le dossier judiciaire est inexistant. Par exemple, l’information récoltée dans des journaux à propos d’une affaire non résolue ne pourrait pas être validé par le dossier judiciaire puisqu’il n’y a pas eu de procès. Si un corps a été retrouvé, la seule documentation sérieuse qui soit publiquement disponible sera celle du coroner. Et encore! Car selon certaines époques, un moratoire en limite la consultation. De plus, le contenu des dossiers des coroners est, tout comme les dossiers judiciaire, plutôt aléatoire.

D’autre part, il est vrai de dire que ces journaux peuvent faire ressortir une information que l’on ne retrouve pas ailleurs. Justement, il est important de se questionner et d’apprendre à lire entre les lignes. En fait, il est encore plus important de se questionner sur le non-dit. Par exemple, pourquoi cette information s’est retrouvée dans tel journal alors qu’on ne la retrouve ni chez ses concurrents ni dans les documents légaux?

Il faut éviter de tomber dans le piège de la facilité et ainsi affirmer que tel média d’information avait un talent particulier pour dénicher l’information inédite. La réponse à cette question pourrait se trouver ailleurs. En se questionnant sur le non-dit, nous pourrions en arriver à nous demander si cette information est réellement crédible. Quelles sont les raisons pour lesquelles ces informations n’ont pas été admises lors d’un procès? Ou alors, ces indications seraient-elles admises en preuve lors d’un éventuel procès?

Tout ceci revient à la question concernant la qualité de l’information et l’importance de citer ses sources. Par exemple, une interprétation basée sur des sources peu crédibles ne devrait pas se surprendre d’être un jour l’objet d’une critique.

Le tableau ci-dessous représente l’ordre que nous devrions accorder en matière de documentation en ce qui concerne l’interprétation d’une cause judiciaire, en prenant pour acquis que le dossier judiciaire a été conservé :

Valeur primaire :
1.       Dossier judiciaire
Valeur secondaire :
2.       Articles et compte rendus médiatiques créés à l’époque contemporaine des événements concernés.
3.       Patrimoine vivant (personnes impliquées dans les événements)
4.       Littérature scientifique basée sur les archives.
Valeur tertiaire :
5.       Patrimoine vivant (descendants de personnes impliquées dans les événements)
6.       Livres et autres documents qui ne sont pas basés sur les archives.
Valeur quaternaire :
7.       Romans, films, et autres produits de la culture.

[1] Je ne parle pas ici en tant qu’archiviste, car je suis encore aux études afin de le devenir. Je m’exprime plutôt d’après l’expérience acquise en tant que chercheur et historien autodidacte depuis 1990. Je pense aussi que ma formation dans le domaine de la gestion documentaire m’a fourni des outils précieux ainsi qu’une excellente orientation sur le sujet.

[2] Evelyn Kolish, Guide des archives judiciaires, Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2017.

[3] Carol Couture, Les fonctions de l’archivistique contemporaine.

[4] Kathleen Delaney-Beausoleil, « La valeur de preuve des documents d’archives. Aspects théoriques », Les valeurs archivistiques, 1994.

Octobre 70: Conclusion

         Tout en rappelant que le but principal de cette série documentaire était d’apporter un regard neuf à partir des archives judiciaires disponibles tout en se tenant loin d’une quelconque opinion politique, nous tenterons maintenant de répondre à certaines questions.  Toutefois, il nous faudra admettre et surtout accepter que plusieurs de ces questions resteront à jamais sans réponse, ou du moins jusqu’à l’ouverture des scellés sur les archives prévues à partir de 2070.

Malgré cela, qu’il me soit permit quelques commentaires quant au comportement social (non politique) et criminel de certains personnages.

Il m’apparait évident que le manifeste de 1970 était à l’image de ses créateurs, c’est-à-dire médiocre et grossier. Comme nous l’avons vu plus haut, je ne suis d’ailleurs pas le seul à le penser, au point où, en fait, mon opinion ne vient pas changer grand-chose sur ce point.

D’autre part, rien n’excuse la mort de Pierre Laporte. Dénonçons également les auteurs felquistes et leurs partisans qui ont passé sous silence les faits qui pouvaient nuire à leur « cause ». René Lévesque et les autres signataires du 14 octobre 1970 n’auraient pas dû considérer ces criminels comme des « prisonniers politiques ». Au lieu de cela, ils auraient dû se montrer solidaires au gouvernement Bourassa pour défendre la société québécoise, cette même société sur laquelle ils ont par la suite compté pour obtenir des votes et tenter l’indépendance.

Je le répète, la série Octobre 70 ne fait pas de politique mais elle met en contexte des faits criminels, des crimes qu’aucun mobile au monde ne peut justifier, pas même une cause politique, qu’elle soit noble ou non.

De plus, pour éviter toute confusion, il faut dissocier le FLQ du PQ.  Ces deux organisations – l’une terroriste et l’autre un parti politique – sont très distinctes. Ceci dit, même après tous ces articles, je n’ai toujours aucune opinion politique. Je n’entrerai pas dans les détails qui motivent cette prise de position, car le plus important pour Historiquement Logique n’est pas la gloire personnelle mais plutôt le fait de mettre en valeur ce que les archives ont encore à nous apprendre.

L’importance des archives judiciaires

Lors d’un procès, la justice n’a pas à tenir compte des sentiments de tous et chacun.  Elle s’occupe uniquement des faits.  C’est pourquoi elle peut paraître, aux yeux des profanes, comme une machine insensible.  Jusqu’à un certain point, c’est ce qu’elle est et c’est ce qu’elle doit demeurer.  C’est aussi là son devoir.

Dans le cas contraire, c’est-à-dire si elle devait tenir compte des états d’âme de tous et chacun, le processus du procès criminel serait long, laborieux et injuste. Peu d’entre nous souhaiterions retourner à l’époque de l’Inquisition, où il était possible d’accuser n’importe qui sans preuve. Les condamnations étaient faciles à obtenir, d’autant plus que les systèmes de défenses étaient inexistants. On laissait libre cours aux impressions, aux états d’âmes et au commérage. Et combien d’innocents se sont ainsi retrouvés sur le bûcher?

La façon de procéder au cours d’un procès criminel a considérablement évoluée au fil du temps. Elle n’a pas toujours été parfaite et ne le sera probablement jamais, mais le système que nous avons, basé sur la common law britannique, est actuellement la meilleure façon de faire ressortir la vérité.  Je ne suis pas en train de prendre la défense de notre système judiciaire, mais je dis seulement que, comme tout autre chose, il faut d’abord lui donner le bénéfice du doute, tout comme il nous l’accorderait dans l’éventualité où nous serions accusés d’un crime. Avant de le critiquer, il faut d’abord chercher à le comprendre. Assez peu de gens acceptent de le faire, et cela est vrai non seulement dans le dossier des meurtres commis par le FLQ mais dans plusieurs autres affaires que j’ai eu la chance d’étudier. C’est désolant, mais j’ai assez peu de respect pour ceux et celles qui critiquent avant de réfléchir.

Les archives judiciaires représentent des documents légaux. Et ce n’est pas mon invention. Non seulement la Déclaration universelle sur les archives, accepté en 2011 par l’UNESCO, le stipule, mais il existe aussi la Loi concernant le cadre juridique des technologies de l’information, sans oublier la Loi sur la preuve. Malgré cela, plusieurs auteurs ou communicateurs accordent plus d’importance aux sources secondaires et parfois même tertiaires. Certains informateurs s’avèrent bavards devant un café alors qu’ils déclinent sans tarder l’invitation de mettre à l’épreuve leurs affirmations devant un juge. C’est pourtant le seul endroit où une allégation peut devenir une preuve.

Dans le merveilleux monde du patrimoine vivant, contaminé jusqu’à l’os par le ouï-dire, les informations n’ont pas autant de valeur que la preuve légale.

Or, si les archives judiciaires sont aussi importantes, pourquoi, me direz-vous, ne les consulte-t-on pas davantage?  Cette question, il faudrait la poser aux auteurs et communicateurs qui lèvent leur nez sur ces documents pourtant précieux. De tous les auteurs que j’ai étudiés pour la présente série documentaire, le seul qui semble avoir consulté l’enquête de coroner sur la mort de Pierre Laporte a été Pierre Vallières. Malheureusement, celui-ci n’a pas été honnête envers son lectorat. Il a interprété le dossier à son avantage en y prenant uniquement ce qui collait à son scénario de complot.

La leçon qu’il faut en tirer c’est que le fait de présenter une seule partie d’un tel dossier peut biaiser l’interprétation et par conséquent la mémoire collective.

Vous permettriez-vous de critiquer un livre sans l’avoir lu?  Alors, pourquoi le fait-on avec un procès?

J’ai déjà posé ces deux questions toutes simples à une personne qui entretenait une tendance naturelle à épouser toutes les théories du complot, y compris les plus loufoques, et son regard s’est tout de suite embrouillé.  Pourtant, la réflexion est simple. Les douze jurés passent des jours et des semaines entières à étudier de manière exhaustive tous les détails d’une affaire. Pourtant, lorsqu’ils rendent leur verdicts sur des bases solides le public, qui n’a consulté que quelques reportages ici et là, se permet de critiquer vertement leur décision.

Ce que permet l’étude d’un dossier judiciaire – et je crois l’avoir prouvé dans des livres comme L’affaire Aurore Gagnon, L’affaire Blanche Garneau ou L’affaire Denise Therrien – c’est justement cette preuve légale que les jurés ont entendu.  C’est là-dessus qu’ils doivent construire leur analyse et rendre un verdict unanime et non pas sur des ragots de corridor qui continuent d’intéresser de pseudo-auteurs dont certains se donnent parfois des airs de journalistes d’enquête.  Et je le dis par expérience.  Quand ceux-ci viennent nous dire qu’ils ont obtenu « la preuve » d’une chose parce qu’une personne mystère leur a parlé devant un café ou une cigarette, c’est bien dommage, mais ces personnes n’ont pas compris la valeur d’une véritable preuve.

Je me moque de l’establishment, qu’il soit de nature historique, littéraire ou autre, car le diplôme ne fait pas de l’auteur un être critique, réfléchi et objectif.  Il y a des choses qui ne s’acquièrent pas sur les bancs de l’école.

À ces auteurs, je dirai seulement que s’ils n’ont pas le courage de lire la totalité d’un dossier judiciaire, alors je leur suggère de s’intéresser à un autre sujet.  Car si l’intelligentsia de l’Histoire se veut parfois plus sociologue que factuel, elle devrait avoir le respect de prendre en considération le contenu d’un dossier judiciaire lorsque celui-ci est disponible.

L’objectivité utopique des médias

Pour certains, ce ne sera pas une surprise. Et je ne m’étendrai d’ailleurs pas sur le sujet. Les médias n’ont probablement jamais connu une réelle objectivité, en particulier pour certains sujets.  Évidemment, on ne parle pas ici de rapporter des accidents de la route ni des chiens écrasés, mais des dossiers sérieux qui portent à réflexion et qui ont d’ailleurs une portée sociale.

En théorie, on le sait, le travail du journaliste se doit pourtant d’être objectif.  Dans la réalité, il l’est rarement.  Notre série a permis, je pense, de le démontrer. Quand on pense que René Lévesque profitait des pages du Journal de Montréal pour véhiculer ses idées, que Claude Ryan dirigeait Le Devoir, et ainsi de suite, l’objectivité semble bien utopique. Encore aujourd’hui, lorsqu’un lecteur de nouvelles se permet un commentaire sur un sujet qu’il ne connaît visiblement pas, ça me redresse le poil des jambes, comme disait ma grand-mère.

Pierre Laporte était-il un politicien corrompu?

Encore aujourd’hui, il subsiste une rumeur selon laquelle Pierre Laporte était un politicien corrompu. Le plus triste, c’est que certaines personnes se servent de cette accusation – sans apporter de preuve évidemment – pour minimiser les conséquences de son meurtre.  On se dit alors qu’il méritait un peu cette fin et que les felquistes avaient raison. C’est là une façon malhonnête de dépersonnaliser la victime et de fuir les responsabilités. Que Laporte ait été ou non la pire des crapules, il n’en reste pas moins que sa mort est un meurtre prémédité, le crime le plus grave prévu au Code criminel canadien.  Que la victime ait ou non « mérité » sa fin tragique, cela n’enlève en rien au caractère criminel des assassins, de leurs déviances, de leur folie et de leur intention criminelle d’enlever la vie à quelqu’un.  S’ils l’ont fait une fois de manière délibérée, alors c’est qu’ils représentent un sérieux danger pour la société puisqu’ils pourraient recommencer.

Seriez-vous prêts à dire qu’un tueur en série mériterait de retrouver sa liberté simplement parce qu’il s’en prenait à des prostituées?  Non, bien sûr!  Alors pourquoi serait-ce différent dans le cas qui nous intéresse?

Heureusement, comme je l’ai mentionné plus haut, le processus du procès ne tient pas compte de la personnalité des victimes.  Une victime est une victime.  Point final!  Le verdict rend une décision sur l’aspect criminel du geste commis par l’accusé et non sur le comportement de la victime.

Mais dans le cas de Pierre Laporte, la chose ne s’arrête pas là.

L’historien Jean-Charles Panneton est sans doute le premier à répondre honnêtement à cette question.  Selon lui, c’est en 1972 qu’apparait la première rumeur, lorsque le leader parlementaire Robert Burns souleva la possibilité de « liaisons dangereuses » que Laporte aurait entretenues avec des membres du crime organisé, et cela en collaboration avec ses collaborateurs au Parti libéral, Jean-René Gagnon et Jean-Jacques Côté.  Le premier ministre répliqua qu’il n’existait aucune preuve de cela, mais la rumeur était lancée et on connaît le sort que les commères réservent généralement à ces histoires sans fondement.

« Le député de Maisonneuve [Burns] a été alimenté la veille par le journaliste vedette alors au Devoir, Jean-Pierre Charbonneau, comme il le raconte dans son autobiographie »[1].  Il aurait été informé par des policiers que des bandes sonores prouvaient que Laporte avait rencontré des personnages du monde interlope.  Charbonneau aurait été en possession d’un rapport de filature à l’endroit de Laporte, mais cela ne livre aucun détail sur les paroles échangées.  Rappelons au passage que dans son autobiographie Jean Cournoyer avoue lui aussi avoir rencontré Frank Cotroni dans certains événements politiques. Pourtant, Cournoyer ne fut jamais corrompu pour autant.

En 1973, Bourassa finit par mandater la Commission de police du Québec pour enquêter sur le sujet.  « Les juges Rhéal Brunet, Marc Cordeau et Roméo Courtemanche s’intéressent tout d’abord à une première rencontre qui a eu lieu le 5 novembre 1969 au restaurant Moishe’s à Montréal.  En pleine course à la direction du PLQ, Jean-René Gagnon, président de la campagne de Laporte, et Jean-Jacques Côté, responsable du comité des finances, rencontrent le propriétaire du Victoria Sporting Club, situé sur la rive sud, Frank Dasti, et l’un de ses amis, Nicolas Di Iorio.  Mais il semble que Di Iorio prévoyait l’élection facile de Robert Bourassa.  C’est pourquoi MM. Gagnon et Côté n’auraient même pas sollicité d’aide financière pour la campagne de Laporte.  La deuxième rencontre, qui s’est tenue le 16 avril 1970, est à l’origine de ce que les médias ont appelé l’affaire Laporte, comme le précisent les commissaires dans leur rapport.  La rencontre, qui a lieu en pleine campagne électorale, réunit Pierre Laporte, Jean-René Gagnon et Jean-Jacques Côté ainsi que Nicolas Di Iorio et Frank Dasti.  Côté, qui a appris l’existence d’une machine télégraphique qui permettrait de trafiquer des résultats électoraux, a demandé à Dasti d’enquêter à ce sujet.  La rencontre, qui ne dure qu’environ 35 minutes, doit permettre de faire le point.  Mais l’appartement où se déroule cette rencontre – il s’agit du local de l’organisation de Gagnon, alors candidat libéral dans la circonscription de Saint-Jacques – est surveillé par deux agents de la SQ.  Di Iorio aborde plutôt la question des opérations policières contre son établissement, le Victoria Sporting Club, que celle de la machine télégraphique truquée »[2].

À propos de cette autre rumeur selon laquelle des gens louches auraient effacés la dette de Laporte après sa mort, Panneton précise que les commissaires « ont constaté que la grande majorité des donateurs sont des corporations connues.  Ils ont également consulté la liste des créanciers de Laporte à sa mort et, là encore, ils n’ont aucun nom de personnes provenant d’un milieu douteux »[3].

Selon la conclusion des commissaires, qui arrivera en décembre 1974, aucun lien n’a été prouvé entre Laporte et le crime organisé.  Tout ce qu’on aurait pu reprocher à Laporte au cours de la fameuse rencontre avec Dasti et Di Iorio, c’est qu’il aurait dit : « arrangez-vous avec Côté ».  Là encore, c’est une phrase qui ne prouve rien, et qui de surcroit peut être interprétée de différentes façons.

Au final, laissons la parole à Panneton, qui connaît le protagoniste de sa biographie beaucoup mieux que moi : « même si l’intégrité de Laporte est rétablie, il n’en demeure pas moins que le principal intéressé n’a pas pu se défendre sur cette question et que le doute demeure pour plusieurs personnes.  On retrouvera d’ailleurs dans certaines théories du complot les présumés liens de Laporte avec l’interlope montréalais.  Des allégations survivent encore aujourd’hui et jettent toujours de l’ombre sur le personnage, malgré le fait que les trois commissaires de la Commission de police du Québec l’aient innocenté »[4].

La théorie du complot, une tradition nationaliste?

Dans son livre de 1971, Gérard Pelletier a mentionné qu’il « existe des forces oppositionnelles qui ne participent pas à l’échange parlementaire et qui, pour se faire entendre, n’ont pour seul recours qu’une influence exercée directement sur l’opinion publique.  Ces groupes ou ces factions, plus éloignés des centres de décisions, ne sont pas formellement astreints à la négociation avec le réel, et cèdent souvent à l’extrémisme verbal et au catastrophisme.  L’autoritarisme est la tentation du pouvoir; l’alarmisme, celle de l’opposition »[5].

Voilà qui introduit bien le sujet, une idée que j’ai d’ailleurs soulevée dans L’affaire Blanche Garneau (2017). Au cœur de celle-ci, qui se passe principalement de 1920 à 1922, l’avocat nationaliste Armand Lavergne a donné l’impression de se faire alarmiste en accusant le gouvernement libéral de Taschereau de corruption sans jamais présenter la moindre preuve.  L’alarmisme et la tendance au conspirationisme se trouverait-elle naturellement dans les gènes de l’opposition, comme semblait le laisser entendre Pelletier?

Quoi qu’il en soit, on a vu au cours de cette série que l’exagération se trouvait presque exclusivement dans la bouche des felquistes et de leurs défenseurs.  Il suffit de penser aux théories du complot indélicatement exposées par Pierre Vallières, peut-être dans le seul but de semer l’anarchie.

Dans un discours tenu le 7 février 1971 lors d’un forum du Parti libéral, Jean Marchand lançait : « qu’on nous laisse en paix avec ces histoires de complots et de manipulations.  Ces froussards veulent nous faire croire que nous sommes inconscients et qu’ils ont le monopole de la clairvoyance et du réalisme.  Et quand le peuple, dont ils sous-estiment le bon sens et la maturité, décide majoritairement d’appuyer tel gouvernement ou telle politique, ce n’est jamais pour eux le résultat d’un libre choix ».

Malheureusement, les affabulateurs existent.  Pour ceux et celles qui ont lu mes livres, vous serez à même de comprendre les dossiers qui en ont subis les frais.  Il suffit de penser à l’affaire Dupont, dans laquelle une famille accuse tous les paliers du gouvernement et autres autorités de faire partie d’un énorme complot de meurtre. Dans l’affaire Denise Therrien, plusieurs personnes ont aveuglément accepté de suivre les inepties de l’assassin qui a écrit son livre en 1977, tandis que la lecture du dossier judiciaire permet de démolir aisément sa théorie perverse. Il en va de même dans L’affaire Blanche Garneau, laquelle fut aux prises avec une lourde affaire de complot et de commérage. On pourrait même y ajouter les dossiers de Cordélia Viau et de Wilbert Coffin.

Mais alors, se dit-on, pourquoi toutes ces personnes mentiraient-elles?  En fait, je pense qu’une partie de la réponse se trouve dans le fait que ces paltoquets croient sincèrement à ce qu’ils avancent comme théorie, tout en ignorant la valeur d’une preuve véritable.

Bref, l’attirance pour la théorie du complot ne serait-elle pas une forme de déviance mentale?  Ne devrait-on pas la retrouver dans les pages du DSM-5?

L’intention criminelle?

Est-il encore possible de croire que les frères Rose, Francis Simard et Bernard Lortie n’ont pas eu véritablement l’intention de tuer Pierre Laporte avant de l’enlever?

Dans son livre de 1982, Francis Simard a semblé démontrer une parcelle de bon sens en écrivant : « peut-on faire une chose comme ça?  Comment se justifier de l’enlèvement d’une personne?  Et tout ce qui peut en découler… »[6].

Au moment où il semble réfléchir normalement, il sent rapidement le besoin de se justifier : « sur le plan humain on ne peut pas accepter un enlèvement.  On ne peut pas être pour.  Il y a quelque chose d’odieux à faire du chantage avec la vie d’une personne. Même quand je pourrais politiquement le justifier en me disant qu’on le fait tous les jours, que quotidiennement on fait du chantage avec la vie des chômeurs, des assistés sociaux, des malades chroniques qu’on emprisonne dans des hôpitaux.  Et le chantage s’exerce par ceux qui ont le pouvoir.  Par ceux qui « administrent » la vie, la santé comme s’ils administraient une grosse compagnie de storage et de shipping.  La maladie est devenue une marchandise, un produit rentable comme les autres »[7].

Le manque de cohérence de Simard se révèle davantage quand il écrit : « nous ne voulions pas penser uniquement pour le présent.  Nous avons pensé en termes de lutte à longue échéance.  C’est cette perspective-là qui nous semblait être la seule importante. Tout ce que nous avions fait jusque-là l’avait été en fonction de ça. Notre désaccord pour les coups d’éclat, les bombes, même l’enlèvement que voulait faire la cellule Libération s’expliquent par ça.  On ne construit pas, on ne structure pas une volonté de lutte par des coups d’éclat »[8].

Et pourtant, c’est précisément ce qu’ils ont fait.  On devine que cette pensée a dû se développer chez lui après les événements d’octobre 1970 et non pas au moment des faits.

Puis on a presque envie de croire en sa compassion lorsqu’il souligne : « il me semble que tout ce que j’ai fait, je l’ai fait pour et avec le monde.  Mais là, concrètement, tu te prépares à poser un geste directement à l’encontre de ça.  Tu vas enlever quelqu’un.  Et cette personne-là, c’est un être humain.  Il peut bien s’appeler Pierre Laporte […] il n’en est pas moins, avant tout ça, un être humain »[9].

Puis on commence à douter : « c’était intense.  Ça touchait à tout ce que tu définis comme humain, parce que, pour nous, la vie, le respect de la vie avait de l’importance.  C’était pour ça que nous étions dans le FLQ.  Contre un monde où la vie ne valait que ce qu’elle pouvait rapporter en argent.  S’il y a une chose que nous avions respectée jusqu’alors, dans tous les gestes que nous avions posés, c’était bien la vie! ».

Il ira même jusqu’à se donner bonne conscience en expliquant que lorsqu’ils commettaient des vols de banque ils remettaient des armes non chargées aux débutants. Doit-on comprendre que les plus expérimentés avaient des armes chargées? Mais alors, c’est qu’ils couraient un risque important de blesser ou de tuer des innocents!

Le respect de la vie humaine, vraiment?  S’ils avaient véritablement eu du respect pour la vie humaine, Simard, Lortie et les frères Rose ne se seraient jamais procuré des armes à feu et n’auraient jamais planifié, ni même penser, l’enlèvement du 10 octobre 1970.  Ils auraient milité sans violence comme l’ont fait plusieurs autres personnes. René Lévesque n’a jamais posé de bombes pour être élu en 1976.

En littérature québécoise, des professeurs continuent d’enseigner – du moins c’était le cas en 2017 – une certaine justification des actes de violence.  Je ne suis pas un ami de la poésie ni de la grande littérature, mais il me semble que des pseudo-écrivains comme Pierre Vallières n’ont pas une grande valeur à mes yeux, qu’elle soit littéraire ou sociale. Encore une fois, ce type d’enseignement devrait plutôt rappeler aux étudiants qui étaient Wilfrid O’Neil, Thérèse Morin et toutes les autres victimes.

De toute manière, si ces poètes maîtrisaient bien l’art de la plume, pourquoi ont-ils eu besoin de passer à l’acte?  Manquaient-ils de mots?

Enseigner dans le sens du FLQ, c’est se tirer dans le pied. C’est admettre, indirectement, que les grands auteurs de cette époque identitaire étaient des incapables et qu’ils devaient nécessairement se tourner vers la violence pour faire valoir leur point de vu.  That’s it!

Ce que le FLQ a oublié de vous dire!

La méthodologie la plus exhaustive, je le répète, serait de lire entièrement le dossier du procès de Paul Rose et des autres felquistes qui ont dû répondre de leurs actes devant la justice.  Mais puisque ces dossiers sont scellés au moins jusqu’en 2070, cette exhaustivité est impossible pour le moment.

N’empêche qu’au cours de notre exercice des derniers mois, on a compris que les felquistes ne nous ont pas tout dit.   C’est d’ailleurs l’un des reproches que faisait William Tetley en 2010.  Puisque les commères et les conspirationnistes s’abreuvent dans le flou et le silence des documents, nous en aurons encore jusqu’en 2070 à subir ces théories du complot.

Certains propos de Simard nous laissent entendre qu’il n’a évidemment pas tout dit : « bien sûr, tout ce que nous avons vécu ensemble, durant des années, tous les gestes que nous avons posés dans le FLQ sont des gestes humains. Je les ai faits avec des êtres humains. J’avais des réactions humaines ».

S’il laissait entendre que par le mot humain il avait commis des erreurs humaines, on pourrait accepter ses propos.  Mais puisqu’il s’explique difficilement et tout en demeurant embrouillé, on pourrait aussi y voir un illogisme profond alors qu’il parle d’humanisme au sein d’actes criminels.

Il y a aussi beaucoup de non-dit.  On l’a vu par les propos de Vallières, mais aussi par les ravisseurs eux-mêmes.  Et ce n’est pas parce que Francis Simard s’est montré en désaccord avec la théorie du complot de Vallières qu’il faut le féliciter pour le contenu de son livre de 1982.  Simard a tenté de prouver son côté humain, mais ce n’est certes pas en fuyant les détails du crime et sans se mettre dans la peau de sa victime qu’on en vient à une rédemption totale.  Car, rappelons-le, bien peu de gens chez les partisans felquistes ont parlé de meurtre.  Non seulement on a joué sur les termes utilisés, mais personne n’a voulu approfondir les détails. À preuve, la présente série Octobre 70 est la première à accorder autant d’importance à l’enquête du coroner et surtout à la diffuser de manière transparente. Vallières n’en a utilisé que des extraits choisis, au même titre que Jacques Hébert dans le dossier de l’affaire Coffin.  Et tout cela pour quoi? Dans les deux cas, la raison semble être politique : pour atteindre l’adversaire (le méchant gouvernement libéral dans le cas de Vallières et Duplessis pour ce qui est de Hébert).

Tout au long de notre série d’articles, nous avons vu à quelques reprises comment les propos du FLQ pouvaient être illogiques. Je ne reviendrai pas sur chaque détail de cette réflexion puisque le point central de la série Octobre 70 était de confronter le FLQ aux archives judiciaires. Toutefois, si vous souhaitez en savoir davantage à ce sujet, je vous suggère la lecture de La crise d’octobre de Gérard Pelletier, publié en 1971, et l’ouvrage de William Tetley paru en français en 2010.

Bien sûr, ni les membres du FLQ ni les auteurs qui ont pris leur défense n’ont jamais abordé le sujet de l’intention criminelle. Au contraire, ils ont plutôt minimisé les conséquences de leurs gestes ou carrément relégué aux oubliettes les circonstances entourant des décès comme celui de O’Neil en 1963, ou de Thérèse Morin et Jean Corbo en 1966.  Lorsque Serge Demers a témoigné en septembre 1966 lors de l’enquête du coroner sur la mort de Thérèse Morin, il a dit, au moment d’aller faire son compte rendu de l’attentat au Comité Central, que « on a dit que c’était comme ça que l’expérience entrait, qu’il ne fallait pas s’en faire, que ça arriverait encore […] ».

Selon les têtes fortes du FLQ à cette époque, c’est-à-dire Vallières et Gagnon, il ne fallait donc pas s’en faire pour la mort d’une honnête femme de 64 ans qui avait durement gagné sa vie en passant 40 ans au sein de la même usine.  C’est tout à fait inacceptable!

Selon ce délire logique,  on comprend que les jeunes militants devaient se former en commettant des meurtres.  On se croirait, à quelques détails près, devant des meurtres initiatiques rattachés à l’image de certaines bandes criminalisées.

L’un des avocats du FLQ, Me Gérard Beaudry, révéla lui aussi une autre facette de cette image qu’on a voulu cacher par la suite.  Me Beaudry a tenté de jeter le blâme de l’explosion du 5 mai 1966 sur André Lagrenade pour ne pas avoir fait évacuer son usine alors qu’il aurait reçu un appel lui indiquant qu’on venait de déposer une bombe dans son usine.  En fait, ce criminaliste peu scrupuleux est allé jusqu’à dire que « tous ceux qui sont accusés aujourd’hui de meurtre n’auraient pas à porter l’odieux d’une personne décédée » si l’usine avait été évacuée.  Ce qui est odieux, en fait, c’est cette réflexion lancée par un membre du Barreau.  Il est tout à fait inacceptable de le voir jeter le blâme sur les victimes et tenter de faire passer son ou ses clients pour des brebis inoffensives.  Heureusement, le coroner n’est pas tombé dans le piège.

D’ailleurs, si le FLQ avait réellement voulu mener un combat pacifique il n’aurait jamais dû utiliser des bombes fonctionnelles, ni même poser de fausses bombes.  Ce n’est certainement pas de cette façon qu’une société libre et démocratique progresse de manière positive. En fait, comme d’autres auteurs l’ont dit avant moi, dont Pelletier et Tetley, je doute que les felquistes aient eu de réelles intentions politiques. Ils n’étaient que de vulgaires criminels.  Oubliez un instant leurs prétendus mobiles ou intentions, et il ne reste plus que des actes et un comportement criminel : du vandalisme, des bombes, des hold-up, des enlèvements, des vols et des meurtres.

Quant à Jean Corbo, je considère ce jeune de 16 ans comme une victime du FLQ.  En dépit de ses allégeances au moment de sa mort, ce jeune garçon aurait pu se réhabiliter, changer ses convictions et faire une vie tout à fait normale. Plutôt que de le voir comme un poseur de bombe, je le considère plutôt comme une marionnette confiée aux manipulations de Vallières, Gagnon et les autres.

Lors de l’enquête du coroner Laurin Lapointe dans l’affaire de la mort tragique de Jean Corbo, rappelons-nous également ce passage lorsque Me Jean-Guy Boilard interrogeait Serge Demers, ce jeune homme qui s’était chargé de transporter les deux poseurs de bombe, Desrosiers le 5 mai 1966 et Corbo le 14 juillet 1966 :

  • Est-ce qu’il y a eu un vote de pris pour cette action qui devait se faire … de quelle façon a-t-on procédé?
  • Tout le monde semblait d’accord, alors il n’y a pas eu de vote de pris.

« Tout le monde semblait d’accord »! Cette réponse fait des membres du Comité Central, c’est-à-dire Vallières, Gagnon et les autres, des complices de meurtre. Comme le précise le Code criminel, celui qui tient le sac d’argent est aussi coupable que le braqueur qui pointe une arme chargée sur un caissier.  Quels sont les détails qu’on a fait valoir lors des procès de Vallières et Gagnon et des autres felquistes? Malheureusement, ces dossiers sont scellés jusqu’en 2070.

Si on se fie à William Tetley, le FLQ n’aurait pas été franc sur ses intentions : « Même si la protection de la langue française était et reste une cause qui préoccupe une grande partie de la population du Québec et du Canada, mais aussi toutes les formations politiques au Québec, ce n’était pas l’un des soucis particuliers du FLQ.  En fait, comme plusieurs autres messages et communiqués du FLQ, le manifeste de 1970 était rédigé dans un français familier, émaillé d’expressions parfois populaires et de « franglais ».  De cette façon, le FLQ se distanciait intentionnellement des intellectuels du Québec et de la bourgeoisie.  […]  La vision felquiste de la société québécoise et canadienne était non seulement obsolète, mais très superficielle.  Les divers manifestes et communiqués publiés dans La Cognée, principal organe du FLQ, et dans d’autres publications, ne s’étendaient pas davantage sur les injustices sociales et n’y proposaient que peu de solutions »[10].

À ce sujet, Tetley citait lui-même ce passage du sociologue Fernand Dumont qui soulignait que « en général, les terroristes ne se soucient pas beaucoup de faire [une] analyse un peu profonde, un peu nuancé, des problèmes d’une société donnée.  Si les terroristes québécois ont pensé donner la liberté au Canada par les actes qu’ils ont entrepris, moi je dis : ils ne comprennent absolument rien ».

William Tetley releva également des erreurs historiques chez les felquistes, comme lorsque Pierre Schneider a écrit en 1964 que « au Canada, la démocratie n’a jamais existé », ou encore à propos de certains détails concernant les Patriotes de 1837-1838.  Bref!

Pour cette sous-section de notre conclusion, laissons le mot de la fin à Tetley : « Il n’a jamais été trouvé, à l’époque, ni projet ni schéma organisationnel détaillé du FLQ et il est peu plausible que ses membres en aient élaboré un – ou, en vérité, aient pu le faire. On y avait plutôt des méthodes d’action communes et, par-dessus tout, des échanges discrets et quelques rares réunions secrètes. L’organisation dépendait en tout temps, comme sa philosophie, des points de vue de ses membres. Les cellules felquistes se désintégraient et se reformaient à la suite de descentes de police, d’arrestations et de condamnations devant les tribunaux, mais à la suite aussi de différends entre les membres »[11].

Un manque de transparence des archives?

L’une des conclusions à laquelle nous arrivons pointe vers des restrictions imposées à certains fonds d’archives. Pour réaliser cette série d’articles sur Octobre 70 j’ai eu accès à l’enquête du coroner sur la mort de Pierre Laporte, de Thérèse Morin et de Jean Corbo.  Mais c’est à peu près tout, hormis quelques journaux et publications nommés dans l’avant-propos du 21 janvier 2018. Il suffit de consulter le moteur de recherche Pistard sur le site web de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) pour comprendre que les dossiers concernant les procès impliquant des felquistes sont toujours sous le coup de restrictions. Ils ne pourront pas être consultés publiquement avant de nombreuses années.

Le 15 août 2017, on m’a informé que l’enquête du coroner concernant la mort tragique du gardien de nuit O’Neil, tué en avril 1963 par une bombe du FLQ, est « manquante ».  Ce résultat n’est pas une exception, mais étant donné le contexte de la mort de Pierre Laporte – et je parle ici du contexte large, incluant la situation politique, la radicalisation et certaines idéologies qui subsistent toujours – cela dépeint un certain tableau empreint d’une part de mystère.

Toutefois, cette idée ne tient pas puisqu’il m’a été possible d’obtenir les enquêtes de coroner sur les décès de Mme Morin et de Jean Corbo, tous deux tués par explosion en 1966 à quelques semaines d’intervalle. Donc, une quelconque théorie selon laquelle les archives « cacheraient » des choses ne tient pas. D’ailleurs, ce serait mal connaître la mission de BAnQ que de l’accuser de dissimulation d’informations. L’absence d’un dossier ne peut être expliquée que par … son absence. Rien d’autre. D’autant plus que les règles de conservation ont changé à travers le temps et que tout n’a pas été déposé auprès de BAnQ, on ne peut accuser qui que ce soit, et certainement pas le personnel de BAnQ, qui est là pour servir gratuitement la population.

Or, on sait que, règle générale, les procès criminels, et en particulier ceux pour meurtre, sont publics.  Dès le dépôt d’une accusation pour meurtre, le nom de l’accusé est dévoilé, le public peut ensuite assister aux audiences du procès. Tout le processus est public. À la limite, même une fois le procès terminé les transcriptions – au format papier pour cette époque – était disponible publiquement, quoique le mot public est quelque peu galvauder dans ce dernier cas car les palais de justice ont toujours exigés un prix exorbitant pour obtenir copie de ces transcriptions. Ainsi, et fort malheureusement, le public doit se contenter la plupart du temps de la nouvelle déjà mâchée par les journalistes.

Mais alors, pourquoi maintient-on des restrictions d’une durée aussi longue sur les archives du procès de Paul Rose, de François Schirm et de plusieurs autres membres du FLQ?  La machine gouvernementale veut-elle réellement nous cacher des choses, comme le soupçonneraient nos bons vieux conspirationnistes?  Ou plutôt le fait-on pour éviter d’autres conflits sociaux?  Craint-on que certains auteurs partiaux puissent s’en servir à mauvais escient?

Pourquoi?  Peut-on seulement tenter une réponse?

Selon l’article 54 de la Loi sur l’accès aux documents des organismes publics et sur la protection des renseignements personnels, les renseignements nominatifs sont ceux « qui concernent une personne physique et permettent de l’identifier ». En raison de la nouvelle mentalité instaurée par la Charte des droits et libertés et cet article en particulier, il ne faut pas se surprendre que des dossiers judiciaires soient ainsi scellés durant des périodes assez longues afin que leur vie privée reste … privée.

Reste à se demander si, dans certains cas, l’intérêt public pourrait peser plus lourd dans la balance et, qui sait, faire lever des scellés avant leur date prévue.

Pensons aussi à l’absence de plusieurs photos dans le dossier.  Dans celui du coroner, actuellement ouvert au public aux archives de BAnQ à Montréal, les seules photos disponibles sont celles du corps de Pierre Laporte, que ce soit sur les lieux de la découverte ou juste avant l’autopsie.  C’est tout.  En lisant l’enquête du coroner, on se rend toutefois compte qu’on s’est servi de plusieurs autres photos, dont celles des frères Rose, Simard, Lortie, la mère des frères Rose, Jean-Luc Arène, et j’en passe.  Que représentent ces photos?  Où et par qui ont-elles été prises?  Est-ce des photos relevant de certaines filatures policières?  Que pourraient-elle nous révéler aujourd’hui?

Le catalogue Pistard de Bibliothèque et Archives nationales du Québec nous apprend qu’il existe un fonds appelé Fonds Procès du Front de libération du Québec 1964-1975 et qui représente 4,73 mètres linéaires de documents textuels. Dans la description on peut lire que « ce fonds est formé des transcriptions sténographiques des procès reliés aux activités de membres du Front de libération du Québec, dont Charles Gagnon, Gabriel Hudon, Jacques et Paul Rose, Réjean Tremblay, Pierre Vallières et Michel Viger.  Nous y retrouvons aussi des dossiers juridiques d’avocats et des dossiers personnels, tels que ceux de Robert Lemieux, Bernard Lortie et Paul Rose ».

Lorsqu’on consulte la brève description des contenants, on remarque que le fonds contient des documents reliés à plusieurs autres personnages de l’époque, dont Michel Chartrand. Malheureusement, ces boîtes d’archives comportent des restrictions de consultation.  Il faudra donc attendre quelques décennies avant de pouvoir les consulter.

Serait-il possible de faire lever ce scellé?  Il faudrait la décision d’un juge pour briser ce scellé et ainsi permettre aux usagers de consulter ces boîtes.

En octobre 2017, le président américain Donald Trump a levé le scellé des derniers dossiers d’archive dans l’affaire de l’assassinat du président John F. Kennedy, survenu le 22 novembre 1963.  Plus d’un demi-siècle plus tard, le monde avait enfin accès, via le net, à cette masse impressionnante de documents.  Pourquoi n’en serait-il pas de même avec les archives du FLQ?  Pourtant, aux yeux de bien des gens, le FLQ n’a pas eu l’importance que l’affaire JFK, au point où le Québec semble même en avoir assez entendu.

Cette levée du scellé est-elle seulement possible? Permettrait-elle de faire taire les mauvaises langues ou encore donner d’autres arguments aux amateurs de complots?

 


Médiagraphie

BRAULT, Julien.  Robert Bourassa.  Montréal : Éditions Les Malins, 2010, 379 p.

COURNOYER, Jean. Dans le feu de l’action.  Les Éditions de l’Homme, Montréal, 2012, 343 p.

DENIS, Charles.  Robert Bourassa, la passion de la politique.  Fides, 2006, 402 p.

GERMAIN, Georges-Hébert.  Robert Bourassa.  Montréal : Libre Expression, 2012, 411 p.

PANNETON, Jean-Charles.  Pierre Laporte.  Québec, Septentrion, 2012, 445 p.

PELLETIER, Gérard.  La crise d’octobre.  Éditions du jour,

SIMARD, Francis.  Pour en finir avec octobre.  Avec la collaboration de Bernard Lortie, Jacques Rose, et Paul Rose.  Montréal, Stanké, 1982, 221 p.

VALLIÈRES, Pierre.  L’exécution de Pierre Laporte. 1977.


[1] Panneton, op. cit., p. 422.

[2] Panneton, op. cit., p. 424-425.

[3] Panneton, p. 425.

[4] Panneton, p. 428.

[5] Gérard Pelletier, op. cit., p. 21.

[6] Simard, op. cit., p. 25.

[7] Ibid.

[8] Ibid., p. 27.

[9] Simard, p. 31.

[10] Tetley, op. cit., p. 52.

[11] Tetley, op. cit., p. 54.

Historiquement Logique au 15e congrès de l’APTDQ

            Lors du 15e Congrès de l’Association professionnelle des techniciennes et techniciens en documentation du Québec (APTDQ), qui se tenait à la Grande Bibliothèque de Montréal le 27 avril 2018, j’étais invité à présenter la conférence ayant pour titre L’importance des archives dans l’interprétation des procès criminels.  Cette rencontre a été rendue possible grâce à l’invitation de l’APTDQ, mais tout particulièrement à Nathalie Champagne, présidente du comité du Congrès 2018.

En me servant de plusieurs exemples de procès qui ont marqué l’histoire du Québec au cours du dernier siècle, j’espère avoir démontré l’importance des archives lorsque vient le moment d’interpréter certains faits historiques.  Le milieu culturel fait sa part en permettant à plusieurs dossiers de survivre à travers le temps.  Il suffit de penser à l’affaire de la petite Aurore l’enfant martyre, Blanche Garneau ou celle de Sault-au-Cochon.  Mais lorsque le besoin d’exhaustivité se fait sentir, les archives judiciaires représentent une valeur primaire qui revêt une importance unique.

La problématique actuelle réside dans le fait qu’à l’ère Google les utilisateurs croient avoir tout à la portée de la main, alors que les archives ont tellement de choses encore à nous apprendre.  C’est justement cette distance entre le public et les archives qu’il faut réduire.

Par le fait même, l’APTDQ célébrait son 30e anniversaire.  L’association a vu le jour à Trois-Rivières en juin 1988.  Le mandat de l’Association est de regrouper des techniciens et techniciennes en documentation, promouvoir la profession et représenter ses membres auprès des autorités.

Contrairement à certaines croyances, les techniciens et techniciennes en documentation ne sont pas seulement des commis de bibliothèque.  Ils œuvrent aussi dans les milieux documentaires et en gestion de documents administratifs afin d’améliorer la recherche, le classement et l’adaptation aux nouvelles réalités technologiques.

Trouvaille archivistique: le procès d’Alexandre Lavallée

            Le 30 avril dernier, le projet PMAJC (Portrait de la Mauricie par les archives judiciaires criminelles) a permis de faire la découverte des transcriptions sténographiques d’un procès datant de 1927 que l’on croyait détruites ou perdues.

J’étais à la recherche de ces documents depuis quelques années déjà.  En fait, il existait déjà un fragment du dossier à BAnQ Trois-Rivières, un autre à BAnQ-Québec et finalement un dernier aux archives de BAC à Ottawa.

Pour la première fois, les transcriptions de l’enquête du coroner et du procès sont facilement repérables par les chercheurs.  Désormais, BAnQ Trois-Rivières pourra leur présenter un dossier plus complet.

Connaissant l’importance qu’ont les transcriptions des témoignages lors d’un procès, Historiquement Logique pourra bientôt reconstituer une histoire beaucoup plus détaillée de cette affaire d’ici quelques semaines.  Comme je le mentionnais au cours de la conférence donnée à l’APTDQ le 27 avril dernier à Montréal, ces documents de valeur primaire ont une importance inestimable pour la reconstitution historique des événements.  Or, il existe deux rumeurs à propos de l’affaire Lavallée.  Est-ce que cette découverte nous permettra d’éclaircir les faits?

Le projet PMAJC est en train de faire ses preuves puisque l’indexation de tous les dossiers judiciaires permet de découvrir ceux qui ont pu être classés de manière erronée, comme ce fut le cas pour celui-ci.  Ceci dit, le respect interne et externe des fonds d’archives ne permet pas de regrouper ces transcriptions avec les autres fragments du dossier.  Le chercheur devra donc consulter plus d’un fonds d’archives pour s’assurer d’une recherche exhaustive.

Rappelons qu’Alexandre Lavallée, un septuagénaire habitant le 4e rang de St-Étienne-des-Grès, a sauvagement battu sa fille à mort en août 1926, apparemment pour obtenir des faveurs sexuelles.  Au terme d’un procès simple et efficace présidé par le juge Aimé Marchand, Lavallée deviendra l’un des sept pendus de toute l’histoire de la vieille prison de Trois-Rivières.