Sergio Leone s’est-il inspiré de la réalité?

Scène finale dans Le Bon, la brute et le truand, mettant en vedette (de gauche à droite) Eli Wallach, Clint Eastwood et Lee Van Cleef.
Scène finale dans Le Bon, la brute et le truand, mettant en vedette (de gauche à droite) Eli Wallach, Clint Eastwood et Lee Van Cleef.

Tout jeune, les westerns spaghetti de l’inoubliable cinéaste Sergio Leone me fascinaient.  Je n’en connaissais pourtant pas encore le succès planétaire.  La magie des personnages, les gros plans, les longs silences, et la musique de Morricone représentaient autant d’éléments marquant pour immortaliser cette recette gagnante.  Bref, je n’ai certainement pas été le seul à me laisser bercer par cette grande aventure visuelle, mais j’étais surtout loin de me douter à l’époque de la possibilité que Leone ait pu s’inspirer d’un fait réel pour mettre en scène la finale de son troisième western.

À la fin du film Le Bon, la Brute et le Truand on assiste à un duel triple où s’affrontent les personnages incarnés par Clint Eastwood, Eli Wallach et Lee Van Cleef.  L’idée semblait innovatrice pour le cinéma des années 1960, mais il se pourrait bien qu’on ait pu s’inspirer d’un affrontement similaire survenu en 1876.

L’historien Bill O’Neal a révélé il y a quelques décennies l’existence d’un dénommé Jack Johnson, également surnommé « Turkey Creek ».  Ce dernier aurait connu une dispute avec ses deux associés dans le domaine de la prospection minière en 1876, à Deadwood, sur le Territoire du Dakota.  Désireux de régler leur différent au plus vite, les trois hommes se seraient déplacés jusqu’au cimetière, suivis d’une foule de curieux.  À une distance « considérable » selon O’Neal, les deux associés auraient ouvert le feu, effleurant Johnson « qui les a calmement abattus ».  Johnson aurait d’ailleurs déboursé les frais funéraires pour pouvoir inhumer ses deux anciens associés.  O’Neal raconta aussi on avait dû utiliser de la dynamite pour creuser le sol gelé du cimetière.

Légende ou réalité?  Quoiqu’il en soit, on imagine assez facilement la ressemblance avec la scène finale du célèbre film de Sergio Leone.

Malheureusement, on ne connaît aucune photo de Johnson.  Son passé demeure également très vague, pour ne pas dire inexistant.  Toutefois, quelques années après ce curieux duel, on le retrouva comme mercenaire engagé par le célèbre justicier Wyatt Earp.  Ainsi, Turkey Creek Jack Johnson participa à la croisade vengeresse des frères Earp, en particulier dans les meurtres de Frank Stilwell et de Florentino Cruz en 1882 dans la région de Tombstone, en Arizona.

Après cette croisade, O’Neal prétend que Johnson serait parti en direction de l’Utah ou du Texas en compagnie d’un autre mercenaire nommé Sherman McMasters.  En réalité, on ignore ce qu’il est devenu.

Voilà une autre histoire qui fait seulement partie de ces mystères de l’ouest et de l’image immortelle du héros solitaire s’éloignant à dos de cheval.

Bibliographie :

O’NEAL, Bill.  Encyclopedia of Western Gunfighters.  University of Oklahoma Press, Norman, 1979, 386 p.

Wyatt Earp, justicier sur mesure

À la sortie des films Tombstone[1] et Wyatt Earp[2] il y a une quinzaine d’années, le nom de ce héros de l’Ouest connut un regain de popularité, en particulier dans les revues spécialisées mais aussi chez les touristes historiques.  J’ai d’ailleurs succombé au charme en 1999 en visitant les villes de Dodge City, Kansas, et de Tombstone, Arizona.

La légende de Wyatt Earp n’avait cependant pas besoin du cinéma pour démontrer que sur le plan historique sa croisade personnelle demeure assez unique.

Né le 19 mars 1848 à Monmouth, Illinois, il quitta le foyer familial à 17 ans afin d’aller travailler dans les contrées sauvages en compagnie de son frère aîné Virgil.

En 1870, Wyatt s’installa à Lamar, Missouri, où il décrocha un premier emploi dans les forces de l’ordre.  Il y épousa Urilla Sutherland qui, d’après une version, serait morte peu de temps après le mariage.  Le jour même des funérailles, les frères de la défunte accusèrent Wyatt d’avoir laissé mourir Urilla et une bagarre éclata.

Plusieurs auteurs croient toujours que ce drame propulsa le jeune homme vers une descente aux enfers.  En 1871, noyant son chagrin dans l’alcool, Wyatt fut arrêté pour vol de chevaux en compagnie d’un acolyte en Territoire Indien[3].  Heureusement pour lui, les poursuites furent abandonnées à la suite de l’acquittement de son complice.

Toutefois, le jeune homme n’avait pas encore tiré de leçon de cette mauvaise expérience car en 1872 il fréquentait toujours le milieu de la prostitution à Peoria, Illinois, où lui et son jeune frère Morgan furent arrêtés à quelques reprises pour proxénétisme.

L’année suivante, comme s’il avait soudainement été frappé par une illumination quelconque, Wyatt cessa de boire.  Il partit pour le Kansas, où il s’improvisa chasseur de bisons.  Taciturne et froid, Wyatt commença donc à établir lentement son image d’intransigeant.

Nombreux furent les auteurs à démarrer sa légende à Ellsworth, Kansas, où il aurait réussi l’exploit de calmer le dangereux tueur Ben Thompson sans effusion de sang après que celui-ci ait tué le Shérif Whitney.  C’est à la suite de cette prouesse qu’on lui aurait offert le poste de marshal de la ville, qu’il n’aurait occupé que quelques jours seulement.  Mis au parfum de la corruption en place, il démissionna et alla rejoindre son frère Jim à Wichita, Kansas, qui tenait un bordel avec l’aide de sa femme.  On présume que c’est là, dans cette ville que Billy the Kid aurait habité avec sa tante à la même époque, que Wyatt aurait rencontré Mattie Blaylock, une prostituée qui s’avéra dépendante de lui, autant financièrement que sentimentalement.

Wyatt s’engagea dans les forces de l’ordre de Wichita, où il amplifia sa réputation en affrontant les dangereux frères Clements.  Toutefois, son congédiement de 1876 s’expliquerait par le fait qu’il aurait frappé un candidat aux élections de marshal.

Quelques semaines plus tard, le maire de Dodge City fit appel à lui pour mieux affronter la saison des grands convois de bétail.  Wyatt y retrouva donc son ami Bat Masterson, l’homme de loi aux origines québécoises, de même que ses frères Virgil et Morgan.  Vers la fin de l’été 1876, Wyatt et Morgan démissionnèrent pour aller tenter leur chance à Deadwood, dans le Dakota, où ils auraient rencontré une première fois un étrange personnage du nom de Turkey Creek Jack Johnson.  Ce dernier, sur lequel on sait bien peu de choses, accompagnerait plus tard Wyatt dans sa croisade personnelle.

C’est en 1877 que Wyatt aurait fait la rencontre de John H. « Doc » Holliday à Fort Griffin, Texas.  Jeune dentiste de formation et gentlemen bien en vu, Holliday avait été forcé de quitter sa Georgie natale en raison de sa tuberculose.  Bien que de caractères différents, Earp et Holliday développèrent une amitié unique et inébranlable.

L’année suivante, Wyatt était de retour à Dodge City, suivi de près par Holliday.  Le 26 juillet 1878, Wyatt et Jim Masterson donnèrent la riposte à deux fêtards ayant ouvert le feu sur des commerces.  L’un des cow-boys fut retrouvé mort le lendemain.

On donne la date du 24 septembre 1878 pour expliquer le scellé définitif sur l’amitié entre Wyatt et Doc.  Ce jour-là, Wyatt, qui représentait la loi, se serait retrouvé encerclé de plusieurs cow-boys armés.  N’ayant rien à perdre en raison de sa maladie incurable, Holliday vola à son secours.  Son apparition sur les lieux aurait suffit à désamorcer la situation.

En septembre 1879, Wyatt offrit sa démission des forces policières de Dodge City pour répondre à l’attrait de la ville de Tombstone, en Arizona.  Wyatt, Jim et Virgil, ainsi que leurs épouses respectives, débarquèrent dans la cité aride mais prometteuse deux mois plus tard.  Morgan les y rejoignit peu après.  Les quatre frères espéraient ainsi se créer un avenir confortable.

Rapidement, une rivalité s’installa cependant entre les Earp et l’organisation criminelle que l’on surnommait les Cowboys.  Les Earp découvrirent sur le ranch des frères McLaury la preuve de leurs activités illégales au sein de l’industrie du vol de bétail.  La tension grimpa d’un autre cran en octobre 1880 lorsqu’un soi-disant membre de cette organisation hétérogène, Curly Bill Brocius, tua le Marshal Fred White en pleine rue.

La tension développée au lendemain de cette tragédie conduisit directement à la désormais célèbre fusillade de O.K. Corral survenue le 26 octobre 1881 dans les rues de Tombstone.  Les Earp, qui travaillaient au nom de la loi, en eurent assez des frasques et des menaces émanant des frères Clanton et McLaury, alors ils décidèrent d’intervenir en marchant directement vers eux, les armes aux poings.  Mais ce jour-là, les frères Earp bénéficiaient d’un atout de taille : Doc Holliday.  Bien que son statut officiel demeure toujours controversé pour cette journée, Doc marcha fièrement au côté de Wyatt, Virgil et Morgan Earp pour donner une leçon à ces criminels qui en menaient large.

Cette fusillade, que les spécialistes se disputent encore les détails, ne dura apparemment qu’une trentaine de secondes.  Elle se solda par la mort de Billy Clanton, ainsi que des deux frères McLaury.  Quant à eux, Virgil et Morgan furent blessés.  Doc Holliday aurait poussé l’audace jusqu’à offrir sa chance à Frank McLaury en ouvrant ses bras en forme de croix, mais le tir ayant raté le dentiste tuberculeux termina le travail à coups de revolver.

Suite à une commission d’enquête, le juge Wells Spicer déclara qu’il n’y avait pas matière à procès contre les Earp et Holliday.  Cette décision mit les Cowboys en colère, au point où ceux-ci dressèrent une liste noire d’hommes à abattre.  Bien sûr, les noms de Holliday et des Earp figuraient au sommet de la liste.

Le 28 décembre 1881, Virgil fut leur première victime.  Une décharge de fusil de chasse tirée en pleine nuit par un homme qui ne fut jamais identifié clairement lui enleva à jamais l’usage d’un bras.

Justicier dans l’âme, Wyatt forma immédiatement une équipe de mercenaires incluant Doc Holliday, Turkey Creek Jack Johnson, Texas Jack Vermillion et Sherman McMasters afin de traquer les responsables de ces représailles.  Cette vive réaction ne put cependant empêcher l’assassinat du jeune Morgan Earp le 18 mars 1882.

Cette fois, Wyatt Earp laissa tomber ses principes, de même que son étoile de représentant de l’ordre.  Il n’avait plus qu’une seule idée en tête : galoper au nom de sa justice.  Le premier à le suivre dans cette entreprise suicidaire fut son fidèle ami Doc.

Wyatt et ses mercenaires éliminèrent d’abord Frank Stilwell à la gare de Tucson le 20 mars, puis Florentino Cruz le 22 mars et enfin Curly Bill le 24 mars.  La croisade de Wyatt Earp semblait avoir pris un rythme effréné.  Des rumeurs circulèrent également concernant d’autres victimes parmi les Cowboys, mais rien ne peut être prouvé historiquement.

Le Shérif Behan, corrompu et ami des Cowboys, forma une puissante équipe composée de tueurs, forçant ainsi Wyatt et ses mercenaires à fuir jusqu’au Colorado.  Officiellement, Wyatt ne remit plus jamais les pieds sur le sol de l’Arizona.  Et pour éviter l’extradition de Doc, on inventa contre lui une accusation de vol sur le territoire du Colorado avec l’aide de Bat Masterson.

Au cours de l’été de 1882, Johnny Ringo, que plusieurs qualifiaient du plus terrible des Cowboys, fut retrouvé mort sous un arbre de l’Arizona.  Les débats se poursuivent encore quant aux circonstances entourant la mort de Ringo.  Certains pointent du doigt Wyatt, alors que d’autres préfèrent la théorie de Doc, qui s’était d’ailleurs mesuré à lui quelques mois plus tôt.  Cette dernière théorie fut longtemps écartée puisqu’au moment où Ringo avait été tué Doc Holliday devait comparaître devant un tribunal du Colorado.  Toutefois, on a découvert, il y a quelques années, que Doc ne se serait jamais présenté à cette audience.  Aurait-il eu le culot de revenir en territoire ennemi pour finir le travail?

Wyatt Earp ne fut jamais importuné par la loi en ce qui concerne sa croisade personnelle et continua de voyager à travers l’Ouest en compagnie de Joséphine Marcus.  Son nom refit cependant les manchettes à quelques reprises, en particulier lorsqu’on remettait à la mode le sujet de la justice personnelle.

Son histoire reste depuis associée aux faiblesses du système judiciaire, qui offre ainsi certaines zones grises permettant d’entretenir l’idée de se faire justice soi-même.

C’est dans un luxueux hôtel, quelques années plus tard, que Doc Holliday et Wyatt Earp se croisèrent pour la dernière fois.  Refusant d’être un fardeau pour son ami, Doc préférait qu’il en soit ainsi.  Il se retira peu après dans un hôtel de Glennwood Springs, au Colorado, où il s’éteignit doucement le 7 novembre 1887.

En août 1999, j’ai eu la chance de me retrouver sur le site même de la Fusillade de O.K. Corral à Tombstone, Arizona, là où des mannequins marquent maintenant les positions approximatives de Wyatt Earp et Doc Holliday lors des échanges de coups de feu.

Wyatt s’éteignit le 13 janvier 1929 à Los Angeles, Californie.  Parmi les hommes qui portèrent sa tombe on comptait deux des premières vedettes du cinéma western : William S. Hart et Tom Mix.


[1] Film de George P. Cosmatos, 1993, mettant en vedette Kurt Russel dans le rôle de Wyatt Earp et Val Kilmer dans celui de Doc Holliday.

[2] Film de Lawrence Kasdan, 1994, mettant en vedette Kevin Costner dans le rôle de Wyatt Earp et Dennis Quaid dans celui de Doc Holliday.

[3] Devenu par la suite l’État de l’Oklahoma.

Geronimo, le dernier renégat

Officiellement, Geronimo fut le dernier Amérindien à rendre les armes devant l’armée américaine.

Si le nom de ce leader Apache Chiricahua que l’on croit être né en juin 1829 est aussi légendaire c’est parce qu’il fut le dernier Amérindien à rendre formellement les armes devant la puissante armée américaine.

Appelé Goyakla, ou « One Who Yawns » par les Apaches, Geronimo (équivalent de Jérôme en espagnol) est le nom par lequel les Blancs apprirent à le connaître.

Ayant grandi dans la région de la Gila River, sa jeunesse fut marquée par les hostilités entre son peuple et les Blancs, autant les Mexicains que les Anglos, et des deux côtés de la frontière séparant les États-Unis et le Mexique.

En 1858, les soldats mexicains attaquèrent le camp Apache près de Janos, dans la province de Chihuahua, où ils tuèrent la mère de Geronimo, sa femme et ses enfants.  En raison de ce drame impardonnable, la haine de Geronimo envers les Mexicains ne s’estompa jamais.  Bien qu’il se remaria par la suite et eut d’autres enfants, la perte de sa première famille le stigmatisa pour le reste de sa vie.

Au cours des années suivantes, la célébrité de Geronimo en tant que guerrier s’amplifia graduellement, tout spécialement au Mexique.  En avril 1877, à Ojo Caliente, au Nouveau-Mexique, il fut arrêté par l’agent aux affaires indiennes John Clum et conduit à la réserve de San Carlos, Arizona, avec 110 membres de sa bande.  À partir de cet instant jusqu’à sa capture définitive en 1886, Geronimo connut une carrière incroyable, alternant entre le rôle de renégat coriace et prisonnier de guerre.

Sur la réserve, il passa inaperçu jusqu’en 1881, quand, en compagnie de quelques dizaines d’autres Apaches, il s’échappa afin d’entamer une série d’attaques dans le sud-ouest.  Par son intelligence, sa résistance et sa connaissance du terrain, Geronimo prit le contrôle en presque totalité de la vaste région englobant la Sierra Madre au Mexique, le sud-est de l’Arizona, ainsi que le sud-ouest du Nouveau-Mexique.

En 1883, le Général George Crook persuada Geronimo de se rendre, mais la promesse tarda à venir.  C’est seulement en février 1884 que ce dernier accepta de se livrer enfin, mais selon ses propres conditions.

En mai 1885, il s’enfuit à nouveau de la réserve et en mars 1886 le Général Crook se chargea une fois de plus de négocier avec lui une reddition pacifique.  En route pour le Fort Bowie, en Arizona, Geronimo s’évada dans les montagnes avec une poignée de renégats.

Le 3 septembre 1886, le Général Nelson Miles présida la reddition finale et sans condition de Geronimo.  Cette fois, les derniers renégats furent exilés dans une prison de Floride.  C’est seulement 5 ans plus tard qu’ils furent libérés, mais pour être envoyés dans l’enceinte du Fort Sill, en Oklahoma.  Loin de sa terre natale et de ses habitudes de vie, Geronimo gagna un peu d’argent en vendant des photos de lui, de même que de petits arcs et des flèches portant son nom.  Les gens commencèrent alors à le voir comme une attraction touristique.  L’ancien guerrier qui avait tend fait transpirer les officiers militaires se permit également plusieurs apparitions dans les foires, dont l’une des plus célèbres se produisit à la St. Louis World’s Fair de 1904.

Geronimo s’éteignit le 17 février 1909 à Fort Sill sans avoir revu sa terre ancestrale du sud-ouest.

On le considère toujours comme un guerrier fort intelligent puisque l’armée américaine avait dû envoyer 42 compagnies de cavalerie et d’infanterie à ses trousses.  Les Mexicains avaient aussi contribué avec la participation de 4,000 soldats, alors que, dans ses bons jours, la bande de Geronimo ne comptait pas plus de 50 guerriers.  Sa toute dernière résistance avait durée cinq mois; ce qui est un exploit en considérant tous les effectifs déployés pour le traquer.

Le Massacre de Camp Grant

Camp Grant, Arizona, vers 1870.

Au cours des années 1870 les hostilités entre les Apaches et les colons du sud de l’Arizona atteignirent un sommet.  Les Blancs, parmi lesquels on comptait des mineurs, des ranchers et des éleveurs, se multipliaient sans cesse dans la région.  Ainsi menacés sur leur propre terrain, les Indiens effectuèrent des raids contre les fermes du secteur pour rappeler leur présence.  Et, bien sûr, les Blancs ne trouvèrent aucun autre moyen que d’appliquer leur système de punition habituel destiné aux voleurs et assassins.

Au début de l’année 1871, la bande Arivaipa du groupe des Western Apache de San Carlos demanda l’asile au Camp Grant.  Il s’agissait d’un poste militaire situé près de la jonction de Arivaipa Creek et de la San Pedro River, dans le sud de l’Arizona.  Leur leader se nommait Hackibanzin, mieux connu chez les Blancs comme Eskiminzin.  Le commandant du poste était alors le Premier Lieutenant Emerson Whitman du 3ème Régiment de la cavalerie américaine.

Incertain de ce qu’il devait faire, le Lieutenant Whitman écrivit donc au commandant du département, le Général George Stoneman, pour obtenir des instructions claires.  La réponse arriva : on lui expliqua que sa communication n’était pas dans la forme militaire, c’est-à-dire que le contenu de la lettre n’avait pas été résumé sur l’enveloppe.  Dégoûté de cette perte de temps, Whitman décida d’agir selon sa propre conscience et d’offrir l’asile aux Indiens.

Peu près, 500 Arivaipa se retrouvèrent dans l’enceinte du Camp Grant.  Puis des Apaches non identifiés attaquèrent un convoi de chariots dans les Pinal Mountains, tuant un homme et enlevant une femme à Tubac, à plus de 50 miles (80,5km) du Camp Grant.  On blâma les Apaches d’avoir commis une demi-douzaine d’autres raids en mars 1871 et celui que l’on pointa du doigt fut Eskiminzin.

Au matin du 30 avril 1871, sans le moindre avertissement, le Comité de la Sécurité Publique de Tucson, composé de six anglophones, dont William Sanders Oury, et 48 Mexicains, dont Jesus Maria Elias, attaquèrent le camp Apache qui était encore endormi.  Le comité était accompagné de 94 Indiens Papago, les ennemis traditionnels des Apaches.

Lorsque l’attaque fut terminée, environ 100 Apaches gisaient morts sur le sol.  La plupart étaient des femmes et des enfants.  De plus, 27 enfants furent capturés et vendus comme esclaves ou donnés aux familles Papago.  Évidemment, il n’y eut aucune perte humaine chez les agresseurs.

Les citoyens de Tucson demandèrent la mutation du Lieutenant Whitman parce qu’il avait accueilli les Apaches et ce dernier dut faire face à la Cour Martial.  Heureusement pour lui, les procédures furent abandonnées.  Une tempête de protestations provenant de l’est du pays força la justice à poursuivre les auteurs de ce massacre dès décembre 1871.  Le procès, qui se déroula à Tucson, dura cinq jours.  Le verdict d’acquittement fut rendu en 19 minutes.