Les auteurs mythomanes, un phénomène bien présent

En 1960, le livre de Ramon F. Adams a révélé l'existence de plusieurs auteurs mythomanes et opportunistes.
En 1960, le livre de Ramon F. Adams a révélé l’existence de plusieurs auteurs mythomanes et opportunistes.

Que ce soit en se déplaçant chez son libraire ou en commandant en ligne, le lecteur est en droit de présumer de l’honnêteté du livre qu’il s’apprête à acheter.  Malheureusement, après m’être familiarisé avec quelques sujets historiques depuis maintenant 25 ans, je suis en mesure de me rendre compte de l’existence d’un phénomène qui peut sembler désagréable et parfois même déroutant.  Les auteurs mythomanes existent et, bien qu’ils sèment la controverse, nous devons composer avec cette réalité.

La première fois que j’ai eu la puce à l’oreille, bien que j’avais déjà côtoyé le phénomène au cours de mes recherches concernant le 19ème siècle américain, ce fut en lisant L’affaire Coffin : une supercherie?, de Me Clément Fortin (2007).  Au moment d’y plonger mon regard de lecteur, j’avais évidemment entendu parler de l’affaire Coffin – comment l’ignorer? – mais je ne m’étais toujours pas forgé le moindre jugement sur cette affaire.  Me Fortin y affirmait lui-même qu’avant de s’attaquer au dossier judiciaire il croyait en l’innocence de Wilbert Coffin.  Une étude objective du déroulement du procès l’a finalement convaincu du contraire.

Dans l’ouvrage de Me Fortin, je n’ai eu d’autre choix que d’en arriver à la même conclusion que le jury : Wilbert Coffin était coupable du triple meurtre des trois chasseurs américains survenu en Gaspésie.  L’auteur mythomane qui est à l’origine du mythe entourant l’affaire Coffin, et qui par conséquent créa le plus de dommage au sein de la mémoire collective, est Jacques Hébert.  Les publications de ce dernier, qualifiées de « brûlots » par Me Fortin, ont fortement contribué à ce mythe entretenu autour de la possible injustice de l’affaire Coffin.  Devant la Commission Brossard, formée au cours des années 1960 et aux frais des contribuables pour justement réétudier l’affaire Coffin devant les nombreux doutes soulevés par Hébert, celui-ci fut contraint d’admettre qu’il n’avait lu qu’un seul témoignage sur l’ensemble des milliers de pages de transcriptions sténographiques du procès.

Cette évidence aurait normalement dû clouer le bec à Hébert, mais ce dernier continua inlassablement sa croisade médiatique pour des raisons purement politiques.

En travaillant sur L’affaire Dupont, j’ai pu vérifier ce dont Me Fortin parlait dans ses publications, c’est-à-dire cette nécessité de s’en tenir aux transcriptions et au dossier judiciaire.  Cette rigueur permet d’écarter les rumeurs et autres ragots de corridor  Voilà qui, au bout du compte, nous met face aux preuves solides qui ont été enregistrées légalement.  Autrement, il devient facile de se laisser aller dans des directions incontrôlables et perverses, ce qui nous conduirait tout droit vers une mystification de l’ordre de celle qu’on réserve encore aujourd’hui à une légende mauricienne comme celle du mur du pendu (voir La légende du mur du pendu : c’était Noël François!).

En mai 2014, la sortie du livre de Jean-Pierre Corbin, Exécution, Cold Case l’affaire Dupont la véritée [sic] absolue, qui repose sur des théories impossibles à prouver, a suscité un certain intérêt avant de décevoir plusieurs lecteurs qui cherchaient une meilleure compréhension des faits.  Tout comme dans l’affaire Coffin, les allégations ont pris des proportions telles qu’une partie de la population a intégré ces ouï-dire au mythe forgé par le temps et parfois même par le silence des autorités.

Dans l’affaire Denise Therrien, cette adolescente de 16 ans assassinée à Shawinigan-Sud en 1961, le scénario se répète.  En juin 2014, Jean-Guy Lefebvre, un ancien patrouilleur de la Sûreté du Québec qui ne révèle cependant jamais avoir été enquêteur, publiait La clef de l’énigme absolue.  En plus d’un titre prétentieux, celui-ci avouait avoir réalisé son enquête uniquement « par téléphone ».  Non seulement il appuyait les propos pervers et mensongers de l’assassin, publiés chez Stanké en 1977, mais il présentait un texte absurde et erroné.  Ajoutons à cela qu’il accuse les procureurs de la Couronne et de la défense d’avoir été des incompétents, et que le juge Paul Lesage a erré.  Bref, il prétend que tout le procès de 1966 fut un complot contre Marcel Bernier.  Cela revient à dire qu’il se croit plus compétent que les juges de la Cour d’appel, eux qui pourtant ont confirmés le verdict prononcé devant le juge Lesage en février 1966.

En août dernier, j’ai numérisé tout le dossier judiciaire de l’affaire Therrien aux archives de Québec afin de réviser les témoignages entendus devant le juge Paul Lesage.  Je n’y ai trouvé aucune matière pour appuyer, ne serait-ce qu’en partie, les accusations gratuites de Lefebvre.  D’ailleurs, c’est sur ce même dossier judiciaire que se basait Isabelle Therrien, la nièce de Denise, pour présenter son livre L’Inoubliable affaire Denise Therrien en 2009, et dans lequel elle démantelait justement la théorie loufoque de Bernier.

En publiant son docu-roman L’affaire Cordélia Viau, la vraie histoire en 2013, Me Clément Fortin a démontré l’existence d’une autre auteure mythomane : Pauline Cadieux.  Dans sa conclusion, Fortin démontre la frustration à saveur féministe qui aurait motivé Cadieux dans son écriture, allant jusqu’à dire que « cette attitude revancharde n’était sûrement pas propice à la rédaction d’une œuvre objective »[1].  Bref, elle a voulu faire de Cordélia Viau une victime, tandis que le dossier judiciaire ne révèle aucune irrégularité suffisante pour remettre en cause le verdict, bien qu’il faille admettre que certaines procédures ne se produiraient maintenant plus de la même façon.

Avant son exécution, d’ailleurs, Cordélia Viau a avoué son crime[2].

Le phénomène n’est évidemment pas étranger chez nos voisins américains.  À titre d’exemple, dans l’affaire du Dahlia Noir, cette jeune femme retrouvée assassinée dans des conditions atroces à Los Angeles en 1947, deux auteurs ont prétendu que leur père respectif était le véritable meurtrier.  Forcément, à première vue, au moins l’un d’entre eux avait tort.  L’auteur Don Wolfe a depuis démontré, suite à une recherche sérieuse, que ces deux auteurs n’avaient finalement aucune preuve pour appuyer leurs théories.

En 1960, Ramon F. Adams publiait A fitting death for Billy the Kid et dans lequel il présentait une impressionnante bibliographie des publications concernant le hors-la-loi américain Billy the Kid.  Il est étonnant d’y découvrir de nombreux auteurs – incluant des vieillards interviewés par des journalistes – qui prétendaient avoir connu le Kid, soit pour mousser des ventes ou simplement pour se rendre intéressants.  D’autres ont commis des erreurs aisément détectables.  Le livre d’Adams dévoile un phénomène si pathétique qu’il représente pratiquement un incontournable pour quiconque voudrait étudier le phénomène.

Rougeot et verneDans le cas de Jesse James, la légende littéraire démarra beaucoup plus tôt.  À l’époque même où celui-ci était accusé de piller des banques et des trains à travers tout le pays, c’est-à-dire au cours des années 1870, certains livres sortaient déjà en librairie.  L’un de ces auteurs était John N. Edwards, un ancien combattant sudiste, tout comme les frères James, et dont les propos se montrèrent plutôt flatteurs envers ces criminels.  Aujourd’hui, on s’entend pour dire que le livre d’Edwards a contribué, du moins en partie, à cette glorification qu’on a fait des exploits de ce gang, mais aussi des autres bandes de braqueurs qui leur emboîtèrent le pas au cours des décennies suivantes.

Avec l’annonce de l’assassinat de Jesse James en avril 1882, une course contre la montre s’engagea à savoir quel éditeur serait le premier à présenter l’œuvre complète sur sa carrière et celle des membres supposés de son gang.   Sept semaines seulement après la mort de Jesse James, le livre de Frank Triplett se retrouvait en vente sur les tablettes.  De cet auteur, on ne sait que peu de choses.  On ignore même tout à propos de ses origines et de son décès.  Joseph W. Snell, de la Kansas State Historical Society, écrivait en introduction de la réédition de 1970 du livre de Triplett que ce dernier n’était pas reconnu pour sa rigueur mais surtout pour son nom associé à des livres qui, pour l’époque, avaient pour but de rapporter des profits.  Aujourd’hui, d’ailleurs, les historiens et autres auteurs sérieux s’entendent pour dire que le contenu du livre de Triplett n’a pas une grande valeur historique.

Myra Maybelle Shirley, mieux connue sous le nom de Belle Starr, a été assassinée de deux décharges de fusil de chasse en février 1889.  Ce crime est demeuré officiellement non résolu, même si un suspect intéressant fut rapidement ciblé en la personne d’Edgar Watson, un ancien locataire de la victime.

Puisque la justice fut incapable de dénicher des preuves suffisantes pour le faire condamner, la course aux spéculations débuta.  Selon une version, un tueur à gage du nom de Bertholf aurait été engagé par un éleveur à qui Belle aurait volé du bétail.  C’est du moins la version que soutint un vieil homme jusque sur son lit de mort, passant ainsi l’histoire à un ami qui se chargea de la transmettre ensuite à l’auteur Ted Byron Hall.  En un mot, Hall était l’homme qui avait vu l’homme qui avait vu l’ours!

Un autre auteur du nom d’Edwin P. Hicks, qui publia son bouquin en 1963, présenta une autre théorie selon laquelle l’assassin de Belle Starr était plutôt Jim Middleton.  Ce dernier aurait voulu venger la mort de son frère John, que Belle aurait apparemment fait éliminer pour lui prendre l’argent d’un cambriolage.  Un témoin aurait même affirmé que Jim l’aurait fait venir à son chevet en 1938 pour lui confier son crime avant de mourir.  L’auteur Glen Shirley, qui publia Belle Starr and Her Times en 1982, écrit qu’il n’existe aucune preuve supportant cette théorie concernant Jim Middleton.

Et comme si ce n’était pas assez, une autre théorie voulut que Jim July Starr, le dernier mari de Belle, ait été lui-même l’assassin.  Frustré que ses efforts n’aient connu aucun résultat pour faire condamner Watson, Jim July s’allia avec un petit gang de hors-la-loi.  Le 23 janvier 1890, il fut blessé par des représentants de l’ordre en résistant à son arrestation.  Jim devait succomber à ses blessures trois jours plus tard.  Plus de 60 ans après, Bob Hutchins, qui prétendait avoir fait partie de l’équipe des représentants de l’ordre ayant mis fin à la carrière de July, se confia à un journal.  Il prétendait que Jim July avait dit sur son lit de mort avoir tué sa femme en février 1889.  Hutchins, qui avait eu six décennies pour façonner son histoire, prétendit que Watson avait prêté son fusil à July, qui s’en était ensuite servi pour assassiner Belle.

D’autres diront encore que l’assassin était Eddie, le propre fils de Belle Starr.  Bref, on comprend le principe.  Certaines légendes ne s’arrêteront tout simplement jamais!

Et l’Europe n’échappe pas au phénomène.  En France, l’exemple entourant l’assassinat de la députée Yann Piat, survenu le 25 février 1994, est aussi un exemple flagrant.  Puisqu’elle était la première députée assassinée en France, les rumeurs pointèrent rapidement du doigt certains personnages politiques en les accusant d’avoir commandité le meurtre.  Dans le reportage présenté par l’équipe télévisée de Faites entrer l’accusé (à voir : Faites entrer l’accusé – Affaire Yann Piat, une femme à abattre), on apprend qu’au plus fort des événements entourant ce meurtre un livre appuyant le complot politique fit sa sortie en kiosque.  Les auteurs, les journalistes André Rougeot et Jean-Michel Verne, prétendaient d’ailleurs résoudre toute l’affaire grâce à un seul et mystérieux informateur.  D’autres journalistes plus consciencieux ouvrirent alors leur propre enquête et découvrirent que cet informateur était un excentrique mythomane.  Non seulement Rougeot et Verne furent condamnés en diffamation mais l’enquête et le procès révéla que la députée avait plutôt été assassinée par de jeune voyous travaillant à la solde d’un tenancier de bar aux tendances mafieuses qui souhaitait prendre de l’expansion dans la ville de Hyères, près de Toulon.

Toute l’hypothèse du complot politique s’était donc avéré être un énorme « pétard mouillé ».

Dans l’affaire controversée d’Omar Raddad[3], l’histoire se répète.  Avant de mourir assassinée en 1991, Ghislaine Marchal avait réussi à écrire avec son propre sang « Omar m’a tuer [sic] ».  Or, Omar Raddad était alors son jeune jardinier.  Ce dernier fut d’ailleurs reconnu coupable en 1994 et condamné à 18 ans de réclusion.

Pauline CadieuxJean-Marie Rouart, directeur du Le Figaro littéraire, un auteur au parcours pourtant remarquable qui aspirait à l’Académie française, accepta de se compromettre dans un livre où il volait à la défense de Raddad.  Dans le documentaire préparé encore une fois par l’équipe de Faites entrer l’accusé, il apparaît que Rouart a fait sa « propre enquête » sur une durée de 10 jours seulement avant de coucher ses idées sur papier.

Quelles sont les véritables motivations de ces auteurs mythomanes?  Écrivent-ils par manque d’attention?  Par pure tricherie?  Par maladresse?  Ou alors dans l’espoir de faire un profit monétaire?  De voir leurs noms au sommet des meilleures ventes?

Est-ce que ces auteurs peuvent miner la confiance que les lecteurs entretiennent envers l’ensemble des livres qu’on retrouve en librairie et sur la toile?

Ce qui est sûr, c’est que pour contrer ces mystifications certains doivent redoubler d’ardeur.  D’ailleurs, cette mythomanie n’est pas seulement réservée au milieu littéraire.  Le cinéma nous a habitués à ingurgiter des films à saveur « histoire vécue ».  Dans le cas de La Correction (Sleepers, 1996), par exemple, on se base sur le roman de Lorenzo Carcaterra, qui affirme encore que son histoire est vraie.  Pourtant, le système judiciaire new-yorkais n’a jamais pu retrouver la moindre trace de l’histoire présentée par Carcaterra.

Quand on pense aussi que les films Le silence des agneaux, Psychose et Massacre à la tronçonneuse s’inspirent du même fait réel (celui du tueur Ed Gein), on peut se poser des questions quant au traitement que fait Hollywood de ses « histoires vécues ».

Au Canada, ces auteurs mythomanes s’exposent à d’éventuelles accusations criminelles.  L’article 181 du Code criminel canadien se lit comme suit : « est coupable d’un acte criminel et passible d’un emprisonnement maximal de deux ans quiconque, volontairement, publie une déclaration, une histoire ou une nouvelle qu’il sait fausse et qui cause, ou est de nature à causer, une atteinte ou du tort à quelque intérêt public ».

Cependant, dans leur Traité de droit pénal canadien, Côté-Harper, Rainville et Turgeon précisent  que, selon l’arrêt R. c. Zundel ([1993] 3 R.C.S. 519)[4], l’article 181 « a été jugé de portée excessive et donc inconstitutionnel, ne pouvant être sauvegardé par l’article premier de la Charte.  Cet article visait un trop grand nombre de déclarations.  L’interdiction pouvait limiter la liberté d’expression et empêcher des gens de s’exprimer face au danger d’être poursuivis en fonction de la conception de l’intérêt public de la majorité de la société »[5].

En d’autres mots, la Charte canadienne des droits et libertés permet l’existence dans nos librairies d’auteurs mythomanes.

Me Fortin écrit dans une conclusion que « le droit a évolué.  Soit!  Cependant, l’attitude des hommes n’a guère changé.  Pour un bon nombre d’entre eux, les ragots ont toujours force de loi »[6].

On a vu récemment, avec les attentats commis à Paris à l’endroit de Charlie Hebdo, à quel point l’Occident tenait à sa liberté d’expression.  Dans un cadre comme celui-là, on ne doit donc certainement pas se surprendre de l’existence de telles publications et que, quoi qu’on en dise, elles sont là pour rester.  Il en revient donc au lecteur la responsabilité de naviguer à travers ces eaux troubles.

[1] Clément Fortin, L’affaire Cordélia Viau la vraie histoire, p. 350.

[2] Dans Crimes, mystères et passions oubliés, l’historien Raymond Ouimet se basait sur l’opinion de Pauline Cadieux pour affirmer que l’enquête avait été « bâclée » et que les procès dans l’affaire Cordélia Viau avaient été « honteusement partiaux ».  Pardonnons cependant à Ouimet le fait qu’il écrivait ceci en 2010, soit 3 ans avant que Clément Fortin offre publiquement l’occasion de répliquer aux accusations de Pauline Cadieux en offrant à ses lecteurs une présentation honnête du procès.

[3] À voir : Faites entrer l’accusé – le coupable désigné Omar Raddad

[4] Dans cette cause il était question d’une publication affirmant que l’holocauste dont ont été victimes 6 millions de Juifs durant la Seconde Guerre Mondiale était une fausseté.

[5] Gisèle Côté-Harper, Pierre Rainville et Jean Turgeon, Traité de droit pénal canadien, 1995, Éditions Yvon Blais, 1998, p. 126.

[6] Clément Fortin, op. cit., p. 356.

Billy the Kid et Jesse James étaient-ils des amis?

Dr Henry Hoyt.  C'est en grande partie grâce à son journal intime qu'on sait aujourd'hui que Billy the Kid et Jesse James se connaissaient.
Dr Henry Hoyt. C’est en grande partie grâce à son journal intime qu’on sait aujourd’hui que Billy the Kid et Jesse James se connaissaient.

C’est bien connu, Jesse James a laissé sa marque dans le folklore américain en pillant des banques et des trains, principalement dans le mid-ouest. Billy the Kid a quant à lui fait sa renommée en participant à la Guerre du Comté de Lincoln au Nouveau-Mexique avec l’espoir de venger l’assassinat de son ami et employeur.

À première vue, rien ne rapproche ces deux hommes. Et pourtant!

C’est par une voie officieuse de l’Histoire que cette idée apparut pour la première fois en 1949 et 1950 par la bouche de William H. « Brushy Bill » Roberts, un vieil homme qui prétendait être Billy the Kid alors que l’histoire populaire le disait mort depuis 1881. Roberts, qui aurait pu se contenter de répéter les vieilles histoires déjà assimilées par l’ensemble de la population, étonna en affirmant des choses que personne n’avait encore pu imaginer jusque-là.

En 1874, une époque où l’Histoire officielle ne peut détailler les déplacements du Kid, alors âgé d’environ 14 ans, ni celles de Jesse James d’ailleurs, Roberts prétendait avoir passé quelques mois sur le ranch de Belle Reed, plus tard connue sous le nom de Belle Starr. Il dira y avoir fait la rencontre de quelques hors-la-loi de l’époque, dont les frères James et Younger. (Pour plus de détails à ce sujet, voir l’article suivant : Billy the Kid, pensionnaire chez Belle Starr?)

Outre cette possibilité, l’auteur Philip J. Rasch, aujourd’hui décédé, soulevait une autre hypothèse selon laquelle une rencontre entre les deux célébrités du Far West aurait eu lieu en février 1879. Dans un article de 1960, Rasch écrivait que Jesse James et Billy the Kid aurait pu se croiser au lendemain de la Guerre du Comté de Lincoln dans le Nouveau-Mexique.

En février 1879, le Kid et certains de ses amis s’étaient rendu à un rendez-vous dans le village de Lincoln pour tenter de faire la paix avec Jimmy Dolan, le principal représentant du clan adverse. Dolan était lui-même accompagné de quelques brutes. Après quelques paroles grossières, les deux factions finirent par s’entendre avant de célébrer cette trêve par une tournée des bars.

Le même soir, Houston Chapman, un avocat qui tentait de poursuivre le clan Dolan pour tenter de dédommager la veuve de l’une des victimes de cette guerre de comté, revenait au village de Lincoln. Sans raison apparente, l’un des hommes du groupe de Dolan, un dénommé William Campbell, se mit à harceler Chapman. Ivre, Campbell l’aurait abattu de façon délibérée. Selon Rasch, le pauvre homme aurait reçu deux blessures mortelles.

En retournant vers un restaurant, Campbell aurait avoué avoir promis au Colonel Dudley, que certains tenaient responsable pour les décès de certains individus, d’éliminer Chapman. Serait-ce donc un meurtre prémédité et commandité?

À l’intérieur du restaurant, Campbell demanda à un autre homme d’aller placer une arme dans la main du cadavre, qui gisait toujours dans la rue, afin de faire croire à de la légitime défense. Le Kid se montra opportuniste en saisissant cette phrase au bond, se proposant lui-même pour aller ainsi « maquiller » la scène de crime. En fait, le Kid profita plutôt de cette chance pour s’éloigner du gang de Dolan et quitter le village sans jamais avoir mis l’arme dans la main du pauvre Chapman.

Jesse James
Jesse James

Étrangement, un peu plus de 10 ans avant la publication de l’article de Rasch, Brushy Bill Roberts racontait déjà la même histoire.

Mais la véritable surprise dans cette affaire reste à venir.

Plus tard, lors de son procès, Jimmy Dolan affirma avoir eu trop peur de Campbell pour être en mesure de le contrarier. En fait, Rasch racontait que, dans le folklore néo-mexicain, Campbell était en réalité Jesse James.

Cette rumeur semble prendre ses origines dans une lettre de George Taylor, petit-fils de Cynthia Birchard, la sœur de la mère du président Rutherford B. Hayes, qu’il écrivit au président en spécifiant :

« Il y a quelques semaines un avocat du nom de Chapman qui tentait de régler les successions de McSween et de Tunstel [Tunstall] a été tiré et tué par Dolan qui est revenu et deux hors-la-loi Evans et Campell [Campbell]. Cambell est Jesse James, le Gouverneur Wallace et un homme du nom de McPherson le savent aussi. »

Toujours selon Rasch, Lew Wallace aurait cru en la véracité de cette information jusqu’au jour de sa mort. Mais le problème réside dans le fait que Wallace aurait également été informé que Campbell aurait aussi tué trois hommes de sang froid sur les territoires de chasse aux bisons, ce qui ne colle évidemment pas à ce que l’on sait de la carrière de Jesse James.

Plutôt que d’apporter des réponses, ces rumeurs soumettent d’autres questions. Selon l’une d’elle, apparemment bien établie à Lincoln, le véritable nom de Campbell n’aurait pas été Ed Richardson comme l’a prétendu l’auteur Walter N. Burns en 1926, mais plutôt Hines. C’est là que les choses se compliquent. On sait que Clell Miller, un des acolytes du gang des frères James et Younger, a déjà utilisé le pseudonyme de Hines. Toutefois, Miller n’était plus de ce monde en février 1879. Il avait été tué lors de la célèbre attaque de la banque de Northfield en septembre 1876, dans le Minnesota.

D’un autre côté, c’est un dénommé Joe Hines qui, en 1948, a mis l’avocat William Morrison sur la piste de Brushy Bill Roberts. On n’a jamais su qui était réellement ce Joe Hines, qui en connaissait apparemment tout un rayon sur les faits entourant la Guerre du Comté de Lincoln.

Rasch soulignait que l’auteur Carl W. Breihan avait révélé que Jesse James aurait déjà utilisé le nom de William Campbell, mais Breihan avoua qu’il n’y avait aucun fondement à cette information.

Peut-être s’agissait-il d’une simple confusion de noms. Quoi qu’il en soit, des auteurs contemporains sérieux comme Yeatman ou Nolan n’en font même pas mention.

Si Brushy Bill Roberts a fait une brève allusion selon laquelle les James, ainsi que Belle Reed (Starr) auraient déjà été de passage dans le village de Lincoln, on ne peut aujourd’hui en trouver la moindre preuve.

Alors, est-ce encore loufoque de prétendre que Jesse James et Billy the Kid aient été des amis?

Non. Pas selon la troisième possibilité, qui paraît beaucoup plus sérieuse que les deux précédentes.

D’abord, il faut comprendre qu’à la suite du fiasco de Northfield en septembre 1876, qui a résulté en la capture des trois frères Younger, les frères Frank et Jesse James s’étaient retiré du milieu criminel. Ils s’étaient installés au Tennessee sous des noms d’emprunt.

Cette photo de Billy the Kid prise vers 1880 est la seule qui soit reconnue par tous les historiens.
Cette photo de Billy the Kid prise vers 1880 est la seule qui soit reconnue par tous les historiens.

Au cours de l’été 1879, ils n’avaient toujours pas repris leurs activités de hors-la-loi et c’est à ce moment qu’on retrouve Jesse à Las Vegas, au Nouveau-Mexique, loin de son Missouri natal. Qu’est-ce qui l’a soudainement amené à se rendre directement à cet endroit?

Ted P. Yeatman, un auteur qui se spécialise sur l’histoire des frères James, se demande si Jesse ne s’y est pas rendu pour régler certaines dettes, déterminé qu’il aurait pu être à continuer de mener une vie normale et faire oublier son image de grand desperado. Ou alors était-ce pour opérer un nouveau gang dans cette région. Si cette dernière hypothèse me semble assez peu probable, car appuyé par aucun indice, il demeure un fait cependant que l’un de ses vieux amis du Missouri, Scott Moore, se trouvait à Las Vegas avec sa femme cet été-là. Le couple Moore s’occupait d’un hôtel qui offrait des bains de source sulfureuse (hot springs) situé à environ 6 milles du village de Las Vegas, au Nouveau-Mexique. « C’est là qu’une rencontre plutôt remarquable a probablement eu lieu entre deux des plus légendaires hors-la-loi américains de tous les temps », écrivait Yeatman en 2000[1].

En fait, ce fait historique unique nous est parvenu principalement à cause du Dr Henry Hoyt. Après avoir obtenu son diplôme de l’école de médecine, ce jeune docteur s’était d’abord dirigé vers Deadwood, sur le Territoire du Dakota, en 1877, puis ensuite dans le Texas septentrional où il avait habité et travaillé à Tascosa, entre autres en soignant les blessures des cow-boys. C’est là qu’il fit la rencontre de William Bonney, alias le Kid.

Par la suite, le Dr Hoyt vint s’installer à Las Vegas, où il travailla comme barman pour arrondir ses fins de mois. C’est là qu’il allait revoir le Kid au cours de l’été 1879.

En mars 1879, le Kid avait rencontré le gouverneur Lew Wallace, qui lui avait promis un pardon en échange de son témoignage. D’ailleurs, le témoignage du Kid permit de déposer un minimum de 200 accusations contre plusieurs hommes impliqués dans cette guerre de comté. Au cours de l’été 1879, le jeune homme était donc considéré libre et inoffensif.

Le 27 juillet 1879, le Dr Hoyt entra dans l’hôtel de Moore à Las Vegas. Comme l’endroit était bondé, la seule chaise de libre se trouvait à une table du fond, à laquelle étaient déjà attablés trois hommes, dont Billy, qui portait un complet. Puisque le Dr Hoyt le connaissait depuis l’époque de Tascosa, il s’installa sur la chaise vide et tout de suite ils se reconnurent en se rappelant des souvenirs du Texas. Un instant plus tard, l’homme assis à la gauche de Billy lança un commentaire et ce fut ainsi que Billy lui présenta l’inconnu en ces termes : « Hoyt, voici mon ami M. Howard du Tennessee ».

Or, il est de commune renommée depuis longtemps que Jesse utilisait ce nom d’emprunt au cours de cette période.

Ces détails historiques proviennent du journal intime que le Dr Hoyt a laissé derrière lui et si on doit en croire cette phrase, Billy considérait donc Jesse comme son ami, et qu’Il faudrait donc en déduire qu’ils ne se voyaient pas pour la première fois.

Hoyt aurait également remarqué les yeux bleus pétillants de ce monsieur Howard, en plus du fait qu’il lui manquait le bout d’une jointure à l’un de ses doigts de la main gauche. Or, il demeure un fait établi que Jesse s’était blessé à l’époque de la Guerre de Sécession en manipulant un revolver, s’explosant ainsi le bout de son majeur de la main gauche.

Hoyt constata qu’il s’agissait d’un homme volubile qui donnait l’impression d’avoir beaucoup voyagé. Après le dîner, Billy aurait amené le docteur à sa chambre pour finalement lui révéler, tout en lui promettant de garder le secret, que monsieur Howard était en réalité Jesse James.

Ce qui apporte encore plus de crédibilité à cette rencontre c’est que le Dr Hoyt se montra d’abord septique. Le même soir, cependant, il eut la chance de revoir Howard, mais cette fois seul à seul. Hoyt n’aurait pu résister à l’envie de lui demander s’il avait déjà mis les pieds à Saint-Paul, dans le Minnesota. Howard aurait répondu « non » de manière nonchalante avant de changer rapidement de sujet.

Selon Yeatman, au moins un autre homme aurait vu Jesse à Las Vegas. Ce témoin était Miguel Otero, le futur gouverneur du Nouveau-Mexique de 1897 à 1906. En 1879, il travaillait pour son père à Las Vegas et connaissait aussi Scott Moore. Otero se rappela de Howard comme d’un homme plutôt calme et réservé avec des yeux bleus perçants, portant une petite barbe, un manteau brun de style prince Albert et un chapeau noir. Au cours de cette conversation, Jesse aurait posé quelques questions concernant la possibilité de se lancer dans l’élevage de bétail, que ce soit dans le sud-ouest ou au Mexique.

D’ailleurs, on pouvait lire dans le Las Vegas Optic du 6 décembre 1879 que « Jessie [sic] James était un invité du Las Vegas Hot Springs, du 26 au 29 juillet. Bien sûr, ce ne fut pas connu de tout le monde ».

De son côté, Frederick Nolan, un spécialiste de l’histoire du comté de Lincoln qui refuse cependant d’accorder la moindre importance à la version de Brushy Bill Roberts, confirme cette rencontre inusité de Las Vegas au cours de l’été 1879, ajoutant qu’un certain « The Kid » avait été accusé de tenir une table de jeu illégale dans cette ville en juillet 1879, ce qui pourrait indiquer que Billy ait passé du temps à Las Vegas au cours de cet été. Nolan précise aussi que le nom du saloon pour lequel le Dr Hoyt travaillait était le Las Vegas’ Exchange Saloon et que l’hôtel de « Winfield Scott Moore » se nommait le Adobe Hotel.

Yeatman et Nolan s’entendent sur le fait que Jesse aurait également proposé à Billy de faire partie de son gang. Le Kid, qui ne volait qu’un peu de bétail pour subsister, aurait toutefois refusé la proposition. Étrangement, Brushy Bill Roberts a lui-même expliqué que Belle Reed lui avait proposé de devenir son garde du corps lorsqu’elle avait découvert son talent au tir, mais il avait refusé en disant qu’il ne voulait pas devenir un hors-la-loi.

Dans un article datant d’avril 1967, Philip J. Rash confirmait déjà cette rencontre de Las Vegas, sans toutefois fournir autant de détails.

Jesse James et Billy the Kid étaient-ils des amis? Après tout, si on en croit le journal intime du Dr Henry Hoyt, c’est le Kid lui-même qui l’aurait dit!

 

[1] Ted P. Yeatman, Frank and Jesse James, the story behind the legend, 2000, p. 209.

Un pardon pour le Kid?

Après avoir été gouverneur du Nouveau-Mexique, Lewis Wallace s'est surtout fait connaître comme étant l'auteur du roman Ben Hur.  Son œuvre fut porté à l'écran et en 1959 remporta 11 Oscar.
Après avoir été gouverneur du Nouveau-Mexique, Lewis Wallace s’est surtout fait connaître comme étant l’auteur du roman Ben Hur. Son œuvre fut porté à l’écran et en 1959 remporta 11 Oscar.

Lorsqu’on écrit sur le célèbre hors-la-loi Billy the Kid, on parle assez peu de la période où il a démontré un désir sincère de réhabilitation, en particulier en offrant son aide à Lewis « Lew » Wallace, alors gouverneur du Territoire du Nouveau-Mexique. Et dépit des actes de violence que la plupart des auteurs aiment lui attribuer, il a réellement démontré son souhait de donner un coup de pouce au système judiciaire en 1879.

En fait, l’attitude qu’il a eue au cours du printemps 1879 pourrait bien révéler une facette méconnue de sa personnalité.

On sait qu’à la suite de l’assassinat de son ami et employeur John Tunstall, en février 1878, le Kid s’est lancé dans une croisade vengeresse en compagnie de quelques ouvriers agricoles qui se sont eux-mêmes surnommés Les Régulateurs. Rapidement, ces jeunes hommes ont semés quelques cadavres sur leur route. Il suffit de penser à Morton et Baker, ainsi qu’au Shérif Brady.

La fusillade du 19 juillet 1878, survenue au cœur du le village de Lincoln, mit un terme à ce qu’on désigne encore aujourd’hui sous le nom de la Guerre du Comté de Lincoln. (Lincoln County War). D’autres atrocités furent commises au cours des mois suivants, mais l’arrivée en poste du vétéran de la Guerre de Sécession Lewis Wallace au capitole de Santa Fe en tant que gouverneur a fait bouger les choses.

Rapidement, il rédigea une proclamation d’amnistie pour les participants de cette guerre de comté. C’était la seule façon, semble-t-il, de remettre les pendules à l’heure et d’espérer que certains témoins se manifestent afin d’éclaircir les événements. En réalité, les vrais témoins ont été rares à se présenter. Ceux qui le firent ne pouvaient témoigner de tous les détails, du cœur du problème.

Susan McSween, dont le mari avait été froidement abattu lors du dernier affrontement armé du 19 juillet, engagea un avocat du nom de Chapman afin de déposer des accusations contre le colonel Dudley. Lors de la fusillade, Dudley aurait refusé d’intervenir entre les deux clans, ce qui avait causé la mort d’Alex McSween et de quelques-uns de ses jeunes protégés. Mais voilà! Dans ce climat étrange de corruption, Chapman fut assassiné gratuitement en février 1879. Les circonstances firent en sorte que l’un des témoins de la scène fut nul autre que William H. Bonney, alias Kid.

Le 5 mars 1879, le gouverneur Wallace démontra sa détermination en débarquant dans le petit village de Lincoln avec l’espoir de mieux compléter son enquête. Le 11 mars, il rédigea une lettre dans laquelle il donnait les noms de plusieurs suspects en lien avec tous les actes de violence commis dans le comté. Dans cette liste, on retrouvait les noms de plusieurs hommes dangereux, mais aussi celui du Kid.

Peu après, les trois suspects dans l’affaire Chapman furent arrêtés. Cette bonne nouvelle incita un jeune témoin à se manifester. Ainsi, le 13 mars, le gouverneur Wallace recevait cette lettre :

Cher monsieur,

J’ai entendu dire que vous donneriez 1,000$ pour mon corps, et j’en déduis que vous me voulez vivant en tant que témoin. Je sais que c’est comme témoin contre ceux qui ont tué M. Chapman. Si tel est le cas, je peux apparaître en Cour et je peux donner l’information souhaité, mais j’ai des accusations contre moi pour des choses qui sont survenues dans la Guerre du Comté de Lincoln et j’ai peur de me rendre parce que mes ennemis vont me tuer. Le jour où M. Chapman a été assassiné, j’étais à Lincoln à la demande de bons citoyens pour rencontrer J. J. Dolan en tant qu’amis, pour que nous laissions nos armes de côté et faire des affaires. J’étais présent quand M. Chapman a été tué et je sais qui l’a fait, et si ce n’était pas de ces accusations, j’aurais déjà éclairci cette affaire. S’il est en votre pouvoir d’annuler ces accusations j’espère que vous le ferez pour me donner une chance de m’expliquer. S’il vous plaît, envoyez-moi une réponse que vous pouvez le faire. Vous pouvez envoyer une réponse par un porteur, je n’ai plus envie de me battre et je ne me suis pas servi de mes armes depuis votre proclamation. Je vous réfère à n’importe quel citoyen, la majorité d’entre eux sont mes amis et ils m’ont aidé comme ils ont pu. On m’appelle Kid Antrim, mais Antrim est le nom de mon beau-père. En attendant votre réponse, je reste votre obéissant serviteur,

W. H. Bonney

On peut imaginer la surprise du gouverneur de recevoir ainsi une réponse de l’homme le plus recherché du comté, d’autant plus que le Kid démontrait une étonnante ouverture d’esprit. En fait, le témoin idéal se présentait à lui sur un plateau d’argent.

Deux jours plus tard, Wallace lui envoyait donc sa réponse en lui donnant rendez-vous chez un ami commun de Lincoln. En 1950, plus de sept décennies après cette rencontre historique, William H. Roberts, ce vieil homme qui prétendait être Billy the Kid, se rappelait, en plus de fournir de nombreux détails correspondants, que Wallace lui avait promis un pardon complet en échange de son témoignage dans l’affaire Chapman et celle du colonel Dudley. Il devait également comparaître pour ses propres accusations pour éclairer la justice, après quoi on lui promettait un pardon complet.

En 1902, bien avant la sortie publique de Roberts et alors qu’on croyait le Kid mort et enterré depuis 1881, Lew Wallace a publiquement admis avoir fait cette promesse en déclarant que « quand il [Kid] s’est assis, j’ai commencé à présenter le plan que j’avais en tête pour qu’il puisse témoigner de ce qu’il savait à propos du meurtre de Chapman à la session du tribunal deux ou trois semaines plus tard, sans mettre sa vie en danger. J’ai terminé avec ma promesse. « En retour, si vous faites ça, je vous laisserai partir avec un pardon dans votre poche pour toutes les choses que vous avez faites » ».

Tout le monde semble donc d’accord sur la véracité de cette promesse. Alors pourquoi n’a-t-elle pas été honorée?

Tel que promis, le témoignage du Kid a contribué à faire condamner l’un des trois accusés dans l’affaire Chapman. Mais le succès ne fut pas aussi fructueux au cours de la commission d’enquête concernant le colonel Dudley, qui débuta le 9 mai 1879, et qui avait comme mandat de déterminer s’il y avait matière à aller en Cour martiale.

Si on ne possède malheureusement pas les transcriptions sténographiques de ces audiences, l’auteur Frederick Nolan laisse entendre que cette commission aurait pu être biaisé et que le procureur assurant la défense du colonel Dudley, un dénommé Waldo, se serait amusé à détruire tous les témoignages. Dans son plaidoyer du 5 juillet 1879, Waldo aurait simplement qualifié le Kid de « criminel de la pire espèce » ainsi que de « meurtrier de profession ».

Quoi qu’il en soit, en ayant eu le courage de dire ce qu’il savait au gouverneur Wallace, le Kid avait permis à la justice de déposer 200 accusations contre différents voyous et criminels ayant pollués l’atmosphère du comté. Bref, aucun autre témoin n’a fourni au gouverneur une aide aussi précieuse.

Le verdict tomba le 18 juillet 1879 : aucune procédure judiciaire ne serait entreprise contre le colonel Dudley. Il semble que le Kid ait anticipé cette défaite car, un mois plus tôt, c’est en marchant qu’il avait quitté la prison dans laquelle il séjournait en semi-liberté. Au sujet de ce départ, Roberts dira seulement en 1950 que « je suis allé voir [le shérif] Kimbell et je lui ai dit de me donner mon ceinturon et mes revolvers. Il a dit qu’il ne pouvait pas me blâmer comme j’allais partir. […] Tom [O’Folliard] et moi avons quitté la prison en marchant ».

Roberts laissera entendre également que les choses commençaient à s’annoncer mal pour lui, entre autres lorsque des procédures judiciaires furent entreprises pour transférer son dossier dans une autre juridiction, alors qu’il avait demandé au gouverneur d’être entendu à Lincoln.

Il serait sans doute facile de soupçonner Wallace de ne pas avoir tenu ses promesses. Il est vrai qu’au cours de la détention suivante du Kid, au cours des premiers mois de 1881, il a ignoré les lettres de ce dernier. Le Kid implorait son aide en lui rappelant sa promesse.

Aujourd’hui, il est impossible d’éclaircir les détails de cette entente ratée. On ne peut donc accuser Wallace d’avoir manqué à sa parole, tout comme on ne peut supposer que le Kid ait mal interprété les intentions de la justice. Pourtant, on constate qu’une belle occasion de réhabilitation a échouée.

Belle Starr

Le 23 mai 1886, c'est à Fort Smith, en Arkansas, que Belle Starr acceptait de poser sur son cheval pour répondre à la curiosité d'un journaliste.
Le 23 mai 1886, c’est à Fort Smith, en Arkansas, que Belle Starr acceptait de poser sur son cheval pour répondre à la curiosité d’un journaliste.

La réalité historique a depuis longtemps démoli l’image de hors-la-loi accomplie que lui ont prêté plusieurs auteurs et cinéastes. Toutefois, ce qui est sûr, c’est qu’elle demeure l’une des rares femmes du Far West dont le nom a traversé le temps.

C’est dans le Missouri qu’elle a vu le jour le 5 février 1848, sous le nom de Myra Maybelle Shirley. Quelques années plus tard, son père vendait la ferme pour s’installer à Carthage, une petite ville de 500 habitants, où il devint hôtelier. Chez les Shirley on retrouvait une bibliothèque et un piano sur lequel la jeune fille apprit à développer son talent musical. Myra, comme on l’appelait à cette époque, fut décrite par une camarade de classe comme étant une enfant snobe mais son amour pour les chevaux et le plein air l’éloignèrent graduellement de ses fréquentations féminines. D’ailleurs, on la disait bagarreuse, autant avec les fillettes que les garçons.

Selon le recensement de 1860, John Shirley était âgé de 66 ans, toujours marié à Eliza, sa troisième femme. Leurs enfants étaient listés comme Allison, 18 ans; Myra, 12 ans; Edwin, 11 ans; Mansfield, 8 ans; et Cravens, 2 ans. L’éclatement de la Guerre de Sécession allait cependant marquer toute la famille, comme ce sera le cas pour tous les habitants du secteur. À titre d’exemple, un dénommé Groome, qui habitait l’ancienne ferme des Shirley, fut assassiné par une bande d’abolitionnistes radicaux. La propriété fut également incendiée.

Le frère aîné de Myra, Allison, que l’on surnommait Bud, se serait battu en tant que guérillero sudiste. Il n’en fallait pas davantage pour que des auteurs peu scrupuleux inventent par la suite des aventures rocambolesques pour sa jeune sœur, au point de la faire espionne.

Selon l’une de ces histoires, elle aurait été interrogée par le Major Edwin B. Eno. À la fin de l’entretien, Eno lui aurait annoncé avoir expédié un détachement de soldats à Carthage afin de capturer son frère Bud. Paniquée, la jeune fille de 15 ans se serait précipitée à l’extérieur pour se servir d’une branche en guise de cravache, s’élançant ensuite dans un foudroyant galop. Refusant de suivre la route principale, elle coupa à travers champ. Lorsque les soldats débarquèrent à Carthage ce fut seulement pour découvrir une Myra Shirley souriante, fière de leur annoncer que son frère venait de quitter le village dans l’heure.

L’auteur Glenn Shirley[i] a fait remarquer que le Major Eno a laissé de nombreux rapports détaillés de ses activités militaires et que dans aucun d’entre eux il n’est question de l’interrogatoire d’une jeune fille de ce nom. Toutefois, un autre auteur (Homer Croy) offrit une variante à ce récit, stipulant cette fois que Myra aurait quitté la maison de Richey à l’aube en brisant quelques branches de cerisier, signal pour indiquer aux troupes confédérées que la résidence hébergeait des soldats nordistes. Peu de temps après, une fusillade aurait éclaté, ce qui n’aurait cependant pas empêché le Major Eno et ses hommes de s’échapper.

On lui a aussi prêté une romance avec le célèbre chef de guérilla William C. Quantrill, mais il existe une part de mythe impressionnant autour d’elle, au point où sa biographie doit être abordée de manière prudente. En revanche, elle épousera l’un des hommes de Quantrill 13 ans plus tard.

Vers la fin de juin 1864, selon le témoignage de Sarah Musgrave, Bud Shirley et Milt Norris se réfugièrent chez une certaine Mme Stewart à Sarcoxie, Missouri. Les deux jeunes sudistes avaient besoin de se mettre quelque chose sous la dent. Rapidement, la maison fut encerclée par la milice fédérale. Sans hésiter, Shirley et Norris tentèrent de s’échapper, mais en franchissant une clôture Bud fut tué par les tirs ennemis. Son compagnon, blessé, courut jusqu’à Carthage annoncer la triste nouvelle à la famille Shirley.

Mesdames Musgrave et Stewart se chargèrent de traîner le corps de Bud à l’intérieur. Le lendemain, la mère de la victime, accompagnée de sa fille Myra, vinrent le récupérer. Selon Mme Musgrave, Myra se serait présenté avec un ceinturon contenant deux énormes revolvers et expliquant son souhait de venger la mort de son frère.

Toutefois, Glenn Shirley rappelait que la version la plus populaire voulait plutôt que Myra se soit présentée avec son père et non sa mère, cette dernière étant trop affectée par la mort de son fils. C’est sous l’œil de soldats nordistes que John Shirley aurait déposé le corps dans le chariot. Mme Stewart aurait ensuite déposé l’étui contenant l’arme du défunt sur le siège du chariot, près de Myra, si bien que l’adolescente se serait emparée de l’arme. Dès que son père lui ordonna de déposer cette arme, elle aurait répliqué « ces salopards de tuniques bleues vont payer pour ça », tout en visant et actionnant le marteau du revolver. Toutefois, les chambres du barillet n’étaient pas chargées.

Ajoutant l’insulte à l’injure, les soldats auraient éclaté de rire.

Malheureusement, on ne saura jamais quelle fut la part de vérité dans cette histoire.

Peu après ce drame, John Shirley décida de fuir le Missouri en conduisant sa famille jusqu’au Texas pour s’installer près du village de Scyene, non loin de Dallas. À cette époque, Dallas comptait 2,000 habitants. Sur cette nouvelle propriété, Myra s’adonnera aux tâches habituelles de la ferme, en plus de prendre soin de ses jeunes frères.

Selon certains auteurs, les quatre frères Younger, ainsi que Jesse James, auraient rendu visite aux Shirley sur leur nouvelle ferme en juillet 1866. On raconte encore que Cole Younger les avait connus à Carthage durant la guerre, une information qui suffira à déclencher la machine à rumeurs, au point de lui prêter une liaison avec Myra. Non seulement il n’existe aucune preuve de cette relation, mais Belle le niera une vingtaine d’années plus tard au moment de discuter avec un journaliste et Cole Younger en fera de même dans son autobiographie publiée en 1903.

La famille Reed déménagea également au Texas après la mort du patriarche en 1865. Ainsi, les Shirley et les Reed renouèrent leur amitié, en particulier Belle et Jim, qui se marièrent le 1er novembre 1866 devant le révérend S. M. Wilkins dans le Collin County. Dans ce coin du Texas où on sentait encore la partisannerie sudiste, un ancien guérillero de Quantrill comme Jim Reed était le bienvenu. Celui-ci emménagea chez les Shirley. L’année suivante, on le retrouvait à fabriquer des selles chez un sellier de Dallas. Il aurait également élevé des chevaux et du bétail.

À la fin de l’année 1867, la mère de Reed retourna au Missouri pour y labourer sa terre dans le comté de Bates, près de Rich Hill. Jim et ses frères la suivirent pour lui donner un coup de main, et Belle dut suivre son mari. Au début de septembre 1868, Belle donna naissance à une fille qu’elle baptisa Rosie Lee, un bébé qu’elle idolâtra au point de la surnommer sa « perle » (pearl). Plus tard, ce sera d’ailleurs sous le nom de Pearl Reed qu’elle sera mieux connue.

Peu après, Belle apprit la mort de son jeune frère Edwin, tué par les autorités texanes. En dépit de nombreuses versions fictives de l’affaire, la seule trace crédible apparut dans le Dallas News, qui raconta que « Ed Shirley, un voleur de chevaux notoire, a été tiré alors qu’il était sur son cheval près de Dallas en 1868 ». Belle aurait-elle fait le voyage depuis le Missouri pour se recueillir sur la tombe de son frère et permettre du même coup à ses parents de voir Pearl? L’Histoire ne peut malheureusement pas le confirmer.

Selon le témoignage d’une certaine Gertrude Higgins, Belle se rendait à la messe à dos de cheval, montant comme un homme, tout en tenant sa fille dans ses bras. Mme Higgins aurait même été impressionnée du dévouement qu’elle accordait à Pearl. Belle donnera également naissance à un fils, Ed, alors qu’elle se trouvait en cavale à Los Angeles avec son mari.

Mais les absences de Jim Reed devinrent de plus en plus fréquentes. Il s’adonnait aux courses de chevaux à Fort Smith, jouait aux cartes ici et là, et fréquentait maintenant Tom Starr, un homme dangereux qui habitait à environ 112 km à l’ouest de Fort Smith. En fait, Tom Starr, le patriarche d’une famille de Cherokee, aurait accueillit plus d’une fois Cole Younger et Frank James durant la guerre. À cette époque, Tom Starr était âgé de 55 ans et mesurait 6 pieds et 5 pouces. Ses crimes étaient apparemment devenus synonyme d’embarras aux yeux de la nation Cherokee.

En novembre 1873, c’est en compagnie de deux complices nommés Wilde et Dickens, que Reed cambriola un vieil homme qui cachait une fortune de 32,000$ dans son sous-sol. Selon une déclaration sous serment que Myra Reed enregistra le 16 décembre 1875, elle aurait vu de ses yeux le magot que les trois voleurs étaient venus lui montrer près de leur ranch de Scyene. Si l’Histoire ne dit pas si elle a touché sa part du butin, tout porte à croire que Jim Reed fut un mari plutôt absent après ce crime. En fait, il aurait séduit une jeune fille pour s’enfuir avec elle et ses complices à San Antonio.

Dans un article précédent, on a étudié l’hypothèse selon laquelle Belle aurait pu accueillir chez elle le futur hors-la-loi Billy the Kid (voir Billy the Kid, pensionnaire chez Belle Starr?), mais on sait avec certitude qu’elle perdit son mari peu après. Le 6 août 1874, Jim Reed fut tué par John T. Morris. Son complice nommé Wilder sera arrêté et condamné, tandis que Dickens mourra dans des conditions mystérieuses.

Le 10 août 1876, Myra écrivit à sa belle famille pour leur donner quelques nouvelles, mais il apparut dans cette lettre qu’elle offrait sa fille Rosie (Pearl) en spectacle dans certains théâtres de Dallas. Elle écrivit que « ma famille est opposé à ça mais je veux qu’elle soit capable de vivre par ses propres moyens sans dépendre de qui que ce soit ». Le ton utilisé laissait également entendre qu’elle souhaitait toujours venger la mort de son mari. Peu après, elle laissa son fils au sein de sa belle famille et disparut durant 3 ans. Bien sûr, certains auteurs prirent quelques libertés pour lui inventer des aventures au cours de cette mystérieuse période. La vérité, c’est qu’on ignore tout.

En revanche, l’Histoire retrouve sa trace le 5 juin 1880 lorsqu’elle épousait un Indien Cherokee nommé Sam Starr, l’un des fils du célèbre Tom Starr. La cérémonie fut célébrée par Abe Woodall, juge pour le Canadian District. Sam était âgé de 23 ans, alors que Belle en avait 27. Le couple s’installa sur une petite terre située entre Briartown et Whitefield, deux villages séparés de quelques kilomètres, un endroit déjà surnommé Younger’s Bend par Tom Starr. L’endroit n’était accessible qu’à dos de cheval puisqu’il fallait franchir un étroit corridor naturel formé de canyons.

Belle décora sa maison pour consacrer un coin à la mémoire de son père, où on retrouvait plusieurs livres. Elle fit venir sa fille, qui adopta le nom de Pearl Starr. Belle s’investit à faire d’elle une vraie femme.

Dans une autre lettre, Belle expliquera son désir de se retirer du monde grâce à l’isolement de ce ranch, ajoutant que « j’ai toujours été étrangère à la société des femmes (que je déteste profondément) je pense que j’ai trouvé ça ennuyeux de vivre parmi elles ».

En s’isolant de cette façon, elle attira l’attention, comme elle l’écrivit elle-même. Belle était donc bien consciente de l’image qu’elle projetait. Bref, son isolement suscita des commérages et ce sera probablement à partir de cette époque que prit forme sa réputation d’hôtesse des hors-la-loi.

Dans cette même lettre, elle avoua d’ailleurs avoir hébergé Jesse James durant « plusieurs semaines », mais aucune date ne fut précisée.

Le 31 juillet 1882, un mandat d’arrestation fut émis contre Sam et Belle Starr pour le vol d’un cheval bai âgé de 5 ans, propriété de Pleasant Andrew Crane. L’arrestation du couple s’effectua le 21 septembre. Sam Starr fut arrêté le premier. Le marshal fédéral L. W. Marks envoya alors un jeune garçon de race noire pour porter un message à Belle, qui tomba dans le piège. Lorsqu’elle se présenta, les hommes de loi, cachés derrière des arbres, se saisirent d’elle par les bras. La jeune femme se débattit comme une tigresse tout en menaçant ces policiers de leur faire la peau. Une fois maîtrisée, on trouva sur un elle un revolver et deux petits pistolets derringer[ii].

Plus loin, les hommes de loi campèrent avec leurs prisonniers. Laissant ceux-ci sous la surveillance d’un garde, ils quittèrent temporairement afin de faire respecter d’autres mandats. À leur retour au camp, ils découvrirent Belle Starr qui poursuivait le garde à coups de revolver. Cette fois, elle fut maîtrisée et enchaînée jusqu’à ce qu’on arrive à Fort Smith.

Les audiences s’ouvrirent le 9 octobre à Fort Smith. Avec l’apparition du témoin Crane, il apparut que la preuve était circonstancielle. Crane se serait aperçu de la disparition de son cheval vers le mois d’avril, lorsqu’il s’était rendu au bout de son champ. La justice décida que le procès serait instruit le 15 février 1883 devant le juge Isaac C. Parker. Le 22 février, le Fort Smith New Era publia un article parlant publiquement pour la première fois de Belle Starr, ajoutant à son sujet qu’en plus d’être excellente cavalière elle était aussi une bonne tireuse et que si elle « n’est pas considéré comme une belle femme, son apparence est de cette catégorie qui attira sûrement l’attention des caractères sauvages ».

Au cours du procès, le procureur du district William H. H. Clayton se moqua de l’analphabétisme de Sam Starr, ce qui poussa Belle à défendre vigoureusement son époux. La défense misa sur le fait qu’au moment où le cheval fut rapporté volé, au début d’avril, Sam Starr était malade et alité sur le ranch de son père, tandis que sa femme était à son chevet. Malgré cela, la poursuite mit en lumière certaines contradictions, à savoir que les chevaux avaient plutôt été volés vers la fin d’avril. La domestique qui veillait sur Sam ne pouvait se rappeler de la date exacte du moment où il avait été alité, tandis que Tom Starr déclara que les Indiens se fient surtout sur la lune pour se situer dans le temps.

La défense tenta alors de blâmer un dénommé Childs, qui aurait dissimulé les chevaux volés dans le troupeau de Belle, à l’insu de celle-ci évidemment. Mais Childs était introuvable au moment du procès. Et le témoin John West demeura catégorique : Belle s’était emparée des chevaux volés même après que West les eut identifiés en sa présence.

Après une heure de délibération, le jury déclara les Starr coupables. Le 8 mars, le couple réapparut pour le prononcé de la sentence. Sam se serait présenté sous une mine abattue, tandis que Belle se montra presque défiante. Le juge Parker se montra clément en accordant à Sam une année d’emprisonnement. Belle se mérita deux peines de six mois pour autant de chefs d’accusation. Puisque la Cour n’avait aucune juridiction dans un crime commis par un Indien envers un autre, Sam s’était vu exclure de l’affaire Campbell et condamné uniquement pour l’affaire du cheval de Crane. Mais parce qu’elle n’avait pas de sang indien, même si elle était marié à un Cherokee, Belle avait dû faire face à deux chefs d’accusation. Elle allait devoir purger sa sentence à la Maison de Correction de Détroit, dans le Michigan.

Avant de purger sa peine, Belle s’arrangea pour que sa fille aille habiter avec Mme McLaughlin, une amie de longue date qui s’occupait maintenant d’un hôtel à Oswego, au Kansas. C’est à partir de cette époque que Belle écrivit à sa fille en la désignant sous le nom de Pearl Younger. L’auteur Glenn Shirley dira que cette stratégie visait à dissimuler le lien de sang qui les unissait, d’autant plus que Belle n’avait pas voulu faire témoigner sa fille lors du procès, apparemment pour protéger son intégrité.

La veille de son départ pour Détroit, Belle lui écrivit une lettre dans laquelle elle espérait que Pearl ne subirait pas les inconvénients de cette humiliation. Belle s’inquiétait également de l’image que ce verdict pourrait laisser à sa fille : « Maintenant Pearl, il y a une grande différence entre cet endroit et un pénitencier; tu dois le garder à l’esprit et ne pas penser que maman sera enfermée dans une sombre prison ».

Le lendemain de cette lettre, le 19 mars, le couple quittait pour Détroit.

Grâce à sa bonne conduite, Belle fut éligible à une libération au bout de 9 mois. En décembre, elle et Sam étaient de retour à la maison, non sans prendre Pearl et une amie de celle-ci au passage. Les deux adolescentes s’installèrent à Younger’s Bend pour ensuite fréquenter l’école de Briartown.

Malheureusement, ce n’était que le début des ennuis pour Belle.

Après avoir tué un homme, le voleur de chevaux John Middleton se réfugia à Younger’s Bend au début de 1885. Lancés à sa recherche, des hommes de loi aboutirent sur le ranch de Belle, mais celle-ci les reçut avec sarcasme, se moquant d’eux ouvertement en plus de porter à sa hanche un Colt .45. Après leur départ, Belle aurait caché Middleton dans un chariot et, prétextant un voyage avec Pearl, s’éloigna du ranch. Plus loin, elle aurait procuré au fugitif une jument aveugle d’un œil et qui n’avait pas été ferrée. De plus, elle lui aurait remis son revolver de calibre .45.

Quelques jours plus tard, la jument sans fer fut retrouvée dans une rue de Fort Smith, avec la selle de Pearl sur le dos et le revolver Colt .45 de Belle dans un étui. Le corps de Middleton sera finalement repéré en bordure d’une rivière, le visage déchiqueté par les vautours. En dépit de ces quelques indices, les hommes de loi furent incapables de relier l’affaire à Belle Starr.

Au cours de l’été 1885, Sam Starr fut accusé de complicité dans le cambriolage d’une boutique. L’un des voisins du ranch Younger’s Bend, Jim West, qui était devenu représentant de la loi, croisa Belle sur la route et lui conseilla de recommander à son mari de se rendre. La femme endurcie se moqua de lui. Quoi qu’il en soit, West poursuivit son enquête sur la mort de Middleton et en janvier 1886 il déposa une accusation contre Belle pour le vol de la jument borgne retrouvée à Fort Smith.

En avril, la justice trouva le moyen d’accuser Belle d’être la leader d’un gang. En fait, on semblait plutôt hâtif à vouloir résoudre une vague d’intrusions à domicile commise par son mari et quelques complices. Au soir du 27 avril, Belle reçut chez elle deux représentants de l’ordre. En les voyant débarquer, elle éteignit les lumières pour permettre à Sam de fuir par l’arrière alors qu’elle parlait aux deux policiers, non sans se moqueur de leur nervosité. Malgré tout, ceux-ci l’obligèrent à les suivre jusqu’à Fort Smith. Belle y sera libérée sous caution après avoir fourni un alibi : le soir du vol, elle affirmait se trouver à une soirée dansante à Briartown.

Le 23 mai, Belle Starr se trouvait toujours à Fort Smith lorsqu’elle se laissa prendre en photo devant la galerie Rhoeder, un cliché devenu célèbre et sur lequel on peut la voir assise en amazone sur un cheval, et portant un long revolver à sa hanche. Le lendemain, elle était photographiée en compagnie de Blue Duck, un condamné à mort qui partageait le même avocat. Impossible de savoir si cette photo parvint à attendrir le juge, mais la sentence de Blue Duck sera plus tard commuée en prison à vie. Malade, Blue Duck sera finalement libéré en 1895 pour lui permettre d’aller mourir parmi les siens.

Belle accorda une entrevue à un journaliste, ce qui donna lieu à un article paru le 7 juin dans le Dallas Morning News, où elle mentira encore sur son âge en prétendant n’être âgée que de 32 ans. Elle aborda quelques faits de sa vie, comme son premier mari, qu’elle se refusa cependant de nommer; discuta de ses armes, de sa fille qu’elle surnommait sa « Canadian Lily », et de son cheval. Aucun mot sur son fils. Elle affirma aussi avoir passé beaucoup de temps à écrire sur son ranch car elle préparait un manuscrit qui devait paraître seulement à sa mort.

Lors de sa comparution, les victimes des braquages furent incapables d’identifier clairement les trois voleurs. Ce sera donc sans avoir besoin de présenter ses propres témoins que, le 29 juin, Belle Starr fut remise en liberté.

En septembre 1886, Belle était de retour à Fort Smith, cette fois pour répondre du vol de la fameuse jument de McCarty, celle ayant servie à la fuite de Middleton. Dans la salle d’audience, elle échangea des recettes de friandises avec une certaine Mme Jackson, venue pour accompagner son fils impliqué dans une autre affaire. Glenn Shirley écrivait en 1982 que ces recettes, écrites de la main de Belle Starr, avaient été conservées par les descendants de Mme Jackson. Il en donnait même deux exemples en fournissant les ingrédients.

Le 30 septembre, Belle fut acquitté.

Deux semaines auparavant, Sam Starr avait été intercepté par des hommes de la police indienne alors qu’il chevauchait tranquillement dans un champ de maïs sur la jument de Belle baptisée Venus. Les hommes de loi voulurent se séparer en deux groupes pour le coincer. Persuadé que Sam refuserait de se rendre, Frank West vida son six-coups sans le moindre avertissement. La jument Venus fut tuée d’une balle dans le cou et s’écroula en emportant son cavalier. Lorsque les hommes s’approchèrent, ils découvrirent un Sam Starr inconscient portant deux blessures importantes, une sur le côté gauche de sa tête et une autre dans son côté gauche.

Plus loin, Sam reprit conscience et déjoua les deux hommes restés pour le surveiller. Il s’empara de leur seul cheval, mais avant de partir il leur demanda de dire à West qu’il paierait pour la mort de Venus. La nouvelle parut dans les journaux dès le 18 septembre. Dans une entrevue réalisée en 1932, le jeune frère du Shérif Vann expliquera que c’était plutôt son frère qui avait blessé le fugitif dans le côté en plus d’avoir tué la jument. Selon cette version, Frank West était plutôt l’un des gardes et c’est une bande organisée par Tom Starr qui serait venu libérer le prisonnier.

Qui croire? Glenn Shirley a seulement fait remarquer que les rapports et archives de l’époque ne mentionnent jamais la présence du jeune Vann sur les lieux.

Quoi qu’il en soit, Sam se réfugia chez l’un de ses frères, où Belle finit par le rejoindre pour prendre soin de lui et tenter de le convaincre de se rendre à la justice des Blancs avant que la police indienne lui mette la main dessus. Il accepta. Le 4 octobre 1886, Belle contacta Tyner Hughes, un représentant de la loi de Fort Smith en qui elle avait confiance, qui se chargea de venir prendre en charge son mari.

Le 7 octobre, Sam Starr entrait dans les rues de Fort Smith, escorté de Hughes. Derrière eux chevauchait Belle avec deux revolvers fixés à sa taille.

Sam fut libéré dès que sa caution fut déboursée par des amis de sa femme et sous promesse de comparaître le 1er novembre 1886. Sam déclara à un reporter que, évidemment, il aurait accepté de se rendre si les membres de la police indienne s’étaient clairement identifiés et n’avaient pas tiré sur lui.

Plutôt que de rentrer immédiatement à Younger’s Bend, le couple préféra participer à une sorte de festival qui débutait à Fort Smith. Une rumeur persiste à l’effet que Belle se serait illustrée en participant à un concours de tir.

Quoi qu’il en soit, Sam retourna en Cour le 17 novembre. Puisque la justice ne pouvait localiser certains témoins, le juge Parker remit la cause en février 1887.

Puisque le père de Sam venait d’être reconnu coupable pour importation illégale d’alcool, Belle crut bon de divertir son mari en l’amenant à une soirée dansante de Noël organisée le 17 novembre 1886 près de Whitefield, chez une dame Surratt. Le couple fit le trajet avec les deux enfants de Belle, Pearl et Eddie. À leur arrivée, Arvil B. Cole, un violoniste connu dans la région, fut heureux de voir arriver Belle car son guitariste était trop ivre pour jouer. Lorsque Belle accepta de l’accompagner au piano, la danse put enfin commencer.

Peu après, Frank West arriva dans la cour. Un ami le mit en garde sur le fait que Sam Starr se trouvait à l’intérieur, mais West s’entêta à dire qu’il ne craignait personne. Au même moment, la porte s’ouvrit et Sam apparut. La dispute éclata avant que Sam ne sorte son arme. Mortellement blessé, West parvint à se ressaisir, l’espace d’une seconde ou deux, ce qui lui permit de dégainer son revolver et de tirer sur son adversaire. Pendant que West s’écroulait définitivement, Sam titubait sur une distance d’une dizaine de pieds avant de s’écrouler. Les deux hommes étaient morts.

La balle qui avait traversé le corps de Starr a cependant heurté la mâchoire d’un garçon de 12 ans nommé Dan Folsom, qui se précipitait à l’intérieur pour sonner l’alerte. Folsom a survécut mais cette blessure lui laissa une vilaine cicatrice pour le restant de ses jours.

Selon un témoin, lorsqu’on vint avertir Belle de ce qui venait de se produire dehors, celle-ci lui aurait seulement répondu « ramassez-moi ce fils de pute » tout en se remettant au piano. Selon une autre version, elle se serait plutôt précipité dehors pour prendre la tête de Sam entre ses mains, mais sans toutefois verser la moindre larme.

Le soir même, le corps de Frank West fut ramené à sa femme et ses deux enfants. Celui de Sam Starr fut récupéré le lendemain et conduit au cimetière de la famille Starr situé au sud-ouest de Briartown.

La mort de Sam posa un autre problème. La Nation Cherokee avait toléré la présence de Belle à Younger’s Bend parce qu’elle était mariée à un Indien, mais son nouveau statut de veuve la rendait vulnérable à l’expulsion. Qu’à cela ne tienne! Belle trouva rapidement une solution en épousant le jeune Bill July, fils adoptif de Tom Starr aussi connu comme Jim July Starr. Ce dernier avait 24 ans alors que Belle en accusait maintenant 39. Moins attrayante que dans ses jeunes années, elle devait certainement posséder un minimum de sex-appeal pour avoir attiré ce jeune homme dans son lit.

En réglant un problème par ce mariage, elle en créa cependant un autre.

Pearl était alors âgée de 19 ans et Eddie en avait 17. Ce dernier, qui avait trainé quelque peu avec Sam, avait commencé à se transformer en voyou. Toutefois, le jeune âge de son nouveau beau-père sembla le mettre mal à l’aise. De plus, Belle se serait laissé aller à faire des crises de colère envers son fils, au point de lui donner des coups de fouet. Ainsi, Eddie développa une certaine haine envers sa mère, en plus de voir dans ce mariage une simple occasion d’affaire.

Quant à elle, Pearl serait tombée amoureuse d’un jeune homme modeste que Belle rejeta. Elle ira jusqu’à envoyer sa fille réfléchir loin de Younger’s Bend. De plus, Belle aurait poussé l’audace jusqu’à écrire une lettre au jeune homme en se faisant passer pour Pearl, mentionnant qu’elle venait d’épouser un jeune homme riche. Le jeune prétendant, que Glenn Shirley n’identifie pas, crut en la véracité de cette lettre et épousa une autre femme.

À son retour de voyage, Pearl eut le cœur brisé en apprenant l’existence de cette magouille.

Mais voilà. Pearl renoua avec son amoureux et au moment de découvrir qu’elle était enceinte, la jeune femme se réfugia à Fort Smith chez Mabel Harrison, qui l’aida à vendre des chevaux afin de financer son départ de Younger’s Bend. Ayant obtenu 200$, Pearl aurait été prête à partir dès février 1887. Elle était bien décidée à ne plus jamais revenir et à couper toute communication avec sa mère. Mais en revenant à la maison, Belle la confronta. Finalement, Pearl réussira à se réfugier chez ses grands-parents Reed au Missouri. C’est là qu’en avril 1887 elle donna naissance à une belle petite fille qu’elle nommera Flossie.

Plus tard, Flossie dira seulement de son père qu’il avait du sang Cherokee et provenait d’une bonne famille.

En juin 1887, Jim Starr fut arrêté par John West pour avoir tenté de voler un cheval d’une valeur de 125$. Voilà donc que le troisième mari de Belle optait lui aussi pour la voie de la criminalité.

En janvier 1888, un dénommé Edgar A. Watson, un gaillard que l’on décrivit comme ayant 32 ans, mesurant 6 pieds avec les cheveux roux, débarqua dans la région en compagnie de sa femme. Bien que mystérieux et peu bavard sur son passé, il se dira à la recherche d’une terre à louer et rapidement on lui conseilla de s’adresser à Belle Starr. Avec l’accord de Belle, le couple s’installa sur une partie des terres de Younger’s Bend. Rapidement, Belle développa une certaine amitié avec Mme Watson, jusqu’au jour où cette dernière lui apprit que son mari était recherché pour un meurtre survenu en Floride.

Puisque Belle avait obtenu des félicitations des hommes de loi pour être revenu sur la bonne voie en cessant d’héberger des criminels, elle ne tenait pas à ce que la présence de Watson vienne lui pourrir la vie. Elle lui demanda alors de quitter ses terres, ce qui ne plut pas à Watson.

Le 2 février 1889, Jim July Starr devait se rendre à Fort Smith pour répondre de son accusation de vol, et puisque sa femme devait de l’argent à un commerçant, elle décida de l’accompagner à dos de cheval. Le couple passa la nuit dans la maison d’amis sur San Bois Creek, à une vingtaine de milles à l’est de Whitefield. Le lendemain, 3 février, Jim prit la direction de Fort Smith tandis que Belle rentra tranquillement en solitaire vers Younger’s Bend.

En chemin, elle s’arrêta au magasin de King Creek, paya ce qu’elle devait au propriétaire, nourrit son cheval et décida de prendre le repas avec le propriétaire et sa femme. Celui-ci remarqua l’état quelque peu déprimé de Belle, au point de la questionner. Elle répondit que les choses n’allaient pas comme elle le souhaitait, juste avant d’ajouter qu’elle craignait d’être tué par l’un de ses ennemis. Le commerçant aurait tenté de lui remonter le moral en lui disant que ni le tonnerre ni les éclairs ne pouvaient venir à bout d’elle. Après une grimace, Belle aurait découpé une partie du ruban de son chapeau pour le remettre à la femme du commerçant en guise de « souvenir ».

Elle quitta la boutique vers 13h30.

Vers 16h00, elle arriva à la résidence de Jackson Rowe, où elle espérait apparemment y retrouver son fils. Là, une certaine Mme Barnes lui donna du pain. La résidence était un lieu de rassemblement connu le dimanche. Sur la galerie, on retrouvait d’ailleurs Edgar A. Watson, qui se leva et disparut dès l’apparition de Belle Starr. Celle-ci discuta avec les Barnes durant une trentaine de minutes avant de repartir sur son cheval, tout en grignotant des morceaux de son pain.

Peu de temps après, en passant près d’une clôture située non loin de la cabane de Watson, Belle n’aurait apparemment pas vu l’homme qui se cachait dans les buissons. Belle Starr mâchouillait encore son pain lorsqu’une décharge de fusil de chasse l’atteignit dans le dos et une partie du cou. L’impact la désarçonna complètement, au point de la projeter par terre, dans la boue. Deux jours plus tôt, une forte pluie avait considérablement humecté le sol.

Alors qu’elle tentait de se relever, son assassin franchit la clôture pour venir l’achever à l’aide de son deuxième canon. Cette fois, la décharge de grenaille l’atteignit dans l’épaule et une partie gauche de son visage.

Alerté par le cheval de sa mère qui rentra seul au ranch, Pearl arriva sur la scène de crime peu de temps avant la tombée de la nuit, juste à temps pour voir que sa mère respirait encore, face contre terre dans la boue, sa cravache dans la main. Belle Starr s’éteignit peu après sans prononcer la moindre parole.

En plus de réaliser les premières constatations, ce sont les voisins qui firent l’enquête de terrain. En effet, il n’eut jamais d’enquête sérieuse de la part des autorités, que ce soit la police indienne ou les marshals rattachés à la juridiction de Fort Smith.

Quelques voisins, accompagnés d’Eddie Reed, le fils de la défunte, trouvèrent des traces de pas dans la boue, partant de la scène du crime jusqu’à proximité de la cabane de Watson. On découvrit que ce dernier possédait également un fusil de chasse de calibre .12 à deux canons juxtaposés.

En apprenant la triste nouvelle par télégraphe, Jim July s’acheta une bouteille de whiskey, sauta sur son cheval et rentra directement à Younger’s Bend. Belle fut inhumée le 6 février sur ce qui était sa propriété depuis plusieurs années. Toutefois, Watson osa se présenter aux obsèques, où Jim le braqua de sa carabine Winchester pour l’accuser du meurtre de sa femme. C’est avec l’aide de certains amis que Jim conduisit le présumé assassin jusqu’à Fort Smith le 8 février afin qu’il soit formellement accusé de meurtre.

Il y eut quelques dépositions, mais c’est à Jim July que la justice confia la responsabilité de retrouver d’autres témoins afin d’étoffer le dossier et d’accabler les charges contre Watson. Mais July n’y parvint pas, semble-t-il. La justice fut donc contrainte de remettre Watson en liberté. L’auteur Glenn Shirley soupçonnait Pearl d’avoir été témoin d’une violente dispute entre Watson et sa mère, mais la jeune femme aurait préféré garder le silence en raison de la peur que lui inspirait Watson.

À son tour, Watson aurait tellement eu peur de la réputation de Jim July qu’il plia bagages et quitta la région à tout jamais avec sa femme. Après cela, la justice ne déploya aucun effort pour retrouver l’assassin de Belle Starr.

Jim July digéra assez mal la mort de sa femme qu’il en omit de se représenter au Palais de Justice. Officiellement, il devint fugitif. Le 23 janvier 1890, il fut abattu par les hommes du marshal adjoint Heck Thomas, qui se rendrait célèbre peu de temps après pour sa traque des frères Dalton et de Bill Doolin. Jim July succomba à ses blessures trois jours plus tard.

Quelques mois après la mort de sa mère, Eddie fut reconnut coupable de vol et le 1er août 1889 on le conduisit en prison en Ohio pour une peine de 5 ans. Pearl épousa un certain Will Harrison, mais le mariage se dirigea rapidement vers la catastrophe, conduisant à un divorce en 1891. Pearl prouva à l’Histoire l’amour qu’elle portait à son jeune frère en se rendant travailler comme prostituée à Van Buren, Arkansas. L’argent qu’elle amassa servit à payer d’excellents avocats qui obtinrent un pardon pour Eddie en 1893.

Plutôt que de retourner à une vie respectable, Pearl ouvrit son propre bordel dans le Red Light de Fort Smith, où ses filles chargeaient entre 2 et 5$ pour la nuit. Mais Eddie sombra à nouveau dans quelques problèmes, cette fois dans l’importation de whiskey en Territoire Indien[iii]. Toutefois, la chance lui sourit. À l’automne 1894, une vague d’attaques de train causa certains problèmes dans la région. Les talents d’Eddie au revolver et à la carabine firent en sorte de convaincre certaines personnes de l’engager comme gardien à bord des chemins de fer, en particulier entre les villes de Wagoner et McAlester. Bien qu’il ne connut aucun combat direct avec le gang concerné, il conserva son titre d’homme de loi, s’installa à Wagoner et épousa une gentille fille du nom de Jennie Cochran. Le couple se porta acquéreur d’une maison. Lorsqu’il ne buvait pas, il s’avéra être un excellent représentant de l’ordre.

Le 25 octobre 1895, deux voyous débarquèrent en ville dans le seul but de vider la place. Après que le marshal eut refusé d’intervenir, Eddie alla à leur rencontre pour demander leur reddition, mais ce fut aussitôt la fusillade. Les deux voyous furent tués sur place et Eddie fut blanchi de toute accusation.

Mais en décembre 1896, Eddie sera froidement abattu par des contrebandiers d’alcool au moment où il venait procéder à leur arrestation. Mince consolation : il aura au moins réussi sa réhabilitation afin de mourir avec l’étoile de policier à sa veste.

Les auteurs et cinéastes ont orienté leurs soupçons vers Jim July, Pearl et Eddie pour la mort de Belle Starr, mais aucune de ces pistes ne se révéla un tantinet sérieux.

En octobre 1910, un journal de la Floride annonça la mort d’Edgar A. Watson, le principal suspect dans l’assassinat. Il aurait été tué par des policiers après avoir refusé de les conduire en un lieu qui aurait pu être pour lui très compromettant. En fait, l’article mentionnait que depuis son retour en Floride il avait tué plusieurs hommes et femmes.

En 1894, Pearl donna naissance à une autre fille qu’elle prénommera Ruth. En 1897, Pearl épousa un musicien allemand du nom d’Arthur Erbach et lui donna un fils en août 1898. Quelques mois plus tard, son jeune mari et son bébé succombèrent à la malaria. En novembre 1902, Pearl donna naissance à une autre fille qu’elle nomma Jennette Andrews, du nom de son père Dell Andrews. Plus tard, elle plaça ses filles dans un couvent de St-Louis. La vie de Pearl se dégrada peu après, conduite fréquemment derrière les barreaux pour ivresse ou immoralité, jusqu’à ce qu’on se décide à la bannir de Fort Smith. Elle s’éteignit finalement d’une crise quelconque le 6 juillet 1925 au Savoy Hotel de Douglas, en Arizona. Ses filles se déplacèrent pour s’occuper des obsèques. Sans doute pour préserver l’honneur de leur mère, elles décidèrent de l’enterrer sous le nom de Rosa Reed.

En 1886, Belle Starr avait confié à un journaliste avoir travaillé sur un manuscrit qui devait être publié seulement après sa mort. Malheureusement, on n’en retrouva jamais la trace.

 

[i] Glenn Shirley, Belle Starr and her time, 1982.

[ii] Pistolet de poche bien connu des femmes et des gamblers. Ces armes compactes, la plupart connues pour présenter deux canons, avaient l’avantage de pouvoir être dissimulées facilement.

[iii] Plus tard, le Territoire Indien est devenu l’État de l’Oklahoma.

Face à face avec Buckshot Roberts

Maison de Blazer identifiée en 1926 par Frank Coe.  C'est derrière l'une de ces sombres fenêtres que Buckshot Roberts mena une partie de son combat du 4 avril 1878.
Maison de Blazer identifiée en 1926 par Frank Coe. C’est derrière l’une de ces sombres fenêtres que Buckshot Roberts mena une partie de son combat du 4 avril 1878.

La Guerre du comté de Lincoln, dans le Nouveau-Mexique, a été déclenchée par l’assassinat de John Tunstall le 18 février 1878.  Ses jeunes employés, parmi lesquels on retrouvait un dénommé William Bonney, plus tard mieux connu sous le nom de Billy the Kid, voulurent obtenir vengeance.  En se donnant le nom de Régulateurs, ils passèrent à l’action dès le 9 mars en éliminant deux hommes soupçonnés de s’être retrouvés parmi les assassins (Billy Morton et Frank Baker).  Le 1er avril, c’est en pleine rue du village de Lincoln qu’ils exécutaient William Brady, le shérif corrompu du comté, ainsi que l’un de ses adjoints.

Mais trois jours plus tard, le 4 avril 1878, ces jeunes hommes tombèrent sur un os lorsqu’un certain Andrew « Buckshot » Roberts décida de leur faire face, et tout ceci sans aucun autre appui tactique que sa vieille carabine Winchester.

On connaît bien peu de choses sur le passé de cet homme, exception faite qu’il aurait été militaire avant d’être blessé par les Texas Ranger d’une décharge de chevrotine (buckshot) qui lui aurait laissé quelques plombs dans l’épaule, d’où son surnom.  Cette blessure lui causait un handicape qui l’empêchait d’épauler sa carabine et il devait donc se contenter de tirer en tenant l’arme au niveau de ses hanches.

Quelques jours avant la rencontre fatale du 4 avril, Roberts aurait eu une confrontation armée avec Billy Bonney et Charlie Bowdre, ce qui expliquerait peut-être pourquoi ceux-ci lui en voulaient le jour de l’inoubliable fusillade.  William H. « Brushy Bill » Roberts (aucun lien de parenté avec Buckshot Roberts), qui prétendait être Billy the Kid en 1950[1], parla lui aussi d’une telle escarmouche.  Selon lui, Buckshot aurait même tiré sur eux avant de s’enfuir.

Selon le témoignage de Frank Coe, l’un des Régulateurs, c’est vers 10h00 au matin du 4 avril que le groupe arriva au Blazer’s Mill, un petit regroupement de bâtiments incluant un moulin à scie, la maison de Joseph H. Blazer, et un autre bâtiment qu’il louait à Frederick G. Godfrey, directeur de la Réserve Indienne Mescalero.  La place était située à 15 ou 20 km au sud de San Patricio.  Godfrey habitait cette résidence avec sa femme Clara, ainsi que leurs filles Kate et Louisa.  Selon l’auteur Frederick Nolan[2], Clara avait pris l’habitude de servir des repas aux voyageurs mais leur exigeait en retour de laisser leurs armes dehors, une règle que les Régulateurs ont probablement respectée.

Richard M. "Dick" Brewer
Richard M. « Dick » Brewer

Selon Frank Coe, c’est John Middleton, un des membres du groupe, qui fut désigné pour monter la garde à l’extérieur puisque les chevaux étaient sellés.  Dépendamment des auteurs et des témoignages, on retrouvait ce jour-là parmi les Régulateurs des hommes comme Billy Bonney, Charlie Bowdre, Dick Brewer, et les cousins George et Frank Coe.  Tandis que le repas était servi, Middleton entra pour les avertir de l’approche d’un homme armé.  « Cela n’a énervé personne », dira Frank Coe, « car beaucoup d’hommes armés se promenaient à cette époque-là, et nous étions en train de manger.  J’ai été le premier à sortir et à arriver dans la cour.  Roberts, avec une carabine dans sa main, arrivait du corral, où se trouvaient les chevaux ».

Puisqu’il connaissait bien l’individu, Frank s’approcha pour lui parler et s’ensuivit alors la conversation suivante :

–         Nous avons un mandat contre toi, Bill, lui dit Coe.

–         C’est l’enfer que vous transportez, répliqua Buckshot Roberts.

–         Oui, et je suis heureux que tu sois venu, car nous commencions à avoir de la difficulté à te trouver.  Tu ferais mieux d’entrer, de voir Brewer et te rendre.

–         Moi me rendre?

–         Pourquoi pas?  Il n’y a aucune autre façon de t’en sortir maintenant.

–         Et bien, nous allons voir ça.

–         Il y a treize gars dans cette bande, Bill, et si tu ne te rends pas de façon amicale, ils te tueront.  Tu n’auras aucune chance.

–         J’ai ma vieille Betsy avec moi, aurait-il répliqué en tapant sur sa Winchester.  Il n’y a personne qui va m’arrêter et encore moins cette bande-là.

–         Il ne faut pas faire de folies, Bill.  Ça n’a aucun sens de résister.

–         Je vais me faire tuer si je me rends.

–         Mais à quoi penses-tu?

–         J’ai essayé de tuer Billy the Kid[3] et Charlie Bowdre la semaine dernière.  Si ces deux gars mettent la main sur moi, ils me tueront, c’est certain.

–         Non, ils n’en ont pas l’intention.  Rends-toi et personne ne te fera de mal.

–         Ouais, c’est aussi ce qu’ils ont dit à Morton et Baker.

Frank Coe ajoutera avoir parlé avec lui durant une trentaine de minutes « en essayant de le persuader de se rendre, mais c’est comme si j’avais parlé à sa mule ».

Les Régulateurs sortirent enfin, avec Bowdre à l’avant du groupe.  Calmement, Roberts se redressa pour venir se placer à une quinzaine de pieds devant eux.  Sans hésiter, Bowdre dégaina son six-coups pour lui demander de lever les mains vers le ciel « ou tu es un homme mort ».  Mais son adversaire répliqua alors « Oh non, Mary Ann », tout en relevant le canon de sa carabine au niveau de ses hanches.  Ainsi, Bowdre et Roberts firent feu simultanément.

La balle de Bowdre frappa Roberts en pleine poitrine, traversant son corps de part en part.  Quant à la balle sortant de sa carabine, elle effleura sérieusement la hanche de Bowdre au point de sectionner son ceinturon, qui s’écroula sur le sol.  Bowdre se serait ensuite empressé de se déplacer pour se réfugier au coin du mur, tandis que ses amis ouvraient le feu sur Roberts.  Ce dernier, que l’on décrivit comme un petit homme trapu, actionna le levier de sa carabine pour tirer encore quelques coups.

George Coe en 1927.  On remarque l'index de sa main droite qui est manquant, triste souvenir de la fusillade contre Buckshot Roberts en 1878.  Peu après, George quitta la région.  En 1879, il épousait Phoebe Brown et c'est avec elle qu'il revint dans le comté de Lincoln en 1884.  Plus tard, il écrivit ses mémoires et se rappela jusqu'à sa mort de son amitié avec Billy the Kid.  George s'est éteint à Roswell le 14 novembre 1941.
George Coe en 1927. On remarque l’index de sa main droite qui est manquant, triste souvenir de la fusillade contre Buckshot Roberts en 1878. Peu après, George quitta la région. En 1879, il épousait Phoebe Brown et c’est avec elle qu’il revint dans le comté de Lincoln en 1884. Plus tard, il écrivit ses mémoires et se rappela jusqu’à sa mort de son amitié avec Billy the Kid. George s’est éteint à Roswell le 14 novembre 1941.

Le témoignage de Frank Coe laisse entendre que la deuxième balle de Roberts aurait atteint Middleton dans la partie supérieure de sa poitrine, juste au-dessus du cœur.  Celui-ci aurait quelque peu titubé avant de s’effondrer.  Frank dira également que « une autre balle a touché le doigt de George Coe [son cousin] et lui a arracha son revolver de sa main […] ».  Pour sa part, George Coe dira que « Bowdre avait l’avantage sur Roberts.  Avec son refus de lever les mains en l’air, ils ont tiré simultanément.  Le projectile de Bowdre a traversé le corps de Roberts, la balle de Roberts a ricoché sur la ceinture de balles de Bowdre et avec ma chance habituelle, j’ai eu juste le temps d’arrêter la balle avec ma main ».

Selon cette dernière version, Roberts aurait donc fait trois blessés avec seulement deux tirs.  Mais l’auteur Nolan semble être le seul jusqu’à maintenant à mentionner un quatrième blessé.  Selon lui, un projectile aurait aussi heurté le revolver de Scurlock, encore dans son étui, ce qui lui aurait causé une brûlure à la jambe.

Pendant que les Régulateurs se cachaient au coin de la bâtisse, Roberts se réfugia dans la maison de pierre de Blazer, refermant la porte derrière lui.  En dépit de sa blessure mortelle, il se barricada dans la chambre et tira le matelas pour l’installer sous une fenêtre qui allait lui servir de meurtrière pour canarder ses jeunes ennemis.  Ayant épuisé les cartouches de sa Winchester, le suspect se serait alors emparé d’une puissante carabine Sharp qui reposait dans un coin de la pièce.  Cette arme servait généralement pour la chasse au gros gibier, tel le bison.  Mais Nolan ne sera pas de cet avis, stipulant que l’arme était plutôt une carabine Springfield de modèle 1873 et de calibre .45-70.  On ignore cependant la source de son information.

Selon Frank Coe, Billy Bonney aurait abandonné sa cachette pour tenter deux tirs en direction de Roberts, mais au moment de revenir auprès de ses compagnons un puissant coup de feu aurait claqué depuis la sombre fenêtre.  Le projectile aurait manqué le Kid d’à peine un pouce.

Par la suite, le Kid aurait voulu résoudre cette impasse en attaquant de front, mais Frank Coe l’en aurait dissuadé en disant que, de toute manière, Roberts en avait au maximum pour trois heures à vivre.  Selon lui, Billy Bonney et George Coe se seraient même obstiné pour revendiquer le tir qui avait blessé leur adversaire, alors que le crédit revenait plutôt à Bowdre.

À cet instant, les Régulateurs auraient pu se contenter de quitter les lieux et de soigner leurs blessés, mais « Brewer était déterminé à avoir Roberts mort ou vif », dira Frank Coe.  Dick Brewer avait été le contremaître de Tunstall, la première victime de cette guerre de comté.  Reconnu comme un incorruptible, Brewer avait courageusement affronté de dangereux voleurs de bétail avant d’obtenir un statut de constable pour se lancer aux trousses des assassins de son employeur et ami.

Pour tenter de régler cette impasse, Brewer aurait d’abord demandé à Blazer de se rendre lui-même jusqu’à sa propre chambre pour tenter de faire sortir le forcené, mais celui-ci refusa; et avec raison.  Ensuite, il aurait suggéré d’incendier le bâtiment, une autre idée à laquelle Blazer s’opposa farouchement.  « Brewer devenait fou », expliqua Frank.  « Il ne voulait pas donner le temps à Roberts de mourir et voulait le tuer pour avoir, si possible, le dessus sur lui au moins une fois ».

Sous le couvert de ses copains, Brewer rampa jusqu’à une corde de bois lui permettant de se retrouver directement en face de la fenêtre où se tairait le récalcitrant, à une centaine de verges.  De cet endroit, il aurait tiré deux ou trois coups avec une arme dont le type n’a pas été spécifié par Frank Coe.  Ce dernier dira cependant qu’on avait vu les impacts de balle atteindre le plâtre sur le mur du fond de la chambre, mais sans résultat ni la moindre riposte.  C’est alors que, croyant probablement que Roberts avait eu son compte, Brewer sortit doucement sa tête au-dessus des bûches.  « Roberts était parvenu à mettre sa carabine Sharp sur le rebord de la fenêtre et attendait le bon moment, et il a laissé aller une balle frapper Brewer au milieu du front, ce qui lui a fait éclater le dessus de la tête ».  Brewer fut tué sur le coup.

Probablement paniqués et sachant que leur suspect ne s’en sortirait pas, les Régulateurs commencèrent à organiser leur départ.  Ils installèrent Middleton sur un brancard et se rendirent jusqu’au ranch de Frank Coe, situé sur la rivière Ruidoso.  Le lendemain, sur la route de Roswell, ils auraient croisé un médecin que Frank n’identifiait pas.  Nolan dira qu’il s’agissait du Dr Daniel Appel, celui-là même qui avait contredit les conclusions du Dr Ealy à propos de l’examen de la dépouille de Tunstall[4].  Après avoir fait ce qu’il avait pu pour Middleton et Coe, le Dr Appel se pressa ensuite vers Blazer’s Mill.  Selon Frank Coe, Middleton aurait mis plusieurs semaines avant de connaître une guérison satisfaisante.

Les versions se contredisent également sur l’état de Buckshot Roberts au moment de l’arrivée du Dr Appel.  Certains ont dit qu’il était déjà mort.  « C’était la nuit lorsqu’il arriva sur place », écrit Nolan.  « Brewer avait déjà été enterré dans le cimetière de Blazer, et Roberts était mourant.  La balle de Bowdre était entrée juste au-dessus de l’os de la hanche gauche et s’est tracé un chemin vers le bas jusqu’à l’aine; il n’y avait rien qu’Appel pouvait faire pour lui ».  Vers la fin, Roberts souffrait tellement qu’il aurait fallu deux hommes pour le maîtriser.  Selon Nolan, il aurait finalement rendu l’âme le lendemain, un peu avant midi.

À l’époque, la rumeur voulait que les corps de Brewer et de Roberts aient été inhumés dans la même fosse, mais on expliqua plus tard qu’ils auraient eu droit à leur tombe respective.  Toutefois, aucune inscription n’y sera installée avant longtemps.  En fait, il fallut attendre jusqu’en 1991 pour identifier clairement le site de leur dernier repos et on profita évidemment de l’occasion pour y placer des croix en bois.  Certains descendants de la famille Brewer installèrent une pierre tombale en marbre pour rappeler le dernier repos de leur ancêtre.

Dans l’Outlaw Gazette de décembre 1993, on apprenait également l’érection d’un monument à Boaz, dans le Wisconsin, en l’honneur de Dick Brewer.  C’était sa région natale.  L’une de ses descendantes, Lisa Muth, était à l’origine du projet qui avait été approuvé le 12 mars 1993 par le Wisconsin Historical Markers Council.

En 1960, l’auteur Ramon F. Adams ne remettait pas en cause les témoignages des cousins Coe mais précisait seulement que la balle de Bowdre avait atteint Buckshot Roberts à l’estomac plutôt qu’à la poitrine.  Ce n’était là qu’une troisième version de la localisation de la blessure par balle.  Adams ajouta que le Dr Ealy avait dû amputer le pouce et l’index de la main droite de George Coe suite à la blessure qu’il avait reçue.  Toutefois, sur une photo prise en 1927, on constate que l’index est effectivement absent mais qu’il avait conservé son pouce.

Selon certains auteurs, le Kid aurait pris le contrôle des Régulateurs après la mort de Brewer, mais les faits ne démontrent pas nécessairement que Billy ait été un leader, même si certains de ses amis ont pu voir en lui une forme d’héroïsme.  Quoi qu’il en soit, les jeunes vengeurs avaient rencontrés ce jour-là un homme capable de leur tenir tête.

Pour les curieux, je vous invite à visionner l’interprétation quelque peu simpliste que fit le cinéma de cette fusillade du 4 avril 1878 dans le film Young Guns en 1988 à l’adresse suivante : http://www.youtube.com/watch?v=UqvuJLOCSxc

Vous pouvez également consulter la Boutique d’Historiquement Logique.


[1] Pour en savoir plus à propos de William H. Roberts : https://historiquementlogique.com/2010/12/28/le-deces-controverse-de-billy-the-kid/

[2] Frederick Nolan, The West of Billy the Kid, 1998.

[3] Officiellement, le surnom complet de « Billy the Kid » fut utilisé pour la première fois en 1881.  On comprend que le témoignage de Frank Coe a été recueilli plusieurs années après les faits et qu’alors il était pour lui normal d’utiliser le surnom au complet.  En 1878, pour être plus précis, le jeune homme se faisait appeler « William H. Bonney » ou « the Kid ».

[4] Le Dr Taylor Ealy, un nouveau venu dans le comté de Lincoln, avait constaté que le corps de Tunstall avait été mutilé, tandis que le Dr Daniel Appel du Fort Stanton, soupçonné d’être à la solde du clan adverse, avait nié toute présence de mutilation.