Billy the Kid et Jesse James étaient-ils des amis?

Dr Henry Hoyt.  C'est en grande partie grâce à son journal intime qu'on sait aujourd'hui que Billy the Kid et Jesse James se connaissaient.
Dr Henry Hoyt. C’est en grande partie grâce à son journal intime qu’on sait aujourd’hui que Billy the Kid et Jesse James se connaissaient.

C’est bien connu, Jesse James a laissé sa marque dans le folklore américain en pillant des banques et des trains, principalement dans le mid-ouest. Billy the Kid a quant à lui fait sa renommée en participant à la Guerre du Comté de Lincoln au Nouveau-Mexique avec l’espoir de venger l’assassinat de son ami et employeur.

À première vue, rien ne rapproche ces deux hommes. Et pourtant!

C’est par une voie officieuse de l’Histoire que cette idée apparut pour la première fois en 1949 et 1950 par la bouche de William H. « Brushy Bill » Roberts, un vieil homme qui prétendait être Billy the Kid alors que l’histoire populaire le disait mort depuis 1881. Roberts, qui aurait pu se contenter de répéter les vieilles histoires déjà assimilées par l’ensemble de la population, étonna en affirmant des choses que personne n’avait encore pu imaginer jusque-là.

En 1874, une époque où l’Histoire officielle ne peut détailler les déplacements du Kid, alors âgé d’environ 14 ans, ni celles de Jesse James d’ailleurs, Roberts prétendait avoir passé quelques mois sur le ranch de Belle Reed, plus tard connue sous le nom de Belle Starr. Il dira y avoir fait la rencontre de quelques hors-la-loi de l’époque, dont les frères James et Younger. (Pour plus de détails à ce sujet, voir l’article suivant : Billy the Kid, pensionnaire chez Belle Starr?)

Outre cette possibilité, l’auteur Philip J. Rasch, aujourd’hui décédé, soulevait une autre hypothèse selon laquelle une rencontre entre les deux célébrités du Far West aurait eu lieu en février 1879. Dans un article de 1960, Rasch écrivait que Jesse James et Billy the Kid aurait pu se croiser au lendemain de la Guerre du Comté de Lincoln dans le Nouveau-Mexique.

En février 1879, le Kid et certains de ses amis s’étaient rendu à un rendez-vous dans le village de Lincoln pour tenter de faire la paix avec Jimmy Dolan, le principal représentant du clan adverse. Dolan était lui-même accompagné de quelques brutes. Après quelques paroles grossières, les deux factions finirent par s’entendre avant de célébrer cette trêve par une tournée des bars.

Le même soir, Houston Chapman, un avocat qui tentait de poursuivre le clan Dolan pour tenter de dédommager la veuve de l’une des victimes de cette guerre de comté, revenait au village de Lincoln. Sans raison apparente, l’un des hommes du groupe de Dolan, un dénommé William Campbell, se mit à harceler Chapman. Ivre, Campbell l’aurait abattu de façon délibérée. Selon Rasch, le pauvre homme aurait reçu deux blessures mortelles.

En retournant vers un restaurant, Campbell aurait avoué avoir promis au Colonel Dudley, que certains tenaient responsable pour les décès de certains individus, d’éliminer Chapman. Serait-ce donc un meurtre prémédité et commandité?

À l’intérieur du restaurant, Campbell demanda à un autre homme d’aller placer une arme dans la main du cadavre, qui gisait toujours dans la rue, afin de faire croire à de la légitime défense. Le Kid se montra opportuniste en saisissant cette phrase au bond, se proposant lui-même pour aller ainsi « maquiller » la scène de crime. En fait, le Kid profita plutôt de cette chance pour s’éloigner du gang de Dolan et quitter le village sans jamais avoir mis l’arme dans la main du pauvre Chapman.

Jesse James
Jesse James

Étrangement, un peu plus de 10 ans avant la publication de l’article de Rasch, Brushy Bill Roberts racontait déjà la même histoire.

Mais la véritable surprise dans cette affaire reste à venir.

Plus tard, lors de son procès, Jimmy Dolan affirma avoir eu trop peur de Campbell pour être en mesure de le contrarier. En fait, Rasch racontait que, dans le folklore néo-mexicain, Campbell était en réalité Jesse James.

Cette rumeur semble prendre ses origines dans une lettre de George Taylor, petit-fils de Cynthia Birchard, la sœur de la mère du président Rutherford B. Hayes, qu’il écrivit au président en spécifiant :

« Il y a quelques semaines un avocat du nom de Chapman qui tentait de régler les successions de McSween et de Tunstel [Tunstall] a été tiré et tué par Dolan qui est revenu et deux hors-la-loi Evans et Campell [Campbell]. Cambell est Jesse James, le Gouverneur Wallace et un homme du nom de McPherson le savent aussi. »

Toujours selon Rasch, Lew Wallace aurait cru en la véracité de cette information jusqu’au jour de sa mort. Mais le problème réside dans le fait que Wallace aurait également été informé que Campbell aurait aussi tué trois hommes de sang froid sur les territoires de chasse aux bisons, ce qui ne colle évidemment pas à ce que l’on sait de la carrière de Jesse James.

Plutôt que d’apporter des réponses, ces rumeurs soumettent d’autres questions. Selon l’une d’elle, apparemment bien établie à Lincoln, le véritable nom de Campbell n’aurait pas été Ed Richardson comme l’a prétendu l’auteur Walter N. Burns en 1926, mais plutôt Hines. C’est là que les choses se compliquent. On sait que Clell Miller, un des acolytes du gang des frères James et Younger, a déjà utilisé le pseudonyme de Hines. Toutefois, Miller n’était plus de ce monde en février 1879. Il avait été tué lors de la célèbre attaque de la banque de Northfield en septembre 1876, dans le Minnesota.

D’un autre côté, c’est un dénommé Joe Hines qui, en 1948, a mis l’avocat William Morrison sur la piste de Brushy Bill Roberts. On n’a jamais su qui était réellement ce Joe Hines, qui en connaissait apparemment tout un rayon sur les faits entourant la Guerre du Comté de Lincoln.

Rasch soulignait que l’auteur Carl W. Breihan avait révélé que Jesse James aurait déjà utilisé le nom de William Campbell, mais Breihan avoua qu’il n’y avait aucun fondement à cette information.

Peut-être s’agissait-il d’une simple confusion de noms. Quoi qu’il en soit, des auteurs contemporains sérieux comme Yeatman ou Nolan n’en font même pas mention.

Si Brushy Bill Roberts a fait une brève allusion selon laquelle les James, ainsi que Belle Reed (Starr) auraient déjà été de passage dans le village de Lincoln, on ne peut aujourd’hui en trouver la moindre preuve.

Alors, est-ce encore loufoque de prétendre que Jesse James et Billy the Kid aient été des amis?

Non. Pas selon la troisième possibilité, qui paraît beaucoup plus sérieuse que les deux précédentes.

D’abord, il faut comprendre qu’à la suite du fiasco de Northfield en septembre 1876, qui a résulté en la capture des trois frères Younger, les frères Frank et Jesse James s’étaient retiré du milieu criminel. Ils s’étaient installés au Tennessee sous des noms d’emprunt.

Cette photo de Billy the Kid prise vers 1880 est la seule qui soit reconnue par tous les historiens.
Cette photo de Billy the Kid prise vers 1880 est la seule qui soit reconnue par tous les historiens.

Au cours de l’été 1879, ils n’avaient toujours pas repris leurs activités de hors-la-loi et c’est à ce moment qu’on retrouve Jesse à Las Vegas, au Nouveau-Mexique, loin de son Missouri natal. Qu’est-ce qui l’a soudainement amené à se rendre directement à cet endroit?

Ted P. Yeatman, un auteur qui se spécialise sur l’histoire des frères James, se demande si Jesse ne s’y est pas rendu pour régler certaines dettes, déterminé qu’il aurait pu être à continuer de mener une vie normale et faire oublier son image de grand desperado. Ou alors était-ce pour opérer un nouveau gang dans cette région. Si cette dernière hypothèse me semble assez peu probable, car appuyé par aucun indice, il demeure un fait cependant que l’un de ses vieux amis du Missouri, Scott Moore, se trouvait à Las Vegas avec sa femme cet été-là. Le couple Moore s’occupait d’un hôtel qui offrait des bains de source sulfureuse (hot springs) situé à environ 6 milles du village de Las Vegas, au Nouveau-Mexique. « C’est là qu’une rencontre plutôt remarquable a probablement eu lieu entre deux des plus légendaires hors-la-loi américains de tous les temps », écrivait Yeatman en 2000[1].

En fait, ce fait historique unique nous est parvenu principalement à cause du Dr Henry Hoyt. Après avoir obtenu son diplôme de l’école de médecine, ce jeune docteur s’était d’abord dirigé vers Deadwood, sur le Territoire du Dakota, en 1877, puis ensuite dans le Texas septentrional où il avait habité et travaillé à Tascosa, entre autres en soignant les blessures des cow-boys. C’est là qu’il fit la rencontre de William Bonney, alias le Kid.

Par la suite, le Dr Hoyt vint s’installer à Las Vegas, où il travailla comme barman pour arrondir ses fins de mois. C’est là qu’il allait revoir le Kid au cours de l’été 1879.

En mars 1879, le Kid avait rencontré le gouverneur Lew Wallace, qui lui avait promis un pardon en échange de son témoignage. D’ailleurs, le témoignage du Kid permit de déposer un minimum de 200 accusations contre plusieurs hommes impliqués dans cette guerre de comté. Au cours de l’été 1879, le jeune homme était donc considéré libre et inoffensif.

Le 27 juillet 1879, le Dr Hoyt entra dans l’hôtel de Moore à Las Vegas. Comme l’endroit était bondé, la seule chaise de libre se trouvait à une table du fond, à laquelle étaient déjà attablés trois hommes, dont Billy, qui portait un complet. Puisque le Dr Hoyt le connaissait depuis l’époque de Tascosa, il s’installa sur la chaise vide et tout de suite ils se reconnurent en se rappelant des souvenirs du Texas. Un instant plus tard, l’homme assis à la gauche de Billy lança un commentaire et ce fut ainsi que Billy lui présenta l’inconnu en ces termes : « Hoyt, voici mon ami M. Howard du Tennessee ».

Or, il est de commune renommée depuis longtemps que Jesse utilisait ce nom d’emprunt au cours de cette période.

Ces détails historiques proviennent du journal intime que le Dr Hoyt a laissé derrière lui et si on doit en croire cette phrase, Billy considérait donc Jesse comme son ami, et qu’Il faudrait donc en déduire qu’ils ne se voyaient pas pour la première fois.

Hoyt aurait également remarqué les yeux bleus pétillants de ce monsieur Howard, en plus du fait qu’il lui manquait le bout d’une jointure à l’un de ses doigts de la main gauche. Or, il demeure un fait établi que Jesse s’était blessé à l’époque de la Guerre de Sécession en manipulant un revolver, s’explosant ainsi le bout de son majeur de la main gauche.

Hoyt constata qu’il s’agissait d’un homme volubile qui donnait l’impression d’avoir beaucoup voyagé. Après le dîner, Billy aurait amené le docteur à sa chambre pour finalement lui révéler, tout en lui promettant de garder le secret, que monsieur Howard était en réalité Jesse James.

Ce qui apporte encore plus de crédibilité à cette rencontre c’est que le Dr Hoyt se montra d’abord septique. Le même soir, cependant, il eut la chance de revoir Howard, mais cette fois seul à seul. Hoyt n’aurait pu résister à l’envie de lui demander s’il avait déjà mis les pieds à Saint-Paul, dans le Minnesota. Howard aurait répondu « non » de manière nonchalante avant de changer rapidement de sujet.

Selon Yeatman, au moins un autre homme aurait vu Jesse à Las Vegas. Ce témoin était Miguel Otero, le futur gouverneur du Nouveau-Mexique de 1897 à 1906. En 1879, il travaillait pour son père à Las Vegas et connaissait aussi Scott Moore. Otero se rappela de Howard comme d’un homme plutôt calme et réservé avec des yeux bleus perçants, portant une petite barbe, un manteau brun de style prince Albert et un chapeau noir. Au cours de cette conversation, Jesse aurait posé quelques questions concernant la possibilité de se lancer dans l’élevage de bétail, que ce soit dans le sud-ouest ou au Mexique.

D’ailleurs, on pouvait lire dans le Las Vegas Optic du 6 décembre 1879 que « Jessie [sic] James était un invité du Las Vegas Hot Springs, du 26 au 29 juillet. Bien sûr, ce ne fut pas connu de tout le monde ».

De son côté, Frederick Nolan, un spécialiste de l’histoire du comté de Lincoln qui refuse cependant d’accorder la moindre importance à la version de Brushy Bill Roberts, confirme cette rencontre inusité de Las Vegas au cours de l’été 1879, ajoutant qu’un certain « The Kid » avait été accusé de tenir une table de jeu illégale dans cette ville en juillet 1879, ce qui pourrait indiquer que Billy ait passé du temps à Las Vegas au cours de cet été. Nolan précise aussi que le nom du saloon pour lequel le Dr Hoyt travaillait était le Las Vegas’ Exchange Saloon et que l’hôtel de « Winfield Scott Moore » se nommait le Adobe Hotel.

Yeatman et Nolan s’entendent sur le fait que Jesse aurait également proposé à Billy de faire partie de son gang. Le Kid, qui ne volait qu’un peu de bétail pour subsister, aurait toutefois refusé la proposition. Étrangement, Brushy Bill Roberts a lui-même expliqué que Belle Reed lui avait proposé de devenir son garde du corps lorsqu’elle avait découvert son talent au tir, mais il avait refusé en disant qu’il ne voulait pas devenir un hors-la-loi.

Dans un article datant d’avril 1967, Philip J. Rash confirmait déjà cette rencontre de Las Vegas, sans toutefois fournir autant de détails.

Jesse James et Billy the Kid étaient-ils des amis? Après tout, si on en croit le journal intime du Dr Henry Hoyt, c’est le Kid lui-même qui l’aurait dit!

 

[1] Ted P. Yeatman, Frank and Jesse James, the story behind the legend, 2000, p. 209.

Un pardon pour le Kid?

Après avoir été gouverneur du Nouveau-Mexique, Lewis Wallace s'est surtout fait connaître comme étant l'auteur du roman Ben Hur.  Son œuvre fut porté à l'écran et en 1959 remporta 11 Oscar.
Après avoir été gouverneur du Nouveau-Mexique, Lewis Wallace s’est surtout fait connaître comme étant l’auteur du roman Ben Hur. Son œuvre fut porté à l’écran et en 1959 remporta 11 Oscar.

Lorsqu’on écrit sur le célèbre hors-la-loi Billy the Kid, on parle assez peu de la période où il a démontré un désir sincère de réhabilitation, en particulier en offrant son aide à Lewis « Lew » Wallace, alors gouverneur du Territoire du Nouveau-Mexique. Et dépit des actes de violence que la plupart des auteurs aiment lui attribuer, il a réellement démontré son souhait de donner un coup de pouce au système judiciaire en 1879.

En fait, l’attitude qu’il a eue au cours du printemps 1879 pourrait bien révéler une facette méconnue de sa personnalité.

On sait qu’à la suite de l’assassinat de son ami et employeur John Tunstall, en février 1878, le Kid s’est lancé dans une croisade vengeresse en compagnie de quelques ouvriers agricoles qui se sont eux-mêmes surnommés Les Régulateurs. Rapidement, ces jeunes hommes ont semés quelques cadavres sur leur route. Il suffit de penser à Morton et Baker, ainsi qu’au Shérif Brady.

La fusillade du 19 juillet 1878, survenue au cœur du le village de Lincoln, mit un terme à ce qu’on désigne encore aujourd’hui sous le nom de la Guerre du Comté de Lincoln. (Lincoln County War). D’autres atrocités furent commises au cours des mois suivants, mais l’arrivée en poste du vétéran de la Guerre de Sécession Lewis Wallace au capitole de Santa Fe en tant que gouverneur a fait bouger les choses.

Rapidement, il rédigea une proclamation d’amnistie pour les participants de cette guerre de comté. C’était la seule façon, semble-t-il, de remettre les pendules à l’heure et d’espérer que certains témoins se manifestent afin d’éclaircir les événements. En réalité, les vrais témoins ont été rares à se présenter. Ceux qui le firent ne pouvaient témoigner de tous les détails, du cœur du problème.

Susan McSween, dont le mari avait été froidement abattu lors du dernier affrontement armé du 19 juillet, engagea un avocat du nom de Chapman afin de déposer des accusations contre le colonel Dudley. Lors de la fusillade, Dudley aurait refusé d’intervenir entre les deux clans, ce qui avait causé la mort d’Alex McSween et de quelques-uns de ses jeunes protégés. Mais voilà! Dans ce climat étrange de corruption, Chapman fut assassiné gratuitement en février 1879. Les circonstances firent en sorte que l’un des témoins de la scène fut nul autre que William H. Bonney, alias Kid.

Le 5 mars 1879, le gouverneur Wallace démontra sa détermination en débarquant dans le petit village de Lincoln avec l’espoir de mieux compléter son enquête. Le 11 mars, il rédigea une lettre dans laquelle il donnait les noms de plusieurs suspects en lien avec tous les actes de violence commis dans le comté. Dans cette liste, on retrouvait les noms de plusieurs hommes dangereux, mais aussi celui du Kid.

Peu après, les trois suspects dans l’affaire Chapman furent arrêtés. Cette bonne nouvelle incita un jeune témoin à se manifester. Ainsi, le 13 mars, le gouverneur Wallace recevait cette lettre :

Cher monsieur,

J’ai entendu dire que vous donneriez 1,000$ pour mon corps, et j’en déduis que vous me voulez vivant en tant que témoin. Je sais que c’est comme témoin contre ceux qui ont tué M. Chapman. Si tel est le cas, je peux apparaître en Cour et je peux donner l’information souhaité, mais j’ai des accusations contre moi pour des choses qui sont survenues dans la Guerre du Comté de Lincoln et j’ai peur de me rendre parce que mes ennemis vont me tuer. Le jour où M. Chapman a été assassiné, j’étais à Lincoln à la demande de bons citoyens pour rencontrer J. J. Dolan en tant qu’amis, pour que nous laissions nos armes de côté et faire des affaires. J’étais présent quand M. Chapman a été tué et je sais qui l’a fait, et si ce n’était pas de ces accusations, j’aurais déjà éclairci cette affaire. S’il est en votre pouvoir d’annuler ces accusations j’espère que vous le ferez pour me donner une chance de m’expliquer. S’il vous plaît, envoyez-moi une réponse que vous pouvez le faire. Vous pouvez envoyer une réponse par un porteur, je n’ai plus envie de me battre et je ne me suis pas servi de mes armes depuis votre proclamation. Je vous réfère à n’importe quel citoyen, la majorité d’entre eux sont mes amis et ils m’ont aidé comme ils ont pu. On m’appelle Kid Antrim, mais Antrim est le nom de mon beau-père. En attendant votre réponse, je reste votre obéissant serviteur,

W. H. Bonney

On peut imaginer la surprise du gouverneur de recevoir ainsi une réponse de l’homme le plus recherché du comté, d’autant plus que le Kid démontrait une étonnante ouverture d’esprit. En fait, le témoin idéal se présentait à lui sur un plateau d’argent.

Deux jours plus tard, Wallace lui envoyait donc sa réponse en lui donnant rendez-vous chez un ami commun de Lincoln. En 1950, plus de sept décennies après cette rencontre historique, William H. Roberts, ce vieil homme qui prétendait être Billy the Kid, se rappelait, en plus de fournir de nombreux détails correspondants, que Wallace lui avait promis un pardon complet en échange de son témoignage dans l’affaire Chapman et celle du colonel Dudley. Il devait également comparaître pour ses propres accusations pour éclairer la justice, après quoi on lui promettait un pardon complet.

En 1902, bien avant la sortie publique de Roberts et alors qu’on croyait le Kid mort et enterré depuis 1881, Lew Wallace a publiquement admis avoir fait cette promesse en déclarant que « quand il [Kid] s’est assis, j’ai commencé à présenter le plan que j’avais en tête pour qu’il puisse témoigner de ce qu’il savait à propos du meurtre de Chapman à la session du tribunal deux ou trois semaines plus tard, sans mettre sa vie en danger. J’ai terminé avec ma promesse. « En retour, si vous faites ça, je vous laisserai partir avec un pardon dans votre poche pour toutes les choses que vous avez faites » ».

Tout le monde semble donc d’accord sur la véracité de cette promesse. Alors pourquoi n’a-t-elle pas été honorée?

Tel que promis, le témoignage du Kid a contribué à faire condamner l’un des trois accusés dans l’affaire Chapman. Mais le succès ne fut pas aussi fructueux au cours de la commission d’enquête concernant le colonel Dudley, qui débuta le 9 mai 1879, et qui avait comme mandat de déterminer s’il y avait matière à aller en Cour martiale.

Si on ne possède malheureusement pas les transcriptions sténographiques de ces audiences, l’auteur Frederick Nolan laisse entendre que cette commission aurait pu être biaisé et que le procureur assurant la défense du colonel Dudley, un dénommé Waldo, se serait amusé à détruire tous les témoignages. Dans son plaidoyer du 5 juillet 1879, Waldo aurait simplement qualifié le Kid de « criminel de la pire espèce » ainsi que de « meurtrier de profession ».

Quoi qu’il en soit, en ayant eu le courage de dire ce qu’il savait au gouverneur Wallace, le Kid avait permis à la justice de déposer 200 accusations contre différents voyous et criminels ayant pollués l’atmosphère du comté. Bref, aucun autre témoin n’a fourni au gouverneur une aide aussi précieuse.

Le verdict tomba le 18 juillet 1879 : aucune procédure judiciaire ne serait entreprise contre le colonel Dudley. Il semble que le Kid ait anticipé cette défaite car, un mois plus tôt, c’est en marchant qu’il avait quitté la prison dans laquelle il séjournait en semi-liberté. Au sujet de ce départ, Roberts dira seulement en 1950 que « je suis allé voir [le shérif] Kimbell et je lui ai dit de me donner mon ceinturon et mes revolvers. Il a dit qu’il ne pouvait pas me blâmer comme j’allais partir. […] Tom [O’Folliard] et moi avons quitté la prison en marchant ».

Roberts laissera entendre également que les choses commençaient à s’annoncer mal pour lui, entre autres lorsque des procédures judiciaires furent entreprises pour transférer son dossier dans une autre juridiction, alors qu’il avait demandé au gouverneur d’être entendu à Lincoln.

Il serait sans doute facile de soupçonner Wallace de ne pas avoir tenu ses promesses. Il est vrai qu’au cours de la détention suivante du Kid, au cours des premiers mois de 1881, il a ignoré les lettres de ce dernier. Le Kid implorait son aide en lui rappelant sa promesse.

Aujourd’hui, il est impossible d’éclaircir les détails de cette entente ratée. On ne peut donc accuser Wallace d’avoir manqué à sa parole, tout comme on ne peut supposer que le Kid ait mal interprété les intentions de la justice. Pourtant, on constate qu’une belle occasion de réhabilitation a échouée.

Billy the Kid, pensionnaire chez Belle Starr?

Selon l'auteur Glenn Shirley, cette photo de Myra Maybelle Shirley aurait été prise à l'époque de son mariage avec Jim Reed en 1866.
Selon l’auteur Glenn Shirley, cette photo de Myra Maybelle Shirley aurait été prise à l’époque de son mariage avec Jim Reed en 1866.

C’est par une voix non-officielle de l’Histoire que cette idée apparut pour la première fois, par la bouche d’un vieil homme du nom de William H. « Brushy Bill » Roberts.  En 1949, celui-ci prétendait être le célèbre hors-la-loi Billy the Kid alors que l’histoire populaire le disait mort depuis 1881.

Roberts, qui aurait pu se contenter de répéter les vieilles histoires déjà assimilées par l’ensemble de la population, étonna en affirmant des choses que personne n’avait encore pu imaginer jusque-là.

Faut-il le croire quand il affirme avoir connu des célébrités du Far West comme Belle Starr, ainsi que les frères James et Younger?

Plus de six décennies après la mort de Roberts, je ne connais aucun auteur sérieux qui ait pris la peine de s’attaquer objectivement à cette question dans le but d’en vérifier l’authenticité.  Alors je me suis dit qu’il était temps d’ouvrir une enquête historique et d’étudier cette affirmation d’un peu plus près.

En racontant son enfance, il dira avoir séjourné chez son père, qui lui montra à dresser des chevaux.  Mais la relation tourna au vinaigre, au point où le garçon de 14 ans fut violemment battu par ce père caractériel.  Rétabli de ses blessures, il prit la fuite pour ne plus jamais le revoir.  C’était en mai 1874, dira-t-il.

À partir de là, Roberts dit s’être rendu sur le Territoire Indien (Oklahoma) en empruntant la « Chittem Trail » tout en accompagnant un troupeau de bétail qu’il aurait quitté dans un village du nom de Briartown.  Voici comment il détaillait son aventure :

« J’ai quitté ce troupeau à Briartown.  Comme je me pressais le long de la route, un gros bonhomme sombre et distingué sur un cheval bai est venu en lançant subitement : « où vas-tu, garçon? »  J’ai pu voir qu’il ne fallait pas que je lui raconte des mensonges, alors je lui ai dis très brusquement : « Je me suis sauvé de chez moi. »  Et je lui ai expliqué pourquoi.  Il a dit : « grimpes, mon gars, tu peux venir rester avec moi. »  Mais je pensais que c’était la prison qui m’attendait.  […]  Vous pouvez être certain que le reste de cette nuit-là je pensais que j’irais en prison le jour suivant. »

« Mais tôt le lendemain matin, à ma très grande surprise, j’ai découvert que je me retrouvais entre les mains de Belle Reed, plus tard connue comme Belle Starr, la grande hors-la-loi.  Elle m’a dit très clairement ce que j’avais à faire.  Je devais aller en haut d’une montagne sur laquelle on avait une vue sur les environs, avec une paire de jumelles, et être une sentinelle ou un garde pour elle.  Mes instructions étaient que si je voyais un homme ou un cavalier s’approcher, je soufflais un coup dans un clairon.  Ou si deux hommes approchaient, je soufflais deux coups, et ainsi de suite.  Et elle, Belle, se chargerait du reste. »

« Mon travail était en général celui de garçon de corvée autour de la propriété.  Ils étaient partis la plupart du temps, ne laissant personne d’autre sur place que Tante Ann, la cuisinière de race noire, et moi.  Je prenais un cheval de bât et j’allais au village pour les provisions et leurs munitions.  Durant le temps que j’étais là, j’ai rencontré tous les hors-la-loi du territoire.  Ça semblait être un refuge pour les hors-la-loi.  J’ai fait connaissance avec les frères James et Younger, la bande de Joe Shaw, Rube Burrow et Jim Burrow et leur bande.  Je les ai vu ramener des sacs d’argent et les jeter sur le lit et Belle faisait le compte en disant : « Voici votre part et voici ma part. »  Deux hommes étaient assis juste là en tenant leurs revolvers [pour monter la garde].  Une fois, un hors-la-loi m’a ordonné de seller son cheval en me parlant très durement, et Belle l’a surpris.  Elle lui a dit que j’étais son gamin et qu’elle me protégerait.  Elle lui a dit de seller son cheval lui-même et qu’il devait partir par le chemin le plus court, qu’elle inscrirait son nom sur sa liste.  Elle a dit : « Blackie, tiens-toi loin de ce garçon ou je te ferai éclater le crâne. » »

En 1950, William H. "Brushy Bill" Roberts sortait de l'ombre pour affirmer être Billy the Kid, que tout le monde croyait mort depuis 1881.  Plutôt que de s'en tenir aux versions officielles, il fit quelques révélations surprenantes qui, plus de 60 ans plus tard, continuent de mystifier les historiens.
En 1950, William H. « Brushy Bill » Roberts sortait de l’ombre pour affirmer être Billy the Kid, que tout le monde croyait mort depuis 1881. Plutôt que de s’en tenir aux versions officielles, il fit quelques révélations surprenantes qui, plus de 60 ans plus tard, continuent de mystifier les historiens.

« Dans ma pratique, Belle a découvert que j’étais un bon tireur avec une carabine ou un revolver et elle m’a offert d’être son bras droit.  J’ai refusé cette offre car je lui ai dit que je ne voulais pas devenir un hors-la-loi.  Elle a vu qu’elle ne pouvait pas faire de moi un hors-la-loi alors elle m’a dit que quand je serais prêt je pourrais partir.  Après trois mois, elle m’a donné de beaux vêtements et cinquante dollars en argent, en me disant : « Texas Kid, tu peux revenir en tout temps, tu as une maison avec moi. »  Elle m’a transporté à environ un mile du village et m’a laissé là. »

Devant un récit aussi riche, devrait-on pencher en faveur d’une histoire vraie ou d’une imagination fertile?

Pour le savoir, il est important de revisiter chaque détail de cette déclaration.

Tout d’abord, ce qui apparaît comme la « Chittem Trail » dans le livre publié en 1955[1] sur les propos de Roberts devait certainement être la Chisholm Trail, une piste empruntée par les convois de bétail de l’époque et qui traversait le Territoire Indien depuis le Kansas jusqu’au cœur du Texas.  Cette erreur d’orthographe peut venir du fait que les propos de Roberts rapportés dans ce livre prenaient leur source principalement de bandes magnétiques ayant immortalisés la voix du vieil homme.  Ainsi, toute transcription contient sa marge d’erreur sur la prononciation versus l’orthographe.

Si un imposteur avait voulu se faire passer pour Billy the Kid, n’aurait-il pas versé dans la facilité en désignant son hôte comme Belle Starr, c’est-à-dire le nom sous lequel elle était devenue une légende?  Plutôt que de tomber dans ce piège, Roberts se montra précis en la désignant sous le véritable nom qu’elle portait en 1874.

Jusqu’ici, sa théorie tient donc la route.

Selon l’auteur Glenn Shirley[2], Myra Maybelle Shirley a vu le jour le 5 février 1848 au Missouri.  Quelques années plus tard, son père vendait la ferme familiale pour aller s’occuper d’un hôtel à Carthage.  La jeune fille, qu’on appelait à l’époque Myra, développa son talent musical grâce au piano installé dans l’hôtel.  En juin 1864, son frère aîné Bud était tué à Sarcoxie par des miliciens nordistes.  Peu après, la famille s’installait près de la ville de Scyene, au Texas, pour tenter de fuir les atrocités de la Guerre de Sécession.  Vers la même époque, la famille Reed, que les Shirley avaient connus au Missouri, les rejoignait près de Scyene.  Jim Reed, qui s’était battu en tant que guérillero sudiste au côté de certains hommes comme les James et les Younger, épousa Myra en 1866.  Le couple eut deux enfants, une fille et un garçon.

Mais en 1868 et 1869 Jim Reed se montra de plus en plus absent, au point de commencer à fréquenter Tom Starr, un Indien Cherokee au passé violent dont le ranch était reconnu comme refuge pour les criminels.  En novembre 1873, Reed vola 30,000$ à un vieil homme du nom de Grayson qui cachait sa fortune dans son sous-sol.  En février 1874, il séduisait une jeune fille du nom de Rosa McCommas, avec qui il partit s’installer à San Antonio.  C’est avec deux complices qu’il attaqua ensuite une diligence le 7 avril.  Jim Reed fut finalement abattu le 6 août 1874 en résistant à son arrestation.  À cette date, selon les propos de Roberts, Billy avait quitté le ranch de Belle Reed depuis quelques semaines.

Roberts ne fait aucune mention de Jim Reed dans son témoignage et on comprend pourquoi avec cette brève chronologie historique.  De février 1874 jusqu’à sa mort le 6 août suivant, rien n’indique que Jim Reed ait revu son épouse.  Au cours de cette période, il était soit en cavale ou dans les bras de sa jeune conquête.

On comprend aussi du témoignage de Roberts qu’il aurait été hébergé sur ce ranch de mai à juillet 1874.  À cette époque précise, Belle possédait-elle vraiment un ranch à proximité d’un soi-disant village appelé Briartown?

Selon l’auteur Glenn Shirley, biographe de Belle Starr, il y a une possibilité pour que la famille Shirley ait franchi, lors de son déménagement de 1864, la Canadian River à un point connu sous le nom de Briartown-Eufaula Trail, près d’une petite localité nommée Whitefield.  En fait, le traversier se situait à 9,6 km (6 milles) seulement de la cabane habité par Tom Starr, le futur beau-père de Myra Maybelle Shirley.

Tom Starr s’était installé à cet endroit suite à un traité de paix accordé dans les années 1840 après une violente guerre ayant opposé deux factions, dont celle de la famille Starr.  Selon Glenn Shirley, Tom Starr habitait à l’ouest de l’Arkansas River près de Briartown, dans le Muskogee County.  Il avait accueilli chez lui les Younger à quelques reprises, si bien qu’il baptisa sa propriété du nom de Younger’s Bend.

ScreenHunter_01 Jan. 30 23.32De nos jours, Briartown apparaît toujours sur la carte à quelques kilomètres au nord de Whitefield, dans le Muskogee County, en Oklahoma.  L’endroit se situe à une centaine de kilomètres à l’est d’Oklahoma City.  Par conséquent, le ranch de Tom Starr, c’est-à-dire le Younger’s Bend, devient un excellent candidat à notre enquête visant à situer géographiquement le ranch sur lequel Roberts affirmait avoir été hébergé.  D’ailleurs, Tom Starr était reconnu pour être un personnage sombre et mesurant 6 pieds et 5 pouces (1,95 m).  Glenn Shirley le décrivait également comme une force de la nature.  Que dire alors de ce mystérieux « gros bonhomme sombre et distingué » qui est venu à la rencontre du jeune Roberts près de Briartown?  Après tout, ne lui avait-il pas dit « tu as un endroit pour habiter avec moi »?

Si tel était vraiment le cas, l’hypothèse la plus plausible serait qu’il ait rencontré Tom Starr en personne et que ce dernier l’aurait tout simplement conduit chez lui, à Younger’s Bend.  Après tout, Roberts n’a jamais dit que le ranch visité appartenait à Belle Reed, mais plutôt qu’il avait été confié à elle.

Reste à savoir si Belle Reed logeait chez Tom Starr entre mai et juillet 1874.

Mariée à Jim Reed le 1er novembre 1866, Myra Maybelle avait donné naissance à une fille nommée Rosie Lee (alias Pearl) avant de retourner vivre au Missouri pour aider sa belle-mère sur les travaux de la ferme.  Selon Glenn Shirley, après que son mari eut été accusé d’un meurtre, Myra dut le suivre dans sa cavale jusqu’à Los Angeles, en Californie.  C’est d’ailleurs là-bas, le 22 février 1871, qu’elle donna naissance à son deuxième et dernier enfant, un fils baptisé James Edwin Reed.  En mars, Jim fut soupçonné de contrefaçon.  L’enquête ouverte à ce sujet permit de découvrir qu’il était recherché pour meurtre au Texas.  Encore une fois, Jim plia bagages et rentra au Texas à dos de cheval, tandis que son épouse fit le trajet à bord d’une diligence en compagnie des enfants.

 

Aperçu de la région de Briartown, Oklahoma (photo: Google Earth)
Aperçu de la région de Briartown, Oklahoma (photo: Google Earth)

Cole Younger écrivit dans son autobiographie qu’en 1871 il conduisait lui-même du bétail au Texas lorsque le couple Reed, accompagné de leurs deux enfants, était revenu dans la région de Scyene, à quelques pas de Dallas.  Cole expliqua que la mère de Belle lui avait demandé de plaider auprès de son mari, John Shirley, pour que ce dernier accepte de céder au jeune couple une partie de sa terre afin de les aider à s’installer.  Cole aurait réussi à convaincre John Shirley de leur céder cette portion de terre.  De plus, Younger dira avoir donné au couple Reed les bouvillons d’un de ses troupeaux afin de leur offrir un coup de pouce à démarrer leur propre élevage.

Selon le Dallas Commercial du 10 août 1874, le ranch des Reed était situé sur Coon Creek, dans le Bosque County, Texas.  Coïncidence ou pas, la frontière de ce comté est située, encore aujourd’hui, à quelques pas seulement de la ville de Hico, là où Brushy Bill Roberts s’est éteint le 27 décembre 1950.

De 1871 jusqu’à ce qu’elle vende la propriété vers 1876, Belle habitait donc près de Scyene.  Or, cette propriété était située à 200 km au sud-ouest de Briartown, ce qui en fait automatiquement un choix beaucoup moins intéressant pour corroborer la version de Roberts.  D’ailleurs, rien ne prouve que ce ranch de Scyene ou de Coon Creek ait servi à accueillir des criminels de tout acabit.  Avec ses parents comme voisins, il aurait pu être gênant pour elle d’héberger des voyous.

Selon certains auteurs peu crédibles, Belle Reed aurait commencé à chevaucher avec des bandes de hors-la-loi comme les frères James et Younger au début des années 1870.  Toutefois, rien ne corrobore ces récits loufoques.  La vérité se rapprocherait davantage du fait qu’elle mena plutôt une vie paisible, du moins avant 1880.  En revanche, une vie paisible n’empêche pas de fréquenter des personnages peu recommandables.  Comme elle le dira elle-même dans une lettre écrite quelques années plus tard, Belle détestait le fait de se retrouver dans des cercles sociaux féminins, un milieu qu’elle considérait particulièrement ennuyeux.  Bref, elle préférait la compagnie masculine.

Si le ranch des Reed près de Scyene était situé trop loin de Briartown pour être un candidat intéressant, se pourrait-il alors que Belle se soit retrouvée chez Tom Starr en mai 1874?  Après tout, son mari l’avait abandonné depuis février.  Peut-être faut-il envisager la possibilité qu’elle se soit alors transporté jusqu’à Younger’s Bend pour s’y sentir moins seul malgré son envie d’isolement.  Si l’Histoire ne confirme pas sa présence à Younger’s Bend pour cette période, on est tout aussi incapable de la placer à Scyene.

Le 23 mai 1874, Jim Reed et ses complices échappaient de peu à leur arrestation dans le Collin County.  Le 13 juillet, ils s’introduisirent chez un certain William Harnage, un résidant de la Nation Cherokee, pour lui dérober quelques milliers de dollars.  Dans une lettre daté du 16 juillet 1874, l’agent aux affaires indiennes John B. Jones suggéra au marshal fédéral de Fort Gibson d’envoyer « une autre troupe à Briartown pour les attraper là car c’est là qu’ils doivent aller.  On croit qu’ils se réfugient chez Tom Starr et son fils Tuckey ».

Officiellement, cette maison, qui faisait partie du ranch surnommé Younger's Bend, fut habitée par Belle Starr à partir de 1880.  Il se pourrait bien qu'elle l'air cependant habitée en 1874.  À gauche, on constate la présence d'une cuisine d'été et à droite une rallonge accommodant les criminels qu'elle avait l'habitude de recueillir chez elle.  On ignore cependant la date de cette photo.
Officiellement, cette maison, qui faisait partie du ranch surnommé Younger’s Bend, fut habitée par Belle Starr à partir de 1880. Il se pourrait bien qu’elle l’air cependant habitée en 1874. À gauche, on constate la présence d’une cuisine d’été et à droite une rallonge accommodant les criminels qu’elle avait l’habitude de recueillir chez elle. On ignore cependant la date de cette photo.

Le fait que la bande de Jim Reed se trouvait à Younger’s Bend en juillet pourrait expliquer cet argent que Roberts aurait vu sur un lit et dont la répartition se serait fait sous la bienveillante supervision de Belle.  Cet argent dont aurait été témoin Roberts était-il celui volé à Harnage?  Et pourquoi Belle aurait-elle exigé sa part du gâteau?  Pour garantir son silence?

Peu après le signalement de John B. Jones, le ranch de Tom Starr fut encerclé par les autorités, sans qu’on parvienne toutefois à arrêter qui que ce soit.  Roberts n’a jamais parlé d’une telle intervention policière.  Peut-être a-t-il oublié de le mentionner ou alors il avait déjà quitté les lieux à ce moment-là.

Non seulement la théorie de Roberts tient toujours la route, mais les appuis semblent de plus en plus solides.

Le 26 septembre 1874, l’un des deux complices de Reed, W. D. Wilder, fut arrêté à Coon Creek, dans le Bosque County.  Lors de cette arrestation, la femme qui accompagnait Wilder donna du fil à retorde aux représentants de la loi, au point où un journal écrivit qu’elle « s’est battu avec la fureur d’une tigresse ».  Belle n’était donc pas la seule femme de l’Ouest à apprécier la compagnie des voyous, tout en détestant les hommes qui portaient l’insigne.

Le 16 décembre 1875, Myra Maybelle Reed enregistra une déclaration sous serment à l’effet qu’elle habitait toujours sur le ranch de Scyene, affirmant que son défunt mari avait séjourné, avec ses complices Wilder et Dickens, sur ce même ranch juste avant de quitter vers le 16 novembre 1873 pour aller commettre leur forfait chez Grayson.  Environ deux jours plus tard, dit-elle, les trois voleurs seraient revenus camper à proximité et Reed se serait arrangé pour faire parvenir un  message à sa femme, lui demandant de venir les retrouver.  Après les avoir rejoint dans les bois, elle fut témoin de l’existence du magot évaluée à 32,000$ qui, sous ses yeux, fut répartis en trois parts égales.  Cette déclaration ne précise cependant pas pourquoi les voleurs ont insisté pour diviser cette petite fortune en sa présence.

Par ce document, on retient qu’en novembre 1873 et en décembre 1875 Belle se trouvait sur le ranch de Scyene.  En revanche, rien ne prouve qu’entre ces deux dates elle y soit constamment demeurée.

Le 5 juin 1880, Belle épousait Sam Starr, l’un des fils de Tom Starr.  Sam était âgé de 23 ans, tandis que Belle en avait 32[3].  C’est à partir de cette date qu’elle sera affublée de son célèbre surnom en plus de s’installer en permanence sur le ranch Younger’s Bend, situé entre Briartown et Whitefield, deux villages séparés de quelques kilomètres seulement.  L’endroit n’était accessible qu’à dos de cheval via un étroit passage dans les canyons.  L’auteur Glenn Shirley parle également d’une région marquée par des collines.

C’était un endroit idéal pour cette femme qui, dégoûtée de ses fréquentations féminines, souhaitait se retirer du monde et mener une vie tranquille.  C’est d’ailleurs ce qu’elle écrivit dans une lettre qui est parvenu jusqu’à nous.  Cet isolement pourrait être à l’origine des rumeurs qui ont fait d’elle une héroïne plus grande que nature.  De plus, elle écrivit sa fierté d’avoir hébergé Jesse James durant « plusieurs semaines ».  Le fait que Sam Starr aurait appris l’identité de leur invité seulement plus tard aurait tendance à démontrer que Belle exerçait un certain contrôle de la propriété.  Malheureusement, la lettre de Belle Starr n’est pas datée, ce qui nous empêche de situer dans le temps la visite de Jesse James.

Brushy Bill Roberts affirmera être revenu dans la région du Territoire Indien vers la fin des années 1880, mais il ne dira mot à savoir s’il avait eu la chance de revoir celle qui lui avait offert un toit au cours de cette année de 1874.  Après s’être remariée une troisième fois après la mort tragique de Sam, Belle Starr fut assassinée le long de la Canadian River en février 1889 dans des circonstances qui restent encore nébuleuses.

Glenn Shirley révéla dans son livre de 1982 l’existence d’une rumeur populaire plutôt étonnante : « Une histoire populaire s’est perpétué par les journaux à savoir comment Belle et son gang pouvaient fondre sur les colporteurs ou les voyageurs qui traversaient la Nation Cherokee.  Belle postait supposément ses desperados sur une colline dénudée à un mille [1,6 km] au sud-est de ce qui est aujourd’hui Inola, à l’endroit qu’on appel maintenant Belle’s Mound en Oklahoma.  Cette bosse sans arbre s’élevait de plusieurs centaines de pieds au-dessus de la prairie et un labyrinthe de ravins en brosse [brushy gulches].  À son sommet se trouvait une tour de pierre que le gang utilisait pour la surveillance »[4].

Au moment d’écrire ces lignes en 1982, Shirley précisait que la tour de pierre s’était effritée par le temps mais que les touristes pouvaient en retrouver certains vestiges, en plus d’apprécier la vue que ce perchoir pouvait offrir sur les environs.  Comment ne pas faire corroborer ce fait avec l’histoire de Roberts, qui se postait sur une colline à la demande de Belle pour annoncer l’approche d’intrus à l’aide d’un clairon?

Avant que Roberts ne sorte de l’ombre en 1950, l’existence de cette colline avait fait l’objet de deux articles dans le Tulsa World, une première fois le 20 août 1933 et encore le 3 février 1936.  Roberts s’était-il inspiré de ces deux articles pour embellir son souvenir?

Ça semble peu probable, d’autant plus qu’il a fourni d’autres détails étonnants prouvant qu’il connaissait la région ainsi que l’époque.  Pour donner tous ces détails, qui s’emboîtent assez bien dans les faits historiques, il lui aurait fallu réaliser une recherche très élaborée sur plusieurs plans et retenir le tout sur le bout de ses doigts.

Il ne reste plus qu’à situer dans le temps les allés et venus des hors-la-loi énumérés dans son témoignage.

Reuben "Rube" Burrow
Reuben « Rube » Burrow

S’il m’a été impossible jusqu’à maintenant de retrouver la moindre trace d’un dénommé Joe Shaw ou de ce mystérieux Blackie, il en va autrement de Burrow.  Reuben « Rube » Burrow est né le 11 décembre 1854.  En 1872, alors âgé de 17 ans, il quittait son Alabama natale pour partir vers le Texas.  Là-bas, un oncle lui aurait appris le métier de cow-boy avant d’obtenir son propre ranch dans la région de Fort Worth.  Bien qu’il semble être au Texas en 1874, aucun détail ne permet de le placer près de Briartown.  De plus, si Roberts le désignait comme un hors-la-loi, tout indique que c’est seulement à partir de janvier 1887 qu’il a commencé à défier la loi en attaquant un train au Texas.  Bien qu’aujourd’hui son nom n’atteigne pas la notoriété de certains bandits comme Jesse James, Burrow fut parmi l’un des plus grands voleurs de train avec un bilan de huit braquages.  Ce criminel qu’on disait farceur et homme fort fut abattu par les autorités en 1890.

Le fait que Roberts le désignait comme un hors-la-loi en parlant de lui en 1950 représente-t-il une erreur?  Ou alors se confondait-il seulement sur le qualificatif que Burrow a acquis plusieurs années après l’avoir rencontré?

En ce qui concerne Cole Younger, Glenn Shirley conclut qu’il n’a jamais revu Belle après lui avoir donné ce coup de main pour démarrer le ranch de Scyene en 1871.  Or, Cole Younger n’était pas aussi catégorique dans son autobiographie publiée en 1903.  Il ne mentionne pas l’avoir revu après 1871, mais il ne dit pas non plus le contraire.  On sait que Younger n’a pas tout dit dans son livre et qu’il a commis quelques mensonges, à la fois pour se protéger et aussi pour protéger son ami Frank James.

Peu de temps après l’attaque du train de Gads Hill en janvier 1874, les frères James et Younger furent aperçus par un témoin crédible dans la maison du Général Jo Shelby, dans le Lafayette County, au Missouri.  Le 11 mars 1874, cette fois dans le Clay County, Joseph W. Whicher, un détective à la solde de l’Agence Pinkerton qui espérait pouvoir se faire engager directement sur la ferme des James, fut retrouvé mort à 4 milles (6,4 km) d’Independence, Missouri.  Puisqu’on s’accorde généralement pour dire que les James, ou à tout le moins l’un d’eux, ait été impliqué dans ce meurtre, on pourrait en déduire que ceux-ci se trouvaient toujours au Missouri à la mi-mars 1874.

Le 17 mars 1874, cette fois dans le Saint Clair County, toujours dans le Missouri, c’était au tour de John et Jim Younger d’affronter deux autres détectives Pinkerton.  La fusillade coûta la vie à John Younger, mais aussi aux deux détectives.  Rien ne permet cependant de situer les déplacements exacts de Cole Younger à cette époque.

Selon l’auteur Ted P. Yeatman, qui a produit l’un des ouvrages les plus respectés sur l’histoire du gang des frères James, Jesse a épousé sa cousine Zee le 24 avril 1874.  La cérémonie aurait eu lieu clandestinement dans la maison de l’une des sœurs de Zee, près de Kearney, dans le Clay County.  Le soir même, le couple disparaissait pour quelques mois.  En fait, le seul endroit où on peut le situer par la suite c’est le 30 août 1874, lors de l’attaque d’une diligence survenu près de Lexington, au Missouri.  Entre ces deux dates, Jesse pouvait se trouver à peu près n’importe où.  Et pourquoi pas au Texas?

Quant à Frank, l’étude de ses déplacements réserve une petite surprise.

Toujours selon Yeatman, Annie Ralston, la future épouse de Frank James, aurait annoncé à son père en juin 1874 qu’elle partait visiter des amis à Kansas City et à Omaha.  En réalité, elle partit à bord d’un train partant d’Independence afin de retrouver son amoureux.  Yeatman écrit ensuite que « suivant leur lune de miel Frank et Annie auraient rejoint Jesse et Zee à la maison de leur sœur Susan [James] au Texas »[5].

Si parmi les auteurs les plus sérieux on arrive à établir la possibilité que les frères James aient pu se retrouver au Texas au cours de la période de mai à juillet 1874, on se rapproche d’un autre point en faveur de Roberts.  Si on ne peut placer hors de tout doute raisonnable les James et les Younger à Briartown à cette époque-là, il est impossible, en revanche, de prendre Roberts en défaut.

Si la possibilité est bien là, alors que les autres détails s’emboîtent assez bien selon les preuves d’archives, pourquoi dans ce cas ne pas lui accorder le bénéfice du doute?  Faudrait-il revoir l’Histoire et prendre en considération cette possibilité plus que probable que Belle Reed, Billy the Kid, les frères James, les frères Younger et Tom Starr se soient un jour retrouvé en un seul et même endroit?

En faisant preuve d’une meilleure objectivité, peut-être arriverions-nous à mieux servir les intérêts de l’Histoire, comme dans ce cas-ci.

Ce n’est là qu’un exemple de ce que je réserve pour mon prochain ouvrage sur Billy the Kid.  Si une majorité d’auteurs refuse encore d’accorder la moindre importance à William H. Roberts ce n’est que par pure malhonnêteté historique.  Sans pour autant prouver ni exclure le fait qu’il ait vraiment été le Kid, il n’en demeure pas moins qu’il continue de mystifier les chercheurs, qui sont incapables de le rejeter hors de tout doute raisonnable.

 

Pour en savoir plus :

VEILLETTE, Eric, Billy, 2008.


[1] C. L. Sonnichsen et William V. Morrison, Alias Billy the Kid, p. 17.

[2] Glenn Shirley, Belle Starr and her times, University of Oklahoma Press, 1982, 324 p.

[3] Selon le document légal de ce mariage, préservé aux archives, on stipulait que Belle était âgée de 27 ans.  Était-ce une erreur administrative ou Belle cherchait-elle à se rajeunir?

[4] Ibid., p. 149.

[5] Ted P. Yeatman, Frank and Jesse James, the story behind the legend, 2000, p. 121

Billy the Kid: la fabrication d’une légende

Couverture du livre de Pat Garrett, paru en 1882.
Couverture du livre de Pat Garrett, paru en 1882.

Le 15 juillet 1881, depuis les lointaines contrés du Nouveau-Mexique, une nouvelle se répandit jusqu’à l’autre bout du pays : le Shérif Patrick Floyd Jarvis « Pat » Garrett venait de tuer un jeune hors-la-loi que la presse surnommait depuis peu Billy the Kid.  Contrairement à ce qu’on pourrait encore croire aujourd’hui, cette nouvelle, bien que reprise dans le New York Times, ne créa pas autant de vagues qu’en fit la mort du célèbre braqueur Jesse James l’année suivante.  En fait, la popularité de Billy the Kid grandirait au fil des années à venir, en particulier grâce à la littérature.

L’évolution de son historiographie à travers la littérature américaine, que ce soit par le roman ou ces tentatives d’essais, qui se souciaient d’ailleurs assez peu de l’objectivité historique, est primordial dans le processus de compréhension de sa personnalité.  En fait, en partie grâce aux livres et au cinéma, sa célébrité est maintenant comparable à celle de Jesse James.

Depuis que je me suis remis sur un manuscrit encyclopédique sur les hors-la-loi du Far West, je me suis replongé dans ce que j’appelle « mes vieilles amours ».  Dès 1990, Bill the Kid a été le premier à susciter mon intérêt pour l’Histoire en général.  J’étais alors âgé de 18 ans, c’est-à-dire l’âge approximatif que le Kid avait au moment de laisser ses premières véritables traces dans le folklore.  Rapidement, je me suis rendu compte que l’évolution littéraire de son historiographie a considérablement contribué à fausser de nombreux détails à son sujet.  Cette tangente perverse, si fortement ancrée dans l’opinion publique, contribua d’ailleurs à rejeter la fascinante version d’un vieil homme qui, à partir de 1949, affirmait être Billy the Kid.

En excluant les articles de journaux, la première œuvre parut en kiosque en 1882 sous le titre The Authentic Life of Billy the Kid.  Sur la couverture, le nom de Pat Garrett faisait figure d’auteur.  On avait donc droit à une histoire « authentique » écrite par un représentant de la loi qui s’intéressait à la biographie de sa victime!  Bonjour l’objectivité!

À cette époque, la soif de la population vis-à-vis de tels ouvrages reléguait aux oubliettes le souhait de connaître la vérité.  Au contraire!  On cherchait plutôt à entendre une histoire qui « collait » à l’image que les citadins de l’est du pays se faisaient des légendes lointaines de l’Ouest.  Par conséquent, on y vit que du feu.  Le simple fait que ce livre était rédigé par un homme personnellement impliqué dans l’affaire rendait le texte crédible.

Les hors-la-loi qui sont devenus célèbres de leur vivant – John Wesley Hardin, Emmett Dalton et Cole Younger – ont d’ailleurs écrit leur propre autobiographie, ce qui répondait à un certain besoin social.  Toutefois, le temps nous a démontré que ces livres sont loin d’être des œuvres de références étant donné leur manque flagrant d’objectivité.  Ces auteurs, personnellement impliqués dans les affaires dont ils traitent, avaient tous des intérêts non avoués à publier leur version des faits.  Les vantardises y font d’ailleurs légion.  Le fils même de Jesse James avouera librement avoir écrit son livre de 1899 afin de subvenir à ses besoins[1].

Malheureusement, Garrett implanta dans la mémoire collective de nombreuses erreurs ainsi que des incidents tout à fait fictifs.  S’il a véritablement connu le Kid vers 1879 ou 1880, rien ne prouve qu’il ait été son ami, comme plusieurs l’ont affirmé.  Ignorant pratiquement tout sur la vie du Kid avant son implication dans la guerre du comté de Lincoln, le shérif recyclé en auteur inventa certaines scènes afin de combler les manques qui, sans cela, n’auraient pas été satisfaisant pour les lecteurs, qui préfèrent évidemment acheter une biographie complète.  D’ailleurs, Garrett prouva sa méconnaissance des lieux et de certains personnages en commettant plusieurs erreurs d’orthographe.

On pourrait également se questionner sur les raisons qui l’ont poussé à publier un livre aussi rapidement, sans avoir fait de recherches sérieuses.  En fait, Garrett était devenu célèbre en une seule nuit pour avoir débarrassé le Nouveau-Mexique de son hors-la-loi le plus nuisible de l’époque et peut-être cherchait-il à surfer encore un peu plus loin sur cette vague de popularité, entre autres pour en tirer quelque profit.  Après tout, il n’a jamais touché les 500$ offert pour la récompense, faute de preuve sur l’identité de sa victime.

En dépit du fait que son livre ne connut pas le succès escompté, il demeure un document important pour étudier les origines de la légende car il a influencé la hiérarchie littéraire qui en a découlé.

Cette publication précipitée pourrait-elle, d’autre part, s’expliquer par un désir pressant de mettre une fin définitive à cette affaire?  Il me faudrait assurément un autre article pour justifier cette question, et surtout y répondre, car une rumeur persistante veut qu’au cours de la nuit du 14 au 15 juillet 1881 il n’ait pas abattu la bonne personne.  Si cela devait effectivement être le cas, Garrett aurait pu faire face à une accusation d’homicide.  La publication de sa version des faits effaçait-elle tout soupçon?  Ou du moins l’espérait-il?

Ash Upson.  C'est ce journaliste dépravé qui serait en réalité l'auteur du livre attribué à Garrett.
Ash Upson. C’est ce journaliste dépravé qui serait en réalité l’auteur du livre attribué à Garrett.

Tout le monde s’entend maintenant pour dire que Garrett ne maniait pas la plume suffisamment bien pour être le véritable auteur de ce livre et qu’en réalité l’homme derrière ces pages s’appelait Marshall Ashmun « Ash » Upson.  Upson demeure un personnage étrange qui n’a pas laissé une trace très importante dans l’Histoire.  On sait cependant qu’il a continué de hanter l’ombre de Garrett durant quelques années en errant en sa compagnie.  La théorie la plus intéressante pour expliquer cette fausse date de naissance attribuée à Billy (23 novembre 1859) s’inspirerait en fait de la sienne.  En effet, Upson était né un 23 novembre, mais d’une année antérieure.  Il s’est finalement éteint au Texas le 6 octobre 1894.

Ce livre de 1882 aurait évidemment dû s’en tenir aux faits, mais ce n’était pas le style de l’époque.  Par conséquent, c’est à cause de cette publication que les gens allaient croire longtemps que Billy the Kid avait vu le jour à New York le 23 novembre 1859, qu’il avait refroidi sa première victime à l’âge de 12 ans et qu’il avait finalement tué 21 hommes au cours de sa funeste carrière, c’est-à-dire un pour chaque année de sa propre vie.  Or, il n’y a pas la moindre parcelle de vérité dans ces trois affirmations.

Malheureusement pour Garrett, ou heureusement pour les fans du Kid, l’ancien shérif du Lincoln County ne connut pas une carrière très glorieuse par la suite.  Père absent et mari infidèle, il sera assassiné en 1908 dans des circonstances qui, plus d’un siècle plus tard, demeurent nébuleuses.

En 1926, le livre The Saga of Billy the Kid, signé par un certain Walter Noble Burns, apparaissait en kiosque.  Contrairement au flop de Garrett, survenu près de 45 ans plus tôt, l’ouvrage de Burns connut un énorme succès.

Comme de raison, on avait eu droit à quelques petites allusions dans des livres sans importance publiés entre 1882 et 1926.  En dépit d’un succès médiocre, ils ont pourtant contribué à amplifier la légende, qui se voyait également alimenté par le ouï-dire.

Pour sa part, Burns a pris la peine de visiter les régions du Nouveau-Mexique marquées par le passage de Billy the Kid, où il a rencontré des personnes qui avaient côtoyé le jeune hors-la-loi, telles que Paulita Maxwell, Susan McSween, Frank Coe, Sally Chisum et Yginio Salazar[2].  Malgré ces efforts apparents pour atteindre une rigueur historique, son livre reprenait les grandes lignes établies par Garrett.  Bref, au lieu de rédiger un document sérieux, il alimenta la légende sans aucun souci de l’impartialité.  Pourtant, il lui aurait suffit de quelques visites aux archives pour remettre en question certains faits apparemment établis.

Mais voilà!  Burns avouera lui-même que son livre n’était pas fidèle à la vérité.

Avec un tel succès littéraire, Burns s’intéressa ensuite à la saga entourant l’affaire de Tombstone, en Arizona, et il ira jusqu’à rencontrer le célèbre représentant de la loi Wyatt Earp pour lui promettre d’écrire un livre en hommage à son ami Doc Holliday.  Plutôt que de tenir sa promesse, il sortira un bouquin assez peu fiable à propos de l’ancien dentiste tuberculeux.

Grâce au nom du Kid, Burns put s’emplir les poches car il vendit les droits de son livre à la MGM, qui allait s’en servir pout réaliser plusieurs films, dont l’un des premiers mit en vedette Johnny Mack Brown dans le rôle de Billy.  Burns ne put cependant profiter très longtemps de ce succès.  Il s’éteignit en 1932, laissant à son tour une légende solide qui aurait besoin d’auteurs chevronnés pour la démaquiller, pour ne pas dire la démasquer.

Walter. N. Burns.  On croit que cette photo a été prise sur les lieux de la célèbre fusillade de O.K. Corral à Tombstone, Arizona.
Walter. N. Burns. On croit que cette photo a été prise sur les lieux de la célèbre fusillade de O.K. Corral à Tombstone, Arizona.

Malgré ses erreurs, le livre de Burns demeure un grand classique lorsqu’on souhaite étudier de plus près l’évolution de la légende.  En fait, les idées préconçues que certains entretiennent encore à propos du Kid prennent la plupart du temps leurs origines dans l’ouvrage de Burns.

Peut-être que la vie de Billy the Kid était vouée à la controverse dès le départ, en particulier lorsqu’on pense aux nombreuses histoires tordues entourant les plus grandes célébrités du Far West.  À les entendre, il faudrait croire que Calamity Jane a été l’épouse de Wild Bill Hickok; que tous les hors-la-loi étaient de gentils garçons; que Jesse James n’est pas mort en 1882; et quoi encore?

En 1934, Eugene Cunningham[3] publiait Triggernometry, un autre succès littéraire.  La préface de son livre était signée par le cow-boy et auteur Eugene Manlove Rhodes, dont la vie aurait été sauvée par le célèbre hors-la-loi Bill Doolin lors d’un concours de dressage de chevaux sauvages.  Cunningham lui-même s’était lié d’amitié avec William « Billy » Breakenridge, ancien adjoint du shérif corrompu John Behan de Tombstone, Arizona.  Ce volume était consacré aux gunfighters[4] ou, si vous préférez, aux as du revolver.  En fait, le titre même de son œuvre était un jeu de mots astucieux désignant l’art de manipuler le six-coups.  Chaque chapitre était consacré à une célébrité de l’Ouest tels que Bill Longley, John Wesley Hardin, Ben Thompson, Dallas Stoudenmire, Jim Gillet, Sam Bass, Butch Cassidy et quelques autres.  L’un de ces chapitres était justement consacré à Billy the Kid.

Sans avoir poussé ses recherches, puisqu’il s’intéressait d’abord aux talents de tireur des personnages sélectionnés pour son livre, Cunningham s’est questionné de façon honnête sur certaines aberrances qui, normalement, auraient dû sauter aux yeux des auteurs précédents.  Par exemple, il indiqua son refus de croire que le Kid avait tué 21 hommes.  Il semble d’ailleurs avoir été le premier à remettre ce détail en question.

En 1960, Ramon F. Adams[5] démontra une grande maturité d’auteur en publiant A Fitting Death for Billy the Kid, qui était une étude sur les principaux ouvrages publiés sur le sujet depuis 1881.  Ainsi, il fit ressortir des preuves et des témoignages parfois accablants qui démolirent certaines parties de la légende populaire, rendant par le fait même à la vérité historique ses lettres de noblesse.  Ce que l’historien ne peut prouver, il ne doit pas non plus l’inventer pour simplement répondre à un fantasme personnel ou public.  Cette objectivité avait été pratiquement inexistante depuis la sortie du livre de Garrett.  D’ailleurs, Adams nous étonne par sa découverte d’un nombre impressionnant de livres publiés par des inconnus qui ont prétendus avoir connu le Kid, et qui par conséquent ont été à l’origine d’innombrables invraisemblances.

Malgré cette quête de la vérité, Adams commit lui-même quelques petites erreurs, en plus de conclure trop hâtivement en classant un livre publié en 1955 sous la bannière des mensonges.  Ce livre, résultat du travail de l’avocat William V. Morrison et de l’historien C. L. Sonnichsen, a permis d’immortaliser les mémoires de William H. « Brushy Bill » Roberts, un vieil homme de 89 ans que Morrison rencontra pour la première fois en juin 1949.  Roberts lui avoua finalement être le véritable Billy the Kid.

Était-ce possible?  Le Kid avait-il échappé à sa propre mort?  Garrett avait-il menti ou s’était-il trompé?  L’Histoire pouvait-elle se tromper à ce point?

L'acteur Johnny Mack Brown a été l'un des premier à incarner le rôle de Billy the Kid au cinéma.
L’acteur Johnny Mack Brown a été l’un des premiers à incarner le rôle de Billy the Kid au cinéma.

Le livre de ces deux auteurs, intitulé Alias Billy the Kid, démontre pourtant une étonnante objectivité pour son époque.  On y présente les faits en lien avec les dires de Roberts, sans que ceux-ci ne soient jamais pris en défaut.  De tels propos auraient dû susciter un intérêt pour les historiens qui se disent objectifs, mais il semble qu’il y ait encore aujourd’hui un travail énorme à faire en ce sens.

Au cours des années 1990, alors que j’étais au summum de mes recherches initiales sur le Kid, j’ai été en contact avec des auteurs comme le juge Bobby E. Hefner et le Dr Jannay P. Valdez, qui sont tous deux à l’origine des livres Billy the Kid : killed in New Mexico died in Texas et aussi The Trial of Billy the Kid.  Dans ce dernier, Hefner relate le procès fictif qu’aurait pu subir Brushy Bill Roberts s’il ne s’était pas éteint d’une crise cardiaque le 27 décembre 1950.  Quant à celui de l’essayiste Valdez, quoique plus sérieux, ne connut pratiquement aucun succès, mais je suis probablement privilégié de posséder aujourd’hui un exemple autographié de leur ouvrage respectif.  À une certaine époque, Valdez s’est aussi occupé du musée consacré à Roberts situé à Hico, Texas.  Dans son livre, il a suscité des questions brillantes mais s’est montré parfois agressif face à certains autres auteurs lorsqu’il m’inondait de pamphlets (par courrier régulier à l’époque) au sujet du lancement de son livre.

À la même époque, deux autres livres qui garnissent maintenant ma collection personnelle faisaient aussi leur apparition.  Le premier, intitulé The return of the outlaw Billy the Kid, était le résultat du travail de W. C. Jameson, un autre auteur qui défendait la théorie de Brushy Bill Roberts.  Son enquête n’avait cependant pas été au fond des choses et il se passa bien d’utiliser une preuve que je lui avais transmise par la suite et qui corroborait l’une des affirmations de Roberts.

Le 6 juillet 1950, Brushy Bill Roberts posait devant ce qui devait être sa pierre tombale depuis 1881, à Fort Sumner, Nouveau-Mexique.
Le 6 juillet 1950, Brushy Bill Roberts posait devant ce qui devait être sa pierre tombale depuis 1881, à Fort Sumner, Nouveau-Mexique.

Le second, que je me suis procuré lors de mon passage dans le comté de Lincoln, Nouveau-Mexique, en août 1999 est celui de Frederick Nolan, The West of Billy the Kid.  Nolan a réalisé un travail rationnel et remarquable de reconstitution de toute la vie du Kid à partir d’archives qui, jusque-là, avaient été peu exploités par les auteurs.  Sa description des faits entourant la Guerre du Comté de Lincoln (Lincoln County War) est également fascinante.  Nolan n’a qu’un seul défaut : il refuse d’accorder la moindre importance à la version de Roberts.  Étrangement, sans trop le savoir, il apporte certains détails appuyant les affirmations du vieil homme.

Chaque année, il se publie encore quelques ouvrages sur le Kid, qui continue d’inspirer un je-ne-sais-trop-quoi aux nouvelles générations.  Il suffit d’un bon flair et d’une connaissance des ouvrages sérieux pour en écarter la plupart, à moins de vouloir s’abreuver de romans.  Toutefois, une chose est certaine : la controverse se poursuit.  Brushy Bill Roberts était-il véritablement celui qu’il prétendait être?

L’évolution littéraire accomplie depuis le navet de Garrett-Upson en 1882 a permis d’atteindre un meilleur respect de l’objectivité, ou du moins de classer les ouvrages mensongers sous la rubrique « romans ».  Cette objectivité n’est pas toujours parfaite.  Il ne faudrait pas oublier la motivation de certains auteurs qui commencent à noircir leurs premières pages blanches avec une idée déjà préconçue, sans compter cette part de responsabilité que détient le lecteur face à l’objectivité.

De nos jours, on peut dire que la légende a été grandement démystifiée, mais il reste encore du travail à faire.  Pour ne fournir qu’un dernier exemple, les historiens qui prétendent aujourd’hui que le véritable nom du Kid était McCarty auraient intérêt à revoir leurs règles d’éthique.  En 2010, je revenais d’ailleurs sur cette mauvaise interprétation des documents d’archives pour en arriver à ce nom dans l’article Les origines de Billy the Kid.

En août 1999, Eric Veillette posait devant la prétendue pierre tombale de Billy the Kid à Fort Sumner, N.-M., là où se tenait Brushy Bill Roberts 49 ans plus tôt.
En août 1999, Eric Veillette posait devant la prétendue pierre tombale de Billy the Kid à Fort Sumner, N.-M., là où se tenait Brushy Bill Roberts 49 ans plus tôt.

On comprend maintenant pourquoi, en 1950, Roberts n’avait pratiquement aucune chance de se faire entendre honnêtement, même si ses arguments étaient inébranlables.  On ne peut que s’étonner et même sourire devant l’ironie de la possibilité que le véritable Billy the Kid se démasquait lui-même devant un public qui refusa de le croire, tout cela parce qu’on croyait tout savoir.  Le mythe avait atteint une telle force que la vérité historique avait été mise de côté.  Bref, on ne voulait pas l’entendre.

En 2014, un auteur comme W. C. Jameson est l’un des rares contemporains aux États-Unis à laisser une place honnête aux propos de Roberts.  Et du côté nord de la frontière, je suis probablement le seul.  Reste à savoir ce qu’en penseront les lecteurs.


[2] Parfois son prénom a été épelé « Higinio ».

[3] Eugene Cunningham est né à Helena, Arkansas, le 29 novembre 1896.  De 1914 à 1919 il a servi dans la Navy sur les mers de l’Asie, du Pacifique et de l’Atlantique.  Il a commencé à écrire en 1914 dans des publications militaires et après sa sortie de l’armée en 1919 il a passé deux ans comme correspondant pour le Wide World Magazine en Amérique Centrale.  En 1921, il épousait Mary Caroline Emilstein.  Jusqu’en 1936 il fut chroniqueur littéraire pour le El Paso Times et ensuite pour le New Mexico Magazine de 1936 à 1942.  Il a publié son premier roman western, The Trail to Apacaz, en 1924.  Au cours des années 1930, il était considéré parmi les meilleurs écrivains de style western, jouant surtout sur la carte du bien et du mal.  L’un de ses romans les plus violents fut Riders of the Night en 1932, et Buckaroo en 1933.  Son livre qui a connu le plus de succès demeure Triggernometry, qui fut nommé en 1986 l’un des 36 meilleurs livres d’histoire de tous les temps par les écrivains western.  Cunningham s’est éteint à San Francisco le 18 octobre 1957.

[4] Malheureusement, le terme de gunfighter ne possède pas d’équivalent en français.  Il désigne des hommes qui se sont fait connaître par leurs faits d’armes, en particulier avec des revolvers.  Le terme de duelliste n’est pas assez large pour le traduire, d’autant plus qu’on ne classe pas uniquement les participants aux duels sous la bannière de gunfighter; on y retrouve également des hors-la-loi et certains représentants de l’ordre.

[5] Ramon Frederick Adams est né à Moscow, Texas, le 3 octobre 1889.  Il a commencé à enseigner le violon lorsqu’il était encore aux études.    C’est en Arkansas qu’il a épousé Allie Jarman avant de déménager à Chicago.  Quelques années plus tard il est retourné au Texas pour diriger le département de violon au Wichita Falls College of Music et dirigeait l’orchestre au Majestic Theater, après quoi il s’est installé dans le secteur de Dallas – Fort Worth.  Sa carrière musicale s’est brusquement terminée lorsqu’il s’est brisé un poignet en voulant démarrer une automobile Fort Model T.  En 1929, il a ouvert une petite boutique de friandises à Dallas avec son épouse et leur commerce a connu tellement de succès qu’il s’est transformé en centre commerciale qui a duré jusqu’en 1955.  Adams s’intéressait depuis longtemps au folklore western.  Il a imprimé son premier livre à tirage privé en 1919 sous le titre de « Poems of the Canadian West ».  Il a vendu sa première histoire au Western Story Magazine en 1923 et a publié « Cowboy Lingo » en 1936.  Ensuite, c’est une inondation de publications qui a suivi, essayant de respecter le langage utilisé sur la frontière et sa littérature.  En 1948, il a aussi écris la biographie du cow-boy artiste peintre Charles M. Russell.  Pour ses recherches, il a interrogé des old-timers, a consulté des collections publiques et privées, et a bâti sa propre bibliothèque d’ouvrages concernant l’Ouest.  Il est devenu un bibliographe expert et a développé une passion pour séparer le mythe de la réalité, ce qui ne l’a cependant pas empêché de commettre certaines erreurs et de tirer des conclusions trop hâtives.  Adams s’est éteint à l’âge de 86 ans à Dallas, Texas, le 29 avril 1976. (source : Edward Hake Phillips)

Le décès controversé de Billy the Kid

Le 6 juillet 1950, William H. « Brushy Bill » Roberts posait, à Fort Sumner, N.-M., devant ce qui devait être sa tombe depuis 1881.

Le 20 juillet 1881, le New York Times publiait un article rapporté de Las Vegas, Nouveau-Mexique, expliquant que « le jury du coroner sur le corps de « Billy the Kid » a rendu un verdict d’homicide justifiable, en plus d’affirmer que Pat Garrett a obtenu les mercis de toute la communauté pour avoir débarrassé le pays de tous les desperados.  Le « Kid » était un jeune imberbe de 21 ans et était né à New York.  Sa vantardise était qu’il a tué un homme pour chaque année de son âge, ce qui était probablement vrai.  Le Shérif Garrett a reçu la récompense de 500$ du Territoire [du Nouveau-Mexique] et 200$ seront recueillis pour lui par les gens qui se réjouissent. »

À première vue, rien ne pourrait ébranler ce fait historique diffusé par l’un des plus grands quotidiens de la planète.  Et pourtant!  Il se trouve bien peu de vérité dans cet article.  Depuis, aucune preuve d’une quelconque enquête du coroner n’a survécue.  On sait aussi que le Kid n’est pas né à New York, pas plus qu’il ne se soit vanté du nombre de ses victimes, et que Garrett n’a jamais touché la prime de 500$ par manque de preuve concernant l’identité de sa victime.

Le décès du jeune hors-la-loi reste aujourd’hui l’une des plus grandes controverses historiques américaines.  A-t-il été tué par le Shérif Pat Garrett au cours de la nuit du 14 au 15 juillet 1881 ou a-t-il plutôt succombé à une crise cardiaque le 27 décembre 1950 à l’âge de 90 ans?

L’Histoire peut-elle se tromper à ce point?

En fait, la question qui s’impose est sans doute de savoir qui a fait l’Histoire dans ce cas précis.  Par exemple, on sait qu’il a fallu beaucoup de temps pour que des auteurs sérieux s’y intéressent.  Les historiens ne seraient donc pas à blâmer, si ce n’est du fait qu’ils ont mis beaucoup de temps à se pencher sur l’affaire.  En raison de ce manque, on a donc eu droit à des livres qui étaient loin d’être académiques, comme celui de Garrett publié dès 1882.

En cavale

En décembre 1880, Pat Garrett, shérif du Comté de Lincoln, procéda à l’arrestation de Billy the Kid dans la région de Fort Sumner, là où ce dernier avait de nombreux amis.  Suite à un procès expéditif, qui n’a laissé pratiquement aucune trace dans les archives, on le condamna à être pendu le 13 mai dans le village de Lincoln pour le meurtre du Shérif Brady.  Or, le 28 avril, tandis que Garrett était absent pour acheter le bois destiné à la construction de la potence, le Kid s’évadait en un claquement de doigts, tuant les deux gardiens chargés de le surveiller.[1]

Ensuite, ce fut la cavale la plus totale et les rumeurs reprirent à son sujet.

Le berger Francisco « Frank » Lobato raconta plus tard que le Kid était venu le voir pour que ce dernier l’aide à se cacher dans son camp, ce qui corrobore parfaitement l’une des affirmations de Roberts.

Rendez-vous à Fort Sumner?

Garrett ne semblait pas croire que son fugitif ait été assez stupide pour retourner dans la région de Fort Sumner, expliquant que « c’était ma croyance que le Kid était resté dans le pays et se cachait dans la région de Fort Sumner », mais disant plus loin que « […] Ça semblait incroyable qu’il puisse encore traîner dans le Territoire [du Nouveau-Mexique] ».

Pour sa part, Roberts affirma avoir envoyé une note à Garrett pour l’inviter à venir régler ses comptes.

En juillet, Garrett décida d’y aller.  Qu’est-ce qui l’a soudainement persuadé?  La note que Roberts prétendait lui avoir envoyée?

En 1926, Walter N. Burns, un auteur à sensation, racontait dans son livre que George Graham, un ivrogne de White Oaks, aurait entendu Sam et Dan Dedrick tenir une conversation secrète.  Graham serait allé en informer John W. Poe, l’adjoint de Garrett, qui se trouvait alors à White Oaks pour lui dire que « Billy the Kid est à Fort Sumner! »

Est-ce Poe qui a informé Garrett?

Décidément, même ce détail reste à éclaircir.  D’un côté on a Garrett qui prétend être allé à Fort Sumner presque par instinct; puis on a Roberts qui prétend lui avoir envoyé une invitation; et finalement Poe qui parle d’un informateur.

Le beau-frère de Garrett

En 1880, Pat Garrett avait épousé Apolonaria Gutierrez, la sœur de Celsa Gutierrez.  Or, bien que le shérif ne mentionnait ni le nom de sa femme ni celui de sa belle-sœur, l’existence de Celsa réapparut dans le livre de Burns en 1926.  Et l’historien Frederick Nolan confirmait à nouveau son existence en 1998.

« Je connaissais Celsa et la femme de Pat, qui étaient les sœurs de Saval Gutierrez, bien avant que Pat arrive dans ce pays », affirmait Roberts en 1950.  « Celsa était l’une de mes amies de cœur quand j’étais à Fort Sumner.  […]  Elle voulait aller au Mexique avec moi, mais je ne voulais pas me marier avant que Garrett soit parti [mort?]. »

Si on en croit les propos de Roberts, c’est donc dire qu’au moment de sa cavale Billy était presque le beau-frère par alliance de l’homme chargé de le pourchasser.  Mais il n’était pas le premier à l’affirmer.  Un quart de siècle plus tôt, Burns écrivait clairement être au courant que Saval Gutierrez était le beau-frère de Garrett.

Il ne manquait donc qu’un mariage entre Billy et Celsa pour confirmer le tout.  Et dans cette dernière phrase de Roberts on comprend que le seul obstacle empêchant son mariage avec Celsa était justement la présence de Garrett.

Or, si les deux sœurs étaient toujours en communications à cette époque, est-il possible d’envisager que l’une ait informé la seconde?

C’est ce que prétendit Roberts en expliquant que Mme Garrett avait passé l’information par l’entremise de son frère Saval, chez qui le Kid se réfugiait fréquemment.

En approche de Fort Sumner

Finalement, Garrett se retrouva tout près du village de Fort Sumner au soir du 13 juillet 1881 en compagnie de ses deux adjoints, Thomas K. McKinney et John W. Poe, deux hommes qui ne connaissaient pas Billy the Kid, ni en personne ni sur photo.

Après un rendez-vous manqué avec un informateur, Garrett envoya Poe récolter des informations au cours de la journée du 14 juillet, mais sans succès.  Ce soir-là, donc, ils décidèrent d’entrer au village à travers un verger.  Garrett voulait tenter une dernière chance : interroger l’éleveur Pete Maxwell.

Dans son livre, publié plus de 30 ans plus tard, Poe affirmait plutôt que Garrett disait connaître une femme qui pourrait certainement les renseigner.  Il écrivait aussi qu’avec ses deux compagnons ils ont attendu dans le verger de 21h00 à 23h00 avant de pénétrer dans le village.

Là, observant des silhouettes à distance, alors que les voix sont à peine des murmures, dira Garrett, il reconnaît pourtant la silhouette du Kid.

Poe ne fit jamais mention de cette observation.

« Il faisait noir cette nuit-là », expliqua Roberts, « […] Moi, mon partenaire, Billy Barlow[2], et les filles nous sommes revenus au village et nous nous sommes arrêté chez Jesus Silva.  […]  La rumeur courait partout que Pat Garrett et une équipe étaient après moi.  La femme de Pat était la sœur de mon ami Saval Gutierrez, et Saval m’a dit que Pat était à mes trousses – il l’avait entendu de sa sœur.  […]  Nous avons caché nos chevaux dans l’étable et nous avons marché jusqu’à la porte de chez Jesus [Silva].  Barlow était nerveux d’être à Fort Sumner avec moi et je ne pouvais pas le blâmer beaucoup. »

De la viande, s’il vous plaît!

Selon Garrett, Billy s’était rendu chez un ami mexicain où il avait retiré son chapeau et ses bottes avant de s’allonger pour lire un journal, après quoi il aurait demandé à son ami de lui faire du café et de lui donner un couteau pour aller se trancher de la viande chez Maxwell.  Ensuite, « le Kid, sans chapeau et les pieds nus, est parti en direction de chez Maxwell, qui était à quelques pas de là ».

Burns, qui avait interrogé quelques personnes du coin avant de rédiger son livre, se permit de jouer sa carte de romancier en fournissant une description beaucoup plus détaillée, mais sans fondement, de ce qui s’était produit pour que le Kid prenne la décision de sortir imprudemment.

À ce moment-là, Garrett venait à peine d’entrer dans la chambre de Pete Maxwell, alors que ses deux adjoints montaient la garde dehors, près de la porte.

Roberts disait que son partenaire, Billy Barlow, avait bu et qu’il aurait insisté pour avoir de la viande.  Connaissant le danger, Billy the Kid aurait choisi de se contenter de ce qu’il y avait à l’intérieur.  Roberts affirmait donc que Silva avait informé Celsa que Garrett se trouvait dans les environs et que « vers minuit, les filles sont parties et j’ai commencé à le questionner à propos de Garrett ».

Mais Barlow n’en fit qu’à sa tête et sortit avec le couteau de boucherie à la main.  Il tenait absolument à manger de la viande.

Dans la chambre de Pete Maxwell

Pendant que Garrett s’approchait aveuglément du lit de Maxwell, Poe et McKinney, postés devant l’entrée, virent un jeune homme s’approcher d’eux et qu’ils crurent être le Kid.  Ce dernier, en les apercevant, aurait, toujours selon le livre de Garrett, dégainé un revolver en demandant en espagnol « quien es? » (qui est-ce?).

En principe, s’il s’agissait du Kid, c’est à ce moment qu’il aurait prit la fuite par prudence.  Au lieu de ça, la légende populaire, créée par Garrett, le fit entrer dans la chambre de Maxwell.  Garrett se trouvait alors à la tête du lit de Maxwell quand le Kid est entré.  Il faisait tellement noir que le shérif le reconnut seulement à sa voix, lorsqu’il répéta encore « quien es? ».  Garrett tira deux coups de feu, dont l’un toucha le jeune hors-la-loi en plein cœur.  Selon cette version, celle du shérif du comté de Lincoln, le corps s’est donc effondré définitivement à l’intérieur de la chambre.

Y a-t-il eu fusillade?

Qu’on s’entende ou non sur l’identité de la victime, c’est une chose.  Mais de Garrett à Burns, en passant par Poe et tous les autres auteurs qui s’en remettent à la version dite « officielle », comme celle de l’article du New York Times qui apparaît plus haut, tout le monde s’entend à propos de ces deux coups de feu.  Personne n’a jamais mentionné de fusillade.

Or, en 1950, Roberts vint bouleverser cette idée préconçue.  Après la sortie de Barlow, « j’ai regardé Jesus allumer un feu dans le poêle.  Je ne pensais plus à Barlow ou à quoi que ce soit d’autre, me reposant contre le mur de la cuisine.  Soudainement, il y a eu un coup de feu.  Je me suis redressé et me suis éloigné du mur.  Le coup provenait de chez Pete Maxwell.  J’ai sorti l’un de mes .44 et j’ai couru à travers la porte, essayant de voir dans le noir.  Deux autres coups de feu sont venus d’une ombre au côté de la maison de Maxwell.  Je n’ai pu trouver une cible sur laquelle tirer.  C’était trop sombre pour voir. »

Si on en croit Roberts, le premier coup de feu l’ayant sorti de sa léthargie fut celui décrit par Garrett pour abattre la sombre silhouette.  Mais Roberts mentionnait d’emblée deux autres tirs.  Est-ce donc dire que les trois hommes de loi ont menti ou alors est-ce l’erreur d’une mémoire vieille de 70 ans?

Roberts aurait effectivement pu se tromper sur le nombre de coups de feu, mais il alla encore plus loin.  Suivant son instinct, il fonça carrément sur la maison de Maxwell pour déclencher une fusillade, probablement pour tenter de sauver son partenaire.  D’ailleurs, un premier projectile l’atteignit à la mâchoire, mais il continua de courir tout en ripostant avec ses deux revolvers à mécanisme simple action[3].  En passant près de la maison, « du coin de l’œil, j’ai vu un corps gisant sur la galerie arrière.  Je savais que c’était Barlow. »

Ici, autre contradiction.  Selon Roberts, la victime ne s’était pas effondrée à l’intérieur de la chambre mais plutôt à l’extérieur, sur la « galerie arrière ».  La question qui peut alors se poser serait de savoir qu’est-ce Roberts avait à gagner en contredisant ainsi une légende bien établie depuis sept décennies?

Et la présence du corps à l’extérieur signifierait-elle l’implication de l’un des adjoints?  Après tout, McKinney aurait plus tard confié à l’un de ses proches être celui qui avait refroidi la victime cette nuit-là!

Le problème réside encore dans le fait que l’histoire ait été mal rapportée depuis le départ, car tous les historiens sérieux savent maintenant que les erreurs sont nombreuses dans le livre de Garrett.

Après juillet 1881, les rumeurs n’ont jamais cessé.  On a même procédé à des arrestations, croyant avoir à faire au Kid.  Mais ces rumeurs sont seulement à l’image d’un phénomène qui, semble-t-il, est vieux comme le monde.  On a, par exemple, douté de la mort de l’empereur Néron.  Plus récemment, on a vu le même phénomène avec Adolph Hitler, Elvis Presley et maintenant on semble parfois l’appliquer à Ben Laden.  Et quand verra-t-on une première affirmation concernant Michael Jackson?

On ne peut évidemment pas prendre ces quelques rumeurs au sérieux.  Faudra attendre 1950 avant que Roberts apporte des faits et des arguments plus solides.

La réponse de Garrett, une fois sortie de la chambre de Maxwell, est toute aussi étrange : « Je leur [mes adjoints] ai dit que je n’avais fait aucune bévue; que je connaissais trop bien la voix du Kid pour être dans l’erreur.  Le Kid leur était entièrement inconnu. »

Pourquoi parler de bévue?  Et pourquoi avoir choisi deux adjoints qui ne connaissaient pas l’homme recherché?  Garrett avait-il prévu quelque chose à l’avance ou alors rien ne fut prémédité?

Le cadavre

Garrett prétendait être retourné dans la chambre pour vérifier le corps, se permettant même de jouer au médecin légiste en affirmant que « la balle l’a frappé juste sous le cœur, et a dû couper à travers les ventricules ».

Autre invraisemblance, celle où Garrett écrivait que Poe lui aurait demandé combien de coups de feu il venait de tirer.  Pourtant, Poe se trouvait sur la galerie, à quelques pas seulement du lit de Maxwell.  Certes, il n’avait aucunement besoin de demander au shérif combien de coups de feu avaient été tirés.

Une victime désarmée?

L’un des détails les plus controversé de cette nuit-là est de savoir si la victime était armée ou non.     Cela aurait pour effet, bien sûr, d’expliquer le ton justificateur du livre de Garrett.  Pourtant, il prétendait que l’arme était « un double action, calibre .41 ».  Selon lui, on y retrouvait cinq cartouches et une douille vide.  Rien ne prouve cependant la présence de cette arme.

Par exemple, si l’arme confisquée sur le Kid lors de son arrestation en décembre 1880 est bien répertoriée comme étant un simple action de calibre .44, avec numéro de série compris, on n’a rien dans ce cas-ci.

Concernant la douille vide, il faut aussi préciser que, pour éviter un tir accidentel résultant d’un choc quelconque, plusieurs hommes n’inséraient que cinq cartouches dans leurs six-coups, laissant ainsi le marteau de la détente vis-à-vis une douille vide.  De plus, on connaît également la préférence du Kid pour les revolvers simple action de calibre .44.  D’ailleurs, à ce titre, Roberts en possédait toujours un de ce même type en 1950.

Des funérailles bidons?

 

            Toujours selon Garrett, le corps fut nettoyé et enterré le 15 juillet 1881 dans le cimetière de Fort Sumner.  À travers le temps, toutefois, des témoignages vinrent s’accumuler à l’effet que les funérailles furent expéditives, sans la moindre cérémonie et surtout sans que le cercueil ne fut ouvert.  Un journaliste itinérant aurait même vu le corps avant qu’on l’enferme entre quatre planches, notant la forte pilosité du visage du défunt.  Or, quelques mois seulement auparavant, un autre journaliste avait rencontré Billy the Kid en prison et nota clairement qu’il avait l’air d’un enfant avec son duvet au visage.

Celsa Gutierrez

Vers le milieu des années 1920, Walter N. Burns rôda quelque peu au Nouveau-Mexique afin de récolter quelques informations et rencontrer des gens qui avaient connu les protagonistes de cette affaire.  Bien que son livre publié en 1926 reprenait en grande partie la légende créée par Garrett, il avait fourni un certain effort documentaire, ce qui lui permit de rendre public le nom de Celsa Gutierrez.  Officiellement, il fut le premier à le faire.  Le peu de considération historique qu’on porte à son œuvre fit en sorte qu’on rejeta longtemps l’existence même de la jeune femme.

Or, Roberts la nomma clairement comme étant sa petite amie de l’époque.  De plus, il évita plusieurs pièges tendus par le livre de Burns.  Et ces faits furent confirmés une dizaine d’années plus tard avec le livre de Ramon F. Adams.

Bien sûr, Garrett ne pouvait pas admettre que sa belle-sœur fréquentait le fugitif qu’il était chargé de ramener en justice.  Qu’aurait-on pensé de lui si ce fait avait été publiquement révélé?

La version de Roberts

Bien que dénigrée par la plupart des historiens américains, qui manquent souvent d’objectivité, la version de Brushy Bill Roberts donne une explication valable, bien qu’invérifiable, de ce qui aurait pu se produire cette nuit-là.  Après avoir été blessé à la mâchoire, comme on l’a vu, il prétendait avoir couru dans le noir pour s’éloigner de l’arrière de la maison de Maxwell.  Il reçut alors une deuxième blessure à l’épaule et une troisième qui ricocha au sommet de son front, ce qui lui fit perdre conscience en plus de le faire basculer par-dessus une petite clôture en bois.

À son réveil, désorienté, il marcha vers la première lumière qu’il repéra, une porte ouverte où une mexicaine se tenait avec une lampe.  Cette dernière, qui ne fut malheureusement jamais identifiée, l’accueillit et le prit en charge.  Roberts affirma avoir perdu conscience une nouvelle fois à l’intérieur de la maison.  Ensuite, cependant, la belle Celsa se retrouva auprès de lui.  Nerveux, le Kid lui aurait demandé de recharger ses armes, ce à quoi Celsa se mit à rire en expliquant que Garrett et ses deux adjoints se tairaient chez Maxwell en raison de l’hostilité des villageois.  N’oublions pas que la majorité des habitants du secteur de Fort Sumner étaient des amis du Kid.  De plus, Celsa lui expliqua que Garrett affirmait que le cadavre de Barlow était le sien.

Encore sous le choc et avec un bandage autour de la tête, c’est vers 3h00 de la nuit que le Kid, accompagné de Frank Lobato, se glissa en douce hors du village pour ne plus jamais y remettre les pieds, du moins pas avant juillet 1950, lorsque Roberts revint visiter les lieux avec son avocat William V. Morrison.  Les deux hommes effectuaient alors des recherches dans le but d’amasser des preuves historiques afin d’obtenir le pardon que le Gouverneur Lew Wallace avait promis à Billy the Kid en 1879.

Controverse historique

Évidemment, faire une sortie publique avec une affirmation aussi lourde de sens ne peut qu’attirer la controverse, comme ce fut le cas en 1950.  Bien sûr, ce n’est pas dans un aussi bref article qu’on pourra éclaircir tous les détails de cette affaire, car ils sont nombreux.  Mais retenons tout de même qu’en dépit de quelques trous de mémoires et de légères imperfections, Roberts a révélé des choses étonnantes qui souvent laissaient croire que seul un homme personnellement impliqué dans toutes ces affaires pouvaient savoir.  Or, le seul homme pouvant être impliqué à la fois dans toutes ces affaires était Billy the Kid lui-même.

Retenons également, en guise de conclusion, un phénomène important d’historisation concernant particulièrement les personnages célèbres du Far West.  Vers la fin du 19ème siècle, ces hommes étaient considérés comme des rustres boudés par les auteurs sérieux.  Les premiers à écrire sur eux étaient souvent des auteurs dont le seul but était la sensation et le nombre d’exemplaires vendus.  Dans le cas de Jesse James, par exemple, plus médiatisé que le Kid, un mystérieux auteur du nom de Frank Triplett a clairement agit en fonction de ces objectifs, avec un souci médiocre de l’Histoire.

Le problème, donc, c’est que la population a d’abord appris à assimiler ces histoires à la manière déformée de ces premiers auteurs souvent dépourvus de toute forme d’objectivité.

Par exemple, si on avait fait preuve d’un esprit ouvert lorsque Roberts s’est présenté devant le Gouverneur Mabry du Nouveau-Mexique le 29 novembre 1950 dans le but d’obtenir son pardon, on aurait peut-être pas conclu à un verdict en sa faveur, mais il y aurait au moins eu une certaine forme d’écoute.  Au lieu de ça, des descendants de Garrett et autres personnages, qui n’avaient pourtant aucune notion d’histoire, ont bombardé le vieil homme de questions idiotes, provoquant un harcèlement qui lui causa un premier malaise cardiaque.

Se sentant détruis par cette rencontre, Roberts rentra chez lui déçu et complètement démoralisé.  Il succomba à une violente crise cardiaque moins d’un mois plus tard, alors qu’il se rendait poster un paquet pour sa femme.

Bibliographie :

–          Adams, Ramon F.  A Fitting Death for Billy the Kid.  Norman, University of Oklahoma Press, 1960.

–          Burns, Walter Noble.  The Saga of Billy the Kid.  New York, Grosset & Dunlap, 1926.

–          Garrett, Patrick Floyd Jarvis.  The Authentic Life of Billy the Kid.  Santa Fe, New Mexican printing and publishing Co., 1882.  110 p.

–          Jameson, W.C.  The Return of the Outlaw Billy the Kid.  Plano, Republic of Texas Press, 1998.  256 p.

–          Sonnichsen, Charles L. et William V. Morrison.  Alias Billy the Kid.  Albuquerque, University of New Mexico, 1955.  136 p.

–          Nolan, Frederick.  The West of Billy the Kid.  Norman, University of Oklahoma Press, 1998.  350 p.


[1] Les spéculations furent nombreuses, mais personne ne savait exactement comment le Kid s’y était pris pour s’évader alors qu’il était menotté aux poignets et aux chevilles, en plus d’un verrou le reliant au plancher.  En moins de quelques secondes, il avait refroidi les deux gardiens lourdement armés et s’éloignait de Lincoln sur un cheval volé en sifflotant.  Pour mieux savoir ce qui s’était produit à l’intérieur, il fallut attendre les explications de Roberts en 1950.

[2] Roberts a expliqué à son avocat Morrison en d’autres occasions que Barlow était à moitié Mexicain et qu’il travaillait alors pour Pete Maxwell.  Auparavant, ils avaient apparemment travaillé ensemble près de Muleshoe, Texas.  Roberts ne pensait pas que Barlow était son vrai nom et qu’il était à peine plus jeune que lui et environ du même gabarit.  Roberts a aussi dit que Barlow buvait beaucoup et qu’il était ivre au soir du 14 juillet 1881.  Durant la rencontre qu’il a eue avec le Gouverneur Mabry, le 29 novembre 1950, Roberts a confié que Barlow était peut-être relié à la famille Clements du Texas, à laquelle était aussi apparenté le célèbre tueur John Wesley Hardin.

[3] Le mécanisme simple action implique une seule façon de faire la mise à feu sur un revolver, c’est-à-dire de tirer le marteau de l’arme à chaque coups avant d’appuyer sur la détente.  On ne pouvait donc pas tirer de façon semi-automatique en se servant uniquement de la détente.  Cette dernière façon de faire est venue avec l’invention du mécanisme double action, majoritairement répandu de nos jours sur les armes de poing.