Léopold Guérin, le livreur de lait

            C’est en raison de son courage et de sa persévérance que Léopold Guérin a pu travailler durant 41 ans à Cap-de-la-Madeleine dans un métier aujourd’hui disparu : celui de livreur de lait à traction animale.

En 1927, Guérin se portait acquéreur de sa toute première ronde de lait pour la Laiterie Royale, établie rue Royale à Trois-Rivières. Après deux ans, il offrit ses services aux frères Simard de Cap-de-la-Madeleine avant de se retrouver livreur pour la Crèmerie Union.

À ses débuts, il utilisait sa voiture à lait, tirée par un cheval, sept jours par semaine. Bien sûr, il faut comprendre que ses clients ne possédaient pas de réfrigérateur et que le métier de laitier était très apprécié. Sans lui, les familles de son secteur n’avaient pas accès à leur lait frais chaque matin, ce qui leur permettait de bien commencer la journée.

En 1954, la livraison de lait le dimanche matin fut abandonnée, de même que celle du mercredi à partir de 1959. Après déjà plus de 30 ans dans le métier, cette nouvelle tendance permit à Léopold de jouir de deux jours de vacances par semaine. Or, depuis 1927, il n’avait jamais pris une seule semaine de congé.

C’est en grandissant sur la ferme de son père que Guérin avait appris à s’occuper des chevaux et à travailler en leur compagnie. Selon lui, rien ne pouvait remplacer ce précieux compagnon de labeur. Il ne s’est jamais ennuyé de sa ronde de lait, d’autant plus que le cheval en venait rapidement à adopter l’habitude de connaître le trajet par cœur, au point de s’arrêter devant les maisons des clients réguliers sans que Léopold ait à intervenir. Cet avantage s’est ensuite perdu avec l’utilisation des camions. Évidemment, ceux-ci, contrairement aux chevaux, ne s’arrêtaient pas ni de redémarraient tous seuls pendant les trajets.

Au cours de sa longue carrière, Léopold aura utilisé une quinzaine de chevaux. Celui qu’il aura conservé le plus longtemps, et qui a sans doute gardé une place particulière dans son souvenir, l’a accompagné durant « huit belles années. » Guérin dira qu’il s’agissait du cheval le plus intelligent à avoir vécu dans son écurie.

Vers la fin de sa vie, Guérin se rappelait que parmi les voitures utilisées au cours de sa carrière, celles-ci ne bénéficiaient pas toutes du confort que lui a offert la dernière en service. En effet, celle-ci était complètement recouverte en plus de contenir un petit poêle permettant de chauffer le véhicule lorsque la température se faisait plus difficile.

C’est probablement avec un sourire que l’on constate aujourd’hui le fait que Léopold Guérin a œuvré dans la distribution de lait alors qu’il en coûtait 0.09$ pour une pinte, ou alors 0.25$ pour une livre de beurre. Quant à la crème fouettée, elle revenait à 0.35$ la chopine.

De plus, sur une période de 41 ans, Guérin a pu constater à quel point la forme des bouteilles de lait a changé. Il admit que les bouteilles modernes étaient plus pratiques.

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Le Sergent Reckless, une héroïne pas comme les autres

Le Soldat Reckless sur le champ de bataille, en Corée, 1953.

C’est en octobre 1952 que le propriétaire de la jument nommée Flame of the Morning, un sud coréen, vendit son animal afin de payer une jambe artificielle à sa sœur.  Peu de temps après, sur une piste de course de Séoul, la jument à l’œil vif attira l’attention d’un lieutenant de la Marine américaine qui recherchait alors un cheval de confiance pour manipuler les munitions d’un canon anti-char de 75mm que les militaires surnommaient reckless (téméraire).  Flame of the Morning fut donc rebaptisée Reckless par ses nouveaux camarades.  Officiellement, elle devint le Soldat Reckless.

Fonceuse et intelligente, la conduite de Reckless fut exemplaire.  Elle s’intégra si bien à l’unité d’artillerie que lors des nuits froides de Corée elle se réchauffait avec les hommes sous les tentes; près du poêle.  On disait qu’elle avait une impressionnante capacité d’adaptation.  Elle levait le nez sur un bloc de sel conventionnel mais aimait le sel sur ses œufs brouillés, dévorait des barres de chocolat et même les sandwichs au beurre d’arachide.  Occasionnellement, elle sirotait un café, un cola, de la bière et même du whiskey.  Tel fut son seul entraînement militaire; après quoi on l’a fit monter dans une remorque pour la conduire jusqu’au front.

Sellée et chargée de six obus de 24 livres chacun, c’est ainsi que le Soldat Reckless eut son baptême du feu.  Après s’être cabrée sous les premiers tirs, un jeune soldat se chargea de la calmer.  Elle ne donna apparemment plus jamais un seul signe de panique au cœur de l’action.

En février 1953, lors de la prise de la colline de Detroit, Reckless se déplaça calmement de position en position, transportant six obus à la fois.  Sous un feu intense, elle compléta 24 voyages du genre; un parcours estimé à 20 miles (32km) en une journée, transportant ainsi 3,500 livres (1,600kg) de munitions.

Lors des accalmies, Reckless transportait les rations, les équipements de nuit, les grenades et les munitions pour armes légères.  Elle servait aussi à dérouler les fils de fer utilisés dans les communications entre les différentes équipes de combat.

Elle joua un rôle très important lors de la capture de Vegas Hill en mars 1953.  Après son 21ème voyage en terrain montagneux elle eut droit à une courte pause, sans plus.  Lors de ces missions, elle n’était pas toujours accompagnée, accomplissant ainsi son travail d’instinct.  La réalité des combats lui infligea deux éclats de projectile au-dessus d’un œil et un autre dans son flanc gauche, mais en dépit des ces blessures elle poursuivit courageusement son travail.

Au cours de l’après-midi, sa charge fut réduite de 8 à 6 obus, et un soldat lui offrit du grain et de l’eau, en plus d’une barre de chocolat.

À la tombée de la nuit le Soldat Reckless avait courageusement complété 51 trajets, parcouru environ 35 miles (56km), transporté un total de 9,000 livres (4,000kg) de munitions.

Elle travailla durant deux autres jours avant que les Américains remportent la bataille de Vegas Hill.  L’exploit de Reckless lui valut le respect et l’admiration de toute la 1ère Division de la Marine.

Une fois la guerre de Corée terminée, on se questionna à savoir ce qu’on allait faire de la courageuse jument car il n’existait aucun fonds militaires pour le transport des chevaux jusqu’aux Etats-Unis.  Allait-on l’abandonner en Corée après tous ses états de service?

Bien sûr que non!

Une compagnie maritime offrit alors de la transporter gratuitement.  La belle Reckless se retrouva donc en route vers le pays qu’elle avait si durement défendu sans y avoir mis les … sabots.

C’est au matin du 10 novembre 1954 que Reckless foula le sol américain, plus précisément à San Francisco, Californie.  Les citoyens lui réservèrent un accueil chaleureux, si bien que l’héroïne attira plus de journalistes que le vice-président des États-Unis, Richard Nixon, ne l’avait fait une semaine plus tôt.

Le soir même de son arrivée, Reckless prit l’ascenseur d’un grand hôtel pour aller assister à une réception donnée en son honneur, et elle s’installa poliment au bout de la table.

C’est au Camp Pendleton, en Californie, qu’on l’installa de façon permanente.  Elle continua cependant son travail promotionnel pour l’armée durant quelques années.

Le 31 août 1959, elle reçut le titre honorifique de Sergent pour son courage et l’année suivante elle prit sa retraite avec tous les honneurs militaires.  En guise de récompense, on lui attribua la permission de conserver ses quartiers à l’écurie de la base militaire pour le reste de ses jours, en plus de mériter une foule de médailles dont la Citation de l’Unité Présidentielle et la Médaille de la Défense Nationale.

Le Sergent Reckless s’éteignit en 1968, alors qu’on estimait son âge à 19 ou 20 ans.  Elle fut euthanasiée à la suite d’une blessure sérieuse.  Malheureusement, son nom commença dès lors à sombrer dans l’oubli, mais certaines personnes continuèrent de raviver le souvenir de ses exploits.

Le 10 novembre 1989, en l’honneur du 214ème anniversaire des Marines, la première course sur la piste Aqueduct de New York fut dédiée à la mémoire de la courageuse jument bai.

Depuis, on lui a consacré un site internet[1] et un groupe facebook.  On retrouve également un intéressant petit documentaire sur Youtube : http://www.youtube.com/watch?v=YIo3ZfA9da0

Cowboy ou cow-boy?

Trois membres présumés des Cowboys, groupe criminel organisé dans l’Ouest.

Y a-t-il au moins une différence entre ces deux mots?

Littéralement, elle se situe dans le fait qu’en français on introduit le trait d’union. Historiquement, la différence est beaucoup plus grande.

De nos jours, le cow-boy a le dos large car son stéréotype englobe plusieurs catégories, donnant parfois l’impression de servir de fourre-tout culturel. Par exemple, il suffit de penser aux cow-boys de compétition; aux cow-boys de randonnée; aux cow-boys de planchers de danse; et aux cow-boys du dimanche qui retombent en enfance le temps d’un festival ou de tout autre événement particulier; sans compter les images littéraire, cinématographiques et autres. À l’époque de la Conquête de l’Ouest, là où tout a commencé, ce mot désignait une seule chose : un métier éreintant et mal rémunéré.

C’est à la fin de la Guerre de Sécession, en 1865, que le métier prend vraiment son envol. On retrouvait alors des quantités phénoménales de vaches longhorn au Texas à l’état sauvage. Plusieurs jeunes sudistes ayant tout perdu durant la guerre – et gardons en mémoire que la majorité des combats se sont déroulé en sol sudiste, là où les ravages furent aussi les plus grands – s’improvisèrent cow-boy afin de survivre. En un claquement de doigt, on venait de créer un métier qui allait passer à l’histoire. Mais un métier qui allait surtout profiter aux éleveurs. Et c’est ainsi que se formèrent les premiers empires texans! À cette époque on les désignait surtout comme « cowhand » ou « vaquero », pour reprendre l’influence espagnole. Il est difficile, voire même impossible, de donner une date précise quant au moment où l’utilisation du mot « cowboy » a supplanté les autres. En langue française, on retrouve l’équivalent de vacher, mais la majorité préfère encore utiliser le terme américain.

Ce qu’on sait, en revanche, c’est que l’expression n’était pas très populaire au cours des décennies 1860 et 1870 car c’est là que les jeunes hommes oeuvrant dans le domaine commencèrent à se faire connaître par leurs frasques. Ceux-ci partaient du Texas pour escorter un troupeau en direction des villes à bétail, qui se situaient dans le nord, au Kansas, là où le chemin de fer pouvait ensuite acheminer les animaux vers les abattoirs de l’est. Ces convois duraient souvent quelques semaines; une période durant laquelle les patrons interdisaient l’alcool et où les heures de travail, combinées aux intempéries, n’avaient rien pour agrémenter la randonnée. Après tout ce temps sans avoir pu toucher la peau d’une femme, les cow-boys se laissaient donc aller à leurs envies les plus primaires dès leur arrivée dans les villes à bétail, se créant ainsi une réputation de fêtards, de buveurs, de joueurs et de coureurs de jupons. Bref, l’image parfaite du bad boy!

Vers la fin des années 1870, alors que le mot « cowboy » commençait à peine à se répandre, les Rustlers firent leur apparition en mettant sur pied un réseau de vol de bétail et de chevaux. En peu de temps, le phénomène se déplaça dans le sud de l’Arizona où ces bandits se faisaient eux-mêmes appeler Cowboys, avec un « c » majuscule. En plus de se spécialiser dans ces deux derniers domaines, ils ajoutèrent aussi à leur passe-temps l’attaque de diligence et le meurtre. En 1881, certaines rumeurs estimaient leur nombre jusqu’à 200. Leur existence est prouvée dans les archives et à certains endroits les autorités tentent d’identifier certains des membres de cette organisation criminelle toute américaine, formée bien avant la mafia italienne. Impossible de tous les identifier, mais on se souvient de plusieurs d’entre eux comme les frères Clanton et McLaury, Curly Bill Brocius et Johnny Ringo. Tous sont encore reconnus comme des acteurs importants de la saga historique de Tombstone, en Arizona.

John Selman en aurait également fait partie, traversant avec sa bande le Comté de Lincoln, au Nouveau-Mexique, au cours de l’été de 1878.  Pour leur part, ils ajoutèrent le viol à leur longue liste de méfaits. Difficile de mesurer leur impact criminelle, mais l’existence des Cowboys aurait été si marquante que durant plusieurs années le terme cow-boy fut synonyme de criminalité. Graduellement, l’aspect négatif rattaché au mot s’estompa, en partie grâce aux spectacles de Buffalo Bill Cody, dont l’intention était de montrer aux citadins du monde entier les divers métiers pratiqués dans l’Ouest américain.

Malheureusement, tous ce qui avait fait du cow-boy ce qu’il était s’estompa lui aussi rapidement. L’apparition du barbelé, l’évolution rapide du réseau ferroviaire et de nombreux autres facteurs firent en sorte que les cow-boys redevinrent ce qu’ils étaient : c’est-à-dire des ouvriers agricoles confinés sur des ranchs. Le phénomène dura donc à peine plus d’une génération, se diluant ensuite en divers courants. La différence entre les deux mots est peut-être subtile, mais elle est bien réelle! L’une traduisant une bande de criminels depuis longtemps disparue, tandis que la dernière désigne un métier qui, lui aussi, semble avoir disparu, ou du moins qui se pratique bien loin des méthodes originelles qui l’ont rendu si légendaire.