L’écurie de Georges Brûlé

L’écurie de M. Brûlé, au Cap-de-la-Madeleine.

Vers 1920, c’est à Cap-de-la-Madeleine, plus précisément sur la rue Thibeau, que Georges Brûlé a construit une maison pour sa famille ainsi qu’une écurie pour y loger ses animaux. À cette époque, entre les rues Fusey et Degrandmont, on ne comptait que trois habitations. On présume que l’écurie fut érigée rapidement puisque le 6 juin 1920, le premier enfant de la famille, Lionel Brûlé, est né à l’intérieur du bâtiment neuf.

Sa fille, Liette Brûlé, habitait toujours la maison en 2002, au moment de ma recherche sur le sujet et dont une partie devait être publiée dans le livre qui souligna les 350 ans de la municipalité.[1]

Georges Brûlé était natif de Saint-Maurice. Il était marié à Maria Beaudoin, qui lui donna onze enfants, six filles et cinq garçons. Georges travaillait comme journalier à la Wabasso, du côté de Trois-Rivières. Pour sa part, Maria portait le titre de ménagère, ce qui signifiait qu’elle devait « savoir tout faire », y compris s’occuper de l’éducation des enfants.

La première fonction de l’écurie Brûlé fut d’abriter des vaches et des poules, essentiellement pour nourrir la famille. Au sommet du bâtiment, on retrouvait une grande porte servant à entrer le « foin lousse ».[2] Celui-ci était livré par de grosses voitures et déchargé par des hommes armés de fourches.

De 1935 à 1950 environ, l’écurie de monsieur Brûlé a connu une autre vie, celle de garder des chevaux en pension. Ceux-ci étaient logés et nourris pour la somme de 0.25$ par jour. Il arrivait également que Georges accepte l’échange de certains services. Les hommes qui laissaient leur monture en pension partaient ensuite travailler à Trois-Rivières, que ce soit à pied ou en autobus. À la fin de leur journée de labeur, ils récupéraient leur cheval et rentraient à la maison.

L’écurie existe toujours, bien qu’elle n’abrite plus de chevaux.

Toile réalisée par Thérèse Toutant basée sur l’écurie de Georges Brûlé. Cette toile à l’huile a été remise à un membre de la famille Brûlé.

[1] François De Lagrave, Cap-de-la-Madeleine 1651-2001, Une ville d’une singulière destinée ([Trois-Rivières]: Les Éditions du 350e anniversaire, 2002).

[2] Foin qui n’est pas pressé, ni en balle carré ni en balle ronde.

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Saint-Tite, une mentalité désuète?

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Gravure du 19e siècle paru dans L’Opinion Publique.

         Dernièrement, le débat sur l’utilisation questionnable des chevaux, que ce soit dans les rues du Vieux Québec ou du Vieux Montréal, ou dans les rodéos, est revenu à la surface.  Devant l’image d’un cheval mort étendu sur le bitume, difficile de ne pas réagir.

         Normalement, je commente assez peu l’actualité – phénomène trop éphémère et rarement approfondie – mais lorsque René Nolet, directeur général de Tourisme Maurice, a lancé devant les caméras il y a plusieurs jours que les montréalais ne connaissaient rien au traitement des chevaux de rodéo, faisant suite aux critiques concernant la mort d’un cheval survenue lors d’un événement organisé par les promoteurs du Festival Western de Saint-Tite en sol montréalais, une question m’est aussitôt venue à l’esprit.  Qu’est-ce que Nolet connait de plus que les Montréalais à propos des rodéos?

           Quand on pense aux sommes en jeux dans un festival aussi rentable que celui de Saint-Tite, difficile de voir dans un tel commentaire une objectivité exemplaire.  Encore une fois, un regard historique peut sans doute nous apporter quelques questions.

         Certains le savent, avant de fonder mon blogue Historiquement Logique, j’ai étudié durant une vingtaine d’années l’histoire de la Conquête de l’ouest américaine.  Cela ne fait pas de moi un expert à l’abri des erreurs, mais disons que je sais depuis longtemps que le Far West ne fut pas aussi romantique qu’on le dépeint dans les films.

         Est-ce que André Nolet a eu raison de traiter les montréalais d’ignares?

Si je n’ai pas de réponse définitive à cette question, je vous invite à revenir à ce dicton : dans le doute, il est préférable de s’abstenir.

Je m’explique.

Supposons un instant qu’on vous présente une pilule miracle en vous disant qu’elle peut vous nourrir pour une nuit mais, d’autre part, qu’elle risque de vous tuer.  Or, dans le doute on s’abstient.  Il devrait en aller de même lorsqu’on tente de prêter nos émotions humaines aux animaux.  D’après ce que nous en savons, personne n’a encore pu se glisser dans le cerveau d’un cheval, ni parler son langage pour lui demander son avis quant aux travaux qu’on leur demande dans les quartiers historiques ou dans les arènes de spectacles.  Dans le doute de savoir ce que ressentent véritablement ces chevaux, ne devrait-on pas s’abstenir?  C’est-à-dire prendre d’abord pour acquis que ces démonstrations mercantiles ne sont pas pour eux?  Après tout, un excès de soins attentionnés n’a jamais fait de tort à personne.

Historiquement parlant, il faudrait aussi rappeler à André Nolet que les rodéos sont nés à la fin d’une époque révolue et au cours de laquelle le dressage des chevaux laissait sérieusement à désirer.  Pour les « casser » on les frappait et on les attachait jusqu’à épuisement.  Les chevaux destinés à tirer les diligences avaient une espérance de vie d’environ 4 ans.  On était loin des méthodes douces de Monty Roberts et de ces autres dresseurs qui « murmurent à l’oreille des chevaux ».

         Si les rodéos s’inspirent de méthodes de dressage ou de compétition arriérés, alors pourquoi continuer d’en faire des spectacles?  Pourquoi, surtout, les spectateurs paient-ils pour assister à ces démonstrations archaïques?

Mea culpa, j’ai moi-même assisté à des rodéos à l’époque de mon « trip » western.  En fait, sur les trois ou quatre rodéos auxquels j’ai assisté, j’ai vu mourir un cheval et un taureau.  Pas étonnant que le commentaire de Denis Coderre, qui affirmait que le décès d’un seul cheval par tranche de 50 ans était une chose tout à fait normale, me fasse sourire.

Alors donc, oui, il faudrait donner raison à Nolet : le shérif de Montréal n’y connaît rien.

Toujours sous l’aspect historique de la chose, je ne peux m’empêcher de souligner qu’en plus de n’avoir aucun passé historique en matière de Far West, la Ville de Saint-Tite a fait sa renommée en reconstituant ces spectacles d’une autre époque.  Quand on y pense, ça semble ridicule.  À l’inverse, que penserait-on par exemple du festival de la galette à Bagdad ou du sucre d’érable à Dubaï?

  Une reconstitution fort réaliste puisque les rodéos n’ont pratiquement pas évolué depuis plus d’un siècle.  Les blessures sont réelles et les décès aussi.  Et je ne parle pas ici des cow-boys.

Mais alors, pourquoi ne pas faire des reconstitutions réalistes pour les amateurs de Moyen Âge?  Pourquoi ne pas refaire des combats de chevaliers avec de véritables épées plutôt que de passer pour tes enfants avec leurs glaives en styromousse ?  Si on doit présenter des reconstitutions réalistes comme les rodéos pour attirer les foules, alors pourquoi ne pas rétablir les combats de gladiateurs?

Parce que ce serait dangereux?  Selon cette logique, faudrait-il comprendre que ce n’est pas si grave d’organiser une reconstitution de rodéo parce qu’elle est surtout dangereuse pour les animaux?

 Évidemment, on peut nous servir l’argument selon lequel les cow-boys prennent aussi des risques, c’est-à-dire que l’humain accepte sa part de danger.  Mais lui, lorsqu’il est blessé, il a droit à une ambulance, des traitements pour sauver ses fractures, de la physio, etc.  Le cheval, quant à lui, sera euthanasié dès la première fracture.  Chow bye, mon cher!  Merci pour tes services et demain on t’aura oublié!

King P-234

King P-234 01Tous ceux qui ont eu la chance de le voir de leur propres yeux ont tous souhaités la même chose : le posséder.  Pourtant, personne ne réalisait à l’époque qu’il allait devenir l’une des pierres angulaires de l’industrie du Quarter Horse.

Le cheval nommé King a vu le jour le 25 juin 1932.  Son père, le fameux étalon Zantanon, appartenait à Manuel B. Volpe.  Zantanon était aussi bien connu au Mexique qu’aux États-Unis.  Lorsqu’il se trouvait du côté mexicain de la frontière, il distançait tous les autres chevaux malgré le fait qu’il était mal nourri.  On rapporte même certains actes de cruauté commis à son égard.  Et pourtant, il courait.

Cet étalon courageux a finalement été remarqué par Volpe alors qu’il était âgé de 14 ans et Volpe déboursa 500$ pour s’en porter acquéreur.

Sur le ranch de Volpe, situé près de Laredo, au Texas, Zantanon retrouva progressivement sa santé et commença alors à se reproduire.  Ainsi, la jument Jabalina donna naissance à un rejeton en juin 1932, que Volpe baptisa d’abord Buttons.  Peu de temps après, cependant, Volpe vendit le poulain à son voisin de Laredo, Charles Alexander, pour la somme de 150$.

Buttons passa ensuite aux mains de Byrne James, un joueur de baseball professionnel qui possédait un ranch sur lequel il manipulait le bétail lorsque son équipe ne jouait pas.  James et sa femme devinrent très attachés au jeune cheval, qu’ils rebaptisèrent King.  Plus tard, lorsqu’il obtint son numéro d’enregistrement P-234 de l’American Quarter Horse Association (AQHA), il entra dans la légende sous le nom de King P-234.

À maturité, King mesurait 15 mains au garrot et pesait entre 1,150 et 1,200 livres (544 kg).  Comme de raison, lorsque James jouait avec les Giants de New York, il n’avait pas l’occasion de passer beaucoup de temps avec son cheval favori.  En 1936, il loua donc King à Winn Dubose, un rancher établi dans la région d’Uvalde, Texas.  Dubose se rendit compte tout de suite à quel point ce cheval possédait l’instinct de travailler avec le bétail.  Pour un étalon, il était incroyablement docile et calme.  Finalement, Dubose acheta King pour 500$ et il commença à vendre des saillies à 10$ l’unité.  À cette époque, puisque l’AQHA n’était pas encore fondée, il demeure donc impossible de retracer toutes ces juments qu’il a fréquentées et d’établir ainsi un arbre généalogique fiable.

La même année, les frères Hankins entrèrent dans le décor.  Ceux-ci élevaient aussi bien du bétail que des chevaux et ils avaient l’œil pour reconnaître un animal raffiné.  Lorsqu’il se rendit chez Dubose pour admirer le cheval en question, Jess Hankins raconta plus tard que « Avant même que nous descendions du camion, je savais que j’avais trouvé le bon étalon pour ma jument et je savais aussi qu’un jour je posséderais cet étalon ».

King P-234 et Jess Hankins
King P-234 en compagnie de son dernier propriétaire, Jess Hankins.

Dubose refusa d’abord de vendre King, mais lorsque Jess lui offrit 800$ il céda sous la pression.  Le 5 juillet 1937, King passa donc aux mains de Jess Hankins.  Les voisins de ce dernier commencèrent aussitôt à jaser, car 800$ pour un cheval était une somme considérable pour l’époque, surtout en période de dépression économique.  Néanmoins, en peu de temps les saillies de King se vendirent à 100$ la dose.                En 1940, l’année de la fondation de l’AQHA, King avait déjà une progéniture qui établissait les bases de la race Quarter Horse.  Il était déjà un pilier solide dans le domaine.  Squaw H., engendrée par King P-234, sortit grande championne du Tucson Livestock Show en 1945.

Bien qu’il était lui-même connu pour sa rapidité, King restera toujours identifié à sa dextérité et aussi pour cette compréhension qu’il avait face aux troupeaux de bétail.  Parmi les autres célèbres rejetons qu’il a engendré on retrouve Poco Bueno, Royal King et King’s Pistol.

King P-234 s’éteignit finalement d’une crise cardiaque le 24 mars 1958.  Il avait alors 26 ans.  Au cours de sa carrière de reproducteur, il aura engendré 658 poulains et pouliches, dont 20 champions de l’AQHA.  Sa dépouille fut enterrée sur le ranch des frères Hankins à Rocksprings, Texas.

King P-234 (PDF)