Le meurtre non-résolu de Suzanne Blanchard

 

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Le 9 août 1982, Suzanne Blanchard finissait sa journée de travail.  Elle œuvrait dans le milieu de la télévision et elle travaillait à ce moment-là pour la populaire publicité « Moi, je bois mon lait comme ça me plaît ».  Aux dernières nouvelles, elle prévoyait partir avec des copines pour Ogunquit.  Ses deux enfants ainsi que ceux de son conjoint, de qui elle s’était très récemment séparée, étaient en colonie de vacances, au camp Cœur-Joie. Elle avait laissé sa voiture au garage de son ancien conjoint pour qu’il puisse la réparer.  Elle aurait donc été reconduite au coin du garage en début de soirée, soit au 900, rue St-Grégoire à Montréal.  On a ensuite perdu sa trace.  Le 13 août à 11h14 du matin, son ancien conjoint a logé un appel à la police pour signaler la disparition de Suzanne.  Il a dit trouver curieux qu’elle ne soit jamais venue reprendre sa voiture réparée.  Les policiers sont allés voir à l’appartement de Suzanne sur la rue Cherrier mais n’ont rien décelé d’inhabituel, outre que les portes étaient débarrées.  Quelques heures plus tard, par cette belle journée d’été, deux plaisanciers en pédalo remarquaient un curieux objet flottant sur le Lac des Deux-Montagnes.  C’est en s’approchant qu’ils découvrirent le corps de Suzanne qui gisait. Elle se trouvait alors à 200 pieds environ de la rive, face au parc Godin à Ste-Anne-de-Bellevue.

27867499_10160047573205002_1642254114022594032_nSuzanne, 37 ans, mère de deux adolescents, avait subi une mort violente.  L’autopsie, pratiquée par le Docteur André Lauzon démontra que son corps avait séjourné dans l’eau de 2 à 3 jours.  Il lui a été difficile de déterminer la cause exacte de sa mort.  Elle avait deux plaies pénétrantes au cou de 5 et 2,5 cm de largeur.  Toutefois, ces plaies n’avaient pas la profondeur pour être mortelles.  De plus, elle avait plusieurs tours de ruban gommé beige autours du cou, par dessus ses cheveux.  Le Dr Lauzon suggère que ce ruban ait été mis en place pour freiner le saignement car ce lien n’était pas suffisamment serré pour provoquer une asphyxie.  Ses mains comportaient des plaies de défense linéaires, notamment sur le dessus de la main, suggérant la position de main sur la gorge pour empêcher l’objet tranchant/piquant d’atteindre cette fragile partie du corps.  Elle avait aussi deux grosses plaies à la tête, dont une en forme de U à l’envers.  Elle avait aussi le visage gonflé et un ecchymose à l’œil.  On l’avait frappée et tout cela de son vivant puisque le corps démontrait des signes de défense et de circulation sanguine au niveau des plaies.  L’autopsie démontre que les coups portés à la tête étaient d’un impact ne provoquant pas la mort mais certainement une perte de conscience.  Malgré toutes ces blessures, le docteur n’écarte pas la possibilité que Suzanne soit finalement décédée par noyade.  Elle portait encore ses vêtements mais on n’a jamais retrouvé son sac à main.  Des prélèvements pour tenter de vérifier si elle avait été agressée sexuellement n’ont pas pu se faire puisque le corps avait séjourné trop longtemps dans l’eau.

Au retour du camp de vacances, les enfants de Suzanne ont appris la terrible nouvelle.  Pour Marie-Claude, cela semblait irréel jusqu’à ce qu’elle voit pour la première fois, 5 ans plus tard, le visage de la dépouille de sa mère dans le Allô Police.

L’ancien conjoint a été interrogé.  Refusant le test du polygraphe, il aurait été relâché car rien ne pouvait objectivement l’incriminer dans la mort de Suzanne.

49696302_10161368123410002_4156514734541111296_nEn 2009, une lettre anonyme a été envoyée à Claude Poirier au Journal de Montréal. Comme le chroniqueur n’était pas à l’emploi du journal à ce moment-là, la lettre fût envoyée au SPVM, à l’attention des homicides non-résolus.  Celle-ci donnait des détails sur les personnes qui auraient commis le meurtre.  Les enquêteurs ont interrogé une personne d’intérêt mais cela n’a malheureusement pas pu aboutir à une arrestation.  De plus, ils n’ont pas pu trouver qui était l’auteur(e) de la missive.

En 1991, la boîte d’objets pouvant contenir des preuves biologiques a été détruite, apparemment par manque de place, ce qui complique donc la résolution de cette affaire.  Malgré tout, Marie-Claude ne baisse pas les bras et espère que d’autres approches ou encore des témoignages puissent faire avancer le cas de sa mère.  Or, cette croisade l’a emmenée à participer à des productions traitant de cas similaires à celui de Suzanne, à apprendre avec brio à faire des recherches dans les archives de journaux et à s’impliquer comme vice-présidente dans l’organisme Meurtres et Disparitions Irrésolus du Québec, une initiative de Stéphane Luce qui se spécialise dans l’affichage des victimes de meurtres ou disparitions non-résolus.

 

Références
Enquête du coroner (verdict de Roch Héroux, autopsie et rapport d’événement de la CUM), BAnQ Vieux-Montréal
Photos: Marie-Claude Blanchard et Stéphane Luce pour Meurtres et Disparitions Irrésolus du Québec.
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Mom Boucher

momOUELLETTE, Guy, et LESTER, Normand.  MOM.  Montréal : Les Intouchables, 2005, 268 p.

            L’auteur principal de cet ouvrage est un ancien policier spécialisé dans le crime organisé qui a fini par se transformer en politicien.  Le second a ses habitudes auprès des histoires de crimes, des polars et autres récits frôlant parfois le conspirationnisme.

            L’avant-propos souligne que la principale motivation de Guy Ouellette à présenter ce livre était de dépeindre Maurice « Mom » Boucher sous son véritable jour, en opposition à l’image qu’on lui avait donné dans les médias.  Si les plus jeunes se rappellent à peine d’avoir entendu son nom, on se souviendra que dans les années 1990 Boucher était pratiquement devenu une légende vivante du crime.

            Maurice Boucher est né le 21 juin 1953 à Causapscal, en Gaspésie.  Il y avait à peine quelques jours, trois chasseurs américains disparaissaient en Gaspésie.  Et on connaît l’impact que cette affaire eut plus tard avec la condamnation de Wilbert Coffin.  C’est aussi à cette époque que Marguerite Ruest Pitre devenait la dernière femme pendue dans l’histoire du Canada.  Elle aussi avait des origines gaspésiennes.  Bref!

            Devant un père alcoolique, Maurice Boucher apprendra à détester les règles et à développer une indifférence totale face au comportement du paternel.  En dépit de cette carapace, il sombre dans le crime.  Les premières évaluations psychologiques présentées dans le livre ne sont guère encourageantes.  De trafiquant de drogue, il se transforme en braqueur.  Il réalisera d’ailleurs un vol de façon plutôt maladroite, digne des frères Dalton.

            En 1982, lorsque Guy Ouellette apprend son existence pour la première fois, Boucher porte déjà son célèbre surnom en plus de frayer avec les motards criminalisés de Montréal.  Pour les auteurs, c’est l’occasion d’exposer aux lecteurs les inquiétantes règles des motards SS.

            Certes, on ne pouvait passer au côté de la fameuse tuerie de Lennoxville ou, si vous préférez, l’épisode des fameux sacs de couchage.  Cette tuerie faillit décimer complètement l’organisation des Hells Angels.  C’est peut-être ce qui explique pourquoi Maurice Boucher a pu passer entre les mailles du filet puisqu’à cette époque il purgeait une peine pour agression sexuelle armée contre une jeune fille.  Au passage, Ouellette profite de l’occasion pour blâmer l’attitude policière de cette époque, à savoir qu’on laissait aller les choses en croyant que cette bande n’arriverait pas à se reconstruire.  Et pourtant, on connait la suite.  Les Hells Angels sont revenus en force.

            Boucher retrouva sa liberté en 1986.  L’année suivante, il devenait officiellement un Hells Angels à part entière.

            En 1991, ce fut au moment où des policiers procédèrent à une vérification routière de plusieurs motards que Ouellette croisa Boucher pour la toute première fois.  Ce dernier s’amusait déjà à faire des pitreries devant les caméras de télévision.  « Boucher prend de la place, mais il ne me pas [sic] fait grande impression », écrit l’ancien policier.  Toutefois, le personnage en menait déjà large à cette époque, au point de laisser entendre qu’il aspirait à gravir les échelons de la hiérarchie criminelle.

            En 1993, Boucher s’associa avec Raynald Desjardins, le célèbre criminel québécois affilié au clan Rizzuto, pour une imposante importation de drogue en sol canadien.  Au terme d’une opération menée par la GRC, Desjardins sera arrêté et condamné à une peine de 15 ans, tandis que Boucher ne sera pas ennuyé.  Est-ce une autre erreur?  Un manque de collaboration entre les corps policiers?

            Quoi qu’il en soit, Ouellette souligne que si la GRC avait arrêté Boucher à cette époque, nous n’aurions sans doute pas connu, à partir de l’année suivante, ce qu’on appelle encore aujourd’hui la guerre des motards (1994-2002).

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Acte de mariage des parents de Maurice Boucher.  Le mariage a eu lieu en Gaspésie, le 19 février 1953.

            Officiellement, cette guerre éclata en 1994 avec le meurtre de Pierre Daoust, qui ne sera jamais clairement élucidé.  En juillet de la même année, le conflit prit rapidement de l’ampleur lors des funérailles d’un Hells, Jean-Louis Duhaime.  La cérémonie, qui se déroula à Trois-Rivières, se transforma en cirque.  La police municipale trifluvienne perdit complètement le contrôle au profit des motards, et tout cela donna au public l’impression que ces rebelles étaient plus puissants que les représentants de l’ordre.  Ce sera donc une énorme prise de conscience pour toute la province.

            Les meurtres et attentats à la bombe se poursuivirent.  On se rappelle encore de cette époque où les gens, même dans le privé, n’osaient pas prononcer le moindre mot contre les motards.  D’autres allaient plus loin en expliquant, sur une pointe d’admiration, que ces hommes-là ne s’en prenaient qu’à eux-mêmes, comme si on devait considérer leur présence comme un cadeau de la société.  Ce discours s’avéra rapidement désuet lorsqu’un garçon de 11 ans, Daniel Desrochers, fut tué lors de l’explosion d’un véhicule piégé au cours de l’été 1995.

            En plus de cette mort injuste, l’approche du référendum poussa le gouvernement provincial à réagir.  On assistera alors à la formation de l’escouade Carcajou, dont l’un des principaux éléments sera justement Guy Ouellette.  Car les motards savaient profiter de plusieurs situations, dont l’affaiblissement ou le ralentissement policier en raison de la Commission Poitras et l’affaire Matticks.  Mais tout cela n’entrava en rien la montée en puissance de Mom Boucher, qui se souciait de son image publique, au point où il souhaita obtenir le contrôle d’une partie des médias.  Pour ce faire, il utilisera Gaétan Rivest, un ancien policier devenu un proche des Hells, ainsi que sa relation avec le controversé chroniqueur Claude Poirier.

            À ce sujet, Ouellette donne d’ailleurs l’impression de remettre le pendule à l’heure : « Dans les mois qui suivent, Gaétan Rivest devient un collaborateur régulier de l’émission d’André Arthur à CKVL, où il discute avec Claude Poirier de questions touchant la Sûreté du Québec.  Poirier autant qu’Arthur enragent de voir que la SQ n’a jamais voulu que je réponde à leurs questions dans le cadre de leur émission radiophonique journalière.  Ils répliquent à notre mutisme par le dénigrement.  Ils s’en prennent souvent à moi à cette époque ».

            Pas très étonnant de la part d’Arthur, qui a aussi déblatéré des inepties à l’époque du procès de Benoît Proulx à Québec, au début des années 1990.  Quant à Poirier, on connaît son histoire d’amour avec les mauvais garçons depuis son aventure maintes fois répétée avec Richard Blass.

            Ce que reproche Ouellette à ce genre de comportement médiatique, c’est qu’on a ainsi permis à un chef criminel reconnu d’utiliser les médias pour créer la confusion.

            Comme on peut s’en douter, il est impossible de parler de ce chef des motards sans mentionner les meurtres des deux gardiens de prison.  Selon Ouellette, c’est en partant de l’idée de vouloir immuniser son groupe que lui vint l’idée de s’en prendre à des représentants de l’ordre.  Son intention de départ était de viser des gardiens de prison mais aussi des policiers, des juges et des procureurs.  « Le chef Nomads mise, d’une part, sur le fait qu’il est impossible pour la Couronne de négocier avec quiconque s’attaque au système de justice.  Il est assuré, d’autre part, que jamais le tueur d’un gardien de prison, d’un policier, d’un juge ou d’un procureur de la Couronne ne parlera.  Il est convaincu que le tueur se fera lui-même tuer en prison par des gardiens furieux ou encore qu’il fera ses 25 ans en isolement, « dans le trou ».  De cette façon, Boucher pense avoir trouvé la parade absolue pour se protéger contre le système : le priver de délateurs »[1].

            Pour cette mission, Boucher arrête son choix sur un jeune criminel qui ambitionne de devenir Hells Angels : Stéphane « Godasse » Gagné.  Le 26 juin 1997, c’est avec un complice que Gagné prend en chasse un véhicule conduit par un gardien de prison.  En fait, les deux tueurs se sont contentés de voir la présence d’un écusson à l’épaule gauche du conducteur.  Sur la route, Gagné ouvre le feu alors qu’il est à la hauteur du véhicule.  Agrippé à son complice, qui conduit une moto, il prend la fuite à toute vitesse.  C’est seulement le lendemain que Gagné apprendra de la bouche de Mom Boucher que sa victime était une femme.  « C’est beau mon Godasse », lui lança Boucher.  « C’est pas grave si elle avait des totons ».

La victime se nommait Diane Lavigne.

            Au début de septembre, ce sera au tour d’un autre gardien de prison, Pierre Rondeau, à tomber sous les balles.  Au départ, les enquêteurs ne se doutaient pas que les deux crimes puissent être reliés, et encore moins que cela fasse partie d’une stratégie tordue des motards.  Ouellette nous explique ensuite comment on a pu, en quelques semaines seulement, identifier Gagné comme étant l’assassin.  Celui-ci, se sentant abandonné par les avocats des motards, prendra la décision de passer à table.  Il raconte tout.  Le 18 décembre 1997, un mandat d’arrestation fut émis contre Mom Boucher.  Lors de son interrogatoire, celui-ci restera solide et muet.  Il ne craquera pas.

            Par mesures de précautions, la justice prit la décision de l’enfermer à la prison des femmes Tanguay, que Ouellette finira par visiter en l’absence de Boucher, alors occupé à une comparution.  De cette visite, l’ancien policier retiendra : « mon attention est attirée par un téléphone public.  Je note que, gravés dans le bois, se trouvent le nom et le numéro de téléphone du journaliste Claude Poirier avec qui il est en relation depuis des années.  Boucher a une grande confiance en Claude Poirier et il l’appelle régulièrement pour discuter d’affaires policières et judiciaires alors qu’on a des écoutes judiciairement autorisées sur les téléphones qu’utilise Boucher.  Maurice Boucher apprécie particulièrement les critiques féroces de Claude Poirier à l’endroit de la police et l’encourage dans ce sens »[2].

            Malheureusement, Godasse Gagné ne fit pas le poids devant Me Jacques Larochelle, qui avait déjà défendu Denis Lortie, le tireur fou qui s’en était pris à l’Assemblée Nationale en 1984.  Selon Ouellette, il semble qu’on doive également attribuer une partie du blâme au juge Boilard en ce qui concerne l’issue du premier procès.  Le juge aurait erré en droit en utilisant plusieurs fois l’expression « témoin taré » pour désigner Stéphane Gagné.  Évidemment, c’est là un manque total d’objectivité.

Et comme si ce n’était pas suffisant, des motards s’infiltrèrent dans le prétoire pour intimider les jurés en les fixant constamment du regard.

            Plusieurs se souviennent encore de la sortie triomphante de Boucher du palais de justice de Montréal après son acquittement.  Et voici comment Ouellette nous rappelle la scène : « plusieurs gestes obscènes sont dirigés vers les policiers pendant la sortie des motards du Palais de justice.  Les reportages des télévisions et des journaux montrent Boucher descendant l’escalier mobile avec le photographe Michel Tremblay qui a eu droit à certaines exclusivités médiatiques dans le passé et qui en aura plusieurs autre dans l’avenir, autant de la part des Hells Angels que des Rock Machine-Bandidos.  Tout souriant, le journaliste Claude Poirier discute avec les motards présents sur le trottoir de la rue Saint-Antoine devant le Palais »[3].

            Cet acquittement fut un choc pour le Québec.  Encore une fois, il donnait l’impression que ces criminels organisés étaient intouchables.  Le soir même, Boucher célébrera sa victoire en assistant au combat de boxe entre Dave Hilton et Stéphane Ouellet au Centre Bell.  D’ailleurs, Guy Ouellette profite de l’occasion pour nous laisser entendre que le combat revanche entre ces deux boxeurs québécois aurait pu être arrangé par les motards, ce qui n’est pas une réelle surprise dans un sport qui a toujours entretenu une aura malsaine : « Je me souviens d’un combat revanche, fin mai 1999, entre Dave Hilton et Stéphane Ouellet.  Un membre influent des Hells Angels, Louis Melou Roy, m’avoue alors avoir « misé un gros paquet d’argent CONTRE son boxeur favori ».  En faisant mes recherches usuelles dans l’enceinte du Centre Bell, afin de localiser les motards venus assister au combat, je croise Roy et sa compagne à un comptoir de restauration rapide du 3ème étage.  Je localise aussi plusieurs autres membres du chapitre Sherbrooke dans une « loge corporative » du 5ème étage.  On se souvient qu’Hilton a terrassé Ouellet à 2 min 48 du troisième round.  L’histoire ne dit pas quels ont été les gains de Melou Roy ce soir-là, et je n’ai jamais pu lui en reparler avant sa disparition mystérieuse en juin 2000 »[4].

            Tandis que Boucher se la coule douce en voyageant à travers le monde, certains représentants de l’ordre refusèrent de laisser tomber les bras.  Ce fut le cas de Guy Ouellette, mais aussi de la courageuse procureur France Charbonneau, qui se retrouvera plus tard à la tête de la fameuse Commission Charbonneau.  Les auteurs ne se gênent pas pour souligner sa grande contribution au succès qui allait suivre.  C’est grâce à son travail acharné que la Cour d’appel ordonnera finalement la tenue d’un second procès.

            Il n’en reste pas moins que durant cette liberté, Mom Boucher continuait d’attirer l’attention.  Sa célébrité s’amplifiait sans cesse.  Il y aura plusieurs moments cruciaux durant cette période, mais on retiendra principalement l’attentat contre le journaliste Michel Auger, le mariage de René Charlebois – auquel les motards avaient invités les artistes Ginette Reno et Jean-Pierre Ferland – ainsi que la fameuse trêve avec Fred Faucher, un événement encore couvert par Claude Poirier.

            Et cette fois, ce sera la déchéance du chef des motards.  Le procès est rondement mené par Me France Charbonneau, qui non seulement résiste aux attaques de Me Larochelle mais lui offre quelques répliques intelligentes.  Stéphane « Godasse » Gagné est aussi mieux préparé, et ses dires seront mieux corroborés.  La loi antigang a fait en sorte d’apporter plusieurs améliorations, dont une meilleure protection pour les jurés.  Finalement, justice est rendue.  Maurice « Mom » Boucher est reconnu coupable.

            Guy Ouellette nous rappelle que le combat contre les motards criminalisés est une affaire de tous les jours.  Toutefois, il semble ironique de relire ce dernier extrait apparaissant dans les derniers paragraphes du livre : « On peut penser que, comme beaucoup de membres Hells Angels condamnés à perpétuité avant lui, Mom Boucher deviendra, avec le temps, un prisonnier comme les autres.  Sa notoriété s’estompera.  Qui se rappellera encore de lui à sa libération vers l’âge de 70 ans en 2023? »[5].

[1] P. 134.

[2] P. 173.

[3] P. 179.

[4] P. 180, les lettres en italique et en majuscule sont des auteurs du livre.

[5] P. 254.

Claude Poirier relègue les aveux de Marcel Bernier aux oubliettes!

La seconde saison de la série Secrets Judiciaires, diffusée au canal Investigation, commence bien mal sa nouvelle saison d’automne. Dans l’épisode de cette semaine, qui ne dure qu’une trentaine de minutes ­– ce qui est nettement insuffisant pour aborder en profondeur un dossier judiciaire – on a vu le célèbre chroniqueur Claude Poirier relater quelques faits entourant l’affaire Denise Therrien. Cette adolescente de 16 ans a été enlevée et assassinée en 1961 par le fossoyeur Marcel Bernier, que je qualifiais de tueur en série dans mon livre L’affaire Denise Therrien, sorti en librairie en juillet 2015.

La bourde émerge lorsque Poirier et le narrateur affirment que Marcel Bernier n’a jamais avoué le meurtre de Denise. Et comme si ce n’était pas suffisant, Poirier laisse clairement entendre que Bernier l’aurait d’abord enterré dans le cimetière St-Michel avant de disposer de son corps en forêt, à une date indéterminée, bien sûr. En fait, il reprenait les affabulations de Bernier, qui avait publié sa version des faits en 1977[1].

Or, le 4 avril 1965, Marcel Bernier fit des aveux complets. Au matin du 8 août 1961, dit-il, Denise avait accepté de monter dans son camion, après quoi il l’avait conduit dans un boisé du rang St-Mathieu. C’est là que les restes de la victime furent retrouvés au printemps 1965. Dans les faits, rien ne laisse croire que le corps de Denise aurait pu être enterré ailleurs qu’à cet endroit. Pour lancer une telle ineptie, alors qu’Isabelle Therrien et moi avons rétablis ces faits dans nos livres respectifs, il faut nécessairement qu’il se soit laissé influencer par le torchon (livre) de Bernier.

Si je reviens au chapitre 11 de mon ouvrage L’affaire Denise Therrien, les aveux de Bernier étaient pourtant très explicites. Voici ce qu’il déclara devant l’inspecteur Richard Masson (notes sténographiques) :

  • Arrivé à destination [dans le bois du rang St-Mathieu], j’ai retourné mon camion prêt à repartir, laissant toujours le véhicule en marche. Là, je lui ai fait des propositions. Elle n’a pas voulu accepter, je lui ai dit que si elle voulait m’écouter il lui arriverait rien de fâcheux. Et là, elle a crié : « Maman » et moi, pris de panique dans la crainte que quelqu’un pourrait entendre ses cris, je lui ai mis la main sur la bouche et elle s’évanouissait, je crois, de peur. À ce moment-là, je jure solennellement que je ne lui ai pas touché, c’est-à-dire au point de vue sexuel. Alors, j’étais tellement énervé que je ne savais plus quoi faire, je me suis dit : « que vais-je faire avec? ». Pour un moment, je ne puis décrire exactement les faits, j’ai dit en moi-même après quelques minutes d’hésitation, « My! Qu’elle revienne à elle ». Je me suis dit : « je ne peux pas la ramener car aussitôt elle irait me rapporter à la police ». Ma peur était tellement grande, dans un moment presque indescriptible, je lui ai donné un coup sur la tête ou dans la figure avec un bout de tuyau, sans vouloir naturellement la tuer, et là, mon intention était de la débarquer du camion et de la laisser sur les lieux et moi, fuir je ne sais où. Je l’ai débarquée là, et j’ai parti avec mon camion, et à quelques arpents de là cette pensée m’est revenue toujours à l’esprit qu’elle me rapporterait à la police. En jetant un regard derrière mon camion, j’ai constaté que j’avais une pelle, alors j’ai retourné vers elle et j’ai pu constater en arrivant à ses côtés qu’elle ne bougeait pas, alors je me suis dit : « elle est morte ». Après, tout était noir dans ma tête, alors je me suis dit : « je vais l’enterrer ». J’ai creusé un trou à peu près un pied de profondeur et je l’ai traînée dedans. Là, je l’ai enterrée jusqu’au cou en lui laissant la figure sortie de terre, j’attendis quelques minutes pour voir si elle pouvait ouvrir les yeux ou souffler mais rien n’est arrivé, alors j’ai fini de l’enterrer.

Il n’y a aucun doute à l’effet que Bernier a avoué le meurtre, même s’il le nia par la suite lors de son procès. D’ailleurs, il n’est pas rare de voir des meurtriers revenir sur leurs aveux. N’empêche qu’ici, Marcel Bernier a réellement fait des aveux complets.

La recherchiste de Claude Poirier m’a contacté il y a plusieurs mois et j’en ai d’ailleurs profité pour lui glisser, bien humblement, le fait que je suis l’auteur du plus récent livre sur le sujet. Ma proposition n’a pas semblé l’intéresser. Tant pis! Car si Poirier ou un membre de son équipe s’était donné la peine de le lire, c’est-à-dire de faire une recherche exhaustive, cette erreur élémentaire n’aurait jamais été commise.

D’autres imprécisions pourraient être relevées, mais disons que je m’arrêterai ici.

[1] Je vous invite à lire le compte rendu critique que j’ai fait du livre de Bernier en cliquant sur l’URL suivant : https://historiquementlogique.com/2014/01/10/le-fossoyeur-les-confessions-de-marcel-bernier/

L’affaire Viens-Métivier-Lubin

Maurice Viens
Maurice Viens

En 1984, Maurice Viens était âgé de 4 ans et vivait avec sa mère Francine et son frère Alexandre sur la rue Dorion dans un quartier pauvre du Centre-sud de Montréal, à quelques pas du pont Jacques-Cartier. Selon un texte d’André Cédilot publié en 1994 dans le cahier Les Grands Procès du Québec consacré à l’affaire Léopold Dion[1] on apprend que le 1er novembre 1984 Maurice rentrait de la prématernelle. Peu après, c’est sans demander la permission à sa mère qu’il se serait ensuite dirigé vers le parc Rouen avec son ami Emmanuel Gagnon, lui aussi du même âge. C’est ainsi que Cédilot décrivait ensuite l’enlèvement :

Sur le chemin du retour, les deux bambins s’amusent dans la ruelle de la rue Dorion, à deux pas de leurs foyers respectifs. Il est environ 13h15 quand un inconnu, au volant d’une voiture, s’immobilise et invite les enfants à monter, en leur promettant des bonbons. Le petit Maurice acquiesce, tandis que son compagnon, plus craintif, court avertir Francine Viens. « Maurice est parti avec un monsieur », annonce-t-il à celle-ci.

Dans un documentaire de 2014, la version du garçonnet devenu adulte laissa entendre qu’il n’avait rien vu. Il se serait simplement retourné sur le trottoir pour constater la disparition de Maurice. Alors, est-ce que Gagnon a vu le suspect et sa voiture ou rien du tout?

Mais revenons à Cédilot. Selon son texte de quatre pages, la police boucla rapidement le quartier avant d’organiser d’imposantes recherches auxquelles se greffèrent des bénévoles et 500 soldats.

Au cours de la même soirée du 1er novembre on rapporta les disparitions de deux autres garçons dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve. Il s’agissait de Wilton Lubin, un haïtien de 12 ans, et son ami Sébastien Métivier, 8 ans. Les médias mirent du temps à parler de cette dernière affaire, en plus de repousser la thèse de l’enlèvement en préconisant celle de la fugue. Des amis les auraient aperçus dans le secteur du Stade olympique, ce qui n’était pas impossible puisque la police de la CUM[2] révéla que Lubin avait des amis dans le secteur du métro McGill. Toujours selon Cédilot, Lubin et Métivier seraient partis ce soir-là à la chasse aux voyous puisque la veille ils s’étaient fait voler leurs friandises récoltées dans le cadre de la fête de l’Halloween.

Sébastien Métivier a disparu le même jour que Viens.
Sébastien Métivier a disparu le même jour que Viens.

Trois jours plus tard, le blouson de Maurice fut retrouvé le long d’une route à Saint-Antoine-sur-Richelieu[3]. Le lendemain le policier Steven Lynch de la Sûreté du Québec de Portneuf et l’hypno-thérapeute Yvan Gagnon, mirent eux-mêmes sous hypnose un homme d’affaire de la rive nord de Montréal qui souhaitait garder l’anonymat. Ce Monsieur X, comme on le surnommerait par la suite dans les médias et sur Internet, se disait doué de sens extra-sensoriels. Il aurait « vu » un enfant s’amuser avec un homme, une étroite route de campagne, la traverse d’une voie ferrée et un chalet délabré. Le 6 novembre 1984, Yvan Gagnon se rendit au lieu indiqué, à savoir une maison abandonnée située à Saint-Antoine-sur-Richelieu. À l’intérieur se trouvait le corps mutilé de Maurice Viens. Une vingtaine de minutes plus tard, les policiers de la Sûreté du Québec débarquaient sur les lieux. Certains prétendirent que Maurice Viens aurait été sodomisé et violemment battu, alors qu’en 1994 Cédilot disait que le petit garçon n’avait subi aucun sévice sexuel. Voici ce qu’il écrivait à ce sujet : « le corps mutilé de l’enfant gît à demi-nu dans un trou du plancher… Ses pantalons et ses sous-vêtements sont rabattus sur ses talons, il a été battu, il porte des marques de violence sur le visage et sur le bas du dos. L’autopsie révèle qu’il a souffert le martyre avant de mourir des coups de bâton qui lui ont été assénés et qu’en dépit des apparences, il n’a pas subi de sévices sexuels ».

Quoi qu’il en soit, Monsieur X devint automatiquement le principal suspect. Pour sa part, Yvan Gagnon abandonnera ensuite l’hypno-thérapie et refusera de commenter l’affaire.[4]

Une lettre envoyée à la police de la CUM avant la découverte du corps laissa à penser que l’auteur était l’assassin puisqu’il y révélait des détails qui furent connus seulement à la découverte du petit cadavre.

Le 14 novembre 1984, on procéda à l’arrestation d’un chauffeur de taxi simplet âgé de 44 ans. En plein interrogatoire, il eut un comportement fort étrange, comme s’il s’adressait soudainement à une personne imaginaire se trouvant dans la pièce avec lui et les policiers. Bien que Jacques Duchesneau[5] et ses collègues aient alors été convaincus de sa culpabilité, aucune preuve ne pourra permettre de déposer la moindre accusation contre lui. Pendant ce temps, la Sûreté du Québec s’intéressait à un autre déficient mental dont l’identité ne sera jamais révélée pour les mêmes raisons.

Wilton Lubin
Wilton Lubin

Le 2 décembre 1984, le corps de Wilton Lubin fut retrouvé sur la rive du fleuve St-Laurent près de l’île Charron. Le garçon de 12 avait été étranglé et égorgé. Quant au corps de Sébastien Métivier, il ne sera jamais retrouvé. Dans son livre de 2013, le chroniqueur judiciaire Claude Poirier écrivait que « les policiers déclenchent tout de suite d’importantes recherches et ne négligent aucune piste. Tous les terrains vagues de l’est de Montréal sont ratissés, tous les édifices abandonnés du quartier sont fouillés et des affiches sont placardées d’un bout à l’autre de la ville. Mais les recherches ne donnent rien »[6].

En octobre 1987, on annonçait qu’un homme de 24 ans mentalement retardé venait d’avouer, mais l’affaire restera nébuleuse, sans aucun autre développement.

Jusque-là, le suspect le plus intéressant demeurait ce chauffeur de taxi mentalement qui « après avoir attaqué deux fillettes, avait été interné et déclaré inapte à vivre en société en 1975 », écrit Poirier. « Il avait été libéré de l’Institut Philippe-Pinel en 1992 dans la lignée des politiques de désinstitutionalisation amorcée dans les années 1960 au Québec. Je l’ai interrogé avec le reporter Georges-André Parent. Sa photo a paru en première page d’Allô Police, dans le but de recueillir des preuves contre lui. Mais cela n’a rien donné. Il a été interné de nouveau et on n’a plus jamais entendu parler de lui »[7].

La piste la plus sérieuse dans cette affaire fit son apparition en 1992. Grâce à des indices qui demeurent inconnues, la police fit certaines déductions qui la conduisirent à se tourner vers un certain Jean-Baptiste Duchesneau, alors âgé de 44 ans. Celui-ci, en plus d’avoir un lourd casier judiciaire, habitait à quelques rues seulement de Lubin et Métivier au moment des faits. Le 1er novembre 1993, les enquêteurs Roger Pilon et Guy Préfontaine rendirent visite à Duchesneau qui se trouvait alors derrière les barreaux à La Macaza, près de Mont-Laurier, pour avoir agressé sexuellement une jeune fille de 7 ans. Duchesneau fut surpris de se voir questionner sur le double meurtre de Lubin-Métivier mais il se montra ouvert à l’idée de passer le test du polygraphe deux jours plus tard. Or, le lendemain de cette rencontre, le 2 novembre 1993, alors que les enquêteurs effectuaient les démarches nécessaires pour obtenir sa libération temporaire afin de se soumettre au test, Duchesneau s’enleva la vie dans sa cellule. La veille, au moment de le quitter, Pilon et Préfontaine avaient constaté qu’il était « extrêmement tendu », pour reprendre les mots de Cédilot. Avant de se suicider, Duchesneau avait laissé une lettre aux policiers dans laquelle il ne s’incriminait cependant d’aucune façon.

Le plus intéressant, c’est que Duchesneau avait déjà commis un meurtre. En 1974, il avait assassiné Sylvie Tanguay, 7 ans, à coups de marteau. Il avait d’ailleurs été reconnu coupable à la suite du procès qu’il avait subi au palais de justice de Québec[8]. Selon Cédilot, il aurait été libéré en 1983 pour venir s’installer à Montréal.

Jean-Baptiste Duchesneau. À ce jour, il demeure le suspect le plus intéressant dans cette affaire.
Jean-Baptiste Duchesneau. À ce jour, il demeure le suspect le plus intéressant dans cette affaire.

Bien qu’il sera difficile un jour de prouver hors de tout doute raisonnable que Jean-Baptiste Duchesneau ait été le tueur du 1er novembre 1984, Cédilot mentionnait que le scénario le plus probable était à l’effet que Lubin et Métivier, à la recherche des voleurs de bonbons, soient tombés par hasard sur Duchesneau qui leur aurait proposé de les reconduire en voiture. En fait, Duchesneau avait été rencontré dès novembre 1984 lors de l’enquête de voisinage. Sa concubine de l’époque aurait d’ailleurs été bien avertie de ne pas parler de son lourd passé.

La lettre reçu par la police en novembre 1984 et qui semble avoir été écrite par l’assassin fut-elle comparée avec l’écriture de Duchesneau? Servira-t-elle un jour pour confondre un autre suspect? Certes, il faudrait d’autres preuves puisque l’analyse graphologique est insuffisante à elle seule pour faire condamner qui que ce soit.

Ce sont les événements entourant le triple drame du 1er novembre 1984 qui incitèrent Susan Armstrong et Marcèle Lamarche à créer l’organisme Enfant-Retour Québec[9]. En 2011, la mère de Sébastien Métivier, Christiane Sirois, informa Claude Poirier qu’une femme lui avait confié avoir obtenu les confidences d’un homme qui « lui avait déclaré qu’on ne retrouverait jamais Sébastien vivant parce qu’il l’avait découpé en morceaux. La même année, Nadia Fezzani, journaliste qui s’est spécialisée dans la rencontre de tueurs en série, mentionne la présence du tueur en série surnommé Montreal Boys Slasher[10]. Malheureusement, les probabilités d’élucider un jour cette affaire semblent minces.

Sylvie Tanguay n'avait que 7 ans lorsqu'elle a été sauvagement assassinée par Duchesneau dans la région de Québec.
Sylvie Tanguay n’avait que 7 ans lorsqu’elle a été sauvagement assassinée par Duchesneau dans la région de Québec.

Dans un documentaire de Loïc Guyot diffusé au Canal D, Jacques Duchesneau parlait de « cicatrice à l’âme » pour expliquer au public que cette affaire ne l’avait jamais quitté. Dans ce document visuel, les deux seules pistes envisagées sont celle du mystérieux chauffeur de taxi et de Jean-Baptiste Duchesneau[11].

(Pour en savoir davantage sur le sujet, je vous invite à lire la série d’articles Les Faucheurs d’enfants)

 

 


[1] André Cédilot, « Jeudi noir », Les Grands Procès du Québec, no. 5, 1994, Les Éditions de la rue Querbes, p. 28 à 31.

 

[2] Communauté Urbaine de Montréal. Aujourd’hui, on utilise l’appellation de SPVM pour Sécurité Publique de la Ville de Montréal.

[3] À noter que dans son livre de 2013, Claude Poirier situe plutôt la découverte de ce blouson trois jours après la découverte du corps de Wilton Lubin, ce qui nous rapporterait au 5 décembre 1984.

[4] Dans son livre de 2013, Claude Poirier fournira un peu plus d’information sur la vision qu’aurait eue ce sensitif. Les amateurs de paranormal n’hésitent pas à se servir de ce cas pour « prouver » l’existence de phénomènes inexpliqués, mais il faut comprendre qu’il serait imprudent pour la police de faire confiance trop rapidement à ce domaine. D’ailleurs, on n’a encore jamais vu une preuve obtenue par de présumés sensitifs être accepté en preuve devant un tribunal. Ce genre de manifestation représente d’ailleurs l’opposé d’une preuve probante.

[5] Jacques Duchesneau deviendra directeur de la CUM en 1994 avant de se produire un rapport d’enquête qui allait déclencher la Commission Charbonneau et de se lancer en politique au côté de François Legault pour la Coalition Avenir Québec (CAQ). Duchesneau sera élu dans Saint-Jérôme.

[6] Bernard Tétrault, Claude Poirier, 10-04, 2013, p. 116.

[7] Ibid., p. 118.

[8] En 2015, Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BANQ) me référa au palais de justice de Québec qui m’informa à son tour ne pas être en possession des notes sténographiques du procès de Duchesneau en 1974 et qu’il avait probablement été détruit.

[9] Www.enfant-retourquebec.ca

[10] Nadia Fezzani, Mes tueurs en série, 2011, p. 73.

[11] Pour voir ce documentaire : https://www.youtube.com/watch?v=wGO0CIYO41A

Le Fossoyeur, les confessions de Marcel Bernier

Le FossoyeurBERNIER, Marcel[1]Le Fossoyeur, les confessions de Marcel Bernier.  Éditions Stanké, Montréal, 1977, 218 p.

Après avoir lu l’ouvrage structuré et honnête d’Isabelle Therrien intitulé L’inoubliable affaire Denise Therrien, je dois avouer que mon intérêt pour le livre du tueur Marcel Bernier était au plus bas.  Suite au commentaire d’une lectrice qui voulait connaître les motivations ayant poussé le député Jacques Lavoie à donner un coup de main à Bernier pour la publication de ses confessions, et aussi par mon souhait d’éclaircir la vérité pour mieux servir l’Histoire, c’est donc en toute objectivité que je me suis finalement attaqué à cette lecture.  Et malgré tout, j’ai vite compris que mon compte-rendu ne pourrait pas être tendre.  Pas tendre du tout!

Pour notre histoire judiciaire, c’est-à-dire la vérité des faits que nous laissons aux générations suivantes, les mémoires de Bernier n’ont tout simplement aucune valeur.  Bref, c’est n’importe quoi.  Pour s’en convaincre, car vous n’avez pas à me croire sur parole, voyons ça de plus près.

Dès les premières pages, on plonge dans le délire logique d’un auteur narcissique.  Bernier ramène tout à sa petite personne en plus de mentionner des détails destinés uniquement à démontrer sa toute puissance.  Il ne s’agit là que d’un torchon.  Et malgré tout, j’ai poursuivis ma lecture, entêté que je suis d’aller jusqu’au bout.

On peut sérieusement se demander ce qui a poussé des hommes apparemment sensés à vouloir publier les mémoires d’un tel individu.  C’est donc avec surprise qu’on découvre que l’avant-propos est signé par le célèbre chroniqueur Claude Poirier, nommé par Stanké comme directeur de la collection Notre Temps.  Si Poirier se questionne, la justification de son choix m’est apparu assez pauvre : « quand j’ai accepté la direction de la collection Notre Temps aux Éditions internationales Alain Stanké, j’avais clairement défini la nature des documents auxquels je comptais m’intéresser : ils devaient, au premier chef, témoigner de la dégradation des rapports humains, phénomène dont on commence à percevoir la gravité dans toutes les villes nord-américaines ».

Bref, on s’intéressait aux vomissures sans se soucier de ceux qui en seraient éclaboussés.  Car c’est là le problème : on a laissé carte blanche à ce tueur psychopathe sans jamais mettre ses propos en perspective.  Bref, on aura aussi compris que malgré certaines prétentions, ce livre n’a jamais représenté un outil très intéressant pour étudier le comportement criminel.  C’est un torchon, vous l’ai-je dis?

Poirier n’a pas été le seul à s’être laissé berner par ce meurtrier manipulateur, car dans sa préface Jacques Lavoie, alors député[2], écrivait que « je ne sais pourquoi, je le crus quand il me dit être innocent du meurtre de Denise Therrien », sans jamais apporter d’autres explications.

Je n’ai donc pas besoin de m’appuyer sur ces deux textes, trop courts et sans aucun mérite analytique, pour penser au fait que Marcel Bernier, selon nos critères modernes, n’en était pas loin d’être catalogué sous la bannière des tueurs en série.  Dès les premières pages, il se laisse d’ailleurs aller à plusieurs allusions sexuelles ou autres descriptions explicites qui semblaient lui faire drôlement plaisir.  Peut-être se trouvait là son réel fantasme, c’est-à-dire de partager ses plus bas instincts avec le public!?  Par chance, il est décédé avant que le bouquin apparaisse en kiosque.

Le plus regrettable, à mon avis, réside dans le fait que les responsables de cette publication – que ce soit Poirier, Lavoie, Stanké ou autre – ont manqué une belle occasion de rencontrer la famille Therrien, d’autant plus qu’Henri était encore vivant à cette époque et qu’il aurait certainement pu apporter un tout autre sens aux propos de cet individu.  Un vrai torchon, donc.  Ah, oui, c’est vrai!  Je vous l’ai déjà dis!

Lorsqu’il aborde le sujet du procès, auquel il laisse une grande place dans ses mémoires, Marcel Bernier nous donne une preuve de son narcissisme en écrivant ceci : « je me souviens d’avoir longuement regardé la mère de l’une de mes présumées victimes qui venait de dire à une jeune femme assise à ses côtés : « Les rôles sont maintenant renversés. »  Comme elles étaient placées au premier rang dans la salle d’audience, j’avais tout entendu; je n’ai pu m’empêcher de grimacer un sourire devant la cruauté de ces paroles dites sans doute sous le coup d’une violente émotion.  Ce sourire lui fit prendre conscience que je n’avais rien perdu de sa sortie; elle éclata en sanglots.  Était-ce le regret d’avoir parlé ainsi, en un pareil moment, devant l’homme à qui l’espoir n’était plus permis?  Je n’en ai rien cru, du moins pas en cet instant.  J’ai plutôt perçu dans son regard, avant qu’elle ne se laisse aller à pleurer, le trouble qu’elle ressentait de se savoir confrontée enfin, après cinq longues années d’attente, avec celui que la Justice venait de désigner comme l’assassin de sa fille ».

Quand Bernier nous parle de son désir de se suicider pour épargner la honte à ses propres enfants, il ne réussit certes pas à attirer notre sympathie.  Cette anecdote, que nous sommes supposés croire aveuglément, révèle peut-être une autre motivation à vouloir partager ses mémoires, c’est-à-dire son incapacité d’admettre à ses enfants être l’assassin de Denise Therrien.  Car les preuves sont bien là : Marcel Bernier a été reconnu coupable des meurtres de Denise Therrien et de Laurette Beaudoin lors d’un procès juste et équitable.  S’il avait eu des révélations à faire, c’est lors de ce procès qu’il aurait dû les faire et non en les vomissant maladroitement dans un livre qui, malheureusement, a réussi à se faufiler jusque dans nos librairies.  Bref, il n’assumait pas complètement sa perversité, sans compter que dans le milieu criminel il était préférable pour lui d’admettre avoir tué une prostituée (Laurette Beaudoin) plutôt qu’une jeune adolescente vierge et sans défense.

De plus, dès les premiers instants de son incarcération, il aurait développé une certaine complicité avec un autre détenu, Léopold Dion, le célèbre tueur d’enfants de la région de Québec.  En fait, il y consacre tout un chapitre, au cours duquel il s’amuse à décrire les actes à caractère sexuels dont Dion a été victime et ceux qu’il a commis par la suite.

Bernier se sert également de certains potins entourant l’affaire afin de semer le doute.  Comme on le sait, et il suffit ici de penser à un cas plus récent comme celui de Cédrika Provencher, lors de telles disparitions une foule d’informations affluent, dont la grande majorité s’avèrent fausses.  Même si la police encourage les gens à se manifester, il n’en reste pas moins que lors d’une affaire aussi médiatisée on assiste à des manifestations inutiles, qu’elles prennent leurs origines d’une bonne intention ou non.  Ainsi, Bernier pousse l’audace à laisser entendre qu’Henri Therrien, le père de Denise, a écarté trop facilement certaines pistes.  Or, c’est Henri qui a d’abord mené l’enquête avant même que la police s’y intéresse vraiment.

Au moment de rencontrer Jacques Lavoie, Bernier avait disposé de plus de 10 ans de réflexion derrière les barreaux.  Il ne faut pas l’oublier.  Ses premiers aveux, disait-il maintenant après 12 ans d’incarcération, lui avaient été arrachés pratiquement de force par les policiers.  Pourtant, il les avait ensuite conduit aux endroits précis où se trouvaient les corps de Laurette Beaudoin et de Denise Therrien.  Au moment d’assister à l’exhumation du corps de Laurette, il écrira une phrase incriminante : « je ne pus m’empêcher de sourire, un sourire de satisfaction à la joie d’avoir accompli ma vengeance, mais les enquêteurs présents sur les lieux se méprirent sur les causes de cette involontaire marque de contentement.  Ils y virent la preuve évidente de mon sadisme, la manifestation d’instincts monstrueux ».

Il trouva également une explication concernant les seconds aveux fait à un codétenu, qui s’était avéré être un agent double : « Si quelqu’un découvre sur tes indications un objet volé, cela ne veut pas dire pour autant que tu sois l’auteur du vol, même si tu l’as enterré ».  Il omettait de dire qu’à cette époque, alors que la peine de mort était toujours en vigueur, le complice d’un tel meurtre était aussi coupable que le meurtrier, et que par conséquent il se mettait éligible à la potence.

Au moment de rappeler l’épisode de l’enquête du coroner, lorsque le juge lui demanda s’il avait pu enterrer Denise Therrien vivante, il écrit encore une fois un commentaire ambigüe : « je niai, bien sûr, en être capable, mais je savais que j’aurais pu agir ainsi… puisque j’avais déjà posé un tel geste dans le passé ».

C’est par cette phrase qu’il concluait son chapitre 7, laissant le lecteur pour le moins perplexe.

S’il semble assez fidèle sur la description du procès, il poursuivait sa défense en mentionnant que certains détails avaient été mal interprétés.  Toutefois, il n’en fournissait aucun exemple concret.  Il faut donc le croire sur parole!

À la fin du procès, alors que le jury venait de le déclarer coupable et qu’il se savait destiné à la pendaison, tout ce qu’il trouva à dire au moment où le juge lui demanda s’il avait un commentaire à faire fut de remercier son avocat Me Guy Germain ainsi que la Cour.  C’était pourtant le moment idéal pour qu’un soi-disant innocent révèle le fond de sa pensée.  Au contraire, il écrivit à propos de cet épisode que « les personnes présentes dans la salle s’étaient levées, sans doute pour ne rien perdre de mon discours.  Croyaient-elles que j’allais clamer mon innocence, crier à l’injustice et à l’erreur judiciaire?  Croyaient-elles que j’allais me laisser aller à des supplications?  Non!  Hier encore, j’aurais peut-être cédé à cette faiblesse, mais devant le caractère inéluctable de ce jugement, je voulais m’offrir le luxe de la dignité.  N’était-ce pas ainsi que je pouvais leur montrer le mépris dans lequel je tenais leur rituel? ».

Un vrai torchon, me demanderez-vous?  Eh bien, oui!  J’ai déjà répondu à la question.

Sans avoir pu relever la moindre irrégularité judiciaire au cours du procès, il gardait ses dernières pages pour révéler son esprit tordu : « pourtant, j’étais innocent; malgré les nombreux témoignages laissant deviner le contraire, je n’avais pas tué Denise Therrien.  Mais seule Laurette Beaudoin aurait pu en témoigner.  Hélas!  Il était trop tard; elle était morte … assassinée.  Sa mort me laissait cette unique regret, car elle avait mérité cette fin, après tout le mal qu’elle avait fait ».

Contradictoire à souhait, il décrivait Laurette comme « une très belle femme »[3] et même comme un fantasme sexuel qui répondait à tous ses désirs.

Évidemment, s’il ne connaissait rien à l’importance de la preuve circonstancielle, Bernier comprenait à tout le moins qu’il devait trouver une explication pour avoir conduit les policiers directement aux endroits où il avait enterré Denise Therrien et Laurette Beaudoin.  Plutôt difficile de prouver son innocence après des aveux aussi précis ayant aboutis à la découverte de preuves matérielles.

En évoquant sa première rencontre avec Laurette Beaudoin, dans un bar de danseuses qu’il n’identifie pas soit dit en passant, il semble replonger dans ses fantasmes sexuels, non sans se vanter au passage d’être « bien pourvu ».  Après lui avoir fait découvrir des plaisirs qu’il n’avait pas connu avec son épouse ni aucune autre femme, Laurette lui aurait confié avoir peur d’un certain Germain Tremblay, nom fictif qu’il donnait à celui qu’il tenait responsable de l’enlèvement de Denise Therrien.  En 1977, alors qu’il croupissait derrière les barreaux depuis plus d’une décennie, pourquoi ne pas avoir donné le véritable nom si son histoire était vraie?

En apprenant que ce Tremblay était violent envers sa belle Laurette, le narcissique révéla son instinct meurtrier en écrivant que « au comble de la fureur, je bondis de ma chaise, prêt à aller sur-le-champ abattre l’homme qui osait la traiter ainsi, mais elle me supplia de n’en rien faire, jurant qu’elle ne pouvait plus se passer de moi ».

Toujours plongé dans ce délire logique, ne l’oublions pas, on apprend que Laurette lui aurait avoué que ce Germain Tremblay projetait de faire un gros coup d’argent en enlevant une jeune fille.  « J’aurais dû, dès cet instant, m’opposer à ce projet, menacer de tout révéler avant qu’il ne soit trop tard, mais je ne m’en sentais pas le courage », lui qui pourtant se disait prêt, un instant plus tôt, à abattre ce dangereux personnage.

Et les invraisemblances ne se terminent pas là!

En fait, il semble bien commode que ce mystérieux kidnappeur ait choisi d’enlever sa victime juste en face de l’endroit où travaillait Bernier.  Au matin du 8 août 1961, il dit avoir vu deux personnes à bord d’une Cadillac (voiture plutôt luxueuse pour un malfrat réduit à enlever une jeune fille sans défense pour obtenir une maigre rançon de la part d’une famille de neuf enfants au revenu déjà très modeste).  Sans voir clairement les occupants du véhicule, il dira avoir vu Laurette en descendre pour charmer et convaincre l’adolescente de monter avec eux.

Un soir, dit-il, pour tenter d’assouvir ses pulsions, il se rendit chez Laurette qui, dans son sous-sol, lui montra Denise Therrien.  Gardé sous l’effet de certaines drogues (il parle d’injection, sans plus), cette dernière dormait paisiblement.  Laurette aurait alors retiré le drap pour lui montrer le corps dénudé de l’adolescente.  En dépit d’une histoire
aussi fictive qui traduit encore une fois ses fantasmes, il écrira ce commentaire choquant : « la blancheur de sa chair m’émut, mais je ne pus détacher mes yeux de sa poitrine encore peu formée ».

Et là, soudainement, le fantasme ultime : Laurette se déshabille pour lui proposer un triolisme avec la victime inconsciente.  Il cédera à la tentation, admettant seulement une relation avec Laurette, précisant que « je l’arrachai à son obscur besogne pour la pénétrer sans me préoccuper de sa douleur… ».

Et oui!  Un torchon; je vous l’avais bien dit!

Un autre soir chez Laurette, surpris par l’arrivée du mystérieux Tremblay, il se serait caché dans un placard, comme si son imaginaire nous disait d’outre-tombe qu’il n’avait jamais eu de contact direct avec ce personnage … justement imaginaire.

Un appel de Laurette survenu au matin du 2 septembre 1961 lui aurait appris la mort de Denise Therrien.  Le drame serait survenu la veille vers 18h00 quand on avait voulu la laisser monter à l’étage pour prendre un vrai repas.  Dans l’escalier, Denise aurait trébuché pour se cogner mortellement la tête.  Bernier avouera lui-même ses doutes devant ce récit cousu de fil blanc, mais il ne fournira aucune autre version des faits.  Lui qui se disait en possession de toute la documentation sur le dossier, Bernier oubliait l’importance des blessures au crâne mentionnées lors du procès.  La violence de ces coups ne correspondait évidemment pas à une simple chute dans un escalier.  Et depuis quand meurent les adolescentes de 16 ans dans un escalier?

Comble du délire, Laurette lui aurait appris que le corps se trouvait déjà dans l’une des fosses du cimetière où il travaillait.  Plutôt que de choisir la solution la plus facile, c’est-à-dire laisser le corps où il se trouvait, ou encore le transférer dans une autre fosse du cimetière pour éviter d’être dénoncé par ce Tremblay, il choisit plutôt la voie la plus risquée; c’est-à-dire de prendre le corps, de l’installer dans sa camionnette et de le conduire jusqu’au rang Saint-Mathieu pour l’y enterrer au fond d’un boisé.

L’existence même de ce lieu fait plutôt penser que les premiers aveux de Bernier aient été ceux qui se rapprochaient le plus de la vérité, c’est-à-dire un simple enlèvement dont le but était de dénicher un endroit tranquille pour abuser de Denise Therrien.  Les tentatives d’enlèvement qui avaient précédés au cours de l’été, et qui ciblaient des adolescentes, tendaient à corroborer le fait qu’il cherchait uniquement à assouvir un fantasme depuis longtemps réprimé.  Qu’il l’ait ensuite tué sous l’effet de la panique ou non, il me semble que Bernier aurait, tôt ou tard, finit par tuer quelqu’un.  D’ailleurs, il répétera l’exercice avec Laurette Beaudoin.

Et encore une fois, il ne lâche pas le morceau à propos de l’hélicoptère, affirmant cette fois que celui-ci était apparu au moment où il creusait la fosse au fond des bois.  Étrangement, il dira aussi que c’est au moment d’aller prier sur la tombe de Denise en 1962 qu’il planifia de tuer Laurette et son mystérieux compagnon.  Et tout cela, bien sûr, pour « venger » la mémoire de cette pauvre adolescente.  Qu’espérait Bernier par une idée aussi tordue?  Tenter d’attirer la sympathie d’Henri Therrien depuis le fond de sa cellule?

Il poussera son délire en prétendant que par un soir de juin 1962 il conduisit Laurette dans le rang Saint-Mathieu et, à la demande de celle-ci, déterra le corps pour le lui montrer.  Laurette aurait alors perdu conscience.  Il assassinera sa maîtresse, mais seulement un peu plus tard, paraît-il, après avoir passé une soirée houleuse de baise torride décorée d’une tournée des grands ducs dans les bars de Trois-Rivières.

En annexe, on retrouve quatre lettres que Bernier adressait à Jacques Lavoie en 1977, dont le contenu est plutôt insipide.  Bref, on aurait préféré un style narratif du genre essayiste accompagné d’une conclusion permettant de mettre en perspective ces propos honteux et complètement inutiles, à la fois pour le patrimoine historique mais aussi pour une meilleure compréhension de l’esprit criminel.  Et, je me répète sans doute, mais le choix de n’avoir jamais consulté la famille Therrien pour ce projet représente une grossière erreur.

À mon tour, je justifie mon présent compte-rendu par le fait que, malheureusement, le livre de Bernier a été le premier à être publié sur le sujet et qu’il a ainsi pu laisser quelques faussetés dans l’esprit de certains lecteurs ou amateurs d’histoire judiciaire.  En effet, il a fallut attendre en 2009 pour qu’on ait enfin le point de vu familiale de la victime par l’entremise de la nièce de Denise Therrien, qui n’a d’ailleurs jamais eu la chance de connaître sa tante.  Pour se rapprocher le plus possible de la vérité, il faut donc oublier tout le contenu du livre de Bernier, appuyer sur le bouton « remise à zéro » (reset pour les amateurs d’anglicismes) de notre cerveau et s’en tenir à un ouvrage solide comme celui d’Isabelle Therrien, en plus des faits mentionnés lors de l’enquête du coroner et du procès, c’est-à-dire des témoignages enregistrés légalement devant un tribunal.  Car, il est aussi là le problème, les mémoires de Bernier ont été destinées à une publication au dessein douteux et non à une déclaration légalement enregistrée devant un juge, sans subir de contre-interrogatoire ou autres comparaisons.

Maintenant, on comprend mieux le dégoût de la famille Therrien envers le film La Lâcheté de Marc Bisaillon, sorti en 2007.  Je dois avouer ne jamais l’avoir vu en entier, car, il y a quelques années, je m’en suis lassé assez rapidement dès les premières scènes.  Isabelle Therrien reprochait aux responsables de ce film de n’avoir jamais consulté sa famille.  Or, je sais de source sûre depuis quelques années que certains membres de cette équipe cinématographique a passé du temps à étudier certains documents d’archives au bureau de Bibliothèque et Archives Nationales du Québec (BANQ) à Trois-Rivières, ce qui voudrait donc dire qu’ils n’étaient pas sans connaître l’existence d’une version différente de celle présenté par Bernier.  Pourtant, ils ont basé leur histoire uniquement sur ce torchon, exception faite que le personnage du fossoyeur   porte le nom de Conrad Tremblay.

Malhonnêteté artistique?  Peut-être, diront certains.  À coup sûr, oserai-je dire!

Mais non, je me trompe.  J’oubliais : c’est un torchon!


[1] J’avoue que l’auteur, celui qui assume l’ensemble de ce livre, n’est pas identifié clairement.  Si le titre mentionne que ce sont les confessions de Marcel Bernier, on stipule que les propos ont été recueillies par Jacques Lavoie, que les documents ont été colligés par André Bastien et que l’avant-propos est de Claude Poirier, qui de surcroît a sélectionné ce torchon pour faire partie de la collection dont il était le directeur à l’époque.  Dans le doute, puisque la narration laisse entendre que Bernier s’adresse à nous, j’ai donc mis le nom de ce dernier comme étant l’auteur.

[2] Jacques Lavoie s’est éteint le 20 janvier 2000.  Pour lire l’intégralité de la préface de Jacques Lavoie, je vous invite à consulter la section commentaires apparaissant au bas de l’article que j’ai consacré au compte-rendu du livre d’Isabelle Therrien à l’adresse suivante : https://historiquementlogique.com/2013/12/22/linoubliable-affaire-denise-therrien/#comment-1274

[3] Si vous voulez jugez par vous-mêmes de la « beauté » de Laurette Beaudoin, je vous invite à consulter l’article suivant où vous retrouvez une photo de la seconde victime de Bernier : https://historiquementlogique.com/2013/12/22/linoubliable-affaire-denise-therrien/