La rumeur, malsaine et coûteuse

Le 22 juillet 1920, dans le parc Victoria de Québec, Blanche Garneau, une jeune femme de 21 ans, était sauvagement violée et assassinée.  Son corps ne devait être découvert que six jours plus tard.  Bien que son nom ait aujourd’hui été oublié par la majorité d’entre nous, ce drame souleva une controverse rarement rencontrée dans l’histoire de notre province.  En fait, le nom de cette modeste vendeuse de thé souleva un intérêt médiatique bien plus imposant que le meurtre d’Aurore Gagnon, survenu la même année.  La stagnation de l’enquête policière poussa le public à vouloir trouver ses propres réponses, ce qui créa rapidement des rumeurs incontrôlables.

Un procès, puis une commission royale d’enquête à laquelle le premier ministre Louis-Alexandre Taschereau fut contraint de témoigner, ne suffit pas à élucider ce crime.  On avait dépensé les deniers publics pour en arriver au même point.  Le meurtre demeurait non élucidé.

L’Histoire nous enseigne certaines leçons, à condition, bien sûr, d’accepter de leur prêter un minimum d’attention.  Dans les faits, rien dans cette cause du siècle dernier ne rejoint celle de Cédrika Provencher.  Nous avons là deux dossiers séparés par plus de huit décennies, deux modes opératoires différents, et des victimes qui n’ont pas le même âge.  Et pourtant!

Quand on prend la peine de se pencher sur le comportement social, on croirait alors assister à un véritable copier-coller.  La technologie a considérablement évoluée depuis 1920, mais pas nécessairement la mentalité sociale.

Pendant les quelques semaines que dura l’enquête du coroner sur la mort tragique de Blanche Garneau, le public avait, semble-t-il, pris la décision de faire sa propre justice.  Le seul moyen dont le peuple dispose dans ce genre de situation est sa langue, considéré ici au premier degré et comme synonyme de commérage.  Bien sûr, ces rumeurs prenaient leur élan à partir de certains éléments véridiques ou quelques interprétations douteuses, mais elles ne tardèrent pas à prendre une proportion telle que la classe politique fut pointée du doigt.  On accusa deux fils de député d’être les meurtriers, en plus de laisser clairement entendre que d’autres politiciens agissaient au sein de cette enquête dans le seul but de les protéger.  Bref, on parlait de complot politique.

On a d’ailleurs assisté à cette tendance dans l’affaire Dupont, au sein de laquelle, sans aucune preuve, on accusait pratiquement toutes les institutions québécoises, et cela sur une période de plusieurs décennies.  En réalité, le crime reproché ne fut qu’un malheureux suicide.  Bref, la rumeur publique avait failli fausser un résultat clairement établi par la justice.

Quand on se retrouve devant un combat à la saveur de David contre Goliath, comment se fait-il que David ne se remette jamais en question?  Pourquoi ne se demande-t-il pas, par exemple, la raison pour laquelle il est tout seul dans son camp?  Avant de pointer l’ensemble de la société en l’accusant de tremper dans un épouvantable complot qui n’a jamais laissé la moindre trace, une prise de conscience devrait s’imposer d’elle-même.

Ces rumeurs vont rarement en décroissant.  Les ragots prennent plutôt de l’ampleur, et parfois même des proportions démesurées, voir épouvantables.  Ai-je besoin de mentionner quelques cas américains comme JFK ou celui des tours jumelles?

Dans l’affaire Dupont, le congédiement de deux policiers en 1969 a effectivement révélé un certain climat de corruption à Trois-Rivières, mais ce sujet est vite devenu un fourre-tout pour y déposer les hypothèses les plus loufoques.  Bref, c’est devenu à peu près n’importe quoi.  La justice s’est prononcée à plusieurs reprises et à chaque fois le suicide fut confirmé, et reconfirmé, telle une vieille chanson à répondre qui passe et repasse à la radio entre Noël et le Jour de l’An.  Le système judiciaire n’a pas à expliquer son fonctionnement ou ses décisions, mais peut-être qu’on aurait dû faire comprendre à certains acteurs du dossier ce qu’est une véritable preuve.  Ce petit exercice pédagogique aurait sans doute pu éviter de nombreuses dépenses, que ce soit en argent ou en énergie.

L’affaire Dupont a ceci en commun avec celle de Blanche Garneau : dans les deux cas, la rumeur publique a forcé la tenue d’une commission d’enquête coûteuse qui, au final, n’a strictement rien donné, sinon de créer des déchirements et autres mésententes regrettables.  La rumeur peut donc avoir un impact concret et financier sur notre quotidien.  Dans ce cas, il ne faudrait surtout pas la considérer comme inoffensive.

La pendaison de Wilbert Coffin, en février 1956, a suscité sensiblement le même phénomène, au point de forcer le gouvernement à mettre sur pied la Commission Brossard au milieu des années 1960.  Bien que le verdict ait été reconfirmé et qu’une révision du dossier entamée en 2007 n’a jamais donné suite, il se trouve encore des gens pour affirmer haut et fort que Coffin était innocent.  Encore une fois, la rumeur s’est avérée coûteuse.

screenhunter_205-sep-16-19-25En 1982, l’étudiante France Alain a été sauvagement abattue en pleine rue à l’aide d’un fusil de chasse de calibre .12 alors qu’elle revenait de faire des emplettes à Ste-Foy.  Le coroner mit quatre ans avant de tenir son enquête, qui visait clairement l’animateur de radio Benoît Proulx.  Même si celui-ci a été acquitté honorablement lors de son procès survenu au début des années 1990, il s’en trouve encore pour le pointer du doigt.  Et pourtant, quand on se donne la peine d’approfondir un peu cette affaire on a plutôt tendance à viser le comportement policier.  Là encore, il semble que la population ait dû encaisser les frais d’un procès qui n’aurait jamais dû avoir lieu.  J’ajouterais que, dans ce cas, la rumeur a été malhonnêtement entretenue par certaines personnalités, tout comme le laissait entendre Yves Boisvert dans La Presse du 23 août 1997.

Boisvert, qui intitulait son article « Quand l’hystérie d’une opinion publique gagne le système judiciaire », soulignait que « ce dérapage-là ne pouvait se passer qu’à Québec.  Avec un meneur d’opinion publique appelé André Arthur qui se prend pour un policier, un procureur, un juge et un jury; avec une police de banlieue à la réputation moins qu’ordinaire; avec un avocat de la Couronne pressé et ambitieux; avec un juge ancien sous-ministre associé qui paraît pencher pour la thèse de l’État et qui en oublie des règles élémentaires de justice; et avec un petit monde médiatique qui se chicane salement autour de tout ça ».

On ne souhaite évidemment pas que ces histoires d’horreur se répètent avec l’affaire Cédrika Provencher, alors que nous n’avons toujours pas la moindre accusation ni procès.  Et ces rumeurs ne se limitent pas aux détails entourant Jonathan Bettez.  Dès 2007, et cela jusqu’à l’été dernier, des âmes irréfléchies m’ont fait part de leur idée selon laquelle le coupable serait nul autre que le père de Cédrika, Martin Provencher.  Pour être franc, je n’ai jamais cru ou même envisagé cette avenue.  Pas une seule seconde!  Au contraire, je trouvais cela tout à fait gratuit, et même dégueulasse.

Cette idée ridicule offre un autre exemple concret de l’aspect malsain que peut engendrer un climat contrôlé par les ragots.  Souvenons-nous que Cédrika a été enlevée par un homme qui rôdait dans son quartier en demandant, ici et là, à des enfants de venir l’aider à retrouver son chien.  En fait, un père mal intentionné s’y prendrait autrement, sans ameuter tout un quartier au sein duquel il risquerait d’ailleurs d’être reconnu.

Le simple fait d’y avoir pensé prouve à quel point certaines commères peuvent manquer d’esprit d’analyse.  C’est bien connu, la commère préfère ouvrir la bouche avant de mettre son cerveau en marche.

Comme je le soulignais lors de mon dernier passage à l’émission Denis Lévesque, il est tout à fait normal de vouloir aider, d’avoir l’instinct de chercher, au point de voir Cédrika dans notre soupe.  La normalité a cependant ses limites lorsqu’elle se transforme en chasse aux sorcières.  En dépit de ce que certaines personnes croient, le système policier est généralement efficace et il est aussi là pour nous protéger contre nous-mêmes.  Le système judiciaire se chargera en temps et lieu du coupable, si bien sûr on arrive à déposer des accusations contre lui.  Il ne faudrait tout de même pas laisser la population se faire justice en conduisant Jonathan Bettez sur le bûcher.  Ce serait une terrible régression sociale que de laisser de telles décisions au public, qui a toujours eu besoin de moins de preuve – sinon aucune – que la Justice pour condamner une personne.

Ceci dit, la rumeur a parfois tort, et parfois raison.  Le problème, c’est que nous devons avoir la sagesse d’admettre que ce n’est pas à nous d’en juger, et encore moins à tous ces détectives en herbe qui s’improvisent actuellement.  On peut commenter raisonnablement, mais de là à répandre des rumeurs invérifiables…

Probablement comme plusieurs d’entre vous, j’ai parcouru quelques textes et commentaires sur les réseaux sociaux.  C’est clair, nous sommes plongés en pleine stupeur.  Les gens disent vraiment n’importe quoi, au point où j’ai reconnu personnellement certains affabulateurs et d’autres qui s’improvisent experts en ADN.  Le célèbre chroniqueur judiciaire Claude Poirier en est rendu à perdre son latin, et peut-être même son dentier, en répandant certaines inepties.  Certes, il a nagé toute sa vie dans le ouï-dire, mais cette fois c’est la goutte qui fait déborder le vase chez plusieurs amateurs de faits judiciaires.  Ce n’est peut-être pas son âge qui l’affecte le plus, comme l’avancent certains, mais plutôt son amour démesuré pour le scoop.

D’autres avancent l’idée d’un complot alors que nous n’avons toujours pas la moindre accusation légale.  On brûle les étapes.  On cède à la pression populaire et on déblatère.  On veut plaire au public, mais ce n’est pas ça une véritable enquête objective.  C’est dérisoire, inacceptable et très malsain.

Comme le disait si bien l’écrivain S. Yzhar « nous émettons une idée sur toute chose avec une ignorance merveilleuse ».

C’est sans doute malheureux pour les indiscrets chroniques, mais nous saurons la vérité sur cette affaire seulement s’il y a procès.  En attendant, libre à vous de croire les affabulateurs de votre choix.

 

Mesrine le tueur de Percé, une fraude judiciaire

                      Fortin, Clément.  Mesrine, le tueur de percé : une fraude judiciaire.  Wilson & Lafleur, 2012, 421 p.  Le docu-roman a fait sa sortie officielle le 13 novembre dernier aux éditions Wilson & Lafleur.

L’avocat retraité Clément Fortin nous a habitués à son invention littéraire du docu-roman avec L’Affaire Coffin : une supercherie?  et On s’amuse à mort, style qu’il reprend une fois de plus pour son tout dernier livre.  Cette fois, il s’est attaqué à l’un des plus tristes épisodes de l’histoire québécoise du 20ème siècle.

Ce fut aisé pour moi de me plonger dans ce livre que j’attendais depuis plus d’un an.

Les fins observateurs ont déjà décelé dans le titre une bonne part des conclusions de l’auteur, d’autant plus que ce dernier dédie son ouvrage aux témoins de cette cause « dont la réputation a été ternie par le verdict du jury de Montmagny », rien de moins.

Dès le premier chapitre, Me Fortin nous plonge dans les premières frasques du criminel français Jacques Mesrine.  C’est en compagnie de Jeanne « Janou » Schneider et de Michel Dupont, un autre compatriote français, que Mesrine organise à toute hâte l’enlèvement du richissime Georges Deslauriers le 19 juin 1969.  Suite à ce fiasco, le trio prend la fuite en train vers Percé, en Gaspésie.  Le 21 juin, ils s’installent au motel Les Trois Sœurs, propriété d’une célibataire de 58 ans, Évelyne LeBouthillier.  Celle-ci tombe immédiatement sous le charme du séduisant Mesrine, qui tente de dissimuler son identité.  Elle les installe dans la cabine no. 4.

Le 25 juin, le trio reprend le train pour revenir vers Montréal, où Mesrine apprend qu’il est activement recherché pour l’enlèvement de Deslauriers.  Dupont retourne chez lui, où il sera arrêté.  Mesrine bouge sans arrêt, comme s’il bénéficiait d’un instinct tout désigné pour brouiller les pistes.  C’est avec Schneider qu’il reprendra la route de Percé, où il sera aperçu au soir du dimanche 29 juin 1969.

Le lendemain matin, 30 juin, Irène LeBouthillier découvre sa tante gisant sur le plancher du motel.  Le Dr Authier fixera plus tard la mort entre minuit et 4h00 du matin.  Les détectives cibleront rapidement le couple Mesrine – Schneider, qui se trouve alors en pleine fuite à travers la province avant de passer aux États-Unis.  C’est d’ailleurs en Arkansas qu’ils seront capturés à la fin de juillet et ramenés au Québec pour comparaître dans cette affaire d’enlèvement.  Se croyant à l’abri, le couple sursaute d’étonnement lorsqu’on les accuse du meurtre d’Évelyne LeBouthillier.  Les preuves sont pourtant contre eux.

Le 21 août, à Percé, leur enquête préliminaire est présidée par le juge Duguay, le même juge ayant présidé l’enquête préliminaire de Wilbert Coffin en 1953 avant de l’envoyer devant la Cour du banc de la reine.

Après certains délais, c’est le procureur général Rémi Paul qui, le 11 mai 1970, autorise Me Roch Roy et Me Anatole Corriveau à porter des accusations de meurtre contre Mesrine et Schneider dans l’affaire de Percé.

Il faut attendre le chapitre 12 pour se laisser entraîner au rythme de cette première journée de procès qui se déroule à Montmagny, à l’est de la ville de Québec.  En ce 18 janvier 1971, le récit nous donne l’impression d’être assis dans la salle à écouter les procédures.

On débute donc avec le témoignage du policier Denis Léveillé, celui qui a été chargé de prendre les photos de la scène de crime et de prélever les empreintes.  L’auteur nous permet d’assister à ce qu’il qualifie lui-même de « derby de démolition » quand Me Raymond Daoust le contre-interroge afin de remettre en question ses compétences.  Il écrit d’ailleurs à ce propos que « il n’est évidemment pas possible pour un enquêteur de se souvenir, dans le menu détail, un an ou deux ans plus tard, de toutes les observations qu’il a faites sur le terrain, à moins de toutes les mettre par écrit.  La défense le sait et cible ces apparentes faiblesses ».

Ce n’est là que le début de l’offensive sans relâche et machiavélique qu’entretiendra Me Daoust tout au long de ce procès.  Si certains peuvent qualifier sa stratégie d’une certaine forme d’art, on serait aussi tenté d’y voir de l’acharnement et un manque flagrant d’honnêteté.  L’auteur fait d’ailleurs dire à l’un de ses personnages que « je trouve ça bien triste qu’on utilise la justice pour faire du spectacle ».

Pour avoir moi-même consulté ces transcriptions durant quelques semaines, j’entretenais un doute sérieux quant au témoin Marcelle Raymond, une jolie célibataire de 28 ans.  J’ai toujours cru que son témoignage avait été fabriqué de toute pièce afin de prétendre qu’elle avait vu les bijoux en possession de Mesrine et Schneider au moment où elle prétendait fréquenter Deslauriers.  Il semble que l’auteur en vienne à la même conclusion, qualifiant l’intervention de Mlle Raymond de « témoignage de dépannage ».  Après tout, rien de plus facile que de prétendre avoir déjà vu tel ou tel bijoux, alors qu’on tourna le dos aux honnêtes témoins sans histoire qui sont venus expliquer que ces bijoux appartenaient plutôt à la victime.

Ces subterfuges sont nombreux, au point où on en vient réellement à se demander si les procédures légales ont été respectées.  En plus du fait qu’on a caché aux jurés la condamnation de Mesrine dans l’affaire Deslauriers, puisque Daoust avait porté cette cause en appel, et aussi le fait que l’accusé tenta une évasion par incendie au cours du procès, ils ont eu droit aux interventions musclés de Mesrine et des membres de la Cour.  En fait, on en vient à croire que ce procès aurait dû être annulé.

Pour expliquer une partie de la controverse, l’auteur revient sur le fait que le juge Paul Miquelon était encore hanté par l’affaire Coffin, d’autant plus que Me Daoust s’était frotté à lui devant la Commission Brossard, créée par Jean Lesage devant le tollé soulevé par Jacques Hébert qui hurlait l’innocence de Coffin à travers son chapeau.

Mesrine poussera évidemment l’audace jusqu’à poursuivre ses interventions de gueulard diplômé pendant la plaidoirie du procureur de la Couronne.  Ce dernier conclut d’ailleurs calmement en s’adressant aux jurés de cette façon : « alors, messieurs, je termine en vous disant que je ne suis pas d’accord avec ceux qui disent qu’un jury décide qui est le meilleur avocat.  Je n’ai aucune espèce d’orgueil.  Vous pouvez trouver que les avocats de la défense sont infiniment supérieurs à ceux de la Couronne.  Mais, c’est en votre âme et conscience que vous devez rendre votre verdict ».

Les jurés ont semblés ignorer la recommandation puisque le couple maudit fut acquitté au milieu d’un autre tumulte.

En utilisant les transcriptions sténographiques du procès, Me Fortin permet au lecteur de se glisser dans la peau de l’un des jurés et ainsi lui permettre de se dessiner sa propre idée de l’affaire.  En fait, l’auteur est si fidèle aux documents qu’il écrit en préface que « je n’ai pas jugé opportun d’interviewer les quelques  survivants de ce drame, car je sais, par expérience, qu’il faut se méfier de l’information qu’on recueille sur le terrain.  Pour se rendre intéressants, certains racontent des histoires qu’ils ne répéteraient pas sous serment devant un tribunal ».

La lecture est fluide et passionnante, voir naturellement emballante malgré la lourdeur du propos.  Le travail colossal de Me Fortin permet en quelque sorte de faire la barbe à certains auteurs et commentateurs qui se sont permit, au fil des années, d’acquitter trop facilement Mesrine sans avoir même consulté, ne serait-ce qu’un instant, les dossiers d’archives.  En fait, plusieurs personnes, historiens inclus, se sont trop souvent contentées de digérer les propos de Mesrine étalé dans deux livres (1977 et 1979) sans les remettre en question.  Certes, ce n’est pas le cas de Me Fortin, qui n’en manque pas une de clouer le bec aux affirmations du « grand » criminel.

Un ouvrage comme celui-là devrait servir de leçon à tous ces fanatiques en mal d’idoles qui admirent un héros aussi faux et pleurnichard que Mesrine.

Il est seulement regrettable de devoir attendre plusieurs années avant que des auteurs comme Me Fortin viennent rétablir l’ordre dans des affaires qui ont pris trop d’ampleur au moment des faits.  Il l’a remarquablement bien fait avec l’affaire Coffin, et cette fois il devient le premier à oser dire publiquement que ce procès a été une fraude et que Mesrine était réellement coupable.  Et ce ne sont pas des paroles en l’air.  Les documents sont là pour le prouver!

On ne peut en conclure que les jurés se sont, au final, laissé aveugler par le spectacle de Me Daoust et de son arrogant client.  En se basant sur les véritables faits et des preuves solides, sans se laisser distraire, le verdict aurait sans doute été différent.  Au lieu de ça, on a préféré croire la parole d’un criminel contre celle de plusieurs témoins qui se corroboraient entre eux.

Quant à ceux et celles qui tenteraient de se faire une opinion par ce simple compte-rendu de livre, je dirais seulement qu’il s’agit de l’une des rares affaires qui ne peut être résumée, même en quelques pages.  Pour se forger une opinion juste et honnête il faut obligatoirement lire l’ouvrage de Me Fortin du début jusqu’à la fin.  C’est en se familiarisant avec les moindres détails qu’on peut dresser un tableau fidèle de cette aventure judiciaire.

En épilogue, où l’auteur nous partage son opinion, il ne manque pas de souligner que les maires de Percé et de Montmagny ont tenté de profiter de certaines retombées économiques devant le film de Jean-François Richet L’Instinct de mort, mettant en vedette Vincent Cassel dans le rôle de Mesrine.  Ce n’est pas sans rappeler les intentions douteuses concernant le projet d’un centre d’interprétation de l’affaire Coffin, rappelle-t-il au passage.

Il ne manque pas non plus se revenir sur certaines irrégularités, dont le sort injuste réservé à plusieurs témoins : « on ne pourra jamais réparer tout le mal fait à ces témoins qu’on a qualifié de parjures.  Jusque-là irréprochables dans leur communauté, il n’a fallu qu’un truand, qu’on a cru naïvement sur parole, pour en faire des gens qu’on pointe du doigt ».

J’ai déjà mentionné à Me Fortin dans un courriel qu’après avoir lu son livre sur l’affaire Coffin je ne pouvais que me ranger derrière le verdict des jurés et que cette conclusion m’enlevait tout envie de lire les écrits de Jacques Hébert sur le sujet.  Mais dans ce cas-ci, impossible de se ranger derrière l’avis des jurés.  Car le procès de Montmagny fut réellement … une fraude judiciaire!

Mesrine le tueur de Percé (PDF)