Lancement du livre « L’affaire Blanche Garneau »


ScreenHunter_614 Apr. 19 16.42            L’auteur Eric Veillette, qui a fondé le blogue Historiquement Logique en 2010 et qui depuis 2014 vous a offert trois études de cas, est fier de vous présenter le résultat de sa toute dernière révision de dossier judiciaire sous le titre de L’affaire Blanche Garneau.

            Son étude exhaustive des quelque 4 600 pages du dossier l’amène à conclure que les archives ont toujours des informations inédites à nous livrer sur des histoires que l’on croit connaître.  Si les Américains ont l’affaire du Dahlia Noir en guise d’énigme policière, nous avons la nôtre avec Blanche Garneau, qui se traduit par notre plus grand mystère criminel du 20e siècle.  Ce nom est à retenir.  L’histoire de cette jeune femme a plusieurs leçons à nous livrer, même après un siècle.

            Blanche Garneau était une jeune vendeuse de thé sans histoire âgée de 21 ans.  Elle fut sauvagement violée et assassinée dans le parc Victoria, à Québec, en juillet 1920.  En dépit de plusieurs enquêtes, dont une commission royale mise sur pied par le premier ministre de l’époque Louis-Alexandre Taschereau, ce meurtre n’a jamais été résolu.

            Eric Veillette a abordé ce dossier comme il l’a fait précédemment pour son succès L’affaire Aurore Gagnon : le procès de Marie-Anne Houde (2016), c’est-à-dire en se familiarisant d’abord avec tous les documents du dossier afin de le présenter dans un ordre chronologique.  Il s’est ensuite obstiné à vérifier plusieurs dossiers connexes susceptibles d’avoir des liens.  Sa technique d’enquête historique lui a permis de découvrir deux nouveaux suspects qui, jusqu’à maintenant, avaient été ignorés par les policiers et les chercheurs.  Il a même retracé l’un d’eux jusqu’à son dernier repos, à Montréal.

            Dans la région de Québec, le nom de Blanche Garneau raisonne encore comme une légende politico-policière, mais fut-elle réellement entachée par un complot politique?  Ou n’est-ce pas là un simple meurtre sordide à caractère sexuel?

            Les leçons à tirer de ce célèbre crime non élucidé auront de quoi surprendre, en plus d’établir quelques liens sérieux avec certaines tendances que nous connaissons actuellement dans le traitement réservé à certaines affaires judiciaires de ce début de 21e siècle.

            Le livre L’affaire Blanche Garneau, qui compte 410 pages et plusieurs illustrations, est disponible dès maintenant.  Pour commander votre exemplaire, adressez-vous à votre libraire ou contactez la librairie l’Exèdre au 819-373-0202 (Trois-Rivières).

Pour les lecteurs européens, il est préférable de contacter l’auteur par courriel : eric.veillette@hotmail.ca (transaction par Western Union).

Finalement, le livre est aussi disponible sur Amazon.

 

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Le mystérieux Moïse Darabaner


Moïse Darabaner, selon un dessin d'Allô Police, 1965.
Moïse Darabaner, selon un dessin d’Allô Police, 1965.

Qui se souvient de Moïse Darabaner? Et surtout, qui était-il?

J’ai entendu ce nom pour la première fois il y a quelques mois, lorsqu’une journaliste me contactait pour me demander ce que je savais à propos de ce personnage. Malheureusement, je fus incapable de lui venir en aide. Même la Toile n’évoque pratiquement rien à son sujet.

Récemment, au hasard de mes recherches concernant un autre projet de livre, je trébuchais sur deux articles publiés dans Allô Police, un premier le 10 octobre 1965 et un autre le 17 octobre. Le nom de Darabaner y apparaissait en première page.

Dans l’article du 10 octobre, on parlait principalement de la découverte de quelques cadavres dans la région de St-Gilles, non loin de Ste-Agathe-de-Lotbinière. La découverte de trois corps putréfiés s’ajoutait à trois autres, portant à six le nombre de dépouilles. Ces six victimes auraient été reliées à un vaste réseau de fraudes des faillites et d’incendies criminels. Toute cette histoire avait commencée par l’arrestation de Moïse Darabaner au cours de l’été 1964.

L’arrivée de Me Claude Wagner au ministère de la Justice avait apparemment donné le coup d’envoi à une lutte contre la corruption, un phénomène qu’Allô Police comparaissait aux « belles années » de Chicago. Selon cette même source, le crime organisé tremblait devant la lutte qu’on lui faisait « et dès l’an dernier [1964], son travail [à Wagner] portait fruit alors qu’un juge était condamné à deux ans de prison pour parjure ».

Une part du mérite dans cette campagne de « nettoyage » revenait à Me Gérard Laganière, qui travaillait sur des causes de faillites frauduleuses. Selon Allô Police, voici comment fonctionnait le stratagème : « on achetait un commerce qui allait plus ou moins bien, on déposait la forte somme à la banque pour rassurer les créanciers futurs, on achetait beaucoup de crédit, donnant comme référence la banque où on avait déposé l’argent. La deuxième opération consistait à retirer l’argent de la banque, à vendre la marchandise en bas du prix coûtant ou à l’entreposer dans un endroit inconnu, puis à déclarer faillite. Les créanciers perdaient tout car lorsque venait le règlement des comptes, le magasin était pratiquement vide ».

Me Laganière avait commencé par intenter une poursuite contre André Poupart et Hilaire Paquette. Ces deux-là se firent représenter par l’avocat et député Me Adrien Meunier. Le 25 septembre 1962, un dossier concernant Poupart et Paquette disparaissait dans des conditions étranges au secrétariat de la police de Montréal. Le précieux document s’étant envolé, la justice avait dû acquitter les deux hommes, faute de preuves.

Le jour même, le lieutenant Brunette avait pu enregistrer une conversation dans laquelle Me Meunier se vantait en invitant le policier à « aller voir à l’incinérateur de la rue Dickson s’il voulait retrouver son dossier ».

À l’automne 1963, Meunier devenait juge à la Cour Supérieure. Quelques mois plus tard, la Couronne rouvrait cependant l’affaire Poupart-Paquette puisque de nouveaux indices étaient venus s’ajouter au dossier. Le plus intéressant, c’est que le juge Meunier était maintenant contraint de venir témoigner[1]. L’enquête s’étendit à l’ensemble de la province, ce qui conduisit à l’arrestation de Darabaner.

Une femme prétendait avoir perdu 250,000$ aux mains de ces fraudeurs et « le détective Vincent Ouellet de la police de Québec fut nommé en charge de l’enquête. Il fit les premières découvertes qui devaient mettre à jour la plus formidable affaire criminelle du siècle au Québec ». Il aurait fallu, semble-t-il, plusieurs semaines d’investigation afin de comprendre les rôles de chacun au sein de l’organisation.

Alors qu’on hésitait à dévoiler qui d’André Lamothe et Moïse Darabaner en était le chef, Allô Police croyait que les ordres provenaient de « plus haut ». Parmi les exécuteurs, on parlait de gorilles tels que Rédempteur Faucher, Paul Brie et Ovila Boulet. Lamothe aurait été « le chef de la discipline » et Gaston Constantin le conseiller de Darabaner.

Une photo de mauvaise qualité de Darabaner (Allô Police, 1965).
Une photo de mauvaise qualité de Darabaner (Allô Police, 1965).

« Depuis le début de l’enquête, Moïse Darabaner demeure toujours le personnage central », ajoutait Allô Police. Ce curieux individu se serait installé dans la Vieille Capitale en 1936 pour ensuite gravir rapidement les échelons dans le milieu des affaires, au point de se retrouver président d’une quinzaine de compagnies, que ce soit dans le domaine du prêt, de la restauration ou du divertissement. Il aurait d’ailleurs mené des combats marquants à Québec concernant des règlements de zonage. « La ville dut démolir elle-même un édifice que Darabaner persistait à vouloir construire plus haut que le permettaient les règlements municipaux ».

Il fut également impliqué dans une affaire de fraude avec la Banque Canadienne Impériale, où trois chèques de 50,000$ auraient été changés en l’absence du gérant. Darabaner fut cependant acquitté dans cette cause. À Québec, on le connaissait comme un important prêteur sur gage qui imposait des taux de remboursement très élevés. Il fit également des affaires avec une certaine Mlle Smiley, présidente de Junior Holding et propriétaire d’une carrière de granite à St-Basile de Portneuf. Darabaner et Constantin auraient promis à cette dame un contrat pour 360,000 chaînes de trottoirs à 14.25$ l’unité, ce qui revenait à parler d’une affaire de 6$ millions. Pour montrer sa bonne foi, Mlle Smiley leur versa un acompte de 110,000$.

On devine cependant que le contrat tant attendu ne se concrétisa jamais et la dame perdit son investissement. Qu’à cela ne tienne, car Darabaner aurait développé un projet encore plus brutal en prévoyant se débarrasser de Mlle Smiley. Pour ce faire, il fit appel à Rosaire Daoust, qui aurait demandé 1,000$ pour exécuter le travail. Heureusement pour la femme d’affaire, Constantin se serait finalement opposé à ce projet de meurtre.

Après l’arrestation de Darabaner, on raconte qu’il aurait fallu un camion de trois tonnes pour transporter tous les documents saisis. Deux procureurs spéciaux furent nommés pour s’occuper de l’affaire : Me Rock LeFrançois et Me Anatole Corriveau.

Une enquête à huis clos sur les incendies criminels permit d’établir un lien direct avec les cadavres retrouvés en octobre 1965 près de St-Gilles. Parmi ces victimes on comptait un dénommé Rédempteur Faucher, surnommé La Torche. Selon Ovila Boulet, son complice, Alfred Cyr avait emprunté de l’argent à Darabaner en 1958 pour se procurer une maison à St-Lambert. Darabaner aurait lui-même déboursé les frais d’assurance avant de mettre la maison au nom de Mme Cyr. Bientôt, Alfred Cyr se montra incapable de rencontrer ses paiements, ce qui lui mérita une menace écrite de la part de Darabaner. En désespoir de cause, Cyr alla rencontrer ce dernier dans son bureau situé sur la rue de la Couronne dans la Basse-Ville de Québec. La solution envisagée était assez simple : incendier la maison endettée pour encaisser l’argent de l’assurance. Cette affaire impliqua également un ajusteur public nommé Louis Sicotte qui devait s’arranger pour que la prime d’assurance de Cyr n’augmente pas après l’incendie. Darabaner, Gagnon et Sicotte reçurent 1,000$ chacun pour cet arrangement.

Le 10 septembre 1961, Gagnon se présenta chez Cyr et, après lui avoir montré un revolver inséré dans sa ceinture, lui conseilla d’aller faire un tour chez son père. Le lendemain, Cyr apprenait que sa maison avait été rasée par les flammes. Ovila Boulet et Rédempteur Faucher avaient allumé le brasier. Ce contrat avait rapporté 300$ à Boulet et 200$ à Faucher.

En fait, les deux hommes auraient aussi allumés d’autres brasiers pour le compte de Darabaner. Toutefois, Faucher finit par commettre une erreur à laquelle il est encore impossible d’apporter une explication claire. Néanmoins, cette faute fut suffisamment grave qu’on prit la décision de l’éliminer, une mission que l’on confia à André Lamothe.

En mai, à la sortie du pont de Québec, Lamothe se chargea donc de mettre une balle de revolver dans le côté de Faucher alors que celui-ci prenait place dans la même voiture que lui. Il reprit ensuite la route pour transporter le cadavre jusqu’au chemin reliant les villages de St-Gilles et Ste-Agathe-de-Lotbinière. Sur place, il lui retira ses vêtements avant de l’asperger d’un produit caustique (communément appelé le Drano). Plus tard, Lamothe nia avoir reçu l’ordre d’abattre Faucher, affirmant plutôt l’avoir éliminé de son propre chef.

Malheureusement, Faucher n’a pas été la seule victime de cette organisation.

Le 30 septembre 1961, un hôtel de St-Joseph de Beauce appartenant à Albéric Bilodeau devenait à son tour victime des flammes. Bilodeau se rendit ensuite dans un hôtel de St-Henri de Lévis en compagnie de Marcel Voyer, un de ses employés. On lui avait donné rendez-vous pour signer un soi-disant contrat de peinture.   Sur place, Voyer entra dans l’hôtel pour s’informer. À sa sortie, son patron avait disparu, ainsi que sa voiture. Le corps de Bilodeau devait être retrouvé plus tard à St-Gilles parmi les autres victimes aspergées de Drano.

Les décès de Paul Brie, Paul Nadeau et René Foucher seraient également reliés à cette affaire. Parmi les cadavres retrouvés dans la région de St-Gilles, on y trouva celui d’Henri-Paul Chandonnet, qui aurait été assassiné pour avoir été témoin de certaines pratiques en lien avec les incendies. La Police provinciale croyait aussi que la mort de Maurice Gingras, qui remontait à 1962, était reliée à cette mystérieuse affaire, mais au moment de la publication de l’article d’Allô Police en octobre 1965, son corps n’avait toujours pas été retrouvé. Il était président de Gingras Electric.

Paul Nadeau, apparemment natif de Plessisville, aurait été la première victime, en 1959. On l’aurait enduit d’un produit caustique avant de l’enterrer à St-Nicolas, où passait en 1965 la route transcanadienne. « On affirme que pour trouver ce qui reste de son corps, il faudrait défaire une partie de la route. Comme le caustique a certainement fait son œuvre, il semble qu’on ne retrouvera pas grand-chose ».

En octobre 1965, c’est sur la route Gosford[2] entre St-Gilles et Ste-Agathe qu’un travailleur de la voirie effectuant des travaux d’arpentage sentit le besoin de soulager sa vessie. En pénétrant dans les bois, il eut la surprise de découvrir un corps. Après l’arrivée sur place des policiers, on découvrit cinq autres cadavres et s’amorça alors l’histoire qu’on connaît.

Parmi eux, on identifia les restes de Bilodeau. L’enquête permit ensuite de cibler Ovila Boulet, qui devra subir son procès au palais de justice de Québec en 1967 pour le meurtre de Bilodeau. Reconnu coupable, il sera condamné à mort avant que sa sentence soit finalement commuée en une peine d’emprisonnement.

Dans le livre L’affaire Gerda Munsinger (2014) de Gilles-Philippe Delorme et Danielle Roy, c’est à la page 209 qu’on croise le nom de Darabaner pour la première fois. Lors des élections fédérales de 1963, on apprend que Lester B. Pearson fut élu avec un gouvernement libéral minoritaire à Ottawa. Peu de temps après, cependant, certains magouilleurs comme Charles-Hubert Ducharme et le financier John C. Doyle parvenaient à convaincre six créditistes de Réal Caouette de passer dans leur camp et ainsi donner la majorité à Pearson. Ce complot politique fut complété de Moïse Darabaner, que les auteurs décrivent comme un personnage influent de Québec pour avoir des amis dans tous les milieux. En 1963, Darabaner était commissaire à la Cour Supérieure et ce fut donc lui qui rendit cette défection officielle. Pour ce travail, il aurait empoché 25,000$.

Delorme et Roy le dépeignent également comme un passionné du jeu : « il adore les combines et traficotage en tous genres, et cette petite réunion fantaisiste où valsent des milliers de dollars le laisse pantois d’admiration. Cette histoire le change de ses propres affaires de frais hypothécaires et de petits commerces plus ou moins licites qui, bien que lucratifs, sont, hélas! d’une morne banalité ».

Le Dr Guy Marcoux promit ensuite de révéler tout le scandale dans un livre. Le document publié comptera finalement 24 pages sans toutefois faire de grande révélation. Malheureusement, le livre de Delorme et Roy reste vague sur la vie de Darabaner, qui aurait purgé une peine de 9 ans de prison. À sa sortie, il aurait repris ses activités et rebâti sa fortune.

[1] Le juge Meunier s’est éteint en 1971.

[2] Coïncidence, peut-être, au moment d’identifier le corps de son redoutable fils, le père du célèbre braqueur Jean-Paul Mercier habitait sur cette route. On sait que Mercier était natif de Ste-Agathe-de-Lotbinière, né en 1944.

JFK, le dernier témoin


JFK, le dernier témoin, par William Reymond et Billie Sol Estes, Flammarion, 2003, 407 p.

Ce livre de 407 pages est l’œuvre du journaliste d’enquête William Reymond, un français installé au Texas, et de Billie Sol Estes, un ancien multimillionnaire ruiné qui avait, semble-t-il, des secrets importants à révéler en lien avec l’assassinat du président John F. Kennedy survenu le 22 novembre 1963 à Dallas, Texas.

Dès les premières pages, on sent qu’il ne s’agit pas d’une enquête proprement dite, à savoir que le récit se raconte comme un roman policier et repose presque uniquement sur les dires d’Estes.  En effet, si Reymond est aussi l’auteur d’au moins deux romans, il affirme plus d’une fois avoir trouvé des preuves pour corroborer les affirmations d’Estes mais sans jamais les rendre claires ou solides aux yeux du lecteur.  Bref, il semble garder certaines cartes dans ses manches, ce qui peut devenir agaçant à la longue.  Bref, on pourrait croire à une suite, mais depuis 2003 rien de nouveau sous le soleil.

N’oublions pas qu’Estes est aussi le co-auteur du volume, dont il signe d’ailleurs clairement la préface.  Or, les lecteurs rationnels d’expérience savent le peu de crédit qu’on accorde aux autobiographies, en particulier lorsqu’il est question de sujets aussi controversés.  Bien sûr, JFK le dernier témoin ne verse pas complètement dans ce genre littéraire, mais cela suffit cependant à préserver un doute.

Reymond perd du temps à se mettre lui-même en scène, peut-être pour se donner de l’importance ou alors tenter d’ajouter de la crédibilité à l’histoire.  Voilà un polar qui traîne de la patte durant une centaine de pages avant d’entrer dans le vif du sujet.

On le sait, les théories conspirationnistes sont nombreuses en ce qui concerne le crime du siècle et sur ce point Reymond démontre sa prudence à plus d’une reprise, cherchant à s’éloigner de cette mauvaise image que dégagent certains fervents de la thèse du complot.  Après tout, 80% des Américains ne croient pas en la version officielle qui garde toujours bien en vie la théorie du tueur solitaire.  On sait aussi que la démocratie n’est pas un système en mesure de pouvoir déterminer la vérité, mais depuis maintenant un demi-siècle les preuves sont suffisantes pour pouvoir douter de la parole du gouvernement.

Bien qu’elle puisse étonner, la théorie présentée par Reymond apporte des éléments intéressants.  En fait, tout repose sur sa réussite à avoir arraché des confessions à Billie Sol Estes, un ancien multimillionnaire ayant démarré bien humblement dans le milieu de l’élevage et de l’agriculture au Texas.  La principale théorie de Reymond oriente rapidement ses principales accusations à l’endroit de Lyndon Baynes Johnson, vice-président des États-Unis sous le règne de John F. Kennedy (JFK).  Billie Sol Estes confie à Reymond que le motif de l’assassinat est simple, reposant uniquement sur le fait que Johnson entretenait l’ambition presque maladive d’atteindre le bureau ovale de la Maison Blanche.  En effet, il déclare que « c’est une histoire simple.  Ne te complique pas la vie.  Comment aurais-tu réagi si tu t’étais trouvé à un cheveu de la Maison-Blanche et que, soudain, on t’avertissait que tu allais tout perdre?  LBJ [Johnson] n’avait pas de cœur et aurait tué sa propre mère pour réussir ».

Justement, ça semble un peu trop simpliste comme mobile d’un crime national aussi flamboyant.  Plusieurs ambitieux ont aussi connus ce genre de frustration en atteignant presque le pouvoir et ils ne sont pas tous devenus assassins pour autant.

Or, Estes continue pourtant de mentionner d’autres raisons politiques motivant le choix que certains hommes d’affaire ont fait d’assassiner le président.  Entre autres, Kennedy parlait de réforme électorale, de changements dans l’économie qui auraient touché directement les richissimes texans.  Il y avait aussi l’ambition de Bobby Kennedy, alors procureur général du pays, qui souhaitait ardemment coincer Johnson.  Estes ajoute lui-même que « JFK était déterminé à imposer sa volonté.  Il n’avait pas compris qu’il jouait avec le feu.  En diminuant de moitié les avantages fiscaux, il amputait de trois cent millions de dollars les familles de Dallas!  Trois cents millions de dollars par an!  Soit largement le prix de la vie d’un homme, qu’il soit président ou pas ».

Donc, après quelques pages, le mobil du crime n’était plus aussi simple!  Contradiction de taille!  Bref, on aura compris que JFK n’avait pas seulement Johnson comme ennemi.

À la page 70, lorsqu’il pose la question « pourquoi Dallas? », Reymond semble déjà offrir les balises de l’orientation qu’il souhaite prendre.  C’est un peu comme si on nous donnait l’impression d’un scientifique qui entame une recherche importante tout en accusant dès le départ son idée préconçue de ce qu’il souhaite obtenir comme résultat.  Or, dans une telle enquête, ne faut-il pas garder toutes les portes ouvertes justement afin de prouver son impartialité?

Et à savoir pourquoi le drame s’est déroulé à Dallas, il n’est pas nécessaire qu’il y ait une raison logique.

Toutefois, Reymond parvient à nous étonner en établissant un lien entre le tueur Malcolm « Mac » Wallace et Lyndon B. Johnson.  En fait, Wallace avait déjà commis un meurtre en 1951 pour lequel il s’était mérité une « sentence bonbon », comme le dirait le journaliste Claude Poirier, de 5 ans de sursis.  Du jamais vu!  Or, Wallace bénéficiait déjà de l’appui des amis influents de Johnson.  Les deux hommes ont d’ailleurs été vus ensemble à plusieurs reprises.

Johnson, qui tenait J. Edgar Hoover par les couilles grâce à des informations capitales sur sa vie sexuelle débridée, semble avoir eu besoin des services de Wallace en 1961 afin de se débarrasser d’un haut fonctionnaire du Département de l’Agriculture, un dénommé Henry Marshall.  Or, cet homme avait décidé d’appuyer l’incorruptible Bobby Kennedy en lui révélant ce qu’il savait à propos de certains financiers comme Estes et de l’homme qu’il appuyait secrètement, c’est-à-dire Johnson.  Bref, Marshall en savait trop.

Le 31 mai 1961, des inspecteurs vinrent au Département de l’Agriculture pour vérifier des transactions.  Marshall préféra alors mentir, probablement par crainte.  Mais dans les heures et les jours qui suivirent, Bobby Kennedy lui mit de la pression, sachant que si le fonctionnaire acceptait de parler il arriverait à faire tomber non seulement le vice-président Johnson mais tout son réseau.  Finalement, Marshall céda peu après en acceptant de tout révéler.

Le 3 juin 1961, le corps de Henry Marshall était découvert sur son ranch de Franklin, Texas.  « Malgré de multiples blessures par balles, le shérif Howard Stegall classa l’affaire en concluant qu’il s’agissait d’un suicide ».  Ce n’est que plus tard qu’on parvint à rouvrir l’affaire, renversant le verdict de suicide par celui de meurtre.  Quant au meurtrier, il fut identifié comme étant Mac Wallace.  Ce dernier ne paya jamais pour son crime.  Officiellement, il est mort au cours des années 1970 alors qu’une rumeur le voulait encore vivant une dizaine d’années plus tard.

Le point culminant du livre survient lorsque Reymond explique qu’une empreinte retrouvée sur un carton dans le dépôt de livre où se trouvait Lee Harvey Oswald le 22 novembre 1963 était celle de Mac Wallace.  L’empreinte en question avait été longtemps dissimulée par le FBI.  Toutefois, Reymond gâche la sauce en sautant sur l’occasion de conclure hâtivement que Wallace était le deuxième tireur.  Si on veut demeurer rationnel et objectif, la présence d’une empreinte partielle ne prouve pas qu’on ait tiré avec une arme à feu.  De plus, il semble complètement passer sous silence la thèse sérieuse d’un tireur situé sur le monticule herbeux, l’auteur du tir qui fit éclater la moitié de la tête de Kennedy.  Un tir de face.

Si on peut prouver que Wallace était là, c’est déjà une victoire en soit, mais ce dernier aurait pu seulement faire partie de l’équipe basée au 6ème étage du dépôt de livres.

Reymond jongle avec l’arrogance en déclarant la faiblesse de son enquête, à savoir qu’il écarte immédiatement des avenues aussi importantes que celle de la CIA en expliquant, de manière assez peu convaincante d’ailleurs, que « je me dis que si l’Agence avait voulu se débarrasser du président, elle aurait utilisé des moyens limitant la polémique.  JFK aurait été empoisonné, son avion aurait explosé en vol ou il serait mort noyé dans la piscine de la Maison-Blanche.  Mieux encore, lourds antécédents médicaux obligent, JFK aurait pu tomber malade et rapidement s’éteindre ».  Ce serait là négliger totalement la sérieuse théorie de la fausse piste des tracts pro-castristes, qui liait justement Oswald à la CIA et au bureau de Guy Banister.

Il va encore plus loin dans son arrogance en déclarant que, ayant prouvé la présence de Mac Wallace dans le dépôt de livres et l’implication de Johnson, « les Cubains, pro ou contre Fidel, les Russes, blancs ou rouges, la mafia, la CIA, les services secrets israéliens allaient pouvoir rejoindre les poubelles de l’histoire ».  Autrement dit, il n’y avait que son livre qui détenait la vérité.  Pour ce faire, il aurait dû être beaucoup mieux documenté pour défaire des thèses logiques qui sont mieux étayées que la sienne.  En effet, tout repose sur le témoignage d’Estes et de cette empreinte.

La plus grande faiblesse de l’enquête de Reymond réside sans doute dans le fait qu’il tourne le dos aux investigations sérieuses réalisées avant lui.  En effet, sa bibliographie ne contient aucune trace d’ouvrages majeurs en la matière tel que le livre du procureur Jim Garrison ou celui de G. Robert Blakey.  Voilà deux livres qui se contredisent mais qui sont des incontournables en la matière.

Or, l’enquête de Garrison demeure pourtant l’une des plus sérieuses dans le dossier, mettant en évidence le fait que l’opération avait été monté par des organismes puissants et structurés, écartant donc la Mafia et aussi la seule ambition d’un texan arrogant comme Johnson.

Bref, le livre de Reymond n’est pas une conclusion définitive.  Au mieux, la théorie évoquée pourrait s’imbriquer à celle de Jim Garrison et de Joan Mellen, en ce sens que Johnson aurait pu contrôler une certaine partie du complot.  Par exemple, il aurait pu être à la solde de la CIA.  Après tout, une fois devenu président, il a pris des décisions favorisant non seulement les richissimes texans mais aussi la CIA.

Quant à Estes, il peut effectivement connaître une partie du secret, mais dans une affaire aussi immense, il n’existe sans doute aucun homme qui puisse à lui seul être aux faits de tous les paliers de l’organisation.

Comme tout journaliste devenu auteur, oubliez le style littéraire recherché.  Quoique JFK le dernier témoin représente un bon divertissement, il ne faudrait pas commettre l’erreur d’en faire sa seule source d’information à propos de l’assassinat de JFK.  Certes, il a sa place dans l’Histoire mais mérite une meilleure mise en contexte, ainsi qu’une bonne dose de relativité.

(JFK, le dernier témoin (PDF))